
L’Adhyāya 6 expose la cause et le mode de la descente de Devī dans la maison himalayenne. Brahmā raconte comment le couple divin, Himavat et Menā, se souvient de Bhavāmbikā avec bhakti afin d’obtenir une descendance et d’accomplir une œuvre divine (devakārya). En réponse, Caṇḍikā—qui avait jadis abandonné un corps—veut reprendre une incarnation. Mahādevī, décidée à rendre vraie sa parole antérieure et à accorder des buts auspices, entre dans l’esprit/le cœur de Menā comme une portion entière (pūrṇāṃśa). La grossesse est décrite comme rayonnante et extraordinaire : Menā est entourée d’un halo de splendeur (tejomaṇḍala) et porte des signes et désirs favorables (dauhṛda-lakṣaṇa), marques d’une gestation divine. Le chapitre présente conception et naissance non comme une simple biologie, mais comme une descente sacralisée : la part de Śiva s’établit au temps convenable, et la grâce de la Déesse devient la cause immédiate qui accomplit le sein. Ainsi, bhakti, parole véridique (satya-vacana) et nécessité cosmique se rejoignent dans l’imminente naissance de Pārvatī.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । अथ संस्मरतुर्भक्त्या दम्पती तौ भवाम्बिकाम् । प्रसूतिहेतवे तत्र देवकार्यार्थमादरात्
Brahmā dit : Alors, cet époux et cette épouse, avec dévotion et intention respectueuse, se remémorèrent là Bhavāmbikā, afin que la conception advînt, pour l’accomplissement du dessein des dieux.
Verse 2
ततस्सा चण्डिका योगात्त्यक्तदेहा पुरा पितुः । ईहया भतितुं भूयस्समैच्छद्रिरिदारतः
Alors la Déesse Caṇḍikā—qui jadis, par la puissance du yoga, avait quitté son corps dans la demeure de son père—désira de nouveau, par sa volonté délibérée, reprendre et maintenir une forme corporelle, en prenant refuge dans cette montagne.
Verse 3
सत्यं विधातुं स्ववचः प्रसन्नाखिलकामदा । पूर्णांशाच्छैलचित्ते सा विवेशाथ महेश्वरी
Afin d’accomplir sa propre parole, la Déesse bienveillante—dispensatrice de tous les dons désirés—entra alors, par la plénitude de sa part divine, dans l’esprit de la Montagne (Himālaya), y demeurant présente en tant que Maheśvarī.
Verse 4
विरराज ततस्सोतिप्रमदोपूर्वसुद्युतिः । हुताशन इवाधृष्यस्तेजोराशिर्महामनाः
Alors cet Être rayonnant resplendit—dépassant son éclat d’autrefois—tel un amas invincible de feu spirituel, semblable au Feu sacré lui-même, et d’âme magnanime.
Verse 5
ततो गिरिस्स्वप्रियायां परिपूर्णं शिवांशकम् । समाधिमत्वात्समये समधत्त सुशंकरे
Puis, parce que Śaṅkara demeurait établi en samādhi, au moment propice il déposa en sa bien-aimée—la fille de la Montagne—une part pleinement accomplie de sa propre essence divine.
Verse 6
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखण्डे पार्वतीजन्मवर्णनं नाम षष्टोऽध्यायः
Ainsi s’achève le sixième chapitre, intitulé « Description de la naissance de Pārvatī », dans le Pārvatī-khaṇḍa (troisième section) de la Rudra-saṃhitā (deuxième livre) du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.
Verse 7
गिरिप्रिया सर्वजगन्निवासासंश्रयाधिकम् । विरेजे सुतरां मेना तेजोमण्डलगा सदा
Menā resplendissait au plus haut point—demeurant sans cesse dans un cercle de lumière—car elle était la mère et le refuge suprême de Giripriyā (Pārvatī), qui est elle-même l’appui, l’abri et la demeure de l’univers entier.
Verse 8
सुखोदयं स्वभर्तुश्च मेना दौहृदलक्षणम् । दधौ निदानन्देवानामानन्दस्येप्सितं शुभम्
Menā perçut, chez son époux, l’essor du bonheur ; et elle-même porta les signes auspiceux de la grossesse—cause excellente et désirée de joie pour les dieux, source même de la félicité.
Verse 9
देह सादादसंपूर्णभूषणा लोध्रसंमुखा । स्वल्पभेन्दुक्षये कालं विचेष्यर्क्षा विभावरी
Son corps était languissant, et ses parures n’étaient pas encore pleinement en place. Le visage tourné vers l’arbre lodhra, la nuit, marquée par les étoiles, sembla s’attarder un moment, tandis que la lune décroissait jusqu’à n’être plus qu’un mince vestige.
Verse 10
तदाननं मृत्सुरभिनायं तृप्तिं गिरीश्वरः । मुने रहस्युपाघ्राय प्रेमाधिक्यं बभूव तत्
Ô sage, alors Girīśvara (le Seigneur Śiva), s’approchant en secret et respirant le parfum de son visage, semblable à l’odeur de la terre, éprouva une profonde plénitude; et de là, son amour pour elle s’accrut davantage encore.
Verse 11
मेना स्पृहावती केषु न मे शंसति वस्तुषु । किंचिदिष्टं ह्रियापृच्छदनुवेलं सखी गिरिः
Menā, bien que pleine de désir, ne me confia pas ce qu’elle souhaitait. Mais mon amie Girī, à maintes reprises et avec pudeur, me demandait ce que je pourrais désirer.
Verse 12
उपेत्य दौहदं शल्यं यद्वव्रेऽपश्यदाशु तत् । आनीतं नेष्टमस्याद्धा नासाध्यं त्रिदिवैऽपि हि
S’étant approché d’elle, il perçut aussitôt l’épine douloureuse de son désir—ce qu’elle avait choisi en son cœur. En vérité, ce qui lui était cher fut apporté sur-le-champ; car pour ceux qui servent le dessein divin, rien n’est vraiment impossible, même pour les dieux des trois cieux.
Verse 13
प्रचीयमानावयवा निस्तीर्य दोहदव्यथाम् । रेजे मेना बाललता नद्धपत्राधिका यथा
Ayant franchi la peine du désir de grossesse et ses membres retrouvant leur plénitude, Menā resplendit—telle une jeune liane tendre, nouvellement parée de feuilles fraîches.
Verse 14
गिरिस्सगर्भां महिषीममंस्त धरणीमिव । निधानगर्भामभ्यन्तर्लीनवह्निं शमीमिव
Ils considérèrent cette reine comme la terre portant des montagnes en son sein—telle Dharaṇī, soutien de tout. Ils la tinrent aussi pour semblable à l’arbre śamī, qui recèle un trésor au-dedans, avec un feu dissimulé en son cœur.
Verse 15
प्रियाप्रीतेश्च मनसः स्वार्जितद्रविणस्य च । समुन्नतैः श्रुतेः प्राज्ञः क्रियाश्चक्रे यथोचिताः
L’esprit réjoui par ce qui lui était cher, et muni de richesses acquises par son propre effort, le sage accomplit les rites prescrits comme il convient, selon les hautes injonctions de la Śruti, les Védas.
Verse 16
ददर्श काले मेनां स प्रतीतः प्रसवोन्मुखीम् । अभ्रितां च दिवं गर्भगृहे भिषगधिष्ठिते
En temps voulu, il vit Menā, rayonnante et prête à enfanter, soigneusement soignée dans la chambre d’accouchement, des médecins à ses côtés, comme si les cieux eux-mêmes y étaient soutenus.
Verse 17
दृष्ट्वा प्रियां शुभाङ्गी वै मुमोदातिगिरीश्वरः । गर्भस्थजगदम्बां हि महातेजोवतीन्तदा
Voyant sa bien-aimée—Pārvatī aux membres de bon augure—Giriśvara (le Seigneur Śiva) se réjouit grandement. Car alors la Mère de l’univers, bien qu’encore dans le sein, rayonnait d’une immense splendeur spirituelle.
