
Pulastya expose la grandeur du tīrtha de Piṇḍāraka, dit pāpa-hara, « celui qui enlève les péchés ». Un brāhmaṇa nommé Maṅki—simple d’esprit et d’abord peu habile dans les devoirs brāhmaṇiques—acquiert des richesses en gardant un buffle sur une belle montagne. Après avoir péniblement acheté une petite paire de bœufs, un incident imprévu survient avec un chameau : les bœufs s’emmêlent au cou et périssent. Saisi par ce renversement, Maṅki développe le vairāgya (détachement), quitte la vie du village, gagne la forêt et atteint une source (nirjhara) sur l’Arbuda. Là, il adopte une discipline austère : bains trois fois par jour et Gāyatrī-japa soutenu ; il s’en trouve purifié et obtient le divya-darśana, la vision divine. Au même moment, Śaṅkara (Śiva), accompagné de Gaurī, parcourt la montagne pour son divertissement et est aperçu par l’ascète. Maṅki rend hommage ; Śiva lui accorde une grâce. Il ne demande pas de biens mondains, mais d’être un gaṇa de Śiva et que le tīrtha soit renommé de son nom, Piṇḍāraka. Śiva confirme : après sa mort, le brāhmaṇa deviendra gaṇa ; le lieu portera le nom de Piṇḍāraka ; et, à Mahāṣṭamī, Śiva y sera présent de façon particulière. Ceux qui s’y baignent le jour d’aṣṭamī atteignent la demeure suprême où Śiva est établi à jamais. Le chapitre s’achève en prescrivant le bain accompagné de mantras et en louant le dāna—surtout le don d’un buffle à aṣṭamī—comme voie de bienfaits en ce monde et dans l’au-delà.
Verse 1
पुलस्त्य उवाच । ततः पिंडारकं गच्छेत्तीर्थं पापहरं नृप । यत्र पूर्वं तपस्तप्तं मंकिना ब्राह्मणेन च । सिद्धिं गतस्तथा राजंस्तीर्थस्यास्य प्रभावतः
Pulastya dit : «Ensuite, ô roi, il faut se rendre à Piṇḍāraka, un tīrtha qui efface les fautes, où jadis le brāhmane Maṅki accomplit des austérités et, par la puissance de ce gué sacré, obtint l’accomplissement spirituel (siddhi).»
Verse 2
पुरा मंकिरभूद्विप्रो नाममात्रेण भूपते । मूर्खो ब्राह्मणकृत्यानामनभिज्ञः सुमन्दधीः
Autrefois, ô seigneur de la terre, il y eut un homme nommé Maṅki : brāhmane de nom seulement, sot, ignorant des devoirs brāhmaniques, et d’intelligence fort obtuse.
Verse 3
अथासौ पर्वते रम्ये लोकानां नृपसत्तम । महिषी रक्षयामास ततः पिंडारकर्मणि
Ô le meilleur des rois, alors, sur cette montagne charmante, il protégea les gens; puis il s’adonna aux observances sacrées liées à Piṇḍāraka.
Verse 4
कस्यचित्त्वथ कालस्य तेन वित्तमुपार्जितम् । दूरात्कृच्छ्रेण च स्तोकं जगृहे गोयुगं ततः
Au bout d’un certain temps, il amassa quelque richesse; puis, non sans peine et de loin, il acquit une petite paire de bêtes à cornes.
Verse 5
ततस्तद्दमयामास गोयुगं नृपसत्तम । अथ दैववशाद्राजन्दमितं तस्य गोयुगम्
Alors, ô le meilleur des rois, il dressa cette paire de bêtes; mais, ô roi, par la force du destin, cette même paire se trouva soumise d’une manière imprévue.
Verse 6
निबद्धमुष्ट्रमासाद्य ग्रीवादेशे बलात्स्थितम् । अथोष्ट्रस्त्वरया राजन्नुत्थितस्त्रासतत्परः
Parvenu au chameau attaché, le joug fut, de force, posé sur sa nuque. Alors, ô roi, le chameau se dressa vivement, et, saisi de peur, ne songea qu’à fuir.
Verse 7
गोयुगेन हि ग्रीवायां लम्बमानेन भूपते । तद्दृष्ट्वा सुमहाश्चर्यं विनाशं गोयुगस्य तु
Ô roi, tandis que la paire de bœufs, avec le joug, pendait au cou, voyant cet prodige immense et la perte de cette paire de bœufs,
Verse 8
मंकिर्वैराग्यमापन्नस्त्यक्त्वा ग्रामं वनं ययौ । स गत्वा निर्झरं कञ्चिदर्बुदे नृपसत्तम
Maṅkī, ayant atteint le détachement (vairāgya), abandonna le village et gagna la forêt. Ô le meilleur des rois, il parvint à un ruisseau de montagne sur l’Arbuda.
