
La Brahmavidyā Upaniṣad, rattachée à l’Atharvaveda, est généralement classée parmi les Upaniṣad tardives qui présentent la brahma-vidyā comme savoir libérateur. Son enjeu principal est d’établir que la délivrance (mokṣa) procède de la reconnaissance immédiate de la non-différence entre Ātman et Brahman, plutôt que de l’accomplissement rituel pris comme fin ultime. Dans la continuité de l’intuition upaniṣadique, le texte réoriente la puissance védique vers l’intériorité par le discernement (viveka), le détachement (vairāgya) et la contemplation. L’asservissement est expliqué comme effet de l’avidyā : l’identification erronée du Soi au corps-esprit. La libération consiste à reconnaître l’Ātman comme conscience-témoin, identique à travers veille, rêve et sommeil profond. La notion de Brahman nirguṇa est mise en avant : au-delà des noms et des formes, tout en étant le fondement lumineux de l’expérience. Le texte souligne aussi la transmission maître-disciple et la méthode śravaṇa–manana–nididhyāsana (écoute, réflexion, méditation), ainsi que l’idéal du saṃnyāsa compris comme renoncement intérieur. Éthique, maîtrise des sens et stabilité mentale sont présentées comme conditions de maturation du savoir en réalisation.
Start Reading- Brahmavidyā as liberating knowledge: realization of Ātman = Brahman
- Avidyā (ignorance) as the root of bondage; jñāna (knowledge) as immediate means to mokṣa
- Nirguṇa Brahman: the Self beyond name
form
and qualities
yet the witness of all states
- Viveka and vairāgya: discernment and dispassion as prerequisites for stable realization
- Saṃnyāsa/inner renunciation: relinquishing egoic ownership and ritualism as final ends
- Yogic interiorization: sense-withdrawal
meditation
and mental steadiness supporting insight
- Ethical foundations: truthfulness
non-harming
simplicity
and equanimity as supports for knowledge
- The world as nāma-rūpa (name-form) appearing in consciousness; the Self as substratum
- Guru–śiṣya transmission: knowledge ripens through instruction
reflection
and contemplation
110 verses with Sanskrit text, transliteration, and translation.
Verse 1
अथ ब्रह्मविद्योपनिषदुच्यते ॥ प्रसादाद् ब्रह्मणस् तस्य विष्णोर् अद्भुतकर्मणः । रहस्यं ब्रह्मविद्याया ध्रुवाग्निं सम्प्रचक्षते ॥१॥
À présent est proclamée l’Upaniṣad de la Brahmavidyā. Par la grâce de ce Brahman—de Viṣṇu aux actes merveilleux—les sages exposent le secret de la Brahmavidyā comme le « feu immuable » (dhruvāgni).
Brahmavidyā (knowledge of Brahman) as a revealed ‘rahasya’ and inner transformative principleVerse 2
ॐ इत्येकाक्षरं ब्रह्म यदुक्तं ब्रह्मवादिभिः । शरीरं तस्य वक्ष्यामि स्थानं कालत्रयं तथा ॥२॥
« Oṃ », l’unique syllabe, est Brahman, ainsi que l’ont enseigné les exposants de Brahman. Je dirai son corps, son lieu de demeure, et aussi la triade du temps : passé, présent et futur.
Praṇava (Oṃ) as Brahman; sound-symbol (śabda-pratīka) for the AbsoluteVerse 3
तत्र देवास्त्रयः प्रोक्ता लोका वेदास्त्रयोऽग्नयः । तिस्रो मात्रार्धमात्रा च त्र्यक्षरस्य शिवस्य तु ॥३॥
En cela sont énoncées trois divinités ; ainsi que les mondes, les trois Veda et les feux sacrificiels. Il y a trois mātrā et la demi-mātrā, en vérité, du Śiva aux trois syllabes.
Triadic correspondences of Oṃ; mātrā/ardhamātrā doctrine pointing beyond the threefold to the transcendentVerse 4
ऋग्वेदो गार्हपत्यं च पृथिवी ब्रह्म एव च । आकारस्य शरीरं तु व्याख्यातं ब्रह्मवादिभिः ॥४॥
Le Ṛgveda, le feu Gārhapatya, la terre, et aussi Brahmā : les exposants de Brahman enseignent que tels sont le « corps » du son « A ».
Pratīka-upāsanā: mapping the ‘A’ (ākāra) to cosmic/ritual correspondencesVerse 5
यजुर्वेदोऽन्तरिक्षं च दक्षिणाग्निस् तथैव च । विष्णुश् च भगवान् देव उकारः परिकीर्तितः ॥५॥
Le Yajurveda, l’espace intermédiaire (l’atmosphère) et de même le feu Dakṣiṇāgni ; et Viṣṇu, le Seigneur Bienheureux, le dieu : tout cela est proclamé comme le son « U ».
