
Chapter 91 — विविधमन्त्रादिकथनम् (Teaching of Various Mantras and Related Matters)
Après avoir achevé l’enseignement sur l’abhiṣeka, le chapitre relie la consécration au culte continu : au milieu de sons instrumentaux de bon augure, le pratiquant baigne la divinité avec le pañcagavya et accomplit la pūjā à Śiva, Viṣṇu, Sūrya et aux divinités associées. Le texte passe ensuite du rite à la vidyā : un mérite est promis à qui étudie directement l’écrit sacré marqué/annoté, et les substances rituelles—surtout le ghee et le santal—sont présentées comme des offrandes purifiantes et ennoblissantes. Vient un noyau technique bref d’analyse mantrique et divinatoire : triades et tétrades codent jīva, mūladhātu et des catégories de connaissance ; les résultats favorables ou défavorables se lisent par les extrémités et les milieux des positions ; des regroupements numériques et des inscriptions sur écorce de bouleau (birch-bark) sont prescrits au moyen de mantras de divinités. Le chapitre expose aussi des séquences de tracés de lignes, un schéma en 64 volets lié aux catégories marut/vyoma, et des groupements métriques (samā, hīnā, viṣamā). Il s’achève en mantra-śāstra : mantras-noms de Tripurā dérivés des voyelles et des phonèmes de la série ka, bīja pour les grandes divinités, et discipline des comptes de japa/maṇḍala (360 par cycle) pour Ravi, Īśa, Devī et Viṣṇu, intégrée à la méditation et à la dīkṣā conduite par le guru, unissant l’autorité de Vāstu-pratiṣṭhā à la pratique mantrique de l’īśāna-kalpa.
Verse 1
इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये अभिषेकादिकथनं नाम नवतितमो ऽध्यायः अथैकनवतितमो ऽध्यायः विविधमन्त्रादिकथनं ईश्वर उवाच अभिषिक्तः शिवं विष्णुं पूजयेद्भास्करादिकान् शङ्खभेर्यादिनिर्घोषैः स्नापयेत् पञ्चगव्यकैः
Ainsi, dans l’Agni Purāṇa, s’achève le quatre-vingt-dixième chapitre, intitulé «Exposé de l’Abhiṣeka et des rites connexes». Commence maintenant le quatre-vingt-onzième chapitre, «Enseignement de divers mantras et matières associées». Le Seigneur dit : «Après avoir accompli l’abhiṣeka, qu’on adore Śiva et Viṣṇu, ainsi que Sūrya et les autres divinités ; et, au milieu du retentissement des conques, des tambours bherī et d’instruments semblables, qu’on baigne (la divinité) avec le pañcagavya, les cinq produits de la vache».
Verse 2
स्वयं वीक्ष्येति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः यो देवान्देवलोकं स याति स्वकुलमुद्धरन् वर्षकोटिसहस्रेषु यत् पापं स्मुपार्जितं
Celui qui, l’ayant vu de ses propres yeux (le texte sacré) et l’ayant récité d’après un livre marqué/annoté, parvient au monde des dieux ; et, relevant sa propre lignée, il détruit le péché amassé durant des dizaines de milliers de crores d’années.
Verse 3
घृताभ्यङ्गेन देवानां भस्मीभवति पावके आढकेन घृताद्यैश् च देवान् स्नाप्य सुरो भवेत्
En oignant les divinités de ghee, l’offrande devient cendre dans le feu sacré. Et en baignant les divinités avec une mesure d’āḍhaka de ghee et d’autres substances semblables, on devient un deva (on atteint l’état divin).
Verse 4
चन्दनेनानुलिप्याथ गन्धाद्यैः पूजयेत्तथा अल्पायासनं स्तुतिभिस्तुता देवास्तु सर्वदा
Ensuite, après avoir oint (la divinité) de pâte de santal, qu’on l’honore de même par des parfums et les autres offrandes. Avec un siège simple et des hymnes de louange, que les dieux—loués—soient toujours présents et favorables.
