Adhyaya 5
Varaha PuranaAdhyaya 555 Shlokas

Adhyaya 5: Reconciliation of Action and Knowledge: Offering All Acts to Nārāyaṇa and the Hymn to the Yajña-Puruṣa

Karma-jñāna-samuccayaḥ: Nārāyaṇa-samarpaṇaṃ yajñanara-stavaś ca

Ethical-Discourse (Liberation Hermeneutics) + Stotra (Yajña-Theology)

Dans le cadre d’enseignement de Varāha et de Pṛthivī, le roi Aśvaśiras s’approche de Kapila afin de dissiper un doute sotériologique majeur : la mokṣa s’obtient-elle par le karma (actes/rites) ou par le jñāna (connaissance) ? Kapila répond par un précédent : Raibhya pose la même question à Bṛhaspati, et Bṛhaspati enseigne que les actions, bonnes ou mauvaises, ne lient pas lorsqu’on les accomplit en les déposant en Nārāyaṇa (nārāyaṇe nyasya), c’est-à-dire en les offrant à Lui. Un autre exemple relate le débat entre l’étudiant védique Saṃyamana et le chasseur Niṣṭhuraka, avec l’analogie du « feu et du filet de fer », montrant que détruire la racine—l’appropriation égoïque—met fin à l’asservissement aux multiples ramifications. Le chapitre s’achève sur le renoncement d’Aśvaśiras à la royauté, sa pratique d’austérités à Naimiṣa, et son hymne à Nārāyaṇa comme Yajña-Puruṣa cosmique, où son esprit se résorbe en ce principe.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivīAśvaśirasKapilaBṛhaspatiRaibhyaVasuSaṃyamanaNiṣṭhuraka

Key Concepts

karma-jñāna-samuccaya (integration of action and knowledge)nārāyaṇārpaṇa (offering of all acts to Nārāyaṇa) and akarma (non-binding action)advaita-vāsanā-siddhi (non-dual conditioning as a yogic attainment)mūla-nāśa (root-destruction of ego/appropriation) as liberation strategyyajñanara / yajñamūrti (cosmic embodiment of sacrifice)rājadharma to vānaprastha/saṃnyāsa transition (royal renunciation model)

Shlokas in Adhyaya 5

Verse 1

अश्वशिरा उवाच । भवन्तौ मम सन्देहमेकं छेत्तुमिहार्हतः । येन छिन्नेन जायेत मम संसारविच्युतिः ॥ ५.१ ॥

Aśvaśirā dit : « Vous deux êtes dignes de trancher ici un seul de mes doutes ; une fois ce doute coupé, pour moi naîtra la délivrance de l’existence transmigratoire (saṃsāra). »

Verse 2

एवमुक्ते नृपतिना तदा योगिवरो मुनिः । कपिलः प्राह धर्मात्मा राजानं यजतां वरम् ॥ ५.२ ॥

Lorsque le roi eut ainsi parlé, alors le sage-yogin éminent Kapila, au cœur établi dans le dharma, s’adressa au roi, le meilleur parmi ceux qui accomplissent les sacrifices (yajña).

Verse 3

कपिल उवाच । कस्ते मनसि सन्देहो राजन् परमधार्मिक । छिन्दामि येन तच्छ्रुत्वा ब्रूहि यत्तेऽभिवाञ्छितम् ॥ ५.३ ॥

Kapila dit : « Ô roi, suprêmement voué au dharma, quel doute s’est levé dans ton esprit ? Dis ce que tu désires connaître ; l’ayant entendu, je le dissiperai. »

Verse 4

राजोवाच । कर्मणा प्राप्यते मोक्ष उताहो ज्ञानिना मुने । एतन्मे संशयं छिन्धि यदि मेऽनुग्रहः कृतः ॥ ५.४ ॥

Le roi dit : « Ô sage, la délivrance (mokṣa) s’obtient-elle par l’action (karma), ou plutôt par le connaissant (jñānin) ? Tranche ce doute en moi, si tu m’as accordé ta grâce. »

Verse 5

कपिल उवाच । इमं प्रश्नं महाराज पुरा पृष्टो बृहस्पतिः । रैभ्येण ब्रह्मपुत्रेण राज्ञा च वसुनापुराः । वसुरासीन्नृपश्रेष्ठो विद्वान् दानपतिः पुरा ॥ ५.५ ॥

