Dans le dialogue Vasu–Mohinī, Mohinī, après avoir entendu la grandeur de Puruṣottama, demande la gloire de Prayāga et les règles justes du pèlerinage aux tīrtha. Vasu expose d’abord des principes généraux : le tīrtha-yātrā surpasse en fruit de nombreux yajñas, mais seulement s’il est accompagné de dāna, de maîtrise de soi et d’une foi empreinte de bhāva. Il définit les qualités intérieures—contrôle du désir, de la colère et de l’avidité ; endurance ; contentement ; répugnance à recevoir des dons—et avertit que la simple proximité physique, comme les poissons dans la Gaṅgā, est vaine sans bhakti. Le chapitre fixe ensuite les protocoles de voyage et de rite : adorer Gaṇeśa avant le départ ; honorer les Devas, les Pitṛs, les brāhmaṇas et les sādhus ; et les méthodes de śrāddha/tarpaṇa aux tīrtha (matières du piṇḍa et évitement des souillures). Des règles particulières sont données pour Prayāga et Gayā : rasage en temps de deuil, apparence kārpaṭī, refus d’accepter des présents. Il critique les déplacements orgueilleux et précise des degrés de doṣa et de mérite selon les modes de voyage. Enfin, il traite techniquement du rasage (muṇḍana et kṣaura), des exceptions (Kurukṣetra, Viśālā, Virajā, Gayā) et des injonctions propres à la Gaṅgā, fondant la sainteté des tīrtha sur la puissance de l’eau, de la terre et du feu, et sur l’aval des ṛṣi.
Verse 1
वसिष्ठ उवाच । एतच्छ्रुत्वा तु भूपाल मोहिनी विधिनंदिनी । पुरुषोत्तममाहात्म्यं भुक्तिमुक्तिप्रदायकम् ॥ १ ॥
Vasiṣṭha dit : Ô roi, après avoir entendu cela, Mohinī — la fille bien-aimée de Brahmā — reçut et écouta la grandeur de Puruṣottama, qui accorde bhukti et mukti.
Verse 2
पुनः पप्रच्छ तं विप्रं वसुं स्वस्य पुरोहितम् । मोहिन्युवाच । श्रुतमत्यद्भुतं विप्र पुरुषोत्तमसंभवम् ॥ २ ॥
Alors Mohinī interrogea de nouveau le brāhmane Vasu, son propre prêtre familial : « Ô brāhmane, j’ai entendu un récit des plus merveilleux au sujet de la manifestation de Puruṣottama. »
Verse 3
माहात्म्यं चाधुना ब्रूहि प्रयागस्यापि सुव्रत । तीर्थराजः प्रयागाख्यः श्रुतः पूर्वं मया गुरो ॥ ३ ॥
À présent, ô toi aux vœux excellents, dis-moi aussi la sainte grandeur de Prayāga ; car jadis, ô maître vénérable, j’ai entendu que le tīrtha nommé Prayāga est le « roi des lieux de pèlerinage ».
Verse 4
तन्माहात्म्यं ममाख्याहि तीर्थयात्राविधानयुक् । स मान्यानां विशेषाणां तीर्थानां गमने द्विज ॥ ४ ॥
Expose-moi sa grandeur sacrée, avec les règles justes du pèlerinage ; et dis-moi aussi, ô brāhmane, comment se rendre aux tīrtha vénérés et éminents.
Verse 5
यत्कर्त्तव्यं च विधिना नृभिर्द्धर्मपरायणैः । तच्छ्रुत्वा स द्विजो राजन्मोहिन्या भाषितं वचः ॥ ५ ॥
Ô Roi, après avoir entendu de Mohinī ces paroles sur ce que doivent accomplir, selon la règle, ceux qui sont voués au Dharma, ce brāhmane, le deux-fois-né, répondit et agit en conséquence.
