
संज्ञोपाख्यानम् (Saṃjñopākhyānam)
Shumbha and Nishumbha
Cet adhyaya raconte comment Saṃjñā, ne pouvant supporter l’ardeur et l’éclat de Sūrya, se retire pour accomplir l’ascèse et laisse à sa place Chhāyā, son « Ombre ». De Sūrya naissent Yama et Yamunā ; la vérité se dévoile ensuite, traversant peine, devoir et rétablissement de l’harmonie familiale selon le Dharma.
Verse 1
षट्सप्ततितमः सप्तसप्ततितमोऽध्यायः- ७७ मārkaṇḍeya uvāca मार्तण्ड रस्यवेर्भार्या तनया विश्वकर्मणः । संज्ञा नाम महाभाग तस्यां भानुरजीजनत् ॥
Mārkaṇḍeya dit : Ô noble seigneur, Saṃjñā, fille de Viśvakarman, devint l’épouse de Mārtaṇḍa (le Soleil). En elle, Bhānu (le Soleil) engendra une descendance.
Verse 2
मनुं प्रख्यातयशसमनेकज्ञानपारगम् । विवस्वतः सुतो यस्मात्तस्माद्वैवस्वतस्तु सः ॥
Ce Manu, de renommée éclatante et parvenu à l’autre rive de maints savoirs, étant fils de Vivasvān, est donc appelé Vaivasvata.
Verse 3
संज्ञा च रविणा दृष्टा निमीलयति लोचने । यतस्ततः सरोषोऽर्कः संज्ञां निष्ठुरमब्रवीत् ॥
Et Saṃjñā, sous le regard de Ravi (le Soleil), ferma les yeux ; dès lors Arka (le Soleil), irrité, adressa à Saṃjñā des paroles dures.
Verse 4
मयि दृष्टे सदा यस्मात् कुरुषे नेत्रसंयमम् । तस्माज्जनिष्यसे मूढे प्रजासंयमनं यमम् ॥
Car, chaque fois que tu me regardes, tu ne cesses de retenir et d’abaisser tes yeux ; c’est pourquoi, ô insensée, tu enfanteras Yama, celui qui réfrène et gouverne les créatures.
Verse 5
मार्कण्डेय उवाच । ततः सा चपलां दृष्टिं देवी चक्रे भयाकुला । विलोलितदृशं दृष्ट्वा पुनराह च तां रविः ॥
Mārkaṇḍeya dit : Alors la déesse (Saṃjñā), ébranlée par la peur, rendit son regard instable. Voyant ses yeux vaciller, Ravi (le Soleil) lui parla de nouveau.
Verse 6
यस्माद्विलोलिता दृष्टिर्मयि दृष्टे त्वयाधुना । तस्माद्विलोलां तनयां नदीं त्वं प्रसविष्यसि ॥
Puisque, à présent, ton regard vacille lorsque tu me contemples, tu enfanteras donc une fille vacillante : une rivière.
Verse 7
मार्कण्डेय उवाच । ततस्तस्यान्तु संजज्ञे भर्तृशापेन तेन वै । यमश्च यमुना चेयं प्रख्याता सुमहानदी ॥
Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, par cette même malédiction de son époux, naquirent d’elle Yama et cette Yamunā, renommée comme un très grand fleuve.
Verse 8
सापि संज्ञा रवेस्तेजः सेहे दुःखेन भामिनी । असहन्ती च सा तेजश्चिन्तयामास वै तदा ॥
Cette Saṃjñā aussi, dame rayonnante, ne supporta l’éclat de Ravi qu’au prix de la douleur ; et, ne pouvant endurer ce tejas, elle se mit alors à réfléchir avec inquiétude.
Verse 9
किं करोमि क्व गच्छामि क्व गतायाश्च निर्वृतिः । भवेन्मम कथं भर्ता कोपमर्कश्च नैष्यति ॥
«Que dois-je faire ? Où irai-je ? Et une fois partie, où trouverai-je la paix ? Comment mon époux, le Soleil, cessera-t-il de se courroucer contre moi ?»
Verse 10
इति संचिन्त्य बहुधा प्रजापतिसुता तदा । बहु मेने महाभागा पितृसंश्रयमेव सा ॥
Ainsi, réfléchissant de maintes façons, la fille de Prajāpati, cette dame fortunée, estima que le meilleur parti était de chercher refuge auprès de son père.
Verse 11
ततः पितृगृहे गन्तुं कृतबुद्धिर्यशस्विनी । छायामयीमात्मतनुं निर्ममे दयितां रवेः ॥
Alors, ayant résolu de se rendre à la demeure de son père, la dame renommée—aimée de Ravi—créa d’elle-même une forme faite d’ombre (Chāyā).
Verse 12
ताञ्चोवाच त्वया वेष्मन्यत्र भानोः यथा मया । तथा सम्यगपत्येषु वर्तितव्यं यथा रवौ ॥
Et elle lui dit : «Dans la maison de Bhānu (le Soleil), tu dois te conduire exactement comme je l’ai fait : comporte-toi avec droiture envers les enfants, et de même dans ta conduite envers Ravi.»
Verse 13
पृष्टयापि न वाच्यन्ते तथैतद्गमनं मम । सैवास्मि नाम संज्ञेति वाच्यमेतत्सदा वचः ॥
«Même si l’on t’interroge, tu ne dois pas parler de mon départ. Tu diras toujours : “C’est bien moi ; mon nom est Saṃjñā.”»
Verse 14
छायासंज्ञोवाच आकेशग्रहणाद् देवि ! आशापाच्च वचस्तव । करिष्ये कथयिष्यामि वृत्तन्तु शापकर्षणात् ॥
Chāyā-Saṃjñā dit : «Ô Déesse, puisque tu m’as saisie par les cheveux, et grâce à l’espérance éveillée par tes paroles, je le ferai : je raconterai tout le récit, né de la puissance de la malédiction.»
Verse 15
इत्युक्ता सा तदा देवी जगाम भवनं पितुः । ददर्श तत्र त्वष्टारं तपसा धूतकल्मषम् ॥
Ainsi interpellée, la déesse (Saṃjñā) se rendit alors dans la demeure de son père. Là, elle vit Tvaṣṭṛ, dont les impuretés avaient été lavées par l’austérité.
Verse 16
बहुमानाच्च तेनापि पूजिता विश्वकर्मणा । तस्थौ पितृगृहे सा तु कञ्चित्कालमनिन्दिता ॥
Lui aussi la reçut avec de grands honneurs ; vénérée par Viśvakarman, elle—sans reproche—demeura quelque temps dans la maison de son père.
Verse 17
ततस्तां प्राह चार्वङ्गी पिता नातिचिरोषिताम् । स्तुत्वा च तनयां प्रेमबहुमानपुरः सरम् ॥
Alors son père parla à celle aux beaux membres, qui n’était pas restée longtemps ; et, louant sa fille, avec l’affection et l’honneur au premier plan, (il s’adressa à elle).
Verse 18
त्वान्तु मे पश्यतो वत्से दिनानि सुबहून्यपि । मुहूर्तार्धसमानि स्युः किन्तु धर्मो विलुप्यते ॥
«Mais, mon enfant, même si je te vois durant de nombreux jours, ils passent comme une demi‑seconde ; pourtant, le dharma s’amoindrit si tu demeures ici d’une manière inappropriée.»
Verse 19
बान्धवेषु चिरं वासो नारीणां न यशस्करः । मनोरथो बान्धवानां नार्या भर्तृगृहे स्थितिः ॥
«Un long séjour parmi ses propres parents n’accroît pas la renommée des femmes ; le souhait des parents est que la femme demeure dans la maison de son époux.»
Verse 20
सा त्वं त्रैलोक्यनाथेन भर्त्रा सूर्येण सङ्गता । पितृगेहे चिरं कालं वस्तुं नार्हसि पुत्रिके ॥
«Tu es unie à Sūrya comme à ton époux, le seigneur des trois mondes ; aussi, ma fille, ne demeure pas longtemps dans la maison de ton père.»
Verse 21
सा त्वं भर्तृगृहं गच्छ तुष्टो 'हं पूजिता सि मे । पुनरागमनं कार्यं दर्शनाय शुभे मम ॥
«Va donc à la demeure de ton époux. Je suis comblé : tu m’as honoré. Pourtant, ô bienheureuse, reviens encore, afin que je puisse te revoir.»
