Adhyaya 138
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 138

Adhyaya 138

Mārkaṇḍeya enseigne que le pèlerin doit se rendre au Śakratīrtha sans égal. La sainteté du lieu est éclairée par une légende d’origine : Indra (Śakra), frappé par la malédiction de Gautama à cause de sa propre faute, perd sa splendeur royale et se retire, honteux. Les dieux et les sages ascètes, inquiets, supplient Gautama par des paroles apaisantes, affirmant qu’un monde sans Indra est funeste à l’ordre des dieux comme des hommes, et demandent compassion pour la divinité affligée. Gautama, présenté comme un éminent connaisseur du Veda, consent et accorde une grâce : ce qui était « mille marques » devient « mille yeux » par la faveur du sage, rendant à Indra sa dignité. Indra se rend alors au Narmadā, se baigne dans une eau pure, établit et vénère Tripurāntaka (Śiva, destructeur de Tripura), puis retourne au séjour divin, honoré par les apsarās. Le chapitre se clôt par un fruit clairement énoncé : quiconque se baigne en ce tīrtha et adore Parameśvara est délivré du péché lié à l’approche illicite de l’épouse d’autrui, faisant de ce lieu un remède rituel et éthique selon la théologie śaiva.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्पाण्डुपुत्र शक्रतीर्थमनुत्तमम् । यत्र सिद्धो महाभागो देवराजः शतक्रतुः

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Alors, ô fils de Pāṇḍu, qu’on se rende au Śakra-tīrtha sans égal, où le bienheureux roi des dieux—Śatakratu (Indra)—obtint l’accomplissement.»

Verse 2

गौतमेन पुरा शप्तं ज्ञात्वा देवाः सुरेश्वरम् । ब्रह्माद्या देवताः सर्व ऋषयश्च तपोधनाः

Apprenant que le seigneur des suras avait jadis été maudit par Gautama, toutes les divinités—à commencer par Brahmā—ainsi que les ṛṣi riches d’ascèse se rassemblèrent.

Verse 3

गौतमं प्रार्थयामासुर्वाक्यैः सानुनयैः शुभैः । गतराज्यं गतश्रीकं शक्रं प्रति मुनीश्वर

Par des paroles propices, douces et conciliantes, ils supplièrent Gautama : «Ô seigneur des sages, aie égard pour Śakra, qui a perdu son royaume et dont la splendeur s’est éteinte.»

Verse 4

इन्द्रेन रहितं राज्यं न कश्चित्कामयेद्द्विज । देवो वा मानवो वापि एतत्ते विदितं प्रभो

«Nul ne souhaiterait un royaume privé d’Indra, ô dvija, qu’il soit dieu ou homme. Cela, ô vénérable, t’est bien connu.»

Verse 5

तस्य त्वं भगयुक्तस्य दयां कुरु द्विजोत्तम । गतश्चादर्शनं शक्रो दूषितः स्वेन पाप्मना

Ainsi, ô le meilleur des deux-fois-nés, aie pitié de lui, bien qu’il soit marqué d’opprobre ; Śakra s’est retiré hors de la vue, souillé par son propre péché.

Verse 6

देवानां वचनं श्रुत्वा गौतमो वेदवित्तमः । तथेति कृत्वा शक्रस्य वरं दातुं प्रचक्रमे

Entendant les paroles des dieux, Gautama—le plus éminent des connaisseurs du Veda—acquiesça en disant : « Qu’il en soit ainsi », et entreprit d’accorder une grâce à Śakra.

Verse 7

एतद्भगसहस्रं तु पुरा जातं शतक्रतो । तल्लोचनसहस्रं तु मत्प्रसादाद्भविष्यति

« Ô Śatakratu, ce qui fut jadis “mille marques d’infamie” deviendra, par ma faveur, “mille yeux”. »

Verse 8

एवमुक्तः सहस्राक्षः प्रणम्य मुनिसत्तमम् । ब्राह्मणांस्तान्महाभागान्नर्मदां प्रत्यगात्ततः

Ainsi interpellé, Sahasrākṣa (Indra) se prosterna devant le plus excellent des sages ; puis, avec ces brahmanes fortunés, il se mit en route vers la Narmadā.

Verse 9

स्नात्वा स विमले तोये संस्थाप्य त्रिपुरान्तकम् । जगाम त्रिदशावासं पूज्यमानोऽप्सरोगणैः

Après s’être baigné dans les eaux immaculées et y avoir établi le culte de Tripurāntaka, il gagna la demeure des dieux, honoré par des troupes d’apsaras.

Verse 10

तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा पूजयेत्परमेश्वरम् । परदाराभिगमनान्मुच्यते पातकान्नरः

En ce gué sacré, quiconque s’y baigne et y vénère Parameśvara est délivré des souillures du péché, même de la lourde faute d’approcher l’épouse d’autrui.

Verse 138

। अध्याय

Chapitre (marque de colophon ou d’indication de section).