
भरतस्य प्रार्थना—रामस्य कालधर्मोपदेशः (Bharata’s Petition and Rama’s Instruction on Time and Mortality)
अयोध्याकाण्ड
Le Sarga 105 s’ouvre sur une nuit de lamentation partagée par les quatre frères, entourés de leurs proches; à l’aube, ils accomplissent les rites sur la rive de la Mandākinī et se rassemblent de nouveau. Dans le silence qui suit, Bharata s’adresse à Rāma : il lui offre de lui rendre le royaume, soutient que le pays ne peut subsister sans lui, et confesse son propre manque par des comparaisons saisissantes. Son image maîtresse est celle d’un arbre soigneusement nourri qui fleurit mais ne porte pas de fruit, signifiant que l’espérance de toute une vie de Daśaratha restera vaine si Rāma n’accepte pas la royauté. Il évoque aussi le sentiment d’Ayodhyā : corporations et sujets voyant Rāma installé tel le soleil, tandis que les éléphants royaux claironnent et que les femmes du palais se réjouissent. Rāma répond en consolant Bharata par un enseignement prolongé sur le kāla-dharma, la loi du Temps : l’action humaine est limitée, le destin entraîne les êtres en directions contraires, et toute composition mondaine se défait—la richesse s’épuise, l’élévation retombe, l’union se change en séparation, la vie aboutit à la mort. Il affirme l’impermanence par des analogies naturelles : le fruit mûr doit tomber; les maisons solides se dégradent; les nuits ne reviennent pas; les rivières s’écoulent sans retour; et jours et nuits consument la durée de vie comme le soleil d’été dessèche l’eau. La mort est décrite comme une compagne inséparable, et le chagrin comme philosophiquement stérile. Le chapitre se clôt sur la résolution ferme de Rāma d’obéir à l’ordre de Daśaratha en demeurant dans la forêt, et sur son exhortation à Bharata à retourner à Ayodhyā pour assumer le devoir royal. Le sage, dit-il, évite les lamentations en toute condition.
Verse 1
ततः पुरुषसिंहानां वृतानां तै स्सुहृद्गणैः।शोचतामेव रजनी दुःखेन व्यत्यवर्तत।।2.105.1।।
Alors la nuit s’écoula dans la douleur, car ces hommes pareils à des lions—entourés de leurs compagnons—ne firent que se lamenter.
Verse 2
रजन्यां सुप्रभातायां भ्रातरस्ते सुहृद्वृताः।मन्दाकिन्यां हुतं जप्यं कृत्वा राममुपागमन्।।2.105.2।।
Quand la nuit s’éclaira en une belle aurore, les frères—entourés de leurs amis bienveillants—accomplirent sur la Mandākinī les rites du matin, offrant les oblations et récitant les prières, puis s’approchèrent de Rama.
Verse 3
तूष्णीं ते समुपासीना न कश्चित्किञ्चिदब्रवीत्।भरतस्तु सुहृन्मध्ये रामं वचनमब्रवीत्।।2.105.3।।
Tous étaient assis ensemble en silence, et nul ne prononça le moindre mot. Mais Bharata, au milieu des amis, s’adressa à Rāma et dit ces paroles.
Verse 4
सान्त्विता मामिका माता दत्तं राज्यमिदं मम।तद्ददामि तवैवाहं भुङ्क्ष्व राज्यमकण्टकम्।।2.105.4।।
Ma mère a été apaisée, et ce royaume m’a été donné ; à présent je te donne ce même royaume, à toi seul : règne sans entraves.
Verse 5
महतेवाम्बुवेगेन भिन्नस्सेतुर्जलागमे।दुरावारं त्वदन्येन राज्यखण्डमिदं महत्।।2.105.5।।
Comme une digue se rompt sous l’élan puissant des eaux à la saison des pluies, ainsi ce vaste royaume sera impossible à contenir sans toi.
Verse 6
गतिं खर इवाश्वस्य तार्क्ष्यस्येव पतत्रिणः।अनुगन्तुं न शक्तिर्मे गतिं तव महीपते।।2.105.6।।
Ô seigneur de la terre, je n’ai pas la force de suivre ton allure : comme l’âne ne peut égaler le cheval, ni aucun oiseau le vol de Tārkṣya (Garuḍa).
Verse 7
सुजीवं नित्यशस्तस्य यः परैरुपजीव्यते।राम तेन तु दुर्जीवं यः परानुपजीवति।।2.105.7।।
Ô Rāma, heureuse est la vie de celui dont les autres dépendent sans cesse; mais pénible est la vie de celui qui doit dépendre d’autrui.