Pratīka-upāsanā: ‘U’ (ukāra) as sustaining/mediating principle mapped to cosmic and ritual domainsVerse 6
सामवेदस्तथा द्यौश्चाहवनीयस्तथैव च । ईश्वरः परमो देवो मकारः परिकीर्तितः ॥६॥
Le Sāma-Véda, de même que le ciel (dyu), et de même le feu sacrificiel āhavanīya : la syllabe « ma » est proclamée comme le Seigneur, la Divinité suprême.
Brahman/Īśvara as Praṇava (Oṁ)Verse 7
सूर्यमण्डलमध्येऽथ ह्यकारः शङ्खमध्यगः । उकारश्चन्द्रसंकाशस्तस्य मध्ये व्यवस्थितः ॥ मकारस्त्वग्निसंकाशो विधूमो विद्युतोपमः । तिस्रो मात्रास्तथा ज्ञेया सोमसूर्याग्निरूपिणः ॥७-८॥
Puis, au cœur de l’orbe solaire, la syllabe « a » est comme placée au milieu d’une conque. La syllabe « u », brillante comme la lune, s’établit en son centre. La syllabe « m » resplendit comme le feu, sans fumée, semblable à l’éclair. Ainsi, les trois mesures (mātrā) doivent être connues comme les formes de Soma (lune), du Soleil et du Feu.
Praṇava-upāsanā; saguṇa Brahman symbolismVerse 8
सूर्यमण्डलमध्येऽथ ह्यकारः शङ्खमध्यगः । उकारश्चन्द्रसंकाशस्तस्य मध्ये व्यवस्थितः ॥ मकारस्त्वग्निसंकाशो विधूमो विद्युतोपमः । तिस्रो मात्रास्तथा ज्ञेया सोमसूर्याग्निरूपिणः ॥७-८॥
Puis, au cœur de l’orbe solaire, la syllabe « a » est comme placée au milieu d’une conque. La syllabe « u », brillante comme la lune, s’établit en son centre. La syllabe « m » resplendit comme le feu, sans fumée, semblable à l’éclair. Ainsi, les trois mesures (mātrā) doivent être connues comme les formes de Soma (lune), du Soleil et du Feu.
Praṇava-upāsanā; triadic manifestation within OṁVerse 9
शिखा तु दीपसंकाशा तस्मिन्नुपरि वर्तते । अर्धमात्रा तथा ज्ञेया प्रणवस्योपरि स्थिता ॥९॥
Une flamme (śikhā), semblable à la lumière d’une lampe, se meut au-dessus de cela ; elle doit être connue comme la demi-mesure (ardhamātrā), située au-dessus du praṇava.
Turīya/ardhamātrā; transcendence beyond soundVerse 10
पद्मसूत्रनिभा सूक्ष्मा शिखा सा दृश्यते परा । सा नाडी सूर्यसंकाशा सूर्यं भित्त्वा तथापरा ॥ द्विसप्ततिसहस्राणि नाडीं भित्त्वा च मूर्धनि । वरदः सर्वभूतानां सर्वं व्याप्यावतिष्ठति ॥१०-११॥
Cette flamme suprême est perçue, subtile comme un fil de fibre de lotus. Ce nāḍī, resplendissant comme le soleil, ayant percé le soleil, se tient pareillement au-delà. Ayant traversé les soixante-douze mille nāḍīs et (atteint) le sommet de la tête, le Donateur de grâces à tous les êtres, qui pénètre tout, demeure.
Nāḍī/inner light (jyotis) leading to realization of the all-pervading BrahmanVerse 11
पद्मसूत्रनिभा सूक्ष्मा शिखा सा दृश्यते परा । सा नाडी सूर्यसंकाशा सूर्यं भित्त्वा तथापरा ॥ द्विसप्ततिसहस्राणि नाडीं भित्त्वा च मूर्धनि । वरदः सर्वभूतानां सर्वं व्याप्यावतिष्ठति ॥१०–११॥
On voit une flamme suprême et subtile (śikhā), semblable à un fil de fibre de lotus. Cette nāḍī, éclatante comme le soleil, ayant percé le soleil, demeure elle aussi au-delà. Ayant traversé les soixante-douze mille nāḍīs et atteint le sommet de la tête, le Donateur de grâces à tous les êtres, qui pénètre tout, demeure établi.
Brahman/Ātman realization through suṣumṇā and ascent to the crown (mūrdhan)Verse 12
कांस्यघण्टानिनादस्तु यथा लीयति शान्तये । ओङ्कारस्तु तथा योज्यः शान्तये सर्वमिच्छता ॥ यस्मिन्विलीयते शब्दस्तत्परं ब्रह्म गीयते । धियं हि लीयते ब्रह्म सोऽमृतत्वाय कल्पते ॥१२–१३॥
De même que la résonance d’une cloche de bronze s’éteint dans le silence, ainsi l’Oṅkāra doit être pratiqué par celui qui désire la paix totale. Ce en quoi le son se résorbe est chanté comme le Brahman suprême ; en vérité, lorsque l’esprit se résout en Brahman, on devient apte à l’immortalité.
Oṃ (Praṇava) as upāsanā leading to mind-dissolution (laya) in Brahman and amṛtatvaVerse 13
कांस्यघण्टानिनादस्तु यथा लीयति शान्तये । ओङ्कारस्तु तथा योज्यः शान्तये सर्वमिच्छता ॥ यस्मिन्विलीयते शब्दस्तत्परं ब्रह्म गीयते । धियं हि लीयते ब्रह्म सोऽमृतत्वाय कल्पते ॥१२–१३॥
De même que la résonance d’une cloche de bronze s’éteint dans le silence, ainsi l’Oṅkāra doit être pratiqué par celui qui désire la paix totale. Ce en quoi le son se résorbe est chanté comme le Brahman suprême ; en vérité, lorsque l’esprit se résout en Brahman, on devient apte à l’immortalité.
Praṇava-upāsanā; laya of sound and mind into BrahmanVerse 14
वायुः प्राणस्तथाकाशस्त्रिविधो जीवसंज्ञकः । स जीवः प्राण इत्युक्तो वालाग्रशतकल्पितः ॥१४॥
L’air, le prāṇa et l’espace : cette triade est désignée comme le jīva. Ce jīva est dit être le prāṇa, conçu aussi subtil que le centième de la pointe d’un cheveu.
Jīva as subtle principle (prāṇa) within the subtle body; sūkṣmatva of the individual self’s empirical locusVerse 15
नाभिस्थाने स्थितं विश्वं शुद्धतत्त्वं सुनिर्मलम् । आदित्यमिव दीप्यन्तं रश्मिभिश्चाखिलं शिवम् ॥१५॥
Dans la région du nombril est établi l’univers : principe pur, parfaitement sans tache, resplendissant comme le soleil, auspice et bienfaisant, dont les rayons pénètrent le tout.
Microcosm–macrocosm (piṇḍa–brahmāṇḍa) contemplation; inner solar Brahman as pure tattvaVerse 16
सकारं च हकारं च जीवो जपति सर्वदा । नाभिरन्ध्राद्विनिष्क्रान्तं विषयव्याप्तिवर्जितम् ॥१६॥
Le jīva répète sans cesse la syllabe « sa » et la syllabe « ha ». Ce principe, issu de l’orifice du nombril, est dépourvu de toute diffusion dans les objets des sens.
Hamsa-ajapa-japa; prāṇa as a support for ātma-jñāna; withdrawal from viṣaya (sense-objects)Verse 17
तेनेदं निष्कलं विद्यात् क्षीरात् सर्पिर्यथा तथा । कारणेनात्मना युक्तः प्राणायामैश्च पञ्चभिः ॥ चतुष्कला समायुक्तो भ्राम्यते च हृदिस्थितः । गोलकस्तु यदा देहे क्षीरदण्डेन वा हतः ॥ एतस्मिन् वसते शीघ्रम् अ...
Par cette méthode, il faut connaître ce Soi comme sans parties, de même que le ghee est tiré du lait. Uni à l’Ātman causal et aux cinq prāṇāyāma, pourvu de quatre « parties », il se meut tout en demeurant dans le cœur. Mais lorsque la « sphère » du corps est frappée ou barattée par le bâton à lait, le grand oiseau y séjourne aussitôt, sans relâche ; tant que le jīva respire, il a atteint l’état sans parties.
Niṣkala ātman/Brahman; prāṇāyāma as upāya; hṛdaya as inner seat; jīva-to-nirvikalpa transitionVerse 18
तेनेदं निष्कलं विद्यात् क्षीरात् सर्पिर्यथा तथा । कारणेनात्मना युक्तः प्राणायामैश्च पञ्चभिः ॥ चतुष्कला समायुक्तो भ्राम्यते च हृदिस्थितः । गोलकस्तु यदा देहे क्षीरदण्डेन वा हतः ॥ एतस्मिन् वसते शीघ्रम् अ...
Par cette méthode, il faut connaître ce Soi comme sans parties, de même que le ghee est tiré du lait. Uni à l’Ātman causal et aux cinq prāṇāyāma, pourvu de quatre « parties », il se meut tout en demeurant dans le cœur. Mais lorsque la « sphère » du corps est frappée ou barattée par le bâton à lait, le grand oiseau y séjourne aussitôt, sans relâche ; tant que le jīva respire, il a atteint l’état sans parties.
