Adhyaya 2
Varaha PuranaAdhyaya 278 Shlokas

Adhyaya 2: Cosmogony and the Ninefold Creation: Rudra’s Origin and the Prelude to the Sāvitrī–Veda Narrative

Ādisarga-prakriyā, Nava-sarga-vibhāgaḥ, Rudrasargaḥ, ca Veda-sāvitrī-ākhyāna-prastāvaḥ

Cosmology–Genealogy (Sarga/Pratisarga) with Didactic Discourse on Knowledge Transmission

Dans ce chapitre, Varāha répond à l’interrogation de Pṛthivī et énonce les cinq marques d’un Purāṇa : sarga, pratisarga, vaṃśa, manvantara et vaṃśānucarita. Il décrit l’ādisarga : l’émergence de buddhi et des guṇa, la différenciation des éléments, l’œuf cosmique, et l’appellation de Nārāyaṇa issue des eaux (nārāḥ). Le récit suit ensuite les séquences créatrices de Brahmā, dont la naissance de Rudra provenant de la colère de Brahmā, et la classification des créations selon un schéma en neuf sarga, avec la distinction prākṛta/vaikṛta. Les ṛṣi et les Prajāpati apparaissent, ainsi que la lignée de Dakṣa. Pṛthivī demandant comment la création s’étend, Varāha introduit le cadre des yuga et rapporte l’épisode de la rencontre de Nārada à Śvetadvīpa avec Sāvitrī, qui expose les Veda comme des principes divins incarnés et restitue un savoir perdu, reliant l’ordre cosmique à la sauvegarde de l’intelligibilité de la Terre.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivī

Key Concepts

pañcalakṣaṇa of Purāṇa (sarga, pratisarga, vaṃśa, manvantara, vaṃśānucarita)ādisarga and guṇa-traya (sattva, rajas, tamas)mahān/buddhi and tattva-evolutionpañcavidha avidyā (tamas, moha, mahāmoha, tāmisra, andhasaṃjñā)nava-sarga taxonomy (prākṛta and vaikṛta creations; mukhya, tiryak-srotas, ūrdhva-srotas, arvāk-srotas, anugraha, kaumāra)Rudrasarga and eleven RudrasSvāyambhuva Manu and early royal genealogy (Priyavrata, Uttānapāda)knowledge-loss and restoration (Sāvitrī as ‘mātā’ of the Vedas)early ecological-ethical framing: Earth (Pṛthivī) as bhūta-dhātrī and the maintenance of cosmic-terrestrial balance through orderly creation

Shlokas in Adhyaya 2

Verse 1

सूत उवाच । ततस्तुष्टो हरिर्भक्त्या धरण्यात्मशरीरगाम् । मायां प्रकाश्य तेनैव स्थितो वाराहमूर्त्तिना ॥ २.१ ॥

Sūta dit : Alors Hari, satisfait par la dévotion, manifesta sa māyā à l’égard de la Terre—dont le corps est le sien même—et, par cette puissance, demeura manifesté sous la forme de Varāha.

Verse 2

जगाद किं ते सुश्रोणि प्रश्नमेनं सुदुर्लभम् । कथयामि पुराणस्य विषयं सर्वशास्त्रतः ॥ २.२ ॥

Il dit : « Qu’est-ce donc, ô toi aux belles hanches, que cette question si extrêmement rare ? J’exposerai le sujet du Purāṇa en accord avec tous les śāstras. »

Verse 3

पुराणानां हि सर्वेषामयं साधारणः स्मृतः । श्लोकं धराणि निश्चित्य निःशेषं त्वं पुनः श्रृणु ॥ २.३ ॥

Car, parmi tous les Purāṇa, ceci est tenu en mémoire comme un principe commun. Ainsi, ô Terre, après avoir établi le sens de ce śloka, écoute encore—entièrement, sans rien omettre.

Verse 4

श्रीवराह उवाच । सर्गश्च प्रतिसर्गश्च वंशो मन्वन्तराणि च । वंशानुचरितं चैव पुराणं पञ्चलक्षणम् ॥ २.४ ॥

Śrī Varāha dit : «La création (sarga), la recréation (pratisarga), les lignées (vaṃśa), les cycles des Manu (manvantara) et les récits qui suivent ces lignées (vaṃśānucarita) : en vérité, un Purāṇa se caractérise par ces cinq marques.»

Verse 5

आदिसर्गमहं तावत् कथयामि वरानने । यस्मादारभ्य देवानां राज्ञां चरितमेव च । ज्ञायते चतुरंशश्च परमात्मा सनातनः ॥ २.५ ॥

«Je vais maintenant exposer la création primordiale (ādi-sarga), ô toi au beau visage ; à partir de ce commencement, on comprend les hauts faits des dieux et les récits des rois ; et ainsi l’éternel Paramātman est connu sous quatre aspects.»

