Adhyaya 5
Dvitiya SkandhaAdhyaya 542 Verses

Adhyaya 5

Nārada’s Questions and Brahmā’s Reply: Vāsudeva as the Source; Sarga–Visarga; Virāṭ-rūpa Mapping

Poursuivant l’élan pédagogique du Skandha 2, Nārada s’approche de Brahmā avec révérence tout en posant une enquête théologique incisive : il demande la connaissance qui distingue le jīva (âme individuelle) du Paramātmā (Sur-Âme) et sollicite un exposé véridique du monde manifesté—son origine, sa création, son maintien et l’autorité qui le gouverne. Nārada met à l’épreuve l’apparente indépendance de Brahmā par l’analogie de l’araignée, demandant s’il crée uniquement par sa propre śakti. Brahmā répond en renvoyant toute grandeur à Vāsudeva : sa puissance créatrice est secondaire, éclairée par l’effulgence du Seigneur, et la māyā égare ceux qui prennent le contrôleur secondaire pour le Suprême. Il décrit ensuite la mécanique de la création (sarga–visarga) : puruṣa-avatāra, mahat-tattva, le temps, les guṇa, les transformations du faux ego, l’apparition des cinq grands éléments et des sens, et la nécessité de l’entrée du Seigneur pour animer les univers. Le chapitre culmine dans la cosmographie du virāṭ-rūpa, reliant varṇa et systèmes planétaires au Corps universel du Seigneur, préparant des développements ultérieurs plus détaillés.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच देवदेव नमस्तेऽस्तु भूतभावन पूर्वज । तद् विजानीहि यज्ज्ञानमात्मतत्त्वनिदर्शनम् ॥ १ ॥

Nārada dit : Ô dieu des dieux, ô soutien de tous les êtres, ô premier-né, je t’offre mes respects. Je t’en prie, révèle-moi cette connaissance transcendante qui conduit précisément à la vérité de l’ātman et du Paramātman.

Verse 2

यद्रूपं यदधिष्ठानं यत: सृष्टमिदं प्रभो । यत्संस्थं यत्परं यच्च तत् तत्त्वं वद तत्त्वत: ॥ २ ॥

Ô mon père, Seigneur, décris-moi fidèlement la nature de ce monde manifesté : quelle en est la forme, quel en est le support, d’où il est créé, comment il est maintenu, et sous l’autorité de qui tout cela s’accomplit.

Verse 3

सर्वं ह्येतद् भवान् वेद भूतभव्यभवत्प्रभु: । करामलकवद् विश्वं विज्ञानावसितं तव ॥ ३ ॥

Ô père, Seigneur, tu connais tout : le passé, l’avenir et le présent ; l’univers entier est contenu dans ta connaissance, clair comme un fruit dans la paume, sous ta prise.

Verse 4

यद्विज्ञानो यदाधारो यत्परस्त्वं यदात्मक: । एक: सृजसि भूतानि भूतैरेवात्ममायया ॥ ४ ॥

Ô père, quelle est la source de ta connaissance ? Sous la protection de qui te tiens-tu, et sous l’autorité de qui agis-tu ? Quelle est ta position véritable ? Es-tu seul à créer tous les êtres avec les éléments matériels par ton énergie propre, l’ātma-māyā ?

Verse 5

आत्मन् भावयसे तानी न पराभावयन् स्वयम् । आत्मशक्तिमवष्टभ्य ऊर्णनाभिरिवाक्लम: ॥ ५ ॥

Ô être autosuffisant, tu fais toi-même tout apparaître et nul ne peut te vaincre ; comme l’araignée tisse sans peine sa toile par sa propre force, ainsi tu crées en t’appuyant sur ta puissance intime, l’ātma-śakti, sans aide d’autrui.

Verse 6

नाहं वेद परं ह्यस्मिन्नापरं न समं विभो । नामरूपगुणैर्भाव्यं सदसत् किञ्चिदन्यत: ॥ ६ ॥

Ô Seigneur tout-puissant, je ne connais ni le supérieur, ni l’inférieur, ni l’égal ; tout ce qui est saisi par le nom, la forme et les qualités—éternel ou passager, réel ou irréel—ne provient d’aucune autre source que Toi seul.