Verse 22
मार्कण्डेय उवाच इत्युक्ता सा तदा पित्रा तथेत्युक्त्वा च सा मुने । संपूजयित्वा पितरं जगामाथोत्तरान् कुरून् ॥
Mārkaṇḍeya dit : «Ainsi interpellée par son père, elle répondit : “Qu’il en soit ainsi”, ô sage. Après avoir dûment honoré son père, elle se rendit alors chez les Kurus du Nord (Uttara-Kuru).»
Verse 23
सूर्यतापमनिच्छन्ती तेजसस्तस्य बिभ्यती । तपश्चचारा तत्रापि वडवारूपधारिणी ॥
Ne voulant pas subir la chaleur brûlante du Soleil et craignant son éclat, elle y pratiqua encore des austérités—en prenant la forme d’une jument.
Verse 24
संज्ञेयमिति मन्वानो द्वितीयायामहस्पतिः । जनयामास तनयौ कन्याञ्चैकां मनोरमाम् ॥
La prenant pour Saṃjñā, Ahaspati (le Soleil) engendra de la seconde épouse (c’est-à-dire Chāyā) deux fils et une fille charmante.
Verse 25
छायासंज्ञा त्वपत्येषु यथा स्वेष्वतिवत्सला । तथा न संज्ञाकन्यायां पुत्रयोश्चान्ववर्तत ॥
Chāyā—(bien qu’on l’appelât) Saṃjñā—était d’une tendresse extrême envers ses propres enfants; mais elle ne témoignait pas la même affection à la fille et aux fils (aînés) de Saṃjñā.
Verse 26
लालनाद्युपभोगेषु विशेषमनुवासरम् । मनुस्तत्क्षान्तवानस्य यमस्तस्या न चक्षमे ॥
Jour après jour, par les gâteries et d’autres jouissances, elle établissait des distinctions entre les enfants. Manu l’endura; mais Yama ne put supporter sa conduite.
Verse 27
ताडनाय च वै कोपात् पादस्तेन समुद्यतः । तस्याः पुनः क्षान्तिमता न तु देहे निपातितः ॥
Dans sa colère, il leva le pied pour la frapper; mais, se maîtrisant, il ne l’abattit pas sur son corps.
Verse 28
ततः शशाप तं कोपाच्छायासंज्ञा यमं द्विज । किञ्चित् प्रस्फुरमाणौष्ठी विचलत्पाणिपल्लवा ॥
Alors, ô deux-fois-né, Chāyā (se faisant passer pour Saṃjñā) maudit Yama avec colère—les lèvres frémissantes et les mains tremblantes.
Verse 29
पितुः पत्नीममर्यादं यन्मां तर्जयसे पदाः । भुवि तस्मादयं पादस्तवाद्यैव पतिष्यति ॥
«Puisque tu me menaces—moi, l’épouse de ton père—sans bienséance, avec ton pied, ce même pied tombera aujourd’hui sur la terre.»
Verse 30
मार्कण्डेय उवाच इत्याकर्ण्य यमः शापं मात्रा दत्तं भयातुरः । अभ्येत्य पितरं प्राह प्रणिपातपुरःसरम् ॥
Mārkaṇḍeya dit : Ayant entendu la malédiction proférée par sa mère, Yama—saisi de crainte—s’approcha de son père et parla, après s’être d’abord prosterné.
Verse 31
यम उवाच तातैतन्महदाश्चर्यं न दृष्टमिति केनचित् । माता वात्सल्यमुत्सृज्य शापं पुत्रे प्रयच्छति ॥
Yama dit : «Père, c’est là une grande merveille—que nul n’a jamais vue—qu’une mère, renonçant à l’affection, accorde une malédiction à son fils.»
Verse 32
यथा मनुर्ममाचष्टे नेयं मता तथा मम । विगुणेष्वपि पुत्रेषु न माता विगुणा भवेत् ॥
«Comme Manu me l’enseigne, ce n’est pas non plus mon avis : même si les fils sont fautifs, la mère ne doit pas devenir fautive dans sa conduite.»
Verse 33
मार्कण्डेय उवाच यमस्यैतद्वचः श्रुत्वा भगवान्स्तिमिरापहः । छायासंज्ञां समाहूय पप्रच्छ क्व गतेति सा ॥
Mārkaṇḍeya dit : Entendant ces paroles de Yama, le Bienheureux dissipateur des ténèbres (le Soleil) fit venir Chāyā (appelée Saṃjñā) et lui demanda : «Où est-elle partie (Saṃjñā) ?»
