
Ce chapitre, présenté comme un enseignement d’Īśvara, déploie une exposition technico‑théologique sur la manière dont Śiva est désigné par un ensemble structuré de noms divins et sur le lien de ces noms avec l’ontologie. Les vers d’ouverture énumèrent des appellations majeures—Śiva, Maheśvara, Rudra, Viṣṇu, Pitāmaha—et les interprètent comme des संकेत premiers vers le Paramātman, « médecin du saṃsāra » omniscient. Le discours introduit un nāmāṣṭaka nitya (octade de noms éternels) et explique la différenciation par les upādhi (adjoints conditionnants) : noms et statuts naissent de l’assomption de ces conditions, et lorsqu’elles cessent, chacun se résout dans sa réalité propre, non conditionnée. Une opposition est tracée entre le ‘pada’ durable (fondement stable/siège du Verbe) et les ‘padinaḥ’ qui occupent des états changeants, soulignant que la délivrance consiste à se libérer des rotations des prédicats conditionnés. Enfin, cette analyse sémantico‑rituelle s’accorde avec le cadre des tattva (prakṛti au‑delà des 23 tattva et puruṣa comme 25e), faisant du sens du praṇava/Om une voie disciplinée pour reconduire les catégories cosmiques à l’unité de Śiva.
Verse 1
ईश्वर उवाच । शिवो महेश्वरश्चैव रुद्रो विष्णुः पितामहः । संसारवैद्यस्सर्वज्ञः परमात्मेति मुख्यतः
Īśvara dit : «On L’appelle Śiva, Maheśvara et Rudra ; et l’on parle aussi de Lui comme de Viṣṇu et de Pitāmaha (Brahmā). Par-dessus tout, Il est surtout connu comme le Médecin omniscient qui guérit l’existence mondaine, et comme le Soi suprême (Paramātman).»
Verse 2
नामाष्टकमिदं नित्यं शिवस्य प्रतिपादकम् । आद्यन्तपञ्चकन्तत्र शान्त्यतीताद्यनुक्रमात्
Cet octuple de Noms, toujours efficace, proclame le Seigneur Śiva. En lui, les cinq premiers et les cinq derniers (noms) sont exposés dans l’ordre convenable, en commençant par « Śānti » et « Atīta ».
Verse 3
संज्ञा सहाशिवादीनां पञ्चोपाधिपरिग्रहात् । उपाधिविनिवृत्तौ तु यथास्वं विनि वर्तते
Les désignations mêmes —telles que « Śiva » et les autres— ne surgissent que par l’assomption des cinq upādhis, les limitations adventices. Mais lorsque ces upādhis se retirent, chaque réalité retourne à son état propre et intrinsèque.
Verse 4
पदमेव हितं नित्यमनित्याः पदिनः स्मृताः । पदानां परिवृत्ति स्यान्मुच्यंते पदिनो यतः
Seul le suprême Séjour (Padam) est bénéfique à jamais ; ceux qui foulent les voies (padinaḥ), les êtres incarnés, sont dits impermanents. Comme les voies ne cessent de se retourner et de changer, les voyageurs y sont liés puis délivrés, encore et encore.
Verse 5
परिवृत्त्यन्तरे त्वेवं भूयस्तस्याप्युपाधिना । आत्मान्तराभिधानं स्यात्पादाद्यं नामपंचकम्
De nouveau, dans un autre tournant de la manifestation cyclique, par ce même upādhi surgit la désignation d’un « soi différent » ; ainsi naît l’ensemble des cinq noms commençant par « pāda » (le pied), et ainsi de suite.
Verse 6
अन्यत्तु त्रितयं नाम्नामुपादानादिभेदतः । त्रिविधोपाधिरचनाच्छिव एव तु वर्तते
Mais l’autre triade de noms—distinguée par des différences telles que la cause matérielle et autres—naît de la construction de trois sortes d’upādhi (conditions limitantes) ; en vérité, c’est Śiva seul qui demeure, comme réalité sous-jacente, en eux tous.
Verse 7
अनादिमलसंश्लेषप्रागभावात्स्वभावतः । अत्यन्तपरिशुद्धात्मेत्यतोऽयं शिव उच्यते
Parce que, par Sa nature même, depuis le passé sans commencement, il n’existe absolument aucun contact avec l’impureté, Son essence est parfaitement sans tache; c’est pourquoi on L’appelle « Śiva ».
Verse 8
अथवाऽशेषकल्याणगुणैकघन ईश्वरः । शिव इत्युच्यते सद्भिश्शिवतत्त्वार्थवेदिभिः
Ou encore : ce Seigneur (Īśvara) qui est une unique et dense plénitude de toutes les vertus auspiciennes est appelé « Śiva » par les sages, ces âmes de bien qui connaissent véritablement le sens du Śiva-tattva.
Verse 9
त्रयोविंशतितत्वेभ्यः पराप्रकृतिरुच्यते । प्रकृतेस्तु परम्प्राहुः पुरुषम्पञ्चविंशकम्
Au-delà des vingt-trois principes (tattva) on parle de la Prakṛti supérieure (Parā-Prakṛti), la Nature causale subtile. Et au-delà de Prakṛti, ils déclarent que le vingt-cinquième principe est Puruṣa, le Soi conscient.
Verse 10
यद्वेदादौ स्वरम्प्राहुर्वाच्यवाचकभावतः । वेदैकवेद्यं याथात्म्याद्वेदान्ते च प्रतिष्ठितम्
Cette Réalité qui, dès l’ouverture du Veda, est proclamée comme le son sacré, à la fois signifiant et signifié; qui, dans sa vraie nature, n’est connaissable que par le Veda; et qui demeure solidement établie dans le Vedānta — c’est le Seigneur suprême, Śiva.
Verse 11
स एव प्रकृतौ लीनो भोक्ता यः प्रकृतेर्यतः । तस्य प्रकृतिलीनस्य यः परस्स महेश्वरः
Ce même expérimentateur (l’âme individuelle) se résorbe dans la Prakṛti, puisqu’il est né de la Prakṛti. Mais Celui qui est au-delà de cette âme résorbée dans la Prakṛti—Lui est Mahādeva, Maheśvara, le Grand Seigneur.
Verse 12
तदधीनप्रवृत्तित्त्वात्प्रकृतेः पुरुषस्य च । अथवा त्रिगुणन्तत्त्वं मायेयमिदमव्ययम्
Parce que Prakṛti (la nature matérielle) et Puruṣa (le principe conscient individuel) n’agissent que sous la souveraineté de Celui-là (le Seigneur suprême), ce principe est appelé Māyā. Ou encore, c’est la réalité impérissable constituée des trois guṇas.
Verse 13
मायान्तु प्रकृतिम्विद्यान्मायिनन्तु महेश्वरम् । मायाविमोचकोऽनन्तोमहेश्वरसमन्वयात्
Sache que Māyā est Prakṛti, et sache que le détenteur de Māyā est Maheśvara. Par l’union avec Maheśvara, l’Infini devient le libérateur qui affranchit (l’âme) de Māyā.
Verse 14
रु द्दुःखं दुःखहेतुर्वा तद्द्रावयति यः प्रभुः । रुद्र इत्युच्यते तस्माच्छिवः परमकारणम्
« Ru » désigne la peine (ou même la cause de la peine). Le Seigneur qui fait fondre cette peine est donc appelé Rudra. Ainsi, Śiva est la cause suprême (la source ultime de tout).
Verse 15
शिवतत्त्वादिभूम्यन्तं शरीरादि घटादि च । व्याप्याधितिष्ठति शिवस्तमाद्विष्णुरुदाहृतः
Du principe de Śiva (Śiva-tattva) jusqu’à la terre elle‑même, et de même dans les corps, les jarres et tout objet façonné, Śiva pénètre tout et demeure pourtant comme le Souverain intérieur. C’est pourquoi on le désigne aussi comme « Viṣṇu », l’Omnipénétrant.
