Adhyaya 28
Brahma KhandaDharmaranya MahatmyaAdhyaya 28

Adhyaya 28

Le chapitre 28 célèbre la grandeur du tīrtha Lohayaṣṭikā, situé au sud-ouest (nairṛta) et marqué par la présence de Rudra sous la forme d’un svayaṃbhu-liṅga. Dans le cadre dialogué entre Vyāsa et Mārkaṇḍeya, il précise les temps propices—notamment l’amāvāsyā et la phase décroissante de la lune dans le contexte de Nabhasya/Bhādrapada—et prescrit les rites de śrāddha et de tarpaṇa liés aux eaux de Sarasvatī. Le texte assimile le fruit des offrandes répétées de piṇḍa en ce lieu au paradigme renommé de Gayā, affirmant que la satisfaction des ancêtres peut être obtenue sur place par une pratique disciplinée. Il décrit aussi des dons complémentaires dans des tīrtha nommés : don de vache au Rudra-tīrtha et don d’or au Viṣṇu-tīrtha pour les aspirants à la mokṣa. Une formule de dévotion est donnée pour offrir le piṇḍa dans la « main de Hari (Janārdana) », reliant les rites pitṛ au théisme vaiṣṇava et au thème de la délivrance du ṛṇa-traya (les trois dettes). Les énoncés de phala promettent la libération des ancêtres des états de preta, l’acquisition d’un mérite durable et des bienfaits pour les descendants—santé et protection—tout en soulignant que même des dons modestes, acquis avec droiture, voient leurs effets amplifiés dans ce tīrtha.

Shlokas

Verse 1

व्यास उवाच । गोवत्सान्नैरृते भागे दृश्यते लोहयष्टिका । स्वयंभुलिंगरूपेण रुद्रस्तत्र स्थितः स्वयम् । श्रीमार्कण्डेय उवाच । मोक्षतीर्थे सरस्वत्या नभस्ये चंद्रसंक्षये । विप्रान्संपूज्य विधिवत्तेभ्यो दत्त्वा च दक्षिणाम्

Vyāsa dit : Dans le quartier sud-ouest de Govatsāna, on voit la Lohayaṣṭikā. Là, Rudra lui-même demeure sous la forme d’un Liṅga auto-manifesté. Śrī Mārkaṇḍeya dit : À Mokṣatīrtha, sur la Sarasvatī, lorsque la lune décroît au mois de Nabhas (Bhādrapada), qu’on honore selon le rite les brāhmaṇas et qu’on leur donne la dakṣiṇā prescrite.

Verse 2

एकविंशतिवारांस्तु भक्त्या पिंडस्य यत्फलम् । गयायां प्राप्यते पुंसां ध्रुवं तदिह तर्प्पणात्

Le fruit que les hommes obtiennent à Gayā en offrant des piṇḍas avec dévotion à vingt et une reprises, ce même fruit est assurément acquis ici par le tarpaṇa.

Verse 3

लोहयष्ट्यां कृते श्राद्धे नभस्ये चंद्रसंक्षये । प्रेतयोनिविनिर्मुक्ताः क्रीडंति पितरो दिवि

Lorsque le śrāddha est accompli à Lohayaṣṭikā, au mois de Nabhas, quand la lune décroît, les ancêtres—délivrés de la condition de preta—se réjouissent dans les cieux.

Verse 5

लोहयष्ट्याममावस्यां कार्यं भाद्रपदे जनैः । श्राद्धं वै मुनयः प्राहुः पितरो यदि वल्लभाः

Au jour d’amāvasyā (nouvelle lune) à Lohayaṣṭikā, les gens doivent accomplir le śrāddha en Bhādrapada ; ainsi l’ont déclaré les sages, si l’on chérit ses ancêtres.

Verse 6

क्षीरेण तु तिलैः श्वेतैः स्नात्वा सारस्वते जले । पितॄंस्तर्पयते यस्तु तृप्तास्तत्पितरो ध्रुवम्

Après s’être baigné dans les eaux de la Sarasvatī avec du lait et du sésame blanc, celui qui offre le tarpaṇa aux pitṛs rend assurément ses ancêtres satisfaits.

Verse 7

तत्र श्राद्धानि कुर्वीत सक्तुभिः पयसा सह । अमावास्यादिनं प्राप्य पितॄणां मोक्षमिच्छकैः

Là, ceux qui aspirent à la délivrance de leurs ancêtres doivent accomplir les rites de śrāddha, en offrant du saktu (farine de grains grillés) avec du lait, surtout lorsque survient le jour sacré d’amāvāsyā, la nouvelle lune.

Verse 8

रुद्रतीर्थे ततो धेनुं दद्याद्वस्त्रादिभूषिताम् । विष्णुतीर्थे हिरण्यं च प्रदद्यान्मोक्षमिच्छुकः

Ensuite, à Rudra-tīrtha, celui qui aspire à la délivrance doit donner en don une vache parée de vêtements et d’ornements; et à Viṣṇu-tīrtha, il doit de même offrir de l’or en aumône.

Verse 9

गयायां पितृरूपेण स्वयमेव जनार्दनः । तं ध्यात्वा पुंडरीकाक्षं मुच्यते च ऋणत्रयात्

À Gayā, Janārdana lui-même demeure sous la forme des ancêtres. En méditant ce Seigneur aux yeux de lotus, on est délivré de la triple dette.

Verse 10

प्रार्थयेत्तत्र गत्वा तं देवदेवं जनार्दनम् । आगतोऽस्मि गयां देव पितृभ्यः पिंडदित्सया । एष पिंडो मया दत्तस्तव हस्ते जनार्दन

S’y étant rendu, qu’il prie Janārdana, le Dieu des dieux : «Ô Seigneur, je suis venu à Gayā, désirant offrir des piṇḍa à mes ancêtres. Ce piṇḍa, je l’ai déposé dans Ta main, ô Janārdana.»

Verse 11

परलोकगतेभ्यश्च त्वं हि दाता भविष्यसि । अनेनैव च मंत्रेण तत्र दद्याद्धरेः करे

«Et pour ceux qui sont partis vers l’autre monde, c’est Toi, en vérité, qui seras le Donateur.» Par ce même mantra, qu’on dépose là l’offrande dans la main de Hari.

Verse 12

चंद्रे क्षीणे चतुर्दश्यां नभस्ये पिंडमाहरेत् । पितॄणामक्षया तृप्तिर्भविष्यति न संशयः

Lorsque la lune décroît—au quatorzième jour lunaire du mois de Nabhas—qu’on apporte et qu’on offre le piṇḍa ; alors la satisfaction des ancêtres devient inépuisable, sans aucun doute.

Verse 13

एकविंशतिवारांश्च गयायां पिंडपातनैः । भक्त्या तृप्तिमवाप्नोति लोहयष्ट्यां पितृतर्प्पणे

Et à Gayā, en déposant des piṇḍa vingt et une fois, on obtient, par la dévotion, la satisfaction (des ancêtres)—surtout lors du rite de pitṛ-tarpaṇa à Lohayaṣṭī.

Verse 14

वारिदस्तृप्तिमाप्नोति सुखमक्षय्यमत्र हि । फलप्रदः सुतान्भक्तानारोग्यमभयप्रदः

Ici, en vérité, celui qui offre l’eau obtient satisfaction et bonheur impérissable. Ce (tīrtha/acte) accorde des fruits : des fils dévots, la santé et l’absence de crainte.

Verse 15

वित्तं न्यायार्जितं दत्तं स्वल्पं तत्र महाफलम् । स्नानेनापि हि तत्तीर्थे रुद्रस्यानुचरो भवेत्

La richesse acquise selon la justice, même offerte en faible quantité, y porte un grand fruit. Et même par le seul bain dans ce tīrtha, on devient un serviteur de Rudra.

Verse 28

इति श्रीस्कांदे महापुराणे एकाकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां तृतीये ब्रह्मखण्डे पूर्वभागे धर्मारण्यमाहात्म्ये संक्षेपतस्तीर्थमाहात्म्य वर्णनं नामाष्टविंशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le vingt-huitième chapitre, intitulé « Description concise de la grandeur des tīrtha », dans le Dharmāraṇya Māhātmya, dans la partie antérieure du troisième Brahmakhaṇḍa, au sein du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers.