
L’Adhyāya 15 prend la forme d’un échange de questions et réponses entre les ṛṣi et Sūta, demandant un exposé ordonné (kramaśaḥ) de l’efficacité relative des lieux et des conditions pour des rites tels que le devayajña, la dāna (don) et diverses observances. Le chapitre décrit une échelle graduée où des espaces de plus en plus sacralisés multiplient le mérite : du foyer pur, aux étables et aux bords des eaux, puis aux arbres sacrés (bilva, tulasī, aśvattha), aux temples, aux rives de tīrtha et des grands fleuves—jusqu’aux rives des « sept Gaṅgā » (Gaṅgā, Godāvarī, Kāverī, Tāmraparṇī, Sindhu, Sarayū et Revā/Narmadā), et au-delà vers les rivages marins et les sommets des montagnes. Un pivot ésotérique affirme que l’inclination authentique de l’esprit peut dépasser les hiérarchies extérieures : le lieu le plus efficace est celui où le mental se réjouit naturellement, signe d’une intériorisation de l’espace sacré. Le discours aborde ensuite le temps sacré, en hiérarchisant jours fastes et seuils astronomiques (saṅkramaṇa, viṣuva/équinoxe, ayana/solstice), ainsi que les éclipses lunaire et solaire. Enfin, il situe la décroissance de la puissance rituelle selon les yuga (Kṛta, Tretā, Dvāpara, Kali) comme cadre macro-temporel d’évaluation des fruits. Dans l’ensemble, ce chapitre sert de manuel technique pour optimiser le rite par le kṣetra (lieu), le kāla (temps) et le bhāva (intention).
Verse 1
ऋषय ऊचुः । देशादीन्क्रमशो ब्रूहि सूत सर्वार्थवित्तम् । सूत उवाच । शुद्धं गृहं समफलं देवयज्ञादिकर्मसु
Les rishis dirent : «Ô Sūta, toi qui connais le sens de toutes choses, expose dans l’ordre les lieux et les détails qui s’y rapportent.» Sūta répondit : «Dans les rites tels que le Deva-yajña et autres actes sacrés, une demeure pure (et un cadre pur) donne un fruit égal et convenable.»
Verse 2
ततो दशगुणं गोष्ठं जलतीरं ततो दश । ततो दशगुणं बिल्वतुलस्यश्वत्थमूलकम्
Par rapport à cela, le culte accompli dans une étable à vaches procure un mérite dix fois plus grand ; sur la rive d’un fleuve, il en donne dix fois davantage encore. Et de nouveau, le culte au pied d’un bilva, d’un tulasī ou d’un aśvattha (figuier sacré) confère un mérite décuplé au-delà même de cela.
Verse 3
ततो देवालयं विद्यात्तीर्थतीरं ततो दश । ततो दशगुणं नद्यास्तीर्थनद्यास्ततो दश
Qu’on sache qu’un temple des Devas (devālaya) confère un mérite dix fois supérieur à celui d’une rive sacrée ordinaire. Un fleuve vaut dix fois davantage; et un fleuve qui est lui-même un tīrtha vaut encore dix fois plus.
Verse 4
सप्तगंगानदीतीरं तस्या दशगुणं भवेत् । गंगा गोदावरी चैव कावेरी ताम्रपर्णिका
Grande est la sainteté de la rive des «sept Gaṅgā», et le mérite acquis en ce lieu devient décuplé. (Parmi les fleuves sacrés figurent) la Gaṅgā, la Godāvarī, la Kāverī et la Tāmraparṇikā.
Verse 5
सिंधुश्च सरयू रेवा सप्तगंगाः प्रकीर्तिताः । ततोऽब्धितीरं दश च पर्वताग्रे ततो दश
Sont aussi proclamés le Sindhu, la Sarayū, la Revā et les «sept Gaṅgā». Puis viennent dix (lieux sacrés) sur le rivage de la mer, et encore dix sur les sommets des montagnes.
Verse 6
सर्वस्मादधिकं ज्ञेयं यत्र वा रोचते मनः । कृते पूर्णफलं ज्ञेयं यज्ञदानादिकं तथा
Sache que le plus élevé de tout est la pratique en laquelle l’esprit se réjouit véritablement. Lorsqu’elle est accomplie avec sincérité et dévotion, il faut comprendre qu’elle donne son fruit entier, qu’il s’agisse du sacrifice (yajña), du don (dāna) ou d’autres observances sacrées.
