Adhyaya 13
Rudra SamhitaKumara KhandaAdhyaya 1339 Verses

गणेशोत्पत्ति-प्रसङ्गः / Episode on the Origin of Gaṇeśa (Śvetakalpa Account)

L’Adhyāya 13 s’ouvre sur le récit de Sūta : Nārada, réjoui après avoir entendu une merveille liée à Tārakāri (Skanda/Kārttikeya), interroge Brahmā sur le récit juste (vidhi) de la suprême histoire de Gaṇeśa. Nārada demande la naissance divine et de bon augure ainsi que les épisodes de la vie de Gaṇeśa, dits « tout-auspice ». Brahmā répond en distinguant les différences de cycles purāṇiques (kalpa-bheda) : auparavant, on racontait une origine où le regard de Śani entraînait la séparation de la tête de l’enfant, remplacée ensuite par une tête d’éléphant. À présent, Brahmā expose la version du Śvetakalpa, en précisant le contexte où Śiva, par compassion, tranche la tête comme maillon de la chaîne causale de l’épisode. Le chapitre affirme ensuite la clarté doctrinale : nul doute ne doit subsister quant à Śaṅkara comme agent ultime ; Śambhu est le souverain universel, à la fois nirguṇa et saguṇa. Par sa līlā, l’univers est créé, maintenu et résorbé. Le récit se déplace vers le cadre domestique et cosmique : après le mariage de Śiva et son retour au Kailāsa, le temps venu, les conditions de l’avènement de Gaṇapati se présentent ; Pārvatī est entourée de ses compagnes Jayā et Vijayā, qui s’entretiennent avec elle, préparant les événements à venir concernant l’accès, la garde et le dessein divin menant à la manifestation de Gaṇeśa.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । तारकारेरिति श्रुत्वा वृत्तमद्भुतमुत्तमम् । नारदस्सुप्रसन्नोथ पप्रच्छ प्रीतितो विधिम्

Sūta dit : Ayant entendu ce récit, le plus merveilleux et le plus excellent, concernant l’ennemi de Tāraka, Nārada fut comblé de joie ; puis, le cœur rempli de bhakti, il demanda la juste procédure (de culte et d’observance).

Verse 2

नारद उवाच । देवदेव प्रजानाथ शिवज्ञाननिधे मया । श्रुतं कार्तिकसद्वृत्तममृतादपि चोत्तमम्

Nārada dit : Ô Dieu des dieux, Ô Seigneur des êtres, Ô trésor de la connaissance de Śiva — j’ai entendu la noble conduite de Kārttikeya, un récit sacré plus excellent encore que l’amṛta, le nectar d’immortalité.

Verse 3

अधुना श्रोतुमिच्छामि गाणेशं वृत्तमुत्तमम् । तज्जन्मचरितं दिव्यं सर्वमंगलमंगलम्

À présent, je désire entendre le récit le plus excellent au sujet de Gaṇeśa : sa naissance et ses actes divins, souverainement auspices, la bénédiction parmi toutes les bénédictions.

Verse 4

सूत उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य नारदस्य महामुने । प्रसन्नमानसो ब्रह्मा प्रत्युवाच शिवं स्मरन्

Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles du grand sage Nārada, Brahmā, l’esprit apaisé, répondit en se souvenant du Seigneur Śiva.

Verse 5

ब्रह्मोवाच । कल्पभेदाद्गणेशस्य जनिः प्रोक्ता विधेः परात् । शनिदृष्टं शिरश्छिन्नं संचितं गजमाननम्

Brahmā dit : «Selon les différences des kalpas, le récit de la naissance de Gaṇeśa a été enseigné de diverses manières, au-delà de la règle ordinaire. Lorsque Śani posa son regard, la tête fut tranchée ; ensuite, on lui assembla une forme au visage d’éléphant.»

Verse 6

इदानीं श्वेतकल्पोक्ता गणेशोत्पत्तिरुच्यते । यत्र च्छिन्नं शिरस्तस्य शिवेन च कृपालुना

À présent est racontée la naissance de Gaṇeśa, telle qu’elle est décrite dans le Śvetakalpa : là où sa tête fut tranchée, puis, par le Seigneur Śiva plein de compassion, il fut rétabli et comblé de grâce à nouveau.

