Adhyaya 18
Srishti KhandaAdhyaya 18473 Verses

Adhyaya 18

Brahmā’s Puṣkara Sacrifice and the Manifestation of Sarasvatī (with Tīrtha-Merit Teachings)

Le PP.1.18 s’ouvre sur l’émerveillement de Bhīṣma devant la consécration de Gāyatrī, puis Pulastya raconte le yajña primordial de Brahmā à Puṣkara au temps du Kṛta-yuga. Une vaste assemblée divine est énumérée—ṛṣi, Āditya, Rudra, Vasu, Marut, Nāga, Gandharva et Apsaras—faisant de Puṣkara un théâtre rituel à l’échelle cosmique. Le chapitre se tourne ensuite vers la théologie du tīrtha : la manifestation de Sarasvatī en cinq courants à Puṣkara (Suprabhā et d’autres noms), et les mérites du bain sacré, du dāna et du śrāddha, surtout à Jyeṣṭha-Puṣkara/Jyeṣṭhakuṇḍa, avec les règles de pradakṣiṇā et d’offrandes. S’y entremêlent l’épisode de Maṅkaṇaka, où Mahādeva/Rudra intervient et bénit son ascèse, et la mission mythique où Sarasvatī, fille de Brahmā, transporte le Vaḍavāgni vers l’océan occidental, en dialogue avec Gaṅgā. Enfin, le texte amorce le récit enchâssé « Nandā », orienté vers une leçon sur les vœux, la vérité et la dévotion maternelle.

Shlokas

Verse 1

भीष्मौवाच । अत्यद्भुतमिदं ब्रह्मन्श्रुतवानस्मि तत्त्वतः । अभिषेकं तु गायत्र्याः सदस्यत्र तथा कृतम्

Bhīṣma dit : «Ô brahmane, je l’ai entendu en vérité tel qu’il est. C’est prodigieusement merveilleux : qu’ici même, dans cette assemblée, l’abhiṣeka, le rite de consécration de Gāyatrī, ait été accompli».

Verse 2

विरोधं चैव सावित्र्या शापदानं तथा कृतम् । विष्णुना च यथा देवी सर्वस्थानेषु कीर्तिता

Et l’on raconte de même son conflit avec Sāvitrī et la manière dont la malédiction fut prononcée ; et aussi comment la Déesse fut célébrée par Viṣṇu en tous lieux.

Verse 3

गायत्री चापि रुद्रेण स्तुता च वरवर्णिनी । तं श्रुत्वा प्रतिमात्मानं विस्तरेण पितामहम्

Et Gāyatrī aussi, à la beauté exquise, fut louée par Rudra. L’ayant entendu, le Grand-Père (Brahmā), dont l’être est la forme archétypale, parla longuement.

Verse 4

प्रहृष्टानि च रोमाणि प्रशांतं च मनो मम । श्रुत्वा मे परमा प्रीतिः कौतूहलमथैव हि

Mes poils se hérissent et mon esprit s’apaise. En entendant cela, je suis rempli d’une joie suprême—et, certes, d’une grande curiosité aussi.

Verse 5

नारायणस्तु भगवान्कृत्वा तां परमां च वै । ब्रह्मपत्न्याः स्तुतिं भक्त्या न्यस्यतां पर्वतोपरि

Alors le Seigneur bienheureux Nārāyaṇa, ayant composé en vérité cet hymne suprême, déposa avec dévotion, en toute révérence, la louange de l’épouse de Brahmā au sommet de la montagne.

Verse 6

उवाच वचनं विष्णुस्तुष्टिपुष्टिप्रदायकम् । श्रीमति ह्रीमती चैव या च देवीश्वरी तथा

Viṣṇu prononça des paroles qui donnent satisfaction et nourriture, s’adressant à Śrīmatī, à Hrīmatī, et aussi à celle qui est pareillement la Déesse souveraine.

Verse 7

एतदेव श्रुतं ब्रह्मंस्तव वक्त्राद्विनिःसृतम् । उत्तरं तत्र यद्भूतं यच्च तस्मिन्स्थले कृतम्

«C’est bien cela que j’ai entendu, ô Brahmā, tel que cela est sorti de ta propre bouche. Dis-moi maintenant ce qui advint ensuite là-bas, et ce qui fut accompli en ce lieu.»

Verse 8

आनुपूर्व्या च तत्सर्वं भगवान्वक्तुमर्हति । श्रुतेन मे देहशुद्धिर्भविष्यति न संशयः

Que le Seigneur bienheureux daigne tout exposer dans l’ordre convenable ; en l’entendant, mon corps sera purifié—sans aucun doute.

Verse 9

पुलस्त्य उवाच । यजतः पुष्करे तस्य देवस्य परमेष्ठिनः । शृणुराजन्निदं चित्रं पूर्वमेव यथाकृतम्

Pulastya dit : «Ô roi, écoute ce récit merveilleux—tel qu’il fut accompli jadis—lorsque le dieu Parameṣṭhin (Brahmā) célébrait le sacrifice à Puṣkara.»

Verse 10

आदौ कृतयुगे तस्मिन्यजमाने पितामहे । मरीचिरंगिराश्चैव पुलस्त्यः पुलहः क्रतुः

Au commencement, en ce Kṛta Yuga, lorsque l’Aïeul (Brahmā) accomplissait le sacrifice, étaient présents Marīci et Aṅgiras, ainsi que Pulastya, Pulaha et Kratu.

Verse 11

दक्षः प्रजापतिश्चैव नमस्कारं प्रचक्रिरे । विद्योतमानाः पुरुषाः सर्वाभरणभूषिताः

Dakṣa et le Prajāpati offrirent eux aussi leurs salutations révérencieuses. Les hommes, éclatants de lumière, étaient parés de tous les ornements.

Verse 12

उपनृत्यंति देवेशं विष्णुमप्सरसां गणाः । ततो गंधर्वतूर्यैस्तु प्रतिनंद्य विहायसि

Des troupes d’Apsaras dansent devant Viṣṇu, Seigneur des dieux ; puis, dans le ciel, elles l’acclament au son des instruments des Gandharvas.

Verse 13

बहुभिः सह गंधर्वैः प्रगायति च तुंबरुः । महाश्रुतिश्चित्रसेन ऊर्णायुरनघस्तथा

Avec de nombreux Gandharvas, Tumburu élève son chant ; et sont présents aussi Mahāśruti, Citraseṇa, Ūrṇāyu, ainsi que l’irréprochable Anagha.

Verse 14

गोमायुस्सूर्यवर्चाश्च सोमवर्चाश्च कौरव । युगपच्च तृणायुश्च नंदिश्चित्ररथस्तथा

Ô Kaurava, il y avait aussi Gomāyu, Sūryavarcā et Somavarcā ; de même Yugapat, Tṛṇāyu, Nandi, et aussi Citraratha.

Verse 15

त्रयोदशः शालिशिराः पर्जन्यश्च चतुर्दशः । कलिः पंचदशश्चात्र तारकश्चात्र षोडशः

Ici, le treizième est Śāliśira ; le quatorzième est Parjanya ; le quinzième ici est Kali ; et le seizième ici est Tāraka.

Verse 16

हाहाहूहूश्च गंधर्वो हंसश्चैव महाद्युतिः । इत्येते देवगंधर्वा उपगायंति ते विभुम्

Le Gandharva Hāhāhūhū, et Haṁsa aussi, d’un éclat immense : ainsi ces Gandharvas divins chantent la louange de ce Seigneur suprême.

Verse 17

तथैवाप्सरसो दिव्या उपनृत्यंति तं विभुं । धातार्यमा च सविता वरुणोंशो भगस्तथा

De même, les Apsaras divines dansaient au service de ce Seigneur puissant ; et Dhātā, Aryamā, Savitṛ, Varuṇa, Aṃśa et Bhaga lui rendaient aussi hommage.

Verse 18

इंद्रो विवस्वान्पूषा च त्वष्टा पर्जन्य एव च । इत्येते द्वादशादित्या ज्वलंतो दीप्ततेजसः

Indra, Vivasvān (le Soleil), Pūṣan, Tvāṣṭṛ, et Parjanya aussi : tels sont (parmi) les douze Ādityas, flamboyants d’une splendeur éclatante.

Verse 19

चक्रुरस्मिन्सुरेशाश्च नमस्कारं पितामहे । मृगव्याधश्च शर्वश्च निरृतिश्च महायशाः

Alors les seigneurs des dieux offrirent leur prosternation à Pitāmaha (Brahmā). Et Mṛgavyādha, Śarva, ainsi que l’illustre Nirṛti, lui rendirent aussi hommage.

Verse 20

अजैकपादहिर्बुध्न्यः पिनाकी चापराजितः । भवो विश्वेश्वरश्चैव कपर्दी च विशांपते

Ô seigneur des êtres, il est Ajaikapād et Ahirbudhnya ; le porteur de Pināka ; l’Invaincu ; Bhava ; Viśveśvara, Seigneur de l’univers ; et aussi Kapardī.

Verse 21

स्थाणुर्भगश्च भगवान्रुद्रास्तत्रावतस्थिरे । अश्विनौ वसवश्चाष्टौ मरुतश्च महाबलाः

Là, Sthāṇu, Bhaga et les vénérables Rudras prirent place. Les deux Aśvins, les huit Vasus et les puissants Maruts se tinrent aussi présents.

