Adhyaya 27
Vayaviya SamhitaPurva BhagaAdhyaya 2737 Verses

गौरीप्रवेशः—शिवसाक्षात्कारः (Gaurī’s Entry and the Vision of Śiva)

L’Adhyāya 27 s’ouvre sur les questions des ṛṣi à Vāyu au sujet de l’épisode où Devī, fille d’Himavat, prend une forme claire et rayonnante (gauraṃ vapus) et entre dans la demeure intérieure magnifiquement ornée pour rencontrer son Seigneur. Ils demandent aussi ce que firent les gaṇa postés à la porte au moment de son entrée, et comment Śiva réagit en les voyant. Vāyu présente la scène comme un « rasa suprême » indicible : une saveur dévotionnelle et esthétique née de l’amour intime (praṇaya) qui captive même les cœurs les plus sensibles. Devī avance, mêlant attente et légère appréhension, et voit Śiva, impatient de sa venue. Les gaṇa de l’intérieur l’honorent par des paroles affectueuses ; Devī se prosterne devant Tryambaka. Avant qu’elle ne se relève, Śiva l’étreint avec joie et veut la faire asseoir sur ses genoux ; elle s’assied sur le divan, mais Śiva, enjoué, la soulève sur ses genoux, souriant et contemplant son visage. Il entame alors un dialogue tendre et taquin, rappelant son état passé et disant comment sa nature a porté son esprit à l’inquiétude, suggérant les thèmes de la forme, de la volonté propre et de la réconciliation dans l’intimité divine.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । कृत्वा गौरं वपुर्दिव्यं देवी गिरिवरात्मजा । कथं ददर्श भर्तारं प्रविष्टा मन्दितं सती

Les sages dirent : «Après avoir revêtu un corps divin, resplendissant et d’une claire blancheur, comment Satī—la Déesse, fille de la grande montagne—entra-t-elle dans ce lieu paré et contempla-t-elle son Seigneur, son époux Śiva ?»

Verse 2

प्रवेशसमये तस्या भवनद्वारगोचरैः । गणेशैः किं कृतं देवस्तान्दृष्ट्वा किन्तदा ऽकरोत्

Au moment de son entrée, qu’accomplirent les Gaṇeśa postés au seuil de la porte du palais ? Et lorsque le Seigneur les vit, que fit-Il alors ?

Verse 3

वायुरुवाच । प्रवक्तुमंजसा ऽशक्यः तादृशः परमो रसः । येन प्रणयगर्भेण भावो भाववतां हृतः

Vāyu dit : «Cette saveur suprême (parama-rasa) est telle qu’on ne peut la dire simplement. Par cette expérience chargée d’amour (praṇaya-garbha), le cœur même de ceux qui portent la ferveur dévotionnelle est ravi».

Verse 4

द्वास्थैस्ससंभ्रमैरेव देवो देव्यागमोत्सुकः । शंकमाना प्रविष्टान्तस्तञ्च सा समपश्यत

Désireux de l’arrivée de la Déesse, le Seigneur—ému par l’agitation fervente des serviteurs au seuil—entra dans les appartements intérieurs. Alors la Déesse, pénétrant avec une douce appréhension, Le vit en ce lieu.

Verse 5

तैस्तैः प्रणयभावैश्च भवनान्तरवर्तिभिः । गणेन्द्रैर्वन्दिता वाचा प्रणनाम त्रियम्बकम्

Honorée par les paroles des plus éminents Gaṇas—demeurant dans l’enceinte intérieure et remplis de diverses nuances de dévotion aimante—elle s’inclina avec révérence devant Tryambaka (Śiva, le Seigneur aux Trois Yeux).

Verse 6

प्रणम्य नोत्थिता यावत्तावत्तां परमेश्वरः । प्रगृह्य दोर्भ्यामाश्लिष्य परितः परया मुदा

Tandis qu’elle, après s’être prosternée, ne s’était pas encore relevée, Parameśvara, le Seigneur Suprême, la saisit aussitôt de ses deux bras, l’enlaça et la serra tout contre lui, dans une joie débordante.

