
Sūta raconte que Pitāmaha (Brahmā) apaise la colère de Pāvaka (Agni), puis se retire. Les devas rassemblés—conduits par Śakra, Viṣṇu et Śiva—regagnent leurs demeures respectives. Agni est alors établi dans le cadre de l’agnihotra des principaux « deux-fois-nés », recevant les oblations (havis) selon le rite. Il est décrit qu’un Agni-tīrtha éminent surgit en ce lieu, et l’on énonce son fruit : celui qui s’y baigne au matin est délivré des fautes nées du jour (dinaja). Au départ des devas, des êtres affligés—Gajendra, Śuka et Maṇḍūka—s’approchent, disant qu’Agni les a maudits « à cause de vous », et demandent un remède concernant leurs langues (jihvā). Les devas les réconfortent : malgré des langues altérées, ils demeureront capables et même acceptés dans les milieux royaux ; à Maṇḍūka, rendu « sans langue » par le feu, est promise une manière prolongée d’émettre des sons, bien qu’il soit ‘vijihva’.
Verse 1
सूत उवाच । एवमुक्त्वा स भगवान्विरराम पितामहः । संतोष्य पावकं क्रुद्धं स्वयमेव द्विजोत्तमाः
Sūta dit : Ayant ainsi parlé, le vénérable Aïeul (Brahmā) se tut. Et lui-même—ô meilleurs des deux-fois-nés—apaisa le Feu (Agni) courroucé.
Verse 2
ततः सर्वैः सुरैः सार्धं शक्रविष्णुशिवादिभिः । जगाम ब्रह्मलोकं च देवास्ते च निजं पदम्
Ensuite, accompagné de tous les dieux—Indra, Viṣṇu, Śiva et les autres—il se rendit à Brahmaloka; et ces divinités retournèrent à leurs propres demeures.
Verse 3
पावकोऽपि द्विजेंद्राणामग्निहोत्रेषु संस्थितः । हविर्जग्राह विधिवद्वसोर्द्धारोद्भवं तथा
Même Agni, le Feu sacré, établi dans les rites d’agnihotra des plus éminents brāhmaṇas, reçut selon le rite l’oblation (havis), née de l’offrande Vasordhārā, conformément à la règle.
Verse 4
एवं तत्र समुद्भूतमग्नितीर्थमनुत्तमम् । यत्र स्नातो नरः प्रातर्मुच्यते दिनजादघात्
Ainsi naquit en ce lieu l’incomparable Agnitīrtha. Celui qui s’y baigne au matin est délivré des fautes amassées jour après jour.
Verse 5
अथ संप्रस्थितान्दृष्ट्वा तान्देवान्स्वाश्रमं प्रति । गजेंद्रशुकमण्डूकास्ते प्रोचुर्दुःखसंयुताः
Alors, voyant ces dieux se mettre en route vers leur propre āśrama, le roi des éléphants, le perroquet et la grenouille—accablés de chagrin—prirent la parole.
Verse 6
युष्मत्कृते वयं शप्ताः पावकेन सुरेश्वराः । तस्माज्जिह्वाकृतेऽस्माकमुपायश्चिंत्यतामपि
« À cause de vous, ô seigneurs des dieux, nous avons été maudits par Agni, le Feu. Aussi, veuillez concevoir pour nous un remède concernant cette affaire de la langue. »
Verse 7
देवा ऊचुः । विपरीतापि ते जिह्वा यथान्येषां गजोत्तम । कार्यक्षमा न संदेहो भविष्यति विशेषतः
Les dieux dirent : « Ô le meilleur des éléphants, même si ta langue est inversée comme celle des autres, elle sera assurément apte à sa fonction—sans aucun doute—et d’autant plus. »
Verse 8
तथा यूयं नरेन्द्राणां मंदिरेषु व्यवस्थिताः । बहु मानसमायुक्ता मृष्टान्नं भक्षयिष्यथ
De même, vous demeurerez dans les palais des rois ; pourvus de maintes dispositions agréables, vous mangerez des mets raffinés et choisis.
Verse 9
यथा च शुक ते जिह्वा कृता मंदा हविर्भुजा । तथापि भूमिपालानां शंसनीया भविष्यति
Et, ô perroquet, bien que ta langue ait été rendue lente par Agni, le consommateur des oblations, elle n’en sera pas moins digne de louange parmi les rois.
Verse 10
श्रीमतां च तथान्येषामस्मदीयप्रसादतः । त्वं च मंडूक यत्तेन विजिह्वो वह्निना कृतः । तद्भविष्यति ते शब्दो विजिह्वस्यापि दीर्घगः
Par notre grâce, il en sera ainsi pour les fortunés et pour les autres aussi. Et toi également, ô Maṇḍūka : puisque le feu t’a fait « à langue fendue », ta voix, désormais, portera au loin et longuement, même comme celle d’un être à langue divisée.
Verse 11
एवमुक्त्वाऽथ ते देवाः स्वस्थानं प्रस्थितास्ततः । तेषामनुग्रहं कृत्वा कृपया परया युता
Après avoir ainsi parlé, ces dieux partirent alors vers leur propre demeure. Ayant accordé leur faveur, ils s’en allèrent, empreints d’une compassion suprême.