Adhyaya 61
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Adhyaya 61

Vena’s Inquiry into Pitṛ-tīrtha: Pippala’s Austerity, the Vidyādhara Boon, and the Crane’s Rebuke of Pride

Le chapitre 61 s’ouvre sur la demande de Vena à Viṣṇu : enseigner le Pitṛ-tīrtha, dit « suprême pour la délivrance des fils ». Dans ce cadre, le récit met en avant la révérence et la conduite juste. On loue Sukarmā, fils de Kuṇḍala à Kurukṣetra, pour son guru-sevā infatigable et son comportement respectueux, avec l’injonction de servir et d’honorer mère et père. L’arc principal suit le brāhmane Pippala, fils de Kaśyapa, accomplissant un tapas extrême à Daśāraṇya durant des millénaires, endurant serpents, termitières et rigueurs des éléments. Les dieux lui accordent alors une faveur et le statut de Vidyādhara. Mais l’orgueil et le désir de souveraineté universelle s’élèvent en lui ; Sārasa, la grue, le réprimande en montrant que l’austérité sans intention droite n’est pas le dharma, et que la puissance n’est pas la vérité. Pippala est finalement orienté vers une connaissance plus profonde, au-delà de son jugement illusoire sur lui-même.

Shlokas

Verse 1

वेन उवाच । भार्यातीर्थं समाख्यातं सर्वतीर्थोत्तमोत्तमम् । पितृतीर्थं समाख्याहि पुत्राणां तारणं परम्

Vena dit : «Le Bhāryā-tīrtha a été proclamé le meilleur des meilleurs parmi tous les lieux saints. Explique maintenant le Pitṛ-tīrtha, suprême pour la délivrance des fils».

Verse 2

विष्णुरुवाच । कुरुक्षेत्रे महाक्षेत्रे कुंडलो नाम ब्राह्मणः । सुकर्मा नाम सत्पुत्रः कुंडलस्य महात्मनः

Viṣṇu dit : À Kurukṣetra, ce grand champ sacré, vivait un brāhmaṇa nommé Kuṇḍala. Son noble fils s’appelait Sukarmā, né de ce Kuṇḍala à la grande âme.

Verse 3

गुरू तस्य महावृद्धौ धर्मज्ञौ शास्त्रकोविदौ । द्वावेतौ तु महात्मानौ जरया परिपीडितौ

Ses deux maîtres étaient très âgés, connaisseurs du dharma et experts des śāstra. Ces deux êtres à la grande âme étaient accablés par la vieillesse.

Verse 4

तयोः शुश्रूषणं चक्रे भक्त्या च परया ततः । धर्मज्ञो भावसंयुक्तो अहर्निशमनारतम्

Alors il les servit avec une dévotion suprême : connaissant le dharma, rempli d’une vénération du cœur, et s’y adonnant sans relâche jour et nuit.

Verse 5

तस्माद्वेदानधीते स पितुः शास्त्राण्यनेकशः । सर्वाचारपरो दक्षो धर्मज्ञो ज्ञानवत्सलः

Ainsi étudia-t-il les Veda et, maintes fois, les nombreux traités de son père. Il était attaché à toute bonne conduite, habile et diligent, connaisseur du dharma et plein d’amour pour la connaissance.

Verse 6

अंगसंवाहनं चक्रे गुर्वोश्च स्वयमेव सः । पादप्रक्षालनं चैव स्नानभोजनकीं क्रियाम्

De ses propres mains, il massa les membres de ses deux maîtres ; il leur lava aussi les pieds, et accomplit les devoirs liés à leur bain et à leurs repas.

Verse 7

भक्त्या चैव स्वभावेन तद्ध्याने तन्मयो भवेत् । मातापित्रोश्च राजेंद्र उपचर्यां प्रकारयेत्

Par la dévotion, et aussi selon sa nature propre, on devient tout entier absorbé dans la méditation de Cela. Et, ô roi, qu’on accomplisse avec soin le service respectueux envers la mère et le père.

Verse 8

सूत उवाच । तद्वर्तमानकाले तु बभूव नृपसत्तम । पिप्पलो नाम वै विप्रः कश्यपस्य महात्मनः

Sūta dit : Ô le meilleur des rois, en ce temps-là vivait un brāhmane nommé Pippala, le noble fils du grand sage Kaśyapa.

Verse 9

तपस्तेपे निराहारो जितात्मा जितमत्सरः । दयादानदमोपेतः कामं क्रोधं विजित्य सः

Il pratiqua l’ascèse en jeûnant, maître de lui-même et sans jalousie. Pourvu de compassion, de charité et de maîtrise, il vainquit le désir et la colère.

Verse 10

दशारण्यगतो धीमाञ्ज्ञानशांतिपरायणः । सर्वेंद्रियाणि संयम्य तपस्तेपे महामनाः

S’étant rendu à Daśāraṇya, le sage—voué à la connaissance et à la paix intérieure—maîtrisa tous ses sens et, grand d’âme, accomplit des austérités.

Verse 11

तपःप्रभावतस्तस्य जंतवो गतविग्रहाः । वसंति सुयुगे तत्र एकोदरगता इव

Par la puissance de son ascèse, les êtres de ce lieu furent délivrés des limites du corps ; en cet âge excellent, ils demeuraient ensemble comme s’ils étaient entrés dans un seul sein.

Verse 12

तत्तपस्तस्य मुनयो दृष्ट्वा विस्मयमाययुः । नेदृशं केनचित्तप्तं यथासौ तप्यते मुनिः

Voyant l’austérité de ce sage, les autres munis furent saisis d’émerveillement : «Jamais nul n’a pratiqué une telle pénitence, comme ce muni l’accomplit à présent».

Verse 13

देवाश्च इंद्रप्रमुखाः परं विस्मयमाययुः । अहो अस्य तपस्तीव्रं शमश्चेंद्रियसंयमः

Les dieux, conduits par Indra, furent frappés du plus grand étonnement : «Ah ! Quelle austérité ardente est la sienne — quelle paix, quelle maîtrise des sens !»

Verse 14

निर्विकारो निरुद्वेगः कामक्रोधविवर्जितः । शीतवातातपसहो धराधर इवस्थितः

Sans changement ni trouble, exempt de désir et de colère, supportant le froid, le vent et l’ardeur du soleil, il demeurait ferme, tel une montagne.

Verse 15

विषये विमुखो धीरो मनसोतीतसंग्रहम् । न शृणोति यथा शब्दं कस्यचिद्द्विजसत्तमः

Détourné des objets des sens, le sage inébranlable —dont l’esprit a dépassé toute saisie— n’entend même pas, pour ainsi dire, les paroles d’autrui, ô meilleur des deux-fois-nés.

Verse 16

संस्थानं तादृशं गत्वा स्थित्वा एकाग्रमानसः । ब्रह्मध्यानमयो भूत्वा सानंदमुखपंकजः

Étant allé en un tel lieu et y demeurant l’esprit concentré en un seul point, devenu tout entier méditation sur Brahman, son visage de lotus rayonnait de béatitude.

Verse 17

अश्मकाष्ठमयो भूत्वा निश्चेष्टो गिरिवत्स्थितः । स्थाणुवद्दृश्यते चासौ सुस्थिरो धर्मवत्सलः

Comme fait de pierre et de bois, immobile, dressé tel une montagne, il apparaissait tel un pilier inébranlable : stable, parfaitement recueilli, et dévoué au dharma.

Verse 18

तपःक्लिष्टशरीरोति श्रद्धावाननसूयकः । एवं वर्षसहस्रैकं संजातं तस्य धीमतः

Son corps, meurtri par les austérités, était épuisé ; pourtant il demeurait plein de foi et sans jalousie. Ainsi, pour ce sage, s’écoula une pleine période de mille ans.