Verse 6

आदावहं व्योम महत् ततोऽणुं—रेकैव मत्तः प्रबभूव बुद्धिः । त्रिधा तु सा सत्त्व-रजस्-तमोभिः पृथक्पृथक्तत्त्व-रूपैरुपेता ॥ २.६ ॥

«Au commencement, Je fus l’immense étendue de l’espace (vyoma) ; ensuite vint le Grand Principe (mahat), puis l’atome (aṇu). De Moi seul surgit une unique buddhi (intellect). Mais cette buddhi est triple, pourvue de sattva, rajas et tamas, chacun prenant une forme distincte comme principe (tattva).»

Verse 7

तस्मिंस्त्रिकेऽहं तमसो महान् स सदोच्यते सर्वविदां प्रधानः । उतस्मादपि क्षेत्रविदूर्जितोऽभूद् बभूव बुद्धिस्तु ततो बभूव ॥ २.७ ॥

«Au sein de cette triade, on m’appelle le Grand (Mahān) issu de l’obscurité (tamas) ; on me nomme aussi le Réel (sat), le premier parmi tous les connaisseurs. De là, en outre, surgit le connaisseur du champ (kṣetrajña), pourvu d’énergie ; puis la buddhi (intellect) vint à l’existence.»

Verse 8

तस्मात्तु तेभ्यः श्रवणादिहेतवस् ततोऽक्षमाला जगतो व्यवस्थिताः । भूतैर्गतैरेव च पिण्डमूर्तिर् मया भद्रे विहिता त्वात्मनैव ॥ २.८ ॥

Ainsi, de ces principes naissent les causes de l’ouïe et des autres facultés; de là, l’agrégat du monde est établi dans l’ordre. Et la forme incarnée, composée—au fil du déploiement des éléments—fut ordonnée par Moi, ô Bienheureuse, aussi par ton propre Soi.

Verse 9

शून्यं त्वासीत् तत्र शब्दस्तु खं च तस्माद् वायुस् तत एवाऽनु तेजः । तस्माद् आपस् तत एवाऽनु देवि मया सृष्टा भवती भूतधात्री ॥ २.९ ॥

Il y eut le vide; en lui surgirent le son et l’espace. De là naquit le vent, et de celui-ci, ensuite, le feu. De là vint l’eau; puis, ô Déesse, Je te créai—toi qui portes et soutiens les êtres.

Verse 10

योगे पृथिव्या जलवत् ततोऽपि सबुद्बुदं कललं त्वण्डमेव । तस्मिन् प्रवृत्ते द्विगतेऽहमासीदापोमयश्चात्मनात्मानमादौ ॥ २.१० ॥

Lorsque la terre demeura en recueillement yogique, elle devint semblable à l’eau; puis surgit une masse visqueuse, pleine de bulles—véritablement un œuf. Quand cet œuf cosmique se mit à croître et devint double, au commencement J’existais, fait d’eaux, m’établissant Moi-même par mon propre Soi.

Verse 11

सृष्ट्वा नारास्ता अथो तत्र चाहं येन स्यान्मे नाम नारायणेतिः । कल्पे कल्पे तत्र संयामि भूयः सुप्तस्य मे नाभिजः स्याद्यथाद्यः ॥ २.११ ॥

Ayant créé les eaux (nārāḥ), J’y demeure afin que Mon nom soit « Nārāyaṇa ». À chaque kalpa, J’y recueille de nouveau la création et la résorbe; et, comme au commencement, le Né-du-Lotus (Brahmā) surgit de Mon nombril tandis que Je repose dans le sommeil yogique.

Verse 12

एवंभूतस्य मे देवि नाभिपद्मे चतुर्मुखः । उत्तस्थौ स मया प्रोक्तः प्रजाः सृज महामते ॥ २.१२ ॥

Ô Déesse, lorsque J’étais en un tel état, le Quatre-Visages se leva sur le lotus de Mon nombril. Alors Je lui dis : « Ô grand d’esprit, crée les êtres. »

Verse 13

एवमुक्त्वा तिरोभावं गतोऽहं सोऽपि चिन्तयन् । आस्ते यावज्जगद्धात्री नाध्यगच्छत किञ्चन ॥ २.१३ ॥

Ayant ainsi parlé, je me retirai et disparus à la vue; et lui aussi, plongé dans la réflexion, demeura là. Tant que Jagaddhātrī, la Soutenante du monde, subsista, il ne parvint à aucune conclusion.

Verse 14

तावत् तस्य महारोषो ब्रह्मणोऽव्यक्तजन्मनः। सम्भूय तेन बालः स्यादङ्के रोषात्मसम्भवः॥ २.१४ ॥

Alors, la grande colère de Brahmā—dont l’origine est non manifestée—se rassembla et prit forme; et de là naquit un enfant, assis sur ses genoux, issu de l’essence même de la colère.

Verse 15

यो रुदन् वारितस्तेन ब्रह्मणाऽव्यक्तमूर्त्तिना । ब्रवीति नाम मे देहि तस्य रुद्रेति सो ददौ ॥ २.१५ ॥

Comme il pleurait, il fut retenu par ce Brahmā à la forme non manifestée. Il dit : «Donne-moi un nom.» Alors Brahmā lui donna le nom de «Rudra».