Verse 16
जगतः पितृभूतानां शिवो मूर्त्यात्मनामपि । पितृभावेन सर्वेषां पितामह उदीरितः
Śiva est le Père du monde, et même des êtres revêtus d’un corps. Ainsi, par sa nature de Père universel, il est proclamé Pitāmaha, le Grand Père de tous.
Verse 17
निदानज्ञो यथा वैद्यो रोगस्य निवर्तकः । उपायैर्भेषजैस्तद्वल्लयभोगाधिकारकः
De même qu’un médecin, connaissant le vrai diagnostic, écarte la maladie par des méthodes et des remèdes justes, de même le maître spirituel accompli, par les moyens appropriés, rend le dévot apte à atteindre l’état du Seigneur : laya (absorption) et bhoga (jouissance divine).
Verse 18
संसारस्येश्वरो नित्यं स्थूलस्य विनिवर्तकः । संसार वैद्य इत्युक्तस्सर्वतत्त्वार्थवेदिभिः
Il est à jamais le Seigneur du saṃsāra, Celui qui détourne l’âme de la grossière extériorité. C’est pourquoi ceux qui connaissent le sens de tous les tattvas l’appellent le « médecin du saṃsāra ».
Verse 19
दशार्द्धज्ञानसिद्ध्यर्थमिन्द्रियेषु च सत्स्वपि । त्रिकालभाविनो भावान्स्थूलान्सूक्ष्मानशेषतः
Même lorsque les sens demeurent en activité, pour obtenir la connaissance accomplie dite « dix et huit », il faut discerner intégralement tous les états d’existence — grossiers et subtils — qui se manifestent dans les trois temps : passé, présent et futur.
Verse 20
अणवो नैव जानन्ति मायार्णवमलावृताः । असत्स्वपि च सर्वेषु सिद्धसर्वार्थवेदिषु
Les âmes atomiques (aṇu), recouvertes par l’océan de Māyā et par l’impureté (mala), ne connaissent pas véritablement la Réalité ; et, même à l’égard de tout ce qui est irréel, elles l’imaginent réel, quand bien même les siddhas, parfaits connaisseurs de tous les sens, proclament le contraire.
Verse 21
यद्यथावस्थितं वस्तु तत्तथैव सदाशिवः । अयत्नेनैव जानाति तस्मात्सर्वज्ञ उच्यते
Toute chose telle qu’elle est en vérité, exactement comme elle se tient, Sadāśiva la connaît ainsi, sans le moindre effort ; c’est pourquoi on l’appelle l’Omniscient.
Verse 22
सर्वात्मा परमैरेभिर्गुणैर्नित्यसमन्वयात् । स्वस्मात्परात्मविरहात्परमात्मा शिवस्स्वयम्
Il est le Soi de tous les êtres, car les qualités suprêmes demeurent éternellement en Lui. Et puisqu’il n’existe aucun Soi plus élevé en dehors de Lui, Śiva Lui-même est le Soi suprême (Paramātman).
Verse 23
इति स्तुत्वा महादेवं प्रणवात्मानमव्ययम् । दत्त्वा पराङ्मुखाद्यञ्च पश्चादीशानमस्तके
Après avoir ainsi loué Mahādeva—impérissable et dont l’essence même est le Praṇava (Oṁ)—il plaça ensuite l’hommage/le rite en commençant par l’aspect tourné vers l’ouest, puis l’établit sur le sommet de la tête comme Īśāna (l’aspect seigneurial du nord/vers le haut).
Verse 24
पुनरर्च्य देवेशम्प्रणवेन समाहितः । हस्तेन बद्धाञ्जलिना पूजापुष्पम्प्रगृह्य च
Puis, l’esprit recueilli, il adora de nouveau le Seigneur des dieux par le Praṇava (Oṁ). Les mains jointes en añjali, il prit les fleurs de l’offrande et s’avança pour les déposer.
Verse 25
उन्मनान्तं शिवं नीत्वा वामनासापुटाध्वना । देवोमुद्वास्य च ततो दक्षनासापुटाध्वना
Conduisant l’esprit à l’état d’unmanā et l’établissant en Śiva par le canal de la narine gauche, le yogin doit ensuite le faire ressortir doucement, puis, par le canal de la narine droite.
Verse 26
शिव एवाहमस्मीति तदैक्यमनुभूय च । सर्वावरणदेवांश्च पुनरुद्वासयेद्धृदि
Ayant réalisé l’unité exprimée par : «Śiva seul suis-je», et en ayant fait l’expérience directe, qu’on réinstalle ensuite dans le cœur toutes les divinités de l’āvaraṇa, l’enceinte sacrée du culte.
Verse 27
विद्यापूजां गुरोःपूजां कृत्वा पश्चाद्यथाक्रमम् । शंखार्घपात्रमंत्रांश्च हृदये विन्यसेत्क्रमात्
Après avoir d’abord accompli le culte de la Connaissance sacrée puis le culte du Guru selon l’ordre prescrit, on doit ensuite—pas à pas—déposer dans le cœur, par le nyāsa, les mantras de la conque (śaṅkha) et du vase d’arghya, dans leur juste succession.
Verse 28
निर्माल्यञ्च समर्प्याऽथ चण्डेशायेशगोचरे । पुनश्च संयतप्राण ऋष्यादिकमथोच्चरेत्
Ensuite, qu’on offre le nirmālya, les restes sacrés, à Caṇḍeśa, qui demeure dans la sphère du Seigneur Īśa. Puis, le souffle maîtrisé et les sens recueillis, qu’on récite de nouveau les préliminaires, tels que le ṛṣi (voyant) et le reste.
Verse 29
कैलासप्रस्तरो नाम मण्डलम्परिभाषितम् । अर्चयेन्नित्यमेवैतत्पक्षे वा मासिमासि वा
Un maṇḍala sacré est prescrit, nommé « Kailāsa-prastara ». On doit le vénérer régulièrement—chaque jour, ou du moins une fois par quinzaine, ou mois après mois.
Verse 30
षण्मासे वत्सरे वापि चातुर्मास्यादिपर्वणि । अवश्यञ्च समभ्यर्चेन्नित्यं मल्लिङ्गमास्तिकः
Qu’il s’agisse de l’achèvement de six mois, d’une année, ou des observances sacrées telles que le Cāturmāsya et autres jours de fête, le dévot fidèle doit assurément adorer Mon Liṅga—et, en vérité, le vénérer chaque jour.
Verse 31
तस्मिन्क्रमे महादेवि विशेषः कोऽपि कथ्यते । उपदेशदिने लिंगम्पूजितं गुरुणा सह
Ô Mahādevī, dans cet ordre rituel prescrit, un point particulier est enseigné : le jour de l’initiation, le Liṅga doit être vénéré avec le Guru.
Verse 32
गृह्णीयादर्चयिष्यामि शिवमाप्राणसंक्षयम् । एवन्त्रिवारमुच्चार्य्य शपथं गुरुसन्निधौ
En présence même du Guru, après avoir prononcé trois fois ce vœu, qu’on le prenne ainsi : « Je vénérerai le Seigneur Śiva jusqu’à l’épuisement de mon souffle, jusqu’à mon dernier souffle ».
Verse 33
ततस्समर्चयेन्नित्यम्पूर्वोक्तविधिना प्रिये । अर्घं समर्पयेल्लिंगमूर्द्धन्यर्घ्योदकेन च
Ensuite, ô bien-aimée, qu’on l’adore chaque jour selon la méthode dite plus haut ; et qu’on offre l’arghya au Liṅga, en présentant l’eau d’arghya sur son sommet.
