
Cet adhyāya présente un enseignement théologique śaiva où Īśvara (Śiva) désigne, à Prabhāsa, un lieu déterminé : un grand śmaśāna (terrain de crémation) associé à Kālabhairava, ainsi que le Brahma-kuṇḍa voisin. Le cœur du chapitre est une affirmation sotériologique, propre à ce lieu, qui en exalte la puissance salvatrice. Śiva déclare que les êtres qui y meurent ou y sont incinérés—même dans des circonstances défavorables ou lors d’une mort « hors du temps » (kāla-viparyaya)—obtiennent la mokṣa, la délivrance. Cette promesse s’étend jusqu’à ceux que le texte classe parmi les grands transgresseurs. Le Seigneur relie l’efficacité du site à la présence de Maṅkīśvara et à l’état de « kṛtasmaratā » (demeurer établi dans le souvenir du Divin), décrivant le śmaśāna comme une zone « apunarbhava-dāyaka », qui accorde l’absence de renaissance. Le discours mentionne aussi la conjonction calendérique/astronomique appelée « viṣuva » comme repère temporel significatif pour la valeur rituelle du lieu. Il s’achève sur la proclamation de l’attachement durable de Śiva à ce kṣetra bien-aimé, présenté, dans la rhétorique du passage, comme plus cher encore qu’Avimukta.
Verse 1
ईश्वर उवाच । तस्मिन्स्थाने महादेवि स्मशानं कालभैरवम् । ब्रह्मकुण्डं वरारोहे यावद्देवः कृतस्मरः
Īśvara dit : En ce lieu même, ô Mahādevī — ô toi aux hanches gracieuses — se trouvent le champ de crémation de Kālabhairava et le Brahmakuṇḍa, dans l’enceinte sacrée jusqu’où s’étend la présence du dieu Kṛtasmara.
Verse 2
तत्र ये प्राणिनो दग्धा मृताः कालविपर्ययात् । ते सर्वे मुक्तिमायांति महापातकिनोऽपि वा
Les êtres qui y sont brûlés et meurent par le retournement du temps (l’inéluctable mort), tous parviennent à la délivrance, fussent-ils même de grands pécheurs.
Verse 3
कृतस्मरान्महादेवि यावन्मंकीश्वरः स्थितः । महास्मशानं तद्देवि अपुनर्भवदायकम्
Ô Mahādevī, depuis Kṛtasmara jusqu’au lieu où demeure Maṃkīśvara, ce grand champ de crémation, ô Déesse, accorde la délivrance de la renaissance.
Verse 4
तस्मिन्स्थाने वहेद्यत्र विषुवं प्राणिनां प्रिये । तत्रोषरं स्मृतं क्षेत्रं तन्मे प्रियतरं सदा
Ô bien-aimée, en ce lieu où se porte le « viṣuva » des êtres—le tournant du destin entre vie et mort—cette contrée est mémorisée comme Uṣara-kṣetra ; elle m’est toujours la plus chère.
Verse 5
कल्पांतेऽपि न मुंचामि अविमुक्तात्प्रियं मम
Même à la fin d’un kalpa, Je n’abandonne pas Avimukta, car il M’est cher.
Verse 201
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये कालभैरवस्मशानमाहात्म्यवर्णनं नामैकोत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers, au sein du septième livre nommé Prabhāsa Khaṇḍa, dans la première section intitulée Prabhāsa-kṣetra-māhātmya, s’achève le deux-cent-unième chapitre, nommé «Description de la grandeur du champ de crémation de Kālabhairava».