Adhyaya 48
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 4856 Verses

गोत्र-प्रवर-प्रश्नः तथा तिथ्यादि-कीर्तनं (Gotra–Pravara Inquiry and Proclamation of Auspicious Time)

L’Adhyāya 48 met en scène un moment solennel et ritualisé au cœur des préparatifs du mariage : sur l’invitation de Garga, en tant qu’ācārya, Himavān et Menā se disposent à donner la jeune fille en mariage, inaugurant l’hospitalité et les préliminaires cérémoniels. Menā paraît parée, portant un vase d’or, tandis que le roi des montagnes, Himavān, et les prêtres de sa maison accomplissent les rites d’accueil (pādya et offrandes associées) et honorent l’époux par des vêtements, du santal et des ornements. Himavān prie ensuite les brāhmaṇa savants, versés dans la science du calendrier, d’annoncer la tithi et les signes propices convenant à l’occasion ; ils s’exécutent avec joie. Le récit se tourne alors vers une tension théologique : poussé intérieurement par Śambhu, Himācala demande à Śiva d’énoncer son gotra, son pravara, sa lignée, son nom, son Veda et sa śākhā, identifiants requis par l’orthopraxie matrimoniale. Śiva, dont la nature transcende ces classifications, demeure silencieux, « sans parole », suscitant l’étonnement des dieux, des sages et des êtres présents. Ce silence appelle l’intervention de Nārada, brahmavid et joueur de vīṇā, qui transforme la difficulté sociale et rituelle en révélation de la condition supra-généalogique de Śiva, tout en maintenant le déroulement du mariage dans le cadre des procédures orthodoxes.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मोवाच । एतस्मिन्नंतरे तत्र गर्गाचार्य्यप्रणोदितः । हिमवान्मेनया सार्द्धं कन्या दातुं प्रचक्रमे

Brahmā dit : Pendant ce temps, en cet instant même et en ce lieu, Himavān—poussé par le vénérable maître Garga—avec Menā, commença les préparatifs pour donner sa fille en mariage.

Verse 2

हैमं कलशमादाय मेना चार्द्धांगमाश्रिता । हिमाद्रेश्च महाभागा वस्त्राभरणभूषिता

Saisissant un kalaśa d’or, la noble Menā—se tenant au côté de l’Himālaya—demeura là, parée de vêtements et d’ornements, dans toute sa dignité de bon augure.

Verse 3

पाद्यादिभिस्ततः शैलः प्रहृष्टः स्वपुरोहितः । तं वंरं वरयामास वस्त्रचंदनभूषणैः

Puis Śaila (le Roi de la Montagne), tout réjoui, avec son propre prêtre domestique, honora cet Être d’excellence par des offrandes commençant par l’eau pour les pieds, ainsi que par des vêtements, de la pâte de santal et des parures.

Verse 4

ततो हिमाद्रिणा प्रोक्ता द्विजास्तिथ्यादिकीर्तने । प्रयोगो भण्यतां तावदस्मिन्समय आगते

Alors l’Himālaya prit la parole, louant l’honneur dû au brāhmane hôte et les devoirs qui s’y rattachent : «Puisque cette occasion est venue, que l’on expose le juste procédé à accomplir en ce moment.»

Verse 5

तथेति चोक्त्वा ते सर्वे कालज्ञा द्विजसत्तमाः । तिथ्यादिकीर्तनं चक्रुः प्रीत्या परमनिर्वृताः

Disant : «Qu’il en soit ainsi», tous ces brāhmanes d’élite, connaisseurs du temps sacré, proclamèrent avec joie le tithi et les autres indications calendaires, comblés d’amour et de suprême quiétude.

Verse 6

ततो हिमाचलः प्रीत्या शम्भुना प्रेरितो हृदा । सूती कृतः परेशेन विहसञ्शम्भुमब्रवीत्

Alors Himācala, seigneur des montagnes, rempli de joie et intérieurement poussé par Śambhu, fut établi par le Seigneur suprême pour prendre la parole ; souriant, il s’adressa à Śambhu.