Kapila dit : « Ô grand roi, cette même question fut jadis posée à Bṛhaspati—par Raibhya, fils de Brahmā, et aussi par le roi Vasu. En ce temps-là, Vasu était un souverain éminent, savant, et renommé comme seigneur de la générosité (dāna). »

Verse 6

चाक्षुषस्य मनोः काले ब्रह्मणोऽन्वयवर्धनः । वसुश्च ब्रह्मणः सद्म गतवान्स्तद्दिदृक्षया ॥ ५.६ ॥

Au temps de Cākṣuṣa Manu, Anvayavardhana—rattaché à la lignée de Brahmā—et Vasu se rendirent à la demeure de Brahmā, désireux de le contempler.

Verse 7

पथि चैत्ररथं दृष्ट्वा विद्याधरवरं नृप । अपृच्छच्च वसुः प्रीत्या ब्रह्मणोऽवसरं प्रभो ॥ ५.७ ॥

Ô roi, voyant sur la route Caitraratha, l’éminent Vidyādhara, Vasu, avec une affection respectueuse, s’enquit de l’occasion d’obtenir audience auprès de Brahmā, ô seigneur.

Verse 8

सोऽब्रवीद् देवसमितिर्वर्तते ब्रह्मणो गृहे । एवं श्रुत्वा वसुस् तस्थौ द्वारि ब्रह्मौकसस् तदा । तावत् तत्रैव रैभ्यस् तु आजगाम महातपाः ॥ ५.८ ॥

Il dit : «L’assemblée des dieux se tient dans la demeure de Brahmā». À ces mots, Vasu se tint à la porte de la résidence de Brahmā. Pendant ce temps, en ce même lieu, arriva le grand ascète Raibhya.

Verse 9

स राजा प्रीतमनसा वसुः सम्पूर्णमानसः । उवाच पूजयित्वाग्रे क्व प्रयातोऽसि वै मुने ॥ ५.९ ॥

Le roi Vasu, le cœur réjoui et l’esprit parfaitement recueilli, parla—après avoir d’abord rendu l’hommage dû—: «Ô muni, où vas-tu donc en vérité ?»

Verse 10

रैभ्य उवाच । अहं बृहस्पतेः पार्श्वे आगतोऽस्मि महानृप । किञ्चित्कार्यान्तरं प्रष्टुमहं देवपुरोहितम् ॥ ५.१० ॥

Raibhya dit : «Ô grand roi, je suis venu auprès de Bṛhaspati, le précepteur des dieux, afin d’interroger le prêtre divin au sujet d’une autre affaire.»

Verse 11

एवं वदति रैभ्ये तु ब्रह्मणस्तन्महासदः । उत्तस्थौ स्वानि धिष्ण्यानि गता देवगणाः प्रभो ॥ ५.११ ॥

Tandis que Raibhya parlait ainsi, la grande assemblée de Brahmā se leva ; et les cohortes des dieux, ô Seigneur, partirent vers leurs demeures respectives.

Verse 12

तावद् बृहस्पतिस्तत्र रैभ्येण सह संविदम् । कृत्वा स्वधिष्ण्यमगमद् वसुनाच सुपूजितः ॥ ५.१२ ॥

Cependant, Bṛhaspati, après s’être entretenu là avec Raibhya, se rendit à sa propre demeure, ayant aussi été dûment honoré par Vasu.

Verse 13

रैभ्य आङ्गिरसो राजा वसुश्चोपाविवेश ह । उपविष्टेषु राजेन्द्र तेषु तेष्वपि सोऽब्रवीत् ॥ ५.१३ ॥

Le roi Raibhya, issu d’Aṅgiras, et Vasu prirent aussi place. Lorsque ces rois furent assis, ô roi des rois, il s’adressa alors à eux également.