Verse 19

पिपीलिकाभिर्बह्वीभिः कृतं मृद्भारसंचयम् । तस्योपरि महाकायं वल्मीकं निजमंदिरम्

Par l’œuvre de nombreuses fourmis s’amassa un tas de terre ; au-dessus s’éleva une immense termitière, sa demeure à elle.

Verse 20

वल्मीकोदरमध्यस्थो जडीभूत इवस्थितः । स एवं पिप्पलो विप्रस्तपते सुमहत्तपः

Au milieu de la cavité de la termitière, il demeurait comme devenu inerte. Ainsi le brāhmane Pippala accomplit des austérités d’une grandeur extrême.

Verse 21

कृष्णसर्पैस्तु सर्वत्र वेष्टितो द्विजसत्तमः । तमुग्रतेजसं विप्रं प्रदशंति विषोल्बणाः

Alors le meilleur des deux-fois-nés fut entouré de toutes parts par des serpents noirs ; ces bêtes farouches, pleines de venin, mordaient ce brāhmane à l’éclat redoutable.

Verse 22

संप्राप्य गात्रमर्माणि विषं तस्य न भेदयेत् । तेजसा तस्य विप्रस्य नागाः शांतिमथागमन्

Même parvenu aux points vitaux de son corps, le poison ne put le percer. Par l’éclat spirituel de ce brāhmaṇa, les serpents s’apaisèrent et entrèrent en paix.

Verse 23

तस्य कायात्समुद्भूता अर्चिषो दीप्ततेजसः । नानारूपाः सुबहुशो दृश्यंते च पृथक्पृथक्

De son corps jaillirent des flammes d’un éclat ardent; revêtant d’innombrables formes, on les voyait en grand nombre, chacune apparaissant distinctement.

Verse 24

यथा वह्नेः खरतरास्तथाविधा नरोत्तम । यथामेघोदरे सूर्यः प्रविष्टो भाति रश्मिभिः

Ô le meilleur des hommes, de même que les flammes les plus farouches flambent ainsi, de même le soleil—bien qu’entré dans le ventre d’un nuage—resplendit encore de ses rayons.

Verse 25

वल्मीकस्थस्तथाविप्रः पिप्पलो भाति तेजसा । सर्पा दशंति विप्रं तं सक्रोधा दशनैरपि

Et le brāhmaṇa, assis dans la termitière, rayonnait d’une splendeur spirituelle tel le pippala sacré. Pourtant, les serpents—pleins de colère—ne cessaient de le mordre de leurs crocs.

Verse 26

न भिंदंति च दंष्ट्राग्राच्चर्म भित्त्वा नृपोत्तम । एवं वर्षसहस्रैकं तप आचरतस्ततः

Ô le meilleur des rois, même après avoir percé la peau, les pointes de leurs crocs ne se brisent pas. Ainsi, par la suite, il accomplit l’austérité (tapas) durant mille années entières.

Verse 27

गतं तु राजराजेंद्र मुनेस्तस्य महात्मनः । त्रिकालं साध्यमानस्य शीतवर्षातपान्वितः

Mais, ô roi des rois, le temps s’écoula pour ce sage à la grande âme, tandis qu’il accomplissait sa discipline trois fois par jour, endurant le froid, la pluie et l’ardeur du soleil.

Verse 28

गतः कालो महाराज पिप्पलस्य महात्मनः । तद्वच्च वायुभक्षं तु कृतं तेन महात्मना

Ô grand roi, le temps s’écoula pour le noble Pippala, à la grande âme ; et de même, ce grand homme entreprit de ne se nourrir que d’air.

Verse 29

त्रीणि वर्षसहस्राणि गतानि तस्य तप्यतः । तस्य मूर्ध्नि ततो देवैः पुष्पवृष्टिः कृता पुरा

Lorsque trois mille années se furent écoulées tandis qu’il poursuivait ses austérités, les dieux d’autrefois firent pleuvoir des fleurs sur sa tête.

