
L’Adhyāya 46 raconte l’arrivée de bon augure de Śiva (Maheśvara) à la demeure d’Himācala, lors d’une joyeuse procession vue de tous, accompagnée de ses gaṇas, des devas et d’autres êtres célestes et sages. Menā, maîtresse de maison honorée et bien-aimée d’Himācala, se lève et se retire à l’intérieur pour préparer l’accueil selon le rite. Satī/Pārvatī s’avance ensuite au seuil, tenant un récipient-lampe pour le nīrājana (rite protecteur et propice consistant à faire tourner la lumière), entourée de groupes de ṛṣis et de femmes, soulignant la participation collective à la bienvenue sacrée. Menā contemple Maheśāna/Śaṅkara dans une description dévotionnelle : un seul visage, trois yeux, doux sourire, teint rayonnant, couronne et parures de joyaux, guirlandes, vêtements raffinés, onctions de santal/agaru/musc/kumkuma, et regard lumineux. Le chapitre met ainsi l’accent sur la rencontre ritualisée (darśana et satkāra), où la présence divine est reconnue par la beauté, l’éclat et les signes d’auspice, unissant théologie, liturgie domestique et célébration publique.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । अथ शंभुः प्रसन्नात्मा सदूतं स्वगणैस्सुरैः । सर्वैरन्यैर्गिरेर्द्धाम जगाम सकुतूहलम्
Brahmā dit : Alors Śambhu, le cœur apaisé et bienveillant, se mit en route—avec le messager, avec ses propres gaṇas, avec les dieux et tous les autres—vers la demeure de la montagne, empli d’une sainte curiosité.
Verse 2
मेनापि स्त्रीगणैस्तैश्च हिमाचलवरप्रिया । तत उत्थाय स्वगृहा भ्यंतरं सा जगाम ह
Menā aussi—chère au noble Himācala—se tenait avec ces groupes de femmes. Puis elle se leva et entra dans l’intérieur de sa demeure.
Verse 3
नीराजनार्थं शम्भोश्च दीपपात्रकरा सती । सर्वर्षिस्त्रीगणैस्साकमगच्छद्द्वारमादरात्
Pour accomplir le nīrājana (ārati) à Śambhu, Satī—tenant dans sa main le récipient de la lampe—se rendit avec respect au seuil, accompagnée des groupes de femmes des sages.
Verse 4
तत्रागतं महेशानं शंकरं गिरिजावरम् । ददर्श प्रीतितो मेना सेवितं सकलैस्सुरैः
Là, Menā vit arriver Mahēśāna—Śaṅkara, l’Époux suprême de Girijā—et, dans la joie, elle le contempla, servi et honoré par tous les dieux.
Verse 5
चारुचंपकवर्णाभं ह्येकवक्त्रं त्रिलोचनम् । ईषद्धास्यप्रसन्नास्यं रत्नस्वर्णादिभूषितम्
Il resplendissait d’un éclat charmant, tel la fleur de campaka : d’un seul visage et de trois yeux ; son visage, paisible et radieux d’un doux sourire, était paré de gemmes, d’or et d’autres ornements.
Verse 6
मालतीमालया युक्तं सद्रत्नमुकुटोज्ज्वलम् । सत्कंठाभरणं चारुवलयांगदभूषितम्
Paré d’une guirlande de jasmin (mālatī), il brillait d’un splendide diadème serti de gemmes précieuses ; il portait de nobles ornements au cou et s’embellissait de bracelets et d’armilles gracieux.
Verse 7
वह्निशौचेनातुलेन त्वतिसूक्ष्मेण चारुणा । अमूल्यवस्त्रयुग्मेन विचित्रेणातिराजितम्
Il était paré d’une pureté incomparable, telle le feu, d’une finesse extrême et d’une beauté gracieuse ; il resplendissait, magnifié par une merveilleuse paire de vêtements inestimables.
Verse 8
चन्दनागरुकस्तूरीचारुकुंकुम भूषितम् । रत्नदर्पणहस्तं च कज्जलोज्ज्वललोचनम्
Paré de pâte de santal, d’agaru, de musc et d’un beau vermillon ; tenant en main un miroir serti de joyaux, les yeux rendus lumineux par le khôl—ainsi était décrite cette forme de bon augure.