Verse 34
प्रणवेन समभ्यर्च्य धूपदीपौ समर्पयेत् । ऐशान्यां चण्डमाराध्य निर्माल्यञ्च निवेदयेत्
Après avoir vénéré comme il se doit avec le Praṇava (Oṁ), qu’on offre l’encens et la lampe. Puis, dans la direction Īśāna (nord-est), après avoir apaisé Caṇḍa, qu’on présente aussi en offrande les nirmālya, les restes sacrés.
Verse 35
प्रक्षाल्य ल्लिंगम्वेदीञ्च वस्त्रपूतैर्जलैस्ततः । निःक्षिप्य पुष्पं शिरसि लिंगस्य प्रणवेन तु
Ensuite, après avoir lavé le Śiva-liṅga et son piédestal avec de l’eau purifiée en la filtrant à travers un tissu, qu’on dépose une fleur sur la tête (le sommet) du liṅga, en l’accompagnant du Praṇava (Oṁ).
Verse 36
आधारशक्तिमारभ्य शुद्धविद्यासनावधि । विभाव्य सर्वं मनसा स्थापयेत्परमेश्वरम्
Depuis Ādhāra-Śakti jusqu’au Siège de Śuddha-vidyā, après avoir contemplé par l’esprit l’ensemble de la hiérarchie des principes, qu’on établisse en méditation le Seigneur Suprême, Parameśvara, au sein de sa conscience.
Verse 37
पञ्चगव्यादिभिर्द्रव्यैर्यथाविभवसम्भृतैः । केवलैर्वा जलैश्शुद्धैस्सुरभि द्रव्यवासितैः
Selon ses moyens, qu’on accomplisse (le rite de purification) avec des substances telles que le pañcagavya —les cinq produits de la vache— et d’autres matières convenables ; ou bien, avec de l’eau pure seulement, rendue parfumée par des aromates auspicieux.
Verse 38
पावमानेन रुद्रेण नीलेन त्वरितेन च । ऋग्भिश्च सामभिर्वापि ब्रह्मभिश्चैव पञ्चभिः
Avec le Rudra purificateur nommé Pāvamāna, avec Nīla et Tvarita ; et aussi avec les hymnes du Ṛg et du Sāma, joints aux cinq Brahma-mantras : par ces paroles sacrées s’accomplit le rite de Śiva, car elles sanctifient l’adorant et mènent l’âme liée vers le Seigneur.
Verse 39
स्नापयेद्देवदेवेशं प्रणवेन शिवेन च । विशेषार्घ्योदकेनापि प्रणवेनाभिषेचयेत्
Qu’on baigne le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieux, avec le Praṇava sacré (Oṁ) et avec le mantra de Śiva. Même avec l’eau d’arghya spécialement consacrée, qu’on accomplisse encore son abhiṣeka en invoquant le Praṇava.
Verse 40
विशोध्य वाससा पुष्पं लिंगमूर्द्धनि विन्यसेत् । पीठे लिंगं समारोप्य सूर्याद्यर्चां समाचरेत्
Après avoir purifié l’offrande avec un linge propre, qu’on dépose la fleur sur le sommet du Śiva-liṅga. Puis, ayant installé correctement le liṅga sur son pīṭha (socle), qu’on accomplisse le culte selon l’ordre prescrit, en commençant par Sūrya et les autres divinités accompagnatrices, afin que toute adoration s’achève en le Seigneur Śiva, le Pati suprême.
Verse 41
आधारशक्त्यनन्तौ द्वौ पीठाधस्तात्समर्चयेत् । सिंहासनन्तदूर्ध्वन्तु समभ्यर्च्य यथाक्रमम्
Qu’on vénère dûment les deux—Ādhāra-Śakti et Ananta—au-dessous du piédestal. Puis, selon l’ordre prescrit, qu’on adore le trône-lion (siṃhāsana) au-dessus d’Ananta.
