
L’Adhyāya 31 s’ouvre sur Brahmā rapportant à Nārada que les dieux, conduits par Śakra/Indra, ont reconnu la dévotion suprême, inébranlable et sans déviation (avyabhicāriṇī parā bhakti) que partagent Himālaya et sa fille Pārvatī envers Śiva. Les devas délibèrent avec pragmatisme : si Himālaya donne sa fille à Śiva par une bhakti d’un seul élan, il obtient aussitôt une destinée propice—divinisation, accès au monde de Śiva et, à terme, mokṣa. Ils évoquent aussi, de façon rhétorique, que l’identité de la terre comme « Ratnagarbhā » serait menacée si s’en allait le « soutien d’innombrables joyaux » (Himālaya), soulignant son importance cosmique. Ils concluent qu’Himālaya abandonnera l’immobilité (sthāvaratva), prendra une forme divine, offrira la jeune fille au Porteur du trident, atteindra le sārūpya avec Mahādeva, jouira des bienfaits puis obtiendra la libération finale. Après cette décision, les dieux s’approchent de leur précepteur avec respect mais aussi intérêt, lui demandant de se rendre à la demeure d’Himālaya pour accomplir leur dessein. La stratégie est explicitement fondée sur la parole et l’opposition : le guru est prié de critiquer ou rabaisser Śiva (śūlin/pinākin) afin que, par réaction contraire, Himālaya consente rapidement au mariage—même à contrecœur—car Durgā n’acceptera nul autre époux que Śiva. Le chapitre met ainsi en scène une manœuvre politico-théologique visant à orienter l’union par conseil, persuasion et rhétorique maîtrisée, tout en affirmant Śiva comme l’unique terme du choix de Pārvatī.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । तयोर्भक्तिं शिवे ज्ञात्वा परामव्यभिचारिणीम् । सर्वे शक्रादयो देवाश्चिचिन्तुरिति नारद
Brahmā dit : Ô Nārada, ayant reconnu la dévotion suprême et sans défaillance de ces deux êtres envers Śiva, tous les dieux—à commencer par Śakra (Indra)—tombèrent dans une profonde méditation.
Verse 2
देवा ऊचुः । एकान्तभक्त्या शैलश्चेत्कन्यां तस्मै प्रदास्यति । ध्रुवं निर्वाणता सद्यस्स प्राप्स्यति च भारते
Les Devas dirent : « Ô Bhārata, si la Montagne (Himālaya), d’une dévotion à l’unique objet, donne sa fille à Celui-là, alors, sûrement et sur-le-champ, il atteindra l’état de nirvāṇa (libération). »
Verse 3
अनन्तरत्नाधारश्चेत्पृथ्वी त्यक्त्वा प्रयास्यति । रत्नगर्भाभिधा भूमिर्मिथ्यैव भविता ध्रुवम्
Si la Terre, soutien d’innombrables joyaux, abandonnait sa propre nature et s’en allait, alors la contrée nommée « Ratnagarbhā » (« la Terre au sein de joyaux ») ne serait plus, assurément, qu’un nom mensonger.
Verse 4
स्थावरत्वं परित्यज्य दिव्यरूपं विधाय सः । कन्यां शूलभृते दत्त्वा शिवलोकं गमिष्यति
Délaissant l’état d’immobilité, il revêtira une forme divine ; puis, ayant offert la jeune fille au Porteur du Trident (Śiva), il se rendra à Śivaloka.
Verse 5
महादेवस्य सारूप्यं लप्स्यते नात्र संशयः । तत्र भुक्त्वा वरान्भोगांस्ततो मोक्षमवाप्स्यति
Il obtiendra assurément le sārūpya, la ressemblance avec Mahādeva ; là-dessus, nul doute. Là, après avoir goûté les délices divins excellents accordés par cet état, il atteint finalement la mokṣa, la délivrance ultime, par la grâce de Śiva.