Verse 16

सोऽपि तेन सृजस्वेति प्रोक्तो लोकमिमं शुभे । अशक्तः सोऽथ सलिले ममज्ज तपसे धृतः ॥ २.१६ ॥

Ô bienheureuse, on lui dit aussi : «Crée ce monde.» Mais, impuissant, il plongea dans les eaux, demeurant ferme dans l’austérité (tapas).

Verse 17

तस्मिन् सलिलमग्ने तु पुनरन्यं प्रजापतिम् । ब्रह्मा ससर्ज भूतेषु दक्षिणाङ्गुष्ठतो वरम् ॥ वामे चैव तथाङ्गुष्ठे तस्य पत्नीमथासृजत् ॥ २.१७ ॥

Lorsque (le monde) fut submergé dans ces eaux, Brahmā engendra de nouveau un autre Prajāpati parmi les êtres : de son pouce droit il produisit l’excellent; et de même, de son pouce gauche il créa son épouse.

Verse 18

स तस्यां जनयामास मनुं स्वायम्भुवं प्रभुः । तस्मात् संभाविता सृष्टिः प्रजानां ब्रह्मणा पुरा ॥ २.१८ ॥

Alors le Seigneur fit naître en elle Svāyambhuva Manu ; de lui, jadis, Brahmā mit en mouvement la génération des êtres créés.

Verse 19

धरण्युवाच । विस्तरेण ममाचक्ष्व आदिसर्गं सुरेश्वर । ब्रह्मा नारायणाख्योऽयं कल्पादौ चाभवद् यथा ॥ २.१९ ॥

Dharāṇī (la Terre) dit : «Explique-moi en détail, ô Seigneur des dieux, la création primordiale : comment, au commencement d’un kalpa, ce Brahmā fut connu sous le nom de Nārāyaṇa.»

Verse 20

श्रीभगवानुवाच । ससर्ज सर्वभूतानि यथा नारायणात्मकः । कथ्यमानं मया देवि तदशेषं क्षिते शृणु ॥ २.२० ॥

Le Seigneur Bienheureux dit : «Il engendra tous les êtres selon le principe dont l’essence est Nārāyaṇa. Ô Déesse, ô Kṣiti (Terre), écoute en entier ce que je vais exposer.»

Verse 21

गतकल्पावसाने तु निशि सुप्तोत्थितः शुभे । सत्त्वोद्रिक्तस्तथा ब्रह्मा शून्यं लोकमवैक्षत ॥ २.२१ ॥

À la fin du kalpa précédent, ô bienheureuse, Brahmā—réveillé du sommeil dans la nuit et dominé par la qualité de sattva—vit le monde comme vide.

Verse 22

नारायणः परोऽचिन्त्यः पराणामपि पूर्वजः । ब्रह्मस्वरूपी भगवाननादिः सर्वसम्भवः ॥ २.२२ ॥

Nārāyaṇa est suprême et inconcevable, géniteur même des êtres les plus élevés ; le Seigneur Bienheureux, dont la nature est Brahman, sans commencement, est la source d’où tout procède.

Verse 23

इदं चोदाहरन्त्यत्र श्लोकं नारायणं प्रति । ब्रह्मस्वरूपिणं देवं जगतः प्रभवाप्ययम् ॥ २.२३ ॥

Ici encore, on cite ce śloka adressé à Nārāyaṇa : «le Dieu dont la nature est Brahman, source et résorption du monde».

Verse 24

आपो नाराः इति प्रोक्ताः आपो वै नरसूनवः । अयनं तस्य ताः पूर्वं तेन नारायणः स्मृतः ॥ २.२४ ॥

«Les eaux sont appelées “nārā” ; en vérité, on dit que les eaux sont la descendance de Nara. Jadis, elles furent sa “demeure” (ayana) ; c’est pourquoi on se souvient de lui comme Nārāyaṇa.»

Verse 25

सृष्टिं चिन्तयतस्तस्य कल्पादिषु यथा पुरा । अबुद्धिपूर्वकस्तस्य प्रादुर्भूतस्तमोमयः ॥ २.२५ ॥

Tandis qu’il méditait la création—comme jadis, aux commencements des kalpa—avant l’éveil d’un discernement clair, surgit en lui un état fait d’obscurité (dominé par tamas).

Verse 26

तमो मोहो महामोहस्तामिस्त्रो ह्यन्धसंज्ञितः । अविद्या पञ्चपर्वैषा प्रादुर्भूता महात्मनः ॥ २.२६ ॥

Ténèbres (tamas), égarement (moha), grand égarement (mahāmoha) et l’état nommé tāmisra, aussi appelé andhasa : cette ignorance (avidyā) aux cinq articulations se manifesta du Grand-Âme.

Verse 27

पञ्चधावस्थितः सर्गो ध्यायतोऽप्रतिबोधवान् । बहिरन्तोऽप्रकाशश्च संवृतात्मा नगात्मकोः । स मुख्यसर्गो विज्ञेयः सर्गविद्भिर्विचक्षणैः ॥ २.२७ ॥

La création est établie en cinq modalités : comme celle de qui médite sans cognition manifeste ; sans lumière au dehors ni au dedans ; la nature propre voilée ; et marquée par l’inertie. Les sages connaisseurs du sarga doivent comprendre qu’il s’agit de la création première, fondamentale.

Verse 28

पुनरन्यदभूत् तस्य ध्यायतः सर्गमुत्तमम्। तिर्यक्स्रोतस्तु वै यस्मात् तिर्यक्स्रोतस्तु वै स्मृतः॥ २.२८ ॥

Ensuite, tandis qu’il méditait sur l’acte excellent de la création, une autre catégorie vint à l’existence. Comme son courant (srotas) s’écoule horizontalement, on s’en souvient donc sous le nom de « tiryak-srotas », l’ordre des êtres au flux horizontal.

Verse 29

पश्वादयस्ते विख्याता उत्पथग्राहिणस्तु ते। तमप्यसाधकं मत्वा तिर्यक्स्रोतं चतुर्मुखः॥ २.२९ ॥

Les êtres commençant par les animaux sont bien connus ; ce sont bien ceux qui empruntent des voies déviées. Jugeant cet état non propice à l’accomplissement, le Quatre-Visages (Brahmā) le classa comme « tiryak-srotas », l’ordre au courant horizontal.

Verse 30

ऊर्ध्वस्रोतस्त्रिधा यस्तु सात्त्विको धर्मवर्तनः । ततोऽर्ध्वचारीणो देवाः सर्वगर्भसमुद्भवाः ॥ २.३० ॥

Mais la classe dite « courant ascendant » (ūrdhva-srotas), en triple division, sāttvique et avançant selon le dharma : de là naissent les dieux qui se meuvent vers le haut, issus de toute matrice, c’est-à-dire de tous les modes de gestation.

Verse 31

ते सुखप्रीतिवहुला बहिरन्तस्त्वनावृताः । तस्मिन् सर्गेऽभवत् प्रीतिर्निष्पद्यन्ते प्रजास्तदा ॥ २.३० ॥

Ils étaient riches en bien-être et en contentement, sans obstacle au-dehors ni au-dedans. Dans cette phase de la création, la joie surgit, et alors les créatures se manifestèrent.

Verse 32

तदा सृष्ट्वाऽन्यसर्गं तु तदा दध्यौ प्रजापतिः । असाधकांस्तु तान् मत्वा मुख्यसर्गादिसंभवान् ॥ २.३१ ॥

Alors, après avoir produit une autre création (secondaire), Prajāpati réfléchit. Considérant ces êtres—issus de la création principale et de ses premiers stades—comme inefficaces, non adaptés au but visé, il délibéra davantage.

Verse 33

ततः स चिन्तयामास अर्वाक्स्रोतस्तु स प्रभुः । अर्वाक्स्रोतसि चोत्पन्ना मनुष्याः साधका मताः ॥ २.३२ ॥

Alors le Seigneur réfléchit à l’« arvāksrotas », le courant ou état qui s’écoule vers le bas. Les êtres humains nés dans l’arvāksrotas sont tenus pour des sādhakas (pratiquants, aspirants).

Verse 34

ते च प्रकाशबहुलास्तमोद्रिक्ता रजोधिकाः । तस्मात् तु दुःखः बहुला भूयोभूयश्च कारिणः ॥ २.३३ ॥

Et ces conditions sont riches en lumière, mais mêlées d’obscurité et dominées par rajas ; c’est pourquoi elles engendrent une grande souffrance, encore et encore.

Verse 35

इत्येते कथिताः सर्गाः षडेते सुभगे तव । प्रथमो महतः सर्गस्तन्मात्राणि द्वितीयकः ॥ २.३४ ॥

Ainsi, ô bienheureuse, ces six émanations (sargas) t’ont été exposées. La première est l’émanation commençant par Mahat (le Grand Principe), et la seconde est celle des éléments subtils (tanmātras).

Verse 36

वैकारिकस्तृतीयस्तु सर्गश्चैन्द्रियकः स्मृतः । इत्येष प्राकृतः सर्गः सम्भूतो बुद्धिपूर्वकः ॥ २.३५ ॥

La troisième création est connue comme vaikārika, et l’on s’en souvient aussi comme aindriyaka, la création fondée sur les sens. Ainsi, cette création primordiale (prākṛta) se manifeste avec buddhi (l’intellect) comme principe antécédent.

Verse 37

मुख्यसर्गश्चतुर्थस्तु मुख्याः वै स्थावराः स्मृताः । तिर्यक्स्रोतश्च यः प्रोक्तस्तैऱ्यक्स्रोतः स उच्यते ॥ २.३६ ॥

La quatrième création est dite la création principale ; en vérité, les êtres immobiles (plantes et formes de vie fixes) sont rappelés comme « principaux ». Et le courant de création décrit comme s’écoulant « horizontalement » est appelé tairyaksrota, le courant transversal.

Verse 38

तथोर्ध्वस्रोतसां श्रेष्ठः सप्तमः स तु मानवः । अष्टमोऽनुग्रहः सर्गः सात्त्विकस्तामसश्च सः ॥ २.३७ ॥

Ainsi, parmi les êtres au « courant ascendant » (ūrdhva-srotas), le septième—et véritablement le plus éminent—est l’être humain. La huitième création est la création d’« anugraha » (grâce/faveur bienfaisante) ; elle est dite à la fois sāttvika et tāmasa.

Verse 39

पञ्चैते वैकृताः सर्गाः प्राकृतास्तु त्रयः स्मृताः । प्राकृतो वैकृतश्चैव कौमारो नवमः स्मृतः ॥ २.३८ ॥

Ces cinq créations sont tenues en mémoire comme des créations « vaikṛta » (modifiées), tandis que trois sont tenues pour des créations « prākṛta » (primordiales). De plus, le prākṛta et le vaikṛta (pris ensemble), ainsi que la création « Kaumāra », sont rappelés comme la neuvième.

Verse 40

इत्येते वै समाख्याता नव सर्गाः प्रजापतेः । प्राकृताः वैकृताश्चैव जगतो मूलहेतवः ॥ इत्येते कथिताः सर्गाः किमन्यच्छ्रोतुमिच्छसि ॥ २.३९ ॥

Ainsi ont été exposées ces neuf créations de Prajāpati—les prākṛta comme les vaikṛta—en tant que causes fondamentales du monde. Ainsi ces créations ont été décrites ; que désires-tu entendre encore ?

Verse 41

धरण्युवाच । नवधा सृष्टिरुत्पन्ना ब्रह्मणोऽव्यक्तजन्मनः । कथं सा ववृधे देव एतन्मे कथयाच्युत ॥ २.४० ॥

Dharā (la Terre) dit : « La création en neuf formes est née de Brahmā, dont l’origine est non manifestée. Comment cette création a-t-elle crû et s’est-elle déployée, ô dieu ? Dis-le-moi, ô Acyuta. »

Verse 42

श्रीवराह उवाच । प्रथमं ब्रह्मणा सृष्टा रुद्राद्यास्तु तपोधनाः । सनकादयस्ततः सृष्टा मरीच्यादय एव च ॥ २.४१ ॥

Śrī Varāha dit : « D’abord, Brahmā créa les êtres riches en ascèse (tapo-dhana), à commencer par Rudra et les autres. Ensuite furent créés Sanaka et les autres, et de même Marīci et les autres. »

Verse 43

मरीचिरत्रिश्च तथा अङ्गिराः पुलहः क्रतुः । पुलस्त्यश्च महातेजाः प्रचेता भृगुरेव च । नारदो दशमश्चैव वसिष्ठश्च महातपाः ॥ २.४२ ॥

Marīci et Atri, ainsi qu’Aṅgiras, Pulaha et Kratu; et Pulastya, d’un éclat immense; Pracetas et Bhṛgu également; Nārada comme le dixième; et Vasiṣṭha, le grand ascète.

Verse 44

सनकादयो निवृत्त्याख्ये तेन धर्मे प्रयोजिताः । प्रवृत्त्याख्ये मरीच्याद्या मुक्त्वैकं नारदं मुनिम् ॥ २.४३ ॥

Sanaka et les autres furent engagés par lui dans le dharma nommé « nivṛtti » (retrait). Marīci et les autres sages furent engagés dans le dharma nommé « pravṛtti » (activité dans le monde), à la seule exception du muni Nārada.

Verse 45

योऽसौ प्रजापतिस्त्वाद्यो दक्षिणाङ्गुष्ठसम्भवः । तस्यादौ तत्र वंशेन जगदेतच्चराचरम् ॥ २.४४ ॥

Ce Prajāpati primordial, né du pouce droit : au commencement, de lui et par cette lignée, surgit ce monde entier, fait d’êtres mobiles et immobiles.

Verse 46

देवाश्च दानवाश्चैव गन्धर्वोरगपक्षिणः । सर्वे दक्षस्य कन्यासु जाताः परमधार्मिकाः ॥ २.४५ ॥

Les dieux et les Dānavas, ainsi que les Gandharvas, les serpents et les oiseaux : tous naquirent des filles de Dakṣa, et sont dits être souverainement accordés au dharma.

Verse 47

योऽसौ रुद्रेति विख्यातः पुत्रः क्रोधसमुद्भवः । भ्रुकुटीकुटिलात् तस्य ललाटात् परमेष्ठिनः ॥ २.४६ ॥

Ce fils—connu sous le nom de « Rudra »—naquit de la colère ; du front du Parameṣṭhin (le suprême progéniteur), du sillon formé par le froncement de ses sourcils.

Verse 48

अर्द्धनारीनरवपुः प्रचण्डोऽतिभयङ्करः । विभजात्मानमित्युक्तो ब्रह्मणाऽन्तर्दधे पुनः ॥ २.४७ ॥

Ayant un corps moitié femme et moitié homme, farouche et terrifiant à l’excès—ainsi apostrophé par Brahmā : «divise-toi toi-même», il disparut de nouveau à la vue.

Verse 49

तथोक्तोऽसौ द्विधा स्त्रीत्वं पुरुषत्वं चकार सः । बिभेद पुरुषत्वं च दशधा चैकधा च सः । ततस्त्वेकादश ख्याता रुद्रा ब्रह्मसमुद्भवाः ॥ २.४८ ॥

Ainsi instruit, il se fit double : féminité et masculinité. Puis il divisa le principe masculin en dix parts, et aussi en une part unique. De là furent connus onze Rudra, issus de Brahmā.

