
Ce chapitre est principalement porté par Nandikeśvara (Nandi), qui raconte sa propre discipline ascétique et la théophanie qui s’ensuivit. Le récit suit le schéma « sādhana vers la grâce » : retraite en un lieu sacré et solitaire et pratique d’ugra-tapas ; méditation intérieure sur Tryambaka—Śiva aux trois yeux, dix bras, cinq visages, d’une paix souveraine ; puis Rudra-japa soutenu, d’un esprit unifié, près d’un fleuve sanctifié. Satisfait, Śiva s’adresse à lui et accorde des bienfaits. Nandi se prosterne et loue ; Śiva, par compassion, le touche et le relève, sous le regard des gaṇa et de Devī, fille de Himavat. Sur le plan ésotérique, le chapitre enseigne que le mantra-dhyāna, affermi par tapas et bhakti, mène non seulement au mérite, mais au darśana et à la transformation par anugraha, établissant la haute dignité de Nandi dans l’ordre sacré śaiva.
Verse 1
नन्दिकेश्वर उवाच । तत्र गत्वा मुनेऽहं वै स्थित्वैकान्तस्थले सुधीः । अतपं तप उग्रं सन्मुनीनामपि दुष्करम्
Nandikeśvara dit : «Ô sage, étant allé là-bas, ferme dans ma résolution, je demeurai en un lieu solitaire et retiré, et j’accomplis une austérité ardente, un tapas farouche, difficile même pour les vénérables ṛṣis.»
Verse 2
हृत्पुण्डरीकसुषिरे ध्यात्वा देवं त्रियम्बकम् । त्र्यक्षं दशभुजं शान्तं पञ्चवक्त्रं सदा शिवम्
Méditant dans la cavité du lotus du cœur, qu’on contemple le divin Triyambaka, le Seigneur aux trois yeux : trois-yeux, dix-bras, paisible, à cinq visages, Sadāśiva, toujours de bon augure.
Verse 3
रुद्रजाप्यमकार्षं वै परमध्यानमास्थितः । सरितश्चोत्तरे पुण्ये ह्येकचित्तः समाहितः
Il accomplit le japa du mantra sacré de Rudra et s’établit dans la méditation suprême. Sur la rive nord, sainte et méritoire, du fleuve, l’esprit fixé en un seul point, il demeura pleinement recueilli en samādhi.
Verse 4
तस्मिञ्जाप्येऽथ संप्रीतः स्थितं मां परमेश्वरः । तुष्टोऽब्रवीन्महादेवः सोमः सोमार्द्धभूषणः
Alors que j’étais ainsi absorbé dans le japa, le Seigneur suprême—Mahādeva—content et pleinement satisfait, se tint devant moi et parla, Lui dont l’ornement est le croissant de lune (Soma).
Verse 5
शिव उवाच । शैलादे वरदोहं ते तपसानेन तोषितः । साधु तप्तं त्वया धीमन् ब्रूहि यत्ते मनोगतम्
Śiva dit : «Ô Śailāda, je suis pour toi le dispensateur de grâces, satisfait par cette austérité qui est la tienne. Tu as bien accompli ta pénitence, ô sage. Dis : que désire ton cœur ?»
Verse 6
स एवमुक्तो देवेन शिरसा पादयोर्नतः । अस्तवं परमेशानं जराशोकविनाशनम्
Ainsi, interpellé par le Seigneur, il se prosterna, la tête aux pieds de Celui-ci, et loua Parameśāna, le Souverain Suprême, destructeur de la vieillesse et du chagrin.
Verse 7
इति श्रीशिवमहापुराणे तृतीयायां शतरुद्रसंहितायां नन्दिकेश्वरावताराभिषेकविवाह वर्णनं नाम सप्तमोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au Troisième Livre, la Śatarudra-saṃhitā, s’achève le Septième Chapitre, intitulé : «Récit de l’incarnation de Nandikeśvara, de sa consécration (abhiṣeka) et de son mariage».