Verse 6
सामान्यविधिपूर्वं तत्प्रयागाख्यानमब्रवीत् । वसुरुवाच । श्रृणु भद्रे प्रवक्ष्यामि तीर्थाभिगमने विधिम् ॥ ६ ॥
Après avoir d’abord énoncé les règles générales, il raconta ensuite l’histoire de Prayāga. Vasu dit : « Écoute, ô bienheureuse ; je vais expliquer la juste manière d’approcher un tīrtha. »
Verse 7
यं समाश्रित्य मनुजो यथोक्तं फलमाप्नुयात् । तीर्थाभिगमनं पुण्यं यज्ञैरपि विशिष्यते ॥ ७ ॥
Celui qui s’y réfugie obtient le fruit annoncé. Le mérite d’aller aux tīrtha est tenu pour supérieur même aux rites sacrificiels (yajña).
Verse 8
अनुपोष्य त्रिरात्राणि तीर्थान्यप्यभिगम्य च । अदत्त्वा कांचनं गाश्च दारिद्रो जायते नरः ॥ ८ ॥
Même s’il observe un jeûne de trois nuits et visite les tīrtha, l’homme qui ne donne pas en aumône de l’or et des vaches devient pauvre.
Verse 9
अग्निष्टोमादिभिर्यज्ञैरिष्ट्वा विपुलदक्षिणैः । न तत्फलमवाप्नोति तीर्थाभिगमनेन यत् ॥ ९ ॥
Même après avoir accompli des sacrifices tels que l’Agniṣṭoma, assortis d’abondantes dakṣiṇā offertes aux prêtres, on n’obtient pas le fruit que procure la visite des tīrtha, lieux saints de pèlerinage.
Verse 10
अज्ञानेनापि यस्येह तीर्थामिगमनं भवेत् । सर्वकामसमृद्धः स स्वर्गलोके महीयते ॥ १० ॥
Même si, en ce monde, quelqu’un se rend à un tīrtha par simple ignorance, sans en connaître tout le mérite, il est comblé de tous ses désirs et honoré dans le monde céleste.
Verse 11
स्थानं च लभते नित्यं धनधान्यसमाकुलम् । ऐश्वर्यज्ञानसंपूर्णः सदा भवति भोगवान् ॥ ११ ॥
Il obtient sans cesse une demeure sûre, abondante en richesses et en grains; comblé de prospérité et de connaissance, il devient toujours celui qui jouit des biens légitimes de l’existence.
Verse 12
तारिताः पितररतेन नरकात्प्रपितामहाः । यस्य हस्तौ च पादौ च मनश्चैव सुसंयतम् ॥ १२ ॥
Par celui qui se réjouit de servir les pitṛ, les ancêtres, même les arrière‑grands‑pères sont délivrés de l’enfer; lui dont les mains, les pieds et l’esprit sont parfaitement maîtrisés.
Verse 13
विद्या तपश्च कीर्तिश्च स तीर्थफलमश्नुते । प्रतिग्रहादपावृत्तः संतुष्टो येन केनचित् ॥ १३ ॥
Il goûte véritablement le fruit du tīrtha—par le savoir, l’austérité et la bonne renommée—car il se détourne d’accepter des dons et demeure content de ce qui lui échoit.
Verse 14
अहंकारविमुक्तश्च स तीर्थफलमाप्नुयात । अकल्पको निरारम्भो लघ्वाहारो जितेंद्रियः ॥ १४ ॥
Celui qui s’est affranchi de l’ego obtient véritablement le fruit du pèlerinage au tīrtha. Vivant sans artifice, sans entreprendre de nouveaux commencements, se nourrissant légèrement et ayant vaincu les sens, il reçoit le bénéfice réel du gué sacré.
Verse 15
विनुक्तः सर्वसंगैस्तु स तीर्थफलभाग्भवेत् । तीर्थान्यनुसरन्धीरः श्रद्दधानः समाहितः ॥ १५ ॥
Délivré de tout attachement, on devient un véritable bénéficiaire du fruit des tīrthas. L’esprit ferme, allant de lieu saint en lieu saint avec foi et recueillement, on obtient ce mérite.