Verse 50

अयमुद्देशतः प्रोक्तो रुद्रसर्गो मयाऽनघे । इदानीं युगमाहात्म्यं कथयामि समासतः ॥ २.४९ ॥

Ô toi sans tache, j’ai exposé sommairement cette création des Rudra. À présent, je vais dire en bref la grandeur des yuga (âges du monde).

Verse 51

कृतं त्रेता द्वापरश्च कलिश्चेति चतुर्युगम् । एतस्मिन्ये महासत्त्वा राजानो भूरिदक्षिणाः । देवासुराश्च यं चक्रुर्धर्मं कर्म च तच्छृणु ॥ २.५० ॥

« Kṛta, Tretā, Dvāpara et Kali : tels sont les quatre âges formant le caturyuga. En ce cycle, il y eut des rois à la grande âme, prodigues en dons (dakṣiṇā). Et le dharma ainsi que l’acte rituel (karma) établis par les dieux et les asura—écoute cela. »

Verse 52

आसीत् प्रथमकल्पे तु मनुः स्वायम्भुवः पुरा । तस्य पुत्रद्वयं जज्ञे अतिमानुषचेष्टितम् । प्रियव्रतोत्तानपादनामानं धर्मवत्सलम् ॥ २.५१ ॥

« Dans le premier kalpa, jadis, il y eut Manu Svāyambhuva. De lui naquirent deux fils, remarquables par des actes au-delà de la mesure humaine ordinaire—Priyavrata et Uttānapāda—tous deux attachés au dharma. »

Verse 53

तत्र प्रियव्रतो राजा महायज्वा तपोबलः । स चेष्ट्वा विविधैर्यज्ञैर्विपुलैर्भूरिदक्षिणैः ॥ २.५२ ॥

Là, le roi Priyavrata—puissant par la force de l’ascèse et renommé comme grand accomplisseur de sacrifices—ayant célébré divers yajñas, immenses et assortis d’abondantes offrandes sacerdotales (dakṣiṇā), poursuivit selon l’ordonnance rituelle.

Verse 54

सप्तद्वीपेषु संस्थाप्य भरतादीन् सुतान् निजान् । स्वयँ विशालां वरदां गत्वा तेपे महत् तपः ॥ २.५३ ॥

Après avoir établi ses propres fils—à commencer par Bharata—dans les sept continents (dvīpa), il se rendit lui-même à Viśālā, la dispensatrice de grâces, et y accomplit une grande austérité.

Verse 55

तस्मिन् स्थितस्य तपसि राज्ञो वै चक्रवर्त्तिनः । उपेयाद् नारदस्तत्र दिदृक्षुर्धर्मचारिणम् ॥ २.५४ ॥

Tandis que ce roi, souverain universel, demeurait établi dans l’austérité, Nārada vint en ce lieu, désireux de voir celui qui suivait le dharma.

Verse 56

स दृष्ट्वा नारदं व्योम्नि ज्वलद्भास्करतेजसम् । अभ्युत्थानेन राजेन्द्र उत्तस्थौ हर्षितस्तदा ॥ २.५५ ॥

Ayant vu Nārada dans le ciel, flamboyant de l’éclat du soleil ardent, le roi—ô le meilleur des rois—se leva aussitôt pour le saluer avec respect, rempli d’allégresse.

Verse 57

तस्यासनं च पाद्यं च सम्यक् तस्य निवेद्य वै । स्वागतातिभिरालापैः परस्परमवोचताम् । कथान्ते नारदं राजा पप्रच्छ ब्रह्मवादिनम् ॥ २.५६ ॥

Après lui avoir offert comme il se doit un siège et l’eau pour le lavage des pieds (pādya), et après avoir échangé des paroles de bienvenue pleines de courtoisie, au terme de l’entretien le roi interrogea Nārada, l’enseignant de la connaissance sacrée.

Verse 58

प्रियव्रत उवाच । भगवन् किञ्चिदाश्चर्यमेतस्मिन् कृतसंज्ञिते । युगे दृष्टं श्रुतं वापि तन्मे कथय नारद ॥ २.५७ ॥

Priyavrata dit : «Ô Bienheureux Seigneur, en cet âge nommé Kṛta (Satya) Yuga, si quelque merveille a été vue, ou même seulement entendue, raconte-la-moi, ô Nārada.»

Verse 59

नारद उवाच । आश्चर्यमेकं दृष्टं मे तच्छृणुष्व प्रियव्रत । ह्यस्तनेऽहनि राजेन्द्र श्वेताख्यं गतवानहम् । द्वीपं तत्र सरो दृष्टं फुल्लपङ्कजमालिनम् ॥ २.५८ ॥

Nārada dit : «J’ai vu une merveille; écoute, ô Priyavrata. Hier, ô meilleur des rois, je me rendis à l’île nommée Śveta. Là, je vis un lac orné de guirlandes de lotus en pleine floraison.»

Verse 60

सरसस्तस्य तीरे तु कुमारिं पृथुलोचनाम् । दृष्ट्वाहं विस्मयापन्नस्तां कन्यामायतॆक्षणाम् ॥ २.५९ ॥

Puis, sur la rive de ce lac, voyant une jeune fille aux larges yeux—une kumārī, vierge aux regards longs et étendus—je fus saisi d’un profond étonnement.

Verse 61

पृच्छितवानस्मि राजेन्द्र तदा मधुरभाषिणीम् । का असि भद्रे कथं वा असि किं वा कार्यमिह त्वया । कर्तव्यं चारुसर्वाङ्गि तन्ममाचक्ष्व शोभने ॥ २.६० ॥

Ô meilleur des rois, je questionnai alors cette dame au langage suave : «Qui es-tu, ô bienheureuse ? Comment te portes-tu ? Et quelle tâche dois-tu accomplir ici ? Ô belle aux membres harmonieux, dis-moi ce qui doit être fait.»

Verse 62

एवमुक्ता मया सा हि मां दृष्ट्वाऽनिमिषेक्षणा । स्मृत्वा तूष्णीं स्थिता यावत् तावन्मे ज्ञानमुत्तमम् ॥ २.६१ ॥

Ainsi interpellée par moi, elle, me regardant sans ciller, se remémora (quelque chose) et demeura silencieuse aussi longtemps que cela dura ; et durant ce temps, ma connaissance suprême demeura présente.

Verse 63

विस्मृतं सर्ववेदाश्च सर्वशास्त्राणि चैव ह । योगशास्त्राणि शिक्षाश्च वेदानां स्मृतयस्तथा ॥ २.६२ ॥

Tous les Veda ont été oubliés, et de même tous les traités; les traités de yoga et la discipline de la Śikṣā (phonétique) aussi, ainsi que les smṛti rattachées aux Veda.

Verse 64

सर्वं दृष्ट्वैव मे राजन् कुमार्यापहृतं क्षणात् । ततोऽहं विस्मयार्विष्टश्चिन्ताशोकसमन्वितः ॥ २.६३ ॥

Ô Roi, après avoir tout observé, je constatai que la jeune fille avait été enlevée en un instant. Alors je fus submergé d’étonnement, accompagné d’inquiétude et de chagrin.

Verse 65

तामेव शरणं गत्वा यावत् पश्यामि पार्थिव । तावद् दिव्यः पुमांस्तस्याः शरीरे समदृश्यत ॥ २.६४ ॥

M’étant approché d’elle seule comme d’un refuge, je l’observai, ô roi; et durant ce temps on vit se manifester dans son corps un homme rayonnant.

Verse 66

तस्यापि पांसो हृदये त्वपरस्तस्य चोरसि । अन्यो रक्तेक्षणः श्रीमान् द्वादशादित्यसन्निभः ॥ २.६५ ॥

Jusque dans son propre cœur—et de nouveau sur sa poitrine—apparut une autre figure illustre, aux yeux rouges, resplendissante comme les douze Āditya (divinités solaires).

Verse 67

एवं दृष्ट्वा पुमांसोऽत्र त्रयः कन्याशरीरगाः । क्षणेन तत्र कन्यैका न तान् पश्यामि सुव्रते ॥ २.६६ ॥

Ainsi, je vis qu’ici trois hommes étaient entrés (ou s’étaient incarnés) dans les corps de jeunes filles. Puis, en un instant, il ne resta là qu’une seule jeune fille; ô femme aux bons vœux, je ne les vois plus, eux trois.

Verse 68

ततः पृष्टा मया देवी सा कुमारी कथं मम । वेदाः नष्टा ममाचक्ष्व भद्रे तन्नाशकारणम् ॥ २.६७ ॥

Alors j’interrogeai la Déesse : «Comment se fait-il que toi, ô jeune vierge, sois liée à moi ? Dis-moi, ô bien-aimée et bénie, pourquoi mes Veda se sont perdus, et quelle est la cause de leur destruction.»

Verse 69

कन्योवाच । माता अहं सर्ववेदानां सावित्री नाम नामतः । मां न जानासि येन त्वं ततो वेदा हृतास्तव ॥ २.६८ ॥

La jeune vierge dit : «Je suis la mère de tous les Veda ; par appellation, mon nom est Sāvitrī. Parce que tu ne me reconnais pas, tes Veda t’ont été enlevés.»

Verse 70

एवमुक्ते तया राजन् विस्मयेन तपोधन । पृष्टा का एते पुरुषा एतत्कथय शोभने ॥ ६९ ॥

Lorsqu’elle eut parlé ainsi, ô Roi—ô ascète riche en austérités—, saisie d’étonnement, elle demanda : «Qui sont ces hommes ? Dis-le-moi, ô belle.»