Verse 30

ब्रह्मज्ञोसि महाभाग धर्मज्ञोसि न संशयः । सर्वज्ञानमयोऽसि त्वं संजातः स्वेनकर्मणा

Ô très fortuné, tu es connaisseur de Brahman ; tu es connaisseur du dharma, sans aucun doute. Tu es empli de toute connaissance, né comme fruit de tes propres actes.

Verse 31

यं यं त्वं वांछसे कामं तं तं प्राप्स्यसि नान्यथा । सर्वकामप्रसिद्धस्त्वं स्वत एव भविष्यसि

Quel que soit le désir que tu convoites, c’est précisément celui-là que tu obtiendras, et non autrement. De toi-même, tu deviendras célèbre comme celui dont tous les vœux s’accomplissent.

Verse 32

समाकर्ण्य महद्वाक्यं पिप्पलोपि महामनाः । प्रणम्य देवताः सर्वा भक्त्या नमितकंधरः

Ayant entendu cette grande parole, même Pippala, l’âme élevée, s’inclina ; avec dévotion il se prosterna devant toutes les divinités, la nuque courbée par le respect.

Verse 33

हर्षेण महताविष्टो वचनं प्रत्युवाच सः । इदं विश्वं जगत्सर्वं ममवश्यं यथा भवेत्

Saisi d’une grande joie, il répondit : «Que cet univers tout entier—ce monde dans sa totalité—passe sous mon pouvoir».

Verse 34

तथा कुरुध्वं देवेंद्रा विद्याधरो भवाम्यहम् । एवमुक्त्वा स मेधावी विरराम नृपोत्तम

«Qu’il en soit ainsi—faites selon votre volonté, ô seigneur des dieux ; je deviendrai un Vidyādhara.» Ayant parlé ainsi, ce roi sage et excellent se tut.

Verse 35

एवमस्त्विति ते प्रोचुर्द्विजश्रेष्ठं सुरास्तदा । दत्वा वरं महाभाग जग्मुस्तस्मै महात्मने

Alors les dieux dirent : «Qu’il en soit ainsi», au meilleur des deux-fois-nés. Ayant accordé la grâce, ô bienheureux, ils s’éloignèrent de ce grand sage au noble cœur.

Verse 36

गतेषु तेषु देवेषु पिप्पलो द्विजसत्तमः । ब्रह्मण्यं साधयेन्नित्यं विश्ववश्यं प्रचिंतयेत्

Lorsque ces dieux furent partis, Pippala—le plus éminent des deux-fois-nés—doit sans cesse accomplir le brahmaṇya, la dévotion à Brahman et le respect des brahmanes, et méditer sur la puissance par laquelle le monde entier est maîtrisé.

Verse 37

तदाप्रभृति राजेंद्र पिप्पलो द्विजसत्तमः । विद्याधरपदं लब्ध्वा कामगामी महीयते

Dès lors, ô meilleur des rois, Pippala—le plus éminent des brahmanes—ayant obtenu le rang de Vidyādhara, put se déplacer à son gré et fut hautement honoré.

Verse 38

एवं स पिप्पलो विप्रो विद्याधरपदं गतः । संजातो देवलोकेशः सर्वशास्त्रविशारदः

Ainsi, le brahmane Pippala parvint au rang de Vidyādhara et naquit comme un seigneur dans le monde des devas, parfaitement versé dans tous les śāstras.

Verse 39

एकदा तु महातेजाः पिप्पलः पर्यचिंतयत् । विश्ववश्यं भवेत्सर्वं मम दत्तो वरोत्तमः

Un jour, le très lumineux Pippala réfléchit : «Par le don suprême qui m’a été accordé, que le monde entier soit soumis à ma volonté».

Verse 40

तदर्थं प्रत्ययं कर्तुमुद्यतो द्विजपुंगवः । यं यं चिंतयते कर्तुं तं तं हि वशमानयेत्

Afin d’accomplir ce dessein et d’en établir la certitude, le meilleur des deux-fois-nés s’appliqua à l’œuvre ; tout ce qu’il se propose d’accomplir, cela même il doit le soumettre à son pouvoir.

Verse 41

एवं स प्रत्यये जाते मनसा पर्यकल्पयत् । द्वितीयो नास्ति वै लोके मत्समः पुरुषोत्तमः

Quand une telle conviction naquit, il se représenta en son esprit : «En vérité, dans le monde il n’est point de second qui m’égale, ô Personne Suprême».

Verse 42

सूत उवाच । एवं हि कल्पमानस्य पिप्पलस्य महात्मनः । ज्ञात्वा मानसिकं भावं सारसस्तमुवाच ह

Sūta dit : Ainsi, tandis que le magnanime Pippala méditait, la grue, ayant compris l’état de son esprit, lui adressa la parole.

Verse 43

सरस्तीरगतो राजन्सुस्वरं व्यंजनान्वितम् । स्वनं सौष्ठवसंयुक्तमुक्तवान्पिप्पलं प्रति

Ô Roi, parvenu au rivage du lac, il s’adressa à Pippala d’une voix bien modulée, nette dans l’articulation et empreinte d’une grâce harmonieuse.

Verse 44

कस्मादुद्वहसे गर्वमेवं त्वं परमात्मकम् । सर्ववश्यात्मिकीं सिद्धिं नाहं मन्ये तवैव हि

Pourquoi portes-tu un tel orgueil, te croyant le Paramātman, le Soi suprême ? En vérité, je ne pense pas que t’appartienne la siddhi de maîtrise par laquelle tous deviennent soumis à ta volonté.

Verse 45

वश्यावश्यमिदं कर्म अर्वाचीनं प्रशस्यते । पराचीनं न जानासि पिप्पल त्वं हि मूढधीः

Cette action—qu’elle mène à la maîtrise ou à la dépendance—est louée comme chose proche et mondaine. Mais tu ne connais pas ce qui est transcendant et ancien, ô Pippala ; car ton intelligence est égarée.

Verse 46

वर्षाणां तु सहस्राणि यावत्त्रीणि त्वया तपः । समाचीर्णं ततो गर्वं कुरुषे किं मुधा द्विज

Tu as pratiqué l’ascèse durant trois mille ans ; pourquoi donc t’abandonner en vain à l’orgueil, ô brāhmane ?

Verse 47

कुंडलस्य सुतो धीरः सुकर्मानाम यः सुधीः । वश्यावश्यं जगत्सर्वं तस्यासीच्छृणु सांप्रतम्

Le fils de Kundala était ferme et sage, homme aux actes nobles. Le monde entier—docile ou rebelle—tomba sous son ascendant ; écoute à présent ce qui lui advint.

Verse 48

अर्वाचीनं पराचीनं स वै जानाति बुद्धिमान् । लोके नास्ति महाज्ञानी तत्समः शृणु पिप्पल

Ce sage connaît vraiment ce qui est proche et ce qui est lointain, ce qui vient avant et ce qui vient après. En ce monde, nul grand connaisseur ne lui est égal ; écoute, ô Pippala.

Verse 49

न कुंडलस्य पुत्रेण सदृशस्त्वं सुकर्मणा । न दत्तं तेन वै दानं न ज्ञानं परिचिंतितम्

Par la noble conduite, tu ne ressembles nullement au fils de Kuṇḍala. Il n’a jamais offert de véritable dāna (aumône), ni contemplé le jñāna (connaissance spirituelle).

Verse 50

हुतयज्ञादिकं कर्म न कृतं तेन वै कदा । न गतस्तीर्थयात्रायां न च वह्नेरुपासनम्

Jamais il n’accomplit des rites tels que le homa et le yajña. Il ne fit point de pèlerinage vers les tīrthas sacrés, ni ne rendit culte au feu sacré.