Verse 8
उत्थाय परमेशानः पस्पर्श परमार्तिहा । कराभ्यां संमुखाभ्यान्तु संगृह्य वृषभध्वजः
Alors Parameśāna—Śiva, le Seigneur suprême, destructeur de toute détresse—se leva et le toucha avec douceur. Portant le taureau pour emblème, Il le rapprocha de Lui, le saisissant de face de Ses deux mains.
Verse 9
निरीक्ष्य गणपांश्चैव देवीं हिमवतः सुताम् । उवाच मां कृपादृष्ट्या समीक्ष्य जगताम्पतिः
Après avoir considéré les troupes des Gaṇas et aussi la Déesse—fille de Himavat—le Seigneur des mondes posa sur moi un regard de compassion et parla.
Verse 10
वत्स नन्दिन्महाप्राज्ञ मृत्योर्भीतिः कुतस्तव । मयैव प्रेषितौ विप्रौ मत्समस्त्वं न संशयः
«Mon enfant Nandi, ô très sage, pourquoi craindrais-tu la mort? Ces deux brāhmaṇas, c’est Moi seul qui les ai envoyés. Tu es égal à Moi; il n’y a nul doute.»
Verse 11
अमरो जरया त्यक्तोऽदुःखी गणपतिः सदा । अव्ययश्चाक्षयश्चेष्टः स पिता स सुहृज्जनः
Il est immortel, que la vieillesse n’atteint pas, et toujours sans chagrin. À jamais Gaṇapati, Il est aimé; impérissable et inaltérable. Il est un protecteur paternel, et le véritable bienveillant parmi les êtres.
Verse 12
मद्बलः पार्श्वगो नित्यं ममेष्टो भवितानिशम् । न जरा जन्म मृत्युर्वै मत्प्रसादाद्भविष्यति
Revêtu de Ma puissance, il demeurera à jamais à Mes côtés et Me sera cher jour et nuit. Par Ma grâce, il n’y aura pour lui ni déclin, ni nouvelle naissance, ni mort.
Verse 13
नन्दीश्वर उवाच । एवमुक्त्वा शिरोमालां कुशेशयमयीं निजाम् । समुन्मुच्य बबन्धाशु मम कण्ठे कृपानिधिः
Nandīśvara dit : «Ayant ainsi parlé, l’océan de compassion (le Seigneur Śiva) ôta aussitôt sa propre tête sa guirlande faite de fleurs de lotus et la noua promptement autour de mon cou.»
Verse 14
तयाहं मालया विप्र शुभया कण्ठसक्तया । त्र्यक्षो दशभुजश्चासं द्वितीय इव शङ्कर
Ô brāhmane, par cette guirlande de bon augure fixée à mon cou, je devins pourvu de trois yeux et de dix bras, paraissant tel un second Śaṅkara (Śiva).
Verse 15
तत एव समादाय हस्तेन परमेश्वरः । उवाच ब्रूहि किं तेऽद्य ददामि वरमुत्तमम्
Alors, sur-le-champ, le Seigneur Suprême le prit par la main et dit : «Parle : quel est le don le plus excellent que je dois t’accorder aujourd’hui ?»
Verse 16
ततो जटाश्रितं वारि गृहीत्वा हार निर्मलम् । उक्त्वा नन्दी भवेतीह विससर्ज वृषध्वजः
Puis Vṛṣadhvaja (le Seigneur Śiva), prenant l’eau pure qui demeurait dans ses mèches nattées, en façonna une guirlande sans tache ; et proclamant : «Ici, deviens Nandī», il l’envoya.
Verse 17
ततः पञ्चमिता नद्यः प्रावर्तत शुभावहाः । सुतोयाश्च महावेगा दिव्य रूपा च सुन्दरी
Ensuite, cinq rivières de bon augure se mirent à couler, porteuses de bienfaits. Leurs eaux étaient pures et abondantes, leur courant puissant, et—d’une forme divine—elles étaient belles à contempler.
Verse 18
जटोदका त्रिस्रोताश्च वृषध्वनिरितीव हि । स्वर्णोदका जम्बुनदी पञ्चनद्यः प्रकीर्तिताः
Ils sont célébrés comme les cinq rivières sacrées : Jaṭodakā, Trisrotā, Vṛṣadhvani (ainsi le dit-on), Svarṇodakā et Jambūnadī.
Verse 19
एतत्पञ्चनदं नाम शिवपृष्ठतमं शुभम् । जपेश्वरसमीपे तु पवित्रं परमं मुने
Ce lieu de bon augure est nommé Pañcanada, très saint et cher au Seigneur Śiva. Près de Japeśvara, il est d’une pureté suprême, ô sage.
Verse 20
यः पञ्चनदमासाद्य स्नात्वा जप्त्वेश्वरेश्वरम् । पूजयेच्छिवसायुज्यं प्रयात्येव न संशयः
Quiconque parvient à Pañcanada, s’y baigne, récite en japa le Nom/Mantra d’Īśvareśvara, Seigneur des seigneurs, et l’adore, obtient assurément le Śiva-sāyujya, l’union à Śiva ; il n’y a nul doute.
Verse 21
अथ शम्भुरुवाचोमामभिषिञ्चामि नन्दिनम् । गणेन्द्रं व्याहरिष्यामि किं वा त्वं मन्यसेऽव्यये
Alors Śambhu (le Seigneur Śiva) dit : «Ô Umā, je vais conférer l’abhiṣeka à Nandin. Je le proclamerai seigneur des Gaṇas. Qu’en penses-tu, ô l’Immuable ?»
Verse 22
उमोवाच । दातुमर्हसि देवेश नन्दिने परमेश्वर । महाप्रियतमो नाथ शैलादिस्तनयो मम
Umā dit : «Ô Seigneur des dieux, ô Parameśvara, accorde cette grâce à Nandin. Ô Nātha, il t’est le plus cher ; et il est le fils de mon père, Śailādi (l’Himālaya).»
Verse 23
नन्दीश्वर उवाच । ततस्स शङ्करः स्वीयान्सस्मार गणपान्वरान् । स्वतन्त्रः परमेशानस्सर्वदो भक्तवत्सलः
Nandīśvara dit : «Alors Śaṅkara se souvint de ses propres chefs éminents des troupes de gaṇa. Le Seigneur suprême, libre et souverain, dispensateur de toutes grâces, demeure toujours plein de tendresse pour ses dévots.»
Verse 24
स्मरणादेव रुद्रस्य सम्प्राप्ताश्च गणेश्वराः । असङ्ख्याता महामोदाश्शङ्कराकृतयोऽखिलाः
Au seul souvenir de Rudra, les troupes des Gaṇeśvara survinrent aussitôt. Innombrables, tous exultaient d’une grande joie — des formes façonnées à l’image de Śaṅkara.
Verse 25
ते गणेशाश्शिवं देवीं प्रणम्याहुः शुभं वचः । ते प्रणम्य करौ बद्ध्वा नतस्कन्धा महाबलाः
Ces puissants Gaṇeśa se prosternèrent devant Śiva et la Devī, puis prononcèrent des paroles de bon augure. Les mains jointes, les épaules inclinées dans l’humilité, ils rendirent hommage.
Verse 26
गणेशा ऊचुः । किमर्थं च स्मृता देव ह्याज्ञापय महाप्रभो । किङ्करान्नः समायातांस्त्रिपुरार्दन कामद
Les Gaṇeśa dirent : «Ô Deva, dans quel dessein nous as-tu rappelés à ta mémoire ? Ordonne-nous, ô Grand Seigneur. Que tes serviteurs viennent à nous, ô Destructeur de Tripura, ô Dispensateur des désirs.»