Verse 6
ब्रह्मोवाच । इत्यालोच्य सुरास्सर्वे कृत्वा चामन्त्रणं मिथः । प्रस्थापयितुमैच्छंस्ते गुरुं तत्र सुविस्मिताः
Brahmā dit : Ayant ainsi délibéré, tous les dieux, après s’être mutuellement pris congé, demeurèrent là dans un grand émerveillement, désirant envoyer leur Guru (pour la mission envisagée).
Verse 7
ततः शक्रादयो देवास्सर्वे गुरुनिकेतनम् । जग्मुः प्रीत्या सविनया नारद स्वार्थसाधकाः
Alors Indra et les autres dieux —tous—, ô Nārada, se rendirent avec joie et humilité à la demeure du précepteur, résolus à accomplir le but qu’ils désiraient.
Verse 8
गत्वा तत्र गुरुं नत्वा सर्वे देवास्सवासवाः । चक्रुर्निवेदनं तस्मै गुरवे वृत्तमादरात्
S’y étant rendus, tous les dieux —avec Indra— se prosternèrent devant le Guru ; puis, avec dévotion et respect, ils rapportèrent à ce précepteur toute l’affaire telle qu’elle s’était produite.
Verse 9
देवा ऊचुः । गुरो हिमालयगृहं गच्छास्मत्कार्य्यसिद्धये । तत्र गत्वा प्रयत्नेन कुरु निन्दाञ्च शूलिनः
Les dieux dirent : «Ô Guru, rends-toi à la demeure de l’Himālaya afin que notre dessein s’accomplisse. Une fois arrivé, fais un effort délibéré et profère des paroles de blâme contre Śūlin (le Seigneur Śiva)».
Verse 10
पिनाकिना विना दुर्गा वरं नान्यं वरिष्यति । अनिच्छया सुतां दत्त्वा फलं तूर्णं लभिष्यति
Sans Pinākin (Śiva, porteur de l’arc Pināka), Durgā ne choisira nul autre époux. Même si l’on donne sa fille à contrecœur, on récoltera promptement le fruit inévitable de cet acte.
Verse 11
कालेनैवाधुना शैल इदानीं भुवि तिष्ठतु । अनेकरत्नाधारं तं स्थापय त्वं क्षितौ गुरौ
Par la puissance même du Temps, que cette montagne demeure désormais établie sur la terre. Toi, ô vénérable, fixe-la solidement au sol, cette montagne qui est support et réceptacle de maints joyaux.
Verse 12
ब्रह्मोवाच । इति देववचः श्रुत्वा प्रददौ कर्णयोः करम् । न स्वीचकार स गुरुस्स्मरन्नाम शिवेति च
Brahmā dit : Ayant entendu les paroles des dieux, le Guru porta sa main à ses deux oreilles. Pourtant il n’accepta pas, car au-dedans il se souvenait sans cesse du Nom : « Śiva ».
Verse 13
अथ स्मृत्वा महादेवं बृहस्पतिरुदारधीः । उवाच देववर्यांश्च धिक्कृत्वा च पुनः पुनः
Alors Bṛhaspati, à l’intelligence noble, se souvint de Mahādeva. Et, blâmant maintes fois les plus éminents des dieux, il parla encore et encore en les reprenant.
Verse 14
बृहस्पतिरुवाच । सर्वे देवास्स्वार्थपराः परार्थध्वंसकारकाः । कृत्वा शंकरनिंदा हि यास्यामि नरकं ध्रुवम्
Bṛhaspati dit : «Tous les dieux se sont tournés vers leur seul intérêt, détruisant le bien d’autrui. Pour avoir calomnié Śaṅkara, j’irai sûrement en enfer».
Verse 15
कश्चिन्मध्ये च युष्माकं गच्छेच्छैलान्तिकं सुराः । संपादयेत्स्वाभिमतं शैलेन्द्रं प्रतिबोध्य च
«Ô dieux, que l’un d’entre vous s’approche de la montagne ; après avoir éveillé et informé le Seigneur de la Montagne, qu’il accomplisse ce que vous désirez.»