Verse 7

स्वगोत्रं कथ्यतां शम्भो प्रवरश्च कुलं तथा । नाम वेदं तथा शाखां मा कार्षीत्समयात्ययम्

«Ô Śambhu, daigne déclarer ton propre gotra, ton pravara et aussi ta lignée; dis encore ton nom, ton Veda et ta branche védique. Ne fais pas de retard au-delà du temps prescrit.»

Verse 8

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य हिमाद्रेश्शङ्करस्तदा । सुमुखाविमुखः सद्योऽप्यशोच्यः शोच्यतां गतः

Brahmā dit : «Entendant ces paroles, Śaṅkara, sur l’Himālaya, se détourna aussitôt de Sumukhā ; bien que, par nature, il soit au-delà de la peine, il prit sur-le-champ un état qui appelait la compassion, comme s’il était affligé.»

Verse 9

एवंविधस्सुरवरैर्मुनिभिस्तदानीं गन्धर्वयक्षगणसिद्धगणैस्तथैव । दृष्टो निरुत्तरमुखो भगवान्महेशोऽकार्षीस्तु हास्यमथ तत्र स नारदत्वम्

En ce temps-là, lorsque les plus éminents des dieux, les sages, et de même les troupes de Gandharvas, de Yakṣas et de Siddhas virent Bhagavān Maheśa, le visage muet et sans réplique, il sourit. Alors, en cet instant même, Nārada fut établi dans l’état d’être Nārada, dans sa « nârada-ité ».

Verse 10

वीणामवादयस्त्वं हि ब्रह्मविज्ञोऽथ नारद । शिवेन प्रेरितस्तत्र मनसा शम्भुमानसः

Ô Nārada, connaisseur du Brahman, tu te mis là à jouer de la vīṇā—poussé par Śiva lui-même, l’esprit entièrement absorbé en Śambhu.

Verse 11

तदा निवारितो धीमान्पर्वतेन्द्रेण वै हठात् । विष्णुना च मया देवैर्मुनिभिश्चाखिलैस्तथा

Alors ce sage fut retenu de force par Parvatendra ; et de même par Viṣṇu, par moi, par les dieux et par tous les sages.

Verse 12

न निवृत्तोऽभवस्त्वं हि स यदा शङ्करेच्छया । इति प्रोक्तोऽद्रिणा तर्हि वीणां मा वादयाधुना

En vérité, tu ne t’es point retiré alors de ton acte, car cela advint par la volonté même de Śaṅkara. Ainsi parlé par la Montagne (Himālaya), il dit ensuite : «Ne joue pas de la vīṇā maintenant.»

Verse 13

सुनिषिद्धो हठात्तेन देवर्षे त्वं यदा बुध । प्रत्यवोचो गिरीशं तं सुसंस्मृत्य महेश्वरम्

Ô sage ṛṣi divin : lorsque, par lui, tu fus brusquement et strictement retenu, tu répondis après avoir, en ton for intérieur, rappelé le Seigneur de la Montagne, Mahādeva, Maheśvara.

Verse 14

नारद उवाच । त्वं हि मूढत्वमापन्नो न जानासि च किञ्चन । वाच्ये महेशविषयेऽतीवासि त्वं बहिर्मुखः

Nārada dit : «En vérité, tu es tombé dans l’égarement et tu ne sais absolument rien. Quant à ce qu’il convient de dire au sujet de Maheśa (Śiva), tu es excessivement tourné vers l’extérieur, étranger à la vérité intérieure.»

Verse 15

त्वया पृष्ठो हरस्साक्षात्स्वगोत्रकथनं प्रति । समयेऽस्मिंस्तदत्यन्तमुपहासकरं वचः

Tu as interrogé Hara en personne au sujet du récit de sa propre lignée ; en cet instant, de telles paroles sont tout à fait risibles, bonnes seulement pour la plaisanterie.

Verse 16

अस्य गोत्रं कुलं नाम नैव जानन्ति पर्वत । विष्णुब्रह्मादयोऽपीह परेषां का कथा स्मृता

Ô Montagne (Himālaya), nul ne connaît vraiment sa lignée, sa famille, ni même son Nom. Même Viṣṇu, Brahmā et les autres dieux ne le savent pas ici ; que dire alors de quiconque d’autre ?