Verse 27
किं सागराञ्शोषयामो यमं वा सह किंकरैः । हन्मो मृत्युं महामृत्युं विशेषं वृद्धपद्मजम्
«Pourquoi assécherions-nous les océans, ou frapperions-nous Yama avec ses serviteurs ? Mieux vaut abattre la Mort elle-même—Mahāmṛtyu—et, tout particulièrement, ce vieillard né du lotus (Brahmā).»
Verse 28
बद्ध्वेन्द्रं सह देवैश्च विष्णुं वा पार्षदैः सह । आनयामः सुसंकुद्धान्दैत्यान्वा दानवैः सह
«Après avoir lié Indra avec les dieux—ou même Viṣṇu avec ses serviteurs—nous les amènerons ici. Sinon, dans une colère extrême, nous amènerons les Daitya avec les Dānava.»
Verse 29
कस्याद्य व्यसनं घोरं करिष्यामस्तवाज्ञया । कस्य वाद्योत्सवो देव सर्वकामसमृद्धये
«Par Ton ordre, ô Deva, sur qui devons-nous aujourd’hui faire tomber un terrible malheur ? Et pour qui, afin que tous les désirs soient pleinement comblés, organiserons-nous une fête avec musique et instruments ?»
Verse 30
नन्दीश्वर उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तेषां गणानां वीरवादिनाम् । उवाच तान्स प्रशंस्य गणेशान्परमेश्वरः
Nandīśvara dit : Ayant ainsi entendu les paroles de ces Gaṇa au langage héroïque, le Seigneur suprême, Parameśvara, loua ces chefs des Gaṇa, puis s’adressa à eux.
Verse 31
शिव उवाच । नन्दीश्वरोयं पुत्रो मे सर्वेषामीश्वरेश्वरः । प्रियो गणामग्रणीस्सर्वैः क्रियतां वचनं मम
Śiva dit : «Ce Nandīśvara est Mon fils, le Seigneur des seigneurs pour tous. Il M’est cher et il est le chef suprême des Gaṇa. Que tous accomplissent donc Ma parole.»
Verse 32
सर्वे प्रीत्याभिषिञ्चध्वं मद्गणानां गतिम्पतिम् । अद्यप्रभृति युष्माकमयं नन्दीश्वरः प्रभुः
«Vous tous, dans la joie du cœur, oignez et consacrez le Seigneur qui est le guide et le maître de Mes Gaṇa. À partir d’aujourd’hui, ce Nandīśvara sera votre souverain.»
Verse 33
नन्दीश्वर उवाच । एवमुक्ताः शङ्करेण गणपास्सर्व्व एव ते । एवमस्त्विति सम्प्रोच्य सम्भारानाहरंस्ततः
Nandīśvara dit : Ainsi interpellés par Śaṅkara, tous les chefs des gaṇas acquiescèrent en disant : « Qu’il en soit ainsi », puis ils allèrent rassembler les matériaux requis.
Verse 34
ततो देवाश्च सेन्द्राश्च नारायणमुखास्तथा । मुनयः सर्वतो लोका आजग्मुर्मुदिताननाः
Alors arrivèrent les dieux —avec Indra— et ceux que menait Nārāyaṇa, ainsi que les sages venus de tous les mondes, le visage rayonnant de joie.
Verse 35
पितामहोपि भगवन्नियोगाच्छङ्करस्य वै । चकार नंदिनस्सर्व्वमभिषेकं समाहितः
Même Pitāmaha (Brahmā), conformément à l’ordre divin de Śaṅkara, accomplit, l’esprit parfaitement recueilli, l’abhiṣeka tout entier — l’ablution de consécration — pour Nandin.
Verse 36
ततो विष्णुस्ततश्शक्रो लोकपालास्तथैव च । ऋषयस्तुष्टुवुश्चैव पितामहपुरोगमाः
Puis Viṣṇu, ensuite Śakra (Indra), ainsi que les gardiens des mondes, avec les ṛṣi, célébrèrent Rudra-Śiva par leurs louanges, Pitāmaha (Brahmā) en tête.
