
यतिप्रायश्चित्तविधानम् (Ascetic Atonements and Discipline)
Sūta introduit le prāyaścitta proclamé par Śiva pour les yatis, en enseignant d’abord que le pāpa est triple—né de la parole, du mental et du corps—et qu’il enchaîne sans cesse la vie mondaine. Le chapitre exalte le yoga comme puissance suprême pour l’aspirant vigilant, grâce auquel les sages vainquent l’avidyā et atteignent l’état le plus élevé. Il passe ensuite à des règles monastiques concrètes pour les bhikṣus : vratas et upavratas, avec des expiations graduées selon chaque faute. L’approche sexuelle mue par le désir est expiée par le sāntapana soutenu par le prāṇāyāma, puis par le kṛcchra ; l’accent est mis sur des purifications répétées et le retour à une vie d’āśrama disciplinée. Le mensonge est dénoncé, et le vol condamné comme un adharma grave, assimilé à la violence, car la richesse est liée au souffle vital. Pour les manquements sévères, un cāndrāyaṇa prolongé est prescrit. L’ahiṃsā en acte, en parole et en pensée est centrale ; le tort involontaire causé aux petits êtres requiert kṛcchrātikṛcchra ou cāndrāyaṇa. Les émissions nocturnes et diurnes ont des mesures distinctes de prāṇāyāma et de jeûne. Les aliments interdits sont énumérés, et le prājāpatya-kṛcchra est conseillé en cas d’infraction. Le chapitre se clôt sur le yati purifié, égal envers motte de terre et or, absorbé dans le bien de tous les êtres, atteignant la demeure éternelle au-delà de la renaissance, préparant la suite sur la discipline śaiva comme fondement d’une réalisation plus haute.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे सदाचारकथनं नामैकोननवतितमो ऽध्यायः सूत उवाच अत ऊर्ध्वं प्रवक्ष्यामि यतीनामिह निश्चितम् प्रायश्चित्तं शिवप्रोक्तं यतीनां पापशोधनम्
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans la section antérieure (Pūrva-bhāga), s’achève le quatre-vingt-neuvième chapitre intitulé « L’enseignement du Sadācāra (conduite juste) ». Sūta dit : « Désormais, j’exposerai la discipline établie ici pour les yatīs : les prāyaścitta (expiations) enseignés par Śiva, par lesquels les fautes des renonçants sont purifiées. »
Verse 2
पापं हि त्रिविधं ज्ञेयं वाङ्मनःकायसंभवम् सततं हि दिवा रात्रौ येनेदं वेष्ट्यते जगत्
Le péché doit être connu comme triple : né de la parole, de l’esprit et du corps. Jour et nuit, sans relâche, c’est par lui que le monde se trouve enveloppé ; le paśu, l’âme liée, est entravé par le pāśa, jusqu’à ce qu’il prenne refuge en Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 3
तत्कर्मणा विनाप्येष तिष्ठतीति परा श्रुतिः क्षणमेवं प्रयोज्यं तु आयुष्यं तु विधारणम्
Même sans cet acte particulier, ceci (la force de vie) demeure—ainsi l’énonce la Śruti suprême. C’est pourquoi, ne fût-ce qu’un seul instant, il faut l’employer ainsi : pour soutenir et affermir la durée de la vie.
Verse 4
भवेद्योगो ऽप्रमत्तस्य योगो हि परमं बलम् न हि योगात्परं किंचिन् नराणां दृश्यते शुभम्
Pour celui qui veille et ne s’égare pas, le Yoga naît véritablement ; car le Yoga est la force suprême. En vérité, pour les hommes, nul bien auspicié n’est vu au-delà du Yoga—par lequel le pāśa est tranché et le paśu est conduit vers Pati, le Seigneur.
Verse 5
तस्माद् योगं प्रशंसन्ति धर्मयुक्ता मनीषिणः अविद्यां विद्यया जित्वा प्राप्यैश्वर्यमनुत्तमम्
C’est pourquoi les sages, établis dans le dharma, louent le Yoga ; car, ayant vaincu l’ignorance (avidyā) par la vraie connaissance (vidyā), le paśu obtient l’aiśvarya incomparable—la souveraineté accordée par Pati, le Seigneur suprême, et qui s’achève en la délivrance.
Verse 6
दृष्ट्वा परावरं धीराः परं गच्छन्ति तत्पदम् व्रतानि यानि भिक्षूणां तथैवोपव्रतानि च
Ayant réalisé le Suprême, au-delà du haut et du bas (parā–avara), les êtres fermes atteignent cet état transcendant. De même sont exposés les vœux (vrata) observés par les mendiants sacrés (bhikṣu), ainsi que leurs disciplines secondaires (upavrata).