Verse 17

यस्यैकदिवसे शैल ब्रह्मकोटिर्लयं गता । स एव शङ्करस्तेद्य दृष्टः कालीतपोबलात

Ô Montagne, en un seul jour, en Celui par qui des crores de Brahmā se résorbent dans le laya—Lui seul est Śaṅkara; aujourd’hui tu l’as vu, par la puissance de l’austérité (tapas) de Kālī.

Verse 18

अरूपोऽयं परब्रह्म निर्गुणः प्रकृतेः परः । निराकारो निर्विकारो मायाधीशः परात्परः

Il est le Parabrahman suprême, sans forme et sans guṇa, au-delà de la Prakṛti. Sans figure et sans changement, Il est le Seigneur qui gouverne la Māyā, le Transcendant au-delà même du plus haut.

Verse 19

अगोत्रकुलनामा हि स्वतन्त्रो भक्तवत्सलः । तदिच्छया हि सगुणस्सुतनुर्बहुनामभृत्

Il n’a ni gotra, ni clan, ni nom qui Le limite ; Il est pleinement souverain et plein de tendresse pour Ses dévots. Pourtant, par Sa propre volonté, Il devient le Seigneur Saguṇa, prenant une forme belle et portant de nombreux noms.

Verse 20

सुगोत्री गोत्रहीनश्च कुलहीनः कुलीनकः । पार्वतीतपसा सोऽद्य जामाता ते न संशयः

Il est de noble lignée—et pourtant au-delà de toute lignée ; sans clan—et pourtant la perfection de tout clan. Par la puissance des austérités de Pārvatī, aujourd’hui Il est devenu ton gendre ; il n’y a là aucun doute.

Verse 21

लीलाविहारिणा तेन मोहितं च चराचरम् । नो जानाति शिवं कोऽपि प्राज्ञोऽपि गिरिसत्तम

Ô le plus excellent des monts, par Celui qui se plaît au jeu divin, tout ce qui est mobile et immobile est certes illusionné; ainsi nul—même réputé sage—ne connaît véritablement Śiva dans la plénitude de sa réalité.

Verse 22

लिंगाकृतेर्महेशस्य केन दृष्टं न मस्तकम् । विष्णुर्गत्वा हि पातालं तदेनं नापविस्मितः

Qui donc a jamais vu la tête, la limite suprême, de Mahādeva lorsqu’Il se manifesta sous la forme du Liṅga ? Même Viṣṇu, descendu jusqu’à Pātāla pour Le chercher, ne put sonder cette Réalité ni en découvrir la fin.

Verse 23

किंबहूक्त्या नगश्रेष्ठ शिवमाया दुरत्यया । तदधीनास्त्रयो लोका हरिब्रह्मादयोपि च

Que dire de plus, ô le meilleur des monts ? La Māyā de Śiva est vraiment difficile à franchir. Les trois mondes lui sont soumis — Viṣṇu, Brahmā et les autres également.

Verse 24

तस्मात्त्वया शिवा तात सुविचार्य प्रयत्नतः । न कर्तव्यो विमर्शोऽत्र त्वेवंविधवरे मनाक्

Ainsi donc, cher enfant, réfléchis avec soin et de tout ton effort à Śivā (Pārvatī). En cette affaire, n’entretiens pas la moindre hésitation ni le plus léger doute, car tu es digne et apte à une telle union.

Verse 25

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा त्वं मुने ज्ञानी शिवेच्छाकार्यकारकः । प्रत्यवोचः पुनस्तं वै शैलेद्रं हर्षयन्गिरा

Brahmā dit : «Après avoir parlé ainsi, ô muni — sage, et artisan de l’œuvre selon la volonté de Śiva — tu répondis de nouveau à ce seigneur des montagnes, le réjouissant par tes paroles.»

Verse 26

नारद उवाच । शृणु तात महाशैल शिवाजनक मद्वचः । तच्छ्रुत्वा तनयां देवीं देहि त्वं शंकराय हि

Nārada dit : « Écoute, cher Mahāśaila—ô père de la Devī Śivā—mes paroles. Après les avoir entendues, donne vraiment ta fille divine en mariage à Śaṅkara. »

Verse 27

सगुणस्य महेशस्य लीलया रूप धारिणः । गोत्रं कुलं विजानीहि नादमेव हि केवलम्

Sache-le bien : Maheśa—bien qu’avec attributs (saguṇa)—ne revêt des formes que par līlā, son jeu divin. Ainsi, pour Lui, point de véritable « lignée » ni de « famille » : en essence, Il n’est que Nāda, le son primordial.