Verse 37
स्तुतिमत्सु ततस्तेषु विष्णुः सर्वजगत्पतिः । शिरस्यञ्जलिमाधाय तुष्टाव च समाहितः
Alors, tandis que s’élevaient ces hymnes de louange, Viṣṇu —Seigneur de l’univers entier—, joignant les paumes et les portant à son front, loua Śiva avec un esprit calme et concentré.
Verse 38
प्राञ्जलिः प्रणतो भूत्वा जयशब्दं चकार च । ततो गणाधिपास्सर्व्वे ततो देवास्ततोऽसुराः
Les mains jointes, il s’inclina avec révérence et poussa le cri de « Jaya ! ». Alors tous les chefs des gaṇas de Śiva firent de même ; puis les dieux, et ensuite même les asuras.
Verse 39
एवं स्तुतश्चाभिषिक्तो देवैस्स ब्रह्मकैस्तदा । नन्दीश्वरोहं विप्रेन्द्र नियोगात्प रमेशितुः
Ainsi, loué puis consacré en ce temps-là par les dieux avec Brahmā, je devins Nandīśvara ; ô le meilleur des brāhmaṇas, par l’ordre du Seigneur Suprême, Parameśvara.
Verse 40
उद्वाहश्च कृतस्तत्र नियोगात्परमेष्ठिनः । महोत्सवयुतः प्रीत्या विष्णुब्रह्मादिभिर्मम
Là, mon mariage fut dûment célébré sur l’ordre de Parameṣṭhin (Brahmā). Avec une joie empreinte d’amour, Viṣṇu, Brahmā et les autres êtres divins le fêtèrent comme une grande solennité.
Verse 41
मरुतां च सुता देवी सुयशास्तु मनोहरा । पत्नी सा मेऽभवद्दिव्या मनोनयननन्दिनी
Et la déesse Suyashā — charmante et rayonnante, fille des Maruts — devint mon épouse divine, réjouissant à la fois l’esprit et les yeux.
Verse 42
लब्धं शशिप्रभं छत्रं तया तत्र विभूषितम् । चामरैश्चामरासक्तहस्ताग्रैः स्त्रीगणैर्युतम्
Là, elle fut parée d’un parasol obtenu pour elle, rayonnant comme la lune ; et elle était accompagnée de troupes de femmes, le bout des doigts occupé à tenir les cāmaras, en service d’honneur.
Verse 43
इति त्रिचत्वारिंशोवतारः
Ainsi s’achève le récit de la quarante-troisième manifestation (avatāra) du Seigneur Rudra (Śiva).
Verse 44
लब्धो हारश्च परमो देव्याः कण्ठगतस्तथा । वृषेन्द्रश्च शितो नागस्सिंहस्सिंहध्वजस्तथा
Alors fut obtenue la guirlande suprême, et elle fut posée au cou de la Devī. De même furent acquis le taureau souverain (Vṛṣendra), le serpent blanc, le lion et la bannière au lion, comme insignes divins et serviteurs sacrés de la Déesse.
Verse 45
रथश्च हेमहारश्च चन्द्रबिंबसमः शुभः । अन्यान्यपि च वस्तूनि लब्धानि हि मया मुने
«J’ai obtenu un char et un collier d’or—de bon augure, rayonnant tel le disque de la lune. Et bien d’autres objets encore, en vérité, ont été acquis par moi, ô sage.»
Verse 46
एवं कृतविवाहोऽहं तया पत्न्या महामुने । पादौ ववन्दे शम्भोश्च शिवाया ब्रह्मणो हरेः
Ainsi, après que mon mariage avec cette épouse eut été accompli selon le rite, ô grand sage, je me prosternai aux pieds de Śambhu (Śiva) et de Śivā (la Déesse divine), et aussi aux pieds de Brahmā et de Hari (Viṣṇu).
