
Kāla-cakra and the Motions of the Sun, Moon, Stars, and Grahas (Bhāgavata Jyotiṣa Framework)
Poursuivant l’exposé sacré de la géographie cosmique du Chant 5—après avoir situé les régions autour de Sumeru et de Dhruvaloka—Parīkṣit soulève une difficulté logique sur l’orientation du soleil : comment Sumeru et Dhruvaloka peuvent-ils être décrits à la fois à droite et à gauche du soleil ? Śukadeva répond par l’analogie de la roue du potier, distinguant la rotation du cadre zodiacal et de la roue du temps (kāla-cakra) des mouvements apparents des luminaires « semblables à des fourmis » à l’intérieur. Le chapitre identifie le soleil comme une manifestation investie de la puissance de Nārāyaṇa, divisée en douze formes saisonnières et douze noms zodiacaux, établissant l’année (saṁvatsara), les mois, les quinzaines et les ayana. Il s’élève ensuite à travers les strates cosmiques—lune, nakṣatra, Vénus, Mercure, Mars, Jupiter, Saturne—en décrivant distances relatives, mouvements propres et effets fastes ou néfastes, surtout quant aux pluies et au bien-être social. L’enchaînement culmine avec le Saptarṣi-maṇḍala tournant autour de Dhruvaloka, préparant la suite sur les arrangements planétaires supérieurs et la gouvernance divine du temps.
Verse 1
राजोवाच यदेतद्भगवत आदित्यस्य मेरुं ध्रुवं च प्रदक्षिणेन परिक्रामतो राशीनामभिमुखं प्रचलितं चाप्रदक्षिणं भगवतोपवर्णितममुष्य वयं कथमनुमिमीमहीति ॥ १ ॥
Le roi dit : « Seigneur vénérable, tu as déjà affirmé comme vérité que le puissant dieu Soleil circule autour de Dhruvaloka en gardant le mont Meru et Dhruva à sa droite. Pourtant, en même temps, il fait face aux signes du zodiaque et semble tenir Meru et Dhruva à sa gauche. Comment pouvons-nous admettre raisonnablement qu’il ait Meru et Dhruvaloka à la fois à droite et à gauche ? »
Verse 2
स होवाच यथा कुलालचक्रेण भ्रमता सह भ्रमतां तदाश्रयाणां पिपीलिकादीनां गतिरन्यैव प्रदेशान्तरेष्वप्युपलभ्यमानत्वादेवं नक्षत्रराशिभिरुपलक्षितेन कालचक्रेण ध्रुवं मेरुं च प्रदक्षिणेन परिधावता सह परिधावमानानां तदाश्रयाणां सूर्यादीनां ग्रहाणां गतिरन्यैव नक्षत्रान्तरे राश्यन्तरे चोपलभ्यमानत्वात् ॥ २ ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī répondit clairement : lorsque la roue du potier tourne, les petites fourmis qui s’y trouvent tournent avec elle ; pourtant leur mouvement paraît différent de celui de la roue, car on les voit tantôt sur une partie, tantôt sur une autre. De même, les constellations et les signes—telle une roue du temps—se déplacent avec Sumeru et Dhruvaloka à leur droite, et le soleil ainsi que les autres planètes se déplacent avec eux. Cependant, le soleil et les planètes sont observés dans des signes et des constellations différents selon les moments ; cela montre que leur mouvement diffère de celui du zodiaque et de la roue du temps elle-même.
Verse 3
स एष भगवानादिपुरुष एव साक्षान्नारायणो लोकानां स्वस्तय आत्मानं त्रयीमयं कर्मविशुद्धिनिमित्तं कविभिरपि च वेदेन विजिज्ञास्यमानो द्वादशधा विभज्य षट्सु वसन्तादिष्वृतुषु यथोपजोषमृतुगुणान् विदधाति ॥ ३ ॥
Ce Bhagavān, l’Ādi-Puruṣa, est Nārāyaṇa en personne. Pour le bien des mondes et la purification des actes, Il se manifeste sous la forme du Soleil, empreint de l’essence des trois Veda; puis, se divisant en douze aspects, Il ordonne les six saisons начиная par le printemps, établissant leurs qualités — chaleur, froid, etc. — selon l’harmonie voulue.
