
अघोरस्य प्रादुर्भावः कुमारकचतुष्टयं च योगमार्गः
Sūta raconte un kalpa antérieur : après le départ du Svayambhū à la teinte jaune, un nouveau kalpa commence. Dans l’ekārṇava, Brahmā, désireux de créer les êtres, tombe dans l’inquiétude et la contemplation. De son dhyāna surgit une épiphanie enfantine, sombre et flamboyante : Aghora/Maheśvara, vêtu de noir et rayonnant d’un tejas né de lui-même. Brahmā se prosterne et, par le prāṇāyāma et l’absorption mentale, établit Maheśvara dans son cœur, cherchant la vérité brahma-rūpa derrière la vision. Aghora accorde de nouveau le darśana, et de son flanc apparaissent quatre kumāraka, eux aussi sombres et lumineux. Après mille années divines d’upāsanā yogique envers le Seigneur suprême, ils transmettent le mahāyoga aux disciples. Par le yoga, les accomplis entrent en Śiva par l’esprit seul, atteignant la demeure pure, nirguṇa, identifiée au Seigneur de l’univers. Le chapitre se clôt sur une promesse : tout aspirant sage qui contemple Mahādeva par ce yoga parvient au Rudra impérissable, prélude à l’enseignement suivant sur les voies de Śiva-upāsanā et de la réalisation.
Verse 1
सूत उवाच ततस्तस्मिन्गते कल्पे पीतवर्णे स्वयंभुवः पुनरन्यः प्रवृत्तस्तु कल्पो नाम्नासितस्तु सः
Sūta dit : Lorsque cet éon fut passé—le kalpa marqué par la teinte d’or du Né-de-lui-même (Brahmā)—un autre kalpa commença, connu sous un nom particulier.
Verse 2
एकार्णवे तदा वृत्ते दिव्ये वर्षसहस्रके स्रष्टुकामः प्रजा ब्रह्मा चिन्तयामास दुःखितः
Lorsque tout devint un unique océan cosmique (ekārṇava) et que mille années divines s’étaient écoulées, Brahmā—désireux d’engendrer les êtres—médita dans la peine, songeant à l’aube de la création.
Verse 3
तस्य चिन्तयमानस्य पुत्रकामस्य वै प्रभोः कृष्णः समभवद्वर्णो ध्यायतः परमेष्ठिनः
Tandis que ce Seigneur Parameṣṭhin (Brahmā) méditait, désireux d’une descendance, une teinte sombre (kṛṣṇa) se manifesta en lui, alors qu’il demeurait absorbé dans la contemplation.
Verse 4
अथापश्यन्महातेजाः प्रादुर्भूतं कुमारकम् कृष्णवर्णं महावीर्यं दीप्यमानं स्वतेजसा
Alors le Puissant vit un enfant divin soudainement manifesté—de teinte sombre, d’une vigueur immense—rayonnant par l’éclat de sa propre splendeur innée. Dans l’intelligence śaiva, une telle apparition auto-lumineuse révèle la présence de Pati, dont la puissance n’est pas empruntée mais fondée en soi, au-delà de toute lumière créée.
Verse 5
कृष्णांबरधरोष्णीषं कृष्णयज्ञोपवीतिनम् कृष्णेन मौलिना युक्तं कृष्णस्रगनुलेपनम्
On le décrit vêtu d’habits sombres et d’un turban sombre, portant un cordon sacré sombre ; sa tête est ornée d’une crête sombre, et il est paré de guirlandes et d’onguents sombres—révélant le Seigneur (Pati) dont la forme absorbe et transcende toutes les couleurs et toutes les qualités, tout en demeurant le souverain intérieur de tous les êtres (paśus).
Verse 6
स तं दृष्ट्वा महात्मानम् अघोरं घोरविक्रमम् ववन्दे देवदेवेशम् अद्भुतं कृष्णपिङ्गलम्
Voyant cette Grande Âme—Aghora par essence, et pourtant d’une vaillance saisissante—il se prosterna devant Devadeveśa, le Seigneur des seigneurs des dieux, l’Admirable, sombre de teint mais irradiant d’une lueur fauve et dorée.
Verse 7
प्राणायामपरः श्रीमान् हृदि कृत्वा महेश्वरम् मनसा ध्यानुयुक्तेन प्रपन्नस्तु तमीश्वरम्
Fermement établi dans le prāṇāyāma, ce noble plaça Maheśvara dans son cœur ; l’esprit attelé à la méditation, il se remit et se réfugia en ce Seigneur (Pati).
Verse 8
अघोरं तु ततो ब्रह्मा ब्रह्मरूपं व्यचिन्तयत् तथा वै ध्यायमानस्य ब्रह्मणः परमेष्ठिनः
Alors Brahmā contempla Aghora—le principe de Śiva, non terrible et propice—comme la forme même de Brahman. Ainsi, tandis que Parameṣṭhin Brahmā demeurait plongé dans la méditation, sa conscience se fixa en cette réalité suprême, au-delà de la peur et de tout lien.
Verse 9
प्रददौ दर्शनं देवो ह्य् अघोरो घोरविक्रमः अथास्य पार्श्वतः कृष्णाः कृष्णस्रगनुलेपनाः
Alors le Dieu—Aghora, dont la vaillance inspire la crainte sacrée—accorda Son darśana. Et à Ses côtés apparurent des puissances divines à la teinte sombre, parées de guirlandes sombres et ointes d’onguents sombres.
Verse 10
चत्वारस्तु महात्मानः संबभूवुः कुमारकाः कृष्णः कृष्णशिखश्चैव कृष्णास्यः कृष्णवस्त्रधृक्
Puis naquirent quatre Kumāras à la grande âme : l’un à la teinte sombre, l’un au chignon sombre, l’un au visage sombre, et l’un vêtu d’habits sombres ; ils signifiaient la puissance de voilement du Seigneur, qui lie le paśu (l’âme individuelle) par le pasha, jusqu’à ce que Pati (Śiva) révèle la connaissance libératrice.
Verse 11
ततो वर्षसहस्रं तु योगतः परमेश्वरम् उपासित्वा महायोगं शिष्येभ्यः प्रददुः पुनः
Ensuite, durant mille ans, ils adorèrent Parameśvara par le Yoga ; et, ayant atteint le Grand Yoga, ils transmirent de nouveau ce Mahāyoga à leurs disciples.
Verse 12
योगेन योगसम्पन्नाः प्रविश्य मनसा शिवम् अमलं निर्गुणं स्थानं प्रविष्टा विश्वमीश्वरम्
Parfaits dans le Yoga, ils entrèrent en Śiva par le mental—entrant dans cet état sans tache, sans attributs—et ainsi entrèrent dans le Seigneur, souverain de l’univers entier.
Verse 13
एवमेतेन योगेन ये ऽपि चान्ये मनीषिणः चिन्तयन्ति महादेवं गन्तारो रुद्रमव्ययम्
De même, par ce même Yoga, d’autres sages contemplatifs méditent Mahādeva ; et, après une telle contemplation, ils atteignent Rudra — le Seigneur impérissable (Pati), au-delà de toute déchéance.
The narrative presents Aghora as the revelatory form through which the nirguṇa Lord becomes accessible to the creator-god: the ‘dark’ iconography marks transcendence beyond guṇas, while the blazing tejas signals divine self-luminosity that authorizes creation and instruction.
They are four childlike emanations associated with Aghora’s presence, who undertake prolonged upāsanā and then transmit mahāyoga to disciples—functioning as mediating teachers of Śiva-realization rather than merely mythic attendants.
Prāṇāyāma joined to manasa-dhyāna (placing Maheśvara in the heart) and sustained upāsanā, culminating in mental entry into Śiva and realization of the amalā, nirguṇa station.