Verse 16
कृतपापो विशुध्येत्तु किं पुनः शुद्धकर्मकृत् । अश्रद्दधानः पापार्तो नास्तिकोऽच्छिन्नसंशयः ॥ १६ ॥
Même celui qui a commis des fautes peut être purifié ; combien plus celui qui accomplit des actes purs ! Mais celui qui est sans foi, tourmenté par le péché, nāstika (négateur) et dont les doutes ne sont pas tranchés, n’obtient pas cette purification.
Verse 17
हेतुनिष्टश्च पंचैते न तीर्थफलभागिनः । नृणां पापकृतां तीर्थे पापस्य शमनं भवेत् ॥ १७ ॥
Ces cinq—ceux qui ne s’attachent qu’au raisonnement—ne participent pas au fruit du tīrtha. Pour les hommes qui commettent des fautes, le tīrtha devient un moyen d’apaiser le péché.
Verse 18
यथोक्तफलदं तीर्थं भवेच्छुद्धात्मनां नृणाम् । कामं क्रोधं च लोभं च यो जित्वा तीर्थमाविशेत् । न तेन किञ्चिदप्राप्तं तीर्थाभिगमनाद्भवेत् । तीर्थानि च यथाक्तेन विधिना संचरंति ये । सर्वद्वंद्वसहा धीरास्ते नराः स्वर्गगामिनः ॥ १८ ॥
Le tīrtha n’accorde les fruits proclamés par les śāstras qu’aux hommes au cœur purifié. Celui qui a vaincu le désir, la colère et l’avidité, puis entre dans le tīrtha, ne laisse rien d’inaccompli par ce pèlerinage. Et ceux qui parcourent les tīrthas selon la règle prescrite, fermes et patients, supportant toutes les paires d’opposés, ces hommes vont au ciel (svarga).
Verse 19
गंगादितीर्थेषु वसंति मत्स्या देवालये पक्षिगणाश्च संति । भावोज्झितास्ते न फलं लभंते तीर्थाच्च देवायतनाच्च मुख्यात् ॥ १९ ॥
Les poissons demeurent dans les gués sacrés tels que la Gaṅgā, et des volées d’oiseaux résident aussi dans les temples ; pourtant, privés de bhāva — l’élan intérieur de la bhakti — ils n’obtiennent pas le fruit spirituel, même au tīrtha le plus éminent ou dans le sanctuaire principal de la Divinité.
Verse 20
भावं ततो हृत्कमले निधाय तीर्थानि सेवेत समाहितात्मा । या तीर्थयात्रा कथिता मुनींद्रैः कृता प्रयुक्ता ह्यनुमोदिता च ॥ २० ॥
Ainsi, plaçant ce bhāva dans le lotus du cœur, le chercheur maître de lui-même doit servir et visiter les tīrtha l’esprit concentré. Une telle pèlerinage a été proclamé par les plus grands sages : pratiqué, justement prescrit et véritablement approuvé.
Verse 21
तां ब्रह्मचारी विधिवत्करोति सुसंयतो गुरुणा संनियुक्तः । सर्वस्वनाशेऽप्यथवाल्पपक्षे स ब्राह्मणानग्रत एव कृत्वा ॥ २१ ॥
Le brahmacārin, bien maîtrisé et mandaté par son guru, accomplit ce rite selon la règle. Même si toute sa richesse est perdue, ou s’il ne dispose que d’une faible part de moyens, il doit l’exécuter en plaçant les brāhmaṇa au premier rang, leur donnant la préséance.
Verse 22
यज्ञाधिकारेऽप्यथवा निवृत्ते विप्रस्तु तीर्थानि परिभ्रमेच्च । तीर्थेष्वलं यज्ञफलं हि यस्मात्प्रोक्तं मुनींद्रैरमलस्वभावैः ॥ २२ ॥
Qu’il soit encore habilité à accomplir les sacrifices ou qu’il s’en soit retiré, un brāhmaṇa doit parcourir les tīrtha sacrés. Car dans les tīrtha s’obtient la plénitude du fruit des yajña, ainsi l’ont déclaré les seigneurs des sages, à la nature sans tache.
