
Kāliya-damana: Kṛṣṇa Subdues the Serpent and Purifies the Yamunā
Śukadeva expose la résolution de Śrī Kṛṣṇa de purifier la Yamunā, empoisonnée par le lac de Kāliya, répondant à Parīkṣit sur le châtiment et la longue résidence du serpent. Le récit va de la corruption de la nature et de l’espace sacré—eaux bouillantes et mortelles, brises toxiques—à la descente volontaire de Kṛṣṇa depuis un kadamba dans le lac, provoquant l’attaque de Kāliya. Le cœur émotionnel est la réaction de Vraja : gopas, gopīs, anciens et animaux s’effondrent de chagrin, lisant les présages comme la mort, tandis que Balarāma, connaissant l’aiśvarya de Kṛṣṇa, les retient. Kṛṣṇa s’agrandit, se libère et dompte Kāliya par la danse emblématique sur ses multiples capuchons, sous les yeux des êtres célestes en liesse. Les épouses de Kāliya (Nāgapatnīs) offrent une stuti profonde, voyant dans la punition une miséricorde et dans la poussière des pieds du Seigneur la fortune suprême ; Kāliya avoue sa nature et se rend. Kṛṣṇa le bannit vers l’océan, lui accorde protection contre Garuḍa par Ses empreintes et institue des bienfaits de bhakti pour qui se souvient, raconte, se baigne et adore en ce lieu. La Yamunā est restaurée, préparant les līlās suivantes où la protection de Kṛṣṇa et le prema de Vraja s’approfondissent.
Verse 1
श्रीशुक उवाच विलोक्य दूषितां कृष्णां कृष्ण: कृष्णाहिना विभु: । तस्या विशुद्धिमन्विच्छन् सर्पं तमुदवासयत् ॥ १ ॥
Śukadeva dit : Le Seigneur Śrī Kṛṣṇa, la Personne Suprême, voyant que la Yamunā avait été souillée par le serpent noir Kāliya, voulut purifier la rivière et bannit ce serpent de ses eaux.
Verse 2
श्रीराजोवाच कथमन्तर्जलेऽगाधे न्यगृह्णाद् भगवानहिम् । स वै बहुयुगावासं यथासीद् विप्र कथ्यताम् ॥ २ ॥
Le roi Parīkṣit demanda : Ô sage, explique, je t’en prie, comment le Bhagavān châtia le serpent Kāliya dans les eaux insondables de la Yamunā, et comment Kāliya y demeurait depuis tant d’âges.
Verse 3
ब्रह्मन् भगवतस्तस्य भूम्न: स्वच्छन्दवर्तिन: । गोपालोदारचरितं कस्तृप्येतामृतं जुषन् ॥ ३ ॥
Ô brāhmaṇa, ce Bhagavān sans limites agit librement selon Son propre désir. Qui pourrait être rassasié en entendant le nectar de Ses magnanimes jeux, accomplis comme petit vacher à Vṛndāvana ?
Verse 4
श्रीशुक उवाच कालिन्द्यां कालियस्यासीद् ह्रद: कश्चिद् विषाग्निना । श्रप्यमाणपया यस्मिन् पतन्त्युपरिगा: खगा: ॥ ४ ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Dans la Kālindī (Yamunā) se trouvait un lac habité par le serpent Kāliya ; son poison, brûlant comme le feu, chauffait et faisait bouillir sans cesse ses eaux. Les vapeurs en étaient si toxiques que les oiseaux volant au-dessus tombaient dedans.
Verse 5
विप्रुष्मता विषदोर्मिमारुतेनाभिमर्शिता: । म्रियन्ते तीरगा यस्य प्राणिन: स्थिरजङ्गमा: ॥ ५ ॥
Le vent soufflant au-dessus de ce lac mortel portait des gouttelettes d’eau empoisonnée jusqu’à la rive. Au simple contact de cette brise toxique, toute vie sur le rivage — végétaux et êtres, immobiles ou mobiles — périssait.
Verse 6
तं चण्डवेगविषवीर्यमवेक्ष्य तेन दुष्टां नदीं च खलसंयमनावतार: । कृष्ण: कदम्बमधिरुह्य ततोऽतितुङ्ग- मास्फोट्य गाढरशनो न्यपतद् विषोदे ॥ ६ ॥
Voyant la puissance du poison de Kāliya, terrible et impétueuse, et la rivière ainsi souillée—car Kṛṣṇa était descendu pour maîtriser les êtres envieux et malfaisants—le Seigneur grimpa aussitôt au sommet d’un très haut kadamba. Il serra Sa ceinture, frappa Ses bras, puis se jeta dans l’eau empoisonnée.
Verse 7
सर्पह्रद: पुरुषसारनिपातवेग- सङ्क्षोभितोरगविषोच्छ्वसिताम्बुराशि: । पर्यक्प्लुतो विषकषायबिभीषणोर्मि- र्धावन् धनु:शतमनन्तबलस्य किं तत् ॥ ७ ॥
Lorsque le Bhagavān à la force infinie descendit dans le lac des serpents, les nāgas s’y agitèrent violemment et, par leur souffle empoisonné, souillèrent davantage la nappe d’eau. La puissance de l’entrée du Seigneur fit déborder le lac de toutes parts, et des vagues terrifiantes, chargées de poison, inondèrent les terres alentour jusqu’à cent longueurs d’arc. Mais pour le Seigneur à l’énergie sans bornes, rien là d’étonnant.
Verse 8
तस्य ह्रदे विहरतो भुजदण्डघूर्ण- वार्घोषमङ्ग वरवारणविक्रमस्य । आश्रुत्य तत् स्वसदनाभिभवं निरीक्ष्य चक्षु:श्रवा: समसरत्तदमृष्यमाण: ॥ ८ ॥
Dans ce lac, Kṛṣṇa s’ébattait tel un éléphant royal, faisant tournoyer Ses bras puissants et faisant résonner l’eau de mille façons. Entendant ces sons, Kāliya comprit que quelqu’un empiétait sur son domaine. Ne pouvant le supporter, il s’avança aussitôt.
Verse 9
तं प्रेक्षणीयसुकुमारघनावदातं श्रीवत्सपीतवसनं स्मितसुन्दरास्यम् । क्रीडन्तमप्रतिभयं कमलोदराङ्घ्रि सन्दश्य मर्मसु रुषा भुजया चछाद ॥ ९ ॥
Kāliya vit Śrī Kṛṣṇa, vêtu de soie jaune, si délicat et digne d’être contemplé; Son corps charmant brillait comme un nuage blanc lumineux, Sa poitrine portait la marque de Śrīvatsa, Son visage souriait avec beauté, et Ses pieds ressemblaient au tourbillon d’un lotus. Il jouait sans crainte dans l’eau. Pourtant, Kāliya, rongé d’envie, le mordit avec fureur à la poitrine puis l’enserra entièrement de ses anneaux.
Verse 10
तं नागभोगपरिवीतमदृष्टचेष्ट- मालोक्य तत्प्रियसखा: पशुपा भृशार्ता: । कृष्णेऽर्पितात्मसुहृदर्थकलत्रकामा दु:खानुशोकभयमूढधियो निपेतु: ॥ १० ॥
Quand les vachers, qui avaient accepté Kṛṣṇa comme leur ami le plus cher, le virent immobile, enveloppé dans les anneaux du serpent, ils furent accablés. Ils avaient tout offert à Kṛṣṇa — leur propre être, leur amitié, leurs biens, leurs familles, leurs épouses et leurs joies. Voyant le Seigneur aux prises avec Kāliya, leur intelligence se troubla sous le poids de la peine, des lamentations et de la peur, et ils s’effondrèrent à terre.
Verse 11
गावो वृषा वत्सतर्य: क्रन्दमाना: सुदु:खिता: । कृष्णे न्यस्तेक्षणा भीता रुदन्त्य इव तस्थिरे ॥ ११ ॥
Les vaches, les taureaux et les génisses, accablés de peine, poussèrent des cris plaintifs en appelant Kṛṣṇa. Terrifiés, ils gardèrent les yeux fixés sur Lui et demeurèrent immobiles, comme prêts à pleurer, mais trop bouleversés pour verser des larmes.
Verse 12
अथ व्रजे महोत्पातास्त्रिविधा ह्यतिदारुणा: । उत्पेतुर्भुवि दिव्यात्मन्यासन्नभयशंसिन: ॥ १२ ॥
Alors, dans le Vraja, surgirent trois sortes de présages terrifiants—sur la terre, dans le ciel et dans les corps des êtres vivants—annonçant un danger imminent.
Verse 13
तानालक्ष्य भयोद्विग्ना गोपा नन्दपुरोगमा: । विना रामेण गा: कृष्णं ज्ञात्वा चारयितुं गतम् ॥ १३ ॥ तैर्दुर्निमित्तैर्निधनं मत्वा प्राप्तमतद्विद: । तत्प्राणास्तन्मनस्कास्ते दु:खशोकभयातुरा: ॥ १४ ॥ आबालवृद्धवनिता: सर्वेऽङ्ग पशुवृत्तय: । निर्जग्मुर्गोकुलाद् दीना: कृष्णदर्शनलालसा: ॥ १५ ॥
Voyant ces signes funestes, Nanda Mahārāja et les bouviers furent saisis d’effroi, car ils savaient que ce jour-là Kṛṣṇa était parti garder les vaches sans son frère aîné, Balarāma.
Verse 14
तानालक्ष्य भयोद्विग्ना गोपा नन्दपुरोगमा: । विना रामेण गा: कृष्णं ज्ञात्वा चारयितुं गतम् ॥ १३ ॥ तैर्दुर्निमित्तैर्निधनं मत्वा प्राप्तमतद्विद: । तत्प्राणास्तन्मनस्कास्ते दु:खशोकभयातुरा: ॥ १४ ॥ आबालवृद्धवनिता: सर्वेऽङ्ग पशुवृत्तय: । निर्जग्मुर्गोकुलाद् दीना: कृष्णदर्शनलालसा: ॥ १५ ॥
Ayant fait de Kṛṣṇa leur souffle et leur pensée, mais ignorant Sa grandeur, ils conclurent, à ces signes funestes, qu’Il avait trouvé la mort; et ils furent submergés de peine, de lamentations et de peur.
Verse 15
तानालक्ष्य भयोद्विग्ना गोपा नन्दपुरोगमा: । विना रामेण गा: कृष्णं ज्ञात्वा चारयितुं गतम् ॥ १३ ॥ तैर्दुर्निमित्तैर्निधनं मत्वा प्राप्तमतद्विद: । तत्प्राणास्तन्मनस्कास्ते दु:खशोकभयातुरा: ॥ १४ ॥ आबालवृद्धवनिता: सर्वेऽङ्ग पशुवृत्तय: । निर्जग्मुर्गोकुलाद् दीना: कृष्णदर्शनलालसा: ॥ १५ ॥
Tous les habitants de Vraja—enfants, femmes et vieillards—pensaient à Kṛṣṇa comme une vache à son veau sans défense; et, pauvres et souffrants, ils sortirent de Gokula, avides de Le revoir.
Verse 16
तांस्तथा कातरान् वीक्ष्य भगवान् माधवो बल: । प्रहस्य किञ्चिन्नोवाच प्रभावज्ञोऽनुजस्य स: ॥ १६ ॥
Voyant les habitants de Vraja dans une telle détresse, le Seigneur Balarāma (Mādhava) sourit et ne dit rien, car il connaissait la puissance extraordinaire de son jeune frère, Kṛṣṇa.