Verse 7
एकैकातिक्रमे तेषां प्रायश्चित्तं विधीयते उपेत्य तु स्त्रियं कामात् प्रायश्चित्तं विनिर्दिशेत्
Pour chaque transgression de ces règles, un rite d’expiation (prāyaścitta) est prescrit. Et si, poussé par le désir, l’on s’approche d’une femme, il convient d’énoncer précisément le prāyaścitta approprié.
Verse 8
प्राणायामसमायुक्तं चरेत्सांतपनं व्रतम् ततश्चरति निर्देशात् कृच्छ्रं चान्ते समाहितः
Pourvu de prāṇāyāma, on doit entreprendre le vœu de Sāṃtapana. Ensuite, selon l’injonction prescrite, on accomplira aussi la pénitence de Kṛcchra, demeurant paisible et intérieurement recueilli à son terme.
Verse 9
पुनर् आश्रमम् आगत्य चरेद्भिक्षुरतन्द्रितः न धर्मयुक्तमनृतं हिनस्तीति मनीषिणः
Revenu de nouveau à l’āśrama, le mendiant doit aller et venir sans négligence. Les sages déclarent qu’un mensonge proféré au service du dharma ne blesse pas le dharma, car il est attelé à la droiture.
Verse 10
तथापि न च कर्तव्यं प्रसंगो ह्येष दारुणः अहोरात्रोपवासश् च प्राणायामशतं तथा
Pourtant, il ne faut pas s’y adonner, car cet engagement est véritablement terrible. À la place, qu’on observe un jeûne de jour et de nuit, et qu’on accomplisse aussi cent cycles de prāṇāyāma.
Verse 11
असद्वादो न कर्तव्यो यतिना धर्मलिप्सुना परमापद्गतेनापि न कार्यं स्तेयमप्युत
Le yati, avide de dharma, ne doit pas se livrer à une parole mensongère ou nuisible. Même saisi par la plus extrême calamité, il ne doit pas commettre le vol, ni même l’approuver.
Verse 12
इम्पोर्तन्चे ओफ़् पोस्सेस्सिओन् स्तेयादभ्यधिकः कश्चिन् नास्त्यधर्म इति श्रुतिः हिंसा ह्येषा परा सृष्टा स्तैन्यं वै कथितं तथा
La Śruti proclame qu’il n’est pas d’adharma plus grand que le vol né de l’attachement à la possession. Un tel larcin est en vérité une hiṃsā (atteinte) suprême ; c’est pourquoi on le nomme « stainyam » (vol), ayant la violence pour racine.
Verse 13
यदेतद्द्रविणं नाम प्राणा ह्येते बहिश्चराः स तस्य हरते प्राणान् यो यस्य हरते धनम्
Ce qu’on nomme « richesse » est en vérité le prāṇa même, le souffle de vie qui se déploie au dehors dans le monde. Ainsi, celui qui vole le bien d’autrui est dit voler son prāṇa : il dépouille le paśu (l’âme liée) des appuis qui soutiennent la vie et approfondit le pāśa (lien), à l’encontre de la loi de Pati, Śiva.
Verse 14
एवं कृत्वा सुदुष्टात्मा भिन्नवृत्तो व्रताच्च्युतः भूयो निर्वेदमापन्नश् चरेच्चान्द्रायणं व्रतम्
Après avoir agi de la sorte, l’homme à l’intention corrompue—dont la conduite s’est brisée et qui est tombé de son vrata—doit, avec un repentir sincère, reprendre le vœu de Cāndrāyaṇa en expiation. Ainsi le paśu (âme liée) desserre le pāśa (lien) et revient sur la voie qui mène à Pati, Śiva.
Verse 15
विधिना शास्त्रदृष्टेन संवत्सरमिति श्रुतिः ततः संवत्सरस्यान्ते भूयः प्रक्षीणकल्मषः पुनर्निर्वेदमापन्नश् चरेद्भिक्षुरतन्द्रितः
L’Écriture déclare qu’il faut observer, selon la règle vue dans le śāstra, une année entière. Puis, au terme de cette année, les souillures davantage consumées, le bhikṣu—de nouveau établi dans le nirveda (détachement)—doit poursuivre sa quête d’aumônes sans négligence.