Verse 22

विश्वेदेवाश्च साध्याश्च तस्मै प्रांजलयः स्थिताः । शेषाद्यास्तु महानागा वासुकिप्रमुखाहयः

Les Viśvedevas et les Sādhyas se tinrent devant lui, les mains jointes en signe de révérence ; et les grands Nāgas aussi — à commencer par Śeṣa — ainsi que les serpents conduits par Vāsuki.

Verse 23

काश्यपः कंबलश्चापि तक्षकश्च महाबलः । एते नागा महात्मानस्तस्मै प्रांजलयः स्थिताः

Kāśyapa, Kambala et Takṣaka, d’une grande puissance : ces nobles Nāgas se tinrent devant lui, les mains jointes en révérence.

Verse 24

तार्क्ष्यश्चारिष्टनेमिश्च गरुडश्च महाबलः । वारुणिश्चैवारुणिश्च वैनतेया व्यवस्थिताः

Tārkṣya, Ariṣṭanemi, et Garuḍa le très puissant, ainsi que Vāruṇi et Aruṇi : ces Vainateya demeurèrent en poste, prêts à agir.

Verse 25

नारायणश्च भगवान्स्वयमागत्य लोकवान् । प्राह लोकगुरुं श्रीमान्सहसर्वैर्महर्षिभिः

Alors Nārāyaṇa, le Seigneur Bienheureux, vint là en personne, lui dont la renommée est grande ; et le Seigneur glorieux s’adressa au maître des mondes, en présence de tous les grands ṛṣi.

Verse 26

त्वया ततमिदं सर्वं त्वया सृष्टं जगत्पते । तस्माल्लोकेश्वरश्चासि पद्मयोने नमोस्तु ते

Par toi tout ceci est pénétré ; par toi l’univers a été créé, ô Seigneur du monde. Ainsi es-tu vraiment le Seigneur des mondes. Ô né du lotus, salutations à toi.

Verse 27

यदत्र ते मया कार्यं कर्तव्यं च तदादिश । एवं प्रोवाच भगवान्सार्धं देवर्षिभिः प्रभुः

«Quelle que soit l’œuvre que je doive accomplir ici pour toi—quel que soit le devoir à remplir—ordonne-le.» Ainsi parla le Seigneur Bienheureux, le Maître, avec les deva-ṛṣi.

Verse 28

नमस्कृत्य सुरेशाय ब्रह्मणेऽव्यक्तजन्मने । स च तत्रस्थितो ब्रह्मा तेजसा भासयन्दिशः

S’étant prosterné devant le Seigneur des dieux—Brahmā, dont la naissance est non manifestée—Brahmā demeura là, illuminant les directions de son éclat.

Verse 29

श्रीवत्सलोमसंच्छन्नो हेमसूत्रेण राजता । सुरर्षिप्रतिमः श्रीमान्स्वयंभूर्भूतभावनः

Couvert du signe de Śrīvatsa et brillant d’un fil d’or, il paraissait tel un ṛṣi céleste—splendide, né de lui-même, et nourricier de tous les êtres.

Verse 30

शुचिरोमा महावक्षाः सर्वतेजोमयः प्रभुः । यो गतिः पुण्यशीलानामगतिः पापकर्मणां

Le Seigneur—aux cheveux purs, à la vaste poitrine, tout entier fait de splendeur—est le refuge des vertueux; et pour ceux qui commettent le péché, il n’est point de refuge.

Verse 31

योगसिद्धा महात्मानो यं विदुर्लोकमुत्तमं । यस्याष्टगुणमैश्वर्यं यमाहुर्देवसत्तमम्

Les grandes âmes accomplies dans le yoga le connaissent comme le monde suprême; lui dont la souveraineté est octuple est proclamé le plus excellent parmi les devas.

Verse 32

यं प्राप्य शाश्वतं विप्रा नियता मोक्षकांक्षिणः । जन्मनो मरणाच्चैव मुच्यंते योगभाविताः

L’ayant atteint, Lui l’Éternel, ô brāhmaṇas, les chercheurs de mokṣa, disciplinés et mûris par le yoga, sont délivrés de la naissance comme de la mort.

Verse 33

यदेतत्तप इत्याहुः सर्वाश्रमनिवासिनः । सेवंसेवं यताहारा दुश्चरं व्रतमास्थिताः

C’est bien cela que tous ceux qui demeurent dans chaque āśrama appellent « tapas » (austérité) : vivre d’une nourriture mesurée, servir encore et encore, et prendre sur soi un vœu difficile.

Verse 34

योनंत इति नागेषु प्रोच्यते सर्वयोगिभिः । सहस्रमूर्द्धा रक्ताक्षः शेषादिभिरनुत्तमैः

Parmi les Nāgas, tous les yogin le proclament “Yonanta” ; aux mille têtes et aux yeux rouges, il est le Suprême, le plus éminent parmi Śeṣa et les autres serpents exaltés.

Verse 35

यो यज्ञ इति विप्रेंद्रैरिज्यते स्वर्गलिप्सुभिः । नानास्थानगतिः श्रीमानेकः कविरनुत्तमः

Celui que les plus éminents brāhmaṇa, désireux du ciel, vénèrent comme « Yajña » (le Sacrifice), est l’Unique, le Glorieux, le Sage sans égal, qui chemine à travers de multiples demeures et états d’existence.

Verse 36

यं देवं वेत्ति वेत्तारं यज्ञभागप्रदायिनं । वृषाग्निसूर्यचंद्राक्षं देवमाकाशविग्रहं

Quiconque connaît en vérité ce Dieu — le Connaisseur omniscient, dispensateur des parts du sacrifice — dont les yeux sont le Taureau, le Feu, le Soleil et la Lune ; ce Deva dont la forme est semblable au ciel, pénétrant tout.

Verse 37

तं प्रपद्यामहे देवं भगवन्शरणार्थिनः । शरण्यं शरणं देवं सर्वदेवभवोद्भवं

En quête d’asile auprès du Seigneur Bienheureux, nous nous abandonnons à ce Dieu — refuge de tous — Lui qui est le Refuge même, et de qui procède l’existence de tous les dieux.

Verse 38

ऋषीणां चैव स्रष्टारं लोकानां च सुरेश्वरं । प्रियार्थं चैव देवानां सर्वस्य जगतः स्थितौ

Il est le créateur des ṛṣi et le Seigneur des mondes, le Souverain des devas, établi pour l’aimable dessein des dieux et pour le maintien stable de l’univers tout entier.

Verse 39

कव्यं पितॄणामुचितं सुराणां हव्यमुत्तमं । येन प्रवर्तितं सर् तं नतास्मस्सुरोत्तमं

L’offrande (kavya) qui convient aux Pitṛs et l’oblation suprême (havya) destinée aux dieux—celui par qui tout cela fut mis en marche : devant ce meilleur des dieux, nous nous inclinons.

Verse 40

त्रेताग्निना तु यजता देवेन परमेष्ठिना । यथासृष्टिः कृता पूर्वं यज्ञसृष्टिस्तथा पुनः

Mais lorsque le dieu Parameṣṭhin (Brahmā) accomplit le sacrifice avec les trois feux sacrés, alors—comme la création avait été faite jadis—une création naquit de nouveau par le sacrifice.

Verse 41

तथा ब्रह्माप्यनंतेन लोकानां स्थितिकारिणा । अन्वास्यमानो भगवान्वृद्धोप्यथ च बुद्धिमान्

Ainsi Brahmā—bien qu’âgé, pourtant sage—était servi par Ananta, le Bienheureux qui maintient la stabilité des mondes.

Verse 42

यज्ञवाटमचिंत्यात्मा गतस्तत्र पितामहः । धनाढ्यैरृत्विजैः पूर्णं सदस्यैः परिपालितम्

Alors Pitāmaha (Brahmā), dont la nature est inconcevable, se rendit à cette enceinte sacrificielle, remplie de prêtres officiants (ṛtvij) fortunés et soigneusement gardée par les membres assemblés du conseil rituel.

Verse 43

गृहीतचापेन तदा विष्णुना प्रभविष्णुना । दैत्यदानवराजानो राक्षसानां गणाः स्थिताः

Alors, lorsque Viṣṇu—le Puissant, le Tout-dominant—saisit son arc, les rois des Daityas et des Dānavas, avec les troupes de Rākṣasas, se tinrent en ordre, prêts au combat.

Verse 44

आत्मानमात्मना चैव चिंतयामास वै द्रुतं । चिंतयित्वा यथातत्वं यज्ञं यज्ञः सनातनः

Alors le Yajña éternel—le Seigneur, incarnation du sacrifice—se contempla promptement Lui-même par le Soi; et, ayant médité selon la réalité véritable, Il conçut le yajña dans son essence.

Verse 45

वरणं तत्र भगवान्कारयामास ऋत्विजाम् । भृग्वाद्या ऋत्विजश्चापि यज्ञकर्मविचक्षणाः

Là, le Bhagavān fit procéder au choix des ṛtvij, les prêtres officiants—Bhṛgu et les autres—habiles et avisés dans les actes du yajña.

Verse 46

चक्रुर्बह्वृचमुख्यैश्च प्रोक्तं पुण्यं यदक्षरं । शुश्रुवुस्ते मुनिश्रेष्ठा वितते तत्र कर्मणि

Ils accomplirent le rite, et les premiers parmi les prêtres Bahvṛc récitèrent les syllabes sacrées et méritoires. Les meilleurs des sages écoutèrent tandis que l’acte rituel s’y déployait pleinement.

Verse 47

यज्ञविद्या वेदविद्या पदक्रमविदां तथा । घोषेण परमर्षीणां सा बभूव निनादिना

Elle devint la science sacrée du yajña, la science des Veda, et aussi l’art de ceux qui connaissent la récitation mot à mot et selon l’ordre; retentissant du chant puissant et résonnant des ṛṣi suprêmes.

Verse 48

यज्ञसंस्तरविद्भिश्च शिक्षाविद्भिस्तथा द्विजैः । शब्दनिर्वचनार्थज्ञैः सर्वविद्याविशारदैः

—par ceux qui connaissent l’agencement du yajña, par les brāhmaṇa dvija versés en śikṣā (phonétique), par les experts des dérivations et du sens des mots, et par ceux qui excellent en toutes les disciplines du savoir.

Verse 49

मीमांसा हेतुवाक्यज्ञैः कृता नानाविधा मुखे । तत्र तत्र च राजेंद्र नियतान्संशितव्रतान्

Ô roi, les débats de Mīmāṁsā, multiples en leurs formes, sont élaborés par ceux qui connaissent la raison et les énoncés d’argumentation ; et, en maints lieux, l’on voit des hommes de discipline, fermes dans leurs vœux, observant des observances réglées.

Verse 50

जपहोमपरान्मुख्यान्ददृशुस्तत्रवै द्विजान् । यज्ञभूमौ स्थितस्तस्यां ब्रह्मा लोकपितामहः

Là, ils virent en vérité les plus éminents des deux-fois-nés, les brāhmanes, voués au japa et aux oblations au feu ; et, sur ce terrain sacrificiel, se tenait Brahmā, le Pitāmaha, père des mondes.

Verse 51

सुरासुरगुरुः श्रीमान्सेव्यमानः सुरासुरैः । उपासते च तत्रैनं प्रजानां पतयः प्रभुं

Là, l’illustre Seigneur, maître des dieux et des asuras, servi et honoré par devas et asuras tout ensemble, est adoré ; et les seigneurs des créatures eux aussi révèrent ce Souverain, le Puissant.

Verse 52

दक्षो वसिष्ठः पुलहो मरीचिश्च द्विजोत्तमः । अंगिरा भृगुरत्रिश्च गौतमो नारदस्तथा

Ô le meilleur des deux-fois-nés, s’y trouvaient Dakṣa, Vasiṣṭha, Pulaha et Marīci ; ainsi qu’Aṅgiras, Bhṛgu, Atri, Gautama, et de même Nārada.

Verse 53

विद्यामानमंतरिक्षं वायुस्तेजो जलं मही । शब्दः स्पर्शश्च रूपं च रसो गंधस्तथैव च

Là se trouvent la connaissance et l’espace intermédiaire (éther), l’air, le feu, l’eau et la terre ; et de même le son, le toucher, la forme, la saveur et l’odeur.

Verse 54

विकृतश्च विकारश्च यच्चान्यत्कारणं महत् । ऋग्यजुः सामाथर्वाख्या वेदाश्चत्वार एव च

La forme manifestée et ses transformations, et tout autre grand principe causal ; de même, les Veda ne sont que quatre, nommés Ṛg, Yajus, Sāma et Atharva.

Verse 55

शब्दः शिक्षा निरुक्तं च कल्पश्च्छंदः समन्विताः । आयुर्वेद धनुर्वेदौ मीमांसा गणितं तथा

Sont compris śabda (grammaire), śikṣā (phonétique), nirukta (étymologie), kalpa (procédure rituelle) et chandas (métrique) ; de même l’Ayurveda, le Dhanurveda, la Mīmāṃsā et aussi les mathématiques.

Verse 56

हस्त्यश्वज्ञानसहिता इतिहाससमन्विताः । एतैरंगैरुपांगैश्च वेदाः सर्वे विभूषिताः

Avec la connaissance des éléphants et des chevaux, et accompagnés des Itihāsa (récits traditionnels), tous les Veda sont parés de ces membres et sous-membres.

Verse 57

उपासते महात्मानं सहोंकारं पितामहं । तपश्च क्रतवश्चैव संकल्पः प्राण एव च

Ils vénèrent le grand Pitāmaha (Brahmā) avec la syllabe sacrée Oṃ ; et ils vénèrent aussi l’ascèse (tapas), les sacrifices (kratu), la ferme intention (saṅkalpa) et, certes, le souffle vital (prāṇa).

Verse 58

एते चान्ये च बहवः पितामहमुपस्थिताः । अर्थो धर्मश्च कामश्च द्वेषो हर्षश्च सर्वदा

Ceux-ci et bien d’autres se tinrent en présence du Grand-Père (Brahmā) : la prospérité (artha), la droiture (dharma), le désir (kāma), la haine et la joie, toujours présents.

Verse 59

शुक्रो बृहस्पतिश्चैव संवर्तो बुध एव च । शनैश्चरश्च राहुश्च ग्रहाः सर्वे तथैव च

De même se tiennent Śukra (Vénus), Bṛhaspati (Jupiter), Saṃvarta, Budha (Mercure), ainsi que Śanaiścara (Saturne) et Rāhu ; oui, tous les grahas, ces puissances célestes, pareillement.

Verse 60

मरुतो विश्वकर्मा च पितरश्चापि भारत । दिवाकरश्च सोमश्च ब्रह्माणं पर्युपासते

Ô Bhārata, les Maruts, Viśvakarmā et les Pitṛs (Ancêtres), ainsi que le Soleil et la Lune, tous rendent un culte révérencieux à Brahmā.

Verse 61

गायत्री दुर्गतरणी वाणी सप्तविधा तथा । अक्षराणि च सर्वाणि नक्षत्राणि तथैव च

Gāyatrī, celle qui fait franchir les épreuves ; Vāṇī, la Parole en sa forme septuple ; toutes les lettres ; et de même tous les nakṣatras, demeures lunaires.

Verse 62

भाष्याणि सर्वशास्त्राणि देहवंति विशांपते । क्षणा लवा मुहूर्ताश्च दिनं रात्रिस्तथैव च

Ô seigneur des hommes, il y a les bhāṣyas (commentaires) et tous les śāstras ; il y a aussi les êtres incarnés ; et de même les mesures du temps—instants, moments, muhūrtas—ainsi que le jour et la nuit.

Verse 63

अर्द्धमासाश्च मासाश्च क्रतवः सर्व एव च । उपासते महात्मानं ब्रह्माणं दैवतैः सह

Les quinzaines et les mois, et certes tous les kratus, les rites sacrificiels, rendent un culte au grand-souffle Brahmā avec les dieux.

Verse 64

अन्याश्च देव्यः प्रवरा ह्रीः कीर्तिर्द्युतिरेव च । प्रभा धृतिः क्षमा भूतिर्नीतिर्विद्या मतिस्तथा

Et encore d’autres déesses éminentes : Hrī (Pudeur), Kīrti (Renommée) et Dyuti (Splendeur) ; Prabhā (Rayonnement), Dhṛti (Fermeté), Kṣamā (Patience), Bhūti (Prospérité) ; Nīti (Droiture), Vidyā (Savoir) et aussi Mati (Intelligence).

Verse 65

श्रुतिः स्मृतिस्तथा क्षांतिः शांतिः पुष्टिस्तथा क्रिया । सर्वाश्चाप्सरसो दिव्या नृत्यगीतविशारदाः

Il y avait aussi Śruti et Smṛti, ainsi que Kṣānti (patience), Śānti (paix), Puṣṭi (nourrissement) et Kriyā (acte sacré). Et toutes les Apsaras célestes—nymphes divines—étaient expertes en danse et en chant.

Verse 66

उपतिष्ठंति ब्रह्माणं सर्वास्ता देवमातरः । विप्रचित्तिः शिविः शंकुरयःशंकुस्तथैव च

Alors toutes ces Mères divines des dieux se tinrent auprès de Brahmā ; et vinrent aussi Vipracitti, Śivi, Śaṅku, et de même Ayaḥśaṅku.

Verse 67

वेगवान्केतुमानुग्रः सोग्रो व्यग्रो महासुरः । परिघः पुष्करश्चैव सांबोश्वपतिरेव च

Vinrent Vegavān, Ketumān, Ugra, Sogra, Vyagra, le grand Asura Mahāsura ; Parigha, et aussi Puṣkara, ainsi que Sāmbha et Aśvapati.

Verse 68

प्रह्लादोथ बलि कुंभः संह्रादो गगनप्रियः । अनुह्रादो हरिहरौ वराहश्च कुशो रजः

Il y avait aussi Prahlāda, Bali, Kumbha, Saṃhrāda et Gaganapriya ; ainsi qu’Anuhrāda, Hari et Hara, Varāha, Kuśa et Raja.

Verse 69

योनिभक्षो वृषपर्वा लिंगभक्षोथ वै कुरुः । निःप्रभः सप्रभः श्रीमांस्तथैव च निरूदरः

L’un devient dévoreur du sein maternel ; un autre, taureau aux jointures nouées ; et un autre, dévoreur du liṅga — ainsi, en vérité, ô Kuru. L’un devient sans éclat ; un autre, éclatant et comblé de fortune ; et de même un autre devient sans ventre.

Verse 70

एकचक्रो महाचक्रो द्विचक्रः कुलसंभवः । शरभः शलभश्चैव क्रपथः क्रापथः क्रथः

Ekacakra, Mahācakra, Dvicakra, et Kulasaṃbhava ; Śarabha et Śalabha ; et aussi Krapatha, Krāpatha et Kratha.