Niṣkala Brahman; yogic method as auxiliary (sādhana) to knowledgeVerse 19
तेनेदं निष्कलं विद्यात् क्षीरात् सर्पिर्यथा तथा । कारणेनात्मना युक्तः प्राणायामैश्च पञ्चभिः ॥ चतुष्कला समायुक्तो भ्राम्यते च हृदिस्थितः । गोलकस्तु यदा देहे क्षीरदण्डेन वा हतः ॥ एतस्मिन् वसते शीघ्रम् अ...
Par cette méthode, il faut connaître ce Soi comme sans parties, de même que le ghee est tiré du lait. Uni à l’Ātman causal et aux cinq prāṇāyāma, pourvu de quatre « parties », il se meut tout en demeurant dans le cœur. Mais lorsque la « sphère » du corps est frappée ou barattée par le bâton à lait, le grand oiseau y séjourne aussitôt, sans relâche ; tant que le jīva respire, il a atteint l’état sans parties.
Niṣkala realization; transformation of jīva-identification through sādhanaVerse 20
नभस्थं निष्कलं ध्यात्वा मुच्यते भवबन्धनात् । अनाहतध्वनियुतं हंसं यो वेद हृद्गतम् ॥ स्वप्रकाशचिदानन्दं स हंस इति गीयते । रेचकं पूरकं मुक्त्वा कुम्भकेन स्थितः सुधीः ॥ नाभिकन्दे समौ कृत्वा प्राणापानौ समा...
En méditant le principe sans parties qui demeure dans l’espace, on est délivré du lien du devenir. Celui qui connaît le haṃsa établi dans le cœur, uni au son non frappé (anāhata), est dit conscience et béatitude auto-lumineuses. Délaissant l’expiration et l’inspiration, le sage demeure en kumbhaka. Ayant égalisé prāṇa et apāna au bulbe du nombril, recueilli, il boit avec révérence—par la méditation—la saveur de l’amṛta située au sommet de la tête. Il contemple le Grand Deva, en forme de flamme de lampe, resplendissant au milieu du nombril ; l’ayant oint d’amṛta, celui qui répète « haṃsa, haṃsa » n’a sur terre ni vieillesse, ni mort, ni maladie, ni autres maux. Ainsi faut-il pratiquer jour après jour pour obtenir aṇimā et les autres pouvoirs (siddhi).
Niṣkala Brahman; hṛdaya-ākāśa; anāhata-nāda; kumbhaka; amṛta; mokṣa (with siddhi motifs)Verse 21
नभस्थं निष्कलं ध्यात्वा मुच्यते भवबन्धनात्। अनाहतध्वनियुतं हंसं यो वेद हृद्गतम्॥ स्वप्रकाशचिदानन्दं स हंस इति गीयते। रेचकं पूरकं मुक्त्वा कुम्भकेन स्थितः सुधीः॥ नाभिकन्दे समौ कृत्वा प्राणापानौ समाहितः...
En méditant l’Un sans parties (niṣkala) demeurant dans l’espace, on est délivré du lien du devenir. Celui qui connaît le Haṃsa résidant dans le cœur, uni au son non frappé (anāhata)—Il est chanté comme Conscience‑Béatitude auto‑lumineuse. Renonçant à l’expiration et à l’inspiration, le sage demeure en kumbhaka (rétention). Ayant égalisé prāṇa et apāna au bulbe du nombril, l’esprit recueilli, il boit, par une méditation révérencieuse, la saveur d’amṛta au sommet de la tête. Il contemple le grand Deva, semblable à une lampe, flamboyant au milieu du nombril; et, comme oint de nectar, celui qui répète ‘haṃsa, haṃsa’—pour lui il n’est point de vieillesse, de mort, de maladie et autres maux sur la terre. Ainsi faut‑il pratiquer jour après jour pour obtenir les pouvoirs commençant par aṇimā (subtilité).
Moksha through inner Haṃsa (Ātman/Brahman) realization; prāṇa-sādhana as an aidVerse 22
नभस्थं निष्कलं ध्यात्वा मुच्यते भवबन्धनात्। अनाहतध्वनियुतं हंसं यो वेद हृद्गतम्॥ स्वप्रकाशचिदानन्दं स हंस इति गीयते। रेचकं पूरकं मुक्त्वा कुम्भकेन स्थितः सुधीः॥ नाभिकन्दे समौ कृत्वा प्राणापानौ समाहितः...