Verse 34
सा चाह तनया त्वष्टुरहं संज्ञा विभावसो । पत्नी तव त्वयापत्यान्येतानि जनितानि मे ॥
Et elle dit : « Je suis Saṃjñā, fille de Tvaṣṭṛ, ô Vibhāvasu (le Soleil). Je suis ton épouse ; de toi sont nés de moi ces enfants. »
Verse 35
इत्थं विवस्वतः सा तु बहुशः पृच्छतो यदा । नाचचक्षे ततो क्रुद्धो भास्वांस्तां शप्तुमुद्यतः ॥
Ainsi, lorsque Vivasvat l’interrogea encore et encore, elle ne révéla pas (la vérité). Alors le Resplendissant (Sūrya), irrité, s’apprêta à la maudire.
Verse 36
ततः सा कथयामास यथावृत्तं विवस्वतः । विदितार्थश्च भगवान् जगाम त्वष्टुरालयम् ॥
Alors elle dit à Vivasvat tout ce qui s’était passé. Et le Seigneur Bienheureux (Sūrya), ayant compris l’affaire, se rendit à la demeure de Tvaṣṭṛ.
Verse 37
ततः स पूजयामास तदा त्रैलोक्यपूजितम् । भास्वन्तं परया भक्त्या निजगेहमुपागतम् ॥
Alors lui (Tvaṣṭṛ) rendit un culte au Resplendissant (Sūrya), adoré par les trois mondes, avec une dévotion suprême, puisqu’il était venu en sa demeure.
Verse 38
संज्ञां पृष्टस्तदा तस्मै कथयामास विश्वकृत् । आगतैवेह मे वेष्म भवतः प्रेषितेति वै ॥
Interrogé au sujet de Saṃjñā, Viśvakṛt (l’Artisan universel, Viśvakarman) lui répondit : « Elle est bien venue en ma demeure, envoyée par toi. »
Verse 39
दिवाकरः समाधिस्थो वडवारूपधारिणीम् । तपश्चरन्तीं ददृशे उत्तरेषु कुरुष्वथ ॥
Divākara (le Soleil), absorbé dans la concentration, la vit pratiquer des austérités chez les Kurus du Nord, revêtant la forme d’une jument.
Verse 40
सौम्यमूर्तिः शुभाकारो मम भर्ता भवेदिति । अभिसन्धिं च तपसो बुबुधे 'स्या दिवाकरः ॥
«Que mon époux soit de forme douce et d’apparence propice» : telle était l’intention de son austérité ; Divākara le comprit.
Verse 41
शातनं तेजसो मे 'द्य क्रियतामिति भास्करः । तञ्चाह विश्वकर्माणं संज्ञायाः पितरं द्विज ॥
Bhāskara (le Soleil) dit : «Qu’aujourd’hui l’on procède à l’amenuisement de mon éclat». Et il parla ainsi à Viśvakarman, père de Saṃjñā — ô brāhmane.
Verse 42
संवत्सरभ्रमेस् तस्य विश्वकर्मा करावेस्ततः । तेजसः शातनञ्चक्रे स्तूयमानश्च दैवतैः ॥
Alors, au terme du cycle d’une année, Viśvakarman accomplit l’amenuisement de (l’éclat de Sūrya), tandis que les dieux le louaient.
The chapter examines how personal conduct within marriage and family (endurance, restraint, partiality, and truthfulness) becomes causally continuous with cosmic functions—especially ‘saṃyamana’ (regulation/discipline) embodied in Yama—and how dharma is negotiated through speech-acts, curses, and confession.
It anchors Vaivasvata Manu’s genealogy by identifying him as the son of Vivasvat and Saṃjñā, thereby reinforcing the Vaivasvata line that is central to later Manvantara framing; the chapter also contextualizes the broader solar lineage that supports Manvantara chronology.
This Adhyaya is prior to the Devī Māhātmya section (Adhyāyas 81–93) and does not present Shākta stutis or Devī battles; instead, it functions as a genealogical-ethical prelude, emphasizing lineage (vaṃśa) and cosmological causality that later Purāṇic theology builds upon.