Uttara BhagaAdhyaya 4055 Verses

The Account of the Fruits of Bathing at Particular Sacred Places (Tīrtha-viśeṣa-snāna-phala)

Dans le dialogue Mohinī–Vasu du Gaṅgā-māhātmya (Uttara-bhāga), Vasu dresse une hiérarchie du dharma concernant les fruits du bain dans la Gaṅgā (Gaṅgā-snāna). Il établit d’abord des degrés selon le temps : se baigner tout le mois de Māgha mène au monde d’Indra puis à la cité de Brahmā ; l’austérité réglée (comme la restriction alimentaire durant uttarāyaṇa) et les bains de saṅkrānti sont liés à Viṣṇu-loka. Le chapitre décrit ensuite des conjonctions calendaires rares—passages d’équinoxe/solstice, Akṣayā tithi, débuts de manvantara et de yuga, nakṣatra-yoga exceptionnels, parva, Mahodaya/Ardhodaya et bain lors des éclipses—présentées comme multiplicateurs de mérite et purificateurs des fautes depuis la naissance. Vasu passe alors du temps au lieu, affirmant l’augmentation du puṇya selon la localité : comparaisons avec Kurukṣetra, puis les régions du Vindhya, puis Kāśī, et enfin trois nœuds suprêmes de délivrance—Gaṅgādvāra/Haridwar, Prayāga et la confluence avec l’océan. Il énumère enfin de nombreux tīrtha (Kuśāvarta, Kanakhala, lieu de la manifestation Saukara/Varāha, Brahmā-tīrtha, Kubja, Kāpila, Veṇīrājya au confluent Sarayū–Gaṅgā, Gāṇḍava, Rāma-tīrtha, Soma-tīrtha, Campaka, Kalaśa, Somadvīpa, lac de Jahnu, Aditi/Tāraka, Kaśyapa/Śiloccaya, Indrāṇī, Pradyumna, Dakṣa-Prayāga, Yamunā), promettant un mérite égal aux sacrifices, la guérison, la destruction du péché et l’accès au ciel ou à l’état de Viṣṇu.

Shlokas

Verse 1

वसुरुवाच । अथ कालविशेषे तु गंगास्नानस्य ते फलम् । कीर्तयिष्यामि वामोरु सावधाना निशामय ॥ १ ॥

Vasu dit : À présent, quant aux moments particuliers, je vais te décrire le fruit du bain dans la Gaṅgā. Ô toi aux cuisses gracieuses, écoute avec attention.

Verse 2

नैरंतर्येण गंगाया माघे स्नाति च यो नरः । सशक्रलोके सुचिरं कालं तिष्ठेत्सगोत्रजः ॥ २ ॥

Quiconque se baigne sans interruption dans la Gaṅgā durant le mois de Māgha—cet homme, avec ses parents du même lignage, demeure très longtemps dans le monde de Śakra (Indra).

Verse 3

ततो ब्रह्मपुरं याति कल्पकोटिशतायुतैः । नैरंतर्येण विधिवद्गङ्गायां स्नाति यो नरः ॥ ३ ॥

Ensuite, l’homme qui se baigne dans la Gaṅgā sans discontinuer et selon le rite prescrit atteint la cité de Brahmā (Brahmapura) durant des centaines de crores de kalpas.

Verse 4

षण्मासमेककालाशी सकृदेवोत्तरायणे । सोऽपि विष्णुपदं याति कुलानां शतमुद्धरन् ॥ ४ ॥

Même celui qui ne mange qu’une fois par jour durant six mois, et ne le fait qu’une seule fois pendant l’Uttarāyaṇa, atteint le Viṣṇupada—demeure de Viṣṇu—en délivrant cent générations de sa lignée.

Verse 5

संक्रांतिषु तु सर्वासु स्नात्वा गङ्गाजले नरः । विमानेनार्कवर्णेन स व्रजेद्विष्णुमंदिरम् ॥ ५ ॥

Mais à chaque Saṅkrānti, l’homme qui se baigne dans les eaux de la Gaṅgā se rend au sanctuaire-demeure de Viṣṇu, porté par un vimāna céleste aux teintes du soleil.