Verse 23
यस्येष्टियज्ञेष्वधिकारितास्ति वरं गृहं गृहधर्माश्च सर्वे । एवं गृहस्ताश्रमसंस्थितस्य तीर्थे गतिः पूर्वतरैर्निषिद्धा । सर्वाणि तीर्थान्यपि चाग्निहोत्रतुल्यानि नैवेति वदंति केचित् ॥ २३ ॥
Pour celui qui est dûment habilité aux sacrifices iṣṭi, la vie de maison est la meilleure, avec tous les devoirs du gṛhastha. Ainsi, pour qui demeure fermement établi dans l’āśrama du foyer, partir en pèlerinage vers les tīrtha fut interdit par les anciens. Certains disent même que tous les tīrtha ne sont pas, en vérité, l’égal de l’Agnihotra.
Verse 24
यो यः कश्चित्तीर्थयात्रां तु गच्छेत्सुसंयतः स च पूर्वं गृहेषु । कृतावासः शुचिरप्रमत्तः संपूजयेद्भक्तिनम्रो गणेशम् ॥ २४ ॥
Quiconque entreprend un pèlerinage vers les tīrtha sacrés doit partir dans la maîtrise de soi ; et d’abord, tandis qu’il est encore chez lui, après avoir réglé son gîte et ses préparatifs, demeurant pur et vigilant, qu’il vénère Gaṇeśa avec bhakti et humble révérence.
Verse 25
देवान्पितॄन्ब्राह्मणांश्चैव साधून्धीमान्विप्रो वित्तशक्त्या प्रयत्नात् । प्रत्यागतश्चापि पुनस्तथैव देवान्पितृन्ब्राह्मणान्पूजयेच्च ॥ २५ ॥
Un brāhmaṇa avisé doit, selon ses moyens et avec un effort sincère, honorer les Devas, les Pitṛs (ancêtres), les brāhmaṇas et les sādhus. Et, de retour (de son observance ou de son voyage), qu’il vénère de nouveau, de la même manière, les Devas, les Pitṛs et les brāhmaṇas.
Verse 26
एवं कुर्वतस्तस्य तीर्थाद्यदुक्तं फलं तत्स्यान्नात्र संदेहलेशः ॥ २६ ॥
Pour celui qui agit ainsi, le fruit proclamé pour le tīrtha et les observances connexes se produira assurément ; il n’en subsiste pas la moindre trace de doute.
Verse 27
गच्छन्देशान्तरं यस्तु श्राद्धं कुर्यात्स सर्पिषा । यात्रार्थमिति तत्प्रोक्तं प्रवेशे च संशयः ॥ २७ ॥
Celui qui se met en route vers une autre contrée, s’il accomplit un Śrāddha avec du ghee, cela est dit être pour le but du voyage ; mais quant à (la règle ou l’efficacité) au moment de l’entrée ou du retour, il subsiste un doute.
Verse 28
प्रयागे तीर्थयात्रायां पितृमातृवियोगतः । कचानां वपनं कुर्याद् वृथा न विकचो भवेत् ॥ २८ ॥
Lors du pèlerinage vers le tīrtha de Prayāga, celui qui est séparé de son père et de sa mère, ou qui en est privé, doit se raser les cheveux en rite de deuil, afin de ne pas devenir tonsuré sans raison.
Verse 29
उद्यतश्चेद्गयां गंतुं श्राद्धं कृत्वा विधानतः । विधाय कार्पटीवेषं कृत्वा ग्रामप्रदक्षिणाम् ॥ २९ ॥
Si l’on se prépare à se rendre à Gayā, alors—après avoir accompli le Śrāddha selon la règle—qu’on revête l’habit du mendiant (kārpaṭī) et qu’on fasse la pradakṣiṇā, la circumambulation du village.
Verse 30
ततो ग्रामांतरं गत्वा श्राद्धशेषस्य भोजनम् । ततः प्रतिदिनं गच्छैत्प्रतिग्रहविवर्जितः ॥ ३० ॥
Ensuite, s’étant rendu dans un autre village, qu’il ne mange que ce qui reste du Śrāddha. Puis, de jour en jour, qu’il poursuive sa route en s’abstenant d’accepter des dons (pratigraha).