Verse 14

बृहस्पतिर्देवगुरू रैभ्यं वचनमन्तिके । किं करोमि महाभाग वेदवेदाङ्गपारग ॥ ५.१४ ॥

Bṛhaspati, le précepteur des dieux, s’adressa de près à Raibhya : « Que dois-je faire, ô bienheureux, toi qui as maîtrisé les Veda et les Vedāṅga ? »

Verse 15

रैभ्य उवाच । बृहस्पते कर्मणा किं प्राप्यते ज्ञानिना । अथवा । मोक्ष एतन्ममाचक्ष्व पृच्छतः संशयं प्रभो ॥ ५.१५ ॥

Raibhya dit : « Ô Bṛhaspati, qu’obtient le sage par l’action (karma) ? Ou bien—enseigne-moi la libération (mokṣa), ô seigneur, puisque je questionne afin de dissiper mon doute. »

Verse 16

बृहस्पतिरुवाच । यत्किञ्चित् कुरुते कर्म पुरुषः साध्वसाधु वा । सर्वं नारायणे न्यस्य कुर्वन् नैव च लिप्यते ॥ ५.१६ ॥

Bṛhaspati dit : Quelle que soit l’action qu’un homme accomplit—louable ou non—s’il en remet la totalité à Nārāyaṇa et agit dans l’esprit de l’offrande, il n’en est ni souillé ni lié.

Verse 17

श्रूयते च द्विजश्रेष्ठ संवादो विप्रलुब्धयोः । आत्रेयो ब्राह्मणः कश्चिद् वेदाभ्यासरतो मुनिः ॥ ५.१७ ॥

Et l’on entend aussi, ô le meilleur des deux-fois-nés, qu’il y eut un dialogue entre deux brāhmaṇas trompés. Parmi eux se trouvait un brāhmaṇa de la lignée Ātreya, un muni voué à l’étude et à la récitation des Veda.

Verse 18

वसत्यविरतं प्रातःस्नायी त्रिषवणे रतः । नाम्ना संयमनः पूर्वमेकस्मिन् दिवसे नदीम् । धर्मारण्ये गतः स्नातुं धन्यां भागीरथीं शुभाम् ॥ ५.१८ ॥

Autrefois, un homme nommé Saṃyamana, sans relâche dans sa discipline, se baignait à l’aube et s’adonnait aux rites des trois moments du jour. Un certain jour, il se rendit à Dharma-araṇya afin de se baigner dans la Bhāgīrathī, rivière bénie et de bon augure.

Verse 19

तत्रासीनं महायूथं हरिणानां विचक्षणः । लुब्धो निष्ठुरको नाम धनुःपाणिः कृतान्तवत् । आययौ तं जिघांसुः स धनुष्यायोज्य सायकम् ॥ ५.१९ ॥

Là, voyant un grand troupeau de cerfs au repos, un chasseur au regard perçant, nommé Niṣṭhuraka, l’arc à la main tel la Mort elle-même, s’approcha avec l’intention de les tuer, ajustant une flèche à son arc.

Verse 20

ततः संयमनो विप्रो दृष्ट्वा तं मृगयारतम् । वारयामास मा भद्र जीवघातमिमं कुरु ॥ ५.२० ॥

Alors le brāhmaṇa Saṃyamana, le voyant adonné à la chasse, l’arrêta en disant : «Ô homme de bien, ne commets pas cet acte de mise à mort des êtres vivants.»

Verse 21

एतच्छ्रुत्वा वचो व्याधः स्मितपूर्वमिदं वचः । उवाच नाहं हिंसामि पृथग्जीवं द्विजोत्तम ॥ ५.२१ ॥

Ayant entendu ces paroles, le chasseur (vyādha), avec un sourire préalable, déclara : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, je ne tue pas un être vivant comme s’il était séparé de moi».

Verse 22

परमात्मा त्वयं भूतैः क्रीडते भगवान् स्वयम् । क्रीता मृदा बलीवर्द्धास्तद्वदेतन्न संशयः ॥ ५.२२ ॥

Tu es le Paramātman ; le Bhagavān lui-même se joue des êtres. De même que l’on achète des bœufs avec une motte de terre, ainsi en est-il ici : il n’y a aucun doute.

Verse 23

अहे भावः सदा ब्रह्मन्नविद्येयं मुमुक्षुणाम् । यात्राप्राणरतं सर्वं जगदेतद्विचेष्टितम् । तत्राहमिति यः शब्दः स साधुत्वं न गच्छति ॥ ५.२३ ॥

Ô brahmane, cet état d’être est toujours ignorance (avidyā) pour ceux qui aspirent à la délivrance : tout cet univers s’affaire dans l’action, voué à la subsistance comme à son propre souffle vital. Et la notion exprimée par le mot « je » n’atteint pas la vraie bonté (sādhutva).