Verse 6

विषुवेऽयनसंक्रांतौ विशेषात्फलमीरितम् । तपःसमं कार्तिकेऽपि गङ्गास्नाने फलं विदुः ॥ ६ ॥

Il est proclamé que se baigner à l’équinoxe et aux transitions solsticiales confère un mérite particulier. On sait aussi que le bain dans la Gaṅgā au mois de Kārtika accorde un fruit égal à celui d’une grande austérité (tapas).

Verse 7

मेषप्रवेशार्ककाले कार्तिक्यां वापि मोहिनि । माघस्नानाधिकं प्राहुः कमलासनपूर्वकाः ॥ ७ ॥

Ô Mohinī, les sages, à commencer par Brahmā au siège de lotus, déclarent que le bain sacré de Māgha est le plus excellent—qu’il soit accompli lorsque le Soleil entre en Meṣa (Bélier) ou même au mois de Kārttika.

Verse 8

संवत्सरस्नानजन्यं फलमक्षयके तिथौ । कार्तिके वापि वैशाखे इति प्राह पिता तव ॥ ८ ॥

«Le mérite engendré par le bain accompli régulièrement durant une année entière s’obtient au tithi Akṣayā (impérissable), surtout s’il survient en Kārttika ou en Vaiśākha», ainsi ton père l’a proclamé.

Verse 9

मन्वादौ च युगादौ यत्प्रोक्तं गंगाजले फलम् । स्नानैन याज्यवनिते त्रिमास्यापि च तत्फलम् ॥ ९ ॥

Ô vénérable dame digne d’adoration, le mérite proclamé pour le bain dans les eaux de la Gaṅgā au commencement d’un Manvantara et au commencement d’un Yuga—en observant aussi le vœu de Trīmāsya—on obtient ce même mérite.

Verse 10

द्वादश्यां श्रवणर्क्षे च अष्टम्यां पुष्ययोगतः । आर्द्रायां च चतुर्दश्यां गंगास्नानं सुदुर्लभम् ॥ १० ॥

Un bain dans la Gaṅgā est d’une rareté extrême (et d’un mérite souverain) lorsque surviennent : le tithi Dvādaśī sous la constellation Śravaṇa, le tithi Aṣṭamī uni au yoga Puṣya, et le tithi Caturdaśī sous la constellation Ārdrā.

Verse 11

पूर्णिमा माधवे पुण्या तथा कार्तिकमाघयोः । अमावस्यास्तथैतेषां गंगास्नाने सुदुर्लभाः ॥ ११ ॥

La pleine lune du mois de Mādhava (Vaiśākha) est sainte ; de même les pleines lunes de Kārttika et de Māgha. De même encore, les nouvelles lunes (amāvāsyā) de ces mois, lorsqu’on se baigne dans la Gaṅgā, sont d’une rareté extrême et d’un grand mérite.

Verse 12

कृष्णाष्टम्यां सहस्रं तु शतं स्यात्सर्वपर्वसु । अमायां च तथाष्टम्यां माघासितदले सति ॥ १२ ॥

Au jour de Kṛṣṇa-aṣṭamī (le huitième de la quinzaine sombre), le mérite est mille fois accru ; à tous les jours de fête sacrée (parva), il est cent fois accru. De même, au jour d’amāvāsyā (nouvelle lune) et aussi au huitième, lorsqu’ils tombent dans la moitié sombre du mois de Māgha, le mérite s’en trouve tout particulièrement augmenté.

Verse 13

अर्धोदयं तदा पर्वकिंचिन्न्यूनं महोदयः । महोदये शतगुणं लक्षमर्द्धोदये स्मृतम् ॥ १३ ॥

En ce temps-là, le Mahodaya est tenu, comme conjonction sacrée, pour légèrement inférieur à l’Ardhodaya. Il est enseigné que le mérite (phala) y est centuplé au Mahodaya, tandis qu’à l’Ardhodaya il est dit cent mille fois accru.

