
Teaching of Karma-yoga (Student Conduct, Vedic Study, and Gāyatrī Supremacy)
Le chapitre 53 codifie la discipline du brahmacārin comme karma‑yoga : vénération du guru, maîtrise du corps et de la parole, règles de service et interdictions sévères contre l’irrespect ou une familiarité déplacée. Il présente ensuite la règle védique : récitation quotidienne, emploi du praṇava (Om) et offrandes reliées aux quatre Vedas et aux Purāṇa, pour culminer dans l’exaltation du japa de la Gāyatrī, tenue pour l’essence surpassant même les Vedas. Sont précisés le moment du vedopākaraṇa, les saisons d’étude, et les causes d’anadhyāya (non‑récitation) : orages, présages, impuretés, certains jours lunaires, décès, etc. La conclusion met en garde contre la récitation mécanique sans contemplation du sens et appelle à une étude et une pratique toute la vie selon le Veda et la smṛti, Manu étant cité comme autorité.
Verse 1
व्यास उवाच । एवं दंडादिभिर्युक्तः शौचाचारसमन्वितः । आहूतोध्यापनं कुर्याद्वीक्ष्यमाणो गुरोर्मुखम्
Vyāsa dit : Ainsi, muni du bâton et des autres requis, observant la pureté et la bonne conduite, lorsqu’il est appelé, qu’il commence l’enseignement, le regard posé sur le visage du maître.
Verse 2
नित्यमुद्यतपाणिः स्यात्साध्वाचारः सुसंयतः । आस्यतामिति चोक्तः सन्नासीताभिमुखं गुरोः
Qu’il garde toujours les mains levées avec respect, qu’il soit de bonne conduite et bien maîtrisé ; et, lorsqu’on lui dit : « Assieds-toi », qu’il s’assoie face au maître.
Verse 3
प्रतिश्रवणसंभाषे शयानो न समाचरेत् । आसीनो न च भुंजानो न तिष्ठेन्न पराङ्मुखः
Lorsqu’il écoute et s’entretient, qu’il ne le fasse pas couché ; ni assis, ni en mangeant ; et qu’il ne se tienne pas debout le visage détourné.
Verse 4
नीचैः शय्यासनं चास्य सर्वदा गुरुसन्निधौ । गुरोस्तु चक्षुर्विषयेन यथेष्टासनो भवेत्
En présence du guru, que le lit et le siège soient toujours placés plus bas ; et que l’on ne s’assoie qu’avec convenance, dans le champ du regard du guru, non selon son bon plaisir.
Verse 5
नोदाहरेदस्य नाम परोक्षमपि केवलम् । न चैवास्यानुकुर्वीत गतिभाषणचेष्टितम्
Qu’on ne prononce pas son nom — même indirectement, même en passant ; et qu’on n’imite ni sa démarche, ni sa parole, ni sa manière d’agir.
Verse 6
गुरोर्यत्र परीवादो निंदा वापि प्रवर्तते । कर्णौ तत्र पिधातव्यौ गंतव्यं वा ततोऽन्यतः
Là où se répand la calomnie ou la critique du guru, qu’on s’y bouche les oreilles ; ou bien qu’on quitte ce lieu pour aller ailleurs.
Verse 7
दूरस्थो नार्चयेदेनं न क्रुद्धो नांतिके स्त्रियः । न चैवास्योत्तरं ब्रूयात्स्थितो नासीत सन्निधौ
Qu’on ne l’adore pas de loin, ni dans la colère, ni à proximité de femmes. Qu’on ne lui réponde pas avec réplique ; et qu’on ne demeure pas debout en sa présence.
Verse 8
उदकुंभं कुशान्पुष्पं समिधोऽस्याहरेत्सदा । मार्जनं लेपनं नित्यमंगानां वै समाचरेत्
Qu’on lui apporte toujours une jarre d’eau, de l’herbe kuśa, des fleurs et des bûchettes de feu sacré ; et qu’on accomplisse régulièrement la purification et l’onction de ses membres.
Verse 9
नास्य निर्माल्यशयनं पादुकोपानहावपि । आक्रामेदासनं चास्य च्छायादीन्वा कदाचन
Qu’on ne marche jamais sur sa couche ornée de guirlandes d’offrande, ni sur ses sandales ou chaussures; qu’on ne foule pas non plus son siège, ni n’empiète sur son ombre et autres choses semblables, à aucun moment.
Verse 10
साधयेद्दंतकाष्ठादींल्लब्धं चास्मै निवेदयेत् । अनापृच्छ्य न गंतव्यं भवेत्प्रियहिते रतः
Qu’il lui prépare des bâtonnets pour les dents et autres choses, et que tout ce qu’il obtient, il le lui présente en offrande. Sans demander la permission, qu’il n’aille nulle part; qu’il demeure attaché à ce qui est cher et salutaire pour son supérieur.