Verse 7

संदेहो नात्र कर्तव्यः शंकरस्सूतिकृन्मुने । स हि सर्वाधिपः शंभुर्निर्गुणस्सगुणो ऽपि हि

Ô sage, qu’aucun doute ne soit nourri ici : Śaṅkara lui-même fut la cause de cette naissance. Car Śambhu est le Seigneur de tout—au-delà des qualités en tant que Nirguṇa, et pourtant, par grâce, il se manifeste aussi comme Saguṇa.

Verse 8

तल्लीलयाखिलं विश्वं सृज्यते पाल्यते तथा । विनाश्यते मुनिश्रेष्ठ प्रस्तुतं शृणु चादरात्

Par sa līlā divine seule, l’univers tout entier est créé, maintenu et aussi résorbé. Ô le meilleur des sages, écoute avec respect ce qui est maintenant exposé.

Verse 9

उद्वाहिते शिवे चात्र कैलासं च गते सति । कियता चैव कालेन जातो गणपतेर्भवः

Après que Śiva eut été dûment marié et qu’il fût retourné au Kailāsa, au bout de combien de temps advint la naissance (manifestation) de Gaṇapati ?

Verse 10

एकस्मिन्नेव काले च जया च विजया सखी । पार्वत्या च मिलित्वा वै विचारे तत्पराभवत्

En ce même temps, les compagnes Jayā et Vijayā se réunirent avec Pārvatī et s’appliquèrent à délibérer, réfléchissant avec soin à ce qu’il convenait de faire.

Verse 11

रुद्रस्य च गणास्सर्वे शिवस्याज्ञापरायणाः । ते सर्वेप्यस्मदीयाश्च नन्दिभृंगिपुरस्सराः

Tous les gaṇas de Rudra sont entièrement voués à l’exécution de l’ordre de Śiva. Ils sont tous aussi de notre côté, avec Nandī et Bhṛṅgī au premier rang.

Verse 12

प्रमथास्ते ह्यसंख्याता अस्मदीयो न कश्चन । द्वारि तिष्ठन्ति ते सर्वे शंकराज्ञापरायणाः

Ces Pramathas sont véritablement innombrables ; aucun d’eux n’est des nôtres. Tous se tiennent au seuil, entièrement voués à exécuter l’ordre de Śaṅkara.

Verse 13

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां चतुर्थे कुमारखण्डे गणेशोत्पत्तिवर्णनं नाम त्रयोदशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la deuxième Rudrasaṃhitā, dans la quatrième section appelée Kumārakhaṇḍa—s’achève le treizième chapitre, intitulé «Description de la manifestation de Gaṇeśa».

Verse 14

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा पार्वती देवी सखीभ्यां सुन्दरं वचः । हितं मेने तदा तच्च कर्तुं स्माप्यध्यवस्यति

Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, la Déesse Pārvatī s’adressa à ses deux compagnes avec des paroles douces et charmantes. Elle jugea alors ce conseil salutaire et prit la ferme résolution de l’accomplir.

Verse 15

ततः कदाचिन्मज्जत्यां पार्वत्यां वै सदाशिवः । नंदिनं परिभर्त्स्याथ ह्याजगाम गृहांतरम्

Puis, un jour, tandis que Pārvatī se baignait, Sadāśiva réprimanda Nandin et, se retirant de ce lieu, entra dans une autre chambre intérieure.

Verse 16

आयांतं शंकरं दृष्ट्वाऽसमये जगदंबिका । उत्तस्थौ मज्जती सा वै लज्जिता सुन्दरी तदा

Voyant Śaṅkara s’approcher à un moment inopportun, Jagadambikā—qui se baignait alors—se leva aussitôt ; et la belle Déesse fut saisie de pudeur sur-le-champ.

Verse 17

तस्मिन्नवसरे देवी कौतुकेनातिसंयुता । तदीयं तद्वचश्चैव हितं मेने सुखावहम्

En cet instant, la Déesse, toute emplie d’une ardente curiosité, tint ses paroles pour véritablement salutaires—apportant le bien et donnant la joie.

Verse 18

एवं जाते सदा काले कदाचित्पार्वती शिवा । विचिंत्य मनसा चेति परमाया परेश्वरी

Ainsi, le temps s’écoulant de la sorte, à un certain moment Pārvatī—auspicieuse et une avec Śiva—médita en son cœur; car elle est la Māyā suprême et la Déesse souveraine.

Verse 19

मदीयस्सेवकः कश्चिद्भवेच्छुभतरः कृती । मदाज्ञया परं नान्यद्रेखामात्रं चलेदिह

Quelque serviteur dévoué à Moi deviendra éminemment auspiceux et accompli. Ici, rien ne doit bouger—fût-ce de l’épaisseur d’un trait—au-delà de Mon ordre.

Verse 20

विचार्येति च सा देवी वपुषो मलसंभवम् । पुरुषं निर्ममौ सा तु सर्वलक्षणसंयुतम्

Après avoir ainsi réfléchi, la Déesse façonna un homme—né des impuretés du corps—pourvu de tous les signes et caractères auspiceux.

Verse 21

सर्वावयवनिर्द्दोषं सर्वावयव सुन्दरम् । विशालं सर्वशोभाढ्यं महाबलपराक्रमम्

Il était sans défaut en chacun de ses membres, beau en toutes ses parties ; vaste et majestueux de présence, paré de toute splendeur, et pourvu d’une force immense et d’une vaillance héroïque.

Verse 22

वस्त्राणि च तदा तस्मै दत्त्वा सा विविधानि हि । नानालंकरणं चैव बह्वाशिषमनुत्तमाम्

Alors elle lui donna des vêtements de toutes sortes, ainsi que des ornements variés, et lui accorda d’abondantes bénédictions, suprêmes et sans égales.

Verse 23

मत्पुत्रस्त्वं मदीयोसि नान्यः कश्चिदिहास्ति मे । एवमुक्तस्य पुरुषो नमस्कृत्य शिवां जगौ

«Tu es mon fils; tu es à moi—ici, nul autre ne m’appartient.» Après avoir ainsi parlé, l’homme s’inclina avec révérence et s’adressa à Śivā (Pārvatī).

Verse 24

गणेश उवाच । किं कार्यं विद्यते तेद्य करवाणि तवोदितम् । इत्युक्ता सा तदा तेन प्रत्युवाच सुतं शिवा

Gaṇeśa dit : «Quelle tâche as-tu aujourd’hui ? Dis-le-moi, et j’accomplirai ce que tu ordonnes.» Ainsi interpellée, Śivā, la Mère divine, répondit alors à son fils.

Verse 25

शिवोवाच । हे तात शृणु मद्वाक्यं द्वारपालो भवाद्य मे । मत्पुत्रस्त्वं मदीयोऽसि नान्यथा कश्चिदस्ति मे

Śiva dit : «Mon enfant bien-aimé, écoute mes paroles. À partir d’aujourd’hui, sois le gardien de ma porte. Tu es mon fils; tu es à moi—pour moi, nul n’est comme toi.»

Verse 26

विना मदाज्ञां मत्पुत्र नैवायान्म द्गृहान्तरम् । कोऽपि क्वापि हठात्तात सत्यमेतन्मयोदितम्

«Sans mon ordre, mon fils, que nul n’entre—fût-ce avec obstination et force—dans l’intérieur de ma demeure. Enfant chéri, ce que j’ai dit est vérité.»

Verse 27

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा च ददौ तस्मै यष्टिं चातिदृढां मुने । तदीयं रूपमालोक्य सुन्दरं हर्षमागता

Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, ô sage, il lui donna un bâton d’une solidité extrême. Voyant sa propre forme, si belle, elle fut comblée de joie.

Verse 28

मुखमाचुंब्य सुप्रीत्यालिंग्य तं कृपया सुतम् । स्वद्वारि स्थापयामास यष्टिपाणिं गणाधिपम्

Baisant son visage et l’étreignant avec tendresse et compassion, elle plaça Gaṇeśa—seigneur des Gaṇas—à sa propre porte, le bâton en main, comme gardien.

Verse 29

अथ देवीसुतस्तात गृहद्वारि स्थितो गणः । यष्टिपाणिर्महावीरः पार्वतीहितकाम्यया

Puis, ô bien-aimé, le gaṇa—fils de la Devī—demeura posté à la porte de la demeure, grand héros, le bâton en main, dans l’intention de veiller au bien de Pārvatī.

Verse 30

स्वद्वारि स्थापयित्वा तं गणेशं स्वसुतं शिवा । स्वयं च मज्जती सा वै संस्थितासीत्सखीयुता

Après avoir placé à sa porte son propre fils Gaṇeśa, Śivā elle-même se mit à se baigner, demeurant là avec ses compagnes.

Verse 31

एतस्मिन्नेव काले तु शिवो द्वारि समागतः । कौतुकी मुनिर्शादूल नानालीलाविशारदः

En cet instant même, Śiva parvint au seuil de la porte—d’humeur joueuse ; ô tigre parmi les sages, parfaitement versé en de multiples līlās divines.

Verse 32

उवाच च शिवेशं तमविज्ञाय गणाधिपः । मातुराज्ञां विना देव गम्यतां न त्वया धुना

Ne reconnaissant pas qu’il s’agissait de Śiveśa, le chef des gaṇas déclara : « Ô Deva, sans l’ordre de la Mère, tu ne dois pas partir à présent. »

Verse 33

मज्जनार्थं स्थिता माता क्व यासीतो व्रजाधुना । इत्युक्त्वा यष्टिकां तस्य रोधनाय तदाग्रहीत्

Sa mère, qui se tenait là pour se baigner, dit : « Où vas-tu maintenant ? Reviens sur-le-champ. » Puis, ayant parlé ainsi, elle saisit aussitôt un petit bâton pour l’empêcher de s’élancer.

Verse 34

तं दृष्ट्वा तु शिवः प्राह कं निषेधसि मूढधीः । मां न जानास्यसद्बुद्धे शिवोहमिति नान्यथा

Le voyant, le Seigneur Śiva dit : « Ô esprit égaré, qui cherches-tu à interdire ? Tu ne me reconnais pas, ô intelligence fourvoyée. Je suis Śiva—telle est la vérité, et non autrement. »

Verse 35

ताडितस्तेन यष्ट्या हि गणेशेन महेश्वरः । प्रत्युवाच स तं पुत्रं बहुलीलश्च कोपितः

Frappé par Gaṇeśa avec ce bâton, Maheśvara—qui se manifeste en maintes formes de līlā divine—s’irrita et répondit à son fils.

Verse 36

शिव उवाच । मुर्खोसि त्वं न जानासि शिवोहं गिरिजापतिः । स्वगृहं यामि रे बाल निषेधसि कथं हि माम्

Śiva dit : «Tu es insensé ; tu ne sais pas que Je suis Śiva, l’Époux de Girijā (Pārvatī). Je vais à Ma propre demeure—ô enfant, comment pourrais-tu Me l’interdire ?»

Verse 37

इत्युक्त्वा प्रविशंतं तं महेशं गणनायकः । क्रोधं कृत्वा ततो विप्र दंडेनाताडयत्पुनः

Ayant ainsi parlé, tandis que Mahesha s’apprêtait à entrer, le chef des gaṇas—ô brāhmane—s’emporta de colère et le frappa de nouveau d’un bâton.

Verse 38

ततश्शिवश्च संक्रुद्धो गणानाज्ञापयन्निजान् । को वायं वर्तते किंच क्रियते पश्यतां गणाः

Alors le Seigneur Śiva, saisi de colère, donna ordre à ses propres Gaṇas : « Qui donc agit ici, et que fait-on ? Gaṇas, regardez et découvrez sur-le-champ ! »

Verse 39

इत्युक्त्वा तु शिवस्तत्र स्थितः क्रुद्धो गृहाद्बहिः । भवाचाररतस्स्वामी बह्वद्भुतसुलीलकः

Ayant ainsi parlé, le Seigneur Śiva demeura là, hors de la demeure, courroucé—Lui, le Souverain, voué à la conduite (dharma) qui sied à l’existence incarnée, dont les līlās sont nombreuses, merveilleuses et prodigieuses.

Frequently Asked Questions

The chapter introduces the Gaṇeśa birth/origin narrative, explicitly referencing the head-severing motif (linked to Śani’s gaze in another kalpa) and beginning the Śvetakalpa version of events.

It foregrounds Śiva’s supreme agency and the teaching that Śiva is simultaneously nirguṇa and saguṇa; the Gaṇeśa episode is framed as līlā through which cosmic order and auspiciousness are disclosed.

Śiva as the universal overlord and cosmic agent; Gaṇeśa as the ‘all-auspicious’ divine figure whose origin story functions as a charter for maṅgala and devotional access; Pārvatī’s household sphere as the narrative locus.