Verse 4
तमेतमिह पुरुषास्त्रय्या विद्यया वर्णाश्रमाचारानुपथा उच्चावचै: कर्मभिराम्नातैर्योगवितानैश्च श्रद्धया यजन्तोऽञ्जसा श्रेय: समधिगच्छन्ति ॥ ४ ॥
Selon la connaissance des trois Veda et la voie du varṇāśrama, les hommes, avec foi, adorent Nārāyaṇa établi comme divinité solaire—le Paramātmā—par des rites védiques, élevés ou modestes, et par la discipline du yoga; ainsi ils atteignent aisément le bien suprême.
Verse 5
अथ स एष आत्मा लोकानां द्यावापृथिव्योरन्तरेण नभोवलयस्य कालचक्रगतो द्वादश मासान् भुङ्क्ते राशिसंज्ञान् संवत्सरावयवान्मास: पक्षद्वयं दिवा नक्तं चेति सपादर्क्षद्वयमुपदिशन्ति यावता षष्ठमंशं भुञ्जीत स वै ऋतुरित्युपदिश्यते संवत्सरावयव: ॥ ५ ॥
Le dieu Soleil—Nārāyaṇa/Viṣṇu, l’âme de tous les mondes—demeure dans l’espace entre le ciel et la terre et, sur la roue du temps, parcourt douze mois. Au contact des douze signes du zodiaque, Il prend douze noms. L’ensemble de ces douze mois est appelé saṁvatsara, l’année. Selon le calcul lunaire, deux quinzaines — croissante et décroissante — font un mois; pour Pitṛloka, cette même durée est un jour et une nuit. Selon le calcul stellaire, un mois équivaut à deux constellations et un quart. Quand le Soleil chemine durant deux mois, s’achève le sixième de l’année: on l’appelle ṛtu, une saison; ainsi les saisons sont des membres du corps de l’année.
Verse 6
अथ च यावतार्धेन नभोवीथ्यां प्रचरति तं कालमयनमाचक्षते ॥ ६ ॥
Le temps que met le Soleil à parcourir la moitié de sa trajectoire dans le ciel est appelé ayana (sa marche vers le nord ou vers le sud).
Verse 7
अथ च यावन्नभोमण्डलं सह द्यावापृथिव्योर्मण्डलाभ्यां कार्त्स्न्येन स ह भुञ्जीत तं कालं संवत्सरं परिवत्सरमिडावत्सरमनुवत्सरं वत्सरमिति भानोर्मान्द्यशैघ्र्यसमगतिभि: समामनन्ति ॥ ७ ॥
Le dieu Soleil possède trois vitesses—lente, rapide et moyenne. Le temps qu’il met à parcourir entièrement les sphères du ciel, de la terre et de l’espace, selon ces trois allures, est désigné par les sages sous cinq noms: Saṁvatsara, Parivatsara, Iḍāvatsara, Anuvatsara et Vatsara.
Verse 8
एवं चन्द्रमा अर्कगभस्तिभ्य उपरिष्टाल्लक्षयोजनत उपलभ्यमानोऽर्कस्य संवत्सरभुक्तिं पक्षाभ्यां मासभुक्तिं सपादर्क्षाभ्यां दिनेनैव पक्षभुक्तिमग्रचारी द्रुततरगमनो भुङ्क्ते ॥ ८ ॥
Au-dessus des rayons du soleil, à une distance de cent mille yojanas, se trouve la lune, dont la course est plus rapide que celle du soleil. En deux quinzaines elle parcourt l’équivalent d’une année solaire; en deux jours et un quart, celui d’un mois; et en un jour, celui d’une quinzaine du soleil.