Verse 16
अनिच्छया सुतां दत्त्वा सुखं तिष्ठतु भारते । तस्मै भक्त्या सुतां दत्त्वा मोक्षं प्राप्स्यति निश्चितम्
Ô Bhārata, même s’il donne sa fille à contrecœur, qu’il demeure ensuite dans le bien-être. Mais celui qui, avec dévotion, offre sa fille à cet homme digne atteindra assurément la moksha.
Verse 17
पश्चात्सप्तर्षयस्सर्वे बोधयिष्यन्ति पर्वतम् । पिनाकिना विना दुर्गा वरं नान्यं वरिष्यति
Ensuite, les Sept Sages instruiront Parvata (l’Himālaya). Sans Pinākin—Śiva, porteur de l’arc Pināka—Durgā ne choisira aucun autre don ni aucun autre époux : nul autre qu’Elle n’acceptera.
Verse 18
अथवा गच्छत सुरा ब्रह्मलोकं सवासवाः । वृत्तं कथयत स्वं तत्स वः कार्यं करिष्यति
«Sinon, ô dieux—avec Indra—allez au monde de Brahmā. Racontez-lui entièrement ce qui s’est produit ; il accomplira pour vous l’œuvre qui doit être faite.»
Verse 19
ब्रह्मोवाच । तच्छ्रुत्वा ते समालोच्याजग्मुर्मम सभां सुराः । सर्वे निवेदयांचक्रुर्नत्वा तद्गतमादरात्
Brahmā dit : L’ayant entendu, les dieux délibérèrent et vinrent à mon assemblée. S’étant inclinés avec respect, ils rapportèrent tous l’affaire exactement telle qu’elle s’était produite, avec déférence.
Verse 20
देवानां तद्वचः श्रुत्वा शिवनिन्दाकरं तदा । वेदवक्ता विलप्याहं तानवोचं सुरान्मुने
Ô sage, lorsque j’entendis alors les paroles des dieux—paroles qui revenaient à blâmer Śiva—moi, récitant du Veda, en me lamentant, je m’adressai à ces devas et leur parlai.
Verse 21
ब्रह्मोवाच । नाहं कर्तुं क्षमो वत्साः शिवनिन्दां सुदुस्सहाम् । संपद्विनाश रूपाञ्च विपदां बीजरूपिणीम्
Brahmā dit : « Ô mes chers enfants, je ne suis pas capable de proférer l’insupportable blasphème contre Śiva—blasphème qui détruit la prospérité et devient la semence des calamités. »
Verse 22
सुरा गच्छत कैलासं सन्तोषयत शंकरम् । प्रस्थापयत तं शीघ्रं हिमालयगृहं प्रति
Ô Devas, allez à Kailāsa et réjouissez Śaṅkara. Hâtez-le de partir promptement vers la demeure de l’Himālaya.
Verse 23
स गच्छेदुपशैलेशमात्मनिन्दां करोतु वै । परनिन्दाविनाशाय स्वनिन्दा यशसे मता
Qu’il s’approche du Seigneur de la Montagne et, certes, parle en s’abaissant lui-même. Car pour anéantir la médisance envers autrui, le blâme de soi est tenu pour une source d’honneur véritable.
Verse 24
ब्रह्मोवाच । श्रुत्वेति मद्वचो देवा मां प्रणम्य मुदा च ते । कैलासं प्रययुः शीघ्रं शैलानामधिपं गिरिम्
Brahmā dit : Ayant ainsi entendu mes paroles, les dieux se prosternèrent devant moi avec joie et partirent promptement pour Kailāsa, la montagne souveraine, seigneur parmi les sommets.
Verse 25
तत्र गत्वा शिवं दृष्ट्वा प्रणम्य नतमस्तकाः । सुकृतांजलयस्सर्वे तुष्टुवुस्तं सुरा हरम्
S’y étant rendus et ayant contemplé le Seigneur Śiva, les devas se prosternèrent, la tête inclinée. Les mains jointes en un añjali plein de révérence, tous louèrent Hara—Śiva, Celui qui ôte les liens et la peine.