Verse 24

इत्याकर्ण्य स विप्रेन्द्रो द्विजः संयमनस्तदा । विस्मयेनाब्रवीद्वाक्यं लुब्धं निष्ठुरकं द्विजः ॥ ५.२४ ॥

À ces mots, le plus éminent des brāhmanes —le deux-fois-né nommé Saṃyamana—, dans l’étonnement, prononça des paroles d’intention cupide et au ton dur.

Verse 25

किमेतदुच्यते भद्र प्रत्यक्षं हेतुमद्वचः । ततः श्रुत्वा मुनेर्विप्रं लुब्धकः प्राह धर्मवित् । कृत्वा लोहमयं जालं तस्याधो ज्वलनं ददौ ॥ ५.२५ ॥

«Qu’est-ce donc, ô noble seigneur, que cette parole manifeste et appuyée sur la raison ?» Alors, après avoir entendu le sage brāhmane, le chasseur —connaisseur du dharma— répondit ; puis, ayant fabriqué un filet de fer, il alluma un feu au-dessous.

Verse 26

दत्त्वा वह्निं द्विजं प्राह ज्वाल्यतां काष्ठसचयः । ततो विप्रो मुखेनाग्निं प्रज्वाल्य विरराम ह ॥ ५.२६ ॥

Après avoir remis le feu, il s’adressa au deux-fois-né (brāhmaṇa) : «Que le tas de bois soit allumé.» Alors le brāhmaṇa, ayant attisé le feu par sa bouche, s’arrêta ensuite.

Verse 27

ज्वलिते तु पुनर्वह्नौ तं जालं लोहसम्भवम् । पृथक्पृथक् सहस्राणि निन्येऽन्तर्जालकैर्द्विज । एकस्थानगतस्यापि वह्नेरायसजालकैः ॥ ५.२७ ॥

Mais lorsque le feu se remit à flamboyer, ô brāhmaṇa, il emporta ce filet issu du fer, l’en tirant en milliers de parties distinctes au moyen de mailles intérieures ; bien que le feu demeurât en un seul lieu, il était contenu par des treillis de fer.

Verse 28

ततो लुब्धोऽब्रवीद्विप्रं एकां ज्वालां महामुने । गृहाण येन शेषाणां करिष्यामीह नाशनम् ॥ ५.२८ ॥

Alors l’homme cupide dit au brāhmaṇa : «Ô grand sage, accepte cette flamme unique ; par elle j’accomplirai ici la destruction de ce qui reste».

Verse 29

एवमुक्त्वा हुताशे तु तोयपूर्णं घटं द्रुतम् । चिक्षेप सहसा वह्निः प्रशशामाशु पूर्ववत् ॥ ५.२९ ॥

Ayant ainsi parlé, il jeta promptement dans le feu un vase rempli d’eau ; la flamme s’éteignit soudain et s’apaisa vite comme auparavant.

Verse 30

ततोऽब्रवील्लुब्धकस्तु ब्राह्मणं तं तपोधनम् । भगवन् या त्वया ज्वाला गृहोतासीद्धुताशनात् । प्रयच्छ येन मार्गाणि मांसान्यानाय्य भक्षये ॥ ५.३० ॥

Alors le chasseur s’adressa à ce brāhmaṇa, riche en austérité : «Vénérable Seigneur, accorde-moi le moyen par lequel, à partir du feu né dans ta demeure de cette flamme ardente, je puisse obtenir les voies pour apporter des viandes et les manger».

Verse 31

एवमुक्तस्तदा विप्रो यावदायसजालकम् । पश्यत्येव न तत्राग्निर्मूलनाशे गतः क्षयम् ॥ ५.३१ ॥

Ainsi interpellé, le brāhmane, en regardant la grille de fer, vit qu’il n’y avait là aucun feu ; la racine même ayant été détruite, tout était parvenu à sa fin.

Verse 32

ततो विलक्षणभावेन ब्राह्मणः शंसितव्रतः । तूष्णीम्भूतस्थितस्तावल्लुब्धको वाक्यमब्रवीत् ॥ ५.३२ ॥

Alors, le brāhmane—dont le vœu avait été loué—changea visiblement d’attitude et demeura silencieux un moment ; cependant le chasseur prononça ces paroles.

Verse 33

एतस्मिञ्ज्वलितो वह्निर्बहुशाखश्च सत्तम । मूलनाशे भवेन्नाशस्तद्वदेतदपि द्विज ॥ ५.३३ ॥

Ici, le feu flamboyant se déploie en de multiples branches, ô le meilleur des vertueux. Quand la racine est détruite, la ruine s’ensuit ; de même en est-il ici, ô deux-fois-né.

Verse 34

आत्मा स प्रकृतिस्थश्च भूतानां संश्रयो भवेत् । भूय एषा जगत्सृष्टिस्तत्रैव जगतो भवेत् ॥ ५.३४ ॥

Ce Soi, demeurant en Prakṛti (la nature matérielle), devient le soutien des êtres ; et de nouveau cette création du monde surgit : c’est là même, en vérité, que le monde advient.

Verse 35

पिण्डग्रहणधर्मेण यदस्य विहितं व्रतम् । तत्तदात्मनि संयोज्य कुर्वाणो नावसीदति ॥ ५.३५ ॥

Quelle que soit l’observance (vrata) prescrite pour lui selon la règle de recevoir le piṇḍa (offrande rituelle), celui qui l’accomplit en reliant chaque acte à son propre Soi ne tombe ni dans la détresse ni dans le déclin.

Verse 36

एवमुक्ते तु व्याधेन ब्राह्मणे राजसत्तम । पुष्पवृष्टिरथाकाशात् तस्योपरि पपात ह ॥ ५.३६ ॥

Quand le chasseur eut parlé ainsi, ô meilleur des rois, une pluie de fleurs tomba alors du ciel sur ce brāhmaṇa.

Verse 37

विमानानि च दिव्यानि कामगानि महान्ति च । बहुरत्नानि मुख्यानि ददृशे ब्राह्मणोत्तमः ॥ ५.३७ ॥

Et le brāhmaṇa le plus éminent vit des vimānas divins, vastes et se mouvant à volonté, ainsi que de nombreux joyaux et trésors de premier ordre.

Verse 38

तेषु निष्ठुरकं लुब्धं सर्वेषु समवस्थितम् । ददृशे ब्राह्मणस्तत्र कामरूपिणमुत्तमम् ॥ ५.३८ ॥

Là, parmi toutes ces choses, le brāhmaṇa vit une disposition cruelle et avide qui pénétrait tout; et en ce lieu même il contempla un être excellent, capable de prendre des formes à volonté.

Verse 39

अद्वैतवासना सिद्धं योगाद् बहुशरीरकम् । दृष्ट्र्वा विप्रो मुदा युक्तः प्रययौ निजमाश्रमम् ॥ ५.३९ ॥

Ayant vu, par le yoga, l’état accompli par la disposition contemplative non-duelle, se manifestant comme «aux multiples corps», le brāhmaṇa, rempli de joie, partit vers son propre āśrama.

Verse 40

एवं ज्ञानवतः कर्म कुर्वतोऽपि स्वजातिकम् । भवेन्मुक्तिर्द्विजश्रेष्ठ रैभ्य राजन् वसो ध्रुवम् ॥ ५.४० ॥

Ainsi, même pour celui qui agit tout en possédant la connaissance —et même en agissant selon sa propre condition sociale— la délivrance advient, ô meilleur des deux-fois-nés. Ô Raibhya, ô roi Vasu, cela est certain.

Verse 41

एवं तौ संशयच्छेदं प्राप्तौ रैभ्यवसू नृप । बृहस्पतेस्ततो धिष्ण्याज्जग्मतुर्निजमाश्रमम् ॥ ५.४१ ॥

Ainsi, ô roi, ces deux-là—Raibhya et Vasu—ayant obtenu la levée de leur doute, quittèrent le siège sacré de Bṛhaspati et gagnèrent leur propre ermitage.

Verse 42

तस्मात् त्वमपि राजेन्द्र देवं नारायणं प्रभुम् । अभेदेन स्वदेहस्थं पश्यन्नाराधय प्रभुम् ॥ ५.४२ ॥

C’est pourquoi, ô meilleur des rois, toi aussi vénère le Seigneur Nārāyaṇa, le Maître : le voyant sans différence comme demeurant dans ton propre corps, adore le Seigneur.