En méditant l’Un sans parties demeurant dans l’espace, on est affranchi du lien du saṃsāra. Celui qui connaît le Haṃsa dans le cœur, accompagné du son anāhata—Il est loué comme Conscience et Béatitude auto‑lumineuses. Délaissant expiration et inspiration, le sage demeure en kumbhaka. Égalisant prāṇa et apāna au bulbe du nombril, l’esprit rassemblé, il boit par méditation révérencieuse la saveur d’amṛta au sommet de la tête. Il contemple Mahādeva comme une lampe ardente au centre du nombril; et, comme oint de nectar, celui qui répète ‘haṃsa, haṃsa’—pour lui il n’est ni vieillesse, ni mort, ni maladie, ni maux semblables dans le monde. Ainsi faut‑il le faire jour après jour pour obtenir aṇimā et les autres vibhūti.
Ātman as self-luminous cit-ānanda; liberation aided by yogic upāsanāVerse 23
नभस्थं निष्कलं ध्यात्वा मुच्यते भवबन्धनात्। अनाहतध्वनियुतं हंसं यो वेद हृद्गतम्॥ स्वप्रकाशचिदानन्दं स हंस इति गीयते। रेचकं पूरकं मुक्त्वा कुम्भकेन स्थितः सुधीः॥ नाभिकन्दे समौ कृत्वा प्राणापानौ समाहितः...
En méditant l’Un sans parties demeurant dans l’espace, on est délivré du lien du saṃsāra. Celui qui connaît le Haṃsa dans le cœur, pourvu du son non frappé—Il est nommé Conscience‑Béatitude auto‑lumineuse. Laissant aller expiration et inspiration, le discernant demeure en kumbhaka. Ayant rendu égaux prāṇa et apāna au bulbe du nombril, concentré, il boit par méditation révérencieuse la saveur du nectar au sommet de la tête. Il contemple le grand Deva, en forme de lampe, flamboyant au centre du nombril; et, comme oint d’amṛta, celui qui répète ‘haṃsa, haṃsa’—pour lui il n’est ni vieillesse, ni mort, ni maladie, ni autres maux dans le monde. Ainsi faut‑il pratiquer chaque jour pour obtenir aṇimā et les autres pouvoirs.
Brahman/Ātman as svaprakāśa-cid-ānanda; saṃsāra-bandha releaseVerse 24
नभस्थं निष्कलं ध्यात्वा मुच्यते भवबन्धनात्। अनाहतध्वनियुतं हंसं यो वेद हृद्गतम्॥ स्वप्रकाशचिदानन्दं स हंस इति गीयते। रेचकं पूरकं मुक्त्वा कुम्भकेन स्थितः सुधीः॥ नाभिकन्दे समौ कृत्वा प्राणापानौ समाहितः...
Par la méditation de l’Un sans parties demeurant dans l’espace, on est libéré du lien de l’existence mondaine. Celui qui connaît le Haṃsa dans le cœur, uni au son anāhata—Il est proclamé Conscience et Béatitude auto‑lumineuses. Renonçant à l’expiration et à l’inspiration, le sage demeure dans la rétention du souffle. Ayant égalisé prāṇa et apāna au bulbe du nombril et s’étant recueilli, il boit, par méditation révérencieuse, la saveur d’amṛta au sommet de la tête. Il contemple le grand Deva comme une lampe, flamboyant au centre du nombril; et, comme oint de nectar, celui qui répète ‘haṃsa, haṃsa’—pour lui il n’est ni vieillissement, ni mort, ni maladie, ni maux semblables sur la terre. Ainsi faut‑il pratiquer jour après jour pour aṇimā et les autres accomplissements.
Upāsanā on Haṃsa (Ātman) culminating in mokṣa; prāṇa as a support for knowledgeVerse 25
ईश्वरत्वमवाप्नोति सदाभ्यासरतः पुमान्। बहवो नैकमार्गेण प्राप्ता नित्यत्वमागताः॥२५॥
L’homme voué à la pratique constante atteint īśvaratva, la seigneurie spirituelle. Beaucoup sont parvenus à nityatva, l’immortalité, par plus d’une voie.