Verse 47
तथाविधं त्रिलोकेशस्सपत्नीकं च माम्प्रभुः । प्रोवाच परया प्रीत्या स शिवो भक्तवत्सलः
Alors le Seigneur des trois mondes—Śiva, protecteur compatissant de Ses dévots—s’adressa à moi, ainsi qu’à mon épouse, avec une affection et une grâce suprêmes.
Verse 48
ईश्वर उवाच । शृणु सत्पुत्र तातस्त्वं सुयशेयन्तव प्रिया । ददामि ते वरम्प्रीत्या यत्ते मनसि वाञ्छितम्
Īśvara (le Seigneur Śiva) dit : «Écoute, ô fils vertueux—enfant bien-aimé de Suyaśā. Par affection, Je t’accorde une grâce : ce que ton cœur désire».
Verse 49
सदाहन्तव नन्दीश सन्तुष्टोऽस्मि गणेश्वर । देव्या च सहितो वत्स शृणु मे परमं वचः
Ô Nandīśa, toujours si proche de Moi—ô seigneur parmi les Gaṇas—Je suis satisfait. Cher enfant, avec la Déesse, écoute Ma parole suprême.
Verse 50
सदेष्टश्च विशिष्टश्च परमैश्वर्य्यसंयुतः । महायोगी महेष्वासः स पिता स पितामहः
Il est à jamais le Seigneur élu et le plus éminent, doté de la souveraineté divine suprême. Il est le grand Yogin et le puissant archer ; Il est le Père, et Il est aussi l’Aïeul primordial de tous.
Verse 51
अजेयस्सर्वजेता च सदा पूज्यो महाबलः । अहं यत्र भवांस्तत्र यत्र त्वं तत्र चाप्यहम्
Tu es invincible, vainqueur de tout, toujours digne d’adoration et doté d’une grande puissance. Là où tu es, là Je suis ; et là où tu demeures, là aussi Je demeure.
Verse 52
अयं च ते पिता पुत्र परमैश्वर्य्यसंयुतः । भविष्यति गणाध्यक्षो मम भक्तो महाबलः
«Ô mon fils, ce père qui est le tien, pourvu de la souveraineté suprême, deviendra le chef de Mes gaṇas : Mon dévot, d’une grande force.»
Verse 53
पितामहोऽपि ते वत्स तथास्तु नियमा इमे । मत्समीपं गमिष्यन्ति मया दत्तवरास्तथा
Même ton Aïeul (Brahmā), ô enfant bien‑aimé—qu’il en soit ainsi. Que ces observances soient établies. Ceux à qui j’ai accordé des grâces viendront pareillement en ma présence.
Verse 54
नन्दीश्वर उवाच । ततो देवी महाभागा नन्दिनं वरदाब्रवीत् । वरं ब्रूहीति माम्पुत्र सर्व्वान्कामान्यथेसितान्
Nandīśvara dit : Alors la Déesse, très fortunée et portée à accorder des grâces, s’adressa à Nandin : « Parle, mon fils, du don que tu désires ; j’exaucerai tous tes vœux selon ton souhait. »
Verse 55
तच्छ्रुत्वा वचनं देव्याः प्रावोचत्साञ्जलिस्तदा । भक्तिर्भवतु मे देवि पादयोस्ते सदा वरा
Ayant entendu les paroles de la Déesse, il parla alors les mains jointes : « Ô Devī, que demeure toujours en moi une dévotion excellente à tes pieds. »
Verse 56
श्रुत्वा मम वचो देवी ह्येवमस्त्विति साब्रवीत् । सुयशां ताञ्च सुप्रीत्या नन्दिप्रियतमां शिवाम्
Ayant entendu mes paroles, la Déesse répondit : « Qu’il en soit ainsi. » Puis, avec une grande tendresse, elle accueillit avec joie la Dame auspicious, de noble renommée—Śivā, la plus chère à Nandin—dans une profonde allégresse.
