
Sanatkumāra raconte à Vyāsa l’épisode de l’asura Duṃdubhinirhrāda (parent de Prahlāda). Après que Viṣṇu a tué Hiraṇyākṣa, Diti est accablée de chagrin. Duṃdubhinirhrāda la console et, en tant que roi des daityas maître de la māyā, réfléchit à la manière de vaincre les devas. Il analyse ce qui soutient leur puissance—ce qu’ils « mangent », « portent » et « dont ils dépendent »—et conclut que la force des devas n’est pas autonome, mais nourrie par les rites sacrificiels (kratu/yajña). Or les rites procèdent des Veda, et les Veda reposent sur les brāhmaṇa ; ainsi les brāhmaṇa sont présentés comme le pilier de l’ordre des devas. Suivant ce raisonnement, Duṃdubhinirhrāda cherche à plusieurs reprises à tuer des brāhmaṇa afin de rompre la transmission védique et d’affaiblir l’efficacité rituelle, pour couper la base même des devas. Le chapitre établit la chaîne brāhmaṇa→Veda→yajña→deva-bala et condamne fermement la violence contre les gardiens du sacré.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । शृणु व्यास प्रवक्ष्यामि चरितं शशिमौलिनः । यथा दुंदुभिनिर्ह्रादमवधीद्दितिजं हरः
Sanatkumāra dit : « Écoute, ô Vyāsa ; je vais te raconter les exploits sacrés du Seigneur au croissant de lune, et comment Hara abattit le démon né de Diti nommé Duṃdubhi-nirhrāda. »
Verse 2
हिरण्याक्षे हते दैत्ये दितिपुत्रे महाबले । विष्णुदेवेन कालेन प्राप दुखं पहद्दितिः
Lorsque le puissant Daitya Hiraṇyākṣa, fils de Diti, fut tué en son temps par le dieu Viṣṇu, le cœur de Diti fut frappé et elle sombra dans une profonde douleur.
Verse 3
दैत्यो दुंदुभिनिर्ह्रादो दुष्टः प्रह्लादमातुलः । सांत्वयामास तां वाग्भिर्दुःखितां देवदुःखदः
Ce Daitya malfaisant, Duṃdubhinirhrāda — oncle maternel de Prahlāda et tourmenteur des dieux — chercha à consoler l’affligée par des paroles insinuantes.
Verse 4
अथ दैत्यस्स मायावी दितिमाश्वास्य दैत्यराट् । देवाः कथं सुजेयाः स्युरित्युपायमर्चितयत्
Alors le roi des Daityas, maître d’illusion et de ruse, consola Diti et se mit à ourdir un stratagème, songeant : «Comment les Devas pourraient-ils être vaincus aisément ?»
Verse 5
देवैश्च घातितो वीरो हिरण्याक्षो महासुरः । विष्णुना च सह भ्रात्रा सच्छलैर्देत्यवैरिभिः
Le vaillant grand Asura Hiraṇyākṣa fut mis à mort par les Devas—par Viṣṇu aussi, avec son frère—au moyen de stratagèmes, eux qui étaient les ennemis des Daityas.
Verse 6
किंबलाश्च किमाहारा किमाधारा हि निर्जराः । मया कथं सुजेयास्स्युरित्युपायमचिंतयत्
Il chercha un moyen, se disant : «Quelle est leur force ? Quelle est leur subsistance ? Sur quoi s’appuient ces êtres immortels ? Et par quelle méthode pourrai-je les vaincre à coup sûr ?»
Verse 7
विचार्य बहुशो दैत्यस्तत्त्वं विज्ञाय निश्चितम् । अवश्यमग्रजन्मानो हेतवोऽत्र विचारतः
Après avoir longuement réfléchi, le Daitya, ayant discerné le principe véritable, parvint à une conclusion ferme : à bien considérer, les causes ici prennent inévitablement racine chez ceux qui sont nés auparavant, les aînés éminents.
Verse 8
ब्राह्मणान्हंतुमसकृदन्वधावत वै ततः । दैत्यो दुन्दुभिनिर्ह्रादो देववैरी महाखलः
Alors ce Daitya pervers — Dundubhi, dont le rugissement résonnait tel un tambour de guerre et qui était l’ennemi des dieux — se rua maintes fois en avant, résolu à tuer les Brāhmaṇa.
