Adhyaya 6
Mahesvara KhandaArunachala MahatmyaAdhyaya 6

Adhyaya 6

Ce chapitre, sous forme d’exposé procédural de Nandikeśvara, décrit le prāyaścitta (expiation et remédiation rituelle-éthique) pour les « mahāṃhasa », fautes très graves, spécifiquement à Aruṇācala/Śoṇakṣetra. Il dresse un inventaire d’offenses : brahmahatyā (meurtre d’un brāhmaṇa), surāpāna (consommation d’alcool), suvarṇasteya (vol d’or), gurudāra-gamana (atteinte à l’épouse du maître), torts liés à l’épouse d’autrui, empoisonnement, calomnie, incendie criminel, dharma-nindā (dénigrement du dharma), pitṛ-droha (trahison envers les ancêtres), faute dissimulée, mensonge et violations de propriété. À chaque offense sont associés une durée de résidence dans le kṣetra et des modalités de culte : archana avec feuilles de bilva, offrandes de fleurs et de lampes, japa de mantras (pañcākṣara/ṣaḍakṣara, mantra d’Aruṇeśvara), ainsi que des actes sociaux-rituels tels que nourrir des brāhmaṇas, donner richesse ou vaches, et construire réservoirs, jardins et temples. Une théologie orientée vers le phala (fruit spirituel) présente Aruṇācala comme un champ d’efficacité exceptionnelle : même des gestes minimes—réciter le Nom ou séjourner brièvement—produisent une purification puissante. Le texte culmine en promettant l’accès à Śiva-loka et le Śiva-sāyujya (union avec Śiva), puis se clôt sur la question supplémentaire de l’auditeur concernant les procédures calendaires et honorifiques : séquences de culte quotidiennes, saisonnières et annuelles.

Shlokas

Verse 1

गौतम उवाच । पुरा नारायणः कल्पे शयानः सलिलार्णवे । शेषपर्यंकशयने कदाचिन्नैव बुध्यत

Gautama dit : Dans un kalpa ancien, Nārāyaṇa reposait sur l’océan des eaux, étendu sur la couche de Śeṣa ; mais, à un certain moment, il ne s’éveilla point du tout.

Verse 2

तमसा पूरितं विश्वमपज्ञातमलक्षणम् । वीक्ष्य कल्पावसानेऽपि विषेदुर्नित्यसूरयः

Voyant l’univers rempli de ténèbres—confus, méconnaissable, sans aucun signe—, même à la fin du kalpa, les dieux éternels furent saisis d’affliction.

Verse 3

अहो कष्टमिदं रूपं तमसा विश्वमोहनम् । येन कल्पावसानेपि विष्णुर्नाद्यापि बुध्यते

Hélas ! Quelle condition douloureuse : ces ténèbres qui ensorcellent l’univers entier, par lesquelles, même à la fin du kalpa, Viṣṇu ne s’est pas encore éveillé.

Verse 4

ज्योतिषः पुरुषं पूर्णमपश्यंतं सुरा अपि । कथं वा तमसः शांतिं लभेरन्परिभाविनः

Si même les dieux ne voient pas la Personne Parfaite, dont la nature est Lumière, comment ceux que les ténèbres accablent pourraient-ils obtenir la paix hors de l’obscurité ?

Verse 5

इति निश्चित्य मनसा देवदेवमुमापतिम् । चिंतयामासुरात्मस्थं तेजोराशिं निरंजनम्

Ainsi, l’esprit résolu, ils méditèrent le Dieu des dieux, Umāpati—demeurant dans le Soi—, amas de splendeur immaculée, sans souillure.

Verse 6

ततः प्रसन्नो भगवांस्तेजोराशिर्महेश्वरः । विश्वावनाय विज्ञप्तः प्रणतैर्नित्यसूरिभिः

Alors le Bienheureux Maheśvara—lui-même amas de lumière—se fit gracieux, sollicité par les dieux éternels prosternés, pour la sauvegarde de l’univers.

Verse 7

ततस्तेजोमयाच्छंभोः स्फुलिंगांशुसमुद्भवाः । उदस्तंभंत देवानां त्रयस्त्रिंशच्च कोटयः

Alors, de Śambhu, tout de pure radiance, jaillirent des étincelles et des rayons, qui soutinrent et affermirent les trente-trois crores de dieux.

Verse 8

बोधितः सकलैर्देवैः समुत्थाय रमापतिः । प्रभातं वीक्ष्य सकलं मनस्येवमचिन्तयत्

Éveillé par tous les dieux, le Seigneur de Ramā (Viṣṇu) se leva ; voyant que tout s’illuminait comme l’aurore, il réfléchit ainsi en son esprit.

Verse 9

मया तमसि उद्रेकादकाले शयनं कृतम् । प्रबोधाय परं ज्योतिः स्वयं दृष्टः सदाशिवः

«Submergé par la montée des ténèbres, j’ai dormi à contretemps. Pour mon éveil, j’ai vu de mes propres yeux la Lumière suprême : Sadāśiva lui-même.»

Verse 10

जगदुत्पत्तिकृत्यानि स्वयं कर्तुं व्यवस्यति । किं मयात्र पुनः कार्यं ब्रह्मणा वा स्वयंभुवा

«Il a décidé d’accomplir lui-même les actes de la création du monde. Quelle œuvre resterait-il ici pour moi—ou même pour Brahmā, le Né-de-lui-même ?»

Verse 11

धिङ्मां स्थितमनात्मज्ञं निद्रया हृतचेतसम् । अथवा सर्वकर्तारं शरणं यामि शंकरम्

«Honte à moi : me voici sans connaissance du Soi, l’esprit dérobé par le sommeil ! Mieux vaut : je prends maintenant refuge en Śaṅkara, le Seigneur qui accomplit tout.»

Verse 12

सर्वदोषप्रशमनं सर्वाभीष्टफलप्रदम् । पवित्रमल्पपुण्यानां दुर्लभं शंभुदर्शनम्

La vision (darśana) de Śambhu apaise toute faute et accorde tous les fruits désirés. Elle est souverainement purificatrice ; mais pour ceux dont le mérite est faible, le darśana de Śambhu est difficile à obtenir.

Verse 13

चिंतयन्नेवमात्मस्थं ज्योतिर्लिंगं सदाशिवम् । प्रणनाम हरिर्भक्त्या देवमष्टांगतो मुहुः

Ainsi, méditant Sadāśiva comme le Jyotirliṅga demeurant au cœur du Soi, Hari se prosterna maintes fois avec bhakti, rendant hommage au Seigneur par la prosternation aux huit membres (aṣṭāṅga).