Verse 7

स भवानचरद् घोरं यत् तप: सुसमाहित: । तेन खेदयसे नस्त्वं पराशङ्कां च यच्छसि ॥ ७ ॥

Tu as accompli une austérité redoutable avec une discipline parfaite; ainsi, bien que tu sois puissant dans l’acte de création, un doute naît en nous: existe-t-il quelqu’un de plus puissant que toi?

Verse 8

एतन्मे पृच्छत: सर्वं सर्वज्ञ सकलेश्वर । विजानीहि यथैवेदमहं बुध्येऽनुशासित: ॥ ८ ॥

Ô toi qui sais tout, Seigneur de tout, daigne m’instruire avec bonté de tout ce que je t’ai demandé, afin que, comme ton disciple, je le comprenne justement.

Verse 9

ब्रह्मोवाच सम्यक् कारुणिकस्येदं वत्स ते विचिकित्सितम् । यदहं चोदित: सौम्य भगवद्वीर्यदर्शने ॥ ९ ॥

Brahmā dit : Mon enfant Nārada, toi qui es plein de compassion, ton questionnement est juste; car, ô doux, moi aussi j’ai été poussé à contempler la puissance du Bhagavān, la Personne Suprême.

Verse 10

नानृतं तव तच्चापि यथा मां प्रब्रवीषि भो: । अविज्ञाय परं मत्त एतावत्त्वं यतो हि मे ॥ १० ॥

Ô ami, ce que tu as dit de moi n’est pas faux; car, sans connaître la Vérité suprême au-delà de moi—le Bhagavān—l’être vivant est assurément illusionné en voyant mes actes puissants.

Verse 11

येन स्वरोचिषा विश्वं रोचितं रोचयाम्यहम् । यथार्कोऽग्निर्यथा सोमो यथर्क्षग्रहतारका: ॥ ११ ॥

Par Son éclat propre l’univers est illuminé, et par ce même rayonnement j’illumine la création; de même que, lorsque le soleil se manifeste, se manifestent aussi le feu, la lune, le firmament, les planètes et les étoiles scintillantes.

Verse 12

तस्मै नमो भगवते वासुदेवाय धीमहि । यन्मायया दुर्जयया मां वदन्ति जगद्गुरुम् ॥ १२ ॥

J’offre mes hommages et je médite sur le Seigneur Bhagavān Vāsudeva, Śrī Kṛṣṇa; par Sa māyā invincible, les hommes me nomment « maître du monde ».

Verse 13

विलज्जमानया यस्य स्थातुमीक्षापथेऽमुया । विमोहिता विकत्थन्ते ममाहमिति दुर्धिय: ॥ १३ ॥

La māyā du Seigneur, honteuse, ne peut se tenir sous Son regard; mais les esprits obtus, égarés par elle, divaguent en disant « moi » et « à moi ».

Verse 14

द्रव्यं कर्म च कालश्च स्वभावो जीव एव च । वासुदेवात्परो ब्रह्मन्न च चान्योऽर्थोऽस्ति तत्त्वत: ॥ १४ ॥

La matière, l’acte, le temps, la nature et le jīva—tout cela sont des parts différenciées de Vāsudeva; ô brāhmane, en vérité il n’y a là aucune autre valeur indépendante.

Verse 15

नारायणपरा वेदा देवा नारायणाङ्गजा: । नारायणपरा लोका नारायणपरा मखा: ॥ १५ ॥

Les Veda sont voués à Nārāyaṇa; les devas sont des serviteurs nés comme membres de Son corps; les mondes existent pour Nārāyaṇa, et les sacrifices ne sont accomplis que pour Le satisfaire.

Verse 16

नारायणपरो योगो नारायणपरं तप: । नारायणपरं ज्ञानं नारायणपरा गति: ॥ १६ ॥

Le yoga est tourné vers Nārāyaṇa; l’austérité vise Nārāyaṇa; la connaissance transcendante sert à entrevoir Nārāyaṇa, et le but ultime est d’entrer dans Son royaume.

Verse 17

तस्यापि द्रष्टुरीशस्य कूटस्थस्याखिलात्मन: । सृज्यं सृजामि सृष्टोऽहमीक्षयैवाभिचोदित: ॥ १७ ॥

Poussé par Son seul regard, par ce Seigneur voyant tout, immuable et Âme de tous, je déploie la création déjà créée par Lui; et moi aussi, je suis créé par Lui seul.

