
Ce chapitre est une glorification d’un lieu sacré śaiva, formulée comme l’enseignement d’Īśvara à Mahādevī. Il commence par un repère rituel et d’orientation : le dévot est conduit vers Bhūtanātheśvara–Hara, situé près de la portion Īśa-bhāga de Kuṇḍeśvarī, à une distance indiquée comme un « intervalle de vingt arcs », afin d’identifier le sanctuaire. Le texte établit ensuite le caractère intemporel du liṅga, anādi-nidhana (sans commencement ni fin), sous le nom de Kalpa-liṅga, et explique ses appellations selon les yuga : au Tretā il est rappelé comme Vīrabhadreśvarī, et au Kali il est connu comme Bhūteśvara/Bhūtanātheśvara. Un bref récit étiologique suit : à un tournant du Dvāpara, d’innombrables bhūtas obtinrent la réussite suprême par l’influence du liṅga, ce qui fonde le nom du sanctuaire sur terre. Le chapitre prescrit une observance concentrée durant la nuit de Kṛṣṇa-caturdaśī : après avoir adoré Śaṅkara, on doit se tourner vers le sud et vénérer Aghora, en gardant maîtrise de soi, intrépidité et concentration méditative, promettant l’obtention de toute siddhi accessible dans le domaine terrestre. Il recommande aussi des dons de tilā (sésame) et d’or, ainsi que des offrandes de piṇḍa aux pitṛ afin d’être délivré de l’état de preta. La phalaśruti finale affirme que lire ou entendre avec foi cette gloire détruit les amas de péchés et soutient la purification.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि भूतनाथेश्वरं हरम् । कुण्डेश्वर्या ईशभागे धनुषां विंशकेऽन्तरे
Īśvara dit : « Ensuite, ô Mahādevī, il faut se rendre auprès de Hara, appelé Bhūtanātheśvara. Il se trouve dans la direction d’Īśa depuis Kuṇḍeśvarī, à une distance de vingt dhanus. »
Verse 2
कल्पलिंगं महादेवि ह्यनादिनिधनं स्थितम् । पूर्वं त्रेतायुगे देवि वीरभद्रेश्वरीति च
Ô Mahādevī, s’y tient le Kalpa-liṅga, établi sans commencement ni fin. Jadis, au Tretā Yuga, ô Déesse, il était aussi connu sous le nom de Vīrabhadreśvarī.
Verse 3
प्रख्यातं भुवि देवेशि कलौ भूतेश्वरं स्मृतम् । पुरा द्वापरसंधौ च तत्र भूतानि कोटिशः
Ô Dame des Dieux, ce lieu est renommé sur la terre ; au Kali-yuga on s’en souvient sous le nom de Bhūteśvara. Et jadis, à la jonction de l’âge Dvāpara, des bhūtas par crores s’y rassemblèrent.
Verse 4
संसिद्धिं परमां जग्मुस्तल्लिंगस्य प्रभावतः । तेन भूतेश्वरं नाम प्रख्यातं धरणीतले
Par la puissance de ce liṅga, ils parvinrent à l’accomplissement suprême. Ainsi le nom de Bhūteśvara devint célèbre sur la terre.
Verse 5
तत्र कृष्णचतुर्द्दश्यां रात्रौ संपूज्य शंकरम् । दक्षिणां दिशमाश्रित्य अघोरं पूजयेत्तु यः
Là, dans la nuit de Kṛṣṇa-caturdaśī (le quatorzième de la quinzaine sombre), après avoir dûment adoré Śaṅkara, quiconque—tourné vers le sud—vénère Aghora (forme de Śiva) obtient le fruit promis.
Verse 6
दृढं जितेन्द्रियो भूत्वा निर्भयो ध्यानसंयु तः । तस्यैव जायते सिद्धिर्या काचिद्भूतले स्थिता
Devenu ferme, maître de ses sens, sans crainte et uni à la méditation, un tel homme obtient assurément toute siddhi accessible sur la terre.
Verse 7
तिलहेमप्रदानं च पिण्डदानं च तत्र वै । पितॄनुद्दिश्य दद्याद्वै तेषां प्रेतत्वमुक्तये
Là, certes, il convient d’offrir des dons de sésame et d’or, et aussi l’oblation de piṇḍa, en les dédiant aux Pitṛs, afin qu’ils soient délivrés de l’état de preta (errance après la mort).
Verse 8
इति निगदितमेतद्भूतनाथेश्वरस्य प्रचुरकलिमलानां नाशनं पुण्यहेतुः । पठति च पुरुषो वा यः शृणोतीह भक्त्या सुरवरमहिमानं मुच्यते पातकौघैः
Ainsi a été proclamé ce récit de Bhūtanātheśvara : cause méritoire et auspicious qui détruit les nombreuses souillures de l’âge de Kali. Et quiconque, avec dévotion, le lit ou même l’entend ici, en écoutant la gloire du plus excellent des dieux, est délivré d’amas de péchés.
Verse 117
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखंडे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये कुंडेश्वरी माहात्म्ये भूतनाथेश्वरमाहात्म्यवर्णनंनाम सप्तदशोत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le cent dix-septième chapitre, intitulé «Récit de la Gloire de Bhūtanātheśvara», dans le Kuṇḍeśvarī Māhātmya, au sein du Prabhāsa-kṣetra Māhātmya, dans le septième livre, le Prabhāsa Khaṇḍa, du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā.