Adhyaya 118
Anushasana ParvaAdhyaya 11821 Verses

Adhyaya 118

Dvaipāyana–Kīṭa Saṃvāda: Karmic Memory, Fear of Death, and Embodied Pleasure

Upa-parva: Dvaipāyana–Kīṭa Saṃvāda (Episode on Yoni, Fear of Death, and Karmic Residue)

Yudhiṣṭhira questions Bhīṣma about the destination (yoni) of those who died in the great battle, noting the hardship of relinquishing life and asking why beings are born into prosperous or deprived, auspicious or inauspicious conditions. Bhīṣma affirms the question’s rigor and narrates an earlier episode: Vyāsa encounters a frightened insect running along a cart-track. Vyāsa asks the cause of its fear; the insect explains it hears the cart’s harsh sound and flees, valuing its rare life and fearing death. Vyāsa challenges the insect’s claim to happiness in an animal yoni, arguing it lacks refined sensory enjoyments and that death might be preferable. The insect counters that every being finds a form of happiness appropriate to its embodiment, and it desires to live. It then recounts a prior human life as a wealthy śūdra characterized by harsh speech, deceit, theft, envy, neglect of giving meant for gods and ancestors, and abandonment of those seeking refuge—followed by remorse. It also recalls limited meritorious acts: honoring an aged mother, revering a brāhmaṇa, and properly honoring a guest of good conduct, which sustains memory and a residual hope for well-being. The insect requests from Vyāsa instruction on what is truly beneficial (śreyas), framing the chapter as a case-study in mixed karma, death-anxiety, and the moral logic behind birth conditions.

Chapter Arc: जनमेजय के समक्ष वैशम्पायन कहते हैं कि शरतल्प पर पड़े पितामह भीष्म से युधिष्ठिर फिर प्रश्न करते हैं—मन, वाणी और कर्म से होने वाली हिंसा का बंधन मनुष्य को कैसे दुःख में डालता है और उससे मुक्ति कैसे मिले? → भीष्म ‘चतुर्विध’ अहिंसा का विधान रखते हैं और बताते हैं कि जीव मन- वाणी- कर्म—तीनों स्तरों पर हिंसा से लिप्त होता है; इसलिए केवल बाह्य कर्म रोकना पर्याप्त नहीं, पहले मन में त्याग, फिर वाणी में संयम, फिर कर्म में निवृत्ति आवश्यक है। मांसभक्षण को वे हिंसा-श्रृंखला का प्रत्यक्ष फल बताते हुए उसकी घोर निन्दा करते हैं। → भीष्म का निर्णायक उपदेश: जो पहले मन से, फिर वाणी से, फिर कर्म से हिंसा का त्याग कर मांस नहीं खाता, वह ‘त्रिविध’ दोष से मुक्त होता है; और जैसे माता-पिता के संयोग से पुत्र जन्मता है, वैसे ही हिंसा से पाप का पुनर्जन्म/वृद्धि होती है—अर्थात हिंसा स्वयं को जन्म देती रहती है। → अहिंसा को ‘सर्वधर्मानुसंहिता’—समस्त धर्मों का सार—बताकर भीष्म निष्कर्ष देते हैं कि चार कारणों/उपायों से सुरक्षित यह अहिंसा-धर्म लोक में प्राचीन काल से धर्मतः प्रतिष्ठित है; युधिष्ठिर के प्रश्न का उत्तर एक आचार-सूत्र में स्थिर हो जाता है: अंतःकरण की शुद्धि से ही बाह्य आचरण शुद्ध होता है।

Shlokas

Verse 1

भीकम (2 अमान चतुर्दशाधिकशततमो< ध्याय: हिंसा और मांसभक्षणकी घोर निन्दा वैशम्पायन उवाच ततो युधिछिरो राजा शरतल्पे पितामहम्‌ | पुनरेव महातेजा: पप्रच्छ वदतां वर:

Vaiśampāyana dit : Alors le roi Yudhiṣṭhira interrogea de nouveau l’aïeul Bhīṣma, étendu sur le lit de flèches. Le roi rayonnant—le premier des orateurs—sollicita un enseignement supplémentaire, prélude à une sévère condamnation morale de la violence et de la consommation de chair.

Verse 2

वैशम्पायनजी कहते हैं--जनमेजय! तदनन्तर महातेजस्वी और वक्ताओंमें श्रेष्ठ राजा युधिष्ठिरने बाणशय्यापर पड़े हुए पितामह भीष्मसे पुनः प्रश्न किया ।।

Yudhiṣṭhira dit : «Ô toi dont l’esprit est vaste ! Les sages, les brahmanes et les dieux—sur l’autorité du Véda—ne cessent de louer le dharma dont la marque est la non-violence. Aussi, ô le meilleur des rois, je demande : comment un mortel qui, par la pensée, par la parole et par l’acte du corps, ne pratique que la violence, pourrait-il être délivré de la souffrance qui en découle ?»

Verse 3

कर्मणा मनुज: कुर्वन्‌ हिंसां पार्थिवसत्तम | वाचा च मनसा चैव कथं दु:खात्‌ प्रमुच्यते

Yudhiṣṭhira dit : «Ô le meilleur des rois, si un homme commet la violence par ses actes—et aussi par sa parole, et même par sa pensée—comment pourrait-il être délivré de la souffrance qu’une telle violence entraîne ?»

Verse 4

भीष्म उवाच चतुर्विधियं निर्दिष्टा हाहिंसा ब्रह्मवादिभि: । एकैकतो<पि विश्रष्टा न भवत्यरिसूदन

Bhīṣma dit : «Ô Arisūdana, les sages qui parlent du Brahman ont prescrit la non-violence comme étant quadruple. Qu’il manque ne fût-ce qu’une seule de ses parts, et l’observance du vœu de non-violence n’est pas complète.»

Verse 5

यथा सर्वश्षतुष्पाद वै त्रिभि: पादैर्न तिष्ठति । तथैवेयं महीपाल कारणै: प्रोच्यते त्रिभि:

Bhīṣma dit : «Ô roi, de même qu’une créature à quatre pattes ne peut se tenir fermement sur trois seulement, de même la non-violence maintenue ou expliquée par de seules trois causes ne saurait être appelée non-violence parfaite.»

Verse 6

यथा नागपदे<न्यानि पदानि पदगामिनाम्‌ | सर्वाण्येवापिधीयन्ते पदजातानि कौज्जरे

Bhīṣma dit : «De même que, dans l’empreinte de l’éléphant, toutes les autres traces des êtres qui marchent sur des pieds sont contenues et recouvertes, ainsi tout le reste est rassemblé dans le principe éminent enseigné ici.»

Verse 7

कर्मणा लिप्यते जन्तुर्वाचा च मनसापि च

L’être vivant se trouve souillé par la faute de la violence, par l’acte, par la parole et même par la pensée. Mais celui qui, selon l’ordre, renonce à la violence d’abord dans l’esprit, puis dans la parole, et enfin dans l’action, et qui dès lors ne mange jamais de chair, se délivre aussi de la souillure de ces trois formes de violence évoquées plus haut.

Verse 8

पूर्व तु मनसा त्यक्त्वा तथा वाचाथ कर्मणा । न भक्षयति यो मांसं त्रिविधं स विमुच्यते

Bhīṣma dit : « Celui qui renonce d’abord à la violence dans l’esprit, puis dans la parole, et enfin dans l’action — et qui, pour cette raison, ne mange pas de chair — est délivré de la souillure de la triple violence. Cet enseignement rappelle que la pureté morale est graduée et n’est entière que lorsque l’intention, les mots et les actes sont tous retenus de nuire. »

Verse 9

त्रिकारणं तु निर्दिष्ट श्रूयते ब्रह्मवादिभि: । मनो वाचि तथा<<स्वादे दोषा होषु प्रतिष्ठिता:

Bhīṣma dit : « Les maîtres qui enseignent le Brahman déclarent que la faute (de la violence) repose sur trois causes principales : l’esprit (l’intention ou la convoitise), la parole (inciter ou instruire autrui), et le goût (la jouissance directe de manger). Ainsi, avant même que l’acte ne s’accomplisse au dehors, son poids moral s’enracine en ces trois-là : désir, approbation et complaisance. »

Verse 10

न भक्षयन्त्यतो मांसं तपोयुक्ता मनीषिण: । दोषांस्तु भक्षणे राजन्‌ मांसस्येह निबोध मे

Bhīṣma dit : « C’est pourquoi les hommes de discernement, voués à l’austérité, ne mangent pas de chair. Ô roi, apprends maintenant de moi les fautes qui, en ce monde, accompagnent la consommation de viande — écoute. »

Verse 11

पुत्रमांसोपमं जानन्‌ खादते यो<विचक्षण: । मांसं मोहसमायुक्त: पुरुष: सो5धम: स्मृत:

Bhīṣma dit : « Sachant que la chair est comparable à la chair de son propre fils, l’homme sans discernement la mange pourtant. Celui qui, aveuglé par l’illusion et l’ignorance, consomme de la viande est tenu pour vil et blâmable. »

Verse 12

पितृमातृसमायोगे पुत्रत्वं जायते यथा । हिंसां कृत्वावश: पापो भूयिष्ठं जायते तथा

Bhīṣma dit : «De même que la condition de fils naît de l’union du père et de la mère, de même l’homme pécheur qui a commis la violence est poussé, sans recours, à renaître encore et encore—le plus souvent dans des matrices souillées de faute.»

Verse 13

रसं च प्रतिजिह्नाया ज्ञान प्रज्ञायते यथा । तथा शास्त्रेषु नियतं रागो ह्यास्वादिताद्‌ भवेत्‌

Bhīṣma dit : «De même que la langue, dès qu’elle reconnaît une saveur, s’y porte naturellement, de même les Écritures enseignent avec constance que l’attachement naît de ce qui a été goûté et savouré. Ainsi, l’indulgence répétée envers les objets des sens—tel le plaisir de la viande—renforce le désir au lieu de l’apaiser.»