Verse 9
त्रिकालं कुरुते स्नानं गायत्रीजपमुत्तमम् । तेनासौ गतपापोऽभूद्दिव्यदर्शी च भूमिप
Ô roi, il se baignait trois fois par jour et accomplissait l’excellent japa de la Gāyatrī. Par cela, il fut purifié de ses fautes et obtint la vision divine.
Verse 10
एतस्मिन्नेव काले तु तेन मार्गेण शंकरः । सह गौर्या विनिष्क्रांतः क्रीडार्थं रम्यपर्वते
En ce même temps, Śaṅkara, accompagné de Gaurī, sortit par ce chemin afin de se divertir sur la montagne charmante.
Verse 11
स दृष्टः सहसा तेन पिंडारेण महात्मना । प्रणाममकरोद्राजंस्ततस्तं शंकरोऽब्रवीत्
Soudain, il fut aperçu par le magnanime Piṇḍāra ; ô roi, il se prosterna en hommage, puis Śaṅkara lui adressa la parole.
Verse 12
न वृथा दर्शनं मे स्याद्वरो मे गृह्यतां द्विज । यदभीष्टं महाराज यद्यपि स्यात्सुदुर्लभम्
«Que ma manifestation ne soit pas vaine. Ô deux-fois-né, reçois de moi une grâce : ce que tu désires, ô grand roi, fût-ce extrêmement difficile à obtenir.»
Verse 13
पिंडारक उवाच । गणोऽहं तव देवेश भवानि त्रिपुरांतक । यथा तथा कुरु विभो नान्यन्मे हृदि वर्तते
Piṇḍāraka dit : «Ô Seigneur des dieux, ô Tripurāntaka, ô Bhavānī, je suis ton gaṇa, ton serviteur. Ô Tout-Puissant, fais de moi selon ton vouloir ; rien d’autre ne demeure en mon cœur.»
Verse 14
एतत्पिण्डारकं तीर्थ मम नाम्ना प्रसिध्यतु
«Que ce tīrtha sacré soit renommé de mon nom : Piṇḍāraka Tīrtha.»
Verse 15
भगवानुवाच । भविष्यसि गणोऽस्माकं देहांते त्वं द्विजोत्तम । एतत्पिंडारकंनाम तीर्थमत्र भविष्यति
Le Seigneur Bienheureux dit : «À la fin de ton corps (lors de ton départ), ô meilleur des deux-fois-nés, tu deviendras l’un de mes gaṇas. Et ici naîtra un lieu saint nommé Piṇḍāraka.»
Verse 16
अहमत्र महाष्टम्यां निवेक्ष्यामि महामते । ये च स्नानं करिष्यंति संप्राप्ते चाष्टमीदिने । ते यास्यंति परं स्थानं यत्राहं नित्यसंस्थितः
Ô âme magnanime, lors de la grande Aṣṭamī, Je serai présent ici. Ceux qui se baigneront quand viendra le jour d’Aṣṭamī atteindront la Demeure suprême, là où Je demeure à jamais.
Verse 17
पुलस्त्य उवाच । एवमुक्त्वा महादेवस्तत्रैवांतरधीयत । मंकिः पिंडारकस्तत्र तपस्तेपे दिवानिशम्
Pulastya dit : «Ayant ainsi parlé, Mahādeva disparut sur-le-champ, en ce lieu même. Et Maṅki — Piṇḍāraka — y pratiqua l’austérité, jour et nuit.»
Verse 18
ततः कालेन महता त्यक्त्वा देहं दिवं गतः । यत्रास्ते भगवान्रुद्रो गणस्तत्र बभूव ह
Puis, après un très long temps, il quitta son corps et gagna le ciel ; et là où demeure le Seigneur Rudra, là même il devint véritablement un gaṇa.
Verse 19
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन स्नानं मन्त्रेण चाचरेत्
C’est pourquoi, de tout son effort, on doit accomplir le rite du bain sacré, accompagné de la récitation des mantras.
Verse 20
राजेन्द्र महिषीदानमथाष्टम्यां विशेषतः । य इच्छति सदाऽभीष्टमिह लोके परत्र च
Ô roi des rois, surtout au jour d’Aṣṭamī, il convient d’offrir le don d’une bufflesse (mahiṣī-dāna). Quiconque désire ses buts chéris, en ce monde et dans l’au-delà, doit agir ainsi.
Verse 25
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे तृतीयेऽर्बुदखण्डे पिंडारकतीर्थमाहात्म्यवर्णनंनाम पंचविंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le vingt-cinquième chapitre, intitulé « Description de la Gloire du Tīrtha de Piṇḍāraka », dans le troisième Arbuda Khaṇḍa du septième Prabhāsa Khaṇḍa du Skanda Mahāpurāṇa, au sein de l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā.