Amritnada
YogaAtharva39 Verses

Amritnada

YogaAtharva

L’Amritnada Upanishad (rattaché à l’Atharvaveda) appartient au corpus des Upanishads du Yoga et propose une voie de libération fondée sur la discipline intérieure. Son thème axial est le nāda-yoga : l’écoute du son subtil intérieur (anāhata nāda) comme support de la concentration, par lequel l’esprit se pacifie et s’oriente vers le samādhi. Sur le plan historique, le texte témoigne d’une phase de synthèse entre la sotériologie non-duelle des Upanishads (connaissance de l’ātman) et les idiomes pratiques du yoga/haṭha en formation. Le yoga n’y est pas réduit à une ascèse corporelle, mais compris comme une méthode expérientielle conduisant à l’intuition directe. Par des étapes telles que prāṇāyāma, pratyāhāra, dhāraṇā et dhyāna, l’attention se retire des objets extérieurs et s’intériorise. Le nāda joue le rôle de signe et d’échelle contemplative : du son vers un silence au-delà du son, où la conscience demeure dans la nature du Soi et où la liberté (mokṣa) est confirmée.

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Key Teachings

- Nāda-yoga: inward listening to subtle sound as a support for concentration and samādhi

- Prāṇāyāma and pratyāhāra: regulation of breath and withdrawal of the senses to steady the mind

- Gradual interiorization: movement from gross perception to subtle experience

culminating in silence beyond sound

- Mind as the instrument of bondage and liberation: mastery of vṛttis (mental modifications) as the practical axis of mokṣa

- Anāhata (unstruck sound) as contemplative sign: nāda functions as a ladder leading beyond all objects

- Non-dual soteriology: yogic technique is subordinated to the realization of the Self (ātman) and freedom (kaivalya/mokṣa)

- Embodied discipline: the body-breath complex is treated as a field for spiritual transformation rather than an obstacle

Verses of the Amritnada

39 verses with Sanskrit text, transliteration, and translation.

Verse 1

शास्त्राण्यधीत्य मेधावी अभ्यस्य च पुनः पुनः । परं ब्रह्म विज्ञाय उल्कावत्तान्यथोत्सृजेत् ॥१॥

Après avoir étudié les traités et s’y être exercé maintes fois, l’homme intelligent—ayant réalisé le Brahman suprême—doit ensuite les délaisser, tel qu’on jette un tison ardent.

Brahman-jñāna and the transcendence of scriptural means (śāstra as upāya)

Verse 2

ओङ्कारं रथमारुह्य विष्णुं कृत्वाथ सारथिम् । ब्रह्मलोकपदान्वेषी रुद्राराधनतत्परः ॥२॥

Montant sur le char de l’Oṃkāra et prenant Viṣṇu pour cocher, le chercheur du séjour de Brahmaloka—tout entier voué au culte de Rudra—s’avance.

Oṃ as upāya (means) toward Brahman; integration of mantra, īśvara-upāsanā, and liberation

Verse 3

तावद्रथेन गन्तव्यं यावद्रथपथि स्थितः । स्थित्वा रथपथस्थानं रथमुत्सृज्य गच्छति ॥३॥

On ne doit avancer en char que tant qu’on demeure sur la route du char. Parvenu au lieu qui en est l’aboutissement, on laisse le char et l’on poursuit.

Upāya-apavāda (use of means and their later relinquishment); non-attachment to meditative supports

Verse 4

मात्रालिङ्गपदं त्यक्त्वा शब्दव्यञ्जनवर्जितम् । अस्वरेण मकारेण पदं सूक्ष्मं च गच्छति ॥४॥

Délaissant l’« état de la parole » marqué par mātrā et liṅga, dépourvu de phonème et d’articulation consonantique, on accède à l’état subtil par le « m » (makāra) sans voyelle (asvara).

Praṇava’s dissolution into the subtle (nāda → anāhata/niḥśabda); transcendence of vāc (speech) toward Brahman

Verse 5

शब्दादिविषयाः पञ्च मनश्चैवातिचञ्चलम् । चिन्तयेदात्मनो रश्मीन्प्रत्याहारः स उच्यते ॥५॥

Les cinq objets des sens, à commencer par le son, et le mental, certes, extrêmement instable : qu’on contemple les « rayons » du Soi (les courants qui s’extériorisent) ; cela s’appelle pratyāhāra.