Verse 14

विश्वस्रष्टारमीशानं तुष्टाव दुरितच्छिदम् । अथ तेजोमयः शंभुः शरण्यः शरणागतम्

Il loua Īśāna, créateur de l’univers, celui qui tranche le péché. Alors Śambhu, fait de pure splendeur et refuge véritable, se tourna vers celui qui était venu chercher asile.

Verse 15

अनुगृह्य कटाक्षैस्तं समुत्तिष्ठेत्यभाषत । उत्थाय करुणापूर्णं शंभुं चंद्रार्द्धशेखरम्

L’ayant gratifié de regards de compassion, Il dit : « Lève-toi. » Puis, s’étant relevé, Hari contempla Śambhu, débordant de miséricorde, Candrārdhaśekhara, le Seigneur qui porte le demi-lune en diadème.

Verse 16

नमस्त्रिभुवनेशाय त्रिमूर्तिगुणधारिणे । त्रिदेववपुषे तुभ्यं त्रिदृशे त्रिपुरद्रुहे

Hommage à Toi, Seigneur des trois mondes, porteur des qualités des trois formes ; à Toi dont le corps est les trois dieux ; à Toi que contemplent les devas ; à Toi, destructeur de Tripura.

Verse 17

त्वमेव जगतामीशो निजांशैर्देवतामयैः । कार्यकारणरूपेण करोषि स्वेच्छया क्रियाः

Toi seul es le Seigneur des mondes. Par tes propres parts, qui se manifestent comme les divinités, tu accomplis librement toutes les actions, te révélant à la fois comme cause et comme effet.

Verse 18

मां नियुज्य जगद्गुप्तौ परिमोह्य च मायया । न दोषमुत संकल्पं विहातुमपि नेच्छसि

M’ayant établi pour garder le monde et m’ayant égaré par ta māyā, tu ne veux pas ôter—ni la faute, ni même la résolution qui l’a suscitée.

Verse 19

किं करोमि जगन्मूर्त्तौ न्यस्तभारोऽस्म्यहं त्वयि । न दोषमीहसे नूनमकालशयनेन माम्

Que puis-je faire, ô Corps de l’univers ? J’ai déposé mon fardeau en Toi. Assurément, Tu ne cherches pas à me blâmer pour m’être couché hors de saison.

Verse 20

हर शम्भो हरेरार्तिमनुतापं समीक्ष्य सः । आदिदेश हरः श्रीमान्प्रायश्चित्तं हरेरिदम्

Ô Hara, ô Śambho : voyant la détresse et le repentir de Hari, le glorieux Hara prescrivit à Hari cette expiation (prāyaścitta).

Verse 21

अरुणाचलरूपेण तिष्ठामि वसुधातले । तस्य दर्शनमात्रेण भविता ते तमः क्षयः

«Sous la forme d’Aruṇācala, je demeure sur la surface de la terre. Par le seul darśana, la simple vision de cette forme sainte, tes ténèbres seront détruites.»

Verse 23

पूर्वस्मै विष्णवे तत्र वरो दत्तो मया पुरा । तदैव तैजसं लिंगमरुणाचल संज्ञितम् । तेजोमयमिदं रूपं प्रशांतं लोकरक्षणात् । यदग्निमयमव्यक्तमपारगुणवैभवम्

Autrefois, en ce lieu, j’accordai une grâce à Viṣṇu. À cet instant même, le Liṅga rayonnant fut connu sous le nom d’« Aruṇācala ». Cette forme est faite d’éclat divin—paisible pour la sauvegarde des mondes—ardente en essence, non manifestée, et pourvue d’une majesté de qualités sans mesure.

Verse 24

नदीनां निर्झराणां च मेघमुक्तांभसामपि । अंतर्ज्योतिर्मयत्वेन लयस्तत्रैव दृश्यते

Pour les rivières, les cascades, et même les eaux lâchées par les nuages, la dissolution se voit là même—car ce lieu est, au-dedans, de la nature de la Lumière.

Verse 25

अंधानां दृष्टिलाभेन पंगूनां पादसंचरैः । अपुत्राणां च पुत्राप्त्या मूकानां वाक्प्रवृत्तिभिः

En donnant la vue aux aveugles, en faisant marcher les boiteux, en accordant des enfants à ceux qui n’en ont pas, et en éveillant la parole chez les muets—ainsi se manifeste sa grâce.

Verse 26

सर्वसिद्धिप्रदानेन सर्वव्याधिविमोचनैः । सर्वपापप्रशमनैर्यत्सर्ववरदं स्थितम्

En accordant toute réussite spirituelle, en délivrant de toute maladie et en apaisant tout péché—il demeure établi comme le dispensateur de toutes les grâces.

Verse 27

इत्युक्तांतर्दधे शम्भुर्हरिश्चैवारुणाचलम् । आगत्य तप आस्थाय शोणाचलमुपास्त च

Ayant ainsi parlé, Śambhu disparut. Et Hari, en vérité, vint à Aruṇācala ; prenant sur lui l’austérité, il adora aussi Śoṇācala.

Verse 28

तमद्रिं परितो दृष्ट्वा सुरान्काननसंश्रयान् । ऋषीणामाश्रमान्पुण्यान्स्थापयामास वै हरिः । वेदान्सांगोपनिषदान्समंतान्मूर्तिधारिणः

Après avoir contemplé cette montagne de tous côtés, Hari y établit les dieux qui demeuraient dans la forêt ainsi que les āśrama sacrés des ṛṣi. Et tous les Veda—avec leurs disciplines auxiliaires et les Upaniṣad—étaient présents de toutes parts, revêtus d’une forme.

Verse 29

ससर्ज दिव्यरूपाणां शतमप्सरसां कुलम् । नृत्यैर्गीतैश्च वादित्रैस्सेवध्वमिति चादिशत्

Il créa une troupe de cent apsaras à la beauté divine et ordonna : «Servez ce lieu sacré par la danse, le chant et les instruments».

Verse 30

स्नात्वा ब्रह्मसरस्यस्मिन्विष्णुः कमललोचनः । प्रदक्षिणं चकारामुमरुणाद्रिं समर्चितम्

Après s’être baigné dans ce lac de Brahmā, Viṣṇu aux yeux de lotus accomplit la pradakṣiṇā autour de cet Aruṇādri (Aruṇācala), dûment adoré.

Verse 31

अपापः सर्वलोकानामाधिपत्यं च लब्धवान् । रमया सहितो नित्यमभिरूपसुरूपया

Délivré du péché, il obtint la souveraineté sur tous les mondes et demeura toujours avec Ramā (Śrī/Lakṣmī), à la forme belle et de bon augure.

Verse 32

भास्करस्तेजसां राशिरसुरैरपि पीडितः । ब्रह्मोपदेशादानर्च भक्त्यारुणगिरीश्वरम्

Bhāskara (le Soleil), amas de splendeur, bien qu’assailli même par les asura, suivit l’enseignement de Brahmā et, avec dévotion, adora le Seigneur d’Aruṇagiri (Aruṇācala).