Verse 31
पदेपदेऽश्वमेधस्य स्यात्फलं गच्छतो गयाम् । बलीवर्दसमारूढस्तीर्थं यो याति सुव्रते ॥ ३१ ॥
Ô toi de vœu vertueux, à chaque pas de celui qui se rend à Gayā naît le mérite d’un Aśvamedha ; et celui qui, monté sur un taureau (balīvarda), atteint le tīrtha obtient pareil mérite.
Verse 32
नरके वसते घोरे गवां क्रोधो हि दारुणः । सलिलं च न गृह्णंति पितरस्तस्य देहिनः ॥ ३२ ॥
Il demeure dans un enfer terrible, car la colère des vaches est vraiment redoutable ; et les Pitṛs (ancêtres) de cet être incarné n’acceptent même pas l’offrande d’eau qu’il présente.
Verse 33
ऐश्वर्याल्लोभमोहाद्वा गच्छेद्यानेन यो नरः । निष्फलं तस्य तत्तीर्थं तस्माद्यान विवर्जयेत् ॥ ३३ ॥
Si un homme se rend au tīrtha en véhicule par désir d’apparat, ou par avidité et illusion, ce pèlerinage devient sans fruit pour lui ; c’est pourquoi il faut éviter un tel moyen de transport empreint d’orgueil.
Verse 34
गोयाने गोवधः प्रोक्तो हययाने तु निष्फलम् । नरयाने तदर्द्धं स्यात्पद्भ्यां तच्च चतुर्गुणम् ॥ ३४ ॥
Il est proclamé que voyager en char à bœufs équivaut au péché d’abattre une vache; voyager en voiture à chevaux est sans fruit. Si l’on se déplace en véhicule porté par des hommes (palanquin), la faute n’en est que la moitié; et si l’on marche à pied, cette faute devient quadruple.
Verse 35
वर्षातपादिके छत्री दंडी शर्करकंटके । शरीरत्राणकामोऽसौ सोपानत्कः सदा व्रजेत् ॥ ३५ ॥
Par temps de pluie et de chaleur, qu’on voyage toujours avec un parasol et un bâton; et lorsque le chemin est couvert de gravier ou d’épines, celui qui veut protéger son corps doit marcher chaussé, portant des sandales.
Verse 36
तीर्थं प्राप्यानुषंगेण स्नानं तीर्थे समाचरन् । स्रानजं फलमाप्नोति तीर्थयात्राफलं न तु ॥ ३६ ॥
Celui qui parvient à un tīrtha (gué sacré) seulement par hasard et s’y baigne n’obtient que le fruit du bain, et non le mérite entier d’un pèlerinage accompli avec intention vers le tīrtha.
Verse 37
षोडशांशं स लभते यः परार्थेन गच्छति । अर्द्धं तीर्थफलं तस्य यः प्रसंगेन गच्छति ॥ ३७ ॥
Celui qui part en pèlerinage pour l’affaire d’autrui ne reçoit qu’un seizième du mérite. Mais celui qui y va par fréquentation, compagnie ou circonstance obtient la moitié du fruit du tīrtha.
Verse 38
तीर्थेषु ब्राह्मणं नैव परीक्षेत कदाचन । अत्रार्थिनमनुप्राप्तं भोज्यं तं मनुरब्रवीत् ॥ ३८ ॥
Dans les lieux de pèlerinage, on ne doit jamais éprouver ni scruter un brāhmaṇa. Ici, Manu a déclaré que celui qui arrive dans le besoin, cherchant secours, doit être nourri.
Verse 39
सक्तुभिः पिंडदानं च संयावैः पायसेन वा । बदरामलकैर्वापि पिण्याकैर्वा सुलोचने ॥ ३९ ॥
Ô toi aux beaux yeux, l’offrande de piṇḍa peut être faite avec de la farine d’orge grillée, ou avec des gâteaux saṃyāva, ou avec le doux pāyasa; voire avec des fruits de jujubier et d’āmalaka, ou même avec un tourteau d’huile.