Verse 9
यतः क्रतुभुजो देवाः क्रतवो वेदसंभवाः । ते वेदा ब्राह्मणाधारास्ततो देवबलं द्विजाः
Car les dieux sont nourris par les offrandes du sacrifice, et les sacrifices naissent des Veda. Les Veda, à leur tour, reposent sur les Brāhmaṇa ; ainsi, ô « deux-fois-nés », la force même des dieux dépend des Brāhmaṇa.
Verse 10
निश्चितं ब्राह्मणाधारास्सर्वे वेदास्सवासवाः । गीर्वाणा ब्राह्मणबला नात्र कार्या विचारणा
Il est solidement établi que tous les Veda, avec Indra et les autres dieux, reposent sur le soutien des Brāhmaṇa. Même les êtres célestes tirent leur force de la puissance des Brāhmaṇa : nul besoin ici de doute ni de discussion.
Verse 11
ब्राह्मणा यदि नष्टास्स्युर्वेदा नष्टास्ततस्त्वयम् । अतस्तेषु प्रणष्टेषु विनष्टाः सततं सुराः
Si les Brāhmaṇa venaient à être détruits, les Veda seraient détruits, et avec eux vous seriez vous aussi défaits. Ainsi, lorsqu’ils périssent, les dieux sont inévitablement voués à la ruine.
Verse 12
यज्ञेषु नाशं गच्छत्सु हताहारास्ततस्सुराः । निर्बलास्सुखजय्याः स्युर्निर्जितेषु सुरेष्वथ
Lorsque les rites sacrificiels furent menés à la ruine, les dieux se trouvèrent privés de leur nourriture. Devenus faibles et aisément vaincus, les deva furent alors défaits au combat.
Verse 13
अहमेव भविष्यामि मान्यस्त्रिजगतीपतिः । अहरिष्यामि देवा नामक्षयास्सर्वसंपदः
«Moi seul deviendrai le Seigneur honoré des trois mondes. J’arracherai aux dieux toutes leurs prospérités inépuisables.»
Verse 14
निर्वेक्ष्यामि सुखान्येव राज्ये निहतकंटके । इति निश्चित्य दुर्बुद्धिः पुनश्चिंतितवान्खलः
«À présent, je jouirai vraiment des plaisirs dans un royaume dont les épines (ennemis et obstacles) ont été tranchées.» Ayant décidé ainsi, cet homme mauvais au jugement perverti se remit à réfléchir.
Verse 15
द्विजाः क्व संति भूयांसो ब्रह्मतेजोतिबृंहिता । श्रुत्यध्यनसंपन्नास्तपोबलसमन्विताः
Où donc sont ces nombreux dvija—sages affermis par la splendeur de la connaissance sacrée—accomplis dans l’étude des Veda et pourvus de la force née de l’austérité?
Verse 16
भूयसां ब्राह्मणानां तु स्थानं वाराणसी खलु । तामादावुपसंहृत्य यायां तीर्थांतरं ततः
En vérité, Vārāṇasī (Kāśī) est la demeure première de la grande multitude des brāhmaṇa. S’y étant d’abord rassemblé et ayant dûment achevé ses observances, qu’on se rende ensuite vers d’autres tīrtha sacrés.
Verse 17
यत्र यत्र हि तीर्थेषु यत्र यत्राश्रमेषु च । संति सर्वेऽग्रजन्मानस्ते मयाद्यास्समंततः
Partout où se trouvent des tīrtha de pèlerinage, et partout où se trouvent des āśrama, là sont présents tous ces vénérables nés au plus haut rang—entourés de toutes parts par moi, le Primordial.
Verse 18
इति दुंदुभिनिर्ह्रादो मतिं कृत्वा कुलोचिताम् । प्राप्यापि काशीं दुर्वृत्तो मायावी न्यवधीद्द्विजान्
Ainsi, Duṃdubhinirhrāda—ayant arrêté une conduite conforme à son lignage—parvint à Kāśī ; mais ce scélérat trompeur, abusé par māyā, tua les sages brāhmaṇa.
Verse 19
समित्कुशान्समादातुं यत्र यांति द्विजोत्तमाः । अरण्ये तत्र तान्सर्वान्स भक्षयति दुर्मतिः
Partout où les brāhmaṇas d’élite vont dans la forêt pour recueillir les bois sacrés et l’herbe kuśa, cet être au mauvais dessein s’y rend et les dévore tous.