Verse 7
त्रेतायुगे त्रिपादं च द्वापरेऽर्धं सदा स्मृतम् । कलौ पादं तु विज्ञेयं तत्पादोनं ततोर्द्धके
Dans le Tretā-yuga, on se souvient que (le dharma) prévaut en trois parts ; dans le Dvāpara, on s’en souvient toujours comme d’une moitié. Dans le Kali-yuga, il faut savoir qu’il n’en reste qu’une part — et dans la seconde moitié de ce Kali, moins encore qu’une part.
Verse 8
शुद्धात्मनः शुद्धदिनं पुण्यं समफलं विदुः । तस्माद्दशगुणं ज्ञेयं रविसंक्रमणे बुधाः
Les sages savent que, pour l’âme purifiée, un jour pur (saint) donne un fruit méritoire d’égale mesure. C’est pourquoi les érudits déclarent qu’au passage du Soleil dans un nouveau signe du zodiaque (saṅkramaṇa), le mérite doit être compris comme décuplé.
Verse 9
विषुवे तद्दशगुणमयने तद्दश स्मृतम् । तद्दश मृगसंक्रांतौ तच्चंद्र ग्रहणे दश
À l’équinoxe, le mérite est décuplé ; au solstice, on le dit aussi décuplé. Il est encore décuplé lors de l’entrée du Soleil en Capricorne (Makara-saṅkrānti), et décuplé également lors d’une éclipse lunaire.
Verse 10
ततश्च सूर्यग्रहणे पूर्णकालोत्तमे विदुः । जगद्रूपस्य सूर्यस्य विषयोगाच्च रोगदम्
De plus, les sages déclarent que lors d’une éclipse solaire—surtout à l’instant le plus total et le plus propice—, parce que le Soleil, qui porte la forme de l’univers, se trouve conjoint à une influence néfaste, il devient dispensateur de maladie.
Verse 11
अतस्तद्विषशांत्यर्थं स्नानदानजपांश्चरेत् । विषशांत्यर्थकालत्वात्स कालः पुण्यदः स्मृतः
Ainsi, pour apaiser ce poison, qu’on accomplisse le bain rituel, l’aumône et le japa des mantras. Puisque ce temps est précisément voué à l’apaisement du poison, cette période même est mémorisée comme dispensatrice de mérite (puṇya).
Verse 12
जन्मर्क्षे च व्रतांते च सूर्यरागोपमं विदुः । महतां संगकालश्च कोट्यर्कग्रहणं विदुः
Les sages déclarent que le culte accompli sous l’étoile de naissance (janma-nakṣatra) et à la conclusion d’un vœu sacré (vrata) porte un mérite comparable à celui d’une éclipse solaire. Et le temps passé en la compagnie des grandes âmes (mahātmas) est dit égal au fruit de dix millions d’éclipses solaires.
Verse 13
तपोनिष्ठा ज्ञाननिष्ठा योगिनो यतयस्तथा । पूजायाः पात्रमेते हि पापसंक्षयकारणम्
Ceux qui sont fermes dans l'austérité, ceux qui sont établis dans la connaissance véritable, ainsi que les yogis et les renonçants disciplinés, sont en effet des destinataires dignes d'adoration et d'honneur, car ils deviennent une cause de la diminution du péché.
Verse 14
चतुर्विंशतिलक्षं वा गायत्र्या जपसंयुतः । ब्राह्मणस्तु भवेत्पात्रं संपूर्णफलभोगदम्
Un Brāhmaṇa qui a accompli le japa de la Gāyatrī, jusqu'à vingt-quatre lakhs (2,4 millions de récitations), devient en effet un récipiendaire apte, capable de jouir des fruits pleins et entiers du rite et du dharma.
Verse 15
इति श्रीशिवमहापुराणे विद्येश्वरसंहितायां पंचदशोध्यायः
Ainsi se termine le quinzième chapitre de la Vidyeśvara Saṃhitā du sacré Śiva Mahāpurāṇa.
Verse 16
गायकं त्रायते पाताद्गायत्रीत्युच्यते हि सा । यथाऽर्थहिनो लोकेऽस्मिन्परस्यार्थं न यच्छति
On l’appelle véritablement « Gāyatrī » parce qu’elle protège le chantre du mantra de la chute dans la ruine. De même qu’en ce monde celui qui est dépourvu de sens ne peut transmettre le sens d’autrui, ainsi la Parole sacrée doit être tenue avec une compréhension véridique afin de porter son fruit libérateur dans le culte de Śiva.
Verse 17
अर्थवानिह यो लोके परस्यार्थं प्रयच्छति । स्वयं शुद्धो हि पूतात्मा नरान्संत्रातुमर्हति
En ce monde, celui qui a des moyens et donne des richesses pour le bien d’autrui se purifie lui-même. Pur et sanctifié en son esprit, il est digne de protéger et d’élever les êtres humains.
Verse 18
गायत्रीजपशुद्धो हि शुद्धब्राह्मण उच्यते । तस्माद्दाने जपे होमे पूजायां सर्वकर्मणि
Celui qui est purifié par le japa de la Gāyatrī est véritablement appelé un brāhmaṇa pur. Ainsi, dans l’aumône, dans la récitation des mantras, dans le homa (offrande au feu), dans le culte et dans tout rite, cette pureté doit être gardée comme la juste qualification.
Verse 19
दानं कर्तुं तथा त्रातुं पात्रं तु ब्राह्मणोर्हति । अन्नस्य क्षुधितं पात्रं नारीनरमयात्मकम्
Pour faire l’aumône et aussi pour accorder protection, le brāhmane est le réceptacle digne. Mais pour la nourriture, le réceptacle juste est l’affamé, femme ou homme, car la faim est une condition commune à tous les êtres incarnés.
Verse 20
ब्राह्मणं श्रेष्ठमाहूय यत्काले सुसमाहितम् । तदर्थं शब्दमर्थं वा सद्बोधकमभीष्टदम्
Au moment convenable, après avoir fait venir un brāhmane éminent, l’esprit bien recueilli, qu’on recherche auprès de lui un enseignement véridique—soit la parole juste (mantra/enseignement), soit le sens juste (son intention)—car une telle guidance est sûre, éveille la compréhension droite et accorde ce qui est désiré.
Verse 21
इच्छावतः प्रदानं च संपूर्णफलदं विदुः । यत्प्रश्नानंतरं दत्तं तदर्धं फलदं विदुः
Les sages savent qu’un don offert de plein gré donne un fruit entier. Mais un don accordé seulement après qu’on l’a demandé est tenu pour ne donner que la moitié du fruit.
Verse 22
यत्सेवकाय दत्तं स्यात्तत्पादफलदं विदुः । जातिमात्रस्य विप्रस्य दीनवृत्तेर्द्विजर्षभाः
Les meilleurs des deux-fois-nés savent que ce qui est donné à un simple serviteur ne procure qu’un fruit conforme à sa condition. De même, lorsqu’un don est offert à un brahmane qui n’a pour bien que la naissance et vit dans la pauvreté, son résultat demeure pareillement limité.
Verse 23
दत्तमर्थं हि भोगाय भूर्लोकेदशवार्षिकम् । वेदयुक्तस्य विप्रस्य स्वर्गे हि दशवार्षिकम्
La richesse donnée en aumône pour le plaisir procure un mérite durant dix ans dans le monde terrestre; mais offerte à un brāhmaṇa versé dans les Veda, ce même don accorde un mérite de dix ans au ciel.
Verse 24
गायत्रीजपयुक्तस्य सत्ये हि दशवार्षिकम् । विष्णुभक्तस्य विप्रस्य दत्तं वैकुंठदं विदुः
Les sages déclarent qu’au Satya Yuga, le don offert à un brāhmaṇa adonné au japa de la Gāyatrī et dévot de Viṣṇu devient un moyen d’atteindre Vaikuṇṭha.
Verse 25
शिवभक्तस्य विप्रस्य दत्तं कैलासदं विदुः । तत्तल्लोकोपभोगार्थं सर्वेषां दानमिष्यते
Les sages déclarent que le don fait à un brāhmaṇa dévot de Śiva devient dispensateur de Kailāsa. En vérité, afin de jouir des fruits dans leurs mondes respectifs, l’aumône est prescrite à tous.
Verse 26
दशांगमन्नं विप्रस्य भानुवारे ददन्नरः । परजन्मनि चारोग्यं दशवर्षं समश्नुते
Celui qui, un dimanche, offre à un brāhmaṇa un repas composé de dix mets obtient, dans sa prochaine naissance, une santé sans maladie durant dix ans.
Verse 27
बहुमानमथाह्वानमभ्यंगं पादसेवनम् । वासो गंधाद्यर्चनं च घृतापूपरसोत्तरम्
Qu’on honore Śiva avec une profonde révérence et une invitation rituelle ; par l’onction (abhyanga) et le service à Ses pieds ; par l’offrande de vêtements et l’adoration au moyen de parfums et autres présents ; puis par d’excellentes offrandes de ghee et de gâteaux sucrés, accompagnées de rafraîchissements choisis au goût de nectar.
Verse 28
षड्रसं व्यंजनं चैव तांबूलं दक्षिणोत्तरम् । नमश्चानुगमश्चैव स्वन्नदानं दशांगकम्
Qu’il offre aussi des mets aux six saveurs avec leurs accompagnements, et présente le tāmbūla (bétel). Puis, accomplissant la circumambulation vers la droite (en gardant Śiva à sa droite) et la circumambulation inverse, qu’il fasse prosternation et suive avec respect ; ainsi, le don d’un repas bien préparé devient un culte aux dix membres.
Verse 29
दशांगमन्नं विप्रेभ्यो दशभ्यो वै ददन्नरः । अर्कवारे तथाऽऽरोग्यं शतवर्षं समश्नुते
L’homme qui, le dimanche (Arka-vāra), offre à dix brāhmaṇas un repas complet avec dix accompagnements, obtient assurément la délivrance des maladies et jouit d’une pleine longévité de cent ans.
Verse 30
सोमवारादिवारेषु तत्तद्वारगुणं फलम् । अन्नदानस्य विज्ञेयं भूर्लोके परजन्मनि
Qu’on sache que le don de nourriture (anna-dāna) porte des fruits selon la qualité propre de chaque jour de la semaine, ici-bas comme dans la vie à venir.
Verse 31
सप्तस्वपि च वारेषु दशभ्यश्च दशांगकम् । अन्नं दत्त्वा शतं वर्षमारोग्यादिकमश्नुते
En offrant de la nourriture durant les sept jours de la semaine, et encore lors des dix occasions sacrées (l’observance «aux dix membres»), celui qui donne ainsi obtient cent ans de vie, avec la santé et d’autres bénédictions.
Verse 32
एवं शतेभ्यो विप्रेभ्यो भानुवारे ददन्नरः । सहस्रवर्षमारोग्यं शर्वलोके समश्नुते
Ainsi, celui qui fait l’aumône à cent brāhmaṇas un dimanche obtient mille ans de santé et de bien-être, et jouit de ce mérite dans le monde de Śarva (le Seigneur Śiva).
Verse 33
सहस्रेभ्यस्तथा दत्त्वाऽयुतवर्षं समश्नुते । एवं सोमादिवारेषु विज्ञेयं हि विपश्चिता
De même, après avoir donné (le don prescrit) à mille (dignes récipiendaires), on jouit du fruit pendant dix mille ans. Ainsi, pour le lundi et les autres jours, les sages doivent comprendre les résultats correspondants.
Verse 34
भानुवारे सहस्राणां गायत्रीपूतचेतसाम् । अन्नं दत्त्वा सत्यलोके ह्यारोग्यादि समश्नुते
Un dimanche, celui qui offre en aumône de la nourriture à mille personnes dont l’esprit est purifié par la Gāyatrī obtient, en Satyaloka, la jouissance du bien-être—telle l’absence de maladie—ainsi que d’autres mérites.
Verse 35
अयुतानां तथा दत्त्वा विष्णुलोके समश्नुते । अन्नं दत्त्वा तु लक्षाणां रुद्र लोके समश्नुते
En faisant don, selon la juste mesure, de dizaines de milliers, on parvient à jouir du monde de Viṣṇu. Mais en offrant de la nourriture par centaines de milliers, on parvient à jouir du monde de Rudra (Śiva).
Verse 36
बालानां ब्रह्मबुद्ध्या हि देयं विद्यार्थिभिर्नरैः । यूनां च विष्णुबुद्ध्या हि पुत्रकामार्थिभिर्नरैः
Les hommes en quête de connaissance doivent faire l’aumône aux enfants, les regardant comme Brahmā lui-même; et les hommes qui désirent des fils doivent faire l’aumône aux jeunes, les regardant comme Viṣṇu lui-même.
Verse 37
वृद्धानां रुद्र बुद्ध्या हि देयं ज्ञानार्थिभिर्नरैः । बालस्त्रीभारतीबुद्ध्या बुद्धिकामैर्नरोत्तमैः
Les hommes en quête de la vraie connaissance doivent assurément faire des offrandes aux anciens, les considérant comme Rudra Lui-même. Et les meilleurs des hommes, désireux d’une intelligence affinée, doivent donner avec l’esprit que les enfants, les femmes et les savants sont à honorer comme des incarnations de la Sagesse sacrée, Bhāratī.
Verse 38
लक्ष्मीबुद्ध्या युवस्त्रीषु भोगकामैर्नरोत्तमैः । वृद्धासु पार्वतीबुद्ध्या देयमात्मार्थिभिर्जनैः
Les nobles qui recherchent la jouissance doivent considérer les jeunes femmes avec la conscience de Lakṣmī ; et ceux qui cherchent le bien du Soi doivent donner (charité et service) aux femmes âgées, les considérant avec la conscience de Pārvatī.
Verse 39
शिलवृत्त्योञ्छवृत्त्या च गुरुदक्षिणयार्जितम् । शुद्धद्रव्यमिति प्राहुस्तत्पूर्णफलदं विदुः
Ce qui est acquis par un gagne-pain dur comme la pierre (labeur austère), par le glanage de ce qui reste après la moisson, ou comme dakṣiṇā—l’honoraire offert au guru—est appelé « substance pure ». Les sages savent que de telles offrandes pures accordent le fruit entier du culte.
Verse 40
शुक्लप्रतिग्रहाद्दत्तं मध्यमं द्रव्यमुच्यते । कृषिवाणिज्यकोपेतमधमं द्रव्यमुच्यते
Le don fait avec une richesse acquise par une acceptation pure et conforme au dharma est appelé « offrande moyenne ». Mais la richesse liée à l’agriculture et au commerce est déclarée « substance inférieure » pour l’aumône.
Verse 41
क्षत्रियाणां विशां चैव शौर्यवाणिज्यकार्जितम् । उत्तमं द्रव्यमित्याहुः शूद्राणां भृतकार्जितम्
Ils déclarent « richesse excellente » celle que les kṣatriya acquièrent par la vaillance et les vaiśya par le commerce ; et pour les śūdra, celle qui est gagnée par un service juste (travail rémunéré) est dite excellente.
Verse 42
स्त्रीणां धर्मार्थिनां द्रव्यं पैतृकं भर्तृकं तथा । गवादीनां द्वादशीनां चैत्रादिषु यथाक्रमम्
Pour les femmes qui recherchent le dharma et une prospérité juste, la richesse convenable pour l’offrande est celle héritée du père, et de même celle qui vient de l’époux. Ainsi, pour les douze observances commençant par le « don de la vache » et autres dons semblables, il convient de suivre, dans l’ordre prescrit, les mois à partir de Caitra.
Verse 43
संभूय वा पुण्यकाले दद्यादिष्टसमृद्धये । गोभूतिलहिरण्याज्यवासोधान्यगुडानि च
Ou bien, en se rassemblant à une occasion propice, on doit offrir ces dons pour l’accomplissement et la prospérité de ses desseins chéris : des vaches, des terres, du sésame, de l’or, du ghee, des vêtements, des grains et du jaggery également.
Verse 44
रौप्यं लवणकूष्मांडे कन्याद्वादशकं तथा । गोदानाद्दत्तगव्येन गोमयेनोपकारिणा
Qu’on offre aussi de l’argent (argent métal), du sel et la courge kuṣmāṇḍa, ainsi que le don de douze jeunes filles. Par le don des vaches, on devient bienfaiteur grâce à tout ce qui vient de la vache—son lait et ses produits, et même sa bouse—tenus pour des moyens de purification dans la pratique sacrée.
Verse 45
धनधान्याद्याश्रितानां दुरितानां निवारणम् । जलस्नेहाद्याश्रितानां दुरितानां तु गोजलैः
Les fautes qui s’attachent à l’homme par la richesse, les grains et autres possessions sont écartées; et les fautes qui proviennent de (l’abus de) l’eau, des huiles et choses semblables sont effacées par l’eau de vache (go-jala).
Verse 46
कायिकादित्राणां तु क्षीरदध्याज्यकैस्तथा । तथा तेषां च पुष्टिश्च विज्ञेया हि विपश्चिता
Pour protéger le corps et les autres facultés, qu’on emploie le lait, le caillé et le ghee comme offrandes sanctifiées. Par eux, il faut comprendre leur nourriture et leur affermissement; ainsi l’enseignent les sages.
Verse 47
भूदानं तु प्रतिष्ठार्थमिह चाऽमुत्र च द्विजाः । तिलदानं बलार्थं हि सदा मृत्युजयं विदुः
Ô deux-fois-nés : on dit que le don de la terre confère un honneur durable et une stabilité, ici-bas comme dans l’au-delà. Le don du sésame est, en vérité, pour la force ; la tradition le connaît comme un moyen qui soutient la victoire sur la mort.
Verse 48
हिरण्यं जाठराग्नेस्तु वृद्धिदं वीर्यदं तथा । आज्यं पुष्टिकरं विद्याद्वस्त्रमायुष्करं विदुः
On dit que l’or accroît le feu digestif et fortifie la vigueur vitale. Le ghee doit être reconnu comme ce qui nourrit; et les vêtements, affirment les sages, accordent la longévité.
Verse 49
धान्यमन्नं समृद्ध्यर्थं मधुराहारदं गुडम् । रौप्यं रेतोभिवृद्ध्यर्थं षड्रसार्थं तु लावणम्
Pour la prospérité, qu’on offre grains et nourriture cuite; pour accorder une douce subsistance, du jaggery. Pour accroître la vigueur virile, de l’argent; et pour obtenir l’ensemble des six saveurs, du sel assurément.
Verse 50
सर्वं सर्वसमृद्ध्यर्थं कूष्मांडं पुष्टिदं विदुः । प्राप्तिदं सर्वभोगानामिह चाऽमुत्र च द्विजाः
Ô deux-fois-nés, les sages savent que le kūṣmāṇḍa (courge cendrée) est dispensateur de nourriture et d’une prospérité accomplie en tout. Il accorde l’obtention de toutes les jouissances, en ce monde et dans l’autre.
Verse 51
यावज्जीवनमुक्तं हि कन्यादानं तु भोगदम् । पनसाम्रकपित्थानां वृक्षाणां फलमेव च
En vérité, le kanyā-dāna (don sacré de la jeune fille) accorde jouissance et bien-être jusqu’au terme de la vie; de même que, pour des arbres tels que le jacquier, le manguier et le wood-apple, ce qu’on obtient concrètement n’est que le fruit.
Verse 52
कदल्याद्यौषधीनां च फलं गुल्मोद्भवं तथा । माषादीनां च मुद्गानां फलं शाकादिकं तथा
De même, les fruits et produits issus des plantes médicinales telles que le bananier, ainsi que ceux provenant des arbustes ; et encore les produits des légumineuses comme le māṣa (haricot noir) et le mudga (haricot mungo), avec les légumes-feuilles et les nourritures semblables, doivent être tenus pour des offrandes recevables dans l’adoration de Śiva.
Verse 53
मरीचिसर्षपाद्यानां शाकोपकरणं तथा । यदृतौ यत्फलं सिद्धं तद्देयं हि विपश्चिता
De même, il convient d’offrir les assaisonnements et préparations faits de poivre, de moutarde et d’ingrédients semblables ; et quel que soit le fruit qui mûrit naturellement en sa saison et se trouve alors disponible, c’est bien celui-là que le sage doit donner en offrande dans le culte.
Verse 54
श्रोत्रादींद्रियतृप्तिश्च सदा देया विपश्चिता । शब्दादिदशभोगार्थं दिगादीनां च तुष्टिदा
Le sage doit toujours offrir ce qui apporte contentement aux sens, à commencer par l’ouïe, afin que les dix jouissances — le son et les autres — soient accomplies selon l’ordre juste ; et ainsi les divinités qui président aux directions et les puissances connexes sont elles aussi satisfaites.