Verse 40
श्राद्धं तु तत्र कर्तव्यमर्च्चावाहनवर्जितम् । श्वध्वांक्षगृध्रपापानां नैव दृष्टिहतं च यत् ॥ ४० ॥
Mais là, le śrāddha doit être accompli sans l’invocation formelle des Pitṛ par l’adoration et l’invitation rituelles (arcā-āvāhana) ; et qu’il ne soit point souillé par le regard ou l’ingérence d’êtres fautifs tels que chiens, corbeaux, vautours et méchants.
Verse 41
श्राद्धं तु तैर्थिकं प्रोक्तं पितॄणां तृप्तिकारकम् । अकालेऽप्यथवा काले तीर्थश्राद्धं तथा नरैः ॥ ४१ ॥
Il est proclamé que le śrāddha accompli en un tīrtha sacré est une cause de contentement pour les Pitṛ. Aussi les hommes doivent-ils accomplir ce tīrtha-śrāddha, que ce soit hors saison ou au moment prescrit.
Verse 42
प्राप्तैरेव सदा तत्र कर्तव्यं पितृतर्पणम् । विलंबो नैव कर्तव्यो नैव विघ्नं समाचरेत् ॥ ४२ ॥
Là même, avec ce qui a été obtenu, qu’on accomplisse toujours le tarpaṇa, l’offrande d’eau aux Pitṛ. Qu’il n’y ait aucun retard, et qu’on ne suscite ni n’entretienne aucun obstacle.
Verse 43
प्रतिकृतिं कुशमयीं तीर्थवारिणि मज्जयेत् । यमुद्दिश्य विशालाक्षि सोऽष्टमांशं फलं लभेत् ॥ ४३ ॥
Ô dame aux grands yeux, qu’on immerge dans l’eau sacrée du tīrtha une effigie faite d’herbe kuśa ; à celui pour qui elle est dédiée, celui-là obtient le huitième du mérite qui en résulte.
Verse 44
कुशोऽसि कुशपुत्रोऽसि ब्रह्मणा निर्मितः पुरा । त्वयि स्नाते तु स स्नातो यस्येदं ग्रंथिबन्धनम् ॥ ४४ ॥
Ô Kuśa, tu es Kuśa, tu es le fils de Kuśa, jadis façonné par Brahmā. Quand tu es lavé et purifié, celui pour qui est fait ce lien noué (cordon sacré, attache rituelle) est tenu, lui aussi, pour purifié par le bain.
Verse 45
मुण्डनं चोपवासश्च सर्वतीर्थेष्वयं विधिः । वर्जयित्वा कुरुक्षेत्रं विशालां विरजां गयाम् ॥ ४५ ॥
Le rasage de la tête (muṇḍana) et le jeûne : telle est la règle prescrite dans tous les tīrthas, à l’exception de Kurukṣetra, Viśālā, Virajā et Gayā.
Verse 46
भौमानामथ तीर्थानां पुण्यत्वे कारणं श्रृणु । यथा शरीरस्योद्देशाः केचिन्मुख्यतमाः स्मृताः ॥ ४६ ॥
Écoute maintenant la raison pour laquelle les tīrthas de la terre sont tenus pour méritoires : de même que, dans le corps, certaines parties sont reconnues comme les plus essentielles.
Verse 47
प्रभावादद्भूमेः सलिलस्य च तेजसः । परिग्रहान्मुनीनां च तीर्थानां पुण्यता स्मृता ॥ ४७ ॥
On enseigne que la sainteté des tīrthas provient de la puissance propre de l’eau et de la terre, et du tejas, le feu sacré; elle vient aussi de la présence purificatrice et de l’accueil bienveillant des munis, les sages.
Verse 48
गंगां संप्राप्य यो देवि मुंडनं नैव कारयेत् । क्रिया तस्याक्रिया सर्वा तीर्थद्रोही भवेत्तथा ॥ ४८ ॥
Ô Déesse, quiconque, parvenu au Gaṅgā, ne fait pas accomplir le rasage prescrit, verra toutes ses actions rituelles comme non accomplies; ainsi devient-il un offenseur du tīrtha.