Verse 20
यथा कोऽपि न वेत्त्येवं तथाऽच्छन्नोऽभवत्पुनः । वने वनेचरो भूत्वा यादोरूपो जलाशये
Afin que nul ne puisse le reconnaître, il se dissimula de nouveau. Dans la forêt, il vécut tel un habitant des bois, et dans les eaux il prit la forme d’un être aquatique semblable à un poisson.
Verse 21
अदृश्यरूपी मायावी देवानामप्यगोचरः । दिवा ध्यानपरस्तिष्ठेन्मुनिवन्मुनिमध्यगः
Lui, dont la forme est invisible et qui manie une māyā merveilleuse, demeure hors d’atteinte même des dieux. Le jour, il reste entièrement absorbé dans la méditation, vivant tel un muni au milieu des munis.
Verse 22
प्रवेशमुटजानां च निर्गमं हि विलोकयन् । यामिन्यां व्याघ्ररूपेणाभक्षयद्ब्राह्मणान्बहून्
Guettant les allées et venues aux huttes forestières des sages, la nuit il prenait la forme d’un tigre et dévorait de nombreux brāhmaṇas.
Verse 23
निश्शंकम्भक्षयत्येवं न त्यजत्यपि कीकशम् । इत्थं निपातितास्तेन विप्रा दुष्टेन भूरिशः
Ainsi, sans la moindre crainte, il continuait à les dévorer et ne rejetait même pas les os. De la sorte, de nombreux brāhmaṇas furent abattus en grand nombre par ce scélérat.
Verse 24
एकदा शिवरात्रौ तु भक्तस्त्वेको निजोटजे । सपर्यां देवदेवस्य कृत्वा ध्यानस्थितोऽभवत्
Une fois, durant la nuit sacrée de Śivarātri, un dévot solitaire, dans sa propre hutte, accomplit le culte du Dieu des dieux, le Seigneur Śiva ; puis, son service achevé, il demeura établi en méditation.
Verse 25
स च दुंदुभिनिर्ह्रादो दैत्येन्द्रो बलदर्पितः । व्याघ्ररूपं समास्थाय तमादातुं मतिं दधे
Et ce roi daitya, Duṃdubhinirhrāda, enivré de l’orgueil de sa force, prit la forme d’un tigre et résolut en son cœur de le saisir.
Verse 26
तं भक्तं ध्यानमापन्नं दृढचित्तं शिवेक्षणे । कृतास्त्रमन्त्रविन्यासं तं क्रांतुमशकन्न सः
Mais il ne put terrasser ce dévot—absorbé en méditation, l’esprit inébranlable, le regard fixé sur Śiva—car il avait déjà disposé et consacré, selon l’ordre juste, ses mantras d’armes.
Verse 27
अथ सर्वं गतश्शम्भुर्ज्ञात्वा तस्याशयं हरः । दैत्यस्य दुष्टरूपस्य वधाय विदधे धियम्
Alors Śambhu, qui sait tout ce qui s’est produit, comprit l’intention intime du démon ; et Hara, afin de mettre à mort ce daitya à la forme perverse, arrêta en son esprit le moyen de le détruire.
Verse 28
यावदादित्सति व्याघ्रस्तावदाविरभूद्धरः । जगद्रक्षामणिस्त्र्यक्षो भक्तरक्षणदक्षधीः
Au moment même où le tigre allait frapper, Hara se manifesta aussitôt en ce lieu : le Seigneur aux trois yeux, joyau de protection du monde entier, dont la résolution excelle à sauvegarder Ses dévots.
Verse 29
रुद्रमायांतमालोक्य तद्भक्तार्चितलिंगतः । दैत्यस्तेनैव रूपेण ववृधे भूधरोपमः
Voyant la puissance merveilleuse de Rudra se manifester depuis ce Liṅga vénéré par Ses dévots, le Daitya prit cette même forme et grandit démesurément, tel une montagne.
Verse 30
सावज्ञमथ सर्वज्ञं यावत्पश्यति दानवः । तावदायातमादाय कक्षायंत्रे न्यपीडयत्
Alors, tandis que le démon regardait encore avec mépris l’Omniscient, il saisit soudain celui qui s’était approché et l’écrasa dans un dispositif de contrainte fixé à l’aisselle.
Verse 31
पंचास्यस्त्वथ पंचास्यं मुष्ट्या मूर्द्धन्यताडयत । भक्तवत्सलनामासौ वज्रादपि कठोरया
Alors Pañcāsya frappa Pañcāsya au sommet du crâne de son poing—lui que l’on célèbre comme « Bhaktavatsala », tendre envers les dévots—et pourtant son coup fut plus dur que le vajra.