Verse 17
तेऽन्वेषमाणा दयितं कृष्णं सूचितया पदै: । भगवल्लक्षणैर्जग्मु: पदव्या यमुनातटम् ॥ १७ ॥
Les habitants se hâtèrent vers les rives de la Yamunā à la recherche de leur bien-aimé Kṛṣṇa, suivant le sentier indiqué par Ses empreintes, portant les signes uniques de la Suprême Personnalité de Dieu.
Verse 18
ते तत्र तत्राब्जयवाङ्कुशाशनि- ध्वजोपपन्नानि पदानि विश्पते: । मार्गे गवामन्यपदान्तरान्तरे निरीक्षमाणा ययुरङ्ग सत्वरा: ॥ १८ ॥
Ô roi, sur le chemin, parmi les traces des sabots des vaches, apparurent les empreintes de Kṛṣṇa, maître des pasteurs, marquées du lotus, du grain d’orge, de l’aiguillon, de la foudre et du drapeau; les habitants de Vṛndāvana, les voyant, coururent avec une hâte extrême.
Verse 19
अन्तर्ह्रदे भुजगभोगपरीतमारात् कृष्णं निरीहमुपलभ्य जलाशयान्ते । गोपांश्च मूढधिषणान् परित: पशूंश्च सङ्क्रन्दत: परमकश्मलमापुरार्ता: ॥ १९ ॥
En se hâtant vers la rive de la Yamunā, ils virent de loin Kṛṣṇa dans le lac, immobile dans les anneaux du serpent noir. Ils virent aussi les jeunes gardiens de vaches évanouis et les bêtes tout autour gémissant pour Lui. À cette vue, les habitants de Vṛndāvana furent submergés d’angoisse et de trouble.
Verse 20
गोप्योऽनुरक्तमनसो भगवत्यनन्ते तत्सौहृदस्मितविलोकगिर: स्मरन्त्य: । ग्रस्तेऽहिना प्रियतमे भृशदु:खतप्ता: शून्यं प्रियव्यतिहृतं ददृशुस्त्रिलोकम् ॥ २० ॥
Les jeunes gopīs, dont l’esprit demeurait sans cesse attaché à Kṛṣṇa, le Bhagavān sans limites, se rappelèrent Son amitié tendre, Ses sourires, Ses regards et Ses paroles; voyant leur bien-aimé saisi par le serpent, elles brûlèrent d’une immense douleur et virent les trois mondes comme vides, privés de l’aimé.
Verse 21
ता: कृष्णमातरमपत्यमनुप्रविष्टां तुल्यव्यथा: समनुगृह्य शुच: स्रवन्त्य: । तास्ता व्रजप्रियकथा: कथयन्त्य आसन् कृष्णाननेऽर्पितदृशो मृतकप्रतीका: ॥ २१ ॥
Bien qu’elles fussent elles aussi accablées de la même douleur et versassent des flots de larmes, les gopīs soutinrent et retinrent la mère de Kṛṣṇa, dont la conscience était entièrement absorbée en son fils. Les yeux fixés sur le visage de Kṛṣṇa, telles des mortes, elles se relayèrent pour raconter les récits et jeux divins du bien-aimé de Vraja.
Verse 22
कृष्णप्राणान्निर्विशतो नन्दादीन् वीक्ष्य तं ह्रदम् । प्रत्यषेधत् स भगवान् राम: कृष्णानुभाववित् ॥ २२ ॥
Alors le Seigneur Balarāma vit Nanda Mahārāja et les autres vachers, dont la vie même était vouée à Kṛṣṇa, commencer à pénétrer dans le lac du serpent. Connaissant la puissance véritable de Kṛṣṇa, il les retint.
Verse 23
इत्थं स्वगोकुलमनन्यगतिं निरीक्ष्य सस्त्रीकुमारमतिदु:खितमात्महेतो: । आज्ञाय मर्त्यपदवीमनुवर्तमान: स्थित्वा मुहूर्तमुदतिष्ठदुरङ्गबन्धात् ॥ २३ ॥
Ainsi, voyant les habitants de son Gokula —femmes, enfants et autres— accablés d’une peine extrême par amour pour Lui, leur unique refuge, le Seigneur demeura un instant dans les replis du serpent, comme un simple mortel. Puis Il se dressa aussitôt, se libérant des liens de Kāliya.
Verse 24
तत्प्रथ्यमानवपुषा व्यथितात्मभोग- स्त्यक्त्वोन्नमय्य कुपित: स्वफणान् भुजङ्ग: । तस्थौ श्वसञ्छ्वसनरन्ध्रविषाम्बरीष- स्तब्धेक्षणोल्मुकमुखो हरिमीक्षमाण: ॥ २४ ॥
Tourmentées par le corps du Seigneur qui se dilatait, les spires de Kāliya le relâchèrent. Furieux, le serpent dressa haut ses capuchons et demeura immobile, haletant; ses narines semblaient des vases où l’on fait cuire le poison, et ses yeux fixes des brandons, tandis qu’il fixait Hari.
Verse 25
तं जिह्वया द्विशिखया परिलेलिहानं द्वे सृक्वणी ह्यतिकरालविषाग्निदृष्टिम् । क्रीडन्नमुं परिससार यथा खगेन्द्रो बभ्राम सोऽप्यवसरं प्रसमीक्षमाण: ॥ २५ ॥
Sans cesse, Kāliya se léchait les lèvres de sa langue bifide et fixait Kṛṣṇa d’un regard de terrible feu empoisonné. Mais Kṛṣṇa, enjoué, tournait autour de lui comme Garuḍa joue avec un serpent; et Kāliya se déplaçait aussi, guettant l’instant de mordre le Seigneur.
Verse 26
एवं परिभ्रमहतौजसमुन्नतांस- मानम्य तत्पृथुशिर:स्वधिरूढ आद्य: । तन्मूर्धरत्ननिकरस्पर्शातिताम्र- पादाम्बुजोऽखिलकलादिगुरुर्ननर्त ॥ २६ ॥
Ainsi, après avoir fortement épuisé la vigueur du serpent par ses rotations incessantes, Śrī Kṛṣṇa, origine de tout, abaissa les épaules dressées de Kāliya et monta sur ses larges têtes. Au contact des innombrables joyaux, ses pieds de lotus devinrent d’un rouge profond, et le maître primordial de tous les arts se mit à danser.
Verse 27
तं नर्तुमुद्यतमवेक्ष्य तदा तदीय- गन्धर्वसिद्धमुनिचारणदेववध्व: । प्रीत्या मृदङ्गपणवानकवाद्यगीत- पुष्पोपहारनुतिभि: सहसोपसेदु: ॥ २७ ॥
Voyant le Seigneur danser, Ses serviteurs des planètes célestes — les Gandharvas, Siddhas, sages, Cāraṇas et les épouses des demi-dieux — arrivèrent immédiatement. Avec un grand plaisir, ils commencèrent à accompagner la danse du Seigneur en jouant des tambours tels que mṛdaṅgas, paṇavas et ānakas, offrant aussi des chants et des fleurs.
Verse 28
यद् यच्छिरो न नमतेऽङ्ग शतैकशीर्ष्ण- स्तत्तन् ममर्द खरदण्डधरोऽङ्घ्रिपातै: । क्षीणायुषो भ्रमत उल्बणमास्यतोऽसृङ् नस्तो वमन् परमकश्मलमाप नाग: ॥ २८ ॥
Mon cher Roi, Kāliya avait 101 têtes proéminentes, et quand l'une d'elles ne se courbait pas, le Seigneur Śrī Kṛṣṇa, qui inflige des punitions aux malfaiteurs cruels, écrasait cette tête obstinée en la frappant de Ses pieds. Alors, alors que Kāliya entrait dans l'agonie de la mort, il commença à faire tourner ses têtes et à vomir du sang horrible par ses bouches et ses narines. Le serpent éprouva ainsi une douleur et une misère extrêmes.
Verse 29
तस्याक्षिभिर्गरलमुद्वमत: शिर:सु यद् यत् समुन्नमति नि:श्वसतो रुषोच्चै: । नृत्यन् पदानुनमयन् दमयां बभूव पुष्पै: प्रपूजित इवेह पुमान् पुराण: ॥ २९ ॥
Exsudant des déchets toxiques de ses yeux, Kāliya osait parfois lever l'une de ses têtes, qui respirait lourdement de colère. Alors le Seigneur dansait dessus et la soumettait, la forçant à s'incliner sous Son pied. Les demi-dieux saisissaient chacune de ces démonstrations comme une occasion de L'adorer, Lui, la Personnalité Originelle de la Divinité, avec des pluies de fleurs.
Verse 30
तच्चित्रताण्डवविरुग्नफणासहस्रो रक्तं मुखैरुरु वमन्नृप भग्नगात्र: । स्मृत्वा चराचरगुरुं पुरुषं पुराणं नारायणं तमरणं मनसा जगाम ॥ ३० ॥
Mon cher Roi Parīkṣit, la danse merveilleuse et puissante du Seigneur Kṛṣṇa a piétiné et brisé les mille capuchons de Kāliya. Alors le serpent, vomissant abondamment du sang par ses bouches, reconnut finalement Śrī Kṛṣṇa comme l'éternelle Personnalité de la Divinité, le maître suprême de tous les êtres mobiles et immobiles, Śrī Nārāyaṇa. Ainsi, dans son esprit, Kāliya prit refuge auprès du Seigneur.
Verse 31
कृष्णस्य गर्भजगतोऽतिभरावसन्नं पार्ष्णिप्रहारपरिरुग्नफणातपत्रम् । दृष्ट्वाहिमाद्यमुपसेदुरमुष्य पत्न्य आर्ता: श्लथद्वसनभूषणकेशबन्धा: ॥ ३१ ॥
Quand les épouses de Kāliya virent à quel point le serpent était fatigué par le poids excessif du Seigneur Kṛṣṇa, qui porte l'univers entier dans Son abdomen, et comment les capuchons en forme d'ombrelle de Kāliya avaient été brisés par les coups de talons de Kṛṣṇa, elles ressentirent une grande détresse. Avec leurs vêtements, ornements et cheveux en désordre, elles s'approchèrent alors de l'éternelle Personnalité de la Divinité.
Verse 32
तास्तं सुविग्नमनसोऽथ पुरस्कृतार्भा: कायं निधाय भुवि भूतपतिं प्रणेमु: । साध्व्य: कृताञ्जलिपुटा: शमलस्य भर्तु- र्मोक्षेप्सव: शरणदं शरणं प्रपन्ना: ॥ ३२ ॥
L’esprit profondément troublé, ces femmes saintes placèrent leurs enfants devant elles puis, s’étendant à terre, se prosternèrent devant le Seigneur de tous les êtres. Désirant la délivrance de leur époux pécheur et cherchant l’abri du Suprême, dispensateur du refuge ultime, elles joignirent les mains et se réfugièrent en Lui avec supplication.
Verse 33
नागपत्न्य ऊचु: न्याय्यो हि दण्ड: कृतकिल्बिषेऽस्मिं- स्तवावतार: खलनिग्रहाय । रिपो: सुतानामपि तुल्यदृष्टि- र्धत्से दमं फलमेवानुशंसन् ॥ ३३ ॥
Les épouses de Kāliya dirent : Le châtiment infligé à ce coupable est assurément juste, car Tu descends en ce monde pour réprimer les envieux et les cruels. Tu regardes d’un même œil tes ennemis et tes propres fils ; et lorsque Tu punis un être, Tu sais que c’est un fruit pour son bien suprême.