Verse 14

स्नानं गंगाजले देवि ग्रहणाच्चन्द्रसूर्ययोः । मासत्रयस्नानफलं फाल्गुनाषाढ मासयोः ॥ १४ ॥

Ô Déesse, se baigner dans les eaux du Gaṅgā au moment d’une éclipse de lune ou de soleil confère un mérite égal à celui de trois mois de bains, surtout aux mois de Phālguna et d’Āṣāḍha.

Verse 15

जन्मर्क्षे तु कृते स्नाने गंगायां भक्तिभावतः । जन्मप्रभृति पापं वै संचितं हि विनश्यति ॥ १५ ॥

Mais lorsque l’on se baigne dans le Gaṅgā le jour de son astre natal, avec un cœur de bhakti, les péchés amassés depuis la naissance sont, en vérité, anéantis.

Verse 16

चतुर्दश्यां माघकृष्णे व्यतीपातश्च दुर्लभः । कृष्णाष्टम्यां विशेषेण वैधृतिर्जाह्नवीजले ॥ १६ ॥

Au quatorzième jour de la quinzaine sombre de Māgha, le yoga Vyatīpāta est rare ; et au huitième jour de la quinzaine sombre, tout particulièrement, le yoga Vaidhṛti (se produit) dans les eaux de la Jāhnavī (Gaṅgā).

Verse 17

माघं सकलमेवापि नरो यो विधिपूर्वकम् । अरुणोदयके स्नायी स तु जातिस्मरो भवेत् ॥ १७ ॥

L’homme qui, durant tout le mois de Māgha, se baigne selon la règle prescrite au moment de l’aruṇodaya (l’aube), devient celui qui se souvient de ses existences antérieures.

Verse 18

सर्वशास्त्रार्थविज्ज्ञानी नीरोगश्च भवेद्भ्रुवम् । संक्रांत्यां पक्षयोरंते ग्रहणे चंद्रसूर्ययोः ॥ १८ ॥

Celui qui accomplit l’observance prescrite devient connaisseur du sens véritable de tous les śāstra et, assurément, se trouve délivré des maladies—surtout lorsqu’elle est pratiquée à la Saṅkrānti, à la fin de l’une ou l’autre quinzaine, et lors des éclipses de la Lune ou du Soleil.

Verse 19

गंगास्नातो नरः कामाद्ब्रह्मणः सदनं लभेत् । इंदोर्लक्षगुणं प्रोक्तं रवेर्दशगुणं ततः ॥ १९ ॥

Celui qui se baigne dans la Gaṅgā—même poussé par un désir mondain—atteint la demeure de Brahmā. Le mérite de ce bain est dit cent mille fois accru lorsque la Lune est favorable, puis dix fois encore lorsque le Soleil est favorable.

Verse 20

गंगातीरे तु संप्राप्ता इंदोः कोटी रवेर्दश । वारुणेन समायुक्ता मधौ कृष्णा त्रयोदशी । गंगायां यदि लभ्येत सूर्यग्रहशतैः समा ॥ २० ॥

Lorsque, sur la rive de la Gaṅgā, au mois de Madhu (Caitra), survient la Trayodaśī (treizième jour) de la quinzaine sombre, jointe à l’influence de Vāruṇa (l’élément eau), si l’on peut l’obtenir et l’observer à la Gaṅgā, elle confère un mérite égal à dix crores d’éclipses lunaires et à cent éclipses solaires.

Verse 21

ज्येष्ठे मासि क्षितिसुतदिने शुक्लपक्षे दशम्यां हस्ते शैलादवतरदसौ जाह्नवी मर्त्यलोकम् । पापान्यस्यां हरति हि तिथौ सा दशैषाद्यगंगा पुण्यं दद्यादपि शतगुणं वाजिमेधक्रतोश्च ॥ २१ ॥

Au mois de Jyeṣṭha, le jour du fils de la Terre (Maṅgala), dans la quinzaine claire, à la dixième tithi (Daśamī), lorsque la Lune se tient dans le nakṣatra Hasta, alors cette Jāhnavī (la Gaṅgā) descendit de la montagne vers le monde des mortels. En cette tithi même, elle efface véritablement les péchés; et cette ‘première’ Gaṅgā-daśamī accorde un mérite cent fois supérieur au sacrifice Vājimedha.