Verse 71

बृहद्वांतिर्महाजिह्वः शंकुकर्णो महाध्वनिः । दीर्घजिह्वोर्कनयनो मृडकायो मृडप्रियः

Il a la taille large, la langue immense, des oreilles de conque et une voix tonnante ; la langue longue, des yeux pareils au soleil, un corps doux, et il est cher à Mṛḍa (Śiva).

Verse 72

वायुर्गरिष्ठो नमुचिश्शम्बरो विज्वरो विभुः । विष्वक्सेनश्चंद्रहर्ता क्रोधवर्द्धन एव च

Vāyu, Gariṣṭha, Namuci, Śambara, Vijvara, Vibhu, Viṣvaksena, Candraharta, et aussi Krodhavardhana.

Verse 73

कालकः कलकांतश्च कुंडदः समरप्रियः । गरिष्ठश्च वरिष्ठश्च प्रलंबो नरकः पृथुः

Kālaka ; Kalakānta ; Kuṇḍada ; l’ami du combat ; le plus pesant ; le plus excellent ; Pralamba ; Naraka ; et Pṛthu.

Verse 74

इंद्रतापन वातापी केतुमान्बलदर्पितः । असिलोमा सुलोमा च बाष्कलि प्रमदो मदः

Indratāpana, Vātāpī, Ketumān, Baladarpita, Asilomā, Sulomā, Bāṣkali, Pramada et Mada : tels sont les noms qui furent énoncés.

Verse 75

सृगालवदनश्चैव केशी च शरदस्तथा । एकाक्षश्चैव राहुश्च वृत्रः क्रोधविमोक्षणः

Et il y avait encore Sṛgālavadana, Keśī, ainsi que Śarada ; puis Ekākṣa, Rāhu, Vṛtra et Krodha-vimokṣaṇa.

Verse 76

एते चान्ये च बहवो दानवा बलवर्द्धनाः । ब्रह्माणं पर्युपासंत वाक्यं चेदमथोचिरे

Ceux-ci, et bien d’autres Dānavas, accrus en puissance, se tinrent auprès de Brahmā dans l’attente respectueuse ; puis ils dirent ces paroles.

Verse 77

त्वया सृष्टाः स्म भगवंस्त्रैलोक्यं भवता हि नः । दत्तं सुरवरश्रेष्ठ देवेभ्यधिकाः कृताः

Ô Seigneur bienheureux, c’est toi qui nous as créés ; oui, par toi ce triple monde nous a été accordé. Ô le plus excellent des dieux, tu nous as rendus supérieurs même aux devas.

Verse 78

भगवन्निह किं कुर्मो यज्ञे तव पितामह । यद्धितं तद्वदास्माकं समर्थाः कार्यनिर्णये

Ô Seigneur, que devons-nous faire ici, dans ton yajña, ô Pitāmaha ? Dis-nous ce qui nous est salutaire ; nous sommes capables d’accomplir la décision en cette affaire.

Verse 79

किमेभिस्ते वराकैश्च अदितेर्गर्भसंभवैः । दैवतैर्निहतैः सर्वैः पराभूतैश्च सर्वदा

À quoi servent ces misérables fils qui sont tiens, nés du sein d’Aditi—des dieux tous abattus et toujours vaincus ?

Verse 80

पितामहोसि सर्वेषामस्माकं दैवतैः सह । तव यज्ञसमाप्तौ च पुनरस्मासु दैवतैः

Tu es l’aïeul primordial de nous tous, avec les dieux. Et lorsque ton sacrifice sera achevé, reviens encore vers nous avec les divinités.

Verse 81

श्रियं प्रति विरोधश्च भविष्यति न संशयः । इदानीं प्रेक्षणं कुर्मः सहिताः सर्वदानवैः

Il y aura assurément une opposition contre Śrī, la Fortune et la Prospérité ; il n’y a là aucun doute. Allons maintenant en être témoins, avec tous les Dānavas.

Verse 82

पुलस्त्य उवाच । सगर्वं तु वचस्तेषां श्रुत्वा देवो जनार्दनः । शक्रेण सहितः शंभुमिदमाह महायशाः

Pulastya dit : Entendant leurs paroles orgueilleuses, le divin Janārdana, illustre et renommé, accompagné de Śakra (Indra), adressa ces mots à Śambhu (Śiva).

Verse 83

विघ्नं प्रकर्तुं वै रुद्र आयाता दनुपुंगवाः । ब्रह्मणामंत्रिताश्चेह विघ्नार्थं प्रयतंति ते

En vérité, les plus éminents des Dānavas vinrent là pour susciter un obstacle—appelés par Rudra ; et, conviés par Brahmā en cette affaire, ils s’efforcent ici dans le dessein d’entraver.

Verse 84

अस्माभिस्तु क्षमाकार्या यावद्यज्ञः समाप्यते । समाप्ते तु क्रतावस्मिन्युद्धं कार्यं दिवौकसां

Nous devons patienter jusqu’à l’achèvement du saint yajña. Mais, le rite une fois accompli, les dieux doivent engager le combat.

Verse 85

यथानिर्दानवा भूमिस्तथा कार्यं त्वया विभो । जयार्थं चेह शक्रस्य भवता च मया सह

De même que la terre a été délivrée des Dānavas, de même dois-tu accomplir l’œuvre, ô Puissant : ici, pour la victoire de Śakra, toi avec moi.

Verse 86

द्विजानां परिवेष्टारो मरुतः परिकल्पिताः । दानवानां धनं यच्च गृहीत्वा तद्यजामहे

Les Maruts ont été établis comme serviteurs auprès des deux-fois-nés. Et la richesse des Dānavas que nous avons saisie, c’est avec elle que nous accomplissons ce sacrifice.

Verse 87

अत्रागतेषु विप्रेषु दुःखितेषु जनेष्विह । व्ययं तस्य करिष्यामो दासभावे निवेशिताः

Lorsque les brāhmaṇas et les gens affligés seront venus ici, nous—établis dans l’esprit de serviteurs—assumerons leur dépense.

Verse 88

वदंतमेवं तं विष्णुं ब्रह्मा वचनमब्रवीत् । एते दनुसुताः क्रुद्धा युष्माकं कोपनेप्सिताः

Tandis que Viṣṇu parlait ainsi, Brahmā lui adressa ces paroles : «Ces fils de Danu se sont courroucés et cherchent à susciter ta colère».

Verse 89

भवता च क्षमा कार्या रुद्रेण सह दैवतैः । कृते युगावसाने तु समाप्तिं चक्रतौ गते

Toi aussi, accorde le pardon, avec Rudra et les autres divinités, lorsque le Kṛta Yuga touche à sa fin et que le cycle parvient à son accomplissement.

Verse 90

मया च प्रेषिता यूयमेते च दनुपुंगवाः । संधिर्वा विग्रहो वापि सर्वैः कार्यस्तदैव हि

Je vous ai dépêchés, ainsi que ceux-ci, les plus illustres parmi les Dānavas ; aussi devez-vous tous, sur-le-champ, établir soit une alliance, soit la guerre.

Verse 91

पुलस्त्य उवाच । पुनस्तान्दानवान्ब्रह्मा वाक्यमाह स्वयंप्रभुः । दानवैर्न विरोधोत्र यज्ञे मम कथंचन

Pulastya dit : Alors le Seigneur Brahmā, l’Auto-né, s’adressa de nouveau à ces Dānavas : «Qu’il n’y ait ici aucun conflit avec les Dānavas dans mon yajña, en aucune circonstance».

Verse 92

मैत्रभावस्थिता यूयमस्मत्कार्ये च नित्यशः । दानवा ऊचुः । सर्वमेतत्करिष्यामः शासनं ते पितामह

Demeurez établis dans un esprit d’amitié et engagés sans cesse dans notre œuvre. Les Dānavas dirent : «Nous ferons tout cela ; tel est ton ordre, ô Pitāmaha (Aïeul)».

Verse 93

अस्माकमनुजा देवा भयं तेषां न विद्यते । पुलस्त्य उवाच । एतच्छुत्वा तदा तेषां परितुष्टः पितामहः

«Les dieux sont nos cadets ; ainsi, ils n’ont aucune crainte.» Pulastya dit : En entendant cela, le Pitāmaha (Brahmā) fut alors satisfait d’eux.

Verse 94

मुहूर्तं तिष्ठतां तेषामृषिकोटिरुपागता । श्रुत्वा पैतामहं यज्ञं तेषां पूजां तु केशवः

Tandis qu’ils demeuraient là un court moment, arriva un crore de ṛṣi. Ayant entendu parler du yajña primordial du Pitāmaha (Brahmā), Keśava (Viṣṇu) vint lui aussi pour recevoir leur culte.

Verse 95

आसनानि ददौ तेषां तदा देवः पिनाकधृत् । वसिष्ठोर्घं ददौ तेषां ब्रह्मणा परिचोदितः

Alors le Seigneur, porteur du Pināka (Śiva), leur donna des sièges ; et Vasiṣṭha, poussé par Brahmā, leur présenta l’arghya, l’offrande sacrée d’accueil.

Verse 96

गामर्घं च ततो दत्वा पृष्ट्वा कुशलमव्ययम् । निवेशं पुष्करे दत्वा स्थीयतामिति चाब्रवीत्

Puis, après avoir offert un présent respectueux et s’être enquis de leur bien-être inaltérable, il leur assigna un séjour à Puṣkara et dit : «Demeurez ici».

Verse 97

ततस्ते ऋषयः सर्वे जटाजिनधरास्तथा । शोभयंतः सरःश्रेष्ठं गङ्गामिव दिवौकसः

Alors tous ces ṛṣi, portant des cheveux en nattes et des vêtements d’écorce et de peau, ornèrent ce lac excellent, comme les habitants du ciel ornent la Gaṅgā.