Verse 11
न पादौ सारयेदस्य सन्निधाने कदाचन । जृंभितं हसितं चैव कंठप्रावरणं तथा
En sa présence, qu’on n’étende jamais les pieds; de même, qu’on ne bâille pas, qu’on ne rie pas, et qu’on ne se couvre pas la gorge d’une manière irrespectueuse.
Verse 12
वर्जयेत्सन्निधौ नित्यमंगस्फोटनमेव च । यथाकालमधीयीत यावन्न विमना गुरुः
En présence du maître, qu’on évite toujours de faire craquer ou claquer ses membres. Qu’on étudie au moment convenable, tant que le guru ne s’en trouve pas contrarié.
Verse 13
आसीनोऽधो गुरोः पार्श्वे सेवां च सुसमाहितः । आसने शयने याने नैव तिष्ठेत्कदाचन
Assis plus bas, auprès du guru, qu’il rende service avec une attention parfaitement recueillie. Qu’il ne prenne jamais place sur le siège, la couche ou le véhicule du guru, à aucun moment.
Verse 14
धावंतमनुधावेत गच्छंतमनुगच्छति । गोश्वोष्ट्रयानप्रासादे तथाधोविष्टरेषु च
À celui qui court, qu’on coure après; à celui qui s’en va, qu’on le suive. De même, qu’on l’accompagne dans des véhicules tirés par vaches, chevaux ou chameaux, dans les palais, et même sur les lits les plus bas.
Verse 15
आसीत गुरुणा सार्द्धं शिलाफलक नौषु च । जितेंद्रियः स्यात्सततं वश्यात्माक्रोधनः शुचिः
Qu’on demeure auprès du maître, même sur des dalles de pierre ou dans des barques; qu’on soit sans cesse maître de soi, vainqueur des sens, l’âme domptée, sans colère et pur.
Verse 16
प्रयुंजीत सदा वाचं मधुरां हितकारिणीम् । गंधमाल्यं रसं कल्पं शुक्तिं प्राणिविहिंसनम्
Qu’on use toujours d’une parole douce et salutaire; qu’on recoure aux parfums et aux guirlandes, aux saveurs et préparations bienfaisantes, et à une nourriture non nuisible, sans blesser les êtres vivants.
Verse 17
अभ्यंजनांजनोन्मर्द्दच्छत्रधारणमेव च । कामं लोभं भयं निद्रां गीतवादित्रनर्तनम्
De plus : l’onction d’huile et le fard, le frottement du corps, et même le port d’un parasol; ainsi que la luxure, l’avidité, la peur, le sommeil, le chant, les instruments de musique et la danse.
Verse 18
आतर्जनं परीवादं स्त्रीप्रेक्षालंभनं तथा । परोपघातं पैशुन्यं प्रयत्नेन विवर्जयेत्
Avec effort, qu’on évite l’intimidation, la médisance, le regard lubrique et le harcèlement des femmes, le fait de nuire à autrui et la délation malveillante.
Verse 19
उदकुंभं सुमनसो गोशकृन्मृत्तिका कुशान् । आहरेद्यावदन्नानि भैक्ष्यं चाहरहश्चरेत्
Qu’il se procure un pot d’eau, des fleurs, de la bouse de vache, de l’argile et l’herbe kuśa ; et tant qu’il n’a point de nourriture, qu’il vive de l’aumône quotidienne, sortant chaque jour pour mendier.
Verse 20
घृतं च लवणं सर्वं वर्ज्यं पर्युषितं च यत् । अनृत्यदर्शी सततं भवेद्गीतादि निस्पृहः
Qu’il s’abstienne du ghee et de toute sorte de sel, ainsi que de toute nourriture devenue rance. Qu’il évite sans cesse les spectacles de danse et demeure sans désir pour les chants et autres plaisirs.
Verse 21
नादित्यं वै समीहेत नाचरेद्दंतधावनम् । एकांतमशुचिस्त्रीभिः शूद्राद्यैरभिभाषणम्
Qu’il ne fixe pas le Soleil du regard, ni ne pratique le nettoyage des dents (en ce temps). Qu’il n’ait pas non plus d’entretien secret, en lieu retiré, avec des femmes impures, ni avec des śūdras et autres.
Verse 22
गुरूच्छिष्टं भेषजान्नं प्रयुंजीत न कामतः । मलापकर्षणं स्नानं नाचरेद्धि कदाचन
Qu’il ne prenne pas, par simple désir, les restes du guru ni une nourriture prise comme remède. Et qu’il ne pratique jamais un bain accompli seulement pour ôter la saleté du corps.
Verse 23
न कुर्यान्मानसं विप्रो गुरोस्त्यागे कथंचन । मोहाद्वा यदि वा लोभात्त्यक्त्वा तु पतितो भवेत्
Un brāhmaṇa ne doit jamais, fût-ce en son esprit, envisager l’abandon de son guru. S’il l’abandonne par égarement ou par avidité, il devient déchu.
Verse 24
लौकिकं वैदिकं वापि तथाध्यात्मिकमेव वा । आददीत यतो ज्ञानं तं न द्रुह्येत्कदाचन
Que le savoir soit mondain, védique ou véritablement spirituel, qu’on le reçoive de celui qui le transmet; et qu’on ne le trahisse ni ne lui nuise jamais, en aucun temps.
Verse 25
गुरोरप्यवलिप्तस्य कार्याकार्यमजानतः । उत्पथप्रतिपन्नस्य न मनुस्त्यागमब्रवीत्
Même si le guru est orgueilleux, ignorant de ce qu’il faut faire ou éviter, et engagé sur une voie dévoyée, Manu n’a pas prescrit de l’abandonner.
Verse 26
गुरोर्गुरौ सन्निहिते गुरुवद्वृत्तिमाचरेत् । नत्वाभिसृष्टो गुरुणा स्वान्गुरूनभिवादयेत्
Lorsque le maître de ton maître est présent, conduis-toi envers lui exactement comme envers ton propre guru. Et seulement après t’être incliné, et avec la permission de ton guru, adresse ensuite tes salutations à tes autres maîtres.
Verse 27
विद्यागुरुष्वेतदेवं नित्यावृत्तिषु योगिषु । प्रतिषेधत्सु चाधर्माद्धितं चोपदिशत्सु च
Il en est bien ainsi des maîtres du savoir et des yogins voués à une discipline constante : ils te détournent de l’adharma et t’enseignent aussi ce qui est salutaire.
Verse 28
श्रेयः स्वगुरुवद्वृत्तिं नित्यमेव समाचरेत् । गुरुपुत्रेषु दारेषु गुरोश्चैव स्वबंधुषु
Pour ton plus grand bien, conduis-toi toujours envers les fils de ton guru, l’épouse du guru et les proches du guru, exactement comme envers le guru lui-même.
Verse 29
बालः संमानयेन्मान्याञ्छिष्टो वा यदि कर्म्मणि । अध्यापयन्गुरोः सूनुं गुरुवन्मानमर्हति
Même un enfant doit honorer ceux qui sont dignes de respect ; et s’il est bien formé à la juste conduite, celui qui enseigne le fils du guru mérite un honneur égal à celui du guru.
Verse 30
उत्सादनं च गात्राणां स्नापनोच्छिष्टभोजनः । न कुर्याद्गुरुपुत्रस्य पादयोः शौचमेव च
On ne doit pas, à l’égard du fils du guru, pratiquer le massage du corps ni le bain, ni manger les restes d’autrui ; et l’on ne doit pas non plus lui laver ou nettoyer les pieds.
Verse 31
गुरुवत्प्रतिपूज्याश्च सवर्णा गुरुयोषितः । असवर्णाश्च संपूज्याः प्रत्युत्थानाभिवादनैः
L’épouse du maître, si elle est de la même varṇa, doit être honorée comme le maître ; et même si elle est d’une varṇa différente, elle doit être respectée comme il convient, en se levant pour l’accueillir et en lui rendant hommage.
Verse 32
अभ्यंजनं स्नापनं च गात्रोत्सादनमेव च । गुरुपत्न्या न कार्याणि केशानां च प्रसाधनम्
L’onction d’onguents, le bain, le frottement ou massage du corps, ainsi que la parure des cheveux : tout cela ne doit pas être fait pour (ni avec) l’épouse du guru.
Verse 33
गुरुपत्नी तु युवती नाभिवाद्या तु पादयोः । कुर्वीत वंदनं भूम्यामसावहमिति ब्रुवन्
Mais l’épouse du guru, si elle est jeune, ne doit pas être saluée en touchant ses pieds ; qu’on se prosterne plutôt à terre et qu’on lui rende hommage en disant : « C’est moi, votre disciple ».
Verse 34
विप्रोष्य पादग्रहणपूर्वकं चाभिवादनम् । गुरुदारेषु कुर्वीत सतां धर्म्ममनुस्मरन्
De retour après une absence, qu’on présente une salutation respectueuse—en commençant par toucher les pieds—à l’épouse du guru, en se souvenant du dharma juste des hommes vertueux.
Verse 35
मातृष्वसा मातुलानी श्वश्रूश्चाथ पितृष्वसा । संपूज्या गुरुपत्नीवत्समास्ता गुरुभार्यया
La tante maternelle, l’épouse de l’oncle maternel, la belle-mère et la tante paternelle doivent toutes être honorées comme il se doit ; pour le maître, elles sont à respecter à l’égal de l’épouse du guru.
Verse 36
भ्रातृभार्याश्च संग्राह्या सवर्णा हन्यहन्यपि । विप्रोष्य तूपसंग्राह्या ज्ञातिसंबंधियोषितः
L’épouse du frère, si elle est de la même varṇa, peut être reçue en mariage, fût-elle morte maintes et maintes fois. Et lorsqu’une femme est éloignée de son mari, on peut aussi prendre en mariage les femmes liées par la parenté et les alliances familiales.
Verse 37
पितुर्भगिन्या मातुश्च जायस्यां च स्वसर्यपि । मातृवद्वृत्तिमातिष्ठेन्माता ताभ्यो गरीयसी
Envers la sœur du père, la sœur de la mère, l’épouse du frère aîné et même sa propre sœur, qu’on adopte une conduite comme envers une mère ; toutefois, la mère est plus vénérable qu’elles toutes.
Verse 38
एवमाचारसंपन्नमात्मवंतमदांभिकम् । वेदमध्यापयेद्धर्म्मं पुराणांगानि नित्यशः
À celui qui possède une telle bonne conduite, la maîtrise de soi et l’absence d’hypocrisie, qu’on enseigne chaque jour le Veda et les principes du dharma, ainsi que les membres auxiliaires des Purāṇa.
Verse 39
संवत्सरोषिते शिष्ये गुरुर्ज्ञानमनिर्दिशन् । हरते दुष्कृतं तस्य शिष्यस्य वसतो गुरुः
Quand le disciple a demeuré une année auprès du maître, même si le guru ne lui a pas encore enseigné la connaissance, le guru enlève au disciple son démérite, du seul fait que le disciple réside avec lui.
Verse 40
आचार्यपुत्रः शुश्रूषुर्ज्ञानदो धार्मिकः शुचिः । शक्तोन्नदोंबुदः साधुरध्याप्यादश धर्मतः
Le fils du maître doit être empressé au service, dispensateur de connaissance, juste et pur; capable, apportant la joie tel un nuage de pluie, et vertueux : qu’il enseigne les dix devoirs selon le dharma.
Verse 41
कृतकंठस्तथाऽद्रोहः मेधावी गुरुकृन्नरः । आप्तः प्रियोऽथ विधिवत्षडध्याप्या द्विजातयः
On doit avoir la voix claire, être sans malveillance, intelligent et voué au service du maître; digne de confiance et cher aux autres. Ainsi, les deux-fois-nés, dûment formés, deviennent aptes à enseigner les six disciplines védiques selon la règle.
Verse 42
एतेषु ब्राह्मणे दानमन्यत्र तु यथोचितम् । आचम्य संयतो नित्यमधीयीत उदङ्मुखः
C’est parmi de tels brahmanes qu’il convient d’offrir le dāna (don) ; ailleurs, toutefois, on ne donnera que ce qui est approprié. Après avoir pris une gorgée d’eau pour la purification et en se maîtrisant, qu’on étudie chaque jour, le visage tourné vers le nord.
Verse 43
उपसंगृह्य तत्पादौ वीक्ष्यमाणो गुरोर्मुखम् । अधीष्व भो इति ब्रूयाद्विरामोऽस्त्विति चाऽरमेत्
Après avoir saisi les pieds du maître et levant les yeux vers le visage du guru, qu’il dise : «Enseignez-moi, Seigneur», et qu’il demande aussi, au moment opportun : «Qu’il y ait une pause (repos)».
Verse 44
प्राक्कूलान्पर्युपासीत पवित्रैश्चैव पावकः । प्राणायामैस्त्रिभिः पूतस्ततोंकारमर्हति
Tourné vers l’orient, qu’il s’asseye en pieuse présence sur l’herbe sacrée kuśa ; et, purifié par trois disciplines du souffle, il devient alors apte à proférer la syllabe Oṃ.
Verse 45
ब्राह्मणः प्रणवं कुर्यादंतेऽपि विधिवद्द्विजाः । कुर्यादध्यापनं नित्यं सब्रह्मांजलिपूर्वतः
Qu’un brāhmaṇa profère selon la règle le praṇava (Oṃ) même à la conclusion (de la récitation ou du rite), ô deux-fois-nés. Qu’il enseigne aussi le Veda chaque jour, en commençant les mains jointes, en révérence à Brahman.