Verse 28

शिवो नादमयः सत्त्यं नादश्शिवमयस्तथा । उभयोरन्तरं नास्ति नादस्य च शिवस्य च

Vraiment, Śiva est de la nature de Nāda, le son sacré primordial, et Nāda est pareillement de la nature de Śiva. Entre Nāda et Śiva, il n’est aucune différence : nulle séparation entre le principe du son et Śiva Lui-même.

Verse 29

सृष्टौ प्रथमजत्वाद्धि लीलासगुणरूपिणः । शिवान्नादस्य शैलेन्द्र सर्वोत्कृष्टस्ततस्स हि

Ô Seigneur des montagnes, parce qu’il fut le premier à surgir dans la création, ce son sacré—le nāda de Śiva, manifestation par līlā de sa forme saguṇa—est dès lors proclamé le plus उत्कृष्ट de tous.

Verse 30

अतो हि वादिता वीणा प्रेरितेन मयाद्य वै । सर्वेश्वरेण मनसा शङ्करेण हिमालय

Ainsi, ô Himālaya, aujourd’hui cette vīṇā a véritablement été jouée par moi, poussé intérieurement par Śaṅkara—le Seigneur de tout—par Sa volonté divine.

Verse 31

ब्रह्मोवाच । एतच्छ्रुत्वा तव मुने वचस्तत्तु गिरिश्वरः । हिमाद्रिस्तोषमापन्नो गतविस्मयमानसः

Brahmā dit : «Ô sage, ayant entendu tes paroles, Girīśvara (Śiva, le Seigneur de la Montagne) et Himādri aussi furent comblés ; leurs esprits furent délivrés de l’étonnement.»

Verse 32

अथ विष्णुप्रभृतयस्सुराश्च मुनयस्तथा । साधुसाध्विति ते सर्वे प्रोचुर्विगतविस्मयाः

Alors Viṣṇu et les autres dieux, avec les sages, délivrés de toute stupeur, s’écrièrent d’une seule voix : « Bien ! Bien ! »

Verse 33

महेश्वरस्य गांभीर्यं ज्ञात्वा सर्वे विचक्षणाः । सविस्मया महामोदान्विताः प्रोचुः परस्परम्

Ayant reconnu la profondeur et la grave majesté de Mahādeva, tous les clairvoyants, remplis d’émerveillement et d’une grande joie, se mirent à s’entretenir entre eux.

Verse 34

यस्याज्ञया जगदिदं च विशालमेव जातं परात्परतरो निजबोधरूपः । शर्वः स्वतन्त्रगतिकृत्परभावगम्यस्सोऽसौ त्रिलोकपतिरद्य च नस्सुदृष्टः

Par l’ordre duquel cet immense univers est né—Lui qui dépasse même le plus haut, dont la nature est la Conscience pure, lumineuse par elle-même. Śarva, qui se meut en liberté absolue, connaissable seulement par la suprême réalisation intérieure : ce Seigneur des trois mondes, aujourd’hui, nous l’avons vu par sa grâce.

Verse 35

अथ ते पर्वतश्रेष्ठा मेर्वाद्या जातसंभ्रमाः । ऊचुस्ते चैकपद्येन हिमवन्तं नगेश्वरम्

Alors les plus nobles des montagnes—à commencer par Meru—furent saisies d’un frisson d’effroi sacré et d’empressement. D’une seule voix, elles s’adressèrent à Himavān, seigneur des montagnes.

Verse 36

पर्वता ऊचुः । कन्यादाने स्थीयतां चाद्य शैलनाथोक्त्या किं कार्यनाशस्तवेव । सत्यं ब्रूमो नात्र कार्यो विमर्शस्तस्मात्कन्या दीयतामीश्वराय

Les montagnes dirent : «Que le rite du don de la jeune fille (kanyādāna) soit accompli aujourd’hui. Quel “anéantissement du dessein” y aurait-il pour toi du seul fait que le Seigneur de la Montagne ait parlé ainsi ? Nous disons vrai : nul besoin de délibérer davantage ; qu’on donne donc la jeune fille à Īśvara (le Seigneur Śiva).»