Verse 22

महापातकसंघानि यानि पापानि संति मे । गोविंदद्वादशीं प्राप्य तानि मे हन जाह्नवि ॥ २२ ॥

Quels que soient les amas de grands péchés et les autres fautes qui se trouvent en moi—ayant obtenu l’observance de Govinda-Dvādaśī—ô Jāhnavī (Gaṅgā), détruis-les pour moi.

Verse 23

मघासंज्ञेन ऋक्षेण चंद्रः संपूर्णमंडलः । गुरुणा याति संयोगं तन्महत्वं तिथेः स्मृतम् ॥ २३ ॥

Lorsque la Lune, parfaite en son disque, entre en conjonction avec Guru (Jupiter) dans la demeure lunaire nommée Maghā, on s’en souvient comme du mahātmyā, la grandeur particulière de ce tithi.

Verse 24

गंगायां यदि लभ्येत सूर्यग्रहशतैः समा । अथ देशविशेषेण स्नानस्य फलमुच्यते ॥ २४ ॥

Si, dans la Gaṅgā, on obtient le fruit du bain sacré égal à des centaines d’éclipses solaires, alors sont maintenant exposés les fruits du bain rituel selon la spécificité de chaque lieu.

Verse 25

कुरुक्षेत्राद्दशगुणा यत्र तत्रावगाहिता । कुरुक्षेत्राच्छतगुणा यत्र विंध्येन संयुता ॥ २५ ॥

Partout où l’on s’immerge et se baigne dans ce tīrtha, le mérite est dix fois celui de Kurukṣetra ; et là où ce lieu est associé au Vindhya, le mérite devient cent fois celui de Kurukṣetra.

Verse 26

विंध्याच्छतगुणा प्रोक्ता काशीपुर्यां तु जाह्नवी । सर्वत्र दुर्लभा गंगा त्रिषु स्थानेषु चाधिका ॥ २६ ॥

À Kāśīpuri, la Jāhnavī (Gaṅgā) est déclarée cent fois plus méritoire qu’au Vindhya. Bien que la Gaṅgā soit difficile à obtenir partout, en trois lieux elle est d’une supériorité accrue.

Verse 27

गंगाद्वारे प्रयागे च गंगासागरसंगमे । एषु स्नाता दिवं यांति ये मृतास्तेऽपुनर्भवाः ॥ २७ ॥

Ceux qui se sont baignés à Gangādvāra (Haridwar), à Prayāga et au confluent où la Gaṅgā rejoint l’océan (Gaṅgā-Sāgara), s’ils meurent ensuite, vont au ciel et ne reviennent plus à la naissance.

Verse 28

गंगाद्वारे कुशावर्ते स्नाने पुण्यफलं श्रृणु । सप्तानां राजसूयानां फलं स्यादश्वमेधयोः ॥ २८ ॥

Écoute le mérite obtenu en se baignant à Kuśāvarta, à Gaṅgādvāra : on dit qu’il confère le fruit de sept sacrifices Rājasūya ainsi que le fruit de l’Aśvamedha.

Verse 29

उषित्वा तत्र मासार्द्धं षण्णां विश्वजितां फलम् । दशायुतानां तु गवां दानपुण्यं विदुर्बुधाः ॥ २९ ॥

Les sages enseignent qu’en demeurant là une demi-lune, on obtient le fruit de six sacrifices Viśvajit et le mérite d’offrir cent mille vaches en don.

Verse 30

सरोत्तमेऽथ गोविंदं रुद्रं कनखले स्थितम् । स्नात्वा वाप्येषु गंगायां पुण्यमक्षयमाप्नुयात् ॥ ३० ॥

Ensuite, à Sarottama, qu’on contemple Govinda et aussi Rudra, qui demeure à Kanakhala. En se baignant dans les bassins de là et dans la Gaṅgā, on obtient un mérite dharmique inépuisable.

Verse 31

तीर्थं च सौकरं नाम महापुण्यं शुभे श्रृणु । यस्मिन्नाविरभूत्पूर्वं वाराहाकृतिरच्युतः ॥ ३१ ॥

Écoute, ô être de bon augure, le tīrtha nommé Saukara, d’un mérite immense : c’est là qu’autrefois l’Impérissable Acyuta se manifesta pour la première fois sous la forme de Varāha, le Sanglier divin.

Verse 32

शतस्याग्निचितां पुण्यं ज्योतिष्टोमद्वयस्य च । अग्निष्टोमसहस्रस्य फलमाप्नोति मानवः ॥ ३२ ॥

Un être humain obtient le mérite de cent rites Agnicayana, de deux sacrifices Jyotiṣṭoma, et le fruit de mille sacrifices Agniṣṭoma.

Verse 33

तत्रैव ब्रह्मणस्तीर्थे ज्योतिष्टोमायुतस्य च । अश्वमेधत्रयस्यापि स्नातः पुण्यं लभेन्नरः ॥ ३३ ॥

Là même, au tīrtha sacré de Brahmā, celui qui s’y baigne obtient un mérite égal à dix mille sacrifices Jyotiṣṭoma, et aussi à trois sacrifices Aśvamedha.

Verse 34

कुब्जाख्यं तीर्थमनघं यत्र च व्याधयोऽखिलाः । नश्यंति सर्वजन्मोत्थं पातकं चापि मोहिनि ॥ ३४ ॥

Il est un tīrtha sans souillure nommé Kubja ; là, toutes les maladies sont détruites, et même les péchés amassés au fil de toutes sortes de naissances s’évanouissent, ô enchanteresse.

Verse 35

अत्रान्यत्कापिलं तीर्थं यत्र स्नातो नरः शुभे । कपिलाष्टायुतस्यापि दानतुल्यफलं लभेत् ॥ ३५ ॥

Ici, ô bienheureuse, se trouve un autre tīrtha nommé Kāpila ; l’homme qui s’y baigne reçoit un fruit de mérite égal au don en aumône de quatre-vingt mille vaches fauves.

Verse 36

गंगाद्वारे कुशावर्ते बिल्वके नीलपर्वते । तीर्थे कनखले स्नात्वा धूतपापो व्रजेद्दिवम् ॥ ३६ ॥

Après s’être baigné aux tīrthas sacrés—à Gaṅgādvāra, à Kuśāvarta, à Bilvaka, à Nīlaparvata et au tīrtha de Kanakhala—ses péchés sont lavés, et il s’en va au ciel.

Verse 37

पवित्रार्थं ततस्तीर्थं सर्वतीर्थोत्तमोत्तमम् । द्वयोर्विश्वजितोस्तत्र स्नानात्पुण्यं लभेन्नरः ॥ ३७ ॥

Ensuite, pour la purification, il convient d’approcher ce tīrtha, le plus éminent parmi les meilleurs de tous les lieux de pèlerinage ; celui qui s’y baigne, aux deux tīrthas nommés Viśvajit, obtient le mérite.

Verse 38

वेणीराज्यं ततस्तीर्थं सरयूर्यत्र गंगया । सुपुण्यया महापुण्या स्वसा स्वस्रेव संगता ॥ ३८ ॥

Vient ensuite le gué sacré nommé Veṇīrājya, où la rivière Sarayū rejoint la Gaṅgā ; la Sarayū, d’une sainteté immense, telle une sœur, s’unit à sa sœur au mérite suprême (Gaṅgā).

Verse 39

हरेर्दक्षिणपादाब्जक्षालनादमरापगा । वामपादोद्भवा वापि सरयूर्मानसप्रसूः ॥ ३९ ॥

Du lavage du lotus du pied droit de Hari naquit le fleuve céleste (la Gaṅgā) ; et du pied gauche naquit la Sarayū, née de l’esprit, c’est-à-dire manifestée par la volonté divine.