Verse 98

मुंडाः काषायिणश्चैके दीर्घश्मश्रुधराः परे । विरलैर्दशनैः केचिच्चिपिटाक्षास्तथा परे

Les uns étaient rasés, et d’autres portaient la robe ocre (kaṣāya). D’autres avaient de longues barbes ; certains avaient des dents clairsemées, et d’autres, les yeux enfoncés.

Verse 99

बृहत्तनूदराः केपि केकराक्षास्तथापरे । दीर्घकर्णा विकर्णाश्च कर्णैश्च त्रुटितास्तथा

Les uns avaient un corps et un ventre immenses ; d’autres avaient les yeux louches ou déformés. Certains avaient de longues oreilles, d’autres des oreilles difformes, et d’autres encore des oreilles déchirées ou brisées.

Verse 100

दीर्घफाला विफालाश्च स्नायुचर्मावगुंठिताः । निर्गतं चोदरं तेषां मुनीनां भावितात्मनां

Les uns avaient de longs socs de charrue, d’autres n’en avaient point ; ils étaient enveloppés de nerfs et de peau, et le ventre de ces sages à l’âme maîtrisée faisait saillie au dehors.

Verse 101

दृष्ट्वा तु पुष्करं तीर्थं दीप्यमानं समंततः । तीर्थलोभान्नरव्याघ्र तस्य तीरे व्यवस्थिताः

Mais, voyant le tīrtha sacré de Puṣkara, rayonnant de toutes parts, ces hommes —ô tigre parmi les hommes—, par désir des lieux saints, se tinrent sur sa rive.

Verse 102

वालखिल्या महात्मानो ह्यश्मकुट्टास्तथापरे । दंतोलूखलिनश्चान्ये संप्रक्षालास्तथापरे

Là se trouvent les Vālakhilyas au grand esprit ; d’autres sont appelés Aśmakuṭṭas. D’autres encore sont connus sous le nom de Dantolūkhalins, et d’autres sous celui de Saṃprakṣālas.

Verse 103

वायुभक्षा जलाहाराः पर्णाहारास्तथापरे । नाना नियमयुक्ताश्च तथा स्थंडिलशायिनः

Les uns vivent en « se nourrissant d’air », d’autres ne subsistent que d’eau, et d’autres ne mangent que des feuilles. Certains observent maintes règles et austérités, et d’autres encore dorment sur le sol nu.

Verse 104

सरस्यस्मिन्मुखं दृष्ट्वा सुरूपास्याः क्षणादभुः । किमेतदिति चिंत्याथ निरीक्ष्य च परस्परम्

Voyant, dans ce lac, le visage de la femme à la beauté parfaite, ils furent aussitôt saisis de trouble. Pensant : « Qu’est-ce donc ? », ils se regardèrent alors les uns les autres, stupéfaits.

Verse 105

अस्मिंस्तीर्थे दर्शनेन मुखस्येह सुरूपता । मुखदर्शनमित्येव नाम कृत्वा तु तापसाः

En ce tīrtha sacré, par la seule contemplation du visage ici, le visage de l’homme devient beau en ce monde même. C’est pourquoi les ascètes lui donnèrent le nom de « Mukhadarśana », la Vision du Visage.

Verse 106

स्नाता नियमयुक्ताश्च सुरूपास्ते तदाभवन् । देवपुत्रोपमा जाता अनौपम्य गुणान्विताः

Après s’être baignés et s’être établis dans des observances de discipline, ils devinrent alors beaux de forme, semblables aux fils des devas, pourvus de vertus sans pareilles.

Verse 107

शोभमाना नरश्रेष्ठ स्थिताः सर्वे वनौकसः । यज्ञोपवीतमात्रेण व्यभजंस्तीर्थमंजसा

Ô meilleur des hommes, tous les sages demeurant en forêt se tinrent resplendissants, et par le seul port du yajñopavīta (cordon sacré) ils reconnurent aisément le tīrtha.

Verse 108

जुह्वतश्चाग्निहोत्राणि चक्रुश्च विविधाः क्रियाः । चिंतयंतो हि राजेंद्र तपसा दग्धकिल्बिषाः

Ils versèrent des oblations dans les feux sacrés et accomplirent divers rites ; et, ô roi des rois, ils demeurèrent en contemplation, leurs fautes ayant été consumées par l’austérité (tapas).

Verse 109

न यास्यामो परं तीर्थं ज्येष्ठभावेत्विदं सरः । ज्येष्ठपुष्करमित्येव नाम चक्रुर्द्विजातयः

«Nous n’irons vers aucun autre gué sacré ; dans sa prééminence, ce lac est le premier.» Ainsi les deux-fois-nés (brāhmanes) lui donnèrent le nom de « Jyeṣṭha-Puṣkara », le Puṣkara aîné et souverain.

Verse 110

तत्र कुब्जान्बहून्दृष्ट्वा स्थितांस्तीर्थसमीपतः । बभूवुर्विस्मितास्तत्र जना ये च समागताः

Là, voyant de nombreux bossus se tenir près du gué sacré (tīrtha), tous ceux qui s’y étaient rassemblés furent saisis d’étonnement.

Verse 111

दत्वा दानं द्विजातिभ्यो भांडानि विविधानि च । श्रुत्वा सरस्वतीं प्राचीं स्नातुकामा द्विजागताः

Après avoir offert des dons aux deux-fois-nés, avec des récipients de toutes sortes, et après avoir entendu parler de la Sarasvatī qui coule vers l’Orient, les brāhmanes, désireux de s’y baigner, vinrent en ce lieu.

Verse 112

सरस्वतीतीर्थवरा नानाद्विजगणैर्युता । बदरेंगुदकाश्मर्य प्लक्षाश्वत्थविभीतकैः

Ce tīrtha excellent de la Sarasvatī, fréquenté par d’innombrables assemblées de deux-fois-nés, est orné de badara, d’iṅgudaka, de kāśmarya, de plakṣa, d’aśvattha et de vibhītaka.

Verse 113

पौलोमैश्च पलाशैश्च करीरैः पीलुभिस्तथा । सरस्वतीतीर्थरुहैर्धन्वनैः स्यंदनैस्तथा

Et avec des arbres pauloma et des palāśa, des arbrisseaux karīra et aussi des pīlu ; de même avec la végétation sauvage qui croît autour des tīrthas de la Sarasvatī, ainsi qu’avec des étendues arides et des arbres syaṃdana.

Verse 114

कपित्थैः करवीरैश्च बिल्वैराम्लातकैस्तथा । अतिमुक्तकपंडैश्च पारिजातैश्च शोभिता

Il était paré d’arbres de kapittha (pomme de bois), de karavīra (lauriers-roses), de bilva et d’āmlātaka ; ainsi que de lianes et de grappes d’atimuktaka, et d’arbres de pārijāta.

Verse 115

कदंबवनभूयिष्ठा सर्वसत्वमनोरमा । वाय्वंबुफलपर्णादैर्दंतोलूखलिकैरपि

Riche en bosquets de kadamba, charmante pour tous les êtres; et pourvue même de brindilles pour se nettoyer les dents et de petits mortiers, faits de choses telles que l’air (le vent), l’eau, les fruits et les feuilles.

Verse 116

तथाश्मकुट्टमुख्यैश्च वरिष्ठैर्मुनिभिर्वृता । स्वाध्यायघोषसंघुष्टा मृगयूथशताकुला

De même, il était entouré des sages les plus éminents—Aśmakuṭṭa en tête—et retentissait du chant de la récitation védique, tandis qu’il foisonnait de centaines de hardes de cerfs.

Verse 117

अहिंसैर्धर्मपरमैस्तथा चातीव शोभिता । सुप्रभा कांचनाख्या च प्राची नंदा विशालका

Paré d’ahiṃsā (non-violence) et du Dharma tenu pour suprême, il resplendit au plus haut point : on l’appelle Suprabhā, aussi nommée Kāñcanā ; et (d’autres contrées) se nomment Prācī, Nandā et Viśālakā.

Verse 118

स्रोतोभिः पंचभिस्तत्र वर्तते पुष्करे नदी । पितामहस्य सदसि वर्त्तमाने महीतले

Là, à Puṣkara, la rivière s’écoule en cinq bras, à la surface de la terre, dans l’assemblée du Grand-Père, Brahmā (Pitāmaha).

Verse 119

वितते यज्ञवाटे तु स्वागतेषु द्विजादिषु । पुण्याहघोषैर्विततैर्देवानां नियमैस्तथा

Lorsque l’enceinte du yajña fut entièrement préparée, et que les brāhmaṇa ainsi que les autres hôtes honorés furent accueillis comme il se doit, tandis que retentissaient les proclamations bénies et que s’accomplissaient les observances prescrites pour les devas—

Verse 120

देवेषु चैव व्यग्रेषु तस्मिन्यज्ञविधौ तथा । तत्र चैव महाराज दीक्षिते च पितामहे

Et lorsque les devas étaient en émoi et que ce rite du yajña se déroulait, là même—ô grand roi—Pitāmaha (Brahmā) était aussi en dīkṣā, la consécration sacrée.

Verse 121

यजतस्तस्य सत्रेण सर्वकामसमृद्धिना । मनसा चिंतिता ह्यर्था धर्मार्थकुशलास्तथा

Tandis qu’il accomplissait ce satra, comblé de l’accomplissement de tout désir, les choses qu’il ne faisait qu’envisager en son esprit étaient réellement obtenues, avec l’habileté et la réussite dans les domaines du dharma et de l’artha.

