
L’Adhyāya 24, enseigné par Sūta, est un exposé prescriptif et technique qui définit le bhasma (cendre sacrée) comme substance rituelle śaiva et marque d’identité visant le salut. Le chapitre s’ouvre en classant le bhasma en deux grandes catégories—mahābhasma et bhasma « svalpa »—puis affine la typologie en distinguant les formes śrauta, smārta et laukika. L’éligibilité et le mode d’usage sont différenciés : le bhasma śrauta et smārta est lié à la pratique des dvija et à une dhāraṇa gouvernée par les mantras, tandis que le bhasma laukika est présenté comme accessible aux autres, généralement sans mantras. Le texte précise que la base privilégiée de l’āgneya bhasma est la cendre issue de bouse de vache brûlée, et admet aussi les cendres provenant de l’agnihotra ou d’autres yajñas pour l’application du tripuṇḍra. La pratique est ensuite ancrée dans l’autorité des mantras scripturaires (notamment ceux de la Jābāla Upaniṣad commençant par « agnir… »), prescrivant une application répétée, semblable à une ablution, sept fois (saptabhi-dhūlana) avec la cendre (et l’eau), et affirmant que l’aspirant à la libération ne doit pas abandonner le tripuṇḍra, même par inadvertance. L’ensemble forme un manuel rituel dense : classification → sources → éligibilité → lien aux mantras → protocole d’application → injonction soteriologique.
Verse 1
सूत उवाच । द्विविधं भस्म संप्रोक्तं सर्वमंगलदं परम् । तत्प्रकारमहं वक्ष्ये सावधानतया शृणु
Sūta dit : «Le bhasma, la cendre sacrée, est déclaré de deux sortes, souverainement auspiceux et dispensateur de tout bien. Je vais maintenant en exposer la juste méthode ; écoutez avec une attention vigilante.»
Verse 2
एकं ज्ञेयं महाभस्म द्वितीयं स्वल्पसंज्ञकम् । महाभस्म इति प्रोक्तं भस्म नानाविधं परम्
Sachez que le bhasma est de deux sortes : l’une doit être comprise comme le Mahābhasma, et la seconde est connue comme la sorte moindre. La cendre proclamée « Mahābhasma » est le bhasma suprême, dit multiple dans ses formes et ses usages rituels.
Verse 3
तद्भस्म त्रिविधं प्रोक्तं श्रोतं स्मार्तं च लौकिकम् । भस्मैव स्वल्पसंज्ञं हि बहुधा परिकीर्तितम्
Ce bhasma est déclaré de trois sortes : Śrauta (védique), Smārta (selon les Smṛti) et Laukika (ordinaire). En vérité, la cendre elle-même — appelée aussi brièvement « bhasma » — est célébrée de bien des manières, selon ses sources et ses usages rituels.
Verse 4
श्रौतं भस्म तथा स्मार्तं द्विजानामेव कीर्तितम् । अन्येषामपि सर्वेषामपरं भस्म लौकिकम्
Pour les dvija, les « deux-fois-nés », on enseigne deux sortes de cendre sacrée : la cendre śrauta et la cendre smārta. Pour tous les autres également, il existe une autre sorte de cendre, appelée laukika, la cendre ordinaire.
Verse 5
धारणं मंत्रतः प्रोक्तं द्विजानां मुनिपुंगवैः । केवलं धारणं ज्ञेयमन्येषां मंत्रवर्जितम्
Les sages les plus éminents ont enseigné que, pour les deux-fois-nés, le port des insignes sacrés śaiva doit se faire avec le mantra. Pour les autres, qu’on le comprenne comme un simple port—sans mantra.
Verse 6
आग्नेयमुच्यते भस्म दग्धगोमयसंभवम् । तदापि द्र व्यमित्युक्तं त्रिपुंड्रस्य महामुने
Ô grand sage, la cendre issue de la bouse de vache brûlée est dite « āgneya » (née du feu). Même celle-ci est déclarée une substance sacrée convenable pour tracer le Tripuṇḍra, les trois lignes de cendre.
Verse 7
अग्निहोत्रोत्थितं भस्मसंग्राह्यं वा मनीषिभिः । अन्ययज्ञोत्थितं वापि त्रिपुण्ड्रस्य च धारणे
Pour porter le Tripuṇḍra, les sages doivent recueillir la cendre sacrée issue de l’Agnihotra ; ou bien la cendre provenant d’autres yajñas peut également être utilisée.
Verse 8
अग्निरित्यादिभिर्मंत्रैर्जाबालोपनिषद्गतेः । सप्तभिधूलनं कार्यं भस्मना सजलेन च
Avec les mantras commençant par « Agni… », tels qu’enseignés dans la Jābāla Upaniṣad, on doit accomplir l’aspersion/la purification en sept fois ; et cela se fait avec la bhasma, la cendre sacrée, mêlée d’eau.
Verse 9
वर्णानामाश्रमाणां च मंत्रतो मंत्रतोपि च । त्रिपुंड्रोद्धूलनं प्रोक्तजाबालैरादरेण च
Pour tous les varṇa et tous les āśrama, avec des mantras—et même au-delà des mantras—l’onction du Tripuṇḍra avec la bhasma a été enseignée avec révérence par la tradition Jābāla.
Verse 10
भस्मनोद्धूलनं चैव यथा तिर्यक्त्रिपुंड्रकम् । प्रमादादपि मोक्षार्थी न त्यजेदिति विश्रुतिः
La tradition sacrée atteste qu’un chercheur de délivrance ne doit pas abandonner l’onction de bhasma ni le port du Tripuṇḍra horizontal, fût-ce par inadvertance, car ce sont des disciplines établies du culte śaiva.
Verse 11
शिवेन विष्णुना चैव तथा तिर्यक्त्रिपुंड्रकम् । उमादेवी च लक्ष्मींश्च वाचान्याभिश्च नित्यशः
Qu’on trace sans cesse le Tripuṇḍra transversal (trois lignes de cendre sacrée), en prononçant les noms de Śiva et de Viṣṇu ; qu’on se souvienne aussi de la Devī Umā et de Lakṣmī, ainsi que d’autres invocations sacrées—continuellement.
Verse 12
ब्राह्मणैः क्षत्रियैर्वैश्यैः शूद्रै रपि च संस्करैः । अपभ्रंशैर्धृतं भस्मत्रिपुंड्रोद्धूलनात्मना
Cette observance est gardée par les brāhmaṇas, les kṣatriyas, les vaiśyas et les śūdras tout autant, ainsi que par ceux de conditions sociales mêlées ; même ceux tenus pour « apabhraṃśa » (hors des normes raffinées) la pratiquent. Elle se maintient comme discipline incarnée : se frotter de cendre sacrée et porter le Tripuṇḍra (trois lignes horizontales).