Verse 18
तस्मिन्नवसरे देवा मुने विष्ण्वादयस्तथा । मुनयश्च समागम्य गर्भस्थां तुष्टुवुश्शिवाम्
En cet instant même, ô sage, les dieux—Viṣṇu et les autres—ainsi que les voyants s’assemblèrent et chantèrent des louanges à Śivā, demeurant dans le sein.
Verse 19
देवा ऊचुः । दुर्गे जय जय प्राज्ञे जगदम्ब महेश्वरि । सत्यव्रते सत्यपरे त्रिसत्ये सत्यरूपिणी
Les Devas dirent : « Victoire, victoire à toi, ô Durgā—ô Sage, ô Mère de l’univers, ô Maheshvarī ! Ô toi dont le vœu est Vérité, vouée à la Vérité ; triple Vérité, et dont la forme même est Vérité. »
Verse 20
सत्यस्थे सत्यसुप्रीते सत्ययोने च सत्यतः । सत्यसत्ये सत्यनेत्रे प्रपन्नाः शरणं च ते
Ô Devī qui demeures dans la Vérité, qui te réjouis de la Vérité, dont la source est Vérité et qui es vraiment de nature Vérité ; ô incarnation de la Vérité, ô toi dont les yeux sont Vérité : à toi nous nous abandonnons ; tu es, en vérité, notre refuge.
Verse 21
शिवप्रिये महेशानि देवदुःखक्षयंकरि । त्रैलोक्यमाता शर्वाणी व्यापिनी भक्तवत्सला
Ô bien-aimée de Śiva, ô Maheśānī—toi qui fais disparaître la douleur des dieux ! Mère des trois mondes, Śarvāṇī, Toi qui pénètres tout, tu chéris tes dévots avec une tendre compassion.
Verse 22
आविर्भूय त्रिलोकेशि देवकार्यं कुरुष्व ह । सनाथाः कृपया ते हि वयं सर्वे महेश्वरि
Ô Dame qui règnes sur les trois mondes, manifeste-toi et accomplis l’œuvre des dieux. Par ta compassion, ô Maheśvarī, nous sommes tous protégés et ne demeurons plus sans refuge.
Verse 23
त्वत्तः सर्वे च सुखिनो लभन्ते सुखमुत्तमम् । त्वाम्विना न हि किंचिद्वै शोभते त्रिभवेष्वपि
De toi seule tous les êtres deviennent heureux et obtiennent la félicité suprême. Sans toi, en vérité, rien ne brille ni ne garde sa beauté, même à travers les trois mondes.
Verse 24
ब्रह्मोवाच । इत्थं कृत्वा महेशान्या गर्भस्थाया बहुस्तुतिम् । प्रसन्नमनसो देवास्स्वं स्वं धाम ययुस्तदा
Brahmā dit : Ayant ainsi offert d’abondantes louanges à Maheśānī tandis qu’elle portait l’enfant, les dieux—l’esprit apaisé et comblé—s’en allèrent alors, chacun vers sa propre demeure.
Verse 25
व्यतीते नवमे मासे दशमे मासि पूर्णतः । गर्भस्थाया गतिन्द्रध्रे कालिका जगदम्बिका
Lorsque le neuvième mois fut passé et que le dixième fut pleinement venu, selon le cours prescrit du temps, Kālīkā—Jagadambikā, la Mère de l’univers—quitta son état au sein du ventre.
Verse 26
तदा सुसमयश्चासीच्छान्तभग्रहतारकः । नभः प्रसन्नतां यातं प्रकाशस्सर्वदिक्षु हि
Alors s’établit une saison de bon augure : le ciel devint paisible, et l’éclat du soleil, des planètes et des étoiles sembla s’apaiser doucement. La voûte céleste devint sereine et limpide, et la lumière se répandit en vérité dans toutes les directions.