Verse 40

तीर्थे तत्रार्चयन् रुद्रं विष्णुं विष्णुत्वमाप्नुयात् । पञ्चाश्वमेधफलदं स्नानं तत्र प्रकीर्तितम् ॥ ४० ॥

En ce tīrtha, celui qui vénère Rudra atteint l’état de Viṣṇu. Il est proclamé que s’y baigner confère un mérite égal à cinquante sacrifices Aśvamedha.

Verse 41

ततस्तु गांडवं तीर्थं गंडकी यत्र संगता । गोसहस्रस्य दानं च तत्र स्नानं समं द्वयम् ॥ ४१ ॥

Vient ensuite le tīrtha sacré nommé Gāṇḍava, où la rivière Gaṇḍakī se joint (aux autres eaux). Il est déclaré que s’y baigner équivaut, en mérite, au don de mille vaches : l’un et l’autre portent le même fruit spirituel.

Verse 42

रामतीर्थं ततः पुण्यं वैकुंठं यत्र सन्निधौ । सोमतीर्थं ततः पुण्यं यत्रासौ नकुलो मुनिः ॥ ४२ ॥

Vient ensuite le saint Rāma-tīrtha ; c’est Vaikuṇṭha lui-même, car le Seigneur y est présent. Puis vient le sacré Soma-tīrtha, où demeure le sage Nakula.

Verse 43

समभ्यर्च्य शिवं ध्यायन्गणतां तु समाययौ । चंपकाख्यं पुण्यतीर्थं यद्गंगोत्तरवाहिनी ॥ ४३ ॥

Après avoir dûment adoré Śiva et médité sur Lui, il obtint le rang d’un Gaṇa, serviteur de Śiva. Puis il parvint au tīrtha sacré nommé Campaka, où le Gaṅgā s’écoule vers le nord.

Verse 44

मणिकर्णिकया तुल्यं महापातकनाशनम् । कलशाख्यं ततस्तीर्थं कलशादुत्थितो मुनिः ॥ ४४ ॥

Vient ensuite le tīrtha nommé Kalaśa, égal à Maṇikarṇikā par sa puissance d’anéantir les plus grands péchés. Du kalaśa, le vase sacré, le sage surgit.

Verse 45

अगस्त्यः पूजयन्यत्र रुद्रं मुनिवरोऽभवत् । सोमद्वीपं महापुण्यं तीर्थं वाराणसीसमम् ॥ ४५ ॥

Là, Agastya, en adorant Rudra, devint le plus éminent des sages. Ce Somadvīpa est un tīrtha d’un mérite suprême, comparable à Vārāṇasī.

Verse 46

सोमो यत्रार्चयन्नीशं रुद्रेण शिरसा धृतः । विश्वामित्रस्य भगिनी गंगया यत्र संगता ॥ ४६ ॥

C’est le lieu où Soma adora le Seigneur (Īśa), où il fut porté sur la tête de Rudra, et où la sœur de Viśvāmitra rencontra puis se fondit dans le fleuve Gaṅgā.

Verse 47

तत्राप्लुतो नरो भूयाद्वासवस्य प्रियोऽतिथिः । जह्नुह्रदे महातीर्थे स्नातो मर्त्यो हि मोहिनि ॥ ४७ ॥

Ô Mohinī, celui qui s’y baigne — dans le grand tīrtha appelé le Lac de Jahnu — redevient un hôte cher et bienvenu de Vāsava (Indra).

Verse 48

एकविंशतिकुल्यानां तारको भवति ध्रुवम् । तस्माददितितीर्थं च यत्रावापादितिर्हरिम् ॥ ४८ ॥

Parmi les vingt et un chenaux (kulyā), le gué sacré nommé Tāraka est tenu, assurément, pour le plus inébranlable. C’est pourquoi on l’appelle Aditi-tīrtha, le passage saint où Aditi obtint Hari (Viṣṇu).

Verse 49

कश्यपात्तत्र सुभगे स्नानमाहुर्महोदयम् । शिलोच्चयं महातीर्थँ यत्र तप्त्वा तपः प्रजाः ॥ ४९ ॥

Ô toi l’auspicieuse, on déclare que se baigner là—au tīrtha de Kaśyapa—apporte un grand essor spirituel. Ce lieu est le grand pèlerinage nommé Śiloccaya, où les êtres ont pratiqué l’ascèse et se sont purifiés.

Verse 50

तृणादिभिः सह स्वर्गं यांति तीर्थगणाश्रयात् । इंद्राणीनामतीर्थं स्याद्यत्रेंद्राणी तु वासवम् ॥ ५० ॥

En prenant refuge auprès de la multitude des tīrthas, même des êtres aussi infimes que des brins d’herbe et autres atteignent le ciel. Il est un lieu saint nommé Indrāṇī-tīrtha, où l’on dit qu’Indrāṇī (Śacī) retrouva Vāsava, Indra.

Verse 51

तपस्तप्त्वा पतिं लेभे सेव्यमेतत्प्रयागवत् । पुण्यदं स्नातकं तीर्थं विश्वामित्रस्तपश्चरन् ॥ ५१ ॥

Après avoir pratiqué l’ascèse, elle obtint un époux. Ce tīrtha doit être fréquenté comme Prayāga. C’est un lieu de bain qui donne du mérite; même Viśvāmitra, en accomplissant le tapas, l’honora.

Verse 52

यत्र ब्रह्मर्षितां लेभे क्षत्त्रियस्तीर्था सेवया । प्रद्युम्नतीर्थं तपसा ख्यातं यत्र स्मरो हरेः ॥ ५२ ॥

Là, par le service rendu au tīrtha, un kṣatriya atteignit l’état de brahmarṣi. Ce lieu est renommé comme Pradyumna-tīrtha grâce à la puissance de l’ascèse, où Smara (Kāma) est associé à Hari (Viṣṇu).

Verse 53

प्रद्युम्ननामा पुत्रोऽभूत्परं तत्र महोदयम् । ततो दक्षप्रयागं तु गंगातो यमुनागत ॥ ५३ ॥

Là naquit un fils nommé Pradyumna — événement véritablement très auspicious. Ensuite, depuis la Gaṅgā, il se rendit à Dakṣa-Prayāga, puis parvint à la Yamunā.

Verse 54

स्नात्वा तत्राक्षयं पुण्यं प्रयाग इव लभ्यते ॥ ५४ ॥

En s’y baignant, on obtient un mérite spirituel impérissable, tout comme à Prayāga.

Verse 55

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणोत्तरभागे मोहिनीवसुसंवादे गंगामाहात्म्ये स्थलविशेषस्नानफलकथनं नाम चत्वारिंशत्तमोऽध्यायः ॥ ४० ॥

Ainsi s’achève le quarantième chapitre, intitulé «Exposé des fruits du bain dans des lieux sacrés particuliers», dans l’Uttara-bhāga du Śrī Bṛhan-Nāradīya Purāṇa, au sein du dialogue entre Mohinī et Vasu, dans la section sur la Gloire de la Gaṅgā.

Frequently Asked Questions

The chapter ranks Māgha as the peak season for Gaṅgā-snāna, explicitly stating its superiority even when compared with highly praised times such as Kārttika and solar-ingress occasions, presenting Māgha as the most potent convergence of vrata discipline and tīrtha potency.

Gaṅgādvāra (Haridwar), Prayāga (confluence region), and the Gaṅgā’s meeting with the ocean (commonly identified with Gaṅgā-sāgara) are presented as three particularly superior locations; dying after bathing there is said to lead to heaven without return.

It uses a Purāṇic equivalence model: tīrtha-snāna and tīrtha-sevā are framed as accessible substitutes for large śrauta rites (Aśvamedha, Rājasūya, Jyotiṣṭoma, Agniṣṭoma), assigning quantified “sacrifice-equivalent” merit to specific sites and times to guide lay practice.