Verse 37

ब्रह्मो वाच । तच्छुत्वा वचनं तेषां सुहृदां स हिमालयः । स्वकन्यादानमकरोच्छिवाय विधिनोदितः

Brahmā dit : Ayant entendu les paroles de ces amis bienveillants, Himālaya—poussé selon le rite sacré prescrit—accomplit le don de sa propre fille en mariage à Śiva.

Verse 38

इमां कन्यां तुभ्यमहं ददामि परमेश्वर । भार्यार्थे परिगृह्णीष्व प्रसीद सकलेश्वर

«Ô Parameśvara, je Te donne cette jeune fille. Reçois-la pour épouse et sois bienveillant, ô Seigneur de tout.»

Verse 39

तस्मै रुद्राय महते मंत्रेणानेन दत्तवान् । हिमाचलो निजां कन्यां पार्वतीं त्रिजगत्प्रसूम्

Alors Himācala, par ce mantra même, offrit sa propre fille Pārvatī—la Mère divine des trois mondes—au grand Rudra.

Verse 40

इत्थं शिवाकरं शैलं शिवहस्तेनिधाय च । मुमोदातीव मनसि तीर्णकाममहार्णवः

Ainsi, déposant dans la main de Śiva cette montagne—rendue propice par le toucher même de Śiva—il se réjouit au plus profond du cœur, tel celui qui a traversé l’immense océan du désir.

Verse 41

वेदमंत्रेण गिरिशो गिरिजाकरपङ्कजम् । जग्राह स्वकरेणाशु प्रसन्नः परमेश्वरः

Satisfait, le Seigneur Suprême—Giriśa—prit aussitôt dans sa propre main la main de Girijā, pareille à un lotus, consacrant l’acte par un mantra védique.

Verse 42

क्षितिं संस्पृश्य कामस्य कोदादिति मनुं मुने । पपाठ शङ्करः प्रीत्या दर्शयंल्लौकिकीं गतिम्

Ô sage, touchant la terre, Śaṅkara—dans une joie gracieuse—récita le mantra commençant par « kodā… », lié à Kāma, manifestant ainsi aussi la voie de l’agir mondain (laukikī gati).

Verse 43

महोत्सवो महानासीत्सर्वत्र प्रमुदावहः । बभूव जयसंरावो दिवि भूम्यन्तरिक्षके

Un grand festival eut lieu, répandant la joie partout. Des clameurs de victoire s’élevèrent dans le ciel, sur la terre et dans l’espace entre les deux, emplissant les mondes d’une allégresse de bon augure.

Verse 44

साधुशब्दं नमः शब्दं चक्रुस्सर्वेऽति हर्षिताः । गंधर्वास्सुजगुः प्रीत्या ननृतुश्चाप्सरोगणाः

Transportés de joie, tous s’écrièrent : « Sādhu ! » et « Namaḥ ! ». Les Gandharvas chantèrent avec douceur et ravissement, et les troupes d’Apsaras dansèrent.

Verse 45

हिमाचलस्य पौरा हि मुमुदु श्चाति चेतसि । मंगलं महदासीद्वै महोत्सवपुरस्सरम्

En vérité, les habitants de Himācala se réjouirent profondément dans leur cœur. Là s’éleva un grand présage de bon augure, précédé par la célébration d’un festival majestueux.

Verse 46

अहं विष्णुश्च शक्रश्च निर्जरा मुनयोऽखिलाः । हर्षिता ह्यभवंश्चाति प्रफुल्लवदनाम्बुजाः

«Moi, Viṣṇu et Śakra (Indra), avec les dieux immortels et tous les sages, fûmes comblés de joie ; en vérité, nos visages pareils au lotus s’épanouirent pleinement dans la félicité.»

Verse 47

अथ शैलवरस्सोदात्सुप्रसन्नो हिमाचलः । शिवाय कन्यादानस्य साङ्गतां सुयथोचिताम्

Alors Himācala, le plus éminent des monts, fut comblé de joie et, d’une manière parfaitement conforme au dharma, fit tous les préparatifs complets pour offrir sa fille en mariage au Seigneur Śiva.