Verse 27
मही मंगलभूयिष्ठा सवनग्रामसागरा । सरस्स्रवन्तीवापीषु पुफुल्लुः पंकजानि वै
La terre devint éminemment propice, parée de forêts, de villages et d’océans; et dans ses lacs, ses rivières courantes et ses étangs, les lotus, en vérité, s’épanouirent.
Verse 28
ववुश्च विविधा वातास्सुखस्पर्शा मुनीश्वर । मुमुदुस्साधवस्सर्वेऽसतान्दुःखमभूद्द्रुतम्
Ô seigneur parmi les sages, des vents de toutes sortes se mirent à souffler, doux au toucher. Tous les vertueux furent remplis de joie, tandis que la souffrance des injustes surgit promptement.
Verse 29
दुन्दुभीन्वादयामासुर्नभस्यागत्य निर्जराः । पुष्पवृष्टिरभूत्तत्र जगुर्गन्धर्वसत्तमाः
Descendant du ciel, les devas immortels firent retentir les tambours dundubhi ; là, une pluie de fleurs tomba, et les plus éminents Gandharvas chantèrent en liesse.
Verse 30
विद्याधरस्त्रियो व्योम्नि ननृतुश्चाप्सरास्तथा । तदोत्सवो महानासीद्देवादीनां नभःस्थले
Dans le ciel, les femmes des Vidyādharas dansèrent, et les Apsarās aussi. Cette célébration devint une grande fête pour les dieux et les autres êtres célestes, dans l’immensité du firmament.
Verse 31
तस्मिन्नवसरे देवी पूर्वशक्तिश्शिवा सती । आविर्बभूव पुरतो मेनाया निजरूपतः
À cet instant même, la Déesse—Satī, l’ancienne Śakti de Śiva—se manifesta devant Menā, se révélant dans sa forme véritable.
Verse 32
वसंतर्तौ मधौ मासे नवम्यां मृगधिष्ण्यके । अर्द्धरात्रे समुत्पन्ना गंगेव शशिमण्डलात्
Au temps du printemps, au mois de Madhu, le neuvième jour lunaire, lorsque la Lune se tenait dans l’astérisme Mṛga (Mṛgaśīrṣa), à minuit elle se manifesta — telle la Gaṅgā jaillissant du cercle de la Lune.
Verse 33
समये तत्स्वरूपेण मेनका जठराच्छिवा । समुद्भूय समुत्पन्ना सा लक्ष्मीरिव सागरात्
Au moment fixé par le destin, Śivā, se manifestant en cette même forme, s’éleva du sein de Menakā, apparaissant et naissant — telle Lakṣmī surgissant de l’océan.
Verse 34
ततस्तस्यां तु जातायां प्रसन्नोऽभूत्तदा भवः । अनुकूलो ववौ वायुर्गम्भीरो गंधयुक्शुभः
Alors, lorsqu’elle naquit, Bhava (le Seigneur Śiva) fut comblé de joie. Un vent favorable se mit à souffler — profond et stable, parfumé et de bon augure — signe de l’assentiment divin.
Verse 35
बभूव पुष्पवृष्टिश्च तोयवृष्टि पुरस्सरम् । जज्वलुश्चाग्नयः शान्ता जगर्जुश्च तदा घनाः
Alors tomba une pluie de fleurs, précédée d’une averse d’eau. Les feux — bien que calmes et doux — s’embrasèrent, et, en ce moment-là, les nuées grondèrent puissamment.
Verse 36
तस्यां तु जायमानायां सर्वस्वं समपद्यत । हिमवन्नगरे तत्र सर्व दुःखं क्षयं गतम्
Mais lorsqu’elle naquit, tout devint pleinement auspiceux et accompli. Dans la cité d’Himavān, toute affliction s’éteignit.
