Ramayana Ayodhya Kanda Sarga 114
Ayodhya KandaSarga 11432 Verses

Sarga 114

अयोध्याप्रवेशः — Bharata Enters Ayodhya and Perceives the City’s Desolation

अयोध्याकाण्ड

Dans le Sarga 114, Bharata pénètre rapidement dans Ayodhyā sur un char dont la résonance profonde et apaisante tranche avec le silence de la cité. Le chapitre déploie une élégie civique par une suite de comparaisons : Ayodhyā ressemble à une nuit sans lumière où rôdent chats et hiboux, à Rohiṇī privée de la compagnie de la Lune, et à un ruisseau de montagne tari, à un feu sacrificiel éteint ou à une armée vaincue—autant d’images où l’absence du souverain se fait dépérissement sensible. D’autres similitudes disent l’arrêt du rite et la stupeur sociale : une mer dont les vagues se sont tues, un autel désert après le pressage du soma, un troupeau sans son taureau. La ville est encore comparée à un collier neuf de perles dont les gemmes se détachent, à une étoile tombée, à une liane brûlée par l’incendie, à un ciel couvert de nuages et à un lieu de boisson souillé, marquant l’ornement brisé et la fête interrompue. Bharata interroge son cocher : pourquoi n’entend-on plus chants ni instruments, pourquoi les parfums des guirlandes, de la liqueur, du santal et de l’agaru ne se répandent-ils plus, et pourquoi la circulation et l’allégresse ont cessé depuis l’exil de Rāma. Il comprend que la splendeur d’Ayodhyā est partie avec Rāma et désire son retour pour rendre la joie à tous. En deuil, Bharata entre dans le palais de Daśaratha, désormais comme une tanière sans lion ; puis, voyant les appartements intérieurs dépouillés d’éclat, tels un jour sans Soleil, il éclate en sanglots.

Shlokas

Verse 1

स्निग्धगम्भीरघोषेण स्यन्दनेनोपयान्प्रभुः। अयोध्यां भरतः क्षिप्रं प्रविवेश महायशाः।।2.114.1।।

Monté sur un char au grondement profond et doux, Bharata, seigneur de grande renommée, entra promptement dans Ayodhyā.

Verse 2

बिडालोलूकचरितामालीननरवारणाम्। तिमिराभ्याहतां कालीमप्रकाशां निशामिव।।2.114.2।।

On eût dit la nuit elle-même : noire, sans clarté, étouffée de ténèbres ; les chats et les hiboux y rôdaient, et l’on n’y voyait plus ni hommes ni éléphants.

Verse 3

राहुशत्रोः प्रियां पत्नीं श्रिया प्रज्वलितप्रभाम्। ग्रहेणाभ्युत्थितेनैकां रोहिणीमिव पीडिताम्।।2.114.3।।

Elle semblait Rohiṇī, l’épouse bien-aimée de la Lune : jadis flamboyante de splendeur, désormais seule et tourmentée, comme saisie par un astre hostile soudain monté en puissance.

Verse 4

अल्पोष्णक्षुब्धसलिलां घर्मोत्तप्तविहङ्गमाम्।लीनमीनझषग्राहां कृशां गिरिनदीमिव।।2.114.4।।

Elle semblait un mince ruisseau de montagne : son eau rare, chaude et troublée ; les oiseaux d’eau brûlés par l’ardeur ; les poissons et les crocodiles disparus, le laissant desséché et appauvri.

Verse 5

विधूमामिव हेमाभामध्वराग्ने स्समुत्थिताम्। हविरभ्युक्षितां पश्चाच्छिखां विप्रलयं गताम्।।2.114.5।।

Ayodhyā semblait une flamme sacrificielle : sans fumée, d’un éclat d’or lorsqu’elle s’élève du feu du rite ; puis, aspergée des oblations, elle retombait et s’éteignait.

Verse 6

विध्वस्तकवचां रुग्णगजवाजिरथध्वजाम्। हतप्रवीरामापन्नां चमूमिव महाहवे।।2.114.6।।

Elle ressemblait à une armée dans une grande bataille : cuirasses brisées, éléphants et chevaux blessés, chars et étendards rompus, les héros abattus, et toute la troupe plongée dans la détresse.

Verse 7

सफेनां सस्वनां भूत्वा सागरस्य समुत्थिताम्। प्रशान्तमारुतोद्धूतां जलोर्मिमिव निस्स्वनाम्।।2.114.7।।

C’était comme une vague de l’océan : d’abord elle se levait avec écume et fracas ; puis, poussée par un vent paisible, elle s’apaisait et devenait muette.

Verse 8

त्यक्तां यज्ञायुधैः सर्वैरभिरूपैश्च याजकैः। सुत्याकाले सुनिर्वृत्ते वेदिं गतरवामिव।।2.114.8।।

C’était comme un autel (vedī) délaissé lorsque le temps du pressurage du soma est pleinement achevé : laissé avec tous les instruments du yajña et les prêtres savants, et dont les sons se sont tus.