Verse 48

ततो वन्धुजनास्तस्य शिवां सम्पूज्य भक्तितः । ददुश्शिवाय सद्द्रव्यं नानाविधिविधानतः

Puis ses proches, après avoir vénéré Śivā (Pārvatī) avec dévotion, offrirent au Seigneur Śiva d’excellents présents et des matières de bon augure, selon maints rites et prescriptions.

Verse 49

हिमालयस्तुष्टमनाः पार्वतीशि वप्रीतये । नानाविधानि द्रव्याणि ददौ तत्र मुनीश्वर

Ô seigneur parmi les sages, l’Himalaya, le cœur rempli d’allégresse, accorda alors maintes offrandes précieuses, désirant réjouir à la fois Pārvatī et Śiva.

Verse 50

कौतुकानि ददौ तस्मै रत्नानि विविधानि च । चारुरत्नविकाराणि पात्राणि विविधानि च

Il lui offrit des présents de bon augure et des joyaux de toutes sortes ; ainsi que divers vases d’un bel ouvrage, façonnés de gemmes précieuses.

Verse 51

गवां लक्षं हयानां च सज्जितानां शतं तथा । दासीनामनुरक्तानां लक्षं सद्द्रव्यभूषितम्

Cent mille vaches, et de même cent chevaux parfaitement équipés; et cent mille servantes dévouées, parées de biens précieux et convenables—tout cela fut offert en don sacré.

Verse 52

नागानां शतलक्षं हि रथानां च तथा मुने । सुवर्णजटितानां च रत्नसारविनिर्मितम्

Ô sage, il y avait vraiment cent mille éléphants, et des chars en pareil nombre; ornés d’or et façonnés de la plus pure essence des gemmes.

Verse 53

इत्थं हिमालयो दत्त्वा स्वसुतां गिरिजां शिवाम् । शिवाय परमेशाय विधिनाऽऽप कृतार्थताम्

Ainsi, Himālaya, ayant dûment donné sa propre fille Girijā (Pārvatī) à Śiva, le Parameśvara suprême, selon le rite sacré, atteignit l’accomplissement, car son devoir fut parfaitement accompli.

Verse 54

अथ शैलवरो माध्यंदिनोक्तस्तोत्रतो मुदा । तुष्टाव परमेशानं सद्गिरा सुकृताञ्जलिः

Alors le noble Seigneur de la Montagne, dans la joie, loua Parameśāna (le Seigneur Śiva) par l’hymne prescrit pour le midi; avec des paroles véridiques et pures, et les mains jointes en un añjali parfait, il offrit son adoration.

Verse 55

ततो वेदविदा तेनाज्ञप्ता मुनिगणास्तदा । शिरोऽभिषेकं चक्रुस्ते शिवायाः परमोत्सवाः

Alors, en ce temps-là, les assemblées de sages—sur l’ordre de celui qui connaissait les Veda—accomplirent pour Śivā (Pārvatī) le śiro’bhiṣeka, l’onction rituelle de la tête, et le célébrèrent comme une fête souverainement propice.

Verse 56

देवाभिधानमुच्चार्य्य पर्य्यक्षणविधिं व्यधुः । महोत्सवस्तदा चासीन्महानन्दकरो मुने

Après avoir prononcé les Noms divins, ils accomplirent le rite prescrit de pradakṣiṇā, la circumambulation sacrée. Alors, ô sage, s’éleva une grande fête, source d’une joie immense.

Frequently Asked Questions

The formal wedding-preparatory sequence where Himavān initiates ritual hospitality and requests auspicious calendrical declarations, followed by the pivotal gotra–pravara inquiry directed at Śiva, leading to Śiva’s silence and the narrative setup for Nārada’s intervention.

It signals Śiva’s supra-social, supra-genealogical nature: the Absolute cannot be reduced to lineage markers, yet enters ritual society by līlā. The tension teaches that dharmic forms are honored, but the divine reality exceeds them.

Śiva as Mahēśa beyond classification; Himavān as dharmic householder-father enforcing ritual norms; brāhmaṇas as custodians of time-ritual knowledge; and Nārada as divinely prompted mediator who converts social protocol into theological disclosure.