Verse 43

कपिलस्य वचः श्रुत्वा स राजाऽश्वशिरा विभुः । ज्येष्ठं पुत्रं समाहूय धन्यं स्थूलशिराह्वयम् । अभिषिच्य निजे राज्ये स राजा प्रययौ वनम् ॥ ५.४३ ॥

Ayant entendu les paroles de Kapila, le roi souverain Aśvaśiras, le puissant, fit venir son fils aîné, Dhanya, appelé Sthūlaśiras; puis, l’ayant consacré dans son propre royaume, le roi partit pour la forêt.

Verse 44

नैमिषाख्यं वरारोहे तत्र यज्ञतनुं गुरुम् । तपसाराधयामास यज्ञमूर्तिं स्तवेन् च ॥ ५.४४ ॥

Ô toi aux hanches gracieuses, au lieu nommé Naimiṣa, il apaisa par l’ascèse et par la louange le vénérable maître dont le corps est le sacrifice, l’incarnation même de Yajña.

Verse 45

धरण्युवाच । कथं यज्ञतनॊः स्तोत्रं राज्ञा नारायणस्य ह । स्तुतिः कृता महाभाग पुनरेतच्च शंस मे ॥ ५.४५ ॥

Dharāṇī dit : «Comment donc le roi composa-t-il l’hymne à Nārāyaṇa, dont la forme est le sacrifice ? Ô bienheureux, raconte-le-moi de nouveau».

Verse 46

श्रीवराह उवाच । नमामि याज्यं त्रिदशाधिपस्य भवस्य सूर्यस्य हुताशनस्य । सोमस्य राज्ञो मरुतामनेक-रूपं हरिं यज्ञनरं नमस्ये ॥ ५.४६ ॥

Śrī Varāha dit : Je me prosterne devant Hari, digne de recevoir le culte—présent comme le seigneur des dieux, comme Bhava (Śiva), comme le Soleil, comme le Feu sacrificiel, comme Soma le roi et comme les Maruts—aux formes innombrables ; je rends hommage à Hari en tant que Yajña-Puruṣa, la Personne incarnée dans le sacrifice.

Verse 47

सुभीमदंष्ट्रं शशिसूर्यनेत्रं संवत्सरे छायनयुग्मकुक्षम् । दर्भाङ्गरोमाणमतैध्मशक्तिं सनातनं यज्ञनरं नमामि ॥ ५.४७ ॥

Je me prosterne devant l’éternel Yajña‑Puruṣa : aux défenses redoutables ; dont les yeux sont la Lune et le Soleil ; dont le ventre est l’Année avec sa paire de solstices ; dont le poil du corps est l’herbe darbha ; et dont la puissance est le bois‑combustible qui soutient le rite.

Verse 48

द्यावापृथिव्योरिदमन्तरं हि व्याप्तं शरीरेण दिशश्च सर्वाः । तमीद्यामीशं जगतां प्रसूतिं जनार्दनं तं प्रणतोऽस्मि नित्यम् ॥ ५.४८ ॥

En vérité, l’espace entre le ciel et la terre est pénétré par son propre corps, et toutes les directions également. Devant ce Seigneur digne de louange, souverain et source des mondes—Janārdana—je me prosterne sans cesse.

Verse 49

सुरासुराणां च जयाजयाय युगे युगे यः स्वशरीरमाद्यम् । सृजत्यनादिः परमेश्वरो य- स्तं यज्ञमूर्तिं प्रणतोऽस्मि नाथम् ॥ ५.४९ ॥

Je me prosterne devant ce Seigneur dont la forme est le Yajña : le Souverain suprême sans commencement, qui, d’âge en âge, fait surgir son corps primordial pour la victoire et la défaite des dieux et des asuras.

Verse 50

दधार मायामयमुग्रतेजा जयाय चक्रं त्वमलांशुशुभ्रम् । गदासिशार्ङ्गादिचतुर्भुजोऽयं तं यज्ञमूर्तिं प्रणतोऽस्मि नित्यम् ॥ ५.५० ॥

Doué d’un éclat redoutable, tu portas le disque pour la victoire—pur, brillant de rayons sans tache. Cet Être aux quatre bras tient la massue, l’épée, l’arc Śārṅga et d’autres armes ; devant cette incarnation du sacrifice (yajñamūrti), je me prosterne toujours.