Abhyāsa (steady practice) as a means toward īśvaratva and nityatva; mokṣa/immortalityVerse 26
हंसविद्यामृते लोके नास्ति नित्यत्वसाधनम् । यो ददाति महाविद्यां हंसाख्यां पारमेश्वरीम् ॥
Dans ce monde, en dehors de la connaissance de Haṃsa, il n’existe aucun moyen de réaliser l’éternité. Celui qui confère la Grande Connaissance nommée « Haṃsa », suprême et divine—
Moksha (nityatva) through Brahmavidyā; Guru-śiṣya transmissionVerse 27
तस्य दास्यं सदा कुर्यात् प्रज्ञया परया सह । शुभं वाऽशुभमन्यद्वा यदुक्तं गुरुणा भुवि ॥
Qu’on rende toujours service à lui (au maître), avec l’intelligence suprême. Qu’il s’agisse d’auspice ou de non-auspice, ou de toute autre parole prononcée par le guru sur terre—
Guru-bhakti and śiṣya-śuśrūṣā as auxiliaries to jñāna; śraddhā and obedience in sādhanāVerse 28
तत्कुर्यादविचारेण शिष्यः सन्तोषसंयुतः । हंसविद्यामिमां लब्ध्वा गुरुशुश्रूषया नरः ॥
Le disciple, uni au contentement, doit l’accomplir sans délibération querelleuse. Ayant obtenu cette connaissance de Haṃsa par le service au guru, l’homme—
Santoṣa, śiṣya-dharma, and the disciplined assimilation of liberating knowledgeVerse 29
आत्मानमात्मना साक्षाद् ब्रह्म बुद्ध्वा सुनिश्चलम् । देहजात्यादिसम्बन्धान् वर्णाश्रमसमन्वितान् ॥
Ayant connu directement le Soi par le Soi comme Brahman, parfaitement inébranlable; (alors) qu’on abandonne les liens commençant par le corps et la naissance, ainsi que ceux constitués par varṇa et āśrama—
Atman = Brahman; de-identification from upādhis (body, jāti, varṇāśrama)Verse 30
वेदशास्त्राणि चान्यानि पदपांसुमिव त्यजेत् । गुरुभक्तिं सदा कुर्याच्छ्रेयसे भूयसे नरः ॥
Et qu’on mette de côté les Védas et les autres traités comme la poussière aux pieds; pour le bien suprême et le bien plus grand, que l’homme pratique toujours la dévotion au guru.
Śāstra as pramāṇa and its transcendence after realization; Guru-bhakti; śreyasVerse 31
गुरुरेव हरिः साक्षान्नान्य इत्यब्रवीच्छ्रुतिः ॥३१॥
La Śruti a proclamé : « Le Guru seul est Hari (Viṣṇu) en personne, directement ; il n’y en a pas d’autre. »
Guru-tattva; Brahmavidyā transmitted through śruti and ācāryaVerse 32
श्रुत्या यदुक्तं परमार्थमेव तत्संशयो नात्र ततः समस्तम् । श्रुत्या विरोधे न भवेत्प्रमाणं भवेदनर्थाय विना प्रमाणम् ॥३२॥
Ce que dit la Śruti est bien la vérité suprême ; il n’y a là aucun doute—reçois-le donc entièrement. En contradiction avec la Śruti, il n’y aurait pas de pramāṇa (moyen valide de connaissance) ; sans pramāṇa, on tombe dans l’erreur et le malheur.
Śruti-pramāṇya (scriptural authority) and pramāṇa theory in VedāntaVerse 33
देहस्थः सकलो ज्ञेयो निष्कलो देहवर्जितः । आप्तोपदेशगम्योऽसौ सर्वतः समवस्थितः ॥३३॥
Lorsqu’Il est dans le corps, Il est à connaître comme « avec parties/attributs » (sakala) ; et pourtant Il est sans parties (niṣkala), affranchi du corps. Il est connaissable par l’enseignement d’un āpta (autorité digne de foi) ; Il demeure également partout.
Ātman/Brahman as niṣkala (partless) yet appearing as sakala through upādhis; ācāryopadeśaVerse 34
हंसहंसेति यो ब्रूयाद्धंसो ब्रह्मा हरिः शिवः । गुरुवक्त्रात्तु लभ्येत प्रत्यक्षं सर्वतोमुखम् ॥३४॥
Quiconque prononce « haṃsa, haṃsa »—ce Haṃsa est Brahmā, Hari et Śiva. Mais on l’obtient de la bouche du Guru : la Réalité directement évidente, dont le visage est partout.
Haṃsa/ajapā-japa; unity of deities in Brahman; guru-upadeśa; pratyakṣa (immediate) SelfVerse 35
तिलेषु च यथा तैलं पुष्पे गन्ध इवाश्रितः । पुरुषस्य शरीरेऽस्मिन् स बाह्याभ्यन्तरे तथा ॥३५॥
Comme l’huile est dans les graines de sésame, comme le parfum demeure dans la fleur, ainsi, dans ce corps de l’être humain, Cela (le Soi) est pareillement au-dehors et au-dedans.
Immanence of Ātman/Brahman; antaryāmin; pervasion (vyāpti)Verse 36
उल्काहस्तो यथालोके द्रव्यमालोक्य तां त्यजेत् । ज्ञानेन ज्ञेयमालोक्य पश्चाज्ज्ञानं परित्यजेत् ॥३६॥
De même que, dans le monde, celui qui tient une torche, après avoir éclairé un objet, dépose ensuite cette torche, ainsi, par la connaissance ayant illuminé le connaissable, on doit ensuite renoncer même à la connaissance.
Jnana leading to aparoksha-anubhava; transcendence of pramana (means of knowledge) after realizationVerse 37
पुष्पवत्सकलं विद्याद्गन्धस्तस्य तु निष्कलः । वृक्षस्तु सकलं विद्याच्छाया तस्य तु निष्कला ॥३७॥
Sache que le « avec-parties » (sakala) est comme une fleur; mais son parfum est vraiment « sans-parties » (niṣkala). Sache que le « avec-parties » est comme un arbre; mais son ombre est vraiment sans-parties.
Sakala/niṣkala distinction; nirguṇa Brahman as partless essence underlying the manifestVerse 38
निष्कलः सकलो भावः सर्वत्रैव व्यवस्थितः । उपायः सकलस्तद्वदुपेयश्चैव निष्कलः ॥३८॥
L’état sans-parties et l’état avec-parties sont établis partout. Le moyen (upāya) est avec-parties; de même, ce qui doit être atteint (upeya) est vraiment sans-parties.
Upāya–upeya distinction; saguṇa/ nirguṇa; means within duality culminating in non-dual realizationVerse 39
सकले सकलो भावो निष्कले निष्कलस्तथा । एकमात्रो द्विमात्रश्च त्रिमात्रश्चैव भेदतः ॥ अर्धमात्रा परा ज्ञेया तत ऊर्ध्वं परात्परम् । पञ्चधा पञ्चदैवत्यं सकलं परिपठ्यते ॥३९-४०॥
Dans l’avec-parties se trouve l’état avec-parties; dans le sans-parties, de même, l’état sans-parties. Par distinction, il y a une mātrā, deux mātrās et trois mātrās. La demi-mātrā doit être connue comme le Suprême; au-dessus d’elle est le Suprême au-delà du suprême. En cinq modalités, l’avec-parties—pourvu de cinq divinités—est récité.
Oṃkāra-vicāra (mātrā analysis), turīya/ardha-mātrā, transcendence from manifest to the beyondVerse 40
सकले सकलो भावो निष्कले निष्कलस्तथा । एकमात्रो द्विमात्रश्च त्रिमात्रश्चैव भेदतः ॥ अर्धमात्रा परा ज्ञेया तत ऊर्ध्वं परात्परम् । पञ्चधा पञ्चदैवत्यं सकलं परिपठ्यते ॥३९-४०॥
Dans l’avec-parties se trouve l’état avec-parties; dans le sans-parties, de même, l’état sans-parties. Par distinction, il y a une mātrā, deux mātrās et trois mātrās. La demi-mātrā doit être connue comme le Suprême; au-dessus d’elle est le Suprême au-delà du suprême. En cinq modalités, l’avec-parties—pourvu de cinq divinités—est récité.
Oṃkāra-vicāra (mātrā analysis), turīya/ardha-mātrā, transcendence from manifest to the beyondVerse 41
ब्रह्मणो हृदयस्थानं कण्ठे विष्णुः समाश्रितः । तालुमध्ये स्थितो रुद्रो ललाटस्थो महेश्वरः ॥४१॥
Le siège de Brahman est dans le cœur. Dans la gorge, Viṣṇu est établi ; au milieu du palais se tient Rudra ; sur le front demeure Maheśvara.
Brahman; internalization of deities (antar-yāga) and subtle-body lociVerse 42
नासाग्रे अच्युतं विद्यात् तस्यान्ते तु परं पदम् । परत्वात् तु परं नास्तीत्येवं शास्त्रस्य निर्णयः ॥४२॥
Qu’on connaisse Acyuta à la pointe du nez ; à son extrémité se trouve, en vérité, la demeure suprême. Parce qu’elle est suprême, rien ne la dépasse : telle est la décision du śāstra.
Paramapada (supreme state); upāsanā leading to mokṣaVerse 43
देहातीतं तु तं विद्यान् नासाग्रे द्वादशाङ्गुलम् । तदन्तं तं विजानीयात् तत्रस्थो व्यापयेत् प्रभुः ॥४३॥
Qu’on connaisse Cela comme au-delà du corps, (mesuré) à douze doigts depuis la pointe du nez. Qu’on sache que Cela s’achève là ; le Seigneur, demeurant en ce lieu, imprègne tout.
Ātman/Brahman as dehātīta (beyond the body); pervasion (vyāpti)Verse 44
मनोऽप्यन्यत्र निक्षिप्तं चक्षुरन्यत्र पातितम् । तथापि योगिनां योगो ह्यविच्छिन्नः प्रवर्तते ॥४४॥
Même si l’esprit est posé ailleurs et si le regard se détourne, le yoga des yogin se déploie pourtant sans discontinuité.