Verse 34
अनुग्रहोऽयं भवत: कृतो हि नो दण्डोऽसतां ते खलु कल्मषापह: । यद् दन्दशूकत्वममुष्य देहिन: क्रोधोऽपि तेऽनुग्रह एव सम्मत: ॥ ३४ ॥
Ce que Tu as accompli ici est en vérité miséricorde pour nous, car le châtiment que Tu infliges aux méchants dissipe assurément toute leur souillure. Notre époux, âme conditionnée, est si pécheur qu’il a pris un corps de serpent ; ainsi, même Ta colère envers lui doit être comprise comme Ta grâce.
Verse 35
तप: सुतप्तं किमनेन पूर्वं निरस्तमानेन च मानदेन । धर्मोऽथ वा सर्वजनानुकम्पया यतो भवांस्तुष्यति सर्वजीव: ॥ ३५ ॥
Notre époux a-t-il, dans une vie antérieure, pratiqué des austérités avec soin, l’esprit sans orgueil et plein de respect pour autrui, et est-ce pour cela que Tu es satisfait de lui ? Ou bien, dans quelque existence, a-t-il accompli le dharma avec compassion envers tous les êtres, et est-ce pour cela que Toi, la vie de toute vie, es maintenant content de lui ?
Verse 36
कस्यानुभावोऽस्य न देव विद्महे तवाङ्घ्रिरेणुस्परशाधिकार: । यद्वाञ्छया श्रीर्ललनाचरत्तपो विहाय कामान् सुचिरं धृतव्रता ॥ ३६ ॥
Ô Seigneur, nous ne savons comment Kāliya a obtenu cette grande faveur d’être touché par la poussière de Tes pieds de lotus. Pour cette même poussière, la déesse de la fortune, Śrī (Lakṣmī), renonça à tout autre désir, observa des vœux austères et pratiqua des pénitences durant des siècles.
Verse 37
न नाकपृष्ठं न च सार्वभौमं न पारमेष्ठ्यं न रसाधिपत्यम् । न योगसिद्धीरपुनर्भवं वा वाञ्छन्ति यत्पादरज:प्रपन्ना: ॥ ३७ ॥
Ceux qui se sont réfugiés dans la poussière de Tes pieds de lotus ne désirent ni la royauté du ciel, ni une souveraineté sans bornes, ni la dignité de Brahmā, ni la domination de la terre. Ils ne recherchent pas non plus les pouvoirs du yoga, ni même la délivrance sans retour.
Verse 38
तदेष नाथाप दुरापमन्यै- स्तमोजनि: क्रोधवशोऽप्यहीश: । संसारचक्रे भ्रमत: शरीरिणो यदिच्छत: स्याद् विभव: समक्ष: ॥ ३८ ॥
Ô Seigneur, bien que Kāliya, roi des serpents, soit né dans l’obscurité de l’ignorance et dominé par la colère, il a obtenu ce qu’il est difficile aux autres d’atteindre. Les âmes incarnées, pleines de désirs et errant dans la roue du saṁsāra, peuvent voir toutes les grâces se manifester devant leurs yeux en recevant seulement la poussière de Tes pieds de lotus.
Verse 39
नमस्तुभ्यं भगवते पुरुषाय महात्मने । भूतावासाय भूताय पराय परमात्मने ॥ ३९ ॥
Nous T’offrons nos hommages, ô Bhagavān, Mahāpuruṣa, Paramātmā. Tu demeures dans le cœur de tous les êtres comme l’Âme suprême et Tu pénètres tout; Tu es l’abri originel des éléments créés et Tu existes avant la création; et bien que Tu sois la cause de tout, Tu transcendes toute causalité matérielle, Toi l’Esprit suprême.
Verse 40
ज्ञानविज्ञाननीधये ब्रह्मणेऽनन्तशक्तये । अगुणायाविकाराय नमस्ते प्राकृताय च ॥ ४० ॥
Hommage à Toi, Vérité absolue, trésor de connaissance et de réalisation, Brahman aux énergies infinies. Tu es au-delà des qualités matérielles et de toute transformation, et pourtant Tu es le premier moteur de la nature.
Verse 41
कालाय कालनाभाय कालावयवसाक्षिणे । विश्वाय तदुपद्रष्ट्रे तत्कर्त्रे विश्वहेतवे ॥ ४१ ॥
Hommage à Toi : Tu es le Temps lui-même, le support du temps et le témoin de toutes ses phases. Tu es l’univers et aussi son observateur distinct; Tu en es le créateur et, de même, la cause de toutes les causes.
Verse 42
भूतमात्रेन्द्रियप्राणमनोबुद्ध्याशयात्मने । त्रिगुणेनाभिमानेन गूढस्वात्मानुभूतये ॥ ४२ ॥ नमोऽनन्ताय सूक्ष्माय कूटस्थाय विपश्चिते । नानावादानुरोधाय वाच्यवाचकशक्तये ॥ ४३ ॥
Ô Seigneur, Tu es l’Âme suprême des éléments, des tanmātras, des sens, du prāṇa, ainsi que du mental, de l’intelligence et de la conscience. Par Ton arrangement, les âmes infimes s’identifient à tort aux trois guṇas, et la perception de leur vrai soi s’en trouve voilée. Nous T’offrons nos hommages : à Toi l’Infini, le Très-subtil, l’Omniscient, établi dans la transcendance immuable, qui sanctionnes les vues diverses et es la puissance qui soutient le sens et les mots qui l’expriment.