Verse 9

गोष्ठमध्ये स्थितामार्तामचरन्तीं तृणं नवम्। गोवृषेण परित्यक्तां गवां पक्तिमिवोत्सुकाम्।।2.114.9।।

C’était comme une rangée de vaches au milieu du troupeau : affligées, ne broutant plus l’herbe fraîche, délaissées par le taureau et, dans l’attente, agitées.

Verse 10

प्रभाकराद्यै स्सुस्निग्धैः प्रज्वलद्भिरिवोत्तमैः। वियुक्तां मणिभिर्जात्यैर्नवां मुक्तावलीमिव।।2.114.10।।

Ayodhyā semblait tel un collier neuf de perles, dépouillé de ses plus nobles gemmes—rubis éclatants et autres pierres d’exception—jadis luisantes et flamboyantes de splendeur.

Verse 11

सहसा चलितां स्थानान्महीं पुण्यक्षयाद्गताम्।संवृतद्युतिविस्तारां तारामिव दिवश्च्युताम्।।2.114.11।।

Ayodhyā semblait une étoile tombée des cieux : soudain arrachée à sa demeure, son vaste éclat voilé, comme par l’épuisement du mérite.

Verse 12

पुष्पनद्धां वसन्तान्ते मत्तभ्रमरनादिताम्। द्रुतदावाग्नि विप्लुष्टां क्लान्तां वनलतामिव।।2.114.12।।

Ayodhyā semblait une liane de la forêt : jadis ceinte de fleurs à la fin du printemps et vibrante du bourdonnement des abeilles enivrées, et maintenant soudain brûlée par un feu courant—flétrie et lasse.

Verse 13

सम्मूढनिगमांस्तब्धां संक्षिप्तविपणापणाम्। प्रच्छन्नशशिनक्षत्रां द्यामिवाम्बुधरैर्वृताम्।।2.114.13।।

Les marchands déconcertés, la cité figée, les marchés et échoppes clos, Ayodhyā ressemblait au ciel couvert de nuages, où la lune et les étoiles se cachent.

Verse 14

क्षीणपानोत्तमैर्भग्नैः शरावैरभिसंवृताम्। हतशौण्डामिव ध्वस्तांं पानभूमिमसंस्कृताम्।।2.114.14।।

Ayodhyā semblait un lieu de boisson souillé après les réjouissances : le vin excellent épuisé, des cruches brisées éparses, et les buveurs tapageurs comme terrassés, laissant l’endroit en dévastation.

Verse 15

वृक्णभूमितलां निम्नां वृक्णपात्रैस्समावृताम्। उपयुक्तोदकां भग्नां प्रपां निपतितामिव।।2.114.15।।

Ayodhyā semblait une prapā, un relais d’eau, effondré et affaissé : le sol déchiré et inégal comme un creux, couvert de récipients brisés, et l’eau déjà puisée.

Verse 16

विपुलां विततां चैव युक्तपाशां तरस्विनाम्। भूमौ बाणैर्विनिष्कृत्तां पतितां ज्यामिवायुधात्।।2.114.16।।

Elle gisait à terre telle une corde d’arc arrachée à l’arme : large et tendue, munie de ses boucles d’attache, mais tranchée par les flèches et abattue.

Verse 17

सहसा युद्धशौण्डेन हयारोहेण वाहिताम्। निहतां प्रतिसैन्येन वडवामिव पातिताम्।।2.114.17।।

Tel une jument soudain abattue — bien qu’un cavalier rompu à la guerre la poussât avec vigueur — tuée par l’armée adverse et jetée à terre.

Verse 18

शुष्कतोयां महामत्स्यैः कूर्मैश्च बहुभिर्वृताम्। प्रभिन्नतटविस्तीर्णां वापीमिव हृतोत्पलाम्।।2.114.18।।

Tel un réservoir dont l’eau s’est tarie — rempli de grands poissons et de nombreuses tortues — aux berges rompues et élargies, privé de ses lotus.

Verse 19

पुरुषस्याप्रहृष्टस्य प्रतिषिद्धानुलेपनाम्। सन्तप्तामिव शोकेन गात्रयष्टिमभूषणाम्।।2.114.19।।

Tel le corps d’un homme accablé—privé d’onguents et sans parure—réduit à une simple charpente de membres, comme brûlé par le chagrin.

Verse 20

प्रावृषि प्रविगाढायां प्रविष्टस्याभ्रमण्डलम्। प्रच्छन्नां नीलजीमूतैर्भास्करस्य प्रभामिव।।2.114.20।।

Tel l’éclat du soleil, dissimulé par les sombres nuées de pluie lorsque la mousson s’est épaissie et que la voûte du ciel s’emplit de nuages—ainsi paraissait-il, voilé et obscurci.

Verse 21

भरतस्तु रथस्थ स्सन् श्रीमान्दशरथात्मजः। वाहयन्तं रथश्रेष्ठं सारथिं वाक्यमब्रवीत्।।2.114.21।।

Alors Bharata, illustre fils de Daśaratha, assis sur le char, adressa ces paroles au cocher qui menait ce char d’exception.

Verse 22

किं नु खल्वद्य गम्भीरो मूर्छितो न निशम्यते। यथापुरमयोध्यायां गीतवादित्रनिस्वनः।।2.114.22।।

Pourquoi donc, aujourd’hui, n’entend-on plus, comme autrefois à Ayodhyā, le son profond et montant des chants et des instruments qui emplissait la cité ?

Verse 23

वारुणीमदगन्धश्च माल्यगन्धश्च मूर्छितः। धूपितागुरुगन्धश्च न प्रवाति समन्ततः।।2.114.23।।

Nulle brise, désormais, ne répand de toutes parts ces riches senteurs : l’odeur enivrante de la liqueur vāruṇī, le parfum des guirlandes, ni la fragrance d’agaru brûlé en encens.

Verse 24

यानप्रवरघोषश्च स्निग्धश्च हयनिस्वनः। प्रमत्तगजनादश्च महांश्च रथनिस्वनः।।2.114.24।। नेदानीं श्रूयते पुर्यामस्यां रामे विवासिते।

Le fracas des plus beaux attelages, le doux hennissement des chevaux, le barrissement des éléphants en rut et le grand grondement des chars—rien de tout cela ne s’entend plus dans cette cité, depuis que Rāma a été envoyé en exil.

Verse 25

चन्दनागरुगन्धांश्च महार्हाश्च नवस्रजः। गते हि रामे तरुणा स्संतप्ता नोपभुञ्जते।।2.114.25।।

Car Rāma est parti ; aussi les jeunes hommes, le cœur consumé de peine, ne goûtent plus aux précieux parfums de santal et d’agaru, ni aux guirlandes de fleurs toutes fraîches.

Verse 26

चन्दनागरुगन्धांश्च महार्हाश्च नवस्रजः। गते हि रामे तरुणा स्संतप्ता नोपभुञ्जते।।2.114.25।।

Puisque Rāma s’en est allé, les jeunes hommes —brûlant de chagrin— ne prennent plus plaisir aux précieux parfums de santal et d’agaru, ni aux guirlandes de fleurs nouvelles.

Verse 27

बहिर्यात्रां न गच्छन्ति चित्रमाल्यधरा नराः। नोत्सवा स्सम्प्रवर्तन्ते रामशोकार्दिते पुरे।।2.114.27।।

Dans la cité, accablée par le chagrin de Rāma, les hommes ne sortent plus en promenade, parés de guirlandes éclatantes ; et les réjouissances ne s’ouvrent plus.

Verse 28

सह नूनं मम भ्रात्रा पुरस्यास्य द्युतिर्गता। न हि राजत्ययोध्येयं सासारेवार्जुनी क्षपा।।2.114.28।।

Assurément, avec mon frère s’est retirée la splendeur de cette ville. Ayodhyā ne brille plus, telle une nuit lourde de pluie dans l’obscur déclin de la lune.

Verse 29

कदा नु खलु मे भ्राता महोत्सव इवाऽगतः। जनयिष्यत्ययोध्यायां हर्षं ग्रीष्म इवाम्बुदः।।2.114.29।।

Quand donc mon frère reviendra-t-il —tel une grande fête— pour faire naître la joie à Ayodhyā, comme les nuages apportent le soulagement à la chaleur de l’été ?

Verse 30

तरुणैश्चारुवेषैश्च नरैरुन्नतगामिभिः। सम्पतद्भिरयोध्यायां नाभिभान्ति महापथाः।।2.114.30।।

À Ayodhyā, les grandes avenues ne brillent plus des groupes allant et venant : de jeunes hommes et d’autres, richement vêtus, marchant d’un pas fier et assuré.

Verse 31

एवं बहुविधं जल्पन्विवेश वसतिं पितुः। तेन हीनां नरेन्द्रेण सिंहहीनां गुहामिव।।2.114.31।।

Ainsi, parlant de mille façons, Bharata entra dans la demeure de son père, désormais privée de ce roi, telle une caverne privée de son lion.

Verse 32

Alors Bharata, maître de lui-même, contempla tout l’intérieur du palais : désert et dépouillé de splendeur, tel un jour abandonné des dieux et privé du soleil ; et, accablé de douleur, il laissa couler ses larmes.

Frequently Asked Questions

The pivotal action is Bharata’s moral recognition of legitimacy: he reads Ayodhya’s silence as a civic symptom of dharmic rupture caused by Rama’s exile, implicitly rejecting celebratory kingship in a city whose rightful moral center is absent.

The chapter teaches that political splendour and social festivity are ethically contingent: when dharmic leadership is displaced, the city’s sensory life (sound, scent, movement) collapses into grief, revealing governance as a moral ecology rather than mere administration.

Ayodhya’s public sphere—highways, markets/shops, and festive processions—along with the royal palace and inner apartments are foregrounded, while cultural markers include music-making, garlands, incense (agaru), sandalwood paste, and civic celebrations that cease after Rama’s departure.

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