
Lineage of Vyāsas, Division of the Veda, and Vāsudeva/Īśāna as the Veda-Known Supreme
Sūta poursuit le récit purāṇique de la sauvegarde du dharma et de la révélation védique au fil des âges : il rappelle les réorganisations du Veda dans les manvantaras et les cycles de Dvāpara, et énumère la lignée des Vyāsa jusqu’à Kṛṣṇa Dvaipāyana, fils de Parāśara. L’autorité de Vyāsa ne tient pas seulement à l’hérédité, mais à la grâce : après avoir adoré Īśāna et contemplé Sāmba (Śiva), il devient l’ordonnateur des Vedas. Le chapitre décrit ensuite la transmission pédagogique—Paila (Ṛg), Vaiśampāyana (Yajur), Jaimini (Sāma), Sumantu (Atharva) et Sūta pour l’Itihāsa–Purāṇa—puis la logique rituelle du sacerdoce cāturhotra. Il s’achève sur un sommet métaphysique : l’Oṁkāra naît de Brahman, Vāsudeva est le Suprême enseigné par les Vedas, et Mahādeva est dit être de forme védique, exprimant l’harmonie Hari–Hara propre au Kurma Purāṇa et ouvrant vers une connaissance vedāntique au-delà de la simple récitation.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे एकोनपञ्चाशो ऽध्यायः सूत उवाच अस्मिन् मन्वन्तरे पूर्वं वर्तमाने महान् विभुः / द्वापरे प्रथमे व्यासो मनुः स्वायंभुवो मतः
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Saṃhitā de six mille ślokas, au Pūrva-bhāga, s’ouvre le chapitre quarante-neuvième. Sūta déclara : «Autrefois, en ce Manvantara même, le grand Seigneur qui pénètre tout établit la lignée de la tradition; et dans le premier Dvāpara, le Vyāsa est tenu pour Svāyambhuva Manu.»
Verse 2
बिभेद बहुधा वेदं नियोगाद् ब्रह्मणः प्रभोः / द्वितीये द्वापरे चैव वेदव्यासः प्रजापतिः
Sur l’ordre du Seigneur Brahmā, il divisa l’unique Veda en de multiples parties. Et dans le second Dvāpara, le Prajāpati nommé Vedavyāsa accomplit cette répartition.
Verse 3
तृतीये चोशना व्यासश्चतुर्थे स्याद् बृहस्पतिः / सविता पञ्चमे व्यासः षष्ठे मृत्युः प्रकीर्तितः
Dans le troisième, Uśanā est proclamé Vyāsa; dans le quatrième, on dit que Bṛhaspati (est Vyāsa). Dans le cinquième, Savitṛ est Vyāsa; et dans le sixième, Mṛtyu est célébré (comme Vyāsa).
Verse 4
सप्तमे च तथैवेन्द्रो वसिष्ठश्चाष्टमे मतः / सारस्वतश्च नवमे त्रिधामा दशमे स्मृतः
Dans le septième, Indra est de même (ainsi nommé). Dans le huitième, Vasiṣṭha est tenu (pour Indra). Dans le neuvième, (l’Indra) est Sārasvata; et dans le dixième, on se souvient de lui comme Tridhāman.
Verse 5
एकादशे तु त्रिवृषः शततेजास्ततः परः / त्रयोदशे तथा धर्मस्तरक्षुस्तु चतुर्दशे
Dans le onzième cycle se trouve Trivṛṣa; après lui vient Śata-tejas. Dans le treizième cycle se trouve Dharma, et dans le quatorzième, Tarakṣu.
Verse 6
त्र्यारुणिर्वै पञ्चदशे षोडशे तु धनञ्जयः / कृतञ्जयः सप्तदशे ह्यष्टादशे ऋतञ्जयः
En vérité, au quinzième cycle se tient Tryāruṇi ; au seizième, Dhanañjaya. Au dix-septième se trouve Kṛtañjaya, et au dix-huitième, Ṛtañjaya.
Verse 7
ततो व्यासो भरद्वाजस्तस्मादूर्ध्वं तु गौतमः / राजश्रवाश्चैकविंशस्तस्माच्छुष्मायणः परः
Puis, de lui naquit Vyāsa, et de Vyāsa naquit Bharadvāja. De Bharadvāja, dans la lignée suivante, s’éleva Gautama. De Gautama naquit Rājaśravā, vingt-et-unième de cette succession ; et après lui vint Chuṣmāyaṇa.