Verse 32
स तेन मुष्टिघातेन कक्षानिष्पेषणेन च । अत्यार्तमारटद्व्याघ्रो रोदसीं पूरयन्मृतः
Frappé par ce coup de poing écrasant, les flancs broyés, le tigre poussa un cri d’agonie extrême—emplissant la terre et les cieux de son rugissement—puis il mourut.
Verse 33
तेन नादेन महता संप्रवेपितमानसाः । तपोधनास्समाजग्मुर्निशि शब्दानुसारतः
Ébranlés dans leur esprit par cette puissante résonance, les ascètes riches en austérités se rassemblèrent dans la nuit, suivant le son comme leur guide.
Verse 34
अत्रेश्वरं समालोक्य कक्षीकृतमृगेश्वरम् । तुष्टुवुः प्रणतास्सर्वे शर्वं जयजयाक्षरैः
Voyant Atreśvara — le Seigneur Śarva — qui avait tenu tout près de son flanc le seigneur des bêtes, tous se prosternèrent et louèrent Śiva par des cris répétés : «Victoire ! Victoire !»
Verse 35
ब्राह्मणा ऊचुः । परित्राताः परित्राताः प्रत्यूहाद्दारुणादितः । अनुग्रहं कुरुष्वेश तिष्ठात्रैव जगद्गुरो
Les brāhmaṇa dirent : «Nous avons été sauvés — sauvés en vérité — de ce terrible désastre. Ô Seigneur, accorde-nous ta grâce ; demeure ici même, ô Maître du monde.»
Verse 36
अनेनैव स्वरूपेण व्याघ्रेश इति नामतः । कुरु रक्षां महादेव ज्येष्ठस्थानस्य सर्वदा
Ô Mahādeva, demeurant en cette même forme et portant le nom de «Vyāghreśa», protège à jamais ce saint Jyeṣṭha-sthāna.
Verse 37
अन्येभ्यो ह्युपसर्गेभ्यो रक्ष नस्तीर्थवासिनः । दुष्टानष्टास्य गौरीश भक्तेभ्यो देहि चाभयम्
Ô Seigneur de Gaurī (Gaurīśa), protège-nous, habitants de ce tīrtha sacré, de tout autre malheur et de toute affliction. Ô Seigneur aux huit visages, dompte les méchants et accorde l’intrépidité (abhaya) à Tes dévots.
Verse 38
सनत्कुमार उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तेषां भक्तानां चन्द्रशेखरः । तथेत्युक्त्वा पुनः प्राह स भक्तान्भक्तवत्सलः
Sanatkumāra dit : Ayant entendu les paroles de ces dévots, Candraśekhara (Śiva), toujours plein de tendresse pour Ses bhaktas, répondit : « Qu’il en soit ainsi », puis Il leur parla de nouveau.
Verse 39
महेश्वर उवाच । यो मामनेन रूपेण द्रक्ष्यति श्रद्धयात्र वै । तस्योपसर्गसंधानं पातयिष्याम्यसंशयम्
Maheśvara dit : «Quiconque, ici, Me contemple en cette forme même avec une foi sincère, sur lui Je ferai tomber et Je détruirai, sans nul doute, l’assaut des peines et des obstacles.»
Verse 40
मच्चरित्रमिदं श्रुत्वा स्मृत्वा लिंगमिदं हृदि । संग्रामे प्रविशन्मर्त्यो जयमाप्नोत्यसंशयम्
Après avoir entendu ce récit Me concernant, et en gardant par le souvenir ce même Liṅga dans le cœur, le mortel qui entre sur le champ de bataille obtient la victoire, sans nul doute.
Verse 41
एतस्मिन्नंतरे देवास्समाजग्मुस्सवासवाः । जयेति शब्दं कुर्वंतो महोत्सवपुरस्सरम्
Cependant, tous les Devas, avec Indra, s’assemblèrent en ce lieu, faisant retentir le cri de « Victoire ! », et s’avançant comme à la tête d’une grande fête solennelle.
Verse 42
प्रणम्य शंकरं प्रेम्णा सर्वे सांजलयस्सुराः । नतस्कंधाः सुवाग्भिस्ते तुष्टुवुर्भक्तवत्सलम्
S’étant prosternés devant Śaṅkara avec une dévotion aimante, tous les dieux, les paumes jointes et les épaules inclinées avec respect, le célébrèrent par de nobles paroles—Lui qui demeure toujours plein d’affection pour ses dévots.