Verse 46
सर्वेषामेव भूतानां वेदश्चक्षुः सनातनः । अधीयीताप्ययं नित्यं ब्राह्मण्याद्धीयतेऽन्यथा
Pour tous les êtres, le Veda est l’œil éternel. Bien qu’il doive être étudié chaque jour, il n’est compris avec justesse que par la discipline brahmanique ; autrement, on le saisit de manière déformée.
Verse 47
अधीयीत ऋचो नित्यं क्षीराहुत्या सदेवताः । प्रीणाति तर्पयन्कालं कामैर्हूताः सदैवताः
Qu’il récite régulièrement les hymnes du Ṛgveda. Par des offrandes de lait, on honore les divinités ; et en les satisfaisant au moment prescrit, ces divinités toujours présentes—invitées par les offrandes désirées—se réjouissent.
Verse 48
यजूंष्यधीते नियतं दध्ना प्रीणाति देवताः । सामान्यधीते प्रीणाति घृताहुतिभिरन्वहम्
Celui qui étudie régulièrement le Yajurveda réjouit les divinités par des offrandes de caillé (dahi). Et celui qui étudie le Sāmaveda les réjouit chaque jour par des oblations de ghee (beurre clarifié).
Verse 49
अथर्वांगिरसो नित्यं मध्वा प्रीणाति देवताः । धर्मांगानि पुराणानि मांसैस्तर्पयतेसुरान्
La tradition Atharvāṅgiras réjouit sans cesse les dieux par le miel ; et les Purāṇa, membres du Dharma, rassasient les divinités par des offrandes de viande.
Verse 50
प्रातश्च सायं प्रयतो नैत्यकं विधिमाश्रितः । गायत्रीं समधीयीत गत्वारण्यं समाहितः
Le matin et le soir, discipliné et purifié, s’attachant au rite quotidien prescrit, on doit réciter la Gāyatrī, après être allé en forêt (lieu paisible) et demeurer l’esprit recueilli.
Verse 51
सहस्रपरमां देवीं शतमध्यां दशावराम् । गायत्रीं वै जपेन्नित्यं जपयज्ञः प्रकीर्तितः
Chaque jour, qu’on répète la Déesse Gāyatrī—suprême en mille manières, établie au cœur du cent et la meilleure des dix ; une telle répétition est proclamée sacrifice sous la forme du japa, la récitation du mantra.
Verse 52
गायत्रीं चैव वेदांश्च तुलया तोलयत्प्रभुः । एकतश्चतुरोवेदा गायत्रीं च तथैकतः
Le Seigneur pesa sur une balance la Gāyatrī et les Veda : d’un côté se tenaient les quatre Veda, et de l’autre la seule Gāyatrī.
Verse 53
इति श्रीपाद्मे महापुराणे स्वर्गखंडे कर्मयोगकथनं । नाम त्रिपंचाशत्तमोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Padma Mahāpurāṇa, au sein du Svarga-khaṇḍa, s’achève le chapitre intitulé « L’enseignement du Karma-yoga », le cinquante-troisième.
Verse 54
पुराकल्पे समुत्पन्ना भूर्भुवः स्वः सनातनाः । महाव्याहृतयस्तिस्रः सर्वाशुभनिबर्हणाः
Dans un âge ancien surgirent les trois grandes proférations éternelles—Bhūr, Bhuvaḥ et Svaḥ ; ce sont les trois Mahāvyāhṛtis qui écartent toute infortune.
Verse 55
प्रधानं पुरुषः कालो विष्णुब्रह्ममहेश्वराः । सत्वंरजस्तमस्तिस्रः क्रमाद्व्याहृतयः स्मृताः
Pradhāna (la matière primordiale), Puruṣa (la Personne cosmique), le Temps, et les divinités Viṣṇu, Brahmā et Maheśvara—avec les trois guṇas, sattva, rajas et tamas—sont traditionnellement rappelés, dans l’ordre, comme les (sept) vyāhṛtis.
Verse 56
ओंकारस्तत्परं ब्रह्म सावित्री स्यात्तदुत्तरम् । एष मंत्रो महायोगः सारात्सार उदाहृतः
Oṃkāra est ce Brahman suprême ; après lui vient la Sāvitrī (Gāyatrī). Ce mantra est le grand Yoga, proclamé comme l’essence des essences.
Verse 57
योऽधीतेऽहन्यहन्येतां गायत्रीं वेदमातरम् । विज्ञायार्थं ब्रह्मचारी स याति परमां गतिम्
Le brahmacārin qui, jour après jour, récite cette Gāyatrī, Mère des Vedas, et en comprend le sens, atteint la suprême destinée.