Verse 57
देव्युवाच । वत्से वरं यथेष्टं हि त्रिनेत्रा जन्मवर्जिता । पुत्रपौत्रेस्तु भक्तिर्मे तथा च भर्तुरेव हि
La Déesse dit : «Ô mon enfant bien-aimée, demande la grâce que tu désires. Moi, la Trinétrée, je suis au-delà de la naissance. Qu’en moi demeure la dévotion envers fils et petits-fils, et de même, envers mon époux seul.»
Verse 58
नन्द्युवाच । तदा ब्रह्मा च विष्णुश्च सर्व्वे देवगणाश्च वै । ताभ्यां वरान्ददुः प्रीत्या सुप्रसन्नाश्शिवाज्ञया
Nandī dit : Alors Brahmā et Viṣṇu, et en vérité toutes les cohortes des dieux, réjouis et pleinement apaisés par l’ordre de Śiva, accordèrent avec joie des grâces à ces deux-là.
Verse 59
सान्वयं मां गृहीत्वेशस्ततस्सम्बन्धिबान्धवैः । आरुह्य वृषमीशानो गतो देव्या निजं गृहम्
Alors le Seigneur Īśāna, me prenant avec toute ma lignée et accompagné des parents et des proches, monta sur Son taureau et se rendit à la demeure même de la Déesse.
Verse 60
विष्ण्वादयः सुरास्सर्व्वे प्रशंसन्तो ह्यमी तदा । स्वधामानि ययुः प्रीत्या संस्तुवन्तः शिवं शिवम्
Alors tous les dieux—conduits par Viṣṇu—Le louèrent ; puis, remplis de joie, ils regagnèrent leurs demeures, ne cessant d’exalter Śiva, le Seigneur à jamais auspiceux.
Verse 61
इति ते कथितो वत्स स्वावतारो महामुने । सदानन्दकरः पुंसां शिवभक्तिप्रवर्द्धनः
Ainsi, cher enfant—ô grand sage—t’a été relatée cette incarnation auto-manifestée : elle confère aux hommes une félicité constante et accroît la dévotion envers le Seigneur Śiva.
Verse 62
य इदन्नन्दिनो जन्म वरदानन्तथा मम । अभिषेकं विवाहं च शृणुयाच्छ्रावयेत्तथा
Quiconque écoute—ou fait écouter à d’autres—ce récit de la naissance de Nandin, de la grâce accordée (par moi), ainsi que de son onction sacrée et de son mariage, en reçoit la bénédiction.
Verse 63
पठेद्वा पाठयेद्वापि श्रद्धावान्भक्तिसंयुतः । इह सर्व्वसुखम्भुक्त्वा परत्र लभते गतिम्
Qu’on le récite soi-même ou qu’on le fasse réciter, celui qui est pourvu de foi et uni à la dévotion jouit ici de toutes les joies, et dans l’au-delà atteint la voie suprême : la délivrance par la grâce du Seigneur Śiva.
Nandikeśvara narrates a tapas-and-mantra regimen culminating in Śiva’s direct appearance and boon-giving dialogue; the theological argument is that disciplined Rudra-japa and dhyāna, when fused with bhakti, reliably leads to darśana and anugraha.
The heart-lotus (hṛt-puṇḍarīka) frames Śiva-realization as interiorized worship; pañcavaktra signals Śiva’s comprehensive sovereignty over the fivefold cosmic functions, while tryambaka/tryakṣa encodes transcendent insight across time and guṇas—making iconography a map of metaphysics.
Śiva appears as Tryambaka—tryakṣa, śānta, and pañcavaktra (also styled Vṛṣabhadhvaja and Soma-arddha-bhūṣaṇa); Devī is referenced as Himavat’s daughter (Pārvatī), situated among gaṇas as part of the divine court witnessing Śiva’s compassionate response.