Verse 43
देवा ऊचुः । जय शंकर देवेश प्रणतार्तिहर प्रभो । एतद्दुंदुभिनिर्ह्रादवधात्त्राता वयं सुराः
Les Devas dirent : « Victoire à Toi, Śaṅkara, Seigneur des dieux ! Ô Maître qui dissipes la souffrance de ceux qui se prosternent devant Toi. Protège-nous—nous, les dieux—du fracas terrifiant du tambour de guerre ; en Toi nous cherchons refuge. »
Verse 44
सदा रक्षा प्रकर्तव्या भक्तानां भक्तवत्सल । वध्याः खलाश्च देवेश त्वया सर्वेश्वर प्रभो
Ô Seigneur, toujours plein de tendresse pour Tes dévots, protège sans cesse les dévots. Et, ô Seigneur des dieux, ô Maître suprême, que les méchants aussi soient abattus par Toi.
Verse 45
इत्याकर्ण्य वचस्तेषां सुराणां परमेश्वरः । तथेत्युक्त्वा प्रसन्नात्मा तस्मिंल्लिंगे लयं ययौ
Ayant entendu ces paroles des dieux, le Seigneur Suprême (Parameśvara) dit : « Qu’il en soit ainsi. » Le cœur paisible et plein de grâce, Il entra alors en l’absorption—se fondant dans ce Liṅga même.
Verse 46
सविस्मयास्ततो देवास्स्वंस्वं धाम ययुर्मुदा । तेऽपि विप्रा महाहर्षात्पुनर्याता यथागतम्
Alors les dieux, saisis d’émerveillement, repartirent joyeusement vers leurs demeures respectives. Quant aux sages brāhmaṇas, transportés d’une grande allégresse, ils retournèrent par le même chemin qu’à l’aller.
Verse 47
इदं चरित्रं परम व्याघ्रेश्वरसमुद्भवम् । शृणुयाच्छ्रावयेद्वापि पठेद्वा पाठयेत्तथा
Ce récit sacré suprême, issu de la gloire de Vyāghreśvara, doit être écouté, fait entendre (récité à autrui), lu, ou encore fait lire de même.
Verse 48
सर्वान्कामानवाप्नोति नरस्स्वमनसेसितान् । परत्र लभते मोक्षं सर्वदुःखविवर्जितः
Cette personne obtient tous les désirs chéris en son esprit ; et dans l’au-delà elle reçoit mokṣa—la délivrance—devenant entièrement exempte de toute souffrance.
Verse 49
इदमाख्यानमतुलं शिवलीला मृताक्षरम् । स्वर्ग्यं यशस्यमायुष्यं पुत्रपौत्रप्रवर्द्धनम्
Ce récit sacré, incomparable, du līlā divin de Śiva est impérissable dans ses syllabes. Il confère mérite céleste, renommée, longue vie, et accroît fils et petits-fils.
Verse 50
परं भक्तिप्रदं धन्यं शिवप्रीतिकरं शिवम् । परमज्ञानदं रम्यं विकारहरणं परम्
Suprême est l’auspicieux Seigneur Śiva : dispensateur de la plus haute bhakti, véritablement béni, et cause même de la joie de Śiva. Il accorde la connaissance suprême, d’une beauté merveilleuse, et il est le souverain ôteur de toute altération et impureté intérieure.
Verse 58
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वि रुद्रसंहितायां पञ्च युद्धखण्डे दुंदुभिनिर्ह्राददैत्यवधवर्णनं नामाष्टपञ्चाशत्तमोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la seconde section, la Rudra-saṃhitā, dans la cinquième division appelée Yuddha-khaṇḍa—s’achève le cinquante-huitième chapitre, intitulé : «Description de la mise à mort du daitya Duṃdubhi-nirhrāda».
After Viṣṇu kills Hiraṇyākṣa, Diti grieves; Duṃdubhinirhrāda consoles her and formulates a plan to defeat the devas by targeting brāhmaṇas, the perceived foundation of Vedic rites and deva strength.
The chapter encodes a dependency chain—brāhmaṇa → Veda → yajña → deva-bala—presenting ritual integrity and sacred knowledge transmission as the hidden infrastructure of cosmic stability.
It highlights asuric māyā as strategic intellect and institutional sabotage, contrasted with the dharmic premise that divine power is mediated through Vedic order and its human custodians.