Verse 51

स कदा कृतवान्विप्र धर्मसेवार्थमुत्तमम् । स्वच्छंदचारी ज्ञानात्मा पितृमातृसुहृत्सदा

Ô brāhmane, jamais il n’accomplit d’acte noble au service du dharma. Il vivait selon son bon plaisir, ‘sage’ seulement de nom, et s’opposait sans cesse à son père, à sa mère et à ses bienveillants.

Verse 52

वेदाध्ययनसंपन्नः सर्वशास्त्रार्थकोविदः । यादृशं तस्य वै ज्ञानं बालस्यापि सुकर्मणः

Même celui qui est accompli dans l’étude des Veda et expert du sens de tous les śāstra, sa connaissance n’est pas de la même nature que celle que l’on trouve même chez un simple enfant voué à l’action droite.

Verse 53

तादृशं नास्ति ते ज्ञानं वृथा त्वं गर्वमुद्वहेः । पिप्पल उवाच । को भवान्पक्षिरूपेण मामेवं परिकुत्सयेत्

Tu n’as pas une connaissance de cette sorte; en vain portes-tu l’orgueil. Pippala dit : Qui es-tu, sous forme d’oiseau, pour me dénigrer ainsi ?

Verse 54

कस्मान्निंदसि मे ज्ञानं पराचीनं तु कीदृशम् । तन्मे विस्तरतो ब्रूहि त्वयि ज्ञानं कथं भवेत्

Pourquoi dénigres-tu ma connaissance ? Et à quoi ressemble donc cette connaissance « ancienne » (traditionnelle) ? Dis-le-moi en détail : comment une telle connaissance peut-elle naître en toi ?

Verse 55

अर्वाचीनगतिं सर्वां पराचीनस्य सांप्रतम् । वद त्वमंडजश्रेष्ठ ज्ञानपूर्वं सुविस्तरम्

Dis-moi maintenant, ô le meilleur des nés de l’œuf, avec ampleur et juste compréhension, tout le cours ultérieur des événements ainsi que l’antérieur, tel qu’il se présente à présent.

Verse 56

किं वा ब्रह्मा च विष्णुश्च किं वा रुद्रो भविष्यसि । सारस उवाच । नास्ति ते तपसो भावः फलं नास्ति च तस्य तु

«Deviendras-tu Brahmā et Viṣṇu, ou deviendras-tu Rudra ?» Sārasa dit : «Ton tapas n’a pas d’intention véritable ; dès lors, son fruit non plus n’existe pas.»

Verse 57

त्वया न परितप्तस्य तपसः सांप्रतं शृणु । कुंडलस्यापि पुत्रस्य बालस्यापि यथा गुणः

Écoute maintenant l’austérité que tu n’as pas menée à son plein accomplissement : comment, même chez le fils de Kuṇḍala, bien qu’encore enfant, sa puissance se révéla selon le mérite inné.

Verse 58

तथा ते नास्ति वै ज्ञानं परिज्ञातं न तत्पदम् । इतो गत्वापि पृच्छ त्वं मम रूपं द्विजोत्तम

De même, en vérité tu ne possèdes pas cette connaissance, et tu n’as pas réalisé cet état suprême. Même après être parti d’ici, interroge sur ma forme, ô meilleur des brāhmaṇas.

Verse 59

स वदिष्यति धर्मात्मा सर्वं ज्ञानं तवैव हि । विष्णुरुवाच । एवमाकर्ण्य तत्सर्वं सारसेन प्रभाषितम्

Cet être juste, à l’âme dharmique, te dira assurément toute la connaissance. Viṣṇu dit : Ayant ainsi entendu tout ce que Sārasa avait exposé,

Verse 60

निर्जगाम स वेगेन दशारण्यं महाश्रमम्

Il partit en hâte et parvint à Daśāraṇya, la grande forêt-ermitage.

Verse 61

इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने एकषष्टितमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le soixante et unième chapitre, le récit de Vena, dans le Bhūmi-khaṇḍa du saint Padma Purāṇa.