Verse 13
उद्धूलनं त्रिपुंड्रं च श्रद्धया नाचरंति ये । तेषां नास्ति समाचारो वर्णाश्रमसमन्वितः
Ceux qui, avec foi, ne pratiquent pas l’onction de cendre sacrée (uddhūlana) ni ne portent le Tripuṇḍra, les trois lignes de cendre — pour eux, il n’est point de conduite juste établie, conforme aux disciplines du varṇa et de l’āśrama.
Verse 14
उद्धूलनं त्रिपुंड्रं च श्रद्धया नाचरंति ये । तेषां नास्ति विनिर्मुक्तिस्संसाराज्जन्मकोटिभिः
Ceux qui, avec foi, ne pratiquent pas l’onction de cendre sacrée (uddhūlana) ni ne portent les marques du Tripuṇḍra — pour eux, point de délivrance totale du saṃsāra, fût-ce au terme de millions de naissances.
Verse 15
उद्धूलनं त्रिपुंड्रं च श्रद्धया नाचरन्ति ये । तेषां नास्ति शिवज्ञानं कल्पकोटिशतैरपि
Ceux qui ne pratiquent pas avec foi l’onction de cendre sacrée (uddhūlana) ni ne portent les trois lignes du Tripuṇḍra — en eux ne s’éveille pas la vraie connaissance de Śiva, fût-ce en des centaines de crores de kalpas.
Verse 16
उद्धूलनं त्रिपुंड्रं च श्रद्धया नाचरन्ति ये । ते महापातकैर्युक्ता इति शास्त्रीयनिर्णयः
Ceux qui, avec foi, ne pratiquent pas l’onction sacrée de cendre (uddhūlana) ni ne portent le Tripuṇḍra, sont, selon le verdict des śāstras, associés à de grands péchés (mahāpātakas).
Verse 17
उद्धूलनं त्रिपुंड्रं च श्रद्धया नाचरन्ति ये । तेषामाचरितं सर्वं विपरीतफलाय हि
Ceux qui ne pratiquent pas avec foi l’onction de la cendre sacrée (bhasma-uddhūlana) ni le port du Tripuṇḍra—tout ce qu’ils accomplissent porte un fruit inversé, donnant des résultats contraires au mérite spirituel visé.
Verse 18
महापातकयुक्तानां जंतूनां शर्वविद्विषाम् । त्रिपुंड्रोद्धूलनद्वेषो जायते सुदृढं मुने
Ô sage, chez les êtres souillés par les grands péchés et hostiles à Śarva (le Seigneur Śiva), naît une aversion profondément enracinée pour le Tripuṇḍra et pour l’onction du corps avec la cendre sacrée.
Verse 19
शिवाग्निकार्यं यः कृत्वा कुर्यात्त्रियायुषात्मवित् । मुच्यते सर्वपापैस्तु स्पृष्टेन भस्मना नरः
L’homme qui, après avoir accompli le rite du feu sacré de Śiva, applique la cendre sainte (bhasma) en comprenant sa puissance vivifiante, est délivré de tous les péchés ; car par le seul contact de cette bhasma il est purifié.
Verse 20
सितेन भस्मना कुर्य्यात्त्रिसन्ध्यं यस्त्रिपुण्ड्रकम् । सर्वपापविनिर्मुक्तः शिवेन सह मोदते
Quiconque trace le Tripuṇḍra avec une cendre sacrée d’un blanc pur aux trois sandhyā du jour (matin, midi et soir) est affranchi de tout péché et se réjouit en la compagnie du Seigneur Śiva.
Verse 21
सितेन भस्मना कुर्याल्लाटे तु त्रिपुण्ड्रकम् । यो सावनादिभूतान्हि लोकानाप्तो मृतो भवेत्
Avec la bhasma blanche et pure, qu’on trace le Tripuṇḍra sur le front. Celui qui n’atteint pas les mondes commençant par Sāvana et les autres, sa vie est comme la mort.
Verse 22
अकृत्वा भस्मना स्नानं न जपेद्वै षडक्षरम् । त्रिपुंड्रं च रचित्वा तु विधिना भस्मना जपेत्
Sans s’être d’abord baigné de bhasma, qu’on ne récite point le mantra aux six syllabes. Mais après avoir tracé le Tripuṇḍra avec la bhasma selon la règle, qu’on accomplisse le japa.
Verse 23
अदयो वाधमो वापि सर्वपापान्वितोपि वा । उषःपापान्वितो वापि मूर्खो वा पतितोपि वा
Qu’on soit sans compassion, de conduite vile, ou même chargé de tous les péchés ; qu’on soit plongé dans de lourdes fautes, ignorant ou même déchu : celui-là aussi peut s’approcher de Śiva par la bhakti.
Verse 24
यस्मिन्देशेव सेन्नित्यं भूतिशासनसंयुतः । सर्वतीर्थैश्च क्रतुभिः सांनिध्यं क्रियते सदा
Dans le pays où Il demeure sans cesse — Lui qui est uni à l’ordonnance de la bhasma — en ce lieu même la Présence divine est toujours établie, comme si tous les tīrtha et tous les sacrifices s’y rassemblaient.
Verse 25
त्रिपुंड्रसहितो जीवः पूज्यः सर्वैः सुरासुरैः । पापान्वितोपि शुद्धात्मा किं पुनः श्रद्धया युतः
L’être vivant qui porte le Tripuṇḍra (les trois marques de cendre sacrée) devient digne de vénération pour tous, devas comme asuras. Même souillé par des fautes, il est tenu pour pur en son essence ; combien plus encore s’il le porte avec foi et dévotion.
Verse 26
यस्मिन्देशे शिवज्ञानी भूतिशासनसंयुतः । गतो यदृच्छयाद्यापि तस्मिस्तीर्थाः समागताः
Aujourd’hui encore, en quelque contrée qu’un connaisseur de Śiva—paré de bhasma sacrée et de rudrākṣa—se rende par hasard, en ce lieu même se rassemblent les tīrtha saints.
Verse 27
बहुनात्र किमुक्तेन धार्यं भस्म सदा बुधैः । लिंगार्चनं सदा कार्यं जप्यो मंत्रः षडक्षरः
Que dire de plus ici ? Les sages doivent porter sans cesse la bhasma sacrée. Le culte du Śiva-liṅga doit être accompli continuellement, et le mantra de six syllabes doit être récité en japa.
Verse 28
ब्रह्मणा विष्णुना वापि रुद्रे ण मुनिभिः सुरैः । भस्मधारणमाहात्म्यं न शक्यं परिभाषितुम्
Ni Brahmā, ni Viṣṇu, ni Rudra, pas même les sages et les dieux, ne peuvent exprimer pleinement la grandeur du port de la bhasma sacrée—le Tripuṇḍra de Śiva.