Verse 43
भूतमात्रेन्द्रियप्राणमनोबुद्ध्याशयात्मने । त्रिगुणेनाभिमानेन गूढस्वात्मानुभूतये ॥ ४२ ॥ नमोऽनन्ताय सूक्ष्माय कूटस्थाय विपश्चिते । नानावादानुरोधाय वाच्यवाचकशक्तये ॥ ४३ ॥
Ô Seigneur, Tu es l’Âme suprême des éléments, des tanmātras, des sens, du prāṇa, ainsi que du mental, de l’intelligence et de la conscience. Par Ton arrangement, les âmes infimes s’identifient à tort aux trois guṇas, et la perception de leur vrai soi s’en trouve voilée. Nous T’offrons nos hommages : à Toi l’Infini, le Très-subtil, l’Omniscient, établi dans la transcendance immuable, qui sanctionnes les vues diverses et es la puissance qui soutient le sens et les mots qui l’expriment.
Verse 44
नम: प्रमाणमूलाय कवये शास्त्रयोनये । प्रवृत्ताय निवृत्ताय निगमाय नमो नम: ॥ ४४ ॥
Nous T’offrons nos hommages encore et encore : Tu es la racine de toute preuve autorisée, le Kavi divin et la source ultime des śāstras révélés. Dans les Védas, Tu Te manifestes comme enseignements de pravṛtti et de nivṛtti, encourageant à la fois l’engagement dans le monde et le renoncement au monde matériel.
Verse 45
नम: कृष्णाय रामाय वसुदेवसुताय च । प्रद्युम्नायानिरुद्धाय सात्वतां पतये नम: ॥ ४५ ॥
Nous offrons nos hommages au Seigneur Kṛṣṇa et au Seigneur Rāma, fils de Vasudeva, ainsi qu’au Seigneur Pradyumna et au Seigneur Aniruddha. Nous présentons notre respect au maître des Sātvatas, les saints dévots de Viṣṇu.
Verse 46
नमो गुणप्रदीपाय गुणात्मच्छादनाय च । गुणवृत्त्युपलक्ष्याय गुणद्रष्ट्रे स्वसंविदे ॥ ४६ ॥
Hommage à Toi, ô Seigneur, qui fais resplendir les qualités et pourtant Te dissimules par ces mêmes guṇas. Le fonctionnement des guṇas finit par révéler Ton existence. Tu demeures témoin, au-delà des guṇas, et Tu n’es pleinement connu que par Tes dévots, dans la conscience intérieure que Tu accordes.
Verse 47
अव्याकृतविहाराय सर्वव्याकृतसिद्धये । हृषीकेश नमस्तेऽस्तु मुनये मौनशीलिने ॥ ४७ ॥
Ô Hṛṣīkeśa, Maître des sens, tes jeux divins sont inconcevables et c’est par toi que s’accomplit toute manifestation de l’univers. À toi, Muni au vœu de silence, nous offrons nos hommages.
Verse 48
परावरगतिज्ञाय सर्वाध्यक्षाय ते नम: । अविश्वाय च विश्वाय तद्द्रष्ट्रेऽस्य च हेतवे ॥ ४८ ॥
Hommages à Toi, qui connais la destinée de tout, supérieur et inférieur, et qui es le régulateur suprême. Tu transcendes l’univers et pourtant tu en es le fondement; tu es le témoin et la cause première de cette illusion cosmique.
Verse 49
त्वं ह्यस्य जन्मस्थितिसंयमान् विभो गुणैरनीहोऽकृतकालशक्तिधृक् । तत्तत्स्वभावान् प्रतिबोधयन् सत: समीक्षयामोघविहार ईहसे ॥ ४९ ॥
Ô Seigneur tout-puissant, bien que les guṇa ne te poussent à aucune action, par ta puissance éternelle du Temps tu ordonnes la création, le maintien et la dissolution de l’univers. Tu éveilles les fonctions propres des modes, jadis endormies, et d’un seul regard, dans l’esprit de līlā, tout s’accomplit sans défaut.
Verse 50
तस्यैव तेऽमूस्तनवस्त्रिलोक्यां शान्ता अशान्ता उत मूढयोनय: । शान्ता: प्रियास्ते ह्यधुनावितुं सतां स्थातुश्च ते धर्मपरीप्सयेहत: ॥ ५० ॥
Ainsi, tous les corps dans les trois mondes—paisibles en sattva, agités en rajas et obscurcis en tamas—sont ton œuvre. Pourtant, les êtres établis en sattva te sont particulièrement chers; c’est pour protéger les sādhus et affermir leur dharma que tu es maintenant présent sur la terre.
Verse 51
अपराध: सकृद् भर्त्रा सोढव्य: स्वप्रजाकृत: । क्षन्तुमर्हसि शान्तात्मन् मूढस्य त्वामजानत: ॥ ५१ ॥
Au moins une fois, le maître doit supporter l’offense commise par son enfant ou son sujet. Ô Âme suprême et paisible, pardonne à notre époux, insensé de ne pas avoir su qui Tu es.
Verse 52
अनुगृह्णीष्व भगवन् प्राणांस्त्यजति पन्नग: । स्त्रीणां न: साधुशोच्यानां पति: प्राण: प्रदीयताम् ॥ ५२ ॥
Ô Bhagavān, sois miséricordieux. Il convient aux saints d’avoir compassion de femmes comme nous. Ce serpent est sur le point de rendre son souffle ; rendez-nous notre époux, qui est notre vie et notre âme.
Verse 53
विधेहि ते किङ्करीणामनुष्ठेयं तवाज्ञया । यच्छ्रद्धयानुतिष्ठन् वै मुच्यते सर्वतोभयात् ॥ ५३ ॥
À présent, dis-nous, à nous Tes servantes, ce que nous devons accomplir selon Ton ordre. Quiconque exécute fidèlement Ton commandement est délivré de toute crainte.