Verse 122

उपतिष्ठंति राजेंद्र द्विजातींस्तत्र तत्र ह । जगुश्च देवगंधर्वा ननृतुश्चाप्सरोगणाः

Ô roi des rois, les dvijas, les « deux-fois-nés », étaient servis avec respect en maints endroits ; et les Gandharvas divins chantaient, tandis que les troupes d’Apsaras dansaient.

Verse 123

वादित्राणि च दिव्यानि वादयामासुरंजसा । तस्य यज्ञस्य संपत्या तुतुषुदेर्वता अपि

Et sans peine ils faisaient résonner les instruments de musique célestes. Par la prospérité et la réussite de ce yajña, même les devas furent comblés de joie.

Verse 124

विस्मयं परमं जग्मुः किमु मानुषयोनयः । वर्तमाने तथा यज्ञे पुष्करस्थे पितामहे

Ils furent saisis d’un étonnement suprême—à plus forte raison ceux nés d’un sein humain—lorsque ce sacrifice (yajña) se poursuivait à Puṣkara, en présence de Pitāmaha (Brahmā).

Verse 125

अब्रुवन्नृषयो भीष्म तदा तुष्टास्सरस्वतीम् । सुप्रभां नाम राजेंद्र नाम्ना चैव सरस्वतीम्

Alors les sages ṛṣi, ô Bhīṣma, comblés de joie, s’adressèrent à Sarasvatī : «Ô roi, son nom est Suprabhā, et elle est aussi connue sous le nom de Sarasvatī».

Verse 126

ते दृष्ट्वा मुनयः सर्वे वेगयुक्तां सरस्वतीम् । पितामहं भासयंतीं क्रतुं ते बहु मेनिरे

Voyant Sarasvatī s’élancer avec une grande vitesse, illuminant Pitāmaha (Brahmā), tous les muni pensèrent qu’un grand kratu, un vaste rite sacrificiel, allait être entrepris.

Verse 127

एवमेषा सरिच्छ्रेष्ठा पुष्करेषु सरस्वती । पितामहार्थं सम्भूता तुष्ट्यर्थं च मनीषिणाम्

Ainsi, à Puṣkara, Sarasvatī—la plus éminente des rivières—prit naissance pour Pitāmaha (Brahmā) et pour la joie des sages.

Verse 128

पुण्यस्य पुण्यताकारि पंचस्रोतास्सरस्वती । सुप्रभा नाम राजेंन्द्र नाम्ना चैव सरस्वती

Ô roi, voici Sarasvatī, qui incarne le mérite (puṇya) et le fait naître, la rivière aux cinq courants. Elle est connue sous le nom de Suprabhā et se nomme aussi Sarasvatī.

Verse 129

यत्र ते मुनयश्शान्ता नानास्वाध्यायवादिनः । ते समागत्य ऋषयस्सस्मरुर्वै सरस्वतीम्

Là, ces sages paisibles—récitateurs et commentateurs de diverses études védiques—s’assemblèrent, et les ṛṣis, en vérité, se souvinrent et invoquèrent Sarasvatī.

Verse 130

साभिध्याता महाभागा ऋषिभिः सत्रयाजिभिः । समास्थिता दिशं पूर्वां भक्तिप्रीता महानदी

Ce grand fleuve, plein de fortune—vénéré et invoqué par les ṛṣis qui accomplissent les sattrayajñas—prit place vers l’orient, réjoui par leur dévotion.

Verse 131

प्राची पूर्वावहा नाम्ना मुनिवंद्या सरस्वती । इदमन्यन्महाराज शृण्वाश्चर्यवरं भुवि

Vers l’orient s’écoule Sarasvatī, nommée Pūrvāvahā, vénérée par les sages. À présent, ô grand roi, écoute encore un autre récit, le plus merveilleux sur la terre.

Verse 132

क्षतो मंकणको विप्रः कुशाग्रेणेति नः श्रुतम् । क्षतात्किल करे तस्य राजन्शाकरसोस्रवत्

Nous avons entendu que le brāhmane Maṅkaṇaka fut blessé par la pointe d’un brin de kuśa. Et, ô roi, de cette plaie à sa main, dit-on, s’écoula du jus de canne à sucre.

Verse 133

स वै शाकरसं दृष्ट्वा हर्षाविष्टः प्रनृत्तवान् । ततस्तस्मिन्प्रनृत्ते तु स्थावरं जंगमं च यत्

Voyant ce jus de canne, il fut saisi de joie et se mit à danser. Et tandis qu’il dansait ainsi, tout ce qui s’y trouvait—l’immobile comme le mobile—en fut ébranlé.

Verse 134

प्रानृत्यत जगत्सर्वं तेजसा तस्य मोहितम् । शक्रादिभिस्सुरै राजन्नृषिभिश्च तपोधनैः

Tous les mondes se mirent à danser, fascinés par son éclat—ô Roi—comme en furent témoins les dieux conduits par Śakra et les ṛṣi ascètes, riches en austérités.

Verse 135

विज्ञप्तस्तत्र वै ब्रह्मा नायं नृत्येत्तथा कुरु । आदिष्टो ब्रह्मणा रुद्र ऋषेरर्थे नराधिप

Alors on adressa une requête à Brahmā : «Que celui-ci ne danse pas ; fais-le ainsi». Instruit par Brahmā, Rudra (Śiva) agit pour le bien du ṛṣi, ô roi.

Verse 136

नायं नृत्येद्यथा भीम तथा त्वं वक्तुमर्हसि । गत्वा रुद्रो मुनिं दृष्ट्वा हर्षाविष्टमतीव हि

«Celui-ci ne danse pas de la manière terrible que tu décris ; tu ne dois pas parler ainsi». Car Rudra, étant allé voir le ṛṣi, fut réellement saisi d’une grande joie.

Verse 137

भो भो विप्रर्षभ त्वं हि नृत्यसे केन हेतुना । नृत्यमानेन भवता जगत्सर्वं च नृत्यति

«Ô le meilleur des brāhmaṇa, dis-moi : pour quelle raison danses-tu ? Car lorsque tu danses, il semble que l’univers entier danse aussi».

Verse 138

तेनायं वारितः प्राह नृत्यन्वै मुनिसत्तमः । मुनिरुवाच । किं न पश्यसि मे देव कराच्छाकरसोस्रवत्

Retenu par lui, le meilleur des sages parla—tout en dansant encore. Le muni dit : «Ô Seigneur, ne vois-tu pas que de ma main s’écoule le jus de la canne à sucre ?»

Verse 139

तं तु दृष्ट्वाप्र नृत्तोहं हर्षेण महतावृतः । तं प्रहस्याब्रवीद्देवो मुनिं रागेण मोहितम्

Mais en le voyant, je me prosternai, saisi d’une grande joie. Alors le Seigneur, souriant, s’adressa au sage que la passion avait égaré.

Verse 140

अहं न विस्मयं विप्र गच्छामीह प्रपश्य मां । एवमुक्तो मुनिश्रेष्ठो महादेवेन कौरव

«Ô brāhmane, je ne m’en vais point d’une manière mystérieuse ; regarde-moi ici.» Ainsi apostrophé par Mahādeva, ô Kaurava, le plus éminent des sages en fut saisi.

Verse 141

ध्यायमानस्तदा कोयं प्रतिषिद्धोस्मि येन हि । अंगुल्यग्रेण राजेंद्र स्वांगुष्ठस्ताडितस्तथा

Tandis que j’étais plongé dans la méditation, qui donc m’a retenu ? Car, ô roi des rois, alors la pointe d’un doigt frappa mon propre pouce.

Verse 142

ततो भस्मक्षताद्राजन्निर्गतं हिमपांडुरं । तद्दृष्ट्वा व्रीडितश्चासौ प्राह तत्पादयोः पतन्

Alors, ô Roi, des cendres sortit quelque chose, pâle comme la neige. À cette vue, il fut saisi de honte et, tombant à ses pieds, il parla.

Verse 143

नान्यद्देवादहं मन्ये रुद्रात्परतरं महत् । चराचरस्य जगतो गतिस्त्वमसि शूलधृत्

Je ne tiens aucune autre divinité pour plus grande que Rudra. Ô Porteur du Trident, tu es le refuge et l’ultime voie de ce monde entier, mobile et immobile.

Verse 144

त्वया सृष्टमिदं सर्वं वदंतीह मनीषिणः । त्वामेव सर्वं विशति पुनरेव युगक्षये

Les sages déclarent que tout ceci a été créé par toi ; et à la fin de l’âge, tout rentre de nouveau en toi.

Verse 145

देवैरपि न शक्यस्त्वं परिज्ञातुं मया कुतः । त्वयि सर्वे च दृश्यन्ते सुरा ब्रह्मादयोपि ये

Si même les dieux ne peuvent te connaître pleinement, comment le pourrais-je ? Car en toi tous sont visibles : les dévas, Brahmā et les autres encore.

Verse 146

सर्वस्त्वमसि देवानां कर्ता कारयिता च यः । त्वत्प्रसादात्सुराः सर्वे भवंतीहाकुतोभयाः

Tu es tout ; tu es l’agent et celui qui fait agir les dieux. Par ta grâce, toutes les divinités ici deviennent sans crainte de quelque côté que ce soit.