Verse 58
गायत्री वेदजननी गायत्री लोकपावनी । गायत्र्या न परं जप्यमेतद्विज्ञायमुच्यते
Gāyatrī est la mère des Vedas ; Gāyatrī purifie les mondes. Rien n’est supérieur au japa de Gāyatrī ; le sachant, on est délivré.
Verse 59
श्रावणस्य तु मासस्य पौर्णमास्यां द्विजोत्तमाः । आषाढ्यां प्रोष्ठपद्यां वा वेदोपाकरणं स्मृतम्
Ô le meilleur des deux-fois-nés, le rite de reprise des Veda (vedopākaraṇa) est traditionnellement prescrit à la pleine lune du mois de Śrāvaṇa — ou bien à la pleine lune d’Āṣāḍha, ou encore à Proṣṭhapadī.
Verse 60
यत्सूर्ययाम्यगमनं मासान्विप्रोर्द्धपंचमान् । अधीयीत शुचौ देशे ब्रह्मचारी समाहितः
Pendant les mois que dure la marche méridionale du Soleil — cinq mois et demi — un brāhmaṇa doit étudier en un lieu pur, vivant en brahmacārin, recueilli, calme et vigilant.
Verse 61
पुष्ये तुच्छंदसां कुर्याद्बहिरुत्सर्जनं द्विजः । मासि शुक्लस्य वा प्राप्ते पूर्वाह्णे प्रथमेऽहनि
Sous la demeure lunaire Puṣya, le deux-fois-né doit accomplir l’évacuation au dehors ; de même, lorsque survient la quinzaine claire du mois, le premier jour, dans la matinée.
Verse 62
छदांसि च द्विजोऽभ्यस्येच्छुक्लपक्षे तु वै द्विजः । वेदांगानि पुराणानि कृष्णपक्षेषु मानवः
Dans la quinzaine claire, le deux-fois-né doit étudier les mètres védiques ; et dans la quinzaine sombre, l’homme doit étudier les Vedāṅga et les Purāṇa.
Verse 63
इमान्नित्यमनध्यायानधीयानो विवर्जयेत् । अध्यापनं च कुर्वाणोऽभ्यस्यन्नपि प्रयत्नतः
Celui qui s’adonne à l’étude védique doit toujours éviter ces périodes de non-récitation obligatoire (anadhyāya) ; même s’il enseigne ou s’exerce avec grand effort, qu’il s’en abstienne en ces temps-là.
Verse 64
कर्णश्रवेऽनिले रात्रौ दिवापांसुसमूहने । विद्युत्स्तनितवर्षेषु महोल्कानां च संप्लवे
Quand, la nuit, le vent rugit aux oreilles, quand, le jour, la poussière s’amasse en nuées, quand la pluie tombe avec éclairs et tonnerre, et quand de grands météores s’abattent en déluge—
Verse 65
अकालिकमनध्यायमेतेष्वाह प्रजापतिः । एतानभ्युदिनान्विद्याद्यदा प्रादुष्कृताग्निषु
Prajāpati a proclamé qu’en de telles circonstances il y a une interruption prématurée de l’étude védique (anadhyāya) ; et lorsque les feux sacrés ont été troublés ou souillés, il faut reconnaître ces jours comme des « abhyudina », jours d’observance particulière.
Verse 66
तदा विद्यादनध्यायमनृतौ चाभ्रदर्शने । निर्घाते भूमिचलने ज्योतिषां चोपसर्जने
En de tels temps, on doit observer l’anadhyāya : lors des saisons hors de leur terme et quand les nuages paraissent ; lors des coups de tonnerre, des tremblements de terre, et des troubles de mauvais augure dans les luminaires du ciel.
Verse 67
एतानकालिकान्विद्यादनध्यायानृतावपि । प्रादुष्कृतेष्वग्निषु च विद्युत्स्तनितनिस्वने
Qu’on les reconnaisse comme des motifs immédiats d’anadhyāya, même en la saison convenable : lorsque les feux s’embrasent dangereusement, et lorsque retentit le fracas des éclairs et du tonnerre.
Verse 68
सज्योतिः स्यादनध्यायः शेषे रात्रौ यथा दिवा । नित्यानध्याय एव स्याद्ग्रामेषु नगरेषु च
Quand l’éclair paraît, c’est temps d’anadhyāya ; de même, le reste de la nuit doit être tenu pour semblable au jour, et l’étude est suspendue. Dans les villages comme dans les cités, on doit aussi le considérer comme un anadhyāya constant.