Verse 33

निमज्ज्य विमले तीर्थे पावने ब्रह्मनिर्मिते । प्रदक्षिणं चकारैनमरुणार्द्रि स्वयंप्रभुम्

S’étant immergé dans le tīrtha pur et purificateur façonné par Brahmā, il accomplit ensuite la pradakṣiṇā, circumambulant l’Aruṇādri (Aruṇācala) resplendissant de sa propre lumière.

Verse 34

अशेषदैत्यविजयं लब्ध्वा मेरुप्रदक्षिणम् । लेभे च परमं तेजः परतेजःप्रणाशनम्

Après avoir remporté une victoire totale sur les Daityas et accompli la circumambulation de Meru, il obtint le tejas suprême, une splendeur qui anéantit l’éclat hostile.

Verse 35

दक्षशापानलाक्रांतस्सोमः शिववचोबलात् । अरुणाचलमभ्यर्च्य लब्धरूपोऽभवत्पुनः

Soma (la Lune), brûlé par le feu de la malédiction de Dakṣa, par la puissance de la parole de Śiva adora Aruṇācala et retrouva de nouveau sa forme véritable.

Verse 36

अग्निर्ब्रह्मर्षिशापेन यक्ष्मरोगप्रपीडितः । अपूतोऽपि पवित्रोऽभूदरुणाचलसेवया

Agni, tourmenté par la maladie yakṣmā à cause de la malédiction d’un brahmarṣi, devint pur—bien qu’impur—par le service rendu à Aruṇācala.

Verse 37

शक्रो वृत्रं बलं पाकं नमुचिं जृंभमुद्धृतम् । शिवलब्धवरान्दैत्यान्पुरा हत्वा जगत्पतीन्

Śakra (Indra), jadis, tua les Daityas qui accablaient le monde—Vṛtra, Bala, Pāka, Namuci, Jṛmbha et Uddhṛta—eux qui avaient reçu des grâces de Śiva.

Verse 38

पातकैश्च परिक्षीणस्तथा लोकांतमाश्रितः । शम्भुं प्रसाद्य तपसा शिवेन परिचोदितः

Épuisé par les fautes et parvenu aux confins du monde, lui—poussé par Śiva—apaisa Śambhu par l’austérité (tapas).

Verse 39

अरुणाद्रिं समभ्यर्च्य विपापोऽभूत्सुराधिपः । इष्ट्वा च हयमेधेन प्रीणयामास शंकरम्

Après avoir vénéré comme il se doit Aruṇādri, le seigneur des dieux fut délivré du péché ; puis, ayant accompli le sacrifice de l’Aśvamedha, il réjouit Śaṅkara.

Verse 40

लब्ध्वा चेन्द्रपदं शक्रः शतमप्सरसांकुलम् । सेवार्थमादिशन्छ्रीमान्दिव्यदुंदभिसेवया

Et, ayant obtenu le rang d’Indra, le glorieux Śakra—au milieu de centaines d’Apsaras—donna des ordres de service, organisant le culte au son des tambours célestes.

Verse 41

पुष्पमेघान्समादिश्य दिव्याभिः पुष्पवृष्टिभिः । समर्चयति शोणाद्रिं दिवि नित्यं च वंदते

Commandant des nuées de fleurs, il vénère Śoṇādri (la Colline Rouge, Aruṇācala) par des pluies célestes de corolles, et chaque jour, du ciel, il s’incline en hommage.

Verse 42

शेषोऽपि शोणशैलेशं समभ्यर्च्य शिवाज्ञया । अभजत्कामरूपत्वं महीमण्डलधारकः

Même Śeṣa, le soutien de la sphère terrestre, vénéra le Seigneur de Śoṇaśaila selon l’ordre de Śiva ; et par là il obtint le pouvoir de kāmarūpa, prendre toute forme à volonté.

Verse 43

अन्ये नागाश्च गन्धर्वाः सिद्धाश्चाप्सरसां गणाः । दिक्पालाश्च तमभ्यर्च्य लेभिरेऽपेक्षितान्वरान्

D’autres Nāgas, des Gandharvas, des Siddhas, des troupes d’Apsarās, et même les Gardiens des Directions, L’adorèrent et reçurent les grâces qu’ils désiraient.

Verse 44

देवैरशेषैर्दैत्यादीञ्जेतुकामैः समुद्यतैः । प्रार्थितः सर्वतोऽभीष्टवरदोऽरुणभूधरः

Lorsque tous les dieux, désireux et prêts à vaincre les Daityas et les autres, Le supplièrent, Arunachala —la montagne au rouge éclat— leur accorda de toutes parts les grâces souhaitées.

Verse 45

त्वष्ट्रा विरचिताकार आदित्यस्तेजसा तपन् । ग्रहनाथस्तु शोणाद्रिं विलंघयितुमुद्यतः

Le Soleil, dont la forme fut façonnée par Tvaṣṭṛ et qui brûle de splendeur, s’élança pour franchir Śoṇādri ; mais le seigneur des éclipses, Rāhu, voulait lui aussi bondir par-dessus cette montagne.

Verse 46

रथवाहाः पुनस्तस्य शक्तिहीनाः श्रमं गताः । सोऽपि श्रिया विहीनश्च जातः गोणाद्रितेजसा

Alors ses cochers devinrent sans force et tombèrent dans l’épuisement ; et lui-même fut privé de sa splendeur par la puissance ardente de cette montagne (Śoṇādri).

Verse 47

नाशक्नोच्च दिवं गन्तुं सर्वगत्यांशुमालिनः । स तु ब्रह्मोपदेशेन समाराध्यारुणाचलम्

Incapable de monter au ciel selon sa course habituelle, le Rayonnant (le Soleil), sur l’enseignement de Brahmā, rendit un culte dû à Arunachala.

Verse 48

प्रीत्या तस्माद्विभोर्लेभे मार्गं व्योम्नो हयाञ्छुभान् । ततः प्रभृति तिग्मांशुः स हि शोणाख्यपर्वतम्

Satisfait, le Seigneur tout-puissant lui accorda une voie claire dans le ciel et des coursiers de bon augure ; dès lors, le Soleil aux rayons acérés ne franchit plus la montagne nommée Śoṇa.

Verse 49

न लंघयति किं त्वस्य प्रदक्षिणपरिक्रमैः । दक्षयागपरिध्वस्ता हीनांगास्त्रिदशाः पुरा

Il ne la franchit pas ; au contraire, il en fait le tour par la circumambulation rituelle (pradakṣiṇā). Jadis, les dieux, aux membres diminués après la destruction du sacrifice de Dakṣa—

Verse 50

अरुणाचलमाराध्य नवान्यंगानि लेभिरे । पूषा दन्तं शिखी हस्तं भगो नेत्रं त्वखंडितम्

Après avoir vénéré Arunachala, ils obtinrent des membres nouveaux : Pūṣan recouvra une dent ; Śikhī recouvra une main ; et Bhaga recouvra un œil intact, sans blessure.

Verse 51

घ्राणं वाणी च लेभे सा शोणाचलनिषेवणात् । भार्गवः क्षीणनेत्रस्स विष्णुहस्तकुशाग्रतः

En se vouant à Śoṇācala, elle recouvra l’odorat et la parole. Quant à Bhārgava, dont l’œil s’était affaibli, il souffrit à cause de la pointe du kuśa tenu dans la main de Viṣṇu.

Verse 52

बलिदत्तावनीदानजलधारानिरोधतः । स तु शोणाचलं गत्वा तपः कृत्वातिदुष्करम्

Pour avoir entravé le flot d’eau vivifiante destiné au don de terre de Bali, il se rendit à Śoṇācala et y accomplit une ascèse d’une rigueur extrême.

Verse 53

लेभे नेत्रं च पूतात्मा भास्कराख्ये गिरौ स्थितः । अरुणाचलनाथस्य सेवया सूर्यसारथिः

L’âme purifiée, demeurant sur la montagne nommée Bhāskara, le cocher du Soleil recouvra son œil par le service rendu au Seigneur Arunāchalanātha.

Verse 54

प्रतर्दनाख्यो नृपतिर्ग्रहीतुं देवकन्यकाम् । अरुणाद्रिपतेर्गानं कुर्वंतीं सादरोऽभवत्

Le roi nommé Pratardana, qui voulait s’emparer d’une jeune céleste, devint respectueux en la voyant chanter avec ferveur la louange du Seigneur d’Arunādri.

Verse 55

क्षणात्कपिमुखो जातो मंत्रिभिश्चोदितो नृपः । प्रत्यर्प्य तां पुनश्चान्याः प्रादादरुणभूभृते

En un instant, le roi prit un visage de singe ; pressé par ses ministres, il la rendit, puis offrit d’autres jeunes filles à Arunabhūbhṛt (la montagne Arunāchala).

Verse 56

ततश्चारुमुखोजातः प्रसादादरुणेशितुः । सायुज्यमस्मै सकलं दत्तवान्भक्तिभावतः

Alors, par la grâce du Seigneur d’Arunā, il retrouva un visage harmonieux ; et, en raison de son élan de bhakti, le Seigneur lui accorda le sāyujya parfait, l’union totale.

Verse 57

अरुणाचलनाथस्यसंनिधौ ज्ञानदुर्बलः । गंधर्वः पुष्पकाख्यस्तु भक्तिहीनो ह्यगात्पुरा

Autrefois, près du Seigneur Arunāchalanātha, vint un Gandharva nommé Puṣpaka, faible en vraie connaissance et dépourvu de dévotion.

Verse 58

ततो व्याघ्रमुखं दृष्ट्वा गंधर्वपरिचारकाः । किमेतदिति साश्चर्यं पप्रछुस्ते परस्परम्

Alors, le voyant avec un visage de tigre, les serviteurs du Gandharva, saisis d’étonnement, se demandèrent l’un à l’autre : «Qu’est-ce donc ?»

Verse 59

अथ नारद निर्दिष्टमवज्ञाफलमात्मनः । बुद्ध्वारुणाद्रिं संपूज्य पुनश्च सुमुखोऽभवत्

Puis, comprenant—par l’enseignement de Nārada—le fruit de son propre mépris, il adora dûment Arunādri et redevint au loin un visage gracieux.

Verse 60

शिवभूमिरियं ख्याता परितो योजनद्वयम् । मुक्तिस्तत्र प्रमीतानां कदापि विलयो न हि

Cette contrée est renommée comme la terre même de Śiva, s’étendant sur deux yojanas tout autour ; pour ceux qui y meurent, la délivrance est certaine et ne périt jamais.

Verse 61

सप्तर्षयः पुरा भूमौ शापदोषसमन्विताः । सिषेविरेरुणाद्रिं वै नाथो ज्ञात्वा विनिश्चयम्

Autrefois sur la terre, les Sept Ṛṣis, accablés par la faute d’une malédiction, se réfugièrent auprès d’Arunādri dans l’adoration ; et le Seigneur, connaissant leur ferme dessein, leur accorda sa faveur.

Verse 62

शापमोक्षं ददौ श्रीमान्सप्तर्षीणां महात्मनाम् । सप्तर्षिभिः कृतं तीर्थं सर्वपापविनाशनम्

Ce Seigneur glorieux accorda aux Sept Sages magnanimes la délivrance de la malédiction. Le tīrtha établi par ces Saptarṣis est destructeur de tous les péchés.

Verse 63

शोणाचलस्य निकटे दृश्यते पावनं शुभम् । पंगुर्मुनिः शोणशैलात्पादौ लब्धुं समागतः

Près de Śoṇācala, l’on voit un tīrtha de bon augure, purificateur et saint. Un sage boiteux vint au mont Śoṇa afin de retrouver l’usage de ses pieds.

Verse 64

अंतर्हितप्रार्थितार्थो दारुहस्तपुटे वहन् । जानुचंक्रमणव्यग्रः शोणनद्यास्तटं गतः

Son vœu s’étant accompli d’une manière mystérieuse, portant l’eau dans ses mains munies d’une coupe de bois, il—occupé à avancer sur les genoux—gagna la rive de la rivière Śoṇa.

Verse 65

दारुहस्तपुटे तीर्थे निचिक्षेप पिपासतः । जानुचंक्रमणे तस्मिन्धूर्तस्तोयं पिपासति

Assoiffé, il versa (l’eau) dans le tīrtha de Dāruhastapuṭa. Dans ce même état d’avancer sur les genoux, l’affligé but l’eau pour apaiser sa soif.

Verse 66

अथ शोणाचलं प्राप्तः कथं वा दारुहस्तकः । किमेतदिति तं पृच्छन्नाधावत्कलितत्परः

Puis, parvenu à Śoṇācala, il se demanda : «Comment ce Dāruhastaka est-il venu ici ?» Et, demandant : «Qu’est-ce donc ?», il courut vers lui, tout entier tendu vers la compréhension.

Verse 67

लब्धपादश्च सहसा जगाम च निजालयम् । नाद्राक्षीत्पुरुषं तत्र दारुहस्तौ पुरोगमौ

Et, ayant soudain recouvré ses pieds, il se rendit à sa demeure. Là, il ne vit aucun homme : seulement les deux « mains de bois » qui l’avaient précédé.

Verse 68

स्वयं गृहीत्वा चालोक्य ववंदेऽरुणपर्वतम् । ननंद लब्धचरणो लब्धरूपो महामुनिः

Les prenant lui-même et les contemplant, il se prosterna devant la Montagne Aruṇa. Le grand sage exulta : ses pieds furent rétablis et son corps rendu entier.

Verse 69

विस्मयोत्फुल्लनयनैः शिवभक्तैर्महात्मभिः । पूजितो लब्धपादः सञ्जगाम च यथागतम्

Honoré par les grands dévots de Śiva, les yeux épanouis d’émerveillement, lui—désormais rétabli des pieds—s’en alla, retournant comme il était venu.

Verse 70

वाली शक्रसुतः श्रीमाञ्छ्रंगादुदयभूभृतः । अस्ताचलस्य शिखरं प्रतिगन्तुं समुद्यतः

Vālī, l’illustre fils de Śakra (Indra), partit du sommet de la montagne d’Orient, résolu à gagner la cime de la montagne d’Occident (Asta).

Verse 71

आलुलोकेऽरुणगिरिं मध्ये देवनमस्कृतम् । ऊर्ध्वं गंतुं समुद्युक्तः क्षीणवीर्योऽपतद्भुवि

Il aperçut au milieu l’Aruṇagiri, vénéré même par les dieux. Voulant monter plus haut, sa force s’épuisa et il tomba à terre.

Verse 72

पित्रा शक्रेण संगम्य चोदितः शोणपर्वतम् । लिंगं तैजसमभ्यर्च्य लब्धवीर्योऽभवत्पुनः

Ayant rencontré son père et Śakra (Indra), et poussé par leur injonction, il se rendit au Śoṇaparvata. Là, en adorant le Liṅga resplendissant, empli de tejas, il recouvra de nouveau sa vaillance vitale.

Verse 73

नलः पूर्वं समभ्यर्च्य स्वसृष्टा मानवप्रियाः । पालयामास धर्मात्मा नीतिसारसमन्वितः

Le roi Nala, après avoir d’abord rendu un culte comme il se doit, protégea ceux, chers aux hommes, qu’il avait lui-même établis; âme droite, il possédait l’essence d’une sage conduite du royaume.

Verse 74

इलः प्रविश्य सहसा गौरीवनमखंडितम् । स्त्रीभावं समनुप्राप्तः पप्रच्छ स्वं पुरोधसम्

Ila, entrant soudain dans la forêt inviolée de Gaurī, prit aussitôt l’état de femme; et il interrogea son propre prêtre à ce sujet.

Verse 75

वशिष्ठेन समादिष्टः शोणाद्रिं समपूजयत् । तपसाराध्य देवेशं पुनः पुंस्त्वमुपागतः

Sur l’ordre de Vasiṣṭha, il vénéra Śoṇādri; et, par l’austérité, il apaisa le Seigneur des dieux, retrouvant ensuite la virilité.

Verse 76

सोमोपदेशाद्भक्त्याथ सस्मारारुणपर्वतम् । ईशानुग्रहतो लेभे शापमोक्षं तपोधिकः

Puis, selon l’enseignement de Soma et avec dévotion, il se souvint de l’Arunaparvata (Aruṇācala). Par la grâce du Seigneur, cet ascète obtint la délivrance de la malédiction.

Verse 77

लेभे च परमं स्थानमप्राप्यममरैरपि । भरतो मृगशावस्य स्मरणादायुषोऽत्यये

Et au terme de sa vie, Bharata atteignit la demeure suprême—même les immortels ne peuvent l’atteindre—par le souvenir persistant du faon.

Verse 78

न मुक्तिं प्राप योगेन मृगजन्मनि संगतः । पत्नीविरहजं दुःखं प्राप्तवानमितं हरिः

Hari n’obtint pas la délivrance par le yoga, s’étant trouvé lié à une naissance de cerf. Et Hari endura une peine incommensurable, née de la séparation d’avec son épouse.

Verse 79

पुनर्भृगूपदेशेन शोणाद्रिमिममर्चयन् । अवतारेषु सर्वेषु सर्वदुःखान्यपाकरोत्

De nouveau, sur l’instruction de Bhṛgu, en vénérant ce Śoṇādri, il dissipa toutes les peines dans chacune de ses incarnations.

Verse 80

सरस्वती च सावित्री श्रीर्भूमिः सरितस्तथा । अभ्यर्च्य शोणशैलेशमापदो निरतारिषुः

Sarasvatī, Sāvitrī, Śrī, Bhūmi, ainsi que les rivières—ayant adoré le Seigneur de Śoṇaśaila—franchirent au-delà de leurs calamités.

Verse 81

भास्करः पूर्वदिग्भागे विश्वामित्रस्तु दक्षिणे । पश्चिमे वरुणो भागे त्रिशूलं चोत्तराश्रयम्

Bhāskara se tient au quartier de l’Est ; Viśvāmitra au Sud ; Varuṇa dans la région de l’Ouest ; et le Trident demeure comme appui du Nord.

Verse 82

योजनद्वयपर्यंते सीमाः शैलेषु संस्थिताः । चतस्रो देवतास्त्वेताः सेवंते शोणपर्वतम्

Jusqu’à une distance de deux yojanas, les bornes de limite se dressent sur les collines. Ces quatre divinités demeurent là, servant sans cesse la Montagne Rouge (Śoṇaparvata).

Verse 83

स्थिताः सीमावसानेषु शोणाद्रीशमवस्थितम् । नमंति देवाश्चत्वारः शिवं शोणाचलाकृतिम्

Postés aux extrémités de la limite sacrée, les quatre divinités se prosternent devant Śiva, Seigneur de Śoṇādri, manifesté en la forme même de Śoṇācala.

Verse 84

अस्योत्तरस्मिञ्छिखरे दृश्यते वटभूरुहः । सिद्धवेषः सदैवास्ते यस्य मूले महेश्वरः

Sur le sommet nord de cette montagne, on voit un banian. Maheśvara demeure sans cesse à sa racine, sous l’apparence d’un siddha accompli.

Verse 85

यस्य च्छायातिमहती सर्वदा मण्डलाकृतिः । लक्ष्यते विस्मयोपेतैः सर्वदा देवमानवैः

Son ombre est immensément vaste et toujours de forme circulaire ; dieux et humains la contemplent sans cesse, saisis d’émerveillement.

Verse 86

अष्टभिः परितो लिंगैरष्टदिक्पालपूजितैः । अष्टासु संस्थितैर्दिक्षु शोभते ह्युपसेवितः

Entouré de huit liṅga—vénérés par les huit gardiens des directions—et établis dans les huit quartiers, le Seigneur resplendit, honoré de toutes parts.

Verse 87

नृपाणां शम्भुभक्तानां शंकराज्ञानुपालिनाम् । अत्रैव महदास्थानमादिदेवेन निर्मितम्

Ici même se dresse un grand siège d’autorité pour les rois dévots de Śambhu et obéissants à l’ordre de Śaṅkara, établi par le Dieu primordial.

Verse 88

बकुलश्च महांस्तत्र सदार्थितफलप्रदः । आगमार्थविदा मूले वामदेवेन सेव्यते

Là se dresse aussi un grand bakula, qui accorde sans cesse les fruits de ce que l’on implore. À sa racine, Vāmadeva, connaisseur du sens des Āgamas, le vénère et le sert.

Verse 89

अगस्त्यश्च वशिष्ठश्च संपूज्यारुणभूधरम् । संस्थाप्य लिंगे विमले तेपाते तादृशं तपः

Agastya et Vasiṣṭha, après avoir pleinement adoré la Montagne Aruṇa, y établirent un liṅga sans tache et accomplirent des austérités d’une nature si extraordinaire.

Verse 90

हिरण्यगर्भतनयः पुरा शोणनदः पुमान् । अत्र तीव्रं तपस्तप्त्वा गंगाभिमुखगोऽभवत

Autrefois, l’homme nommé Śoṇanada—fils de Hiraṇyagarbha—pratiqua ici une austérité intense; puis, par la suite, il se mit à couler en se tournant vers la Gaṅgā.

Verse 91

अत्र शोणनदी पुण्या प्रवहत्यमलोदका । वेणा च पुण्यतटिनी परितः सेवतेऽचलम्

Ici coule la sainte rivière Śoṇa, aux eaux pures et limpides; et Veṇā aussi, cours d’eau sacré, entoure la montagne et la sert de toutes parts.

Verse 92

वायव्याश्च दिशो भागे वायुतीर्थं च शोभते । तत्र स्नात्वा मरुत्पूर्वं जगत्प्राणत्वमाप्तवान्

Dans le quartier nord-ouest resplendit le tīrtha sacré de Vāyu. S’y étant baigné, jadis Marut (Vāyu) obtint le rang d’être le souffle même de vie des mondes.

Verse 93

उत्तरेऽस्य गिरेस्तीर्थं सुवर्णकमलोज्ज्वलम् । दिव्यसौगंधिकाकीर्णं हंसभृंगमनोहरम्

Au nord de cette montagne se trouve un tīrtha sacré, éclatant de lotus d’or ; jonché de fleurs divines et parfumées, et charmant par les cygnes et les abeilles.

Verse 94

कौबेरं तीर्थमेशान्यामैशान्यं तीर्थमुत्तमम्

Dans le quartier du nord-est se trouve le Kaubera-tīrtha : un tīrtha d’excellence, lieu de bain sacré au plus haut auspice.

Verse 95

तस्यैव पश्चिमे भागे विष्णुः कमललोचनः । स्नात्वा विष्णुत्वमभजत्कमलालालिताकृतिः

Sur le flanc occidental de cette région de tīrtha, Viṣṇu aux yeux de lotus—dont la forme est chérie par Kamalā (Lakṣmī)—s’y baigna et, par cela, atteignit la plénitude de la condition de Viṣṇu.

Verse 96

नवग्रहाः पुरा तत्र स्नात्वा ग्रहपदं गताः । नवग्रहप्रसादश्च जायते तत्र मज्जताम्

Dans les temps anciens, les Navagraha (les Neuf Planètes) s’y baignèrent et atteignirent leurs sièges planétaires. Pour ceux qui s’y immergent, naît la grâce des Navagraha.

Verse 97

दुर्गा विनायक स्कन्दो क्षेत्रपालः सरस्वती । रक्षंति परितस्तीर्थं ग्राहयमेतदनन्तरम्

Durgā, Vināyaka, Skanda, Kṣetrapāla et Sarasvatī protègent ce tīrtha de tous côtés. Ensuite, comprends le récit qui va être exposé.

Verse 98

गंगा च यमुना चैव गोदावरी सरस्वती । नर्मदासिन्धुकावेर्यः शोणः शोर्णनदी च सा

Le Gaṅgā et la Yamunā, de même le Godāvarī et la Sarasvatī ; la Narmadā, le Sindhu, la Kāverī et le Śoṇa—avec aussi la rivière Śorṇā—sont présents ici.

Verse 99

एता गूढा निषेवंते पूर्वाद्याशासु संततम् । नश्यंत्यः सकलं पापमात्मक्षेत्रसमुद्भवम्

Ces rivières demeurent ici d’une manière cachée, sans cesse à l’est et dans les autres directions. En s’écoulant ainsi, elles détruisent tout péché né du propre champ de la vie incarnée.

Verse 100

अन्याश्च सरितो दिव्याः पार्थिव्यश्च शुभोदकाः । उदजृंभंत सहसा शोणाद्रीशप्रसादतः

D’autres rivières divines encore, ainsi que des cours d’eau terrestres aux eaux de bon augure, se manifestèrent soudain—par la grâce du Seigneur de Śoṇādri (Aruṇācala).

Verse 101

आगस्त्यं दक्षिणे भागे तीर्थं महदुदाहृतम् । सर्वभाषार्थसंसिद्धिर्जायते तत्र मज्जताम्

Dans la direction du sud se trouve un grand tīrtha, nommé Āgastya. Pour ceux qui s’y immergent, naît l’accomplissement de comprendre le sens de toutes les langues.

Verse 102

अत्रागस्त्यः समागत्य स्नात्वा मुनिगणावृतः । अभ्यर्चयति शोणाद्रिं मासि भाद्रपदे सदा

Ici, Agastya vient—entouré de troupes de sages—et, après s’être baigné, il vénère toujours Śoṇādri (la Montagne Rouge, Aruṇācala) au mois de Bhādrapada.

Verse 103

वाशिष्ठमुत्तरे भागे तीर्थं दिव्यं शुभोदयम् । सर्ववेदार्थसंसिद्धिर्जायते तत्र मज्जनात्

Dans la partie nord se trouve le tīrtha divin nommé Vāśiṣṭha, source d’un éveil auspiceux ; en s’y baignant, naît la parfaite maîtrise du sens de tous les Veda.

Verse 104

अत्र मेरोः समागत्य वशिष्ठो भगवानृषिः । करोत्याश्वयुजे मासि शोणाद्रीशनिषेवणम्

Ici, le bienheureux sage Vasiṣṭha vient du mont Meru et, au mois d’Āśvayuja, accomplit avec dévotion le service auprès du Seigneur de Śoṇādri (Aruṇācala).