Verse 147

एवं स्तुत्वा महादेवमृषिश्च प्रणतोब्रवीत् । भगवंस्त्वत्प्रसादेन तपो न क्षीयते त्विह

L’ayant ainsi loué, le ṛṣi, prosterné, dit : « Ô Seigneur Bienheureux, par ta grâce mon austérité ne s’épuise point ici. »

Verse 148

ततो देवः प्रीतमनास्तमृषिं पुनरब्रवीत् । तपस्ते वर्द्धतां विप्र मत्प्रसादात्सहस्रधा

Alors le dieu, le cœur réjoui, s’adressa de nouveau à ce ṛṣi : « Ô brāhmaṇa, que ton austérité croisse mille fois par ma grâce. »

Verse 149

प्राचीमेवेह वत्स्यामि त्वया सार्द्धमहं सदा । सरस्वती महापुण्या क्षेत्रे चास्मिन्विशेषतः

Je demeurerai ici, du côté de l’orient, toujours avec toi. Car Sarasvatī est souverainement sacrée, surtout en ce lieu saint.

Verse 150

न तस्य दुर्लर्भं किंचिदिह लोके परत्र च । सरस्वत्युत्तरे तीरे यस्त्यजेदात्मनस्तनुम्

Pour celui qui quitte son corps sur la rive nord de la Sarasvatī, rien n’est introuvable, ni en ce monde ni dans l’au-delà.

Verse 151

प्राचीतटे जाप्यपरो न चेह म्रियते पुनः । आप्लुतो वाजिमेधस्य फलमाप्स्यति पुष्कलं

Sur la rive orientale, celui qui s’adonne au japa ne meurt plus ici; et, s’y étant baigné, il obtient un mérite abondant, égal à celui de l’Aśvamedha.

Verse 152

नियमैश्चोपवासैश्च कर्शयन्देहमात्मनः । जलाहारो वायुभक्षः पर्णाहारश्च तापसः

Par des disciplines et des jeûnes, ils amaigrissent leur propre corps : l’ascète vit d’eau, ou se nourrit d’air, ou se soutient de feuilles.

Verse 153

तथा स्थंडिलशायी च ये चान्ये नियमाः पृथक् । करोति यो द्विजश्रेष्ठो नियमांस्तान्व्रतानि च

De même, le meilleur des deux-fois-nés, qui pratique le fait de coucher sur la terre nue et d’autres observances distinctes, fait de ces observances aussi des vœux sacrés.

Verse 154

स याति शुद्धदेहश्च ब्रह्मणः परमं पदं । तस्मिंस्तीर्थे तु यैर्दत्तं तिलमात्रं तु कांचनं

Il atteint la demeure suprême de Brahmā, le corps purifié ; et dans ce gué sacré (tīrtha), même l’offrande d’or, fût-elle de la mesure d’un seul grain de sésame, confère un grand mérite.

Verse 155

मेरुदानसमं तत्स्यात्पुरा प्राह प्रजापतिः । तस्मिंस्तीर्थे तु ये श्राद्धं करिष्यंति हि मानवाः

Autrefois, Prajāpati déclara que cela devient l’égal du don du mont Meru. Ainsi, les hommes qui accompliront le śrāddha en ce gué sacré (tīrtha)…

Verse 156

एकविंशकुलोपेताः स्वर्गं यास्यंति ते नराः । पितॄणां च शुभं तीर्थं पिंडेनैकेन तर्पिताः

Ces hommes, avec le mérite qui s’étend à vingt et une générations de leur lignée, iront au ciel ; et par une seule offrande de piṇḍa ils rassasient les Pitṛs, car cela devient une observance sacrée et propice pour les ancêtres.

Verse 157

ब्रह्मलोकं गमिष्यंति स्वपुत्रेणेह तारिताः । भूयश्चान्नं न चेच्छंति मोक्षमार्गं व्रजंति ते

Délivrés ici par leur propre fils, ils se rendent à Brahmaloka ; puis, ne désirant plus de nourriture, ils s’engagent sur la voie de la mokṣa, la délivrance.

Verse 158

प्राचीनत्वं सरस्वत्या यथा भूतं शृणुष्व तत् । सरस्वती पुरा प्रोक्ता देवैः सर्वैः सवासवैः

Écoute, tel que cela advint en vérité, l’antique récit de Sarasvatī. Jadis, Sarasvatī fut célébrée par tous les dieux, avec les Vasus.

Verse 159

तटं त्वया प्रयातव्यं प्रतीच्यां लवणोदधेः । वडवाग्निमिमं नीत्वा समुद्रे निक्षिपस्व ह

Tu dois te rendre sur la rive occidentale de l'Océan de Sel ; emportant ce feu Vaḍavā, jette-le dans la mer.

Verse 160

एवं कृते सुराः सर्वे भवंति भयवर्जिताः । अन्यथा वाडवाग्निस्तु दहते स्वेन तेजसा

Une fois cela accompli, tous les dieux seront libérés de la peur ; sinon, le feu sous-marin brûlera par sa propre puissance ardente.

Verse 161

तस्माद्रक्षस्व विबुधानेतस्मादचिराद्भयात् । मातेव भव सुश्रोणि सुराणामभयप्रदा

Par conséquent, protège les dieux de cette peur imminente. Ô toi aux hanches gracieuses, sois comme une mère, accordant l'absence de peur aux Devas.

Verse 162

एवमुक्ता तु सा देवी विष्णुना प्रभविष्णुना । आह नाहं स्वतंत्रास्मि पिता मे व्रियतां स्वराट्

Ainsi interpellée par Viṣṇu, cette déesse répondit : « Je ne suis pas indépendante ; que mon père, le souverain, soit consulté à ce sujet. »

Verse 163

तदाज्ञाकारिणी नित्यं कुमारीह धृतव्रता । पित्रादेशाद्विना नाहं पदमेकमपि क्वचित्

Je suis toujours obéissante à son commandement ; ici je reste une jeune fille, ferme dans mon vœu. Sans la permission de mon père, je ne fais pas un seul pas, où que ce soit.

Verse 164

गच्छामि तस्मात्कोप्यन्य उपायश्चिंत्यतामहो । तदाशयं विदित्वाहुस्ते समेत्य पितामहं

«C’est pourquoi je m’en vais ; qu’on imagine, hélas, un autre moyen. Ayant compris son dessein, ils se réunirent et allèrent ensemble auprès de Pitāmaha (Brahmā).»

Verse 165

नान्येन शक्यते नेतुं वडवाग्निः पितामह । अदृष्टदोषाम्मुक्त्वैकां कुमारीं तनयां तव

«Ô Pitāmaha, nul autre ne peut emporter le Vaḍavāgni. Aussi, mettant à part une jeune fille—ta fille—sans défaut apparent, que cela s’accomplisse par son entremise.»

Verse 166

सरस्वतीं समानीय कृत्वांके वरवर्णिनीं । शिरस्याघ्रायसस्नेहमुवाचाथसरस्वतीम्

Ayant fait venir Sarasvatī et l’ayant assise sur ses genoux, elle au teint éclatant, il respira avec tendresse le parfum de sa tête, puis s’adressa à Sarasvatī.

Verse 167

मां च देवि सुराः प्राहुः स त्वं ब्रूहि यशस्विनीम् । नीत्वा विनिक्षिपेदेनं बाडवं लवणांबुनि

«Et les dieux me dirent : “Ô Déesse ; toi donc, illustre, parle-lui, et, prenant ce feu au visage de jument, jette-le dans les eaux salées de l’océan”.»

Verse 168

पितुर्वाक्यं हि तच्छ्रुत्वा वियुक्ता कुररी यथा । पित्रा तदैव सा कन्या रुरुदे दीनमानसा

À l’écoute des paroles de son père, la jeune fille se mit aussitôt à pleurer—telle l’oiseau kurarī séparé de son compagnon—le cœur accablé de tristesse.

Verse 169

शोभते तन्मुखं तस्याः शोकबाष्पाविलेक्षणं । सितं विकसितं तद्वत्पद्मं तोयकणोक्षितम्

Son visage paraissait beau, bien que ses traits fussent troublés par les larmes du chagrin—tel un lotus blanc pleinement épanoui, aspergé de gouttes d’eau.

Verse 170

तत्तथाविधमालोक्य पितामहपुरस्सराः । विबुधाः शोकभावस्य सर्वे वशमुपागताः

Le voyant en un tel état, les dieux—conduits par Pitāmaha (Brahmā)—furent tous saisis et soumis par la douleur.

Verse 171

संस्तभ्य हृदयं तस्याः शोकसंतापितं तदा । पितामहस्तामुवाच मा रोदीर्नास्ति ते भयम्

Alors, raffermissant le cœur d’elle, brûlé par la peine, le Grand-Père lui dit : «Ne pleure pas ; tu n’as rien à craindre».

Verse 172

मान लाभश्च भविता तव देवानुभावतः । नीत्वा क्षारोदमध्ये तु क्षिपस्व ज्वलनं सुते

Par la puissance des dieux, tu obtiendras honneur et bénéfice. Ainsi, mon enfant, prends le feu et jette-le au milieu de l’Océan salé.

Verse 173

एवमुक्ता तु सा बाला बाष्पाकुलितलोचना । प्रणम्य पद्मजन्मानं गच्छाम्युक्तवती तु सा

Ainsi exhortée, la jeune fille—les yeux voilés de larmes—se prosterna devant le Né du Lotus (Brahmā) et dit : «J’irai».