Verse 9
सर्वस्वप्रभयाच्छन्नमतीवसुमनोहरम् । अतीव तरुणं रम्यं भूषितांगैश्च भूषितम्
Voilé par l’éclat de toutes les splendeurs, il apparaissait d’un charme extrême : très jeune, ravissant en tout, et ses membres étaient parés d’ornements exquis.
Verse 10
कामिनीकांतमव्यग्रं कोटिचन्द्राननांबुजम् । कोटिस्मराधिकतनुच्छविं सर्वांगसुंदरम्
Il était l’aimé des femmes, toujours paisible et sans trouble ; son visage, tel un lotus, rayonnait comme dix millions de lunes. L’éclat de son corps surpassait celui d’innombrables Kāma, et chacun de ses membres était d’une beauté parfaite—vision saguṇa, de bon augure, qui attire l’esprit vers la dévotion.
Verse 11
ईदृग्विधं सुदेवं तं स्थितं स्वपुरतः प्रभुम् । दृष्ट्वा जामातरं मेना जहौ शोकम्मुदाऽन्विता
En voyant devant elle ce Seigneur souverainement de bon augure—si divin dans sa forme—Menā contempla son gendre et, remplie de joie, rejeta aussitôt son chagrin.
Verse 12
प्रशशंस स्वभाग्यं सा गिरिजां भूधरं कुलम् । मेने कृतार्थमात्मानं जहर्ष च पुनः पुनः
Elle loua sa propre bonne fortune et exalta Girijā ainsi que la noble lignée née de la montagne. Se jugeant accomplie dans son dessein, elle se réjouit encore et encore.
Verse 13
नीराजनं चकारासौ प्रफुल्लवदना सती । अवलोकपरा तत्र मेना जामातरं मुदा
Le visage épanoui de joie, cette noble dame accomplit le nīrājana (ārati). Là, Menā—absorbée dans le regard—contempla son gendre avec ravissement.
Verse 14
गिरिजोक्तमनुस्मृत्य मेना विस्मयमागता । मनसैव ह्युवाचेदं हर्षफुल्लाननाम्बुजा
Se remémorant ce qu’avait dit Girijā (Pārvatī), Menā fut saisie d’émerveillement. Par la seule pensée elle prononça ces paroles, et son visage, tel un lotus, s’épanouit de joie.
Verse 15
यद्वै पुरोक्तं च तया पार्वत्या मम तत्र च । ततोधिकं प्रपश्यामि सौन्दर्य्यं परमेशितुः
Tout ce que Pārvatī m’avait dit auparavant à son sujet, je le vois maintenant de mes propres yeux ; et je comprends que la beauté du Seigneur Suprême dépasse encore toute description.
Verse 16
महेशस्य सुलावण्यमनिर्वाच्यं च संप्रति । एवं विस्मयमापन्ना मेना स्वगृहमाययौ
En cet instant, la beauté exquise de Maheśa était véritablement indicible. Ainsi, submergée d’émerveillement, Menā retourna dans sa demeure.
Verse 17
प्रशशंसुर्युवतयो धन्या धन्या गिरेः सुता । दुर्गा भगवतीत्येवमूचुः काश्चन कन्यकाः
De jeunes filles la louèrent, s’écriant sans cesse : «Bénie, bénie soit la Fille de la Montagne ! Elle est Durgā, elle est la Déesse Bienheureuse (Bhagavatī)», et ainsi parlèrent-elles.
Verse 18
न दृष्टो वर इत्येवमस्माभिर्द्दानगोचरः । धन्या हि गिरिजा देवीमूचुः काश्चन कन्यकाः
Certaines jeunes filles dirent à la Déesse Girijā : «En vérité, nous n’avons vu aucun époux qui puisse même entrer dans la portée d’un don tel que toi. Assurément, tu es bénie.»
Verse 19
जगुर्गन्धर्व्वप्रवरा ननृतुश्चाप्सरोगणाः । दृष्ट्वा शंकररूपं च प्रहृष्टास्सर्वदेवताः
Les plus éminents Gandharvas chantèrent, et les troupes d’Apsarās dansèrent. En contemplant la forme manifestée de Śaṅkara, tous les dieux furent saisis d’allégresse.