Verse 29
इति वर्णाश्रमाचारो लुप्तवर्णक्रियोपि च । पापात्सकृत्त्रिपुंड्रस्य धारणात्सोपि मुच्यते
Ainsi, même celui dont la conduite de varṇa et d’āśrama s’est éteinte, et même celui qui a négligé les rites prescrits de sa condition, est délivré du péché en portant ne fût-ce qu’une fois le Tripuṇḍra—les trois lignes de cendre.
Verse 30
ये भस्मधारिणं त्यक्त्वा कर्म कुर्वंति मानवाः । तेषां नास्ति विनिर्मोक्षः संसाराज्जन्मकोटिभिः
Ceux qui, parmi les hommes, délaissent le port du bhasma (cendre sacrée) et poursuivent pourtant les actes mondains—pour eux, il n’est point de délivrance totale du saṃsāra, fût-ce au terme de crores de naissances.
Verse 31
ते नाधीतं गुरोः सर्वं ते न सर्वमनुष्ठितम् । येन विप्रेण शिरसि त्रिपुंड्रं भस्मना कृतम्
Ce brāhmane n’a pas véritablement tout appris de son guru, ni correctement accompli toutes les disciplines, s’il a tracé sur sa tête le Tripuṇḍra avec le bhasma, la cendre sacrée.
Verse 32
ये भस्मधारिणं दृष्ट्वा नराः कुर्वंति ताडनम् । तेषां चंडालतो जन्म ब्रह्मन्नूह्यं विपश्चिता
Ô Brahmā, ceux qui, voyant un dévot portant le bhasma—la cendre sacrée—le frappent, naissent dans la condition de caṇḍāla. Telle est une vérité que les sages doivent saisir.
Verse 33
मानस्तोकेन मंत्रेण मंत्रितं भस्म धारयेत् । ब्राह्मणः क्षत्रियश्चैव प्रोक्तेष्वंगेषु भक्तिमान्
Un Brāhmaṇa ou un Kṣatriya dévot doit porter le bhasma, la cendre sacrée consacrée par le mantra Mānastoka, et l’appliquer avec révérence sur les membres prescrits.
Verse 34
वैश्यस्त्रियं बकेनैव शूद्र ः पंचाक्षरेण तु । अन्यासां विधवास्त्रीणां विधिः प्रोक्तश्च शूद्र वत्
La femme Vaiśya doit accomplir le japa avec le mantra appelé « Baka » ; mais le Śūdra doit faire le japa avec la Pañcākṣarī. Pour les autres femmes veuves aussi, l’observance prescrite est déclarée identique à celle d’un Śūdra.
Verse 35
पंचब्रह्मादिमनुभिर्गृहस्थस्य विधीयते । त्रियंबकेन मनुना विधिर्वै ब्रह्मचारिणः
Pour le maître de maison, la règle de conduite est établie par les sages, à commencer par les mantras du Pañcabrahma. Mais pour le brahmacārin, l’étudiant de la discipline sacrée, la règle est véritablement prescrite par le mantra de Triyambaka.
Verse 36
अघोरेणाथ मनुना विपिनस्थविधिः स्मृतः । यतिस्तु प्रणवेनैव त्रिपुंड्रादीनि कारयेत्
Ensuite, on se souvient que le rite prescrit pour celui qui demeure en forêt s’accomplit avec le mantra Aghora. Mais le yati (renonçant) doit tracer le Tripuṇḍra et les autres marques sacrées avec le seul Praṇava (Oṁ).
Verse 37
अतिवर्णाश्रमी नित्यं शिवोहं भावनात्परात् । शिवयोगी च नियतमीशानेनापि धारयेत्
Celui qui a transcendé toutes les castes et tous les états de vie doit demeurer sans cesse dans la contemplation suprême : «Je suis Śiva». Et le Śiva-yogin, maître de lui, doit aussi maintenir fermement cette réalisation, la portant également par Īśāna, l’aspect le plus élevé du Seigneur.
Verse 38
न त्याज्यं सर्ववर्णैश्च भस्मधारणमुत्तमम् । अन्यैरपि यथाजीवैस्सदेति शिवशासनम्
La pratique suprême consistant à porter le bhasma, la cendre sacrée, ne doit être abandonnée par aucun ordre social. En vérité, tous doivent l’observer—chacun selon sa condition de vie—car tel est l’ordre impérissable du Seigneur Śiva.
Verse 39
भस्मस्नानेन यावंतः कणाः स्वाण्गे प्रतिष्ठिताः । तावंति शिवलिंगानि तनौ धत्ते हि धारकः
En se baignant avec le bhasma, la cendre sacrée, autant de particules qu’il s’établit sur son propre corps, autant de Śiva-liṅgas le porteur porte véritablement sur sa personne.
Verse 40
ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्याः शूद्रा श्चापि च संकराः । स्त्रियोथ विधवा बालाः प्राप्ताः पाखंडिकास्तथा
Brahmanes, kṣatriyas, vaiśyas, śūdras, ainsi que ceux d’ordres mêlés; les femmes aussi, les veuves et les enfants; et même les pākhaṇḍikas, égarés et hypocrites : tous vinrent en ce lieu, attirés par la sainteté du Seigneur.
Verse 41
ब्रह्मचारी गृही वन्यः संन्यासी वा व्रती तथा । नार्यो भस्म त्रिपुंड्रांका मुक्ता एव न संशयः
Qu’on soit brahmacārin (étudiant chaste), maître de maison, habitant des forêts, saṃnyāsin (renonçant) ou observant de vœu—et même les femmes—ceux qui portent les marques du Tripuṇḍra tracées de bhasma sacrée sont assurément libérés; sans nul doute.
Verse 42
ज्ञानाज्ञानधृतो वापि वह्निदाहसमो यथा । ज्ञानाज्ञानधृतं भस्म पावयेत्सकलं नरम्
De même que le feu brûle pareillement, qu’il soit manié par celui qui sait ou par celui qui ne sait pas, ainsi la bhasma sacrée—appliquée avec connaissance ou sans—purifie l’être tout entier.
Verse 43
नाश्नीयाज्जलमन्नमल्पमपि वा भस्माक्षधृत्या विना । भुक्त्वावाथ गृही वनीपतियतिर्वर्णी तथा संकरः । एनोभुण्नरकं प्रयाति सत दागायत्रिजापेन तद्वर्णानां तु यतेस्तु मुख्यप्रणवाजपेन मुक्तंभवेत्
Qu’on ne prenne, fût-ce une goutte d’eau ou une bouchée, sans porter la bhasma sacrée et le rudrākṣa. Si, après avoir mangé, le maître de maison, l’ermite des forêts, le renonçant (yati), l’étudiant voué au brahmacarya, ou celui de caste mêlée néglige cela, il contracte une faute et tombe en enfer. Cette faute est effacée, pour les divers āśrama, par la récitation cent fois de la Gāyatrī; mais pour le yati, la délivrance de cette souillure s’obtient par le japa du Praṇava suprême (Oṁ).
Verse 44
त्रिपुंड्रं ये विनिंदंति निन्दन्ति शिवमेव ते । धारयंति च ये भक्त्या धारयन्ति तमेव ते
Ceux qui dénigrent le Tripuṇḍra —les trois lignes de bhasma— dénigrent en vérité le Seigneur Śiva Lui-même. Et ceux qui, avec bhakti, portent le Tripuṇḍra, ces dévots portent réellement Śiva Lui-même sur leur personne et dans leur être.
Verse 45
धिग्भस्मरहितं भालं धिग्ग्राममशिवालयम् । धिगनीशार्चनं जन्म धिग्विद्यामशिवाश्रयाम्
Honte au front dépourvu de bhasma sacrée; honte au village sans sanctuaire de Śiva. Honte à la vie où l’on n’adore pas le Seigneur; et honte au savoir qui ne prend pas refuge en Śiva.
Verse 46
ये निंदंति महेश्वरं त्रिजगतामाधारभूतं हरं ये निन्दंति त्रिपुंड्रधारणकरं दोषस्तु तद्दर्शने । ते वै संकरसूकरासुरखरश्वक्रोष्टुकीटोपमा जाता एव भवंति पापपरमास्तेनारकाः केवलम्
Ceux qui outragent Maheśvara—Hara, soutien des trois mondes—et ceux qui outragent le port du Tripuṇḍra (les trois lignes de cendre sacrée) encourent une faute ne fût-ce qu’en le regardant avec mépris. De tels êtres, plongés dans le péché le plus extrême, naissent assurément avec des natures semblables à celles du « porc de Śaṅkara », de l’asura, de l’âne, du chien, du chacal et de l’insecte ; et pour cette raison ils ne sont voués qu’à l’enfer.
Verse 47
ते दृष्ट्वा शशिभास्करौ निशि दिने स्वप्नेपि नो केवलं पश्यंतु श्रुतिरुद्र सूक्तजपतो मुच्येत तेनादृताः । सत्संभाषणतो भवेद्धि नरकं निस्तारवानास्थितं ये भस्मादिविधारणं हि पुरुषं निंदंति मंदा हि ते
Qu’ils ne voient ni la Lune ni le Soleil—la nuit, le jour, pas même en rêve—ces esprits obtus qui ne révèrent pas le japa du Rudra-sūkta védique et qui outragent l’homme observant les disciplines sacrées, telles que le port de la cendre sainte. En vérité, parler avec eux fait tomber en enfer ; ils ne sont pas établis sur la voie qui mène à la délivrance.
Verse 48
न तांत्रिकस्त्वधिकृतो नोर्द्ध्वपुंड्रधरो मुने । संतप्तचक्रचिह्नोत्र शिवयज्ञे बहिष्कृतः
Ô sage, celui qui suit des rites tantriques non śaiva n’a pas droit ici; pas davantage celui qui porte la marque verticale de secte (ūrdhva-puṇḍra). De même, celui qui est marqué du signe du disque chauffé est exclu de ce sacrifice à Śiva.
Verse 49
तत्रैते बहवो लोका बृहज्जाबालचोदिताः । ते विचार्याः प्रयत्नेन ततो भस्मरतो भवेत्
En cette matière, de nombreux enseignements sont exposés, comme l’ordonne le Bṛhajjābāla (Upaniṣad). Il faut les examiner avec soin et avec un effort fervent; alors on devient dévot du bhasma, la cendre sacrée.
Verse 50
यच्चंदनैश्चंदनकेपि मिश्रं धार्यं हि भस्मैव त्रिपुंड्रभस्मना । विभूतिभालोपरि किंचनापि धार्यं सदा नो यदि संतिबुद्धयः
Même si la pâte de santal est mêlée au santal, il faut néanmoins n’appliquer que le bhasma comme Tripuṇḍra, avec la cendre sacrée. Et sur le front—par-dessus le vibhūti—il convient de porter toujours quelque signe (emblème śaiva). Si notre discernement est stable, cela ne doit jamais être négligé.
Verse 51
स्त्रीभिस्त्रिपुण्ड्रमलकावधि धारणीयं भस्म द्विजादिभिरथो विधवाभिरेवम् । तद्वत्सदाश्रमवतां विशदाविभूतिर्धार्यापवर्गफलदा सकलाघहन्त्री
Les femmes doivent porter la cendre sacrée (bhasma) en Tripuṇḍra jusqu’à la lisière des cheveux sur le front. De même, les brāhmaṇa et les autres « deux-fois-nés » doivent porter la cendre sainte, et les veuves aussi de la même manière. Pareillement, pour ceux qui demeurent établis dans un āśrama juste, cette vibhūti limpide doit être portée : elle confère la délivrance et anéantit tout péché.
Verse 52
त्रिपुण्ड्रं कुरुते यस्तु भस्मना विधिपूर्वकम् । महापातकसंघातैर्मुच्यते चोपपातकैः
Quiconque, selon le rite prescrit, trace le Tripuṇḍra avec la cendre sacrée (bhasma), est délivré de l’amas des grands péchés accumulés, et aussi des fautes secondaires.
Verse 53
ब्रह्मचारी गृहस्थो वा वानप्रस्थोथ वा यतिः । ब्रह्मक्षत्त्राश्च विट्शूद्रा स्तथान्ये पतिताधमाः
Qu’on soit brahmacārin (étudiant chaste), maître de maison, vānaprastha (habitant de la forêt) ou yati (renonçant) ; qu’on appartienne aux ordres brāhmaṇa et kṣatriya, ou aux communautés vaiśya et śūdra — et même à d’autres tenus pour déchus et méprisables — tous sont inclus, aptes à se tourner vers le Seigneur Śiva par la bhakti.
Verse 54
उद्धूलनं त्रिपुंड्रं च धृत्वा शुद्धा भवंति च । भस्मनो विधिना सम्यक्पापराशिं विहाय च
En s’oignant dûment de la cendre sacrée et en portant les marques du Tripuṇḍra, on devient pur. Et en appliquant le bhasma selon la règle juste, on rejette véritablement l’amas des péchés accumulés.
Verse 55
भस्मधारी विशेषेण स्त्रीगोहत्यादिपातकैः । वीरहत्याश्वहत्याभ्यां मुच्यते नात्र संशयः
Celui qui porte le bhasma, d’une manière particulière, est délivré des fautes très graves telles que tuer une femme et une vache, et aussi des fautes de tuer un héros et un cheval ; il n’y a là aucun doute.
Verse 56
परद्र व्यापहरणं परदाराभिमर्शनम् । परनिन्दा परक्षेत्रहरणं परपीडनम्
Voler le bien d’autrui, souiller l’époux ou l’épouse d’un autre, médire des autres, s’emparer du champ d’autrui et nuire au prochain—tels sont des actes de violence qui enchaînent l’âme dans l’impureté et barrent la voie du Śiva-dharma.
Verse 57
सस्यारामादिहरणं गृहदाहादिकर्म च । गोहिरण्यमहिष्यादितिलकम्बलवाससाम्
Voler les récoltes, les vergers et autres biens semblables, commettre des actes tels que l’incendie des maisons; et voler vaches, or, buffles et autres, ainsi que sésame, couvertures et vêtements—tout cela est blâmé comme une faute grave.
Verse 58
अन्नधान्यजलादीनां नीचेभ्यश्च परिग्रहः । दशवेश्यामतंगीषु वृषलीषु नटीषु च
On ne doit pas recevoir nourriture, grains, eau et choses semblables de sources basses ou impures; de même, afin de garder la pureté requise pour l’adoration de Śiva, il faut éviter la fréquentation et la dépendance envers les prostituées et les compagnies dégradantes—telles que les femmes tenues pour hors-caste et les danseuses/actrices.
Verse 59
रजस्वलासु कन्यासु विधवासु च मैथुनम् । मांसचर्मरसादीनां लवणस्य च विक्रयः
L’union charnelle avec une femme en menstruation, avec une jeune fille non mariée ou avec une veuve; et le commerce (la vente) de viande, de peaux, de boissons enivrantes et autres choses semblables, ainsi que du sel—tout cela est déclaré blâmable pour qui recherche la pureté sur la voie du Śiva-dharma.
Verse 60
पैशुन्यं कूटवादश्च साक्षिमिथ्याभिलाषिणाम् । एवमादीन्यसंख्यानि पापानि विविधानि च । सद्य एव विनश्यंति त्रिपुंड्रस्य च धारणात्
La médisance, la parole trompeuse et le désir de rendre un faux témoignage—avec d’innombrables péchés variés de cette sorte—sont détruits sur-le-champ par le seul fait de porter le Tripuṇḍra, les trois lignes de cendre sacrée, marque de dévotion au Seigneur Śiva.
Verse 61
शिवद्र व्यापहरणं शिवनिंदा च कुत्रचित् । निंदा च शिवभक्तानां प्रायश्चित्तैर्न शुद्ध्यति
Dérober ce qui appartient à Śiva, blasphémer Śiva de quelque manière, et outrager les dévots de Śiva : de telles fautes ne se purifient pas par de simples expiations ordinaires.
Verse 62
रुद्रा क्षं यस्य गात्रेषु ललाटे तु त्रिपंड्रकम् । सचांडालोपि संपूज्यस्सर्ववर्णोत्तमोत्तमः
Celui qui porte sur son corps des grains de Rudrākṣa et sur son front le Tripuṇḍra (trois lignes de cendre sacrée), fût-il un Cāṇḍāla, est digne d’un culte respectueux ; il devient le plus éminent parmi toutes les classes, car il est marqué comme dévot de Śiva.
Verse 63
यानि तीर्थानि लोकेस्मिन्गंगाद्यास्सरितश्च याः । स्नातो भवति सर्वत्र ललाटे यस्त्रिपुंड्रकम्
Celui qui porte sur le front le Tripuṇḍra (les trois lignes sacrées de cendre) est tenu pour avoir pris le bain dans tous les tīrtha de ce monde—dans la Gaṅgā et dans tous les fleuves saints—partout et en tout temps.
Verse 64
सप्तकोटि महामंत्राः पंचाक्षरपुरस्सराः । तथान्ये कोटिशो मंत्राः शैवकैवल्यहेतवः
Il existe soixante-dix millions de grands mantras, et le mantra aux cinq syllabes (Pañcākṣara) est le premier d’entre eux. Il y a aussi d’autres mantras par crores ; pourtant tous sont des causes menant au kaivalya śaiva, la délivrance en union avec Śiva.
Verse 65
अन्ये मंत्राश्च देवानां सर्वसौख्यकरा मुने । ते सर्वे तस्य वश्याः स्युर्यो बिभर्ति त्रिपुंड्रकम्
Ô sage, les autres mantras des dieux, qui accordent toutes les joies du monde, deviennent entièrement soumis à celui qui porte le Tripuṇḍra (les trois lignes de cendre sacrée) de Śiva.
Verse 66
सहस्रं पूर्वजातानां सहस्रं जनयिष्यताम् । स्ववंशजानां ज्ञातीनामुद्धरेद्यस्त्रिपुंड्रकृत्
Celui qui marque son corps du Tripuṇḍra de cendre sacrée élève mille ancêtres déjà nés et mille descendants encore à naître ; en vérité, il délivre aussi ses proches issus de sa propre lignée.
Verse 67
इह भुक्त्वा खिलान्भोगान्दीर्घायुर्व्याधिवर्जितः । जीवितांते च मरणं सुखेनैव प्रपद्यते
Après avoir goûté ici-bas à toutes les jouissances salutaires, il devient longévif et exempt de maladie ; et au terme de la vie, par la grâce née du culte de Śiva, il parvient à la mort elle-même paisiblement, en s’en allant avec aisance.
Verse 68
अष्टैश्वर्यगुणोपेतं प्राप्य दिव्यवपुः शिवम् । दिव्यं विमानमारुह्य दिव्यत्रिदशसेवितम्
Pourvu des huit excellences souveraines divines, ayant obtenu un corps céleste digne du service auspicieux de Śiva, il monte dans un vimāna éclatant, vénéré et servi par les dieux.
Verse 69
विद्याधराणां सर्वेषां गंधर्वाणां महौजसाम् । इंद्रा दिलोकपालानां लोकेषु च यथाक्रमम्
Et cela est proclamé pour tous les Vidyādhara, pour les Gandharva au grand éclat et à la grande puissance, ainsi que pour Indra et les autres gardiens des mondes, chacun dans son domaine et selon l’ordre établi.
Verse 70
भुक्त्वा भोगान्सुविपुलान्प्रजेशानां पदेषु च । ब्रह्मणः पदमासाद्य तत्र कन्याशतं रमेत्
Après avoir goûté des jouissances immensément abondantes, jusque dans les domaines des Prajāpati, il atteint la dignité de Brahmā ; et là, il se réjouit en compagnie de cent jeunes filles célestes.