Verse 42
अथोर्ध्वच्छदनम्पीठपादे स्कन्दं समर्चयेत् । लिंगे मूर्तिं समाकल्प्य मान्त्वया सह पूजयेत्
Ensuite, au pied du piédestal—sous le dais supérieur—qu’on vénère dûment Skanda. Ayant contemplé et établi sa forme sur le Liṅga, qu’on l’adore là, avec les énergies divines qui l’accompagnent.
Verse 43
सम्यग् भक्त्या विधानेन यतिर्मद्ध्यानतत्परः । एवम्मया ते कथितमतिगुह्यमिदम्प्रिये
Avec une dévotion juste et selon les rites prescrits, le renonçant devient tout entier voué à la méditation sur Moi. Ainsi t’ai-Je parlé, ô bien-aimée, de cet enseignement des plus secrets.
Verse 44
गोपनीयं प्रयत्नेन न देयं यस्य कस्य चित् । मम भक्ताय दातव्यं यतये वीतरागिणे
«Cet enseignement doit être gardé avec grand soin et ne doit pas être donné à n’importe qui. Il ne doit être transmis qu’à Mon dévot : à un renonçant, délivré de l’attachement.»
Verse 45
गुरुभक्ताय शान्ताय मदर्थे योगभागिने । ममाज्ञामतिलंघ्यैतद्यो ददाति विमूढधीः
À celui qui est dévoué au Guru, paisible de nature et digne de participer au Yoga pour Moi—quiconque, l’intelligence égarée, transmet ceci (l’enseignement/le secret) en outrepassant Mon ordre…
Verse 46
स नारकी मम द्रोही भविष्यति न संशयः । मद्भक्तदानाद्देवेशि मत्प्रियश्च भवेद्ध्रुवम् । इह भुक्त्वाखिलान्भोगान्मत्सान्निध्यमवाप्नुयात्
Sans aucun doute, celui qui me trahit devient voué à l’enfer. Mais, ô Déesse des dieux, en faisant don et en servant mon dévot, on devient assurément cher à mon cœur ; après avoir goûté ici toutes les bénédictions, on atteint finalement ma propre Présence.
Verse 47
व्यास उवाच । एतच्छुत्वा महादेवी महादेवेन भाषितम् । स्तुत्वा तु विविधैः स्तोत्रैर्देवम्वेदार्थगर्वितैः
Vyāsa dit : Ayant entendu ces paroles prononcées par Mahādeva, la Grande Déesse (Mahādevī) loua ce Seigneur par maints hymnes—des hymnes riches de la portée des Veda.
Verse 48
श्रीमत्पादाब्जयोः पत्युः प्रणवं परमेश्वरी । अतिप्रहृष्टहृदया मुमोद मुनिसत्तमाः
Parameśvarī (Pārvatī), le cœur débordant d’allégresse, reçut de son Seigneur—l’Époux aux pieds de lotus glorieux—le Praṇava sacré, « Oṁ » ; et les plus éminents sages exultèrent.
Verse 49
अतिगुह्यमिदम्विप्राः प्रणवार्थप्रकाशकम् । शिवज्ञानपरं ह्येतद्भवतामार्तिनाशनम्
Ô brāhmaṇa, cet enseignement est d’un secret extrême ; il éclaire le sens véritable du Praṇava (Oṁ). Il est tout entier voué à la connaissance de Śiva et détruit vos peines et vos souffrances.
Verse 50
सूत उवाच । इत्युक्त्वा मुनिशार्दूलः पराशर्य्यो महातपाः । पूजितः परया भक्त्या मुनिभिर्वेदवादिभिः
Sūta dit : Après avoir ainsi parlé, ce tigre parmi les sages — le fils de Parāśara, le grand ascète — fut honoré avec la dévotion la plus haute par les ṛṣi, interprètes des Veda.