Verse 7

स्वांके धर्तुं प्रवृत्तो ऽपि सा पर्यंके न्यषीदत । पर्यंकतो बलाद्देवीं सोङ्कमारोप्य सुस्मिताम्

Bien qu’Il s’apprêtât à la prendre sur Ses genoux, elle s’assit sur le divan. Alors, avec une douce insistance, Il souleva la Déesse souriante du divan et la posa sur Ses genoux.

Verse 8

सस्मितो विवृतैर्नेत्रैस्तद्वक्त्रं प्रपिबन्निव । तया संभाषणायेशः पूर्वभाषितमब्रवीत्

Souriant, les yeux grands ouverts comme s’Il buvait son visage, le Seigneur—désireux de s’entretenir avec elle—répéta les paroles qu’Il avait déjà prononcées.

Verse 9

देवदेव उवाच । सा दशा च व्यतीता किं तव सर्वांगसुन्दरि । यस्यामनुनयोपायः को ऽपि कोपान्न लभ्यते

Devadeva dit : «Ô toi dont chaque membre est beauté, cet état s’est-il déjà dissipé en toi ? En une telle condition, nul moyen de réconciliation ne se trouve, car elle naît de la colère».

Verse 10

स्वेच्छयापि न कालीति नान्यवर्णवतीति च । त्वत्स्वभावाहृतं चित्तं सुभ्रु चिंतावहं मम

«Même de mon plein gré, je ne puis te concevoir comme Kālī, ni comme portant une autre couleur. Ô toi aux beaux sourcils, mon esprit—emporté par ta propre nature—est devenu en moi une ardente inquiétude de désir.»

Verse 11

विस्मृतः परमो भावः कथं स्वेच्छांगयोगतः । न सम्भवन्ति ये तत्र चित्तकालुष्यहेतवः

Comment l’état suprême pourrait-il être oublié lorsqu’on est uni par le yoga des membres, poursuivi avec une résolution ferme et personnelle ? En cet état, les causes qui souillent l’esprit ne surgissent nullement.

Verse 12

पृथग्जनवदन्योन्यं विप्रियस्यापि कारणम् । आवयोरपि यद्यस्ति नास्त्येवैतच्चराचरम्

Pour les gens ordinaires, la séparation réciproque devient cause de discorde et de déplaisir. Mais si une telle division existait entre nous, alors ce monde entier—le mobile et l’immobile—cesserait d’être.

Verse 13

अहमग्निशिरोनिष्ठस्त्वं सोमशिरसि स्थिता । अग्नीषोमात्मकं विश्वमावाभ्यां समधिष्ठितम्

«Je demeure au sommet d’Agni, et toi tu es établie au sommet de Soma. Cet univers tout entier, de nature Agni et Soma, est gouverné et soutenu conjointement par nous deux.»

Verse 14

जगद्धिताय चरतोः स्वेच्छाधृतशरीरयोः । आवयोर्विप्रयोगे हि स्यान्निरालम्बनं जगत्

Nous deux parcourons le monde pour son bien, revêtant des corps selon notre libre volonté. En vérité, s’il y avait séparation entre nous, l’univers deviendrait sans appui—privé de son fondement qui le soutient.

Verse 15

अस्ति हेत्वन्तरं चात्र शास्त्रयुक्तिविनिश्चितम् । वागर्थमिव मे वैतज्जगत्स्थावरजंगमम्

Ici, en vérité, il existe une autre cause—établie par le raisonnement des Écritures—grâce à laquelle tout cet univers, l’immobile et le mobile, demeure lié, comme la parole l’est à son sens.

Verse 16

त्वं हि वागमृतं साक्षादहमर्थामृतं परम् । द्वयमप्यमृतं कस्माद्वियुक्तमुपपद्यते

Tu es, en vérité, le nectar de la parole, et moi je suis le nectar suprême du sens. Puisque tous deux sont nectar, comment serait-il juste que l’un et l’autre soient séparés ?

Verse 17

विद्याप्रत्यायिका त्वं मे वेद्यो ऽहं प्रत्ययात्तव । विद्यावेद्यात्मनोरेव विश्लेषः कथमावयोः

Tu es la Connaissance même qui fait naître en moi la réalisation, et moi je suis Celui qui doit être connu par l’éveil de ton discernement. Si la connaissance et le connaissable sont d’une seule essence, comment pourrait-il y avoir séparation entre nous deux ?

Verse 18

न कर्मणा सृजामीदं जगत्प्रतिसृजामि च । सर्वस्याज्ञैकलभ्यत्वादाज्ञात्वं हि गरीयसी

«Je ne crée pas cet univers par une action qui enchaîne, et je ne le recrée pas non plus par l’action. Puisque tout n’est accessible que par Mon ordre, la souveraineté—l’Ordre du Seigneur—est véritablement suprême.»

Verse 19

आज्ञैकसारमैश्वर्यं यस्मात्स्वातंत्र्यलक्षणम् । आज्ञया विप्रयुक्तस्य चैश्वर्यं मम कीदृशम्

«La souveraineté a pour essence l’obéissance à l’Ordre, car la vraie seigneurie se reconnaît à la liberté. Si Je suis séparé de la puissance du commandement, quelle souveraineté pourrait donc être la Mienne ?»

Verse 20

न कदाचिदवस्थानमावयोर्विप्रयुक्तयोः । देवानां कार्यमुद्दिश्य लीलोक्तिं कृतवानहम्

Il n’existe jamais entre nous de séparation réelle ni d’intervalle d’existence, même lorsque (en apparence) nous sommes éloignés. En vue de l’œuvre des dieux, je n’ai prononcé ces paroles que comme une līlā, un jeu divin.

Verse 21

त्वयाप्यविदितं नास्ति कथं कुपितवत्यसि । ततस्त्रिलोकरक्षार्थे कोपो मय्यपि ते कृतः

« Rien ne t’est inconnu — comment donc t’es-tu mise en colère ? Ainsi, pour la sauvegarde des trois mondes, tu as tourné même contre moi cette ire. »

Verse 22

यदनर्थाय भूतानां न तदस्ति खलु त्वयि । इति प्रियंवदे साक्षादीश्वरे परमेश्वरे

« Ô toi qui parles avec douceur, en Toi — manifesté comme le Seigneur lui-même, l’Īśvara suprême — il n’existe vraiment rien qui puisse devenir cause de tort ou de malheur pour les êtres vivants. »

Verse 23

शृंगारभावसाराणां जन्मभूमिरकृत्रिमा । स्वभर्त्रा ललितन्तथ्यमुक्तं मत्वा स्मितोत्तरम्

Elle—berceau spontané, sans artifice, de l’essence même du sentiment amoureux—comprit que son propre seigneur avait prononcé une parole enjouée mais véridique, et elle répondit par un sourire.

Verse 24

लज्जया न किमप्यूचे कौशिकी वर्णनात्परम् । तदेव वर्णयाम्यद्य शृणु देव्याश्च वर्णनम्

Par pudeur, je n’ai rien dit au-delà de la description de Kauśikī. Mais aujourd’hui je décrirai cette même chose : écoutez le récit de la Déesse, la Devī.

Verse 25

देव्युवाच । किं देवेन न सा दृष्टा या सृष्टा कौशिकी मया । तादृशी कन्यका लोके न भूता न भविष्यति

La Déesse dit : «Le Seigneur ne l’a-t-il pas vue—Kauśikī—que j’ai moi-même fait naître ? Une telle jeune fille n’a jamais existé en ce monde, et n’existera jamais plus.»

Verse 26

तस्या वीर्यं बलं विन्ध्यनिलयं विजयं तथा । शुंभस्य च निशुंभस्य मारणे च रणे तयोः

Sa vaillance et sa force—sa demeure dans les monts Vindhya et sa victoire assurée—étaient toutes destinées à mettre à mort Śumbha et Niśumbha, et à triompher d’eux au combat.

Verse 27

प्रत्यक्षफलदानं च लोकाय भजते सदा । लोकानां रक्षणं शश्वद्ब्रह्मा विज्ञापयिष्यति

Il sert sans cesse le bien du monde en accordant des fruits visibles et immédiats ; et Brahmā proclamera continuellement la protection éternelle de tous les mondes qui vient de Lui.

Verse 28

इति संभाषमाणाया देव्या एवाज्ञया तदा । व्याघ्रः सख्या समानीय पुरो ऽवस्थापितस्तदा

Tandis que la Déesse parlait ainsi, alors—sur son ordre même—une tigresse fut amenée par sa compagne et placée debout devant elle.

Verse 29

तं प्रेक्ष्याह पुनर्देवी देवानीतमुपायतम् । व्याघ्रं पश्य न चानेन सदृशो मदुपासकः

Le voyant de nouveau, la Déesse parla en contemplant le tigre amené par les dieux et venu tout près : « Vois ce tigre — nul de mes dévots ne lui est égal. »

Verse 30

अनेन दुष्टसंघेभ्यो रक्षितं मत्तपोवनम् । अतीव मम भक्तश्च विश्रब्धश्च स्वरक्षणात्

«Par lui, mon bois d’austérités a été protégé des bandes de méchants. Et, grâce à sa vigilance à se garder lui-même, il m’est extrêmement dévot et demeure dans une confiance sans crainte.»

Verse 31

स्वदेशं च परित्यज्य प्रसादार्थं समागतः । यदि प्रीतिरभून्मत्तः परां प्रीतिं करोषि मे

«Délaissant même ta propre terre, tu es venu chercher ma grâce. Si tu m’aimes vraiment, alors montre-moi l’amour suprême : une dévotion entière.»

Verse 32

नित्यमन्तःपुरद्वारि नियोगान्नन्दिनः स्वयम् । रक्षिभिस्सह तच्चिह्नैर्वर्ततामयमीश्वर

Sur ordre, que Nandin lui-même demeure toujours à la porte des appartements intérieurs, avec les gardes portant ses insignes ; ainsi la demeure de ce Seigneur sera protégée et tenue dans l’ordre requis.

Verse 33

वायुरुवाच । मधुरं प्रणयोदर्कं श्रुत्वा देव्याः शुभं वचः । प्रीतो ऽस्मीत्याह तं देवस्स चादृश्यत तत्क्षणात्

Vāyu dit : Ayant entendu les paroles auspicieuses de la Déesse—douces et débordantes d’une tendre dévotion—le Seigneur dit : « Je suis satisfait », et à l’instant même Il disparut à la vue.

Verse 34

बिभ्रद्वेत्रलतां हैमीं रत्नचित्रं च कंचुकम् । छुरिकामुरगप्रख्यां गणेशो रक्षवेषधृक्

Gaṇeśa, revêtu de l’apparence d’un garde, portait un bâton-liane d’or et une cuirasse ornée de joyaux ; et il tenait un poignard luisant tel un serpent.

Verse 35

यस्मात्सोमो महादेवो नन्दी चानेन नन्दितः । सोमनन्दीति विख्यातस्तस्मादेष समाख्यया

Parce que Mahādeva est « Soma », le Seigneur de bon augure, semblable au nectar, et parce que Nandī est réjoui par Lui, il est renommé sous le nom de « Somanandī » ; ainsi, telle est son appellation bien établie.

Verse 36

इत्थं देव्याः प्रियं कृत्वा देवश्चर्धेन्दुभूषणः । भूषयामास तन्दिव्यैर्भूषणै रत्नभूषितैः

Ainsi, ayant accompli ce qui était cher à la Déesse, le Seigneur, paré du croissant de lune, l’orna de joyaux célestes, rayonnants et sertis de pierres précieuses.

Verse 37

ततस्स गौरीं गिरिशो गिरीन्द्रजां सगौरवां सर्वमनोहरां हरः । पर्यंकमारोप्य वरांगभूषणैर्विभूषयामास शशांकभूषणः

Puis Hara—Giriśa, Seigneur des montagnes—honorant Gaurī, fille du Roi des montagnes, ravissante à tous les cœurs, la fit asseoir sur une couche et para ses membres d’ornements exquis : Lui dont l’ornement est la lune.

Frequently Asked Questions

Devī (Satī/Gaurī), having assumed a radiant fair form, enters Śiva’s inner residence; she is welcomed by the gaṇas, bows to Śiva, and Śiva embraces her and begins a personal dialogue recalling her earlier condition.

The chapter encodes ‘darśana’ as a liminal passage: the doorway, gaṇas, and inner chamber symbolize graded access to the divine, while ‘rasa’ and ‘praṇaya’ present emotion as a disciplined spiritual medium rather than mere sentiment.

Devī’s gaura (radiant) manifestation and Śiva as Tryambaka/Parameśvara/Devadeva; additionally, the gaṇas function as Śiva’s embodied retinue mediating sacred hospitality and threshold-guardianship.