Verse 71
तत्र ब्रह्मायुषो मानं भुक्त्वा भोगाननेकशः । विष्णोर्लोके लभेद्भोगं यावद्ब्रह्मशतात्ययः
Là, après avoir goûté maintes jouissances durant un temps égal à la pleine durée de vie de Brahmā, on obtient ensuite les délices du monde de Viṣṇu, qui se prolongent jusqu’à l’écoulement de cent cycles de Brahmā.
Verse 72
शिवलोकं ततः प्राप्य लब्ध्वेष्टं काममक्षयम् । शिवसायुज्यमाप्नोति संशयो नात्र जायते
Ensuite, parvenu au monde de Śiva et ayant reçu l’accomplissement désiré, impérissable et inépuisable, on atteint le Śiva-sāyujya, l’unité avec Śiva. À ce sujet, aucun doute ne surgit.
Verse 73
सर्वोपनिषदां सारं समालोक्य मुहुर्मुहुः । इदमेव हि निर्णीतं परं श्रेयस्त्रिपुंड्रकम्
Après avoir contemplé maintes et maintes fois l’essence de toutes les Upaniṣad, il a été décidé ceci, assurément : le Tripuṇḍra —les trois lignes sacrées de Vibhūti, la cendre sainte— est à lui seul le moyen suprême du Bien le plus élevé.
Verse 74
विभूतिं निंदते यो वै ब्राह्मणः सोन्यजातकः । याति च नरके घोरे यावद्ब्रह्मा चतुर्मुखः
Le brahmane qui blasphème la Vibhūti (la cendre sacrée) doit être tenu pour né d’une autre lignée, c’est-à-dire déchu de la véritable brahmanité. Il va dans un enfer terrible, aussi longtemps que dure Brahmā aux quatre visages.
Verse 75
श्राद्धे यज्ञे जपे होमे वैश्वदेवे सुरार्चने । धृतत्रिपुंड्रः पूतात्मा मृत्युं जयति मानवः
Dans le Śrāddha pour les ancêtres, dans les sacrifices, dans la récitation des mantras, dans les offrandes au feu (homa), dans le rite Vaiśvadeva et dans l’adoration des dieux : l’homme qui porte le Tripuṇḍra, l’âme purifiée, triomphe de la mort.
Verse 76
जलस्नानं मलत्यागे भस्मस्नानं सदा शुचि । मंत्रस्नानं हरेत्पापं ज्ञानस्नाने परं पदम्
Le bain d’eau ôte l’impureté du corps; le bain de bhasma, la cendre sacrée, rend l’être toujours pur. Le bain par le mantra détruit le péché; et dans le bain de la connaissance libératrice, on atteint l’État suprême.
Verse 77
सर्वतीर्थेषु यत्पुण्यं सर्वतीर्थेषु यत्फलम् । तत्फलं समवाप्नोति भस्मस्नानकरो नरः
Tout mérite et tout fruit spirituel obtenus en se baignant dans tous les tīrthas sacrés, ce même fruit est pleinement atteint par celui qui accomplit le bain de bhasma selon la voie śaiva.
Verse 78
भस्मस्नानं परं तीर्थं गंगास्नानं दिने दिने । भस्मरूपी शिवः साक्षाद्भस्म त्रैलोक्यपावनम्
Le bain de bhasma est le tīrtha suprême, égal au bain dans le Gaṅgā jour après jour. Car Śiva est réellement présent sous la forme de bhasma, et cette bhasma purifie les trois mondes.
Verse 79
न तदूनं न तद्ध्यानं न तद्दानं जपो न सः । त्रिपुंड्रेण विनायेन विप्रेण यदनुष्ठितम्
Ce n’est ni vœu véritable ni méditation véritable; ce n’est ni don authentique ni japa : tout ce qu’accomplit un brāhmane sans le Tripuṇḍra, les trois lignes de cendre de Śiva.
Verse 80
वानप्रस्थस्य कन्यानां दीक्षाहीननृणां तथा । मध्याह्नात्प्राग्जलैर्युक्तं परतो जलवर्जितम्
Pour les vānaprasthas, les jeunes filles non mariées et les hommes dépourvus de dīkṣā, le rite doit être accompli avec de l’eau avant midi; après midi, il doit être accompli sans eau.
Verse 81
एवं त्रिपुंड्रं यः कुर्य्यान्नित्यं नियतमानसः । शिवभक्तः सविज्ञेयो भुक्तिं मुक्तिं च विंदति
Ainsi, celui qui applique régulièrement le Tripuṇḍra (les trois lignes de cendre sacrée) avec un esprit discipliné et stable doit être reconnu comme un véritable dévot de Śiva ; il obtient à la fois la bhukti (bien-être mondain) et la mukti (libération).
Verse 82
यस्यांगेनैव रुद्रा क्ष एकोपि बहुपुण्यदः । तस्य जन्मनिरर्थं स्यात्त्रिपुंड्ररहितो यदि
Même une seule rudrākṣa portée sur le corps confère un mérite abondant ; mais si quelqu’un est dépourvu du Tripuṇḍra (les trois lignes de cendre sacrée), sa naissance même devient vaine.
Verse 83
एवं त्रिपुंड्रमाहात्म्यं समासात्कथितं मया । रहस्यं सर्वजंतूनां गोपनीयमिदं त्वया
Ainsi, je t’ai brièvement exposé la grandeur du Tripuṇḍra. C’est un enseignement secret pour tous les êtres vivants ; aussi dois-tu le garder et le tenir confidentiel.
Verse 84
तिस्रो रेखा भवंत्येव स्थानेषु मुनिपुंगवाः । ललाटादिषु सर्वेषु यथोक्तेषु बुधैर्मुने
Ô le meilleur des sages, assurément trois lignes doivent être tracées aux endroits prescrits—sur le front et aux autres emplacements—comme l’ont enseigné les hommes de sagesse, ô muni.
Verse 85
भ्रुवोर्मध्यं समारभ्य यावदंतो भवेद्भ्रुवोः । तावत्प्रमाणं संधार्यं ललाटे च त्रिपुंड्रकम्
En partant de l’espace entre les sourcils jusqu’à l’extrémité des sourcils, qu’on prenne cette mesure pour règle ; puis, sur le front, qu’on applique le Tripuṇḍra (les trois lignes de cendre sacrée) selon cette mesure.
Verse 86
मध्यमानामिकांगुल्या मध्ये तु प्रतिलोमतः । अंगुष्ठेन कृता रेखा त्रिपुंड्राख्या भिधीयते
Après avoir disposé le majeur et l’annulaire, on trace au milieu, avec le pouce, une ligne en sens inverse ; cette ligne est appelée Tripuṇḍra, les trois marques sacrées de cendre.
Verse 87
मध्येंगुलिभिरादाय तिसृभिर्भस्म यत्नतः । त्रिपुण्ड्रधारयेद्भक्त्या भुक्तिमुक्तिप्रदं परम्
En prenant avec soin la cendre sacrée avec les trois doigts du milieu, qu’on porte avec dévotion le Tripuṇḍra. Cet acte suprême accorde bhukti (bien-être terrestre) et mukti (délivrance).
Verse 88
तिसृणामपि रेखानां प्रत्येकं नवदेवताः । सर्वत्रांगेषु ता वक्ष्ये सावधानतया शृणु
Pour chacune des trois lignes sacrées, il y a neuf divinités présidantes. Je les énoncerai pour tous les membres du corps ; écoute avec une attention vigilante.
Verse 89
अकारो गार्हपत्याग्निर्भूधर्मश्च रजोगुणः । ऋग्वेदश्च क्रियाशक्तिः प्रातःसवनमेव च
La syllabe « A » est le feu sacré Gārhapatya (du foyer) ; elle est le principe de la terre et la qualité rajas. Elle est aussi le Ṛgveda, la puissance de l’action (kriyā-śakti) et le pressurage matinal du Soma (prātaḥ-savana).
Verse 90
महदेवश्च रेखायाः प्रथमायाश्च देवता । विज्ञेया मुनिशार्दूलाः शिवदीक्षापरायणैः
Ô sages, tigres parmi les munis, que ceux qui se vouent à l’initiation de Śiva (Śiva-dīkṣā) sachent que Mahādeva est la divinité présidant à la première ligne (rekhā).
Verse 91
उकारो दक्षिणाग्निश्च नभस्तत्त्वं यजुस्तथा । मध्यंदिनं च सवनमिच्छाशक्त्यंतरात्मकौ
La syllabe « U » est le feu sacré du sud ; elle est aussi le principe de l’espace (ākāśa) et le Yajurveda. Elle est encore le pressurage de midi (madhyandina-savana) et demeure au-dedans comme icchā-śakti, la puissance de la volonté.
Verse 92
महेश्वरश्च रेखाया द्वितीयायाश्च देवता । विज्ञेया मुनिशार्दूल शिवदीक्षापरायणैः
Ô tigre parmi les sages, sache que Maheśvara est la divinité présidant à la deuxième ligne (rekhā), ainsi que le comprennent ceux qui se vouent à l’initiation de Śiva (Śiva-dīkṣā).
Verse 93
मकाराहवनीयौ च परमात्मा तमोदिवौ । ज्ञानशक्तिः सामवेदस्तृतीयं सवनं तथा
La syllabe « ma » doit aussi être contemplée comme le feu sacré Āhavanīya, comme le Soi suprême (Paramātmā) et comme la paire : ténèbres et jour. Elle doit encore être connue comme jñāna-śakti, comme le Sāma Veda et comme le troisième pressurage de Soma (tṛtīya-savana).
Verse 94
शिवश्चैव च रेखायास्तृतियायाश्च देवता । विज्ञेया मुनिशार्दूल शिवदीक्षापरायणौ
Sache, ô tigre parmi les sages, que Śiva Lui-même est la divinité présidant à la troisième ligne rituelle ; ainsi doivent le comprendre ceux qui se vouent à l’initiation de Śiva (Śiva-dīkṣā).
Verse 95
एवं नित्यं नमस्कृत्य सद्भक्त्या स्थानदेवताः । त्रिपुंड्रं धारयेच्छुद्धो भुक्तिं मुक्तिं च विंदति
Ainsi, après avoir chaque jour rendu hommage, avec une dévotion authentique, aux divinités tutélaires du lieu sacré, l’être purifié doit porter le Tripuṇḍra (les trois lignes de cendre) ; par là il obtient à la fois la prospérité terrestre (bhukti) et la délivrance (mukti).
Verse 96
इत्युक्ताः स्थानदेवाश्च सर्वांगेषु मुनीश्वरः । तेषां संबंधिनो भक्त्या स्थानानि शृणु सांप्रतम्
Ainsi sollicités, les dieux présidant aux lieux sacrés de tous les membres (de la Forme divine) prirent la parole. Ô seigneur des sages, écoute maintenant avec dévotion les lieux saints qui leur sont associés.
Verse 97
द्वात्रिंशत्स्थानके वार्द्धषोडशस्थानकेपि च । अष्टस्थाने तथा चैव पंचस्थानेपि नान्यसेत्
Que la pratique soit ordonnée en trente-deux stations, selon la méthode étendue de seize, ou encore selon huit ou cinq, qu’on n’insère rien d’autre (mantra ou divinité) entre elles, afin de préserver sans trouble l’ordonnance et la discipline śaiva.
Verse 98
उत्तमांगे ललाटे च कर्णयोर्नेत्रयोस्तथा । नासावक्त्रगलेष्वेवं हस्तद्वय अतः परम्
Ensuite, qu’on applique la Vibhūti (cendre sacrée) sur le sommet de la tête et sur le front; de même sur les oreilles et sur les yeux; et pareillement sur le nez, la bouche et la gorge—puis, sur les deux mains.
Verse 99
कूर्परे मणिबंधे च हृदये पार्श्वयोर्द्वयोः । नाभौ मुष्कद्वये चैवमूर्वोर्गुल्फे च जानुनि
Sur le coude, le poignet, le cœur, les deux flancs du torse; sur le nombril, sur les deux testicules; de même sur les cuisses, les chevilles et les genoux—en ces lieux le dévot doit poser la marque sacrée ou appliquer la Vibhūti.
Verse 100
जंघाद्वयेपदद्वन्द्वे द्वात्रिंशत्स्थानमुत्तमम् । अग्न्यब्भूवायुदिग्देशदिक्पालान्वसुभिः सह
Dans les deux jambes et dans les deux pieds se trouve l’excellent trente-deuxième siège. Là, avec les Vasus, on contemple Agni, les Eaux, la Terre, le Vent, les directions et les régions, ainsi que les gardiens des directions (Dikpālas).
Verse 101
धरा ध्रुवश्च सोमश्च अपश्चेवानिलोनलः । प्रत्यूषश्च प्रभासश्च वसवोष्टौ प्रकीर्तिताः
Dharā, Dhruva, Soma, Āpaḥ, Anila, Anala, Pratyūṣa et Prabhāsa : tels sont proclamés les huit Vasu.
Verse 102
एतेषां नाममात्रेण त्रिपुंड्रं धारयेद्बुधाः । कुर्याद्वा षोडशस्थाने त्रिपुण्ड्रं तु समाहितः
Par la seule énonciation de ces noms, le sage doit apposer le Tripuṇḍra (les trois lignes de cendre sacrée). Ou bien, l’esprit recueilli, il peut marquer le Tripuṇḍra aux seize emplacements prescrits du corps.
Verse 103
शीर्षके च ललाटेच कंठे चांसद्वये भुजे । कूर्परे मणिबंधे च हृदये नाभिपार्श्वके
Sur le sommet de la tête et sur le front, sur la gorge, sur les deux épaules et les bras, aux coudes et aux poignets, sur le cœur et aux côtés du nombril : en ces lieux doivent être posées les marques sacrées.
Verse 104
पृष्ठे चैवं प्रतिष्ठाय यजेत्तत्राश्विदैवते । शिवशक्तिं तथा रुद्र मीशं नारदमेव च
Ayant ainsi établi (la forme sacrée) sur le dos selon la règle, qu’on y vénère les divinités Aśvinī ; et aussi Śiva avec Śakti, Rudra, le Seigneur Īśa, ainsi que Nārada.
Verse 105
वामादिनवशक्तीश्च एताः षोडशदेवताः । नासत्यो दस्रकश्चैव अश्विनौ द्वौ प्रकीर्तितौ
Ainsi, en commençant par Vāmā et les neuf autres Śakti, on les énonce comme les seize divinités. De même, Nāsatya et Dasraka sont proclamés être les deux Aśvin.
Verse 106
अथवा मूर्द्ध्नि केशे च कर्मयोर्वदने तथा । बाहुद्वये च हृदये नाभ्यामूरुयुगे तथा
Ou bien, on peut l’appliquer sur le sommet de la tête et dans les cheveux, sur les deux mains et sur le visage ; de même sur les deux bras, sur le cœur, sur le nombril et sur la paire de cuisses—sanctifiant ainsi le corps pour l’adoration de Śiva.
Verse 107
जानुद्वये च पदयोः पृष्ठभागे च षोडश । शिवश्चन्द्र श्च रुद्र ः को विघ्नेशो विष्णुरेव वा
Sur les deux genoux, sur les pieds et sur la face postérieure du corps se trouvent seize (marques/placements). Qu’on les contemple comme Śiva, la Lune, Rudra, « Ka » (Brahmā), Vighneśa (Gaṇeśa), ou encore Viṣṇu.
Verse 108
श्रीश्चैव हृदये शम्भुस्तथा नाभौ प्रजापतिः । नागश्च नागकन्याश्च उभयोरृषिकन्यकाः
Śrī (la puissance auspicious de la prospérité) doit être contemplée dans le cœur ; et Śambhu (le Seigneur Śiva) également dans le cœur ; et Prajāpati (le Maître de la descendance/de la création) dans le nombril. Les Nāgas et les jeunes filles Nāga doivent être visualisés des deux côtés, avec les filles des Ṛṣis.
Verse 109
पादयोश्च समुद्रा श्च तीर्थाः पृष्ठे विशालतः । इत्येव षोडशस्थानमष्टस्थानमथोच्यते
Dans les deux pieds se trouvent les océans, et sur le large dos se trouvent les tīrthas (gués sacrés). Ainsi est énoncé l’ensemble des seize lieux ; et maintenant est aussi enseigné l’ensemble des huit lieux.
Verse 110
गुह्यस्थानं ललाटश्च कर्णद्वयमनुत्तमम् । अंसयुग्मं च हृदयं नाभिरित्येवमष्टकम्
La région secrète, le front, la paire d’oreilles excellente, les deux épaules, le cœur et le nombril : tels sont énoncés les huit lieux sacrés.
Verse 111
ब्रह्मा च ऋषयः सप्तदेवताश्च प्रकीर्तिताः । इत्येवं तु समुद्दिष्टं भस्मविद्भिर्मुनीश्वराः
« Ainsi ont été proclamés Brahmā, les Ṛṣi et les sept divinités. De cette même manière, ô le meilleur des sages, cela a été exposé par les munis qui connaissent la véritable discipline du Bhasma sacré. »
Verse 112
अथ वा मस्तकं बाहूहृदयं नाभिरेव च । पंचस्थानान्यमून्याहुर्धारणे भस्मविज्जनाः
Ou bien encore, la tête, les bras, le cœur et le nombril : ceux qui connaissent véritablement le bhasma, la cendre sacrée, déclarent que ce sont les cinq lieux du corps où la porter, comme marque śivaïte de consécration.
Verse 113
यथासंभवनं कुर्य्याद्देशकालाद्यपेक्षया । उद्धूलनेप्यशक्तिश्चेत्त्रिपुण्ड्रादीनि कारयेत्
Que l’on accomplisse ces observances autant que possible, selon le lieu, le temps et les autres circonstances. Si l’on n’a pas même la force d’appliquer le bhasma en l’étalant, qu’au moins on fasse tracer le Tripuṇḍra et les marques qui s’y rattachent sur le corps.
Verse 114
त्रिनेत्रं त्रिगुणाधारं त्रिवेदजनकं शिवम् । स्मरन्नमः शिवायेति ललाटे तु त्रिपुण्ड्रकम्
En méditant sur Śiva —le Seigneur aux Trois Yeux, soutien des trois guṇa et source des trois Veda—, en se souvenant du mantra « Namaḥ Śivāya », qu’on applique sur le front le Tripuṇḍra de cendre sacrée.
Verse 115
ईशाभ्यां नम इत्युक्त्वापार्श्वयोश्च त्रिपुण्ड्रकम् । बीजाभ्यां नम इत्युक्त्वा धारयेत्तु प्रकोष्ठयोः
En disant : « Hommage aux deux Īśa », qu’on applique le Tripuṇḍra sur les deux côtés du corps. Puis, en disant : « Hommage aux deux Bīja », qu’on porte les marques sacrées sur les deux avant-bras.
Verse 116
कुर्यादधः पितृभ्यां च उमेशाभ्यां तथोपरि । भीमायेति ततः पृष्ठे शिरसः पश्चिमे तथा
Il doit le placer en bas pour les Pitṛ (les divinités ancestrales), et de même en haut pour Umā et Īśa. Puis, en prononçant « (namaḥ) Bhīmāya », il doit le placer à l’arrière, sur le côté occidental de la tête.
Rather than a mythic episode, the chapter advances a ritual-theological argument: bhasma and tripuṇḍra are not merely social identifiers but scripturally grounded disciplines with mokṣa-orientation, validated through mantra authority and strict procedural classification.
Bhasma symbolizes reduction of materiality to residue (ash) and functions as a purificatory sacrament; tripuṇḍra becomes the codified bodily inscription of Shaiva affiliation and renunciant intent, with repeated application presented as a disciplined, mantra-linked purification aimed at liberation.
No discrete iconographic manifestation (svarūpa) is foregrounded in the sampled portion; the emphasis is on Śiva’s ritual presence mediated through bhasma and mantra—Śiva as accessible through orthodox practice rather than through a narrative depiction of a particular form.