Verse 16
अहिंसा सर्वभूतानां कर्मणा मनसा गिरा अकामादपि हिंसेत यदि भिक्षुः पशून् कृमीन्
La non-violence envers tous les êtres—par l’acte, par la pensée et par la parole—est la règle ; pourtant, si un bhikṣu, même sans désir de nuire, blesse des animaux ou même des vers, il est tenu pour avoir transgressé ce vœu. Pour le paśu (âme liée) qui cherche la grâce de Śiva, une telle retenue est la porte qui desserre le pāśa (lien) et tourne vers Pati (le Seigneur).
Verse 17
कृच्छ्रातिकृच्छ्रं कुर्वीत चान्द्रायणमथापि वा स्कन्देदिन्द्रियदौर्बल्यात् स्त्रियं दृष्ट्वा यतिर्यदि
Si un yati (renonçant), par faiblesse des sens, en voyant une femme subit une chute de semence, qu’il accomplisse l’expiation très austère nommée Kṛcchrātikṛcchra, ou bien qu’il observe le vœu de Cāndrāyaṇa. Par ce tapas, le paśu (l’âme liée) discipline les indriyas, desserre le pasha (le lien) et se tourne de nouveau vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 18
तेन धारयितव्या वै प्राणायामास्तु षोडश दिवा स्कन्नस्य विप्रस्य प्रायश्चित्तं विधीयते
Ainsi, seize prāṇāyāmas doivent être accomplis; pour le brāhmane qui a commis une faute durant le jour, telle est l’expiation prescrite. Par cette discipline, le paśu desserre le pasha de l’impureté et redevient apte au culte de Śiva.
Verse 19
त्रिरात्रमुपवासाश् च प्राणायामशतं तथा रात्रौ स्कन्नः शुचिः स्नात्वा द्वादशैव तु धारणा
Qu’on observe un jeûne (upavāsa) durant trois nuits, et qu’on accomplisse de même cent prāṇāyāmas. Puis, la nuit—après avoir gardé la retenue prescrite, demeurant pur et s’étant baigné—qu’on pratique douze dhāraṇās (concentrations), comme discipline pour le culte de Śiva.
Verse 20
प्राणायामेन शुद्धात्मा विरजा जायते द्विजाः एकान्नं मधुमांसं वा अशृतान्नं तथैव च
Ô deux-fois-nés, par la discipline du prāṇāyāma, l’être intérieur se purifie et devient viraja, sans la poussière du rajas. De même, qu’on observe une prise de nourriture réglée : un seul repas, ou (lorsque c’est prescrit) du miel et de la viande, ainsi que des aliments non cuits, selon la règle, comme régime purificatoire soutenant la stabilité du yoga et la bhakti envers Pati (Śiva).
Verse 21
अभोज्यानि यतीनां तु प्रत्यक्षलवणानि च एकैकातिक्रमात्तेषां प्रायश्चित्तं विधीयते
Pour les yatis, certains aliments sont interdits, surtout ceux où le sel est nettement perceptible. S’ils transgressent l’une de ces restrictions, une expiation (prāyaścitta) appropriée est prescrite.
Verse 22
प्राजापत्येन कृच्छ्रेण ततः पापात्प्रमुच्यते व्यतिक्रमाश् च ये केचिद् वाङ्मनःकायसंभवाः
En accomplissant le Kṛcchra Prājāpatya, observance expiatoire prescrite par Prajāpati, on est alors délivré du péché—et de toute transgression née de la parole, de l’esprit ou du corps.
Verse 23
सद्भिः सह विनिश्चित्य यद्ब्रूयुस्तत्समाचरेत्
Après avoir soigneusement établi la chose en compagnie des vertueux, qu’on accomplisse exactement ce qu’ils prescrivent. Tel est le chemin qui, par le discernement du dharma, desserre le pasha (lien) du pashu (l’âme individuelle) et réjouit Pati (Śiva).
Verse 24
चरेद्धि शुद्धः समलोष्टकाञ्चनः समस्तभूतेषु च सत्समाहितः स्थानं ध्रुवं शाश्वतमव्ययं तु परं हि गत्वा न पुनर्हि जायते
Qu’on vive dans la pureté, tenant pour égaux une motte de terre et l’or, et demeurant justement recueilli en conscience envers tous les êtres. Ayant atteint la demeure suprême, stable, éternelle et impérissable de Pati (Śiva), on ne renaît plus.
Pāpa is defined as threefold: arising from speech (vāk), mind (manas), and body (kāya), and these continuously shape bondage unless purified through discipline and yogic vigilance.
The chapter prescribes prāṇāyāma combined with fasting and vratas such as sāntapana, kṛcchra (and kṛcchrātikṛcchra), prājāpatya-kṛcchra, and cāndrāyaṇa—applied in graded form depending on the lapse (sexual misconduct, harm, falsehood, theft, and food violations).