Verse 26
देवा ऊचुः । देवदेव महादेव करुणाकर शंकर । वयं त्वां शरणापन्नाः कृपां कुरु नमोऽस्तु ते
Les Devas dirent : «Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, ô Śaṅkara, source de compassion ! Nous venons chercher refuge en Toi ; accorde-nous Ta grâce. Hommage à Toi !»
Verse 27
त्वं भक्तवत्सलः स्वामिन्भक्तकार्यकरस्सदा । दीनोद्धरः कृपासिन्धुर्भक्तापद्विनिमोचकः
Ô Seigneur, Tu es toujours plein de tendresse pour Tes dévots ; Tu accomplis sans cesse les desseins de Tes bhaktas. Tu relèves l’humble et l’affligé ; Tu es un océan de compassion, et Tu délivres Tes dévots des calamités.
Verse 28
ब्रह्मोवाच । इति स्तुत्वा महेशानं सर्वे देवास्सवासवाः । सर्वं निवेदयांचक्रुस्तद्वृत्तं तत आदरात्
Brahmā dit : «Après avoir ainsi loué Maheśāna, tous les dieux—avec Indra—lui rapportèrent avec respect le récit entier de ce qui s’était produit.»
Verse 29
तच्छ्रुत्वा देववचनं स्वीचकार महेश्वरः । देवान् सुयापयामास तानाश्वास्य विहस्य सः
Entendant les paroles des dieux, Mahādeva accueillit leur requête. Souriant, il réconforta les devas et les apaisa, dissipant leur anxiété.
Verse 30
देवा मुमुदिरे सर्वे शीघ्रं गत्वा स्वमंदिरम् । सिद्धं मत्वा स्वकार्य्यं हि प्रशंसन्तस्सदाशिवम्
Tous les dieux se réjouirent. Rejoignant promptement leurs demeures, ils tinrent leur dessein pour accompli et louèrent Sadāśiva, le Seigneur à jamais propice.
Verse 31
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखण्डे शिवमायावर्णनं नामैकत्रिंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le trente et unième chapitre, intitulé « La description de la Māyā de Śiva », dans le Pārvatī-khaṇḍa (troisième section) de la Rudra-saṃhitā (deuxième division) du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.
Verse 32
यदा शैलस्सभामध्ये समुवास मुदान्वितः । बन्धुवर्गैः परिवृतः पार्वतीसहितस्स्वयम्
Lorsque le Seigneur des Montagnes, Himālaya, s’assit avec joie au milieu de la salle d’assemblée, il était entouré de ses proches, et Pārvatī siégeait à ses côtés.
Verse 33
एतस्मिन्नन्तरे तत्र ह्याजगाम सदाशिवः । दण्डी छत्री दिव्यवासा बिभ्रत्तिलकमुज्ज्वलम्
À cet instant même, en ce lieu, Sadāśiva arriva : portant un bâton et un parasol, vêtu d’habits divins, et le front orné d’un tilaka éclatant.
Verse 34
करे स्फटिकमालाञ्च शालग्रामं गले दधत् । जपन्नाम हरेर्भक्त्या साधुवेषधरौ द्विजः
Tenant en main un chapelet de cristal et portant au cou un Śālagrāma, le deux-fois-né—revêtu extérieurement de l’apparence d’un saint mendiant—ne cessait de psalmodier avec bhakti le Nom de Hari.
Verse 35
तं च दृष्ट्वा समुत्तस्थौ सगणोऽपि हिमालयः । ननाम दण्डवद्भूमौ भक्त्यातिथिमपूर्वकम्
À Sa vue, Himālaya—avec toute sa suite—se leva aussitôt; puis, par dévotion, il se prosterna au sol, raide comme un bâton, offrant à cet hôte divin un hommage sans précédent.