Verse 8
तृणबिन्दुस्त्रयोविंशे वाल्मीकिस्तत्परः स्मृतः / पञ्चविशे तथा शक्तिः षड्विंशे तु पराशरः
À la vingt-troisième génération se trouvait Tṛṇabindu ; après lui, Vālmīki est célébré dans la mémoire. À la vingt-cinquième se tenait aussi Śakti, et à la vingt-sixième, Parāśara.
Verse 9
सप्तविंशे तथा व्यासो जातूकर्णो महामुनिः / अष्टाविंशे पुनः प्राप्ते ह्यस्मिन् वै द्वापरे द्विजाः / पराशरसुतो व्यासः कृष्णद्वैपायनो ऽभवत्
Dans le vingt-septième Dvāpara, le grand sage Jātūkarṇa devint le Vyāsa. Et maintenant, en ce vingt-huitième Dvāpara, ô deux-fois-nés, Vyāsa est le fils de Parāśara : Kṛṣṇa Dvaipāyana.
Verse 10
स एव सर्ववेदानां पुराणानां प्रदर्शकः / पाराशर्यो महायोगी कृष्णद्वैपायनो हरिः
Lui seul est le révélateur et l’exégète de tous les Veda et de tous les Purāṇa : le fils de Parāśara, le grand yogin Kṛṣṇa Dvaipāyana (Vyāsa), qui est Hari en personne.
Verse 11
आराध्य देवमीशानं दृष्ट्वा साम्बं त्रिलोचनम् / तत्प्रसादादसौ व्यासं वेदानामकरोत् प्रभुः
Après avoir adoré le Seigneur Īśāna et contemplé Sāmba—Śiva, le Trois‑Yeux—par Sa grâce, ce puissant devint Vyāsa, l’ordonnateur des Veda.
Verse 12
अथ शिष्यान् प्रिजग्राह चतुरो वेदपारगान् / जैमिनिं च सुमन्तुं च वैशम्पायनमेव च / पैलं तेषां चतुर्थं च पञ्चमं मां महामुनिः
Puis le grand sage accueillit cinq disciples, maîtres des Veda : Jaimini, Sumantu et Vaiśampāyana ; Paila comme le quatrième ; et comme cinquième, il m’accueillit moi‑même.
Verse 13
ऋग्वेदश्रावकं पैलं जग्राह स महामुनिः / यजुर्वेदप्रवक्तारं वैशम्पायनमेव च
Ce grand sage prit Paila pour récitant et transmetteur du Ṛgveda, et de même Vaiśampāyana pour maître et commentateur du Yajurveda.
Verse 14
जैमिनिं सामवेदस्य श्रावकं सोन्वपद्यत / तथैवाथर्ववेदस्य सुमन्तुमृषिसत्तमम् / इतिहासपुराणानि प्रवक्तुं मामयोजयत्
Il établit Jaimini comme récitant et transmetteur du Sāmaveda ; et pour l’Atharvaveda il établit l’excellent ṛṣi Sumantu. Quant à moi, il me chargea d’exposer les Itihāsa et les Purāṇa.
Verse 15
एक आसीद्यजुर्वेदस्तं चतुर्धा व्यकल्पयत् / चातुर्हेत्रमभूद् यस्मिंस्तेन यज्ञमथाकरोत्
Le Yajurveda fut jadis un seul ensemble ; puis il fut ordonné en quatre divisions. De cet agencement naquit le système sacerdotal quadruple (cāturhotra), et grâce à lui le rite du yajña fut accompli selon la règle.
Verse 16
आध्वर्यवं यजुर्भिः स्यादृग्भिर्हेत्रं द्विजोत्तमाः / औद्गात्रं सामभिश्चक्रे ब्रह्मत्वं चाप्यथर्वभिः
Ô meilleurs des deux‑fois‑nés, l’office de l’Adhvaryu s’accomplit par le Yajur‑véda ; la fonction du Hotṛ par le Ṛg‑véda ; celle de l’Udgātṛ par le Sāma‑véda ; et la prêtrise du Brahman, de même, par l’Atharva‑véda.