Pratyāhāra (withdrawal of senses) and inwardization of consciousness toward Ātman

Verse 6

प्रत्याहारस्तथा ध्यानं प्राणायामोऽथ धारणा । तर्कश्चैव समाधिश्च षडङ्गो योग उच्यते ॥६॥

Le retrait des sens (pratyāhāra), de même la méditation (dhyāna), la maîtrise du souffle (prāṇāyāma), puis la concentration (dhāraṇā) ; et encore l’investigation (tarka) et le samādhi : tel est le yoga aux six membres.

Moksha (via Yoga leading to Atman-realization)

Verse 7

यथा पर्वतधातूनां दह्यन्ते धमनान्मलाः । तथेन्द्रियकृता दोषा दह्यन्ते प्राणनिग्रहात् ॥७॥

De même que, pour les minerais des montagnes, les impuretés sont brûlées par le souffle (dans le four), ainsi les fautes engendrées par les sens sont consumées par la retenue du souffle.

Mala-śuddhi (purification) as a prerequisite for Moksha

Verse 8

प्राणायामैर्दहेद्दोषान्धारणाभिश्च किल्बिषम् । प्रत्याहारेण संसर्गाद्ध्यानेनानीश्वरान्गुणान् ॥८॥

Par les prāṇāyāma, qu’on brûle les fautes ; et par les dhāraṇā, le péché/impureté (kilbiṣa). Par le pratyāhāra, on se libère du contact et du mélange (saṃsarga) ; et par la méditation (dhyāna), on dépasse les qualités non souveraines (anīśvarān guṇān).

Maya/Guṇa-transcendence and purification leading toward Moksha

Verse 9

किल्बिषं हि क्षयं नीत्वा रुचिरं चैव चिन्तयेत् ॥९॥

En vérité, après avoir conduit le péché/l’impureté à sa destruction, qu’on contemple le « rucira » : le lumineux, le délectable.

Atman (as luminous object of contemplation) and purification (antaḥkaraṇa-śuddhi)

Verse 10

रुचिरं रेचकं चैव वायोराकर्षणं तथा । प्राणायामस्त्रयः प्रोक्ता रेचपूरककुम्भकाः ॥१०॥

Le « rucira » et l’expiration (recaka), ainsi que l’aspiration de l’air (ākarṣaṇa). Les prāṇāyāma sont déclarés au nombre de trois : expiration (recaka), inspiration (pūraka) et rétention (kumbhaka).

Prāṇa (as a means for mind-control leading toward Atman-realization)

Verse 11

सव्याहृतिं सप्रणवां गायत्रीं शिरसा सह । त्रिः पठेदायतप्राणः प्राणायामः स उच्यते ॥११॥

Avec les vyāhṛti et le praṇava (OM), en récitant la Gāyatrī avec le «Śiras» (appendice), qu’on la récite trois fois, le souffle étiré et maîtrisé ; cela est appelé prāṇāyāma.

Prāṇa (as a means to inner purification and steadiness leading toward Self-knowledge)

Verse 12

उत्क्षिप्य वायुमाकाशं शून्यं कृत्वा निरात्मकम् । शून्यभावेन युञ्जीयाद्रेचकस्येति लक्षणम् ॥१२॥

Après avoir expulsé l’air, rendant l’espace vide et sans sentiment du moi, qu’on applique l’esprit à la notion de vacuité ; telle est la marque de recaka (l’expiration).

Vairāgya / Śūnyatā as a meditative aid (disidentification from body-mind)

Verse 13

वक्त्रेणोत्पलनालेन तोयमाकर्षयेन्नरः । एवं वायुर्ग्रहीतव्यः पूरकस्येति लक्षणम् ॥१३॥

De même qu’un homme aspire l’eau par la bouche à travers une tige de lotus, ainsi faut-il aspirer l’air ; telle est la marque de pūraka (l’inspiration).

Prāṇa (regulation and refinement of life-force)

Verse 14

नोच्छ्वसेन्न च निश्वासेत् गात्राणि नैव चालयेत् । एवं भावं नियुञ्जीयात् कुम्भकस्येति लक्षणम् ॥१४॥

Qu’on n’inspire ni n’expire, et qu’on ne bouge aucun membre. Qu’on s’établisse dans un tel état ; telle est la marque de kumbhaka (rétention).

Nirodha (cessation/stilling) as a support for samādhi and Self-abidance

Verse 15

अन्धवत्पश्य रूपाणि शब्दं बधिरवत् शृणु । काष्ठवत्पश्य ते देहं प्रशान्तस्येति लक्षणम् ॥१५॥

Vois les formes comme si tu étais aveugle ; entends les sons comme si tu étais sourd ; considère ton corps comme un morceau de bois : telle est la marque de l’être pacifié (praśānta).

Pratyāhāra / Śama (sense-withdrawal and mental tranquility)

Verse 16

मनः सङ्कल्पकं ध्यात्वा संक्षिप्यात्मनि बुद्धिमान् । धारयित्वा तथाऽऽत्मानं धारणा परिकीर्तिता ॥१६॥

Ayant médité le mental comme fait de saṅkalpa (volition), le sage le contracte et le retire dans le Soi; puis, maintenant ainsi le Soi, cela est proclamé dhāraṇā (concentration).

Atman; saṅkalpa-nivṛtti (cessation of volitional constructions); dhāraṇā

Verse 17

आगमस्याविरोधेन ऊहनं तर्क उच्यते । समं मन्येत यं लब्ध्वा स समाधिः प्रकीर्तितः ॥१७॥

On dit que tarka (le raisonnement) est ūhana, une réflexion ou inférence qui ne contredit pas l’āgama (l’Écriture). Ayant atteint l’état par lequel tout est tenu pour égal, cela est proclamé samādhi.

Samādhi; śāstra-yukti (scripture-consistent reasoning); sama-darśana (equanimous vision)

Verse 18

भूमिभागे समे रम्ये सर्वदोषविवर्जिते । कृत्वा मनोमयीं रक्षां जप्त्वा चैवाथ मण्डले ॥ पद्मकं स्वस्तिकं वापि भद्रासनमथापि वा । बद्ध्वा योगासनं सम्यगुत्तराभिमुखः स्थितः ॥ नासिकापुटमङ्गुल्या पिधायैकेन मारुत...

Sur un sol égal, agréable et exempt de tout défaut, après avoir établi une protection mentale (manomayī rakṣā) et accompli le japa dans un maṇḍala, on doit prendre correctement une posture de yoga—padmaka, svastika ou bhadrāsana—tourné vers le nord. En bouchant une narine avec un doigt, on inspire le souffle (māruta) et l’on retient le feu (agni); on doit contempler le son seul.

Nāda (inner sound) and prāṇa; yogic sādhanā as support for Self-realization

Verse 19

भूमिभागे समे रम्ये सर्वदोषविवर्जिते । कृत्वा मनोमयीं रक्षां जप्त्वा चैवाथ मण्डले ॥ पद्मकं स्वस्तिकं वापि भद्रासनमथापि वा । बद्ध्वा योगासनं सम्यगुत्तराभिमुखः स्थितः ॥ नासिकापुटमङ्गुल्या पिधायैकेन मारुत...

Sur un terrain égal, agréable et sans défaut, après avoir établi une protection mentale et accompli le japa dans un maṇḍala, qu’on s’assoie correctement en padmaka, svastika ou bhadrāsana, face au nord. Qu’on bouche une narine avec un doigt, qu’on inspire, qu’on retienne le feu intérieur et qu’on contemple le son seul.

Nāda; prāṇa-nirodha as aid to inner absorption

Verse 20

भूमिभागे समे रम्ये सर्वदोषविवर्जिते । कृत्वा मनोमयीं रक्षां जप्त्वा चैवाथ मण्डले ॥ पद्मकं स्वस्तिकं वापि भद्रासनमथापि वा । बद्ध्वा योगासनं सम्यगुत्तराभिमुखः स्थितः ॥ नासिकापुटमङ्गुल्या पिधायैकेन मारुत...

Sur un sol sans défaut, égal et agréable, après avoir établi une protection mentale et accompli le japa dans un maṇḍala, qu’on s’assoie correctement en padmaka, svastika ou bhadrāsana, tourné vers le nord. Qu’on bouche une narine avec un doigt, qu’on inspire, qu’on retienne le feu intérieur et qu’on contemple seulement le son.

Nāda-upāsanā; prāṇa-śamana (stilling of prāṇa)

Verse 21

ॐ इत्येकाक्षरं ब्रह्म ॐ इत्येकेन रेचयेत् । दिव्यमन्त्रेण बहुशः कुर्यादात्ममलच्युतिम् ॥२१॥

«Oṃ» est le Brahman d’une seule syllabe. Par l’unique syllabe «Oṃ», on doit accomplir l’expiration; par la pratique répétée du mantra divin, on doit faire tomber l’impureté du Soi.