Verse 105

गंगानाम महत्तीर्थं पूर्वोत्तरदिशि स्थितम् । तत्र स्नानाद्भवेन्नृणां सर्वपातकनाशनम्

Dans la direction du nord-est se tient le grand tīrtha nommé Gaṅgā ; s’y baigner apporte aux hommes l’anéantissement de toutes les fautes.

Verse 106

गंगाद्याः सरितः सर्वाः कार्त्तिके मासि संगताः । अत्रारुणाद्रिनाथस्य सेवां कुर्वंति सादरम्

Au mois de Kārttika, toutes les rivières, à commencer par la Gaṅgā, se rassemblent ici et, avec révérence, rendent service au Seigneur d’Aruṇādri (Aruṇācala).

Verse 107

ब्राह्म्यं नाम महातीर्थमरुणाद्रीशसन्निधौ । तस्योपसंगमात्सद्यो ब्रह्महत्यादि नश्यति

Près du Seigneur d’Aruṇādri se trouve le grand tīrtha nommé Brāhmya ; en s’en approchant, même le péché de brahma-hatyā et autres semblables sont détruits sur-le-champ.

Verse 108

मार्गे मासि समागत्य ब्रह्मलोकात्पितामहः । स्नात्वा तत्प्रत्यहं देवमर्चयत्यरुणाचलम्

Au mois de Mārgaśīrṣa, Pitāmaha (Brahmā) vient de Brahmaloka ; après s’être baigné, il vénère chaque jour la divinité Aruṇācala.

Verse 109

पौषे मासि समागत्य स्नात्वा तीर्थे निजैः सुरैः । महेन्द्रः शोणशैलेशमभ्यर्चयति शंकरम्

Au mois de Pauṣa, Mahendra (Indra) vient avec ses propres dieux ; après s’être baigné au tīrtha, il vénère avec dévotion Śaṅkara, Seigneur de Śoṇaśaila (Aruṇācala).

Verse 110

शैवंनाम महातीर्थं संनिधौ तत्र वर्तते । रुद्रो ब्रह्मकपालेन सह तत्र न्यमज्जत

Là, tout près, se trouve un grand tīrtha nommé Śaiva ; Rudra lui-même, avec le brahma-kapāla (le crâne de Brahmā), s’y immergea.

Verse 111

अत्र शम्भुर्गणैः सार्द्धं माघे मासि प्रसीदति । प्रायश्चित्तानि सर्वाणि नॄणां सफलयन्भुवि

Ici, au mois de Māgha, Śambhu se montre bienveillant avec ses gaṇas, faisant porter fruit sur terre à tous les rites d’expiation des hommes.

Verse 112

आग्नेयमग्निदिग्भागे तीर्थं सौभाग्यदायकम् । अग्निरत्र पुरा स्नात्वा स्वाहया संगतः सुखी

Au sud-est, le quartier d’Agni, se trouve le tīrtha nommé Āgneya, dispensateur de bon augure. Jadis, Agni s’y baigna et, réuni à Svāhā, fut comblé de joie.

Verse 113

अनंगोपि स्मरः स्नात्वा फाल्गुने मासि संगतः । अभ्यर्च्य शोणशैलेशमभूत्सर्वसुखाधिपः

Même Smara (Kāma), bien que sans corps, se baigna ici au mois de Phālguna. Après avoir adoré le Seigneur de la Montagne Rouge (Arunachala), il obtint la souveraineté sur toutes les joies.

Verse 114

दिशि दक्षिणपूर्वस्यां वैष्णवं तीर्थमद्भुतम् । ब्रह्मर्षयः सदा तत्र वसंति कृतकौतुकाः

Dans la direction du sud-est se trouve un merveilleux tīrtha vaiṣṇava. Là, les brahmarṣis demeurent sans cesse, remplis d’émerveillement sacré et de joie.

Verse 115

चैत्रे मासि समागत्य विष्णुस्तत्र रमापतिः । स्नात्वाभ्यर्च्यारुणाद्रीशमभवल्लोकनायकः

Au mois de Caitra, Viṣṇu—Seigneur de Ramā—vint en ce lieu. S’étant baigné et ayant adoré le Seigneur d’Arunādri (Arunachala), il devint le guide et le protecteur des mondes.

Verse 116

सौरंनाम महातीर्थं कौबेरदिशि जृंभितम् । सर्वरोगोपशांतिश्च जायते तत्र मज्जनात्

Un grand tīrtha nommé Saura s’étend dans la direction de Kubera (le nord). En s’y baignant, naît l’apaisement de toutes les maladies.

Verse 117

वैशाखे मासि दिनकृत्स्नात्वात्रेशं निषेवते । वालखिल्यैः समं श्रीमान्वेदैश्च सह संगतः

Au mois de Vaiśākha, le Soleil, après s’être baigné, vient se vouer au Seigneur d’ici et l’adorer. Rayonnant de splendeur, il est accompagné des sages Vālakhilya et même des Védas eux-mêmes.

Verse 118

आश्विनं पावनं तीर्थमीशब्रह्मोत्तरे स्थितम् । आप्लुतौ भिपजौ दस्रौ पूतावत्र निमज्जनात्

Le tīrtha purificateur nommé Āśvina se trouve au nord des sanctuaires d’Īśa et de Brahmā. Les deux Aśvin, médecins des dieux, y furent purifiés par l’immersion.

Verse 119

अत्राश्विनौ समागत्य स्नात्वाभ्यर्च्य च शंकरम् । दक्षिणे शोण शैलस्य निकटे वर्त्तते शुभम्

Ici, les deux Aśvin vinrent, se baignèrent et adorèrent Śaṅkara. Ce tīrtha de bon augure se trouve près du versant sud de la Montagne Rouge (Arunachala).

Verse 120

कामदं मोक्षदं चैव तीर्थं पांडवसंज्ञितम् । पुरा हि पांडवास्तत्र मजनात्क्षितिनायकाः

Il est un tīrtha nommé « Pāṇḍava », qui accorde à la fois les buts désirés et la délivrance. Jadis, les Pāṇḍava, en s’y baignant, devinrent seigneurs de la terre.

Verse 121

अत्र धात्री समागत्य सर्वौषधिफलान्विता । ज्येष्ठे मासि समं देवैरार्चयच्चारुणाचलम्

Ici vint Dhātrī (la déesse Āmalakī), pourvue des fruits de toutes les plantes médicinales. Au mois de Jyeṣṭha, avec les dieux, elle rendit un culte à Arunachala.

Verse 122

आषाढे मासि संत्यक्ता विश्वेदेवा महाबलाः । अभ्यर्च्य शोणशैलेशमागच्छन्मखराध्यताम्

Au mois d’Āṣāḍha, les puissants Viśvedevā, ayant quitté leur ancien séjour, adorèrent le Seigneur de Śoṇaśaila, puis vinrent obtenir l’excellence des rites sacrificiels.

Verse 123

वैश्वदेवं महातीर्थं सोमसूर्योत्तराश्रयम् । विश्वाधिपत्यमतुलं लभ्यते तत्र मज्जनात्

Le grand tīrtha sacré nommé Vaiśvadeva, établi au nord des tīrthas Soma et Sūrya, accorde à celui qui s’y baigne une souveraineté sur le monde, sans égale.

Verse 124

परितो लक्ष्यते तीर्थं पूर्वस्यां दिशि शोभने । अत्र लक्ष्मीः पुरा स्नात्वा लेभे पुरुषमुत्तमम्

De toutes parts, on voit vers l’orient un tīrtha splendide. Ici, jadis, Lakṣmī s’y baigna et obtint Puruṣottama, la Personne Suprême.

Verse 125

उत्तरस्यां दिशि पुरा पुण्या स्कंदनदी स्थिता । अत्र स्नात्वा पुरा स्कंदः संप्राप्तो विपुलं बलम्

Au nord, jadis, fut établie la rivière sainte nommée Skandanadī. S’y étant baigné autrefois, Skanda obtint une force immense.

Verse 126

पश्चिमस्यां दिशि ख्याता परा कुंभनदी शुभा । अगस्त्यः कुंभकः कुंभस्तत्र नित्यं व्यवस्थितः

Vers l’occident est renommée la rivière auspicieuse et suprême appelée Kumbhanadī. Là demeure sans cesse Agastya, aussi nommé Kumbhaka et Kumbha.

Verse 127

गंगा च मूलभागस्था यमुना गगने स्थिता । सोमोद्भवा शिरोभागे सेवंते शोणपर्वतम्

Gaṅgā demeure à la région de la racine, Yamunā se tient dans le ciel, et Somodbhavā au sommet ; ainsi elles vénèrent Śoṇa-parvata (Arunachala).

Verse 128

बहून्यपि च तीर्थानि संभूतानि समंततः । तेषां भेदान्पुरा वेत्तुं मार्कण्डेयस्तु नाशकत्

Bien d’autres tīrtha ont surgi de toutes parts. Pourtant, jadis, Mārkaṇḍeya ne put en discerner pleinement les distinctions.

Verse 129

तपोभिर्बहुभिस्सोयं शोणाद्रीशमतोषयत् । प्रार्थयामास च वरं प्रीतात्तस्मान्मुनीश्वरः

Par de nombreuses austérités, ce sage contenta le Seigneur de Śoṇādri (Arunācala). Et le plus éminent des munis, comblé par Lui, demanda une grâce.

Verse 130

मार्कण्डेय उवाच । भगवन्नरुणाद्रीश तीर्थभेदाः सहस्रशः । प्रख्याताश्च प्रकाशंते दुर्बोधास्त्वल्पचेतसाम्

Mārkaṇḍeya dit : «Ô Seigneur bienheureux d’Arunādri, les distinctions entre les tīrtha se comptent par milliers ; elles sont renommées et manifestes, mais difficiles à saisir pour les esprits étroits.»

Verse 131

कथमेकत्र सांनिध्यं लभेरन्भुवि मानवाः । अपर्याप्तश्च भवति पृथगेषां निषेवणे

Comment les hommes sur la terre pourraient-ils obtenir leur présence et leur bienfait en un seul lieu ? Car il devient impraticable de les fréquenter séparément, l’un après l’autre.

Verse 132

अंतर्निगूढतेजास्त्वं गत्वा यस्सकलैः सुरैः । आरण्यसे कुरु तथा शोणाद्रिस्पर्शभीरुभिः

Toi dont l’éclat est caché au-dedans, va avec tous les dieux ; et de même, adopte la vie de forêt (āraṇya) avec ceux qui craignent même de toucher la Montagne Rouge, Śoṇādri (Arunācala).

Verse 133

अहं च शंभुमभ्यर्च्य तपसारुणपर्वतम् । सर्वलोकोपकारार्थं सूक्ष्म लिंगमपूजयम्

Moi aussi, après avoir adoré Śambhu, j’ai pratiqué l’ascèse sur la Montagne Aruṇa ; pour le bien de tous les mondes, j’ai vénéré le Liṅga subtil.

Verse 134

विश्वकर्मकृतं दिव्यं विमानं विविधोत्सवम् । संकल्प्य सकलान्भोगान्नित्यानजनयत्पुनः

Un palais céleste, œuvre de Viśvakarman—foisonnant de fêtes diverses—fut conçu ; et, sans cesse, il engendrait tous les plaisirs, toujours neufs et ininterrompus.

Verse 135

धर्मशास्त्राणि विविधान्यवापुर्मुनिपुंगवाः । शिवकार्याणि सर्वाणि चक्रुभक्तिसमन्विताः

Les sages les plus éminents obtinrent diverses sortes de Dharma-śāstras ; et, animés de dévotion, ils accomplirent toutes les œuvres relevant de Śiva.

Verse 136

मया च शंभुमभ्यर्च्य कृताग्न्याहुतिसंभवाः । सप्त कन्या वरारोहाः पूजार्थं विनियोजिताः

Moi aussi, après avoir adoré Śambhu, j’ai affecté au culte sept jeunes vierges aux membres gracieux, nées des oblations versées dans le feu sacré.

Verse 137

हतशत्रुगणैभूपैर्लब्धराज्यैः पुरा नृपैः । प्रत्येकं विविधैर्भोगैः शोणशैलाधिपोर्चितः

Autrefois, des rois qui avaient abattu des troupes d’ennemis et recouvré leur royaume adorèrent—chacun à sa manière, avec des offrandes et des jouissances variées—le Seigneur de la Montagne Rouge (Aruṇācala).

Verse 138

इदमनुभववैभवं विचित्रं दुरितहरं शिवलिंगमद्रिरूपम् । अमलमनभिगम्यनामधेयं वरमरुणाद्रिनायकं भजस्व

Adore le Seigneur suprême d’Aruṇādri—pur, merveilleux par la gloire de l’expérience intérieure, ôteur des péchés—le Liṅga de Śiva ayant pris la forme d’une montagne, dont le seul Nom est difficile à embrasser pleinement.

Verse 139

अवनतजनरक्षणोचितस्य स्मरणनिराकृतविश्वकल्मषस्य । भजनममितपुण्यराशियोगादरुणगिरेः कृतिनः परं लभस्व

Parce qu’il est digne de protéger ceux qui s’inclinent avec humilité, et que son seul souvenir efface les souillures du monde—par la dévotion au Mont Aruṇa, par la force d’incommensurables amas de mérite, ô bienheureux, atteins le Suprême.