
Le chapitre s’ouvre sur le récit de Nārada : au moment de partir, Girijā (Pārvatī) rencontre une divinité montagnarde éclatante nommée Kusumāmodinī, décrite comme dévouée au Seigneur du sommet. Avec tendresse, celle-ci l’interroge sur son départ et en apprend la cause : un différend né à propos de Śaṅkara (Śiva). Pārvatī reconnaît la présence constante et les soins maternels de la déesse de la montagne, puis donne une consigne immédiate, à la fois éthique et pratique : si une autre femme s’approche de Pinākin (Śiva), l’accompagnant/le fils devra en faire rapport, et une mesure corrective sera prise. Pārvatī gagne ensuite un pic élevé d’une grande beauté, dépose ses ornements, revêt l’écorce et entreprend le tapas : elle endure les « cinq feux » en été et la discipline de l’eau pendant la saison des pluies, sous la protection de son fils/serviteur Vīraka. Le gardien reçoit mission de faire respecter une limite protectrice aux abords de Śiva ; il acquiesce puis s’avance (appelé Gajavaktra) avec une prière émue pour être emmené lui aussi, invoquant un destin partagé et la nécessité, selon le dharma, de triompher des adversaires trompeurs. L’épisode unit ascèse, devoir relationnel et accès réglé à la proximité sacrée comme enseignement théologico-éthique.
Verse 1
। नारद उवाच । व्रजंती गिरिजाऽपश्यत्सखीं मातुर्महाप्रभाम् । कुसुमामोदिनींनाम तस्य शैलस्य देवताम्
Nārada dit : Tandis que Girijā cheminait, elle vit l’amie rayonnante de sa mère—la divinité de cette montagne—nommée Kusumāmodinī.
Verse 2
सापि दृष्ट्वा गिरिसुतां स्नेहविक्लवमानसा । क्वपुनर्गच्छसीत्युच्चैरालिंग्योवाच देवता
Voyant la fille de la Montagne, la Déesse—l’esprit bouleversé par la tendresse—l’enlaça et demanda à haute voix : «Où vas-tu donc encore ?»
Verse 3
सा चास्यै सर्वमाचख्यौ शंकरात्कोपकारणम् । पुनश्चोवाच गिरिजा देवतां मातृसंमताम्
Elle lui révéla tout : la cause de sa colère née de Śaṅkara. Puis Girijā s’adressa de nouveau à la Déesse, approuvée et digne de la confiance de sa mère.
Verse 4
नित्यं शैलाधिराजस्य देवता त्वमनिंदिते । सर्वं च सन्निधानं च मयि चातीव वत्सला
«Ô toi sans reproche, tu es à jamais la divinité du Seigneur des montagnes ; tu sais tout, tu demeures toujours présente, et tu m’aimes d’un amour immense.»
Verse 5
तदहं संप्रवक्ष्यामि यद्विधेयं तवाधुना । अथान्य स्त्रीप्रवेशे तु समीपे तु पिनाकिनः
«C’est pourquoi je vais te dire ce que tu dois faire à présent. Mais quant à l’entrée d’une autre femme dans la proximité de Pinākin (Śiva)…»
Verse 6
त्वयाख्येयं मम शुबे युक्तं पश्चात्करोम्यहम् । तथेत्युक्ते तया देव्या ययौ देवी गिरिं प्रति
«Ô toi de bon augure, dis-moi ce qui doit être transmis ; ensuite je ferai ce qui convient.» Quand la Déesse eut parlé ainsi, Devī (Pārvatī) se mit en route vers la montagne.
Verse 7
रम्ये तत्र महाशृंगे नानाश्चर्योपशोभिते । विभूषणादि सन्यस्य वृक्षवल्कलधारिणी
Là, sur un sommet splendide et très élevé, embelli de maintes merveilles, elle déposa les parures et autres ornements ; puis, vêtue d’écorce d’arbre, elle embrassa la voie de l’austérité (tapasya).
Verse 8
तपस्तेपे गिरिसुता पुत्रेण परिपालिता । ग्रीष्मे पंचाग्निसंतप्ता वर्षासु च जलोषिता
La Fille de la Montagne accomplit des austérités, gardée et servie par son fils. En été, elle endura l’ardeur des cinq feux ; et durant la saison des pluies, elle demeura immergée dans l’eau.
Verse 9
यथा न काचित्प्रविशेद्योषिदत्र हरांतिके । दृष्ट्वा परां स्त्रियं चात्र वदेथा मम पुत्रक
« Veille à ce qu’aucune femme n’entre ici, près de Hara. Et si tu aperçois quelque autre femme en ce lieu, dis-le-moi aussitôt, mon fils. »
Verse 10
शीघ्रमेव करिष्यामि ततो युक्तमनंतरम् । एवमस्त्विति तां देवीं वीरकः प्राह सांप्रतम्
« Je le ferai sur-le-champ ; ensuite, ce qui convient s’ensuivra sans délai. » Disant : « Qu’il en soit ainsi », Vīraka s’adressa alors à la Déesse.
Verse 11
मातुराज्ञा सुतो ह्लाद प्लावितांगो गतज्वरः । जगाम त्र्यक्षं संद्रष्टुं प्रणिपत्य च मातरम्
Sur l’ordre de sa mère, le fils—le corps baigné de joie et la fièvre dissipée—se prosterna devant elle, puis s’en alla contempler le Seigneur aux Trois Yeux.
Verse 12
गजवक्त्रं ततः प्राह प्रणम्य समवस्थितम् । साश्रुकंठं प्रयाचंतं नय मामपि पार्वति
Alors il s’adressa à Gajavaktra (Celui au visage d’éléphant), qui se tenait là après s’être prosterné—la gorge serrée de larmes, implorant : «Ô Pārvatī, emmène-moi aussi avec toi.»
Verse 13
गजवक्त्रं हि त्वां बाल मामिवोपहसिष्यति । तदागच्छ मया सार्धं या गतिर्मे तवापि सा
«Enfant, Gajavaktra se moquera sûrement de toi, comme il se moque de moi. Viens donc avec moi : telle est ma voie, telle sera aussi la tienne.»
Verse 14
पराभवाद्धि धूर्तानां मरणं साधु पुत्रक । एवमुक्त्वा समादाय हिमाद्रिं प्रति सा ययौ
«Oui, pour les fourbes, la mort naît de l’humiliation ; c’est bien ainsi, mon fils.» Ayant parlé, elle le prit avec elle et se dirigea vers Himādri (l’Himalaya).