Brahman (as Oṃ) and purification of the antaḥkaraṇa

Verse 22

पश्चाद्ध्यायीत् पूर्वोक्तक्रमशो मन्त्रविद्बुधः । स्थूलातिस्थूलमात्रायं नाभेरूर्ध्वरुपक्रमः ॥२२॥

Ensuite, le sage connaisseur du mantra doit méditer successivement selon l’ordre énoncé auparavant. Cette mesure (pratique) va du grossier au très grossier, en commençant par la forme qui s’élève depuis le nombril.

Upāsanā-krama (graded meditation) and prāṇa/kuṇḍalinī-oriented ascent

Verse 23

तिर्यगूर्ध्वमधो दृष्टिं विहाय च महामतिः । स्थिरस्थायी विनिष्कम्पः सदा योगं समभ्यसेत् ॥२३॥

Renonçant au regard de côté, vers le haut et vers le bas, l’homme à la grande intelligence—ferme, établi et sans tremblement—doit pratiquer le yoga en tout temps.

Pratyāhāra and ekāgratā (sense-withdrawal and one-pointedness)

Verse 24

तालमात्राविनिष्कम्पो धारणायोजनं तथा । द्वादशमात्रो योगस्तु कालतो नियमः स्मृतः ॥२४॥

La stabilité durant une tāla-mātrā est l’application de la dhāraṇā; mais le yoga est dit de douze mātrās : cette règle de temps est mémorisée comme la discipline.

Dhāraṇā–dhyāna maturation through kāla-niyama (time-measure discipline)

Verse 25

अघोषमव्यञ्जनमस्वरं च अकण्ठताल्वोष्ठमनासिकं च । अरेफजातमुभयोष्मवर्जितं यदक्षरं न क्षरते कदाचित् ॥२५॥

Sans son, sans consonne et sans voyelle; sans gorge, palais ni lèvres, et sans articulation nasale; non produit par «ra» (repha), dépourvu des deux sifflantes/aspirées : telle est la syllabe qui ne périt jamais.

Akṣara (the Imperishable) beyond speech; nirguṇa Brahman and the limits of nāma-rūpa

Verse 26

येनासौ पश्यते मार्गं प्राणस्तेन हि गच्छति । अतस्तमभ्यसेन्नित्यं सन्मार्गगमनाय वै ॥२६॥

Par ce moyen grâce auquel il perçoit la voie, c’est par ce même moyen que le prāṇa chemine. C’est pourquoi il faut le pratiquer sans cesse, afin d’aller sur le sanmārga, la voie véritable.

Prāṇa; Sādhana leading toward Mokṣa

Verse 27

हृद्द्वारं वायुद्वारं च मूर्धद्वारमतः परम् । मोक्षद्वारं बिलं चैव सुषिरं मण्डलं विदुः ॥२७॥

Ils reconnaissent la porte du cœur, la porte du souffle (vāyu) et, au-delà, la porte du sommet de la tête. Ils connaissent aussi la porte de la délivrance : la « caverne », l’orifice et le cercle (maṇḍala).

Mokṣa; Suṣumnā/inner ‘doors’ (yogic anatomy)

Verse 28

भयं क्रोधमथालस्यमतिस्वप्नातिजागरम् । अत्याहरमनाहरं नित्यं योगी विवर्जयेत् ॥२८॥

La peur, la colère et la paresse ; l’excès de sommeil et l’excès de veille ; la suralimentation et le jeûne — le yogin doit toujours s’en abstenir.

Sādhana; Vairāgya; Mind-purification (citta-śuddhi)

Verse 29

अनेन विधिना सम्यङ्नित्यमभ्यसतः क्रमात् । स्वयमुत्पद्यते ज्ञानं त्रिभिर्मासैर्न संशयः ॥२९॥

Par cette méthode, celui qui s’exerce correctement chaque jour, selon l’ordre requis, voit la connaissance naître d’elle-même en trois mois — sans aucun doute.

Jñāna (liberating knowledge) arising through sādhana

Verse 30

चतुर्भिः पश्यते देवान्पञ्चभिस्तुल्यविक्रमः । इच्छयाप्नोति कैवल्यं षष्ठे मासि न संशयः ॥३०॥

Au bout de quatre mois, il voit les dieux ; au bout de cinq mois, il devient d’une vaillance égale à la leur. Par la volonté, il atteint le kaivalya au sixième mois — sans doute aucun.