Verse 51

क्वचित् सहस्रं शिरसां दधार क्वचिन्महापर्वततुल्यकायम् । क्वचित् स एव त्रसरेणुतुल्यो यस्तं सदा यज्ञनरं नमामि ॥ ५.५१ ॥

Tantôt il porta mille têtes; tantôt son corps fut comparable à une grande montagne. Tantôt ce même Être fut aussi infime qu’un grain de poussière. Je me prosterne sans cesse devant la Personne du sacrifice (yajña-nara).

Verse 52

चतुर्मुखो यः सृजते समग्रं रथाङ्गपाणिः प्रतिपालनाय । क्षयाय कालानलसन्निभो य-स्तं यज्ञमूर्तिं प्रणतोऽस्मि नित्यम् ॥ ५.५२ ॥

Je me prosterne sans cesse devant Yajñamūrti, la forme incarnée du sacrifice : lui qui, en tant que l’Être aux quatre visages, engendre la création entière; lui qui, tenant le disque en main, la protège; et lui qui, semblable au feu du Temps, en accomplit la dissolution.

Verse 53

संसारचक्रक्रमणक्रियायै य इज्यते सर्वगतः पुराणः । यो योगिभिर्ध्यायते चाप्रमेयस् तं यज्ञमूर्तिं प्रणतोऽस्मि नित्यम् ॥ ५.५३ ॥

Je me prosterne sans cesse devant cette Yajñamūrti : l’Ancien, l’Omniprésent, l’Incommensurable, adoré comme le principe agissant qui fait tourner la roue du samsara, et médité par les yogins.

Verse 54

सम्यङ्मनस्यर्पितवानहं ते यदा सुदृश्यं स्वतनौ नु तत्त्वम् । न चान्यदस्तॊति मतिः स्थिरा मे यतस्ततो मावतु शुद्धभावम् ॥ ५.५४ ॥

Lorsque j’ai véritablement offert mon esprit à Toi, alors le principe du Réel est devenu clairement visible dans mon propre corps. Et mon intelligence s’est affermie : il n’y a rien d’autre. Aussi, de toutes parts, que cette compréhension protège ma disposition purifiée.

Verse 55

इतीरितस्तस्य हुताशनार्चिः प्रख्यं तु तेजः पुरतो बभूव । तस्मिन् स राजा प्रविवेश बुद्धिं कृत्वा लयं प्राप्तवान् यज्ञमूर्तौ ॥ ५.५५ ॥

Ainsi interpellé, devant lui se manifesta une splendeur renommée, telle une flamme de feu. Dans cette présence lumineuse le roi entra, l’esprit fixé, et atteignit la dissolution —la fusion ultime— en Yajñamūrti, la forme incarnée du sacrifice.

Frequently Asked Questions

The text frames liberation as compatible with action when action is performed without possessive appropriation and is ‘deposited’ in Nārāyaṇa (nārāyaṇe nyasya). Knowledge functions as the root-level correction—removing the ‘I’-claim (ahaṃ-śabda/ahaṃkāra) that generates binding consequences—so karma becomes non-binding when integrated with this orientation.

No explicit tithi, nakṣatra, or month is specified. The narrative mentions daily-regimen markers: the Brahmin Saṃyamana bathes in the morning (prātaḥ-snānī) and is devoted to the three daily rites (triṣavaṇa). A single ‘one day’ (ekasmin divase) episode is used to situate the exemplum.

Environmental concern appears indirectly through the Dharmāraṇya–Bhāgīrathī setting and the ethical confrontation over hunting. The text recasts harm and agency through a metaphysical lens (critiquing egoic authorship), yet it still foregrounds restraint and reflection on ‘jīvaghāta’ (killing of living beings). For digital stewardship themes, the chapter can be read as regulating human conduct in forest–river ecologies by linking ethical action to non-possessive, non-exploitative intention.

The chapter references Kapila; Bṛhaspati (devaguru); Raibhya (identified as a Brahmaputra and as Āṅgirasa); King Vasu (a learned donor-king); Cākṣuṣa Manu as a genealogical/chronological marker; and the king Aśvaśiras with his son Sthūlaśiras (installed as successor). It also includes the exemplum figures Saṃyamana (a Vedic practitioner) and Niṣṭhuraka (a hunter) to stage doctrinal instruction.