Verse 9
अथ चापूर्यमाणाभिश्च कलाभिरमराणां क्षीयमाणाभिश्च कलाभि: पितृणामहोरात्राणि पूर्वपक्षापरपक्षाभ्यां वितन्वान: सर्वजीवनिवहप्राणो जीवश्चैकमेकं नक्षत्रं त्रिंशता मुहूर्तैर्भुङ्क्ते ॥ ९ ॥
Quand la lune croît, ses portions lumineuses augmentent chaque jour, faisant le jour pour les devas et la nuit pour les pitṛs; quand elle décroît, elle fait la nuit pour les devas et le jour pour les pitṛs. Ainsi, elle traverse chaque constellation en trente muhūrtas (une journée entière). Répandant une fraîcheur semblable au nectar qui favorise la croissance des grains, le dieu Lune est tenu pour la vie de tous les êtres et reçoit le nom de Jīva.
Verse 10
य एष षोडशकल: पुरुषो भगवान्मनोमयोऽन्नमयोऽमृतमयो देवपितृमनुष्यभूतपशुपक्षिसरीसृपवीरुधां प्राणाप्यायनशीलत्वात्सर्वमय इति वर्णयन्ति ॥ १० ॥
La lune, pourvue de seize kalās, représente l’influence du Bhagavān, la Personne Suprême. Présidant l’esprit de chacun, elle est dite Manomaya; donnant vigueur aux herbes et aux plantes, Annamaya; et, source de vie pour tous les êtres, Amṛtamaya. Elle réjouit devas, pitṛs, humains, animaux, oiseaux, reptiles, arbres et plantes; et, parce qu’elle pénètre tout, on la nomme aussi Sarvamaya, « tout-englobante ».
Verse 11
तत उपरिष्टात्द्वि्लक्षयोजनतो नक्षत्राणि मेरुं दक्षिणेनैव कालायन ईश्वरयोजितानि सहाभिजिताष्टाविंशति: ॥ ११ ॥
Au-dessus de la lune, à deux cent mille yojanas, se trouvent les étoiles (nakṣatras). Par la volonté souveraine du Seigneur, elles sont fixées à la roue du temps et tournent avec le mont Sumeru à leur droite, d’un mouvement différent de celui du soleil. Il y a vingt-huit étoiles principales, conduites par Abhijit.
Verse 12
तत उपरिष्टादुशना द्विलक्षयोजनत उपलभ्यते पुरत: पश्चात्सहैव वार्कस्य शैघ्र्यमान्द्यसाम्याभिर्गतिभिरर्कवच्चरति लोकानां नित्यदानुकूल एव प्रायेण वर्षयंश्चारेणानुमीयते स वृष्टिविष्टम्भग्रहोपशमन: ॥ १२ ॥
À environ deux cent mille yojanas au-dessus de ce groupe d’étoiles se trouve Vénus (Uśanā). Elle se déplace presque au même rythme que le soleil : tantôt derrière, tantôt devant, tantôt à ses côtés, selon des mouvements rapides, lents ou modérés. Vénus neutralise l’influence des planètes qui entravent la pluie; ainsi sa présence annonce souvent les précipitations et est tenue pour très favorable à tous les êtres, comme l’admettent les sages.
Verse 13
उशनसा बुधो व्याख्यातस्तत उपरिष्टाद्विलक्षयोजनतो बुध: सोमसुत उपलभ्यमान: प्रायेण शुभकृद्यदार्काद् व्यतिरिच्येत तदातिवाताभ्रप्रायानावृष्ट्यादिभयमाशंसते ॥ १३ ॥
Mercure, fils de la Lune, est dit semblable à Vénus : tantôt il chemine derrière le Soleil, tantôt devant, tantôt à ses côtés. Il se tient seize lakhs de yojanas au-dessus de Vénus et se montre presque toujours propice aux êtres de l’univers ; mais lorsqu’il ne suit pas la marche du Soleil, il annonce cyclones, poussières, pluies déréglées et nuages sans eau, suscitant la crainte par manque ou excès de pluie.
Verse 14
अत ऊर्ध्वमङ्गारकोऽपि योजनलक्षद्वितय उपलभ्यमानस्त्रिभिस्त्रिभि: पक्षैरेकैकशो राशीन्द्वादशानुभुङ्क्ते यदि न वक्रेणाभिवर्तते प्रायेणाशुभग्रहोऽघशंस: ॥ १४ ॥
Au-dessus se trouve Mars (Aṅgāraka), à deux lakhs de yojanas au-dessus de Mercure. S’il ne se meut pas en trajectoire courbe, il traverse successivement les douze signes du zodiaque, demeurant dans chacun trois quinzaines ; toutefois, il est le plus souvent un astre défavorable, annonciateur de malheur, notamment quant aux pluies et autres influences.
Verse 15
तत उपरिष्टाद्विलक्षयोजनान्तरगता भगवान् बृहस्पतिरेकैकस्मिन् राशौ परिवत्सरं परिवत्सरं चरति यदि न वक्र: स्यात्प्रायेणानुकूलो ब्राह्मणकुलस्य ॥ १५ ॥
Au-dessus, à seize lakhs de yojanas de distance, se tient le vénérable Bṛhaspati (Jupiter). Il parcourt chaque signe du zodiaque durant un parivatsara ; si son mouvement n’est pas courbe, il est le plus souvent très favorable à la lignée des brāhmaṇas et au monde, faisant croître le dharma et la connaissance sacrée.
Verse 16
तत उपरिष्टाद्योजनलक्षद्वयात्प्रतीयमान: शनैश्चर एकैकस्मिन् राशौ त्रिंशन्मासान् विलम्बमान: सर्वानेवानुपर्येति तावद्भिरनुवत्सरै: प्रायेण हि सर्वेषामशान्तिकर: ॥ १६ ॥
Au-dessus (au-dessus de Jupiter), à deux lakhs de yojanas, se trouve Saturne (Śanaiścara). Il avance lentement, demeurant trente mois dans chaque signe et parcourant tout le cercle du zodiaque en trente anuvatsaras ; le plus souvent, il apporte l’inquiétude à tous et engendre des conditions très inauspiciées pour l’ordre du monde.
Verse 17
तत उत्तरस्मादृषय एकादशलक्षयोजनान्तर उपलभ्यन्ते य एव लोकानां शमनुभावयन्तो भगवतो विष्णोर्यत्परमं पदं प्रदक्षिणं प्रक्रमन्ति ॥ १७ ॥
Au nord de là, à une distance de onze lakhs de yojanas, se trouvent les sept sages saints. Soucieux du bien des habitants de l’univers, ils accomplissent sans cesse la pradakṣiṇā, circumambulant la demeure suprême du Seigneur Viṣṇu, appelée Dhruvaloka, l’étoile polaire.
Śukadeva distinguishes between two motions: (1) the rotation of the zodiacal/stellar framework bound to the wheel of time (kāla-cakra), and (2) the relative motion of the sun and other planets within that rotating framework. Like ants on a potter’s wheel, the luminaries appear in different positions even though the larger system is rotating. Thus statements about “left/right” reflect reference frames—zodiacal rotation versus planetary traversal—rather than a single fixed physical orientation.
The chapter identifies the sun-god as Nārāyaṇa/Viṣṇu in an empowered solar form who benefits all planets, purifies fruitive work, and manifests seasonal divisions. Because the sun regulates time, seasons, and ritual calendars, people following varṇāśrama worship the Supreme as present in the sun through Vedic rites (e.g., agnihotra) and yogic discipline—aiming ultimately at the highest goal of life, not merely material prosperity.
Kāla-cakra is the cosmic “wheel of time” by which the Supreme’s administration becomes measurable as cycles—months, fortnights, seasons, ayanas, and years. In this chapter it is the governing structure to which constellations are fixed and within which the sun and grahas move, producing predictable changes (seasonal qualities) and karmic/ritual timing for embodied beings.
The Bhāgavata presents grahas as instruments within divine governance affecting terrestrial conditions that sustain life and dharma. Their described “favorable/unfavorable” effects—often framed around rainfall—signal how cosmic timing correlates with prosperity or distress in human society. The point is not fatalism but recognition that material conditions operate under higher order (poṣaṇa) and that wise persons align life with dharma and devotion rather than mere prediction.