Verse 36
ननाम पार्वती भक्त्या प्राणेशं विप्ररूपिणम् । ज्ञात्वा तं मनसा देवी तुष्टाव परया मुदा
Avec dévotion, Pārvatī se prosterna devant le Seigneur de sa vie, qui avait pris la forme d’un brāhmaṇa. L’ayant reconnu au-dedans d’elle-même, la Déesse Le loua dans une joie souveraine.
Verse 37
आशिषं युयुजे विप्रस्सर्वेषां प्रीतितश्शिवः । शिवाया अधिकं तात मनोभिलषितं हृदा
Satisfait de tous, Śiva accorda Ses bénédictions aux sages; mais, ô cher ami, à Śivā (Pārvatī) Il donna davantage encore—précisément ce que son cœur désirait depuis longtemps.
Verse 38
मधुपर्कादिकं सर्वं जग्राह ब्राह्मणो मुदा । दत्तं शैलाधिराजेन हिमांगेन महादरात्
Dans la joie, le brāhmaṇa accepta toutes les offrandes—à commencer par le madhuparka—que Himālaya, seigneur des montagnes, avait données avec une profonde révérence.
Verse 39
पप्रच्छ कुशलं चास्य हिमाद्रिः पर्वतोत्तमः । तं द्विजेन्द्रं महाप्रीत्या सम्पूज्य विधिवन्मुने
Alors Himādri, le plus excellent des monts, après avoir honoré selon le rite, avec une grande joie, ce brāhmane éminent, s’enquit de son bien-être, ô sage.
Verse 40
पुनः पप्रच्छ शैलेशस्तं ततः को भवानिति । उवाच शीघ्रं विप्रेन्द्रो गिरीद्रं सादरं वचः
Puis le Seigneur de la montagne demanda de nouveau : «Qui es-tu ?» Alors le plus éminent des brāhmanes s’adressa promptement au roi des montagnes avec des paroles respectueuses.
Verse 41
विप्रेन्द्र उवाच । ब्राह्मणोऽहं गिरिश्रेष्ठ वैष्णवो बुधसत्तमः । घटिकीं वृतिमाश्रित्य भ्रमामि धरणीतले
Viprendra dit : «Ô le meilleur des monts (Giriśa), je suis un brāhmane, dévot de Viṣṇu, et le plus éminent des sages. Ne vivant que d’un maigre soutien d’une seule ghaṭikā, j’erre sur la terre.»
Verse 42
मनोयायी सर्व गामी सर्वज्ञोहं गुरोर्बलात् । परोपकारी शुद्धात्मा दयासिन्धुर्विकारहा
Par la puissance de mon Guru, je me meus aussi vite que la pensée, je puis aller partout et je connais tout. Dévoué au bien d’autrui, l’âme pure, je suis un océan de compassion et le destructeur des souillures et déformations intérieures.
Verse 43
मया ज्ञातं हराय त्वं स्वसुतां दातुमिच्छसि । इमां पद्मसमां दिव्यां वररूपां सुलक्षणाम्
J’ai compris que tu souhaites donner ta propre fille à Hara (Śiva). Cette jeune fille, divine et pareille au lotus, d’une beauté éminente et pourvue de signes auspicieux, est vraiment digne de Lui.
Verse 44
निराश्रयायासंगाय कुरूपायागुणाय च । श्मशानवासिने व्यालग्राहिरूपाय योगिने
Hommage au Seigneur sans appui et sans attachement ; d’aspect redoutable et au-delà des guṇa ; demeurant dans les lieux de crémation ; prenant la forme qui saisit les serpents ; et Yogi suprême.
Verse 45
दिग्वाससे कुगात्राय व्यालभूषणधारिणे । अज्ञातकुलनाम्ने च कुशीलायाविहारिणे
Hommage à Celui qui est vêtu des directions (le ciel pour vêtement), au corps rude et sans parure ; qui porte les serpents en ornements ; qui transcende lignée et nom connus ; et qui erre en ascète libre, hors des conventions.
Verse 46
विभूतिदिग्धदेहाय संक्रुद्धायाविवेकिने । अज्ञातवयसेऽतीव कुजटाधारिणे सदा
Portant sans cesse les jaṭā, le corps enduit de vibhūti (cendre sacrée), il paraissait d’une colère farouche, comme sans discernement ; son âge même demeurait inconnaissable : tel était-il dans cette forme extraordinaire.
Verse 47
सर्वाश्रयाय भ्रमिणे नागहाराय भिक्षवे । कुमार्गनिरतायाथ वेदाऽध्वत्यागिने हठात्
Salutations à Lui, refuge de tous, qui erre librement, qui porte les serpents en guirlande et vit en mendiant sacré. Salutations encore à Lui qui, pour déconcerter les orgueilleux, paraît s’adonner aux voies interdites, et qui—par sa volonté souveraine—rejette d’un coup la simple route du formalisme védique.
Verse 48
इयं ते बुद्धिरचल न हि मंगलदा खलु । विबोध ज्ञानिनां श्रेष्ठ नारायणकुलोद्भव
Ô toi qui demeures inébranlable, cette compréhension qui est la tienne n’est vraiment pas de bon augure. Éveille-toi au juste discernement, ô le meilleur des sages, né dans la lignée de Nārāyaṇa.
Verse 49
न ते पात्रानुरूपश्च पार्वतीदानकर्मणि । महाजनः स्मेरमुखः श्रुतमात्राद्भविष्यति
Dans l’acte de donner au nom de Pārvatī, tu n’agis pas d’une manière convenant à un récipiendaire digne. Le peuple, à la seule nouvelle, sourira — moqueur et amusé.
Verse 50
पश्य शैलाधिप त्वं च न तस्यैकोस्ति बान्धवः । महारत्नाकरस्त्वञ्च तस्य किञ्चिद्धनं न हि
Vois, ô seigneur des montagnes : il n’a pas même un seul parent. Et bien que tu sois une grande mine de joyaux, il ne possède aucune richesse. (Pourtant, le dénuement extérieur ne diminue pas la souveraineté de Śiva : Il est plénitude en Lui-même et dispense la vraie richesse — dévotion et délivrance.)
Verse 51
बान्धवान्मेनकां कुध्रपते शीघ्रं सुतांस्तथा । सर्वान्पृच्छ प्रयत्नेन पण्डितान्पार्वती विना
«Interroge vite tes proches, ainsi que Menakā, et aussi tes fils. Avec l’effort requis, consulte tous les sages—mais fais-le sans mêler Pārvatī.»
Verse 52
रोगिणो नौषधं शश्वद्रोचते गिरिसत्तम । कुपथ्यं रोचतेऽभीक्ष्णं महादोषकरं सदा
Ô le plus excellent des monts : au malade, le vrai remède ne paraît jamais agréable ; mais la nourriture malsaine plaît sans cesse—bien qu’elle engendre toujours de grands maux.
Verse 53
ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा ब्राह्मणः शीघ्रं स वै भुक्त्वा मुदान्वितः । जगाम स्वालयं शान्तो नानालीलाकर श्शिवः
Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, le brāhmane mangea promptement et, rempli de joie, partit vers sa propre demeure. Ce Śiva paisible—qui accomplit de multiples līlās divines—poursuivit sa route.
The devas, realizing Himālaya and Pārvatī’s steadfast devotion to Śiva, decide to send their guru to Himālaya’s home to expedite the offering of Pārvatī to Śiva, even employing strategic criticism of Śiva as a persuasive tactic.
The chapter frames ekānta-bhakti as immediately transformative: devotion leads to divine proximity (Śiva-loka), sārūpya with Mahādeva, and culminates in mokṣa—showing a graded soteriology grounded in Śaiva theism.
Śiva is invoked as Śūlin and Pinākin, emphasizing his iconic martial-ascetic sovereignty; these names function as theological identifiers while the narrative insists that Durgā/Pārvatī will accept no other vara, reinforcing Śiva’s singular status.