Verse 55
वेदशास्त्रं समादाय बुद्ध्वा गुरुमुखात्स्वयम् । कर्मणां फलमस्तीति बुद्धिरास्तिक्यमुच्यते
Ayant pris le Veda et les Śāstra faisant autorité, et les ayant compris directement de la bouche du Guru, la conviction que les actes (karma) portent des fruits — cette compréhension est appelée āstikya, la foi théiste.
Verse 56
बंधुराजभयाद्बुद्धिश्रद्धा सा च कनीयसी । सर्वाभावे दरिद्र स्तु वाचा वा कर्मणा यजेत्
Lorsque la foi et la résolution s’affaiblissent par crainte des proches ou du roi, cette dévotion devient bien petite. Pourtant, même dans le dénuement total — fût-on pauvre — il faut adorer Śiva, ne serait-ce que par la parole (prière) ou par l’acte que l’on peut accomplir.
Verse 57
वाचिकं यजनं विद्यान्मंत्रस्तोत्रजपादिकम् । तीर्थयात्राव्रताद्यं हि कायिकं यजनं विदुः
Sache que l’adoration par la parole (vācika) consiste en la récitation de mantras, la louange par les stotra, le japa et autres pratiques. Les pèlerinages aux tīrtha, l’observance des vœux (vrata) et disciplines semblables sont tenus pour une adoration du corps (kāyika).
Verse 58
येन केनाप्युपायेन ह्यल्पं वा यदि वा बहु । देवतार्पणबुद्ध्या च कृतं भोगाय कल्पते
Par quelque moyen que ce soit—offrande petite ou grande—lorsqu’elle est faite avec l’intention de la dédier à la Divinité, à Śiva, elle devient digne d’être goûtée comme prasāda sanctifié, et non comme simple complaisance envers soi-même.
Verse 59
तपश्चर्या च दानं च कर्तव्यमुभयं सदा । प्रतिश्रयं प्रदातव्यं स्ववर्णगुणशोभितम्
Il faut toujours pratiquer à la fois l’austérité (tapas) et le don (dāna). Il convient aussi d’offrir abri et hospitalité, ornés des vertus qui conviennent à sa propre condition et à ses qualités.
Verse 60
देवानां तृप्तयेऽत्यर्थं सर्वभोगप्रदं बुधैः । इहाऽमुत्रोत्तमं जन्मसदाभोगं लभेद्बुधः । ईश्वरार्पणबुद्ध्या हि कृत्वा मोक्षफलं लभेत्
Le sage accomplit cela de tout son cœur pour la satisfaction des dieux, car les savants savent que cela accorde toutes les jouissances. Le dévot doué de discernement obtient ici-bas et dans l’au-delà un état de vie excellent, avec un bien-être durable. Et lorsque c’est fait dans l’intelligence que c’est une offrande au Seigneur (Īśvara), on reçoit le fruit de la délivrance (mokṣa).
Verse 61
य इमं पठतेऽध्यायं यः शृणोति सदा नरः । तस्य वैधर्मबुद्धिश्च ज्ञानसिद्धिः प्रजायते
Quiconque récite ce chapitre, ou l’écoute sans cesse, acquiert un discernement juste du dharma ; et en lui s’éveille l’accomplissement, le fruit parfait de la connaissance spirituelle.
It argues that ritual “phala” is not uniform: it scales according to kṣetra (place) and kāla (time). Yet it simultaneously introduces an interior criterion—where the mind truly inclines—suggesting that inner orientation can outweigh even highly ranked external locations.
The hierarchy encodes a Shaiva information model of sacrality: external sanctity (tīrtha, riverbanks, temples, mountains) and cosmic thresholds (saṅkramaṇa, viṣuva, ayana, eclipses) are treated as amplifiers of intention. The rahasya is that the ‘amplifier’ ultimately depends on bhāva—purity and focused resolve—making sacred geography a pedagogical ladder toward internalized sacredness.
No single iconic manifestation (e.g., a named form like Bhairava or Umā) is foregrounded in the sampled passage; instead, the chapter emphasizes Śiva-centered ritual ecology—devālaya worship, tīrtha practice, and auspicious kāla—by which Śiva’s presence is accessed through sanctified space-time rather than through a specific anthropomorphic form.