Verse 8
यथा तु रोपितो वृक्षः पुरुषेण विवर्धितः।ह्रस्वकेण दुरारोहो रूढस्कन्धो महाद्रुमः।।2.105.8।।स यदा पुष्पितो भूत्वा फलानि न विदर्शयेत्।स तां नानुभवेत्प्रीतिं यस्य हेतोः प्ररोपितः।।2.105.9।।एषोपमा महाबाहो तमर्थं वेत्तु मर्हसि।यदि त्वमस्मान्वृषभो भर्ता भृत्यान्न शाधि हि।।2.105.10।।
Ô toi aux bras puissants : de même qu’un homme plante et élève un arbre jusqu’à ce qu’il devienne un grand arbre au tronc solide, difficile à gravir même pour un nain ; s’il fleurit mais ne donne point de fruits, le planteur ne goûte aucune joie du but même pour lequel il l’avait planté. Telle est la comparaison : saisis-en le sens. Si toi, puissant protecteur, tu ne gouvernes pas nous, tes dépendants, alors l’espérance nourrie par notre père s’évanouit.
Verse 9
यथा तु रोपितो वृक्षः पुरुषेण विवर्धितः।ह्रस्वकेण दुरारोहो रूढस्कन्धो महाद्रुमः।।2.105.8।।स यदा पुष्पितो भूत्वा फलानि न विदर्शयेत्।स तां नानुभवेत्प्रीतिं यस्य हेतोः प्ररोपितः।।2.105.9।।एषोपमा महाबाहो तमर्थं वेत्तु मर्हसि।यदि त्वमस्मान्वृषभो भर्ता भृत्यान्न शाधि हि।।2.105.10।।
Ô toi aux bras puissants : de même qu’un homme plante et élève un arbre jusqu’à ce qu’il devienne un grand arbre au tronc solide, difficile à gravir même pour un nain ; s’il fleurit mais ne donne point de fruits, le planteur ne goûte aucune joie du but même pour lequel il l’avait planté. Telle est la comparaison : saisis-en le sens. Si toi, puissant protecteur, tu ne gouvernes pas nous, tes dépendants, alors l’espérance nourrie par notre père s’évanouit.
Verse 10
यथा तु रोपितो वृक्षः पुरुषेण विवर्धितः।ह्रस्वकेण दुरारोहो रूढस्कन्धो महाद्रुमः।।2.105.8।।स यदा पुष्पितो भूत्वा फलानि न विदर्शयेत्।स तां नानुभवेत्प्रीतिं यस्य हेतोः प्ररोपितः।।2.105.9।।एषोपमा महाबाहो तमर्थं वेत्तु मर्हसि।यदि त्वमस्मान्वृषभो भर्ता भृत्यान्न शाधि हि।।2.105.10।।
Ô toi aux bras puissants, considère cette comparaison et saisis-en le sens. Un homme plante un arbre et le fait croître jusqu’à ce qu’il devienne un grand arbre au tronc épais, difficile à gravir même pour un nain. Si, après avoir fleuri, il ne montre aucun fruit, celui qui l’a planté ne goûte aucune joie du but pour lequel il l’avait planté. Ainsi, ô puissant protecteur, ne refuse pas de nous diriger, nous qui dépendons de toi, tes serviteurs.
Verse 11
श्रेणयस्त्वां महाराज पश्यन्त्वग्य्राश्च सर्वशः।प्रतपन्तमिवादित्यं राज्ये स्थित मरिन्दमम्।।2.105.11।।
Ô grand roi, dompteur des ennemis, que les guildes les plus éminentes et tous les chefs de groupes, de toutes parts, te voient établi dans le royaume, flamboyant tel le soleil.
Verse 12
तवानुयाने काकुत्स्थ मत्ता नर्दन्तु कुञ्जराः।अन्तःपुरगता नार्यो नन्दन्तु सुसमाहिताः।।2.105.12।।
Ô Kākuṭstha, lorsque tu avanceras, que les éléphants enivrés de rut barrissent ; et que les femmes des appartements intérieurs se réjouissent, l’esprit paisible et recueilli.
Verse 13
तस्य साध्वित्यमन्यन्त नागरा विविधा जनाः।भरतस्य वच श्श्रुत्वा रामं प्रत्यनुयाचतः।।2.105.13।।
Entendant les paroles de Bharata qui suppliait Rama, les habitants de la cité—gens de maintes conditions—se dirent : «C’est bien parlé !»
Verse 14
तमेवं दुःखितं प्रेक्ष्य विलपन्तं यशस्विनम्।रामः कृतात्मा भरतं समाश्वासयदात्मवान्।।2.105.14।।
Voyant Bharata, illustre mais accablé de peine et gémissant, Rama, maître de lui et ferme en sa résolution, le réconforta.
Verse 15
नाऽत्मनः कामकारोऽस्ति पुरुषोऽयमनीश्वरः।इतश्चेतरतश्चैनं कृतान्तः परिकर्षति।।2.105.15।।
L’homme n’est pas vraiment maître de lui, ni capable d’agir selon son seul caprice ; il n’est pas indépendant. Le destin l’entraîne tantôt ici, tantôt là.
Verse 16
सर्वे क्षयान्ताः निचयाः पतनान्ता समुच्छ्रयाः।संयोगा विप्रयोगान्ता मरणान्तं च जीवितम्।।2.105.16।।
Tout amas finit en dépérissement ; toute élévation finit en chute. Toute rencontre s’achève en séparation, et toute vie s’achève en mort.
Verse 17
यथा फलानां पक्वानां नान्यत्र पतनाद्भयम्।एवं नरस्य जातस्य नान्यत्र मरणाद्भयम्।।2.105.17।।
De même que le fruit mûr ne craint rien d’autre que sa chute, ainsi l’homme, une fois né, n’a d’ultime crainte que la mort.
Verse 18
यथाऽगारं दृढस्थूणं जीर्णं भूत्वाऽवसीदति।तथैव सीदन्ति नरा जरामृत्युवशं गताः।।2.105.18।।
Tel un logis aux piliers solides qui, devenu vieux, s’affaisse dans la ruine, ainsi les hommes, tombés sous l’empire de la vieillesse et de la mort, se flétrissent.
Verse 19
अत्येति रजनी या तु सा न प्रतिनिवर्तते।यात्येव यमुना पूर्णा समुद्रमुदकाकुलम्।।2.105.19।।
La nuit qui s’est écoulée ne revient pas ; de même la Yamunā, pleine de son flot, s’avance vers l’océan aux eaux agitées et ne retourne point.
Verse 20
अहोरात्राणि गच्छन्ति सर्वेषां प्राणिनामिह।अायूंषि क्षपयन्त्याशु ग्रीष्मे जलमिवांशवः।।2.105.20।।
Les jours et les nuits s’en vont pour tous les êtres ici, consumant vite leur durée de vie, comme les rayons d’été dessèchent l’eau.
Verse 21
आत्मानमनुशोच त्वं किमन्यमनुशोचसि।आयुस्ते हीयते यस्य स्थितस्य च गतस्य च।।2.105.21।।
Pleure sur toi-même ; pourquoi pleurer sur un autre ? Car ta propre vie décroît, que tu demeures immobile ou que tu marches.
Verse 22
सहैव मृत्युर्व्रजति सह मृत्युर्निषीदति।गत्वासुदीर्घमध्वानं सहमृत्युर्निवर्तते।।2.105.22।।
La Mort marche avec l’homme; la Mort s’assied auprès de lui. Même après un très long voyage, il revient encore avec la Mort à ses côtés.
Verse 23
गात्रेषु वलयः प्राप्ता श्श्वेताश्चैव शिरोरुहाः।जरया पुरुषो जीर्णः किं हि कृत्वा प्रभावयेत्।।2.105.23।।
Des rides gagnent les membres, et les cheveux de la tête blanchissent. Quand l’homme est usé par la vieillesse, que peut-il donc faire pour s’affirmer maître?
Verse 24
नन्दन्त्युदित आदित्ये नन्दन्त्यस्तमितेऽहनि। आत्मनो नावबुध्यन्ते मनुष्या जीवितक्षयम्।।2.105.24।।
Les hommes se réjouissent au lever du soleil, et se réjouissent encore quand le jour s’achève et que le soleil se couche; mais ils ne voient pas que leur propre vie s’use sans cesse.
Verse 25
हृष्यन्त्यृतुमुखं दृष्ट्वा नवं नवमिहागतम्।ऋतूनां परिवर्तेन प्राणिनां प्राणसङ्क्षयः।।2.105.25।।
Voyant s’ouvrir une saison et les nouveautés qu’elle apporte sans cesse, les hommes se réjouissent; mais par la ronde des saisons, le souffle de vie des êtres s’amenuise aussi.
Verse 26
यथा काष्ठं च काष्ठं च समेयातां महार्णवे। समेत्य च व्यपेयातां कालमासाद्य कञ्चन।।2.105.26।। एवं भार्याश्चपुत्राश्च ज्ञातयश्च धनानि च। समेत्य व्यवधावन्ति ध्रुवो ह्येषां विनाभवः।।2.105.27।।
Ainsi que deux morceaux de bois se rencontrent sur le vaste océan : s’étant rejoints, ils demeurent un temps ensemble, puis, quand l’heure vient, se séparent de nouveau.