Verse 69
धर्मनैपुण्यकामानां पूतिगंधे च नित्यशः । अंतः शवगतेग्रामे वृषलस्य च सन्निधौ
Ceux qui désirent l’habileté dans le dharma et le mérite ne doivent pas demeurer sans cesse au milieu d’une puanteur impure : dans un village souillé par des cadavres, ni dans la proche compagnie d’un vṛṣala (être vil et impur).
Verse 70
अनध्यायोरुद्यमाने समये जलदस्य च । उदके चार्धरात्रे च विण्मूत्रं च विसर्जयन्
On ne doit pas rejeter selles ni urine au temps d’anadhyāya (non-étude), au lever du soleil, lorsque les nuages sont présents, dans l’eau, ni à minuit.
Verse 71
उच्छिष्टः श्राद्धभुक्चैव मनसापि न चिंतयेत् । प्रतिगृह्य द्विजो विद्वानेकोद्दिष्टस्य वेतनम्
Même s’il est en état d’ucchiṣṭa (impureté due aux restes) et même s’il a mangé l’offrande de śrāddha, le brāhmane savant ne doit pas hésiter, fût-ce en pensée : l’ayant acceptée, qu’il prenne la dakṣiṇā donnée pour le rite ekoddiṣṭa (śrāddha pour un seul défunt).
Verse 72
त्र्यहं न कारयेद्ब्रह्म राज्ञो राहोश्च सूतके । यावदेकान्ननिष्ठा स्यात्स्नेहालोपश्च तिष्ठति
Pendant trois jours, on ne doit pas faire accomplir le Brahma-yajña (rites védiques) durant l’impureté (sūtaka) causée par la mort d’un roi ou de Rāhu, tant que se maintient l’observance de ne manger qu’un seul type de nourriture et que demeure l’abstinence (du contact affectueux).
Verse 73
विप्रस्य विदुषो देहे तावद्ब्रह्म न कीर्तयेत् । शयानः प्रौढपादश्च कृत्वा चैवावसक्थिकाम्
Tant que l’on se trouve en présence du corps d’un brāhmane savant, on ne doit pas réciter (le nom de) Brahmā, surtout si l’on est couché, les pieds étendus, ou dans une posture inconvenante.
Verse 74
नाधीयीतामिषं जग्ध्वा शूद्रश्राद्धान्नमेव च । नीहारे बाणशब्दे च संध्ययोरुभयोरपि
Qu’on n’étudie pas les Écritures sacrées après avoir mangé de la viande, ni après avoir pris la nourriture offerte au śrāddha d’un Śūdra. Qu’on n’étudie pas non plus dans le brouillard, au bruit d’une flèche, ni à l’un ou l’autre des deux sandhyā, à l’aube et au crépuscule.
Verse 75
अमावास्या चतुर्दश्योः पौर्णमास्यष्टमीषु च । उपाकर्मणि चोत्सर्गे त्रिरात्रं क्षपणं स्मृतम्
Au jour d’amāvasyā (nouvelle lune), au quatorzième tithi, à pūrṇimā (pleine lune) et au huitième tithi; et aussi lors d’Upākarman et d’Utsarga, il est prescrit une observance de trois nuits de jeûne ou de retenue expiatoire.
Verse 76
अष्टकासु अहोरात्रमृत्वंतासु च रात्रिषु । मार्गशीर्षे तथा पौषे माघमासे तथैव च
Durant les jours d’Aṣṭakā, jour et nuit; et durant les nuits qui marquent le tournant des saisons. De même, aux mois de Mārgaśīrṣa, de Pauṣa et aussi de Māgha.
Verse 77
तिस्रोऽष्टकाः समाख्याता कृष्णपक्षेषु सूरिभिः । श्लेष्मातकस्य च्छायायां शाल्मलेर्मधुकस्य च
Les sages ont déclaré qu’il y a trois Aṣṭakā dans les quinzaines sombres (kṛṣṇa-pakṣa). Elles doivent être observées à l’ombre du śleṣmātaka, du śālmali et aussi du madhuka.
Verse 78
कदाचिदपि नाध्येयं कोविदारकपित्थयोः । समानविद्ये च मृते तथा सब्रह्मचारिणि
Qu’on n’étudie jamais sous les arbres kovidāra et kapittha. De même, qu’on n’étudie pas lorsqu’un égal en science est mort, ni en présence d’un compagnon brahmacārin.
Verse 79
आचार्ये संस्थिते चापि त्रिरात्रं क्षपणं स्मृतम् । छिद्राण्येतानि विप्राणामनध्यायाः प्रकीर्तिताः
Même lorsque l’ācārya s’en est allé, une interruption de l’étude durant trois nuits est prescrite. Tels sont les « intervalles » des brāhmanes, appelés anadhyāya, où l’étude védique doit être suspendue.