Verse 37
तस्मिन्नवसरे तत्र विष्ण्वाद्यास्सकलास्सुराः । आजग्मुः सुखिनः प्रीत्या ददृशुर्जगदम्बिकाम्
En cet instant même, tous les dieux—conduits par Viṣṇu—arrivèrent en ce lieu, joyeux et pleins d’affection, et ils contemplèrent Jagadambikā, la Mère de l’univers.
Verse 38
तुष्टुवुस्तां शिवामम्बां कालिकां शिवकामिनीम् । दिव्यारूपां महामायां शिवलोकनिवासिनीम्
Ils louèrent cette Mère divine—Śivā, Ambā, Kālī, bien-aimée du Seigneur Śiva—à la forme céleste rayonnante, la Grande Māyā-Śakti, qui demeure dans le royaume même de Śiva.
Verse 39
देवा ऊचुः । जगदम्ब महादेवि सर्वसिद्धिविधायिनि । देवकार्यकरी त्वं हि सदातस्त्वां नमामहे
Les dieux dirent : «Ô Mère de l’univers, ô Grande Déesse, dispensatrice de toutes les perfections ; en vérité, tu accomplis sans cesse les desseins des dieux ; c’est pourquoi nous nous prosternons devant toi continuellement.»
Verse 40
सर्वथा कुरु कल्याणं देवानां भक्तवत्सले । मेनामनोरथः पूर्णः कृतः कुरु हरस्य च
Ô toi qui chéris les dévots des dieux, fais advenir l’auspice en toute manière. Accomplis le vœu cher de Menā, et réalise-le aussi pour Hara (le Seigneur Śiva).
Verse 41
ब्रह्मोवाच । इत्थं स्तुत्वा शिवां देवीं विष्ण्वाद्या सुप्रणम्य ताम् । स्वंस्वं धाम ययुः प्रीताश्शंसन्तस्तद्गतिं पराम्
Brahmā dit : Après avoir ainsi loué Devī Śivā et s’être prosternés devant Elle avec une profonde révérence, Viṣṇu et les autres dieux, remplis de joie, regagnèrent leurs demeures respectives, proclamant son état suprême et sa destinée la plus haute.
Verse 42
तान्तु दृष्ट्वा तथा जातां नीलोत्पलदलप्रभाम । श्यामा सा मेनका देवी मुदमापाति नारद
La voyant ainsi naître, rayonnante comme les pétales d’un lotus bleu, la déesse Menakā—au teint sombre (śyāmā)—fut comblée de joie, ô Nārada.
Verse 43
दिव्यरूपं विलोक्यानु ज्ञानमाप गिरिप्रिया । विज्ञाय परमेशानीं तुष्टावातिप्रहर्षिता
En contemplant cette forme divine, Giripriyā (Pārvatī) obtint une compréhension limpide. Reconnaissant Parameśānī, la Déesse Suprême, elle, transportée d’une grande joie, la loua d’un cœur comblé.
Verse 44
मेनोवाच । जगदम्ब महेशानि कृतातिकरुणा त्वया । आविर्भूता मम पुरो विलसन्ती यदम्बिके
Menā dit : Ô Mère de l’univers, ô Maheśānī, grande Reine de Maheśa ! Tu as manifesté une compassion incomparable ; en vérité, ô Ambikā, tu t’es révélée devant moi, rayonnante de splendeur.
Verse 45
त्वमाद्या सर्वशक्तीनां त्रिलोकजननी शिवे । शिवप्रिया सदा देवी सर्वदेवस्तुता परा
Ô Śivā, tu es la source primordiale de toutes les puissances, la Mère qui enfante les trois mondes. Toujours bien-aimée du Seigneur Śiva, tu es la Déesse éternelle—suprême, louée par tous les dieux.
Verse 46
कृपां कुरु महेशानि मम ध्यानस्थिता भव । एतद्रूपेण प्रत्यक्षं रूपं धेहि सुतासमम्
Ô Maheśānī, prends pitié de moi : demeure dans ma méditation. Sous cette même forme, je t’en prie, revêts une manifestation visible, apparaissant à mes yeux comme une fille.
Verse 47
ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्या मेनाया भूधरस्त्रियाः । प्रत्युवाच शिवा देवी सुप्रसवामअरिप्रियाम्
Brahmā dit : Ayant entendu ces paroles de Menā, l’épouse de la Montagne, Śivā Devī lui répondit, à cette mère de bon augure, chère aux dieux.
Verse 48
देव्युवाच । हे मेने त्वं पुरा मां च सुसेवितवती रता । त्वद्भक्त्या सुप्रसन्नाहं वरन्दातुं गतान्तिकम्
La Déesse dit : « Ô Menā, jadis tu m’as servie et vénérée avec amour et une profonde bhakti. Grandement satisfaite de ta dévotion, je suis venue près de toi pour t’accorder une grâce. »
Verse 49
वरं ब्रूहीति मद्वाणीं श्रुत्वा ते तद्वरो वृतः । सुता भव महादेवी सा मे देवहितं कुरु
« En entendant ma parole : “Dis ton vœu”, tu as choisi ce vœu même : “Ô Mahādevī, deviens ma fille ; et par cela, accomplis ce qui est salutaire aux dieux.” »
Verse 50
तथा दत्त्वा वरं तेऽहं गता स्वम्पदमादरात् । समयं प्राप्य तनया भवन्ते गिरिकामिनि
«Ainsi, t’ayant accordé la grâce, je retournai avec respect à ma propre demeure. Et lorsque viendra le temps fixé, ô fille bien-aimée de la Montagne, tu deviendras assurément mère de fils.»
Verse 51
दिव्यरूपं धृतं मेद्य यत्ते मत्स्मरणं भवेत् । अन्यथा मर्त्यभावेन तवाज्ञानं भवेन्मयि
J’ai revêtu cette forme pure et divine afin que le souvenir de Moi s’éveille en toi. Autrement, par une vision simplement mortelle, l’ignorance à Mon sujet naîtrait en toi.
Verse 52
युवां मां पुत्रिभावेन दिव्यभावेन वा सकृत् । चिन्तयन्तौ कृतस्नेहौ यातास्स्थो मद्गतिम्पराम्
En ne vous souvenant de Moi ne fût-ce qu’une seule fois—soit avec la tendre affection de parents pour une fille, soit avec une disposition divine de dévotion (bhakti)—vous deux, comblés d’un attachement d’amour, avez véritablement atteint Mon état suprême, le plus haut refuge en Moi.
Verse 53
देवकार्यं करिष्यामि लीलां कृत्वा द्भुतां क्षितौ । शम्भुपत्नी भविष्यामि तारयिष्यामि सज्जनान्
J’accomplirai l’œuvre des dieux, en déployant sur la terre une lila merveilleuse. Je deviendrai l’épouse de Śambhu et je ferai traverser aux vertueux l’océan du saṃsāra.
Verse 54
ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वासीच्छिवा तूष्णीमम्बिका स्वात्त्ममायया । पश्यन्त्यां मातरि प्रीत्या सद्योऽऽभूत्तनया तनुः
Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, Ambikā (Pārvatī) se tut aussitôt, par sa propre māyā née d’elle-même. Tandis que la mère regardait avec tendresse, le corps de la fille apparut sur-le-champ.
The divine descent leading to Pārvatī’s conception: Bhavāmbikā/Mahādevī enters Menā (Himavān’s wife), producing an auspicious, radiant pregnancy oriented toward fulfilling divine work.
It signals that embodiment is intentional and consciousness-led: the Goddess manifests through inner assent and śakti, not merely through physical causation, making the womb a sanctified locus of divine presence.
Bhavāmbikā and Caṇḍikā are invoked alongside Mahādevī/Maheśvarī, emphasizing both benevolent motherhood (Ambikā) and potent divine agency (Caṇḍikā) in the act of descent.