Verse 54
श्रीशुक उवाच इत्थं स नागपत्नीभिर्भगवान् समभिष्टुत: । मूर्च्छितं भग्नशिरसं विससर्जाङ्घ्रिकुट्टनै: ॥ ५४ ॥
Śukadeva Gosvāmī dit : Ainsi loué par les Nāgapatnīs, le Bhagavān relâcha Kāliya, qui gisait évanoui, la tête meurtrie par les coups de Ses pieds de lotus.
Verse 55
प्रतिलब्धेन्द्रियप्राण: कालिय: शनकैर्हरिम् । कृच्छ्रात् समुच्छ्वसन् दीन: कृष्णं प्राह कृताञ्जलि: ॥ ५५ ॥
Kāliya recouvra lentement sa force vitale et ses sens. Puis, haletant péniblement, le pauvre serpent, les mains jointes, s’adressa avec soumission au Seigneur Kṛṣṇa.
Verse 56
कालिय उवाच वयं खला: सहोत्पत्त्या तामसा दीर्घमन्यव: । स्वभावो दुस्त्यजो नाथ लोकानां यदसद्ग्रह: ॥ ५६ ॥
Kāliya dit : Ô Seigneur, dès notre naissance nous sommes mauvais — dominés par le tamas, pleins d’envie et d’une colère tenace. Il est si difficile aux êtres d’abandonner leur nature conditionnée, car ils s’attachent à l’irréel.
Verse 57
त्वया सृष्टमिदं विश्वं धातर्गुणविसर्जनम् । नानास्वभाववीर्यौजोयोनिबीजाशयाकृति ॥ ५७ ॥
Ô Créateur suprême, c’est Toi qui engendres cet univers, fait de l’agencement multiforme des guṇa. En lui Tu manifestes d’innombrables natures, vigueur et énergie, diverses forces des sens et du corps, ainsi que des pères et des mères aux mentalités et aux formes variées.
Verse 58
वयं च तत्र भगवन् सर्पा जात्युरुमन्यव: । कथं त्यजामस्त्वन्मायां दुस्त्यजां मोहिता: स्वयम् ॥ ५८ ॥
Ô Bhagavān, parmi toutes les espèces de Ta création matérielle, nous, les serpents, sommes par nature toujours prompts à la colère. Trompés par Ta māyā, si difficile à délaisser, comment pourrions-nous l’abandonner par nous-mêmes ?
Verse 59
भवान् हि कारणं तत्र सर्वज्ञो जगदीश्वर: । अनुग्रहं निग्रहं वा मन्यसे तद् विधेहि न: ॥ ५९ ॥
Ô Seigneur, Tu es l’Omniscient, le Souverain de l’univers; Tu es la cause véritable de la délivrance de l’illusion. Ordonne pour nous ce que Tu juges juste, que ce soit miséricorde ou châtiment.
Verse 60
श्रीशुक उवाच इत्याकर्ण्य वच: प्राह भगवान् कार्यमानुष: । नात्र स्थेयं त्वया सर्प समुद्रं याहि मा चिरम् । स्वज्ञात्यपत्यदाराढ्यो गोनृभिर्भुज्यते नदी ॥ ६० ॥
Śukadeva dit : Après avoir entendu les paroles de Kāliya, le Bhagavān, jouant le rôle d’un homme, répondit : « Ô serpent, tu ne peux plus demeurer ici. Retourne sans tarder à l’océan, avec tes enfants, tes épouses, tes proches et ta suite. Que cette rivière soit pour la jouissance des vaches et des hommes. »
Verse 61
य एतत् संस्मरेन्मर्त्यस्तुभ्यं मदनुशासनम् । कीर्तयन्नुभयो: सन्ध्योर्न युष्मद् भयमाप्नुयात् ॥ ६१ ॥
Si un mortel se souvient avec attention de Mon ordre à ton égard—quitter Vṛndāvana et gagner l’océan—et qu’il récite ce récit à l’aube et au crépuscule, il n’éprouvera jamais de crainte envers vous.
Verse 62
योऽस्मिन् स्नात्वा मदाक्रीडे देवादींस्तर्पयेज्जलै: । उपोष्य मां स्मरन्नर्चेत् सर्वपापै: प्रमुच्यते ॥ ६२ ॥
Celui qui se baigne en ce lieu de Mes līlā et offre l’eau de ce lac en tarpaṇa aux devas et aux êtres dignes de vénération, ou bien jeûne en se souvenant de Moi et M’adore selon le rite, sera assurément délivré de toute réaction pécheresse.
Verse 63
द्वीपं रमणकं हित्वा ह्रदमेतमुपाश्रित: । यद्भयत्स सुपर्णस्त्वां नाद्यान्मत्पादलाञ्छितम् ॥ ६३ ॥
Par crainte de Garuḍa, tu as quitté l’île de Ramaṇaka et cherché refuge dans ce lac. Mais désormais tu portes l’empreinte de Mes pas; ainsi Garuḍa ne tentera plus de te dévorer.
Verse 64
श्रीऋषिरुवाच मुक्तो भगवता राजन् कृष्णेनाद्भुतकर्मणा । तं पूजयामास मुदा नागपत्न्यश्च सादरम् ॥ ६४ ॥
Śukadeva Gosvāmī poursuivit : Ô roi bien-aimé, délivré par le Seigneur Kṛṣṇa, Bhagavān aux actes merveilleux, Kāliya, avec ses épouses nāga, L’adora avec une grande joie et une profonde révérence.