Verse 80
हिंसंति राक्षसास्तेषु तस्मादेतान्विवर्जयेत् । नैत्यकेनास्त्यनध्यायः संध्योपासनमेव च
En ces circonstances, les Rākṣasas font du mal; c’est pourquoi il faut les éviter. Mais pour celui qui accomplit les rites quotidiens, il n’y a pas d’anadhyāya : seule doit être maintenue, en vérité, l’adoration de la sandhyā, la prière du crépuscule.
Verse 81
उपाकर्म्मणि होमांते होममध्ये तथैव च । एकामृचमथैकं वा यजुः सामानि वा पुनः
Lors du rite d’Upākarman — à la fin de l’oblation comme aussi au milieu de l’oblation — on doit réciter un seul verset du Ṛk, ou bien une seule formule du Yajus, ou encore des chants du Sāman.
Verse 82
नाष्टकाद्यास्वधीयीत मारुते चाभिधावति । अनध्यायस्तु नांगेषु नेतिहासपुराणयोः
On ne doit pas étudier durant l’Aṣṭakā et les observances semblables, ni lorsque souffle un vent violent. Toutefois, cette règle d’anadhyāya ne s’applique pas aux aṅgas, les disciplines auxiliaires, ni aux Itihāsas et aux Purāṇas.
Verse 83
न धर्मशास्त्रेष्वन्येषु सर्वाण्येतानि वर्जयेत् । एष धर्मः समासेन कीर्तितो ब्रह्मचारिणः
Dans les autres Dharmaśāstras aussi, il est prescrit d’éviter tout cela. Ainsi, en bref, a été énoncé le dharma, le devoir, du brahmacārin, l’étudiant voué à la continence.
Verse 84
ब्रह्मणाऽभिहितः पूर्वमृषीणां भावितात्मनाम् । योऽन्यत्र कुरुते यत्नमनधीत्य श्रुतिं द्विजः
Autrefois, Brahmā l’enseigna aux ṛṣi au mental maîtrisé : tout « deux-fois-né » qui, sans étudier la Śruti, s’efforce ailleurs, s’égare.
Verse 85
स संमूढो न संभाष्यो वेदबाह्यो द्विजातिभिः । न वेदपाठमात्रेण संतुष्टो वै भवेद्द्विजः
Un tel homme, égaré, ne doit pas être fréquenté par les deux-fois-nés ; il est tenu pour hors du Veda. En vérité, un dvija ne doit pas se satisfaire de la seule récitation du Veda.
Verse 86
पाठमात्रावसानस्तु पंके गौरिव सीदति । योऽधीत्य विधिवद्वेदं वेदार्थं न विचारयेत्
Mais celui qui s’arrête à la seule récitation s’enlise dans la boue, tel une vache prise au bourbier : celui qui, après avoir étudié le Veda selon la règle, n’en médite pas le sens.
Verse 87
स संमूढः शूद्रकल्पः पात्रतां न प्रपद्यते । यदित्वात्यंतिकं वासं कर्तुमिच्छति वै गुरौ
Cet égaré, se conduisant comme un Śūdra, n’accède pas à l’aptitude (à recevoir l’enseignement sacré). Pourtant, s’il souhaite demeurer définitivement auprès du Guru,
Verse 88
युक्तः परिचरेदेनमाशरीरविमोक्षणम् । गत्वा वनं च विधिवज्जुहुयाज्जातवेदसम्
Avec maîtrise, qu’il le serve jusqu’à la délivrance du corps ; puis, allant en forêt, qu’il offre selon la règle les oblations à Jātavedas (Agni).
Verse 89
अधीयीत तथा नित्यं ब्रह्मनिष्ठः समाहितः । सावित्रीं शतरुद्रीयं वेदांतांश्च विशेषतः । अभ्यसेत्सततं युक्तो भिक्षाशनपरायणः
Qu’il étudie chaque jour, établi dans Brahman et l’esprit recueilli. Qu’il s’exerce sans cesse, surtout, à la Sāvitrī (Gāyatrī), au Śatarudrīya et, tout particulièrement, aux enseignements du Vedānta, demeurant discipliné et ne vivant que d’aumônes pour sa nourriture.
Verse 90
एतद्विधानं परमं पुराणं वेदागमे सम्यगिहोदितं वः । पुरा महर्षिप्रवराभिपृष्टः स्वायंभुवो यन्मनुराह देवः
Ce Purāṇa suprême, avec ses prescriptions, vous a été ici exposé avec justesse selon le Veda et la tradition sacrée : celui-là même que jadis le divin Svāyambhuva Manu énonça, interrogé par les plus éminents des grands sages.