Verse 49
गंगायां भास्करक्षेत्रे मुंडनं यो न कारयेत् । स कोटिकुलसंयुक्त आकल्पं रौरवं व्रजेत् ॥ ४९ ॥
Celui qui ne fait pas accomplir la tonsure (mūṇḍana) au saint Bhāskara-kṣetra sur la Gaṅgā, lui—avec sa lignée s’étendant à des crores de familles—se rend à l’enfer Raurava pour tout un kalpa.
Verse 50
गंगां प्राप्य सरिच्छ्रेष्ठां कल्पांतपापसंचयाः । केशानाश्रित्य तिष्ठंति तस्मात्तान्परिवर्जयेत् ॥ ५० ॥
Ayant atteint la Gaṅgā, la meilleure des rivières, des amas de péchés accumulés jusqu’à la fin d’un kalpa s’attachent aux cheveux et y demeurent; c’est pourquoi il faut éviter de conserver ces cheveux.
Verse 51
यावंति नखलोमानि गंगातोये पतंति वै । तावद्वर्षसहस्राणि स्वर्गलोके महीयते ॥ ५१ ॥
Autant d’ongles et de cheveux tombent dans les eaux de la Gaṅgā, autant de milliers d’années l’on est honoré et l’on jouit de la gloire dans le monde céleste.
Verse 52
प्रयागव्यतिरेके तु गंगायां मुंडनं न हि । योऽन्यथा कुरुते मोहात्स महारौरवं विशेत् ॥ ५२ ॥
Sauf à Prayāga, la tonsure dans la Gaṅgā n’est pas prescrite. Celui qui, par égarement, agit autrement, entrera dans le grand enfer nommé Mahāraurava.
Verse 53
स जीवत्पितृको यस्तु तीर्थं प्राप्य विधानवित् । क्षौरं समाचरेन्नैव श्मश्रूणां वपनं सति ॥ ५३ ॥
Mais l’homme dont le père est encore en vie, même s’il parvient à un tīrtha et connaît la règle rituelle, ne doit pas accomplir le kṣaura (rasage rituel) ; là, il ne doit pas non plus raser sa barbe ni sa moustache.
Verse 54
गयादावपि देवेशि श्मश्रूणां वपनं विना । न क्षौरं मुनिभिः सर्वैर्निषिद्धं चेति कीर्तितम् ॥ ५४ ॥
Ô Déesse, même à Gayā, le rasage de la tête n’est pas dit interdit par tous les sages; mais le rasage de la barbe et de la moustache doit être évité.
Verse 55
सश्मश्रुकेशवपनं मुंडनं तद्विदुर्बुधाः । न क्षौरं मुंडनं सुभ्रु कीर्तितं वेदवेदिभिः ॥ ५५ ॥
Les sages savent que le « muṇḍana » est l’enlèvement à la fois de la barbe et des cheveux. Ô toi aux beaux sourcils, les connaisseurs du Veda déclarent que le simple rasage (kṣaura) n’est pas ce qu’on appelle muṇḍana.
Verse 56
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे बृहदुपाख्याने उत्तरभागे वसुमोहिनीसंवादे प्रयागराजमाहगात्म्ये तीर्थविधिर्नाम द्विषष्टितमोऽध्यायः ॥ ६२ ॥
Ainsi s’achève le soixante-deuxième chapitre, intitulé « Tīrtha-vidhi (la procédure des lieux saints) », dans la section Prayāgarāja-māhātmya, au sein du dialogue entre Vasu et Mohinī, dans l’Uttara-bhāga du Grand Récit du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.
Because tīrtha-phala is presented as a transformation of the pilgrim’s inner state, not a mechanical result of location; without bhāva and restraint, one remains like creatures dwelling in holy places—physically present yet spiritually unreceptive—therefore not eligible for the śāstric fruits.
Travel motivated by display, greed, or delusion is said to nullify the pilgrimage’s fruit; the text assigns varying degrees of fault to certain conveyances and recommends self-restrained travel, emphasizing intention and humility over comfort or status.
It defines muṇḍana as removal of both head-hair and beard/moustache, while kṣaura is mere shaving; it then applies nuanced prohibitions/exceptions (especially at Gaṅgā, Prayāga, and Gayā) based on ritual context and eligibility (e.g., father living).