Verse 65
दिव्याम्बरस्रङ्मणिभि: परार्ध्यैरपि भूषणै: । दिव्यगन्धानुलेपैश्च महत्योत्पलमालया ॥ ६५ ॥ पूजयित्वा जगन्नाथं प्रसाद्य गरुडध्वजम् । तत: प्रीतोऽभ्यनुज्ञात: परिक्रम्याभिवन्द्य तम् ॥ ६६ ॥ सकलत्रसुहृत्पुत्रो द्वीपमब्धेर्जगाम ह । तदैव सामृतजला यमुना निर्विषाभवत् । अनुग्रहाद् भगवत: क्रीडामानुषरूपिण: ॥ ६७ ॥
Kāliya adora Jagannātha, le Seigneur de l’univers, en Lui offrant de nobles vêtements, des colliers, des joyaux et d’autres ornements d’un prix inestimable, des parfums et onguents divins, ainsi qu’une grande guirlande de lotus. Ayant ainsi satisfait le Seigneur dont l’étendard porte l’emblème de Garuḍa, il se sentit comblé. Ayant reçu la permission de partir, il fit la circumambulation et se prosterna; puis, avec ses épouses, amis et enfants, il gagna son île dans la mer. À l’instant même où Kāliya s’en alla, la Yamunā retrouva son état originel: sans poison et pleine d’une eau semblable au nectar. Cela advint par la miséricorde de la Personne Suprême, qui manifestait une forme humaine pour goûter Ses līlā.
Verse 66
दिव्याम्बरस्रङ्मणिभि: परार्ध्यैरपि भूषणै: । दिव्यगन्धानुलेपैश्च महत्योत्पलमालया ॥ ६५ ॥ पूजयित्वा जगन्नाथं प्रसाद्य गरुडध्वजम् । तत: प्रीतोऽभ्यनुज्ञात: परिक्रम्याभिवन्द्य तम् ॥ ६६ ॥ सकलत्रसुहृत्पुत्रो द्वीपमब्धेर्जगाम ह । तदैव सामृतजला यमुना निर्विषाभवत् । अनुग्रहाद् भगवत: क्रीडामानुषरूपिण: ॥ ६७ ॥
Kāliya adora Jagannātha, le Seigneur de l’univers, en Lui offrant de nobles vêtements, des colliers, des joyaux et d’autres ornements d’un prix inestimable, des parfums et onguents divins, ainsi qu’une grande guirlande de lotus. Ayant ainsi satisfait le Seigneur dont l’étendard porte l’emblème de Garuḍa, il se sentit comblé. Ayant reçu la permission de partir, il fit la circumambulation et se prosterna; puis, avec ses épouses, amis et enfants, il gagna son île dans la mer. À l’instant même où Kāliya s’en alla, la Yamunā retrouva son état originel: sans poison et pleine d’une eau semblable au nectar. Cela advint par la miséricorde de la Personne Suprême, qui manifestait une forme humaine pour goûter Ses līlā.
Verse 67
दिव्याम्बरस्रङ्मणिभि: परार्ध्यैरपि भूषणै: । दिव्यगन्धानुलेपैश्च महत्योत्पलमालया ॥ ६५ ॥ पूजयित्वा जगन्नाथं प्रसाद्य गरुडध्वजम् । तत: प्रीतोऽभ्यनुज्ञात: परिक्रम्याभिवन्द्य तम् ॥ ६६ ॥ सकलत्रसुहृत्पुत्रो द्वीपमब्धेर्जगाम ह । तदैव सामृतजला यमुना निर्विषाभवत् । अनुग्रहाद् भगवत: क्रीडामानुषरूपिण: ॥ ६७ ॥
Kāliya adora le Seigneur de l’univers, le Garuḍa-dhvaja, en Lui offrant des vêtements célestes, des colliers, des gemmes et des ornements précieux, des parfums et onguents divins, ainsi qu’une grande guirlande de lotus. Ayant satisfait le Seigneur, il reçut la permission de partir; il fit alors la circumambulation et se prosterna. Puis, avec ses épouses, amis et enfants, il gagna son île au milieu de la mer. À l’instant même où Kāliya s’en alla, la Yamunā redevint pure, sans poison et pleine d’une eau semblable à l’ambroisie, par la miséricorde du Bhagavān manifesté en forme humaine pour Ses līlā.
Kṛṣṇa acts as the āśraya (ultimate shelter) who restores dharma and protects His devotees. Kāliya’s poison made the Yamunā lethal to birds, vegetation, and Vraja’s animals, so Kṛṣṇa entered the lake to purify the sacred river and subdue the envious force behind the contamination, demonstrating rakṣā (protection) and śuddhi (purification) through līlā.
The Nāgapatnīs argue that Bhagavān’s chastisement removes contamination and ultimately benefits the offender. Since the Lord is impartial and aims at the soul’s welfare, His “anger” functions as dayā (compassion): it breaks pride, burns sin, and creates the conditions for surrender. Thus daṇḍa becomes a purifying grace rather than mere retribution.
The Nāgapatnīs are Kāliya’s wives who approach Kṛṣṇa with their children and offer a sustained hymn describing Him as Supersoul, time, witness, and the source of Vedic revelation. Their stuti is significant because it frames the episode philosophically: Kṛṣṇa is simultaneously immanent and transcendent, and the highest fortune is contact with the dust of His lotus feet—surpassing svarga, siddhis, and even impersonal liberation.
Balarāma fully knows Kṛṣṇa’s true power (aiśvarya) and therefore understands the outcome is under divine control. Vraja’s residents, absorbed in mādhurya-bhāva (intimate love), relate to Kṛṣṇa as their dependent child and friend, so they read omens through affection rather than theology—an intentional contrast that highlights the supremacy of prema.
Kṛṣṇa declares that one who attentively remembers His command to Kāliya (to leave Vṛndāvana for the ocean) and narrates the account at sunrise and sunset will not be afraid of Kāliya. He also states that bathing at the pastime site, offering its water, fasting, and worshiping Him there frees one from sinful reactions—linking līlā-kathā and tīrtha-sevā to spiritual and moral purification.