Verse 14

संस्कृतासंस्कृता: पक्‍वा लवणालवणास्तथा | प्रजायन्ते यथा भावास्तथा चित्त निरुध्यते

Bhīṣma dit : «La viande se présente sous bien des états—assaisonnée ou non, cuite, simplement salée ou sans sel. Quelle que soit la forme que prennent ces états, l’esprit du mangeur de viande s’y trouve retenu, attiré par les différences de goût.»

Verse 15

भेरीमृदंगशब्दांश्व तन्त्रीशब्दांश्ष पुष्कलान्‌ | निषेविष्यन्ति वै मन्दा मांसभक्षा: कथं नरा:

Bhīṣma dit : «Comment des hommes lourds d’esprit et mangeurs de viande pourraient-ils vraiment se délecter des sons abondants des timbales et des mṛdaṅgas, et de la riche musique des instruments à cordes ?»

Verse 16

मांसभक्षी मूर्ख मनुष्य स्वर्गमें पूर्णतः सुलभ होनेवाले भेरी, मृदंग और वीणाके दिव्य मधुर शब्दोंका सेवन कैसे कर सकेंगे; क्योंकि वे स्वर्गमें नहीं जा सकते ।।

Bhīṣma dit : «Ceux qui détruisent les richesses et les grains d’autrui, et ceux qui, par habitude, louent la consommation de viande, sont à jamais exclus du ciel. Subjugués par la convoitise du goût, ils exaltent la viande tout en désirant le ‘fruit’ qu’ils en attendent ; et ils tombent dans un sort si terrible qu’il n’a jamais été imaginé, jamais été indiqué, ni même conçu par l’esprit. Ainsi ne peuvent-ils goûter aux délices célestes—tels les sons divins et suaves des tambours et des luths—car ils n’atteignent pas le ciel.»

Verse 17

(भस्म विष्ठा कृमिर्वापि निष्ठा यस्येदृशी ध्रुवा । स काय: परपीडाभि: कथं धार्यों विपश्चिता ।।

Bhishma dit : «Pour ce corps, l’une de ces issues est certaine et inévitable : il deviendra cendre, ou bien il se changera en excrément après avoir été mangé par quelque créature, ou encore il sera jeté et se couvrira de vers. Le sachant, comment un homme sage pourrait-il nourrir et entretenir un tel corps en infligeant de la souffrance à autrui (pour sa chair) ? Même louer la consommation de viande enchaîne à l’acte fautif et à ses conséquences.»

Verse 18

जीवितं हि परित्यज्य बहव: साधवो जना: । स्वमांसै: परमांसानि परिपाल्य दिव॑ गता:

Bhishma dit : «En vérité, bien des hommes vertueux ont renoncé jusqu’à leur propre vie. En protégeant la chair d’autrui par leur propre chair—se sacrifiant pour la sûreté d’un autre—ils ont atteint le ciel. Telle est la voie sublime de la protection par le don de soi.»

Verse 19

एवमेषा महाराज चतुर्भि: कारणैर्वृता । अहिंसा तव निर्दिष्टा सर्वधर्मानुसंहिता

Bhishma dit : «Ainsi, ô grand roi, ce principe—soutenu et maintenu par quatre causes d’appui—a été établi pour toi comme ahiṃsā (non-violence). Il est tissé avec l’essence de tous les dharmas et la rassemble en lui.»

Verse 66

एवं लोकेष्वहिंसा तु निर्दिष्टा धर्मत: पुरा । जैसे हाथीके पैरके चिह्ममें सभी पदगामी प्राणियोंके पदचिह्न समा जाते हैं

«Ainsi, dans les mondes, l’ahiṃsā fut enseignée dès les temps anciens selon le dharma. De même que dans l’empreinte du pied de l’éléphant se logent les traces de tous les êtres qui marchent, de même le dharma de la non-violence contient en lui tous les dharmas : telle est l’opinion reçue.»

Verse 114

इति श्रीमहाभारते अनुशासनपर्वणि दानधर्मपर्वणि मांसवर्जनक थने चतुर्दशशाधिकशततमो<ध्याय:

Ainsi, dans le Śrī Mahābhārata, au sein de l’Anuśāsana Parva—plus précisément dans la section sur le dharma du don—s’achève le cent quatorzième chapitre, consacré au discours sur l’abstention de viande. (Il s’agit d’un colophon final marquant la clôture du chapitre.)

Frequently Asked Questions

Whether life in a lower embodiment is worth preserving despite suffering and limited pleasures, and how one should interpret one’s present condition when past conduct contains both harmful actions and occasional meritorious duties.

Happiness and desire to live are embodiment-relative, but karmic consequences remain ethically structured: neglect of duty and harm degrade outcomes, while even limited sincere acts (honoring elders, guests, and the worthy) can preserve moral continuity and open a path toward śreyas.

No explicit phalāśruti appears in the provided passage; the chapter functions instead as a didactic exemplum, positioning the narrative as interpretive guidance for understanding karma, rebirth, and ethical reform.