Verse 18

सत्त्वं रजस्तम इति निर्गुणस्य गुणास्त्रय: । स्थितिसर्गनिरोधेषु गृहीता मायया विभो: ॥ १८ ॥

Le Seigneur Suprême, au-delà de toute qualité, accepte par Sa māyā les trois guṇa—sattva, rajas, tamas—pour la création, le maintien et la dissolution du monde.

Verse 19

कार्यकारणकर्तृत्वे द्रव्यज्ञानक्रियाश्रया: । बध्नन्ति नित्यदा मुक्तं मायिनं पुरुषं गुणा: ॥ १९ ॥

Ces trois modes, se manifestant comme matière, connaissance et action, enchaînent le jīva —éternellement transcendant— au lien de cause et d’effet et lui imposent la charge d’être l’agent.

Verse 20

स एष भगवाल्लिंङ्गैस्त्रिभिरेतैरधोक्षज: । स्वलक्षितगतिर्ब्रह्मन् सर्वेषां मम चेश्वर: ॥ २० ॥

Ô brāhmaṇa Nārada, le Seigneur Adhokṣaja, à cause de ces trois marques des guṇa, échappe aux sens des êtres; pourtant Il se révèle par Ses propres signes et Il est le Maître de tous, moi compris.

Verse 21

कालं कर्म स्वभावं च मायेशो मायया स्वया । आत्मन् यद‍ृच्छया प्राप्तं विबुभूषुरुपाददे ॥ २१ ॥

Ô Ātman, le Seigneur de la māyā, par Sa propre puissance crée le temps éternel, le karma (destin des jīvas) et leur nature particulière; puis, par Sa volonté souveraine, Il les manifeste et les résorbe de nouveau.

Verse 22

कालाद् गुणव्यतिकर: परिणाम: स्वभावत: । कर्मणो जन्म महत: पुरुषाधिष्ठितादभूत् ॥ २२ ॥

Après l’incarnation du premier Puruṣa (Kāraṇārṇavaśāyī Viṣṇu), le mahattattva se manifeste. Puis le temps apparaît; dans son cours, les trois guṇa se mêlent et se transforment selon la nature, et, sous l’appui du Puruṣa, naît l’activité karmique.

Verse 23

महतस्तु विकुर्वाणाद्रज:सत्त्वोपबृंहितात् । तम:प्रधानस्त्वभवद् द्रव्यज्ञानक्रियात्मक: ॥ २३ ॥

Les activités matérielles naissent lorsque le mahattattva est mis en agitation. D’abord, sous l’élan de sattva et de rajas, survient la transformation; puis, quand tamas prédomine, apparaissent la matière, la connaissance du matériel et les diverses actions issues de ce savoir.

Verse 24

सोऽहङ्कार इति प्रोक्तो विकुर्वन् समभूत्‍त्रिधा । वैकारिकस्तैजसश्च तामसश्चेति यद्भिदा । द्रव्यशक्ति: क्रियाशक्तिर्ज्ञानशक्तिरिति प्रभो ॥ २४ ॥

Ce principe, en se transformant, est nommé ahaṅkāra et devient triple : vaikārika, taijasa et tāmasa. Ô Seigneur, cette distinction est connue comme puissance de la matière, puissance de la connaissance et puissance de l’action. Nārada, tu es apte à le comprendre.

Verse 25

तामसादपि भूतादेर्विकुर्वाणादभून्नभ: । तस्य मात्रा गुण: शब्दो लिङ्गं यद् द्रष्टृद‍ृश्ययो: ॥ २५ ॥

De l’ahaṅkāra tamasique (bhūtādi) en transformation naît le premier des cinq éléments : l’ākāśa, l’éther. Sa forme subtile est la qualité du son (śabda), signe du lien entre le voyant et le vu.

Verse 26

नभसोऽथ विकुर्वाणादभूत् स्पर्शगुणोऽनिल: । परान्वयाच्छब्दवांश्च प्राण ओज: सहो बलम् ॥ २६ ॥ वायोरपि विकुर्वाणात् कालकर्मस्वभावत: । उदपद्यत तेजो वै रूपवत् स्पर्शशब्दवत् ॥ २७ ॥ तेजसस्तु विकुर्वाणादासीदम्भो रसात्मकम् । रूपवत् स्पर्शवच्चाम्भो घोषवच्च परान्वयात् ॥ २८ ॥ विशेषस्तु विकुर्वाणादम्भसो गन्धवानभूत् । परान्वयाद् रसस्पर्शशब्दरूपगुणान्वित: ॥ २९ ॥

Quand ākāśa se transforme, naît vāyu avec la qualité du toucher; et, par succession antérieure, il porte aussi le son, devenant le support de prāṇa, ojas, endurance et force. Lorsque vāyu se transforme selon le temps, le karma et la nature, surgit tejas (le feu), doté de forme, de toucher et de son. De la transformation de tejas se manifeste l’eau, d’essence de saveur (rasa), et elle possède aussi forme, toucher et son. Et lorsque l’eau se transforme de façon particulière, apparaît pṛthivī (la terre) avec le parfum; et, comme auparavant, elle est pourvue de saveur, de toucher, de son et de forme.

Verse 27

नभसोऽथ विकुर्वाणादभूत् स्पर्शगुणोऽनिल: । परान्वयाच्छब्दवांश्च प्राण ओज: सहो बलम् ॥ २६ ॥ वायोरपि विकुर्वाणात् कालकर्मस्वभावत: । उदपद्यत तेजो वै रूपवत् स्पर्शशब्दवत् ॥ २७ ॥ तेजसस्तु विकुर्वाणादासीदम्भो रसात्मकम् । रूपवत् स्पर्शवच्चाम्भो घोषवच्च परान्वयात् ॥ २८ ॥ विशेषस्तु विकुर्वाणादम्भसो गन्धवानभूत् । परान्वयाद् रसस्पर्शशब्दरूपगुणान्वित: ॥ २९ ॥

De la transformation de l’éther (le ciel) naquit l’air, doté de la qualité du toucher; et, par la succession antérieure, l’air porte aussi le son, tandis que se manifestent prāṇa, ojas, saha et bala. Lorsque l’air se transforme selon le temps, le karma et la nature, surgit le feu (tejas), pourvu de forme, ainsi que de toucher et de son. Par la transformation du feu, l’eau se manifeste, de nature savoureuse, et elle possède aussi forme, toucher et résonance. Par la transformation de l’eau, la terre apparaît odorante et, comme auparavant, se trouve remplie des qualités de saveur, toucher, son et forme.

Verse 28

नभसोऽथ विकुर्वाणादभूत् स्पर्शगुणोऽनिल: । परान्वयाच्छब्दवांश्च प्राण ओज: सहो बलम् ॥ २६ ॥ वायोरपि विकुर्वाणात् कालकर्मस्वभावत: । उदपद्यत तेजो वै रूपवत् स्पर्शशब्दवत् ॥ २७ ॥ तेजसस्तु विकुर्वाणादासीदम्भो रसात्मकम् । रूपवत् स्पर्शवच्चाम्भो घोषवच्च परान्वयात् ॥ २८ ॥ विशेषस्तु विकुर्वाणादम्भसो गन्धवानभूत् । परान्वयाद् रसस्पर्शशब्दरूपगुणान्वित: ॥ २९ ॥

Par la transformation du feu (tejas) se manifesta l’eau, de nature savoureuse; et, par la succession antérieure, elle fut dotée de forme, de toucher et de résonance (ghoṣa).

Verse 29

नभसोऽथ विकुर्वाणादभूत् स्पर्शगुणोऽनिल: । परान्वयाच्छब्दवांश्च प्राण ओज: सहो बलम् ॥ २६ ॥ वायोरपि विकुर्वाणात् कालकर्मस्वभावत: । उदपद्यत तेजो वै रूपवत् स्पर्शशब्दवत् ॥ २७ ॥ तेजसस्तु विकुर्वाणादासीदम्भो रसात्मकम् । रूपवत् स्पर्शवच्चाम्भो घोषवच्च परान्वयात् ॥ २८ ॥ विशेषस्तु विकुर्वाणादम्भसो गन्धवानभूत् । परान्वयाद् रसस्पर्शशब्दरूपगुणान्वित: ॥ २९ ॥

De la transformation de l’eau surgit le particulier: la terre, pourvue d’odeur; et, par la succession antérieure, elle se trouva investie des qualités de saveur, toucher, son et forme.

Verse 30

वैकारिकान्मनो जज्ञे देवा वैकारिका दश । दिग्वातार्कप्रचेतोऽश्विवह्नीन्द्रोपेन्द्रमित्रका: ॥ ३० ॥

Du mode de la bonté (vaikārika) naquit le mental (manas), et se manifestèrent aussi dix divinités vaikārikas gouvernant les mouvements du corps : les gardiens des directions, Vāyu, Sūrya, Pracetas (Varuṇa), les Aśvinī-kumāras, Agni, Indra, Upendra (Vāmana/Viṣṇu), Mitra et Prajāpati (Brahmā).

Verse 31

तैजसात् तु विकुर्वाणादिन्द्रियाणि दशाभवन् । ज्ञानशक्ति: क्रियाशक्तिर्बुद्धि: प्राणश्च तैजसौ । श्रोत्रं त्वग्घ्राणद‍ृग्जिह्वा वागदोर्मेढ्राङ्‌घ्रिपायव: ॥ ३१ ॥

Par la transformation du rajas (taijasa) naquirent les dix organes des sens; et du même taijasa se manifestèrent la puissance de connaître, la puissance d’agir, l’intelligence (buddhi) et le prāṇa. Ces organes sont : l’ouïe, la peau, l’odorat, la vue, la langue, la parole, les mains, les organes génitaux, les pieds et l’orifice d’évacuation.

Verse 32

यदैतेऽसङ्गता भावा भूतेन्द्रियमनोगुणा: । यदायतननिर्माणे न शेकुर्ब्रह्मवित्तम ॥ ३२ ॥

Ô Nārada, le meilleur des connaisseurs du Brahman : tant que les éléments, les sens, le mental et les guṇa de la nature ne sont pas assemblés, la demeure du corps ne peut se former.

Verse 33

तदा संहृत्य चान्योन्यं भगवच्छक्तिचोदिता: । सदसत्त्वमुपादाय चोभयं ससृजुर्ह्यद: ॥ ३३ ॥

Ainsi, lorsque tout fut assemblé sous l’impulsion de l’énergie du Bhagavān, cet univers naquit assurément en accueillant à la fois la cause première et la cause seconde de la création, sat et asat.

Verse 34

वर्षपूगसहस्रान्ते तदण्डमुदकेशयम् । कालकर्मस्वभावस्थो जीवोऽजीवमजीवयत् ॥ ३४ ॥

Ainsi, durant des milliers de cycles de yuga, les univers demeurèrent dans les eaux (l’Océan Causal) ; puis le Seigneur des êtres vivants, établi comme temps, karma et nature, entra en chacun et les anima pleinement.

Verse 35

स एव पुरुषस्तस्मादण्डं निर्भिद्य निर्गत: । सहस्रोर्वङ्‌घ्रिबाह्वक्ष: सहस्राननशीर्षवान् ॥ ३५ ॥

Ce même Puruṣa (Mahā-Viṣṇu), bien qu’étendu dans l’Océan Causal, se manifesta ; brisant l’œuf cosmique, il entra dans chaque univers comme Hiraṇyagarbha et revêtit le virāṭ-rūpa, avec des milliers de pieds, de bras, d’yeux, de bouches et de têtes.

Verse 36

यस्येहावयवैर्लोकान् कल्पयन्ति मनीषिण: । कट्यादिभिरध: सप्त सप्तोर्ध्वं जघनादिभि: ॥ ३६ ॥

Les grands sages conçoivent que tous les systèmes planétaires de l’univers sont des manifestations des divers membres du Corps universel (virāṭ) du Seigneur : sept mondes en bas à partir de la taille, et sept mondes en haut à partir des hanches et au-delà.

Verse 37

पुरुषस्य मुखं ब्रह्म क्षत्रमेतस्य बाहव: । ऊर्वोर्वैश्यो भगवत: पद्‍भ्यां शूद्रो व्यजायत ॥ ३७ ॥

De la bouche du Seigneur procèdent les brāhmaṇas; de Ses bras, les kṣatriyas; de Ses cuisses, les vaiśyas; et de Ses pieds naissent les śūdras.

Verse 38

भूर्लोक: कल्पित: पद्‍भ्यां भुवर्लोकोऽस्य नाभित: । हृदा स्वर्लोक उरसा महर्लोको महात्मन: ॥ ३८ ॥

Bhūrloka et les mondes inférieurs se tiennent en Ses pieds; Bhuvarloka en Son nombril; et Svargaloka ainsi que Maharloka dans le cœur et la poitrine du Seigneur Suprême.

Verse 39

ग्रीवायां जनलोकोऽस्य तपोलोक: स्तनद्वयात् । मूर्धभि: सत्यलोकस्तु ब्रह्मलोक: सनातन: ॥ ३९ ॥

Dans la forme universelle du Seigneur, de l’avant de la poitrine jusqu’au cou se trouvent Janaloka et Tapoloka; sur la tête repose Satyaloka, le plus élevé. Mais Brahmaloka, le domaine spirituel, est éternel.

Verse 40

तत्कट्यां चातलं क्लृप्तमूरुभ्यां वितलं विभो: । जानुभ्यां सुतलं शुद्धं जङ्घाभ्यां तु तलातलम् ॥ ४० ॥ महातलं तु गुल्फाभ्यां प्रपदाभ्यां रसातलम् । पातालं पादतलत इति लोकमय: पुमान् ॥ ४१ ॥

Ô cher Nārada, parmi les quatorze mondes il en est sept inférieurs : Atala à la taille, Vitala aux cuisses, Sutala aux genoux, Talātala aux tibias, Mahātala aux chevilles, Rasātala sur le dessus des pieds, et Pātāla aux plantes. Ainsi la forme virāṭ du Seigneur contient tous les mondes.

Verse 41

तत्कट्यां चातलं क्लृप्तमूरुभ्यां वितलं विभो: । जानुभ्यां सुतलं शुद्धं जङ्घाभ्यां तु तलातलम् ॥ ४० ॥ महातलं तु गुल्फाभ्यां प्रपदाभ्यां रसातलम् । पातालं पादतलत इति लोकमय: पुमान् ॥ ४१ ॥

Ô cher Nārada, parmi les quatorze mondes il en est sept inférieurs : Atala à la taille, Vitala aux cuisses, Sutala aux genoux, Talātala aux tibias, Mahātala aux chevilles, Rasātala sur le dessus des pieds, et Pātāla aux plantes. Ainsi la forme virāṭ du Seigneur contient tous les mondes.

Verse 42

भूर्लोक: कल्पित: पद्‍भ्यां भुवर्लोकोऽस्य नाभित: । स्वर्लोक: कल्पितो मूर्ध्ना इति वा लोककल्पना ॥ ४२ ॥

D’autres répartissent l’ensemble des mondes en trois régions : Bhūrloka aux jambes (jusqu’à la terre), Bhuvarloka au nombril, et Svarloka de la poitrine jusqu’à la tête de la Personne Suprême ; telle est la conception des lokas.

Frequently Asked Questions

To establish proper hierarchy of causality: Brahmā is immensely powerful yet not ultimate. The challenge exposes a common theological error—confusing empowered administration (visarga) with the Supreme source (Vāsudeva). This protects the student from māyā’s distortion that equates cosmic power with Godhood.

Sarga refers to the Lord’s primary manifestation of the creation principles—mahat-tattva, time, and guṇas—through the puruṣa-avatāra. Visarga is Brahmā’s secondary work of assembling and differentiating beings and structures from those principles. The chapter stresses that Brahmā’s role is inspired and enabled by the Lord’s Supersoul presence.

Those “less intelligent” who, influenced by māyā, mistake Brahmā’s observable creative prowess for ultimate divinity. Brahmā corrects this by offering obeisances to Kṛṣṇa/Vāsudeva and explaining that his own brilliance is like reflected light—real but derivative.

It functions as contemplative cosmography: the universe is read as the Lord’s body, converting geography into theology. This supports meditation (dhyāna) and devotion by making the cosmos a reminder of the Supreme Person, while also situating social orders (varṇas) and lokas within a unified, God-centered ontology.