Abhyāsa and steadiness (niṣṭhā); uninterrupted yoga (avicchinna-yoga)Verse 45
एतत्तु परमं गुह्यमेतत्तु परमं शुभम् । नातः परतरं किञ्चिन्नातः परतरं शुभम् ॥४५॥
Ceci est, en vérité, le secret suprême ; ceci est, en vérité, l’auspice suprême. Rien n’est plus élevé que cela ; nulle bénédiction ne le surpasse.
Mokṣa as the highest good (niḥśreyasa); rahasya-jñāna (supreme secret)Verse 46
शुद्धज्ञानामृतं प्राप्य परमाक्षरनिर्णयम् । गुह्याद्गुह्यतमं गोप्यं ग्रहणीयं प्रयत्नतः ॥४६॥
Ayant obtenu le nectar de la connaissance pure et la certitude du Suprême Impérissable (Akṣara), ce secret, le plus secret des secrets—qui doit être tenu caché—doit être saisi avec effort.
Brahma-jñāna (knowledge of the Akṣara/Brahman) and guhya-vidyā (esoteric transmission)Verse 47
नापुत्राय प्रदातव्यं नाशिष्याय कदाचन । गुरुदेवाय भक्ताय नित्यं भक्तिपराय च ॥ प्रदातव्यमिदं शास्त्रं नेतरेभ्यः प्रदापयेत् । दातास्य नरकं याति सिद्ध्यते न कदाचन ॥४७-४८॥
Qu’on ne le donne pas à celui qui n’a pas de fils, ni jamais à celui qui n’est pas disciple. Qu’on le donne au dévot qui révère le guru comme divin, et à celui qui demeure constamment voué à la bhakti. Cet enseignement doit être transmis ainsi, et non aux autres. Celui qui le donne à l’indigne va en enfer; pour lui, l’accomplissement n’advient jamais.
Adhikāra (eligibility), guru-śiṣya paramparā, responsible transmission of brahma-vidyāVerse 48
नापुत्राय प्रदातव्यं नाशिष्याय कदाचन । गुरुदेवाय भक्ताय नित्यं भक्तिपराय च ॥ प्रदातव्यमिदं शास्त्रं नेतरेभ्यः प्रदापयेत् । दातास्य नरकं याति सिद्ध्यते न कदाचन ॥४७-४८॥
Qu’on ne le donne pas à celui qui n’a pas de fils, ni jamais à celui qui n’est pas disciple. Qu’on le donne au dévot qui révère le guru comme divin, et à celui qui demeure constamment voué à la bhakti. Cet enseignement doit être transmis ainsi, et non aux autres. Celui qui le donne à l’indigne va en enfer; pour lui, l’accomplissement n’advient jamais.
Adhikāra (eligibility) and guarded dissemination of brahma-vidyāVerse 49
गृहस्थो ब्रह्मचारी च वानप्रस्थश्च भिक्षुकः । यत्र तत्र स्थितो ज्ञानी परमाक्षरवित्सदा ॥ विषयी विषयासक्तो याति देहान्तरे शुभम् । ज्ञानादेवास्य शास्त्रस्य सर्वावस्थोऽपि मानवः ॥४९-५०॥
Qu’il soit maître de maison, étudiant brahmacārin, habitant de la forêt ou mendiant—où qu’il demeure—tel est le sage, celui qui connaît sans cesse le Suprême Impérissable (Akṣara). L’homme livré aux sens, attaché aux objets, passe dans un autre corps (il transmigre) en quête de l’auspicieux. Par la seule connaissance de cet enseignement, l’être humain—en quelque état de vie qu’il soit—atteint le but.
Jñāna as liberating across āśramas; saṃsāra through viṣaya-āsakti; mokṣa through Akṣara-jñānaVerse 50
गृहस्थो ब्रह्मचारी च वानप्रस्थश्च भिक्षुकः । यत्र तत्र स्थितो ज्ञानी परमाक्षरवित्सदा ॥ विषयी विषयासक्तो याति देहान्तरे शुभम् । ज्ञानादेवास्य शास्त्रस्य सर्वावस्थोऽपि मानवः ॥४९-५०॥
Qu’il soit maître de maison, étudiant brahmacārin, habitant de la forêt ou mendiant—où qu’il demeure—tel est le sage, celui qui connaît sans cesse le Suprême Impérissable (Akṣara). L’homme livré aux sens, attaché aux objets, passe dans un autre corps; par la seule connaissance de cet enseignement, l’être humain—en quelque état de vie qu’il soit—atteint le but.
Mokṣa through jñāna; nondependence on external āśrama; bondage through attachmentAnswers come straight from the texts, with the shlokas they draw on. Ask in your own words.
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