Verse 174

मा भैरुक्ता पुनस्तैस्तु पित्रा चापि तथैव सा । त्यक्त्वा भयं हृष्टमनाः प्रयातुं समवस्थिता

De nouveau ils lui dirent : « Ne crains rien », et son père dit de même. Rejetant la peur, elle, le cœur réjoui, se tint prête à partir.

Verse 175

तस्याः प्रयाणसमये शंखदुंदुभिनिस्वनैः । मंगलानां च निर्घोषैर्जगदापूरितं शुभैः

Au moment de son départ, le monde fut rempli de sons de bon augure : la résonance des conques et des tambours dundubhi, et les acclamations de bénédictions.

Verse 176

सितांबरधराधन्या सितचंदनमंडिता । शरदंबुजसच्छाय तारहारविभूषिता

Bienheureuse, vêtue de blanc, parée de pâte de santal blanc ; rayonnante comme le lotus d’automne, ornée d’un collier de perles.

Verse 177

संपूर्णचंद्रवदना पद्मपत्रायतेक्षणा । शुभां कीर्तिं सुरेशस्य पूरयंती दिशो दश

Le visage pareil à la pleine lune et les yeux tels des pétales de lotus, elle répandit la gloire bénie du Seigneur des dieux, emplissant les dix directions.

Verse 178

स्वतेजसा तद्धृदयान्निःसृता भासयज्जगत् । अनुव्रजन्ती तां गंगा तयोक्ता वरवर्णिनी

Issue de son cœur par la puissance de sa propre splendeur, elle illumina le monde. Suivant sa marche, le fleuve Gaṅgā l’accompagna, tandis qu’il s’adressait à cette dame, belle et éminente.

Verse 179

द्रक्ष्यामि त्वां पुनरहं प्रयासि कुत्र मे सखि । एवमुक्ता तु सा गंगा प्रोवाच मधुरां गिरम्

«Je te reverrai encore. Où vas-tu, mon amie ?» Ainsi interpellée, la déesse Gaṅgā répondit d’une voix douce.

Verse 180

यदैवायास्यसि प्राचीं दिशं मां पश्यसे शुभे । विबुधैस्त्वं परिवृता दर्शनं तव संश्रये

«Chaque fois que tu te dirigeras vers l’Orient et que tu me verras, ô bienheureuse—entourée des devas—je t’accorderai mon darśana ; en cette vision de toi je prends refuge.»

Verse 181

उदङ्मुखी तदा भूत्वा त्यज शोकं शुचिस्मिते । अहं चोदङ्मुखी पुण्या त्वं तु प्राची सरस्वति

«Alors, tournée vers le nord, renonce à ta peine, ô au sourire pur. Moi aussi je ferai face au nord dans cet acte propice ; mais toi, Sarasvatī, tourne-toi vers l’Orient.»

Verse 182

तत्र क्रतुशतं पुण्यं स्नानदानेन सुव्रते । श्राद्धदाने तथा नित्यं पितॄणां दत्तमक्षयम्

«Là, ô toi aux vœux nobles, le bain sacré et le don (dāna) confèrent le mérite de cent yajñas ; de même, l’offrande de śrāddha aux ancêtres, accomplie chaque jour, devient impérissable.»

Verse 183

ये करिष्यंति मनुजा विमुक्तास्त्ते ऋणैस्त्रिभिः । मोक्षमार्गं गमिष्यंति विचारो नात्र विद्यते

«Ceux qui agiront ainsi seront délivrés des trois dettes ; ils s’avanceront sur la voie de la mokṣa—il n’y a là aucun doute.»

Verse 184

तामुवाच ततो गंगा पुनर्दर्शनमस्तु ते । गच्छ स्वमालयं भद्रे स्मर्तव्याहं त्वयानघे

Alors Gaṅgā lui dit : «Puisses-tu me revoir. Va vers ta propre demeure, ô bienheureuse ; souviens-toi de moi, ô sans faute».

Verse 185

यमुनापि तथैवं सा गायत्री च मनोरमा । सावित्र्या सहिताः सर्वाः सखीं संप्रैषयंस्तथा

De même, Yamunā aussi, et la charmante Gāyatrī—avec Sāvitrī—toutes ensemble envoyèrent alors leur amie comme messagère.

Verse 186

ततो विसृज्य तान्देवान्नदी भूत्वा सरस्वती । उत्तंकस्याश्रमपद उद्भूता सा मनस्विनी

Puis, après avoir congédié ces dieux, Sarasvatī—devenant rivière—jaillit au lieu de l’āśrama d’Uttanka, elle à l’esprit ferme.

Verse 187

अधस्तात्प्लक्षवृक्षस्य अवरोप्य च तां तनुम् । अवतीर्णा महाभागा देवानां पश्यतां तदा

Alors, abaissant ce corps sous l’arbre plakṣa, la très fortunée descendit, tandis que les dieux regardaient.

Verse 188

विष्णुरूपस्तरुः सोत्र सर्वदेवैस्तु वंदितः । संसेव्यश्च द्विजैर्नित्यं फलहेतोर्महोदयः

Ici, cet arbre est la forme même de Viṣṇu et il est vénéré par tous les dieux. Les deux-fois-nés doivent le servir et l’honorer sans cesse, car il dispense de grands fruits de bon augure.

Verse 189

अनेकशाखाविततश्चतुर्मुख इवापरः । तत्कोटरकुटीकोटि प्रविष्टानां द्विजन्मनाम्

Déployée en d’innombrables branches, elle semblait un autre Brahmā aux quatre visages ; et dans ses creux et cavités semblables à des huttes étaient entrés des myriades de dvija, les deux-fois-nés.

Verse 190

श्रूयंते विविधा वाचः सुराणां रक्तचेतसाम् । वनस्पतिरपुष्पोपि पुष्पितश्चोपलक्ष्यते

On entend des paroles diverses des devas au cœur embrasé ; et même l’arbre d’ordinaire sans fleurs se voit pourtant en pleine floraison.

Verse 191

जातीचंपकवत्पुष्पैः शाखालग्नैः शुकैः शुभैः । केतकीभिः सुरभिभिरशोभत सरिद्वरा

La rivière excellente resplendissait, parée de perroquets de bon augure accrochés aux branches, et de fleurs semblables au jasmin et au campaka, ainsi que de ketakī au parfum suave.

Verse 192

कोकिलाभिस्स मालेव फेनकैः पुष्पितेव सा । हरेणेव यथा गंगा प्लक्षेणैव हि सा तथा

Parée de coucous comme d’une guirlande, et fleurie de blanches fleurs semblables à l’écume, elle apparaissait ; de même que la Gaṅgā est à jamais associée à Hari, ainsi, en vérité, l’était-elle au plakṣa.

Verse 194

एवमुक्तेन सा तेन प्रत्युक्ता विष्णुना तदा । न ते दाहभयं त्याज्यस्त्वयायं वह्निराट्स्वयम्

Ainsi interpellée par lui, elle reçut alors la réponse de Viṣṇu : «Ne rejette pas la crainte d’être brûlée ; car ce Roi du Feu est ici lui-même, et c’est à cause de toi».

Verse 195

पश्चिमं सागरं नेतुं वाडवज्वलनं शुभे । एवं क्रमेण गच्छंत्या तदापं प्राप्स्यते शुभे

«Ô bienheureuse, conduis le feu sous-marin, le Vaḍava, vers l’océan de l’Occident. Ainsi, avançant pas à pas, tu atteindras alors ces eaux, ô auspicious.»

Verse 196

ततस्तं शातकुंभस्थं कृत्वासौ वडवानलं । समर्पयत गोविंदः सरस्वत्या महोदरे

Alors Govinda, ayant fait de ce feu le Vaḍavānala et l’ayant placé dans un vase d’or, le remit au grand sein, aux profondeurs de la rivière Sarasvatī.

Verse 197

सा तं गृहीत्वा सुश्रोणी प्रतीच्यभिमुखी ययौ । अंतर्द्धानेन संप्राप्ता पुष्करं सा महानदी

L’ayant pris avec elle, la dame aux hanches gracieuses se mit en route tournée vers l’Occident ; et, par une disparition aux yeux du monde, elle parvint à Puṣkara — elle, le grand fleuve.

Verse 198

मर्यादापर्वते तस्मिन्संभूता विमला सरित् । पुष्करारण्यं विपुलं सुरसिद्धनिषेवितम्

De cette montagne-frontière naquit la rivière immaculée, Vimalā ; et là s’étendait la vaste forêt de Puṣkara, fréquentée par les dieux et les siddhas, sages accomplis.

Verse 199

पितामहेन यत्रासीद्यज्ञसत्रं निषेवितम् । सिध्यर्थं मुनिमुख्यानामागतासौ महानदी

Là, où jadis le Pitāmaha (Brahmā) tint et honora une session sacrificielle, un yajña-satra, arriva ce grand fleuve, afin que les plus éminents munis obtiennent l’accomplissement recherché.

Verse 200

येषु तत्र कृतो होमः कुंडेष्वासीद्विरिंचिना । तानि सर्वाणि संप्लाव्य तोयेनाप्युद्गता हि सा

Là, dans ces fosses du feu où Viriñci (Brahmā) avait accompli l’offrande, elle s’éleva en vérité, et les submergea toutes entièrement de ses eaux.

Verse 201

तत्र क्षेत्रे महापुण्या पुष्करे सा तथोत्थिता । तेन तत्पूरणं प्रोक्तं वायुना जगदायुषा

En ce lieu sacré—à Puṣkara—elle s’éleva, d’un mérite suprême. C’est pourquoi ce Purāṇa fut proclamé par Vāyu, le souffle et la vie du monde.