Verse 27
यथा काष्ठं च काष्ठं च समेयातां महार्णवे। समेत्य च व्यपेयातां कालमासाद्य कञ्चन।।2.105.26।। एवं भार्याश्चपुत्राश्च ज्ञातयश्च धनानि च। समेत्य व्यवधावन्ति ध्रुवो ह्येषां विनाभवः।।2.105.27।।
De même, épouses et fils, parents et richesses se rassemblent ; puis, rassemblés, ils se séparent, car leur séparation est assurément certaine.
Verse 28
नात्र कश्चिद्यथाभावं प्राणी समभिवर्तते।तेन तस्मिन्न सामर्थ्यं प्रेतस्या स्त्यनुशोचतः।।2.105.28।।
Ici, nul être vivant ne suit entièrement son propre vouloir ; dès lors, en cette affaire, il n’y a aucune force à se lamenter pour le défunt.
Verse 29
यथा हि सार्थं गच्छन्तं ब्रूयात्कश्चित्पथि स्थितः।अहमप्यागमिष्यामि पृष्ठतो भवता मिति।।2.105.29।।एवं पूर्वैर्गतो मार्गः पितृपैतामहो ध्रुवः।तमापन्नः कथं शोचेद्यस्य नास्ति व्यतिक्रमः।।2.105.30।।
Comme quelqu’un, debout au bord du chemin, dirait à une caravane qui passe : «Moi aussi, je viendrai derrière vous»,
Verse 30
यथा हि सार्थं गच्छन्तं ब्रूयात्कश्चित्पथि स्थितः।अहमप्यागमिष्यामि पृष्ठतो भवता मिति।।2.105.29।।एवं पूर्वैर्गतो मार्गः पितृपैतामहो ध्रुवः।तमापन्नः कथं शोचेद्यस्य नास्ति व्यतिक्रमः।।2.105.30।।
Ainsi, le chemin emprunté par ceux d’autrefois — pères et aïeux — est certain. Étant entré sur cette voie, comment s’affliger, puisqu’il n’est nul moyen de la transgresser ni de l’éviter ?
Verse 31
वयसः पतमानस्य स्रोतसो वाऽनिवर्तिनः।आत्मा सुखे नियोक्तव्यस्सुखभाजः प्रजाः स्मृताः।।2.105.31।।
Comme l’âge s’écoule et décline, tel un courant qui ne revient jamais, que l’on dirige son âme vers le bien qui donne une joie durable ; car il est enseigné que les êtres recherchent et partagent le bonheur.
Verse 32
धर्मात्मा स शुभैः कृत्स्नैः क्रतुभिश्चाप्तदक्षिणैः।स्वर्गं दशरथः प्राप्तः पिता नः पृथिवीपतिः।।2.105.32।।
Ce Daśaratha à l’âme juste—notre père, seigneur de la terre—atteignit le ciel par des sacrifices entièrement propices et par le don de la dakṣiṇā due, selon l’ordonnance.
Verse 33
भृत्यानां भरणात्सम्यक्प्रजानां परिपालनात्।अर्थादानाच्च धर्मेण पिता न स्त्रिदिवंगतः।।2.105.33।।
En nourrissant comme il faut ses serviteurs et dépendants, en protégeant ses sujets, et en percevant les revenus selon le dharma, notre père est allé au ciel.
Verse 34
कर्मभि स्तु शुभैरिष्टैः क्रतुभिश्चाप्तदक्षिणैः।स्वर्गं दशरथः प्राप्तः पिता नः पृथिवीपतिः।।2.105.34।।
Par des actes heureux et agréés, par des sacrifices et des offrandes accompagnés de la dakṣiṇā due, notre père Daśaratha—seigneur de la terre—parvint au ciel.
Verse 35
इष्ट्वा बहुविधैर्यज्ञैर्भोगां श्चावाप्य पुष्कलान्।उत्तमं चायुरासाद्य स्वर्गतः पृथिवीपतिः।।2.105.35।।
Après avoir accompli des sacrifices de maintes sortes, après avoir goûté d’abondantes jouissances légitimes et obtenu une vie d’excellente durée, le roi s’en alla au ciel.
Verse 36
आयुरुत्तममासाद्य भोगानपि च राघवः।स न शोच्यः पिता तात स्वर्गत स्सत्कृत स्सताम्।।2.105.36।।
Ô cher ami, notre père, le Rāghava, ayant atteint une durée de vie excellente et les jouissances qui lui étaient dues, est allé au ciel, honoré par les vertueux ; aussi ne doit-il pas être pleuré.
Verse 37
स जीर्णं मानुषं देहं परित्यज्य पिता हि नः।दैवीमृद्धिमनुप्राप्तो ब्रह्मलोकविहारिणीम्।।2.105.37।।
En vérité, notre père, ayant quitté son corps humain usé, a obtenu une prospérité divine, demeurant dans le monde de Brahmā.
Verse 38
तं तु नैवंविधः कश्चित्प्राज्ञ श्शोचितुमर्हति।तत्विधो मद्विधश्चापि श्रुतवान्बुद्धिमत्तरः।।2.105.38।।
Mais nul homme sage — ni toi qui es tel, ni moi qui suis tel — ne doit le pleurer, lui qui était instruit et d’une intelligence plus grande encore.
Verse 39
एते बहुविधा शोका विलापरुदिते तथा। वर्जनीया हि धीरेण सर्वावस्थासु धीमता।।2.105.39।।
Ces multiples formes de chagrin — ainsi que les lamentations et les pleurs — doivent être évitées par l’homme ferme et sage, en toute situation.
Verse 40
स स्वस्थो भव मा शोचेर्यात्वा चावसतां पुरीम्।तथा पित्रा नियुक्तोऽसि वशिना वदतां वर।।2.105.40।।
Ressaisis-toi; ne t’afflige point. Retourne et demeure dans cette cité. Car tel est l’ordre que t’a donné notre père, maître de lui-même—ô le meilleur des orateurs.
Verse 41
यत्राहमपि तेनैव नियुक्तः पुण्यकर्मणा।तत्रैवाहं करिष्यामि पितुरार्यस्य शासनम्।।2.105.41।।
Et partout où lui, l’accomplisseur d’œuvres saintes, m’aura assigné, là même, ainsi, j’exécuterai l’ordre de notre noble père.
Verse 42
न मया शासनं तस्य त्यक्तुं न्याय्य मरिन्दम। स त्वयापि सदा मान्यं स वै बन्धु स नः पिता।।2.105.42।।
Ô dompteur des ennemis, il ne convient pas que je mette de côté son ordre. Toi aussi, honore-le toujours : il est vraiment notre parent et notre père.
Verse 43
तद्वचः पितुरेवाहं सम्मतं धर्मचारिणः।कर्मणा पालयिष्यामि वनवासेन राघव।।2.105.43।।
Ainsi, ô Rāghava, je maintiendrai par mon acte—en demeurant dans la forêt—la parole même de notre père, pratiquant du dharma, parole qu’il faut recevoir.
Verse 44
धार्मिकेणानृशंसेन नरेण गुरुवर्तिना।भवितव्यं नरव्याघ्र परलोकं जिगीषता।।2.105.44।।
Ô tigre parmi les hommes, celui qui veut remporter le monde d’au-delà doit être un homme vertueux : compatissant et soumis aux aînés et aux maîtres.
Verse 45
आत्मानमनुतिष्ठत्वं स्वभावेन नरर्षभ।निशाम्यतु शुभं वृत्तं पितुर्दशरथस्य नः।।2.105.45।।
Ô le meilleur des hommes, ayant contemplé la conduite bénie de notre père Daśaratha, demeure fidèle à toi-même, ferme dans ta nature propre et dans ton dharma.
Verse 46
इत्येवमुक्त्वा वचनं महात्मा पितुर्निदेश प्रतिपालनार्थम्।यवीयसं भ्रातरमर्थवच्च प्रभुर्मुहूर्ताद्विरराम रामः।।2.105.46।।
Ayant ainsi prononcé des paroles pleines de sens, afin d’accomplir l’ordre de son père, le magnanime Rāma s’adressa à son jeune frère puis, en un instant, se tut.
The dilemma is royal legitimacy versus vowed obedience: Bharata urges Rāma to take the throne for the kingdom’s stability and Daśaratha’s intent, while Rāma insists that dharma requires strict compliance with the father’s command of forest-exile.
Rāma’s upadeśa is a disciplined reflection on anityatā: all aggregates end in loss, all unions end in separation, and life ends in death; therefore grief should be moderated by wisdom, and one should act righteously within one’s assigned duty rather than trying to overturn kāla (time) and niyati (constraint).
Mandākinī is the ritual setting for morning ablutions and japa; Yamunā flowing to the ocean functions as a landmark-simile for irreversibility; Ayodhyā appears as the civic center whose guilds, palace life, and royal processional culture frame Bharata’s vision of Rāma’s installation.
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