Verse 5
अतीतानागतज्ञानमन्त्रधीभुक्तिमुक्तिदाः गृहीत्वा प्रश्नसूक्ष्मार्णे हृते द्वाभ्यां शुभाशुभं
Ayant recueilli (ces enseignements) dans l’océan subtil de la divination par interrogation, on saisit au moyen de deux (procédés) ce qui est faste et ce qui est néfaste—enseignements qui confèrent la connaissance du passé et de l’avenir, l’intelligence portée par les mantras, la jouissance mondaine et la délivrance.
Verse 6
त्रिभिर्जीवो मूलधातुश् चतुर्भिर्ब्राह्मणादिधीः यञ्चादौ भूततत्त्वादि शेषे चैवं जपादिकं
Par trois (unités syllabiques) est indiqué le « jīva » (le soi vivant) ; par quatre, le « mūladhātu » (la base/élément primordial). Par quatre (à nouveau) sont indiquées les connaissances commençant par « brāhmaṇa », c’est-à-dire les savoirs vediques et śāstriques. Au début sont enseignés le « bhūta-tattva » et les principes connexes ; dans le reste, ainsi, sont exposés le japa et les pratiques apparentées.
Verse 7
एकत्रिकातित्रिकान्ते पदे द्विपमकान्तके अशुभं मध्यमं मध्येष्विन्द्रस्त्रिषु नृपः शुभः
Au terme d’une seule triade ou d’une triple triade, et au terme de la seconde paire dans la suite des pas (pada), le résultat est néfaste. Aux positions médianes, le résultat est moyen ; aux positions centrales, il est « Indra » (excellent). Dans les ensembles de trois, le « nṛpa » (roi) est faste.
Verse 8
सङ्ख्यावृन्दे जीविताब्दं यमो ऽब्ददशहा ध्रुवं सूर्येभास्येशदुर्गाश्रीविष्णुमन्त्रैर् लिखेत् कजे
Dans un groupe (agencement) de nombres, on doit écrire « jīvitābda » (années de vie), « yama » (mort), « abdadaśahā » (le destructeur de dix ans) et « dhruva » (le fixe/le polaire) ; puis les inscrire sur de l’écorce de bouleau, au moyen des mantras de Sūrya, Bhāskara, Īśa (Śiva), Durgā, Śrī et Viṣṇu.
Verse 9
कठिन्या जप्तया स्पृष्टे गोमूत्राकृतिरेखया आरभ्यैकं त्रिकं यावत्त्रिचतुष्कावसानकं
Lorsque (le rite/l’objet) a été touché par le mantra de « Kaṭhinī » dûment récité, on doit commencer le tracé des lignes selon la courbe dite « urine de vache » ; en partant d’un seul (trait/signe), puis par groupes de trois, en poursuivant jusqu’à ce que la suite s’achève par des groupes de trois et de quatre.
Verse 10
मरुद् व्योम मरुद्वीजैश् चतुःषष्टिपदे तथा अक्षाणां पतनात् स्पर्शाद्विषमादौ शुभादिकं
Dans le schéma à soixante-quatre divisions—classé comme ‘marut’ (vent), ‘vyoma’ (ciel) et aussi ‘marud-bīja’ (semences du vent)—on détermine l’auspice et le reste d’après la chute et le toucher des dés (akṣa), en commençant par les issues irrégulières (défavorables).
Verse 11
एकत्रिकादिमारभ्य अन्ते चाष्टत्रिकं तथा ध्वजाद्यायाः समा हीना विषमाः शोभनादिदाः
En commençant par le groupe ‘eka-trika’ et en s’achevant de même par le groupe ‘aṣṭa-trika’, les mètres à partir de Dhvaja sont de trois sortes : samā (égaux), hīnā (déficients) et viṣamā (inégaux), en commençant par la classe dite Śobhanā et ainsi de suite.
Verse 12
आइपल्लवितैः काद्यैः षोडशस्वरपूर्वगैः आद्यैस्तैः सस्वरैः काद्यैस्त्रिपुरानाममन्त्रकाः
Les formules mantriques qui constituent les noms de Tripurā sont formées à partir des consonnes de la série ka (ka-varga), déployées par la voyelle ‘ai’ et précédées des seize voyelles—c’est-à-dire les syllabes initiales de la série ka munies de leurs voyelles.