Verse 51
कैलासाद्रिमनुसृत्य ययौ तस्मात्तपोवनात् । तेऽपि प्रहृष्टहृदयास्सत्रान्ते परमेश्वरम्
Quittant cette forêt d’austérités, il se mit en route vers le mont Kailāsa. Eux aussi, le cœur empli de joie, à la fin de la session sacrificielle, allèrent vers le Seigneur Suprême, Parameśvara (Śiva).
Verse 52
सम्पूज्य परया भक्त्या सोमं सोमार्द्धशेखरम् । यमादियोगनिरताश्शिवध्यानपराभवन्
Après avoir vénéré Soma avec une dévotion suprême — la Lune qui orne la cime de Śiva — ils s’absorbèrent dans les disciplines du yoga, à commencer par yama, et leur esprit se tourna tout entier vers la méditation de Śiva.
Verse 53
गुहाय कथितं ह्येतद्देव्या तेनापि नन्दिने । सनत्कुमारमुनये प्रोवाच भगवान् हि सः
Cet enseignement sacré fut confié par la Déesse à Guha ; et lui, à son tour, le transmit à Nandin. Nandin, le vénérable, l’exposa ensuite au sage Sanatkumāra.
Verse 54
तस्माल्लब्धं मद्गुरुणा व्यासेनामिततेजसा । तस्माल्लब्धमिदम्पुण्यम्मयापि मुनिपुंगवाः
Ainsi, cet enseignement sacré, je l’ai reçu de mon guru, le sage Vyāsa, d’une splendeur sans mesure. Ainsi donc, ô meilleurs des munis, moi aussi j’ai obtenu ce savoir méritoire.
Verse 55
मया वश्श्रावितं ह्येतद्गुह्याद्गुह्यतरम्परम् । ज्ञात्वा शिवप्रियान्भक्त्या भवतो गिरिशप्रियम्
Je vous ai fait entendre cet enseignement suprême, plus secret que ce qu’on nomme secret. Sachant que vous êtes des dévots chers à Śiva, je vous l’ai dit avec bhakti, car vous êtes aussi aimés de Girīśa (Śiva), le Seigneur des montagnes.
Verse 56
भवद्भिरपि दातव्यमेतद्गुह्यं शिवप्रियम् । यतिभ्यश्शान्तचित्तेभ्यो भक्तेभ्यश्शिवपादयोः
Vous aussi, transmettez cet enseignement secret—si cher à Śiva—aux renonçants au mental paisible et aux dévots attachés aux pieds du Seigneur Śiva.
Verse 57
एतदुक्त्वा महाभागस्सूतः पौराणिकोत्तमः । तीर्थयात्राप्रसंगेन चचार पृथिवीमिमाम्
Après avoir ainsi parlé, le très fortuné Sūta—le plus éminent des narrateurs des Purāṇa—parcourut cette terre à l’occasion d’un pèlerinage vers les tīrtha sacrés.
Verse 58
एतद्रहस्यम्परमं लब्ध्वा सूतान्मुनीश्वराः । काश्यामेव समासीना मुक्ताश्शिवपदं ययुः
Ayant reçu de Sūta ce secret suprême, les grands sages demeurèrent à Kāśī ; délivrés de tout lien, ils atteignirent l’état de Śiva, Son séjour le plus élevé.
Rather than a narrative episode, the chapter advances a theological-analytic argument: Śiva’s multiple divine names (including functions associated with Viṣṇu and Brahmā) are explained as designations arising from upādhis, while Śiva as paramātman remains the primary, non-conditioned referent.
The rahasya lies in treating praṇava and naming as ontological instruments: mantra-meaning is a method (paddhati) for tracing conditioned identity back to the unconditioned ‘pada’—the stable ground—by recognizing and dissolving upādhis that generate apparent multiplicity.
The emphasis is on Śiva’s conceptual manifestations through names—Śiva (as utterly pure and auspicious), Maheśvara (as sovereign Lord), and Rudra (as transformative power)—with the chapter focusing on semantic-metaphysical identity rather than a distinct iconographic form of Śiva or a specific manifestation of Gaurī.