Kaivalya/Mokṣa; Siddhi-like attainments as byproducts

Verse 31

पार्थिवः पञ्चमात्रस्तु चतुर्मात्राणि वारुणः । आग्नेयस्तु त्रिमात्रोऽसौ वायव्यस्तु द्विमात्रकः ॥३१॥

Le principe de la terre est de cinq mātrā ; le principe de l’eau est de quatre mātrā. Le principe du feu est de trois mātrā ; le principe de l’air est de deux mātrā.

Tattva-śuddhi (progressive subtleization of the elements)

Verse 32

एकमात्रस्तथाकाशो ह्यर्धमात्रं तु चिन्तयेत् । सिद्धिं कृत्वा तु मनसा चिन्तयेदात्मनात्मनि ॥३२॥

De même, l’ākāśa (l’espace) est d’une mātrā ; et l’on doit contempler la demi-mātrā. Ayant accompli la siddhi par le mental, qu’on contemple le Soi par soi-même, dans le Soi.

Ātma-dhyāna leading to samādhi (Self-abidance)

Verse 33

त्रिंशत्पर्वाङ्गुलः प्राणो यत्र प्राणः प्रतिष्ठितः । एष प्राण इति ख्यातो बाह्यप्राणस्य गोचरः ॥३३॥

Le prāṇa se mesure à trente « articulations-et-doigts » (mesure de longueur) ; là où le prāṇa est établi—cela est connu comme « prāṇa », le domaine du souffle extérieur.

Prāṇa (vital force) and its measurable movement (bāhya-prāṇa)

Verse 34

अशीतिश्च शतं चैव सहस्राणि त्रयोदश । लक्षश्चैकोननिःश्वास अहोरात्रप्रमाणतः ॥३४॥

Quatre-vingts et cent, et encore treize mille ; et cent mille moins une expiration—selon la mesure d’un jour et d’une nuit.

Prāṇa as life-process; saṃkhyā (enumeration) for mindfulness and discipline

Verse 35

प्राण आद्यो हृदिस्थाने अपानस्तु पुनर्गुदे । समानो नाभिदेशे तु उदानः कण्ठमाश्रितः ॥३५॥

Prāṇa, le premier, demeure dans la région du cœur ; apāna, de nouveau, dans l’anus. Samāna est dans la région du nombril ; et udāna est établi dans la gorge.

Prāṇa-vāyu doctrine (five vital airs) as preparatory discipline

Verse 36

व्यानः सर्वेषु चाङ्गेषु सदा व्यावृत्य तिष्ठति । अथ वर्णास्तु पञ्चानां प्राणादीनामनुक्रमात् ॥३६॥

Vyāna, qui pénètre tout, demeure toujours déployé dans tous les membres. Maintenant sont énoncées, dans l’ordre convenable, les couleurs des cinq souffles vitaux, à commencer par prāṇa.

Prāṇa (vital forces) as an upāsanā leading toward mokṣa

Verse 37

रक्तवर्णो मणिप्रख्यः प्राणो वायुः प्रकीर्तितः । अपानस्तस्य मध्ये तु इन्द्रगोपसमप्रभः ॥३७॥

On déclare que le prāṇa-vāyu est rouge, brillant comme un joyau. Et l’apāna, en son milieu, possède un éclat semblable à celui de l’insecte indragopa.

Upāsanā on prāṇa (vital force) as a support for inner realization

Verse 38

समानस्तु द्वयोर्मध्ये गोक्षीरधवलप्रभः । आपाण्डर उदानश्च व्यानो ह्यर्चिस्समप्रभः ॥३८॥

Samāna, entre les deux, a un éclat blanc comme le lait de vache. Udāna est pâle ; et vyāna, en vérité, rayonne comme une flamme.

Prāṇa-vāyu differentiation and integration (samāna as harmonizer)

Verse 39

यस्येदं मण्डलं भित्वा मारुतो याति मूर्धनि । यत्र तत्र म्रियेद्वापि न स भूयोऽभिजायते । न स भूयोऽभिजायत इत्युपनिषत् ॥३९॥

Celui pour qui le vent (souffle vital), ayant percé ce « cercle/disque » (maṇḍala), s’élève jusqu’au sommet de la tête—où qu’il meure, il ne renaît plus. « Il ne renaît plus »—ainsi s’achève l’Upaniṣad.

Mokṣa (liberation) and non-return (apunarbhava) through ūrdhva-prāṇa and realization