Verse 13
ह्रीं वीजाः प्रणवाद्याःस्पुर् नमो ऽन्ता यत्र पूजने मन्त्रा विंशतिसाहस्राः शतं षष्ठ्यधिकं ततः
Les syllabes-semences (bīja) ont pour tête le Pranava (Oṃ) ; elles resplendissent, et dans le culte elles se terminent par la salutation « namaḥ ». Les mantras (qui y sont employés) sont au nombre de vingt mille, et, en sus, cent soixante de plus.
Verse 14
शोभनादिकाः इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः आं ह्रीं मन्त्राः सरस्वत्याश् चण्डिकायास्तथैव च तथा गौर्याश् च दुर्गाया आं श्रीं मन्त्राः श्रियस् तथा
« Śobhanādikāḥ »—ainsi lit-on dans le manuscrit marqué. Les bīja-mantras ‘āṃ’ et ‘hrīṃ’ appartiennent à Sarasvatī et de même à Caṇḍikā ; et pour Gaurī et Durgā, les bīja-mantras sont ‘āṃ’ et ‘śrīṃ’ ; de même encore pour Śrī (Lakṣmī).
Verse 15
तथाक्षौं क्रौं मन्त्राः सूर्यस्य आं हौं मन्त्राःशिवस्य च आं गं मन्त्रा गणेशस्य आं मन्त्राश् च तथा हरेः
De même, les mantras de Sūrya sont «kṣauṃ» et «krauṃ» ; les mantras de Śiva sont «āṃ» et «hauṃ» ; le mantra de Gaṇeśa est «āṃ gaṃ» ; et pareillement, le mantra de Hari (Viṣṇu) est «āṃ».
Verse 16
शतार्धैकाधिकैः काद्यैस् तथा षोडशभिः खरैः काद्यैस्तैः सस्वरैसाद्यैः कान्तैर् मन्त्रास् तथाखिलाः
Tous les mantras, dans leur intégralité, sont constitués de la série des consonnes commençant par «ka» et du reste des consonnes—qui, comptées par moitiés, font cent un—avec les seize voyelles ; c’est-à-dire des consonnes débutant par «ka», pourvues de voyelles et commençant par «a».
Verse 17
रवीशदेवीविष्णूनां स्वाब्धिदेवेन्द्रवर्तनात् शतत्रयं षष्ट्यधिकं प्रत्येकं मण्डलं क्रमात् अभिषिक्तो जपेद् ध्यायेच्छिष्यादीन् दीक्षयेद्गुरुः
Pour Ravi (le Soleil), Īśa (Śiva), Devī et Viṣṇu—en suivant les cycles respectifs du «svābdhi» propre, de la divinité et d’Indra—chaque maṇḍala, selon l’ordre prescrit, doit être accompli par trois cent soixante récitations. Après avoir été consacré par l’abhiṣeka, on doit pratiquer le japa et la méditation ; et le Guru doit conférer la dīkṣā aux disciples et aux autres.
Post-abhiṣeka worship: pūjā of Śiva and Viṣṇu (with Sūrya and others), accompanied by conch and drum sounds, and a pañcagavya bath for the deity as a purification and consecratory continuation.
It treats consecration as the gateway to mantra-technology: after ritual bathing and upacāras, it systematizes bīja-mantras, phonemic construction rules, divinatory number schemes, and fixed japa/maṇḍala counts under guru-led dīkṣā—binding temple-rite authority to Īśāna-oriented mantra discipline.
Sarasvatī and Caṇḍikā (āṃ, hrīṃ), Gaurī and Durgā (āṃ, śrīṃ), Śrī/Lakṣmī (āṃ, śrīṃ), Sūrya (kṣauṃ, krauṃ), Śiva (āṃ, hauṃ), Gaṇeśa (āṃ gaṃ), and Hari/Viṣṇu (āṃ).
It prescribes 360 recitations per maṇḍala, in due order, for Ravi (Sun), Īśa (Śiva), Devī, and Viṣṇu, integrated with meditation and the guru’s initiation of disciples.