Verse 71

कन्योवाच य एष मच्छरीरस्थः सर्वाङ्गैश्चारुलोचनः । एष ऋग्वेदनामा तु देवो नारायणः स्वयम् । वह्निभूतो दहत्याशु पापान्युच्चारणादनु ॥ २.७० ॥

La jeune vierge dit : «Celui qui demeure dans mon corps—aux beaux yeux et gracieux en tous ses membres—est le dieu Nārāyaṇa lui-même, portant le nom de “Ṛgveda”. Devenu tel un feu, il consume promptement les péchés qui surviennent à la suite de la récitation.»

Verse 72

एतस्य हृदये योऽयं दृष्ट आसीत् त्वयात्मजः । स यजुर्वेदरूपेण स्थितो ब्रह्मा महाबलः ॥ २.७१ ॥

Ce fils que tu as vu dans son cœur, c’est Brahmā, d’une grande puissance, demeurant sous la forme du Yajurveda.

Verse 73

तस्याप्युरसि संविष्टो य एष शुचिरुज्ज्वलः । स सामवेदनामा तु रुद्ररूपी व्यवस्थितः । एष आदित्यवत् पापान्याशु नाशयते स्मृतः ॥ २.७२ ॥

Celui qui siège sur sa poitrine—pur et rayonnant—demeure établi sous la forme de Rudra, portant le nom de « Sāmaveda ». Lorsqu’on s’en souvient, il détruit promptement les péchés, tel le Soleil.

Verse 74

एते त्रयो महावेदाः ब्रह्मन् देवास्त्रयः स्मृताः । एते वर्णा अकाराद्याः सवनान्यत्र वै द्विज ॥ २.७३ ॥

Ô Brahmane, ceux-ci sont tenus en mémoire comme les trois grands Veda et les trois divinités ; et ici, ô deux-fois-né, ce sont les classes phonémiques commençant par « a », avec les pressages rituels (savana).

Verse 75

एतत्सर्वं समासेन कथितं ते द्विजोत्तम । गृहीणा वेदान् शास्त्राणि सर्वज्ञत्वं च नारद ॥ २.७४ ॥

Tout cela t’a été exposé en bref, ô le meilleur des deux-fois-nés. Reçois les Veda et les śāstra, ainsi que l’omniscience, ô Nārada.

Verse 76

एतस्मिन् वेदसरसि स्नानं कुरु महाव्रत । क्रीते स्नानेऽन्यजन्मीयं येन स्मरसि सत्तम ॥ २.७५ ॥

«Dans ce lac Vedasāra, ô observant du grand vœu, accomplis un bain sacré. Quand le bain sera achevé, par sa vertu, ô le meilleur des bons, tu te souviendras de ce qui appartient à une autre naissance (souvenirs d’une vie antérieure).»

Verse 77

एवमुक्त्वा तिरोभावं गता कन्या नराधिप । अहं तत्र कृतस्नानस् त्वां दिदृक्षुरिहागतः ॥ २.७६ ॥

Après avoir ainsi parlé, la jeune fille disparut, ô seigneur des hommes. Après m’être baigné là-bas, je suis venu ici, désireux de te voir.

Verse 78

एवमुक्ते तया राजन् विस्मयेन तपोधन । पृष्टा का एते पुरुषा एतत्कथय शोभने ॥

Lorsqu’elle eut ainsi parlé, ô Roi, l’ascète riche en austérités, saisi d’étonnement, demanda : «Qui sont ces hommes ? Explique-moi cela, ô belle.»

Frequently Asked Questions

The text foregrounds a cosmological pedagogy: correct knowledge of creation (sarga) and its ordered taxonomies is presented as foundational to understanding dharma and sustaining the intelligibility of the world. By casting Pṛthivī as ‘bhūta-dhātrī’ and by linking knowledge-loss/restoration (through Sāvitrī and the Vedas) to cosmic order, the chapter implicitly treats the maintenance of terrestrial balance as dependent on disciplined cognition, lineage memory, and orderly social-cosmic roles.

The chapter uses cosmological chronology rather than ritual calendrics: it references kalpa transitions (end of a prior kalpa and awakening at the start of a new cycle), and it introduces the caturyuga sequence (kṛta, tretā, dvāpara, kali). No tithi, nakṣatra, māsa, or seasonal observances are specified in the provided passage.

Environmental balance is encoded through cosmogony: Pṛthivī is explicitly described as bhūta-dhātrī (support of beings), and creation proceeds through graded differentiation (elements, guṇas, and sarga classes). The narrative’s emphasis on ordered emergence (rather than chaos) frames ‘Earth-sustenance’ as a function of correct cosmic sequencing and knowledge continuity—reinforced by the Śvetadvīpa episode where Vedic knowledge is lost and restored, symbolizing the recovery of an ordering principle that stabilizes worldly life.

The text references Svāyambhuva Manu and early royal figures Priyavrata and Uttānapāda, situating cosmogony alongside genealogy. It lists major sages/Prajāpatis (Sanaka and related Kumāras; Marīci, Atri, Aṅgiras, Pulaha, Kratu, Pulastya, Pracetā, Bhṛgu, Nārada, Vasiṣṭha) and introduces Dakṣa as a progenitor whose daughters generate classes of beings (devas, dānavas, gandharvas, uragas, and birds). Rudra is described as arising from Brahmā’s anger and differentiated into multiple forms (eleven Rudras).