Verse 17
ततः स ऋच उद्धृत्य ऋग्वेदं कृतवान् प्रभुः / यजूंषि च यजुर्वेदं सामवेदं च सामभिः
Ensuite, le Seigneur tira les strophes Ṛc et, par elles, composa le Ṛg‑véda ; de même, des formules Yajus il forma le Yajur‑véda, et des chants Sāman il façonna le Sāma‑véda.
Verse 18
एकविंशतिभेदेन ऋग्वेदं कृतवान् पुरा / शाखानां तु शतेनैव यजुर्वेदमथाकरोत्
Dans les temps anciens, il ordonna le Ṛg‑véda en vingt‑et‑une divisions ; puis il organisa aussi le Yajur‑véda en un plein cent de branches (śākhā).
Verse 19
सामवेदं सहस्त्रेण शाखानां प्रबिभेद सः / अथर्वाणमथो वेदं बिभेद नवकेन तु
Il subdivisa le Sāma‑véda en mille branches (śākhā) ; et, de même, il divisa l’Atharva‑véda en neuf branches.
Verse 20
भेदैरष्टादशैर्व्यासः पुराणं कृतवान् प्रभुः / सो ऽयमेकश्चतुष्पादो वेदः पूर्वं पुरातनात्
Par dix‑huit divisions, le vénérable Vyāsa composa le Purāṇa. Cet enseignement fut jadis un seul Véda aux quatre « pieds », transmis depuis l’antiquité la plus reculée.
Verse 21
ओङ्कारो ब्रह्मणो जातः सर्वदोषविशोधनः / वेदवेद्यो हि भगवान् वासुदेवः सनातनः
L’Oṁkāra naît de Brahman et purifie toutes les souillures. En vérité, le Bienheureux Seigneur Vāsudeva—éternel—est Celui que les Veda font connaître.
Verse 22
स गीयते परो वेदे यो वेदैनं स वेदवित् / एतत् परतरं ब्रह्म ज्योतिरानन्दमुत्तमम्
Dans le Veda, on le chante comme le Suprême. Qui le connaît en vérité est connaisseur du Veda. Ceci est le Brahman au-delà de tout : la Lumière suprême et la Béatitude sans égale.
Verse 23
वेदवाक्योदितं तत्त्वं वासुदेवः परं पदम् / वेदवेद्यमिमं वेत्ति वेदं वेदपरो मुनिः
La réalité proclamée par les paroles du Veda est ceci : Vāsudeva est l’état suprême, la demeure la plus haute. Le sage voué au Veda connaît vraiment cette vérité enseignée par le Veda : Vāsudeva, le Connaissable par le Veda.
Verse 24
अवेदं परमं वेत्ति वेदनिष्ठः सदेश्वरः / स वेदवेद्यो भगवान् वेदमूर्तिर्महेश्वरः / स एव वेदो वेद्यश्च तमेवाश्रित्य मुच्यते
Celui qui demeure ferme dans le Veda et voué au Seigneur en vient à connaître le Suprême, au-delà de la simple récitation du Veda. Ce Bienheureux—Mahādeva, Mahēśvara, dont la forme est le Veda même—est connaissable par le Veda. Lui seul est à la fois le Veda et ce qui doit être connu ; en prenant refuge en Lui seul, on est délivré.
Verse 25
इत्येदक्षरं वेद्यमोङ्कारं वेदमव्ययम् / अवेदं च विजानाति पाराशर्यो महामुनिः
Ainsi, le grand sage Pārāśarya comprend que le Connaissable impérissable est l’Oṁkāra : le Veda lui-même, le Veda qui ne se flétrit pas ; et il connaît aussi ce qu’on appelle le « non-Veda », ce qui demeure hors du vrai connaître védique.
It presents a cyclical model: in successive manvantaras and Dvāpara ages, different Vyāsas arise to re-arrange the one Veda into teachable divisions and lineages, culminating here in Kṛṣṇa Dvaipāyana as the current Vyāsa.
It articulates samanvaya: Vāsudeva is affirmed as the Supreme taught by the Vedas, while Mahādeva/Īśāna is described as Veda-form and knowable through the Veda—presented as complementary expressions of the same highest reality rather than competing sectarian claims.
Oṁkāra is said to arise from Brahman and purify faults; true Vedic knowing culminates in realizing the Supreme (Vāsudeva), and taking refuge in the Lord—who is both the Veda and the object of knowledge—leads beyond mere recitation to mokṣa.