Verse 20
नानाप्रकारवाद्यानि वादका मधुराक्षरम् । नानाप्रकारशिल्पेन वादयामासुरादरात्
Avec un soin empreint de révérence, les musiciens jouèrent de maints instruments, faisant naître des sons doux et mélodieux ; et, par un art aux styles variés, ils offrirent une fête de bon augure en acte de dévotion.
Verse 21
हिमाचलोऽपि मुदितो द्वाराचारमथाकरोत् । मेनापि सर्वनारीभिर्महोत्सवपुरस्सरम्
Himācala aussi, rempli de joie, organisa alors les rites convenables au seuil de la porte ; et Menā, de même—avec toutes les femmes—s’avança en tête, ouvrant la marche de la grande fête solennelle.
Verse 22
परपुच्छां चकारासौ मुदिता स्वगृहं ययौ । शिवो निवेदितं स्थानं जगाम गणनिर्जरैः
Après s’être encore enquise, elle—toute réjouie—retourna à sa demeure. Et Śiva, accompagné des gaṇa et des serviteurs immortels, se rendit au lieu qui Lui avait été indiqué.
Verse 23
एतस्मिन्नन्तरे दुर्गां शैलान्तःपुरचारिका । बहिर्जग्मुस्समादाय पूजितुं कुलदेवताम्
Cependant, les femmes servantes du palais de la montagne prirent Durgā avec elles et sortirent, dans l’intention de vénérer la divinité tutélaire de leur lignée.
Verse 24
तत्र तां ददृशुर्देवा निमेषरहिता मुदा । सुनीलांजनवर्णाभां स्वांगैश्च प्रतिभूषिताम्
Là, les dieux la virent avec joie, sans même cligner des yeux. Elle resplendissait de la teinte d’un collyre bleu profond, et ses membres étaient ornés de parures.
Verse 25
त्रिनेत्रादृतनेत्रांतामन्यवारितलोचनाम् । ईषद्धास्यप्रसन्नास्यां सकटाक्षां मनोहराम्
Elle était si envoûtante que même le Seigneur aux Trois Yeux la chérissait du coin de l’œil ; nul ne pouvait entraver son regard. Avec un doux sourire et un visage serein, lumineux, elle jetait des œillades de côté — toute charme et beauté.
Verse 26
सुचारुकबरीभारां चारुपत्रक शोभिताम् । कस्तूरीबिन्दुभिस्सार्द्धं सिन्दूरबिन्दुशोभिताम्
Sa belle masse de cheveux tressés était arrangée avec art et ornée de charmants motifs floraux. Elle resplendissait de fines touches de musc, jointes à de lumineux points de vermillon, rehaussant sa beauté divine et propice.
Verse 27
रत्नेन्द्रसारहारेण वक्षसा सुविराजिताम् । रत्नकेयूरवलयां रत्नकङ्कणमंडिताम्
Sa poitrine resplendissait d’un collier façonné de l’essence la plus exquise des gemmes royales ; ses bras et ses poignets étaient parés d’armilles, de bracelets et de joncs sertis de pierres précieuses.
Verse 28
सद्रत्नकुण्डलाभ्यां च चारुगण्डस्थलोज्ज्वलाम् । मणिरत्नप्रभामुष्टिदन्तराजिविराजिताम्
Parée de deux superbes boucles d’oreilles serties de gemmes, ses belles joues rayonnaient ; et son sourire—embelli par des rangées de dents luisant comme l’éclat des pierres précieuses—illuminait son visage.
Verse 29
मधुबिम्बाधरोष्ठां च रत्नयावकसंयुताम् । रत्नदर्प्पणहस्तां च क्रीडापद्मविभूषिताम्
Ses lèvres étaient comme le doux fruit bimba, ornées d’un yāvak semblable à une teinture de gemme. Dans sa main elle tenait un miroir serti de joyaux, et elle était embellie d’un lotus destiné au jeu gracieux.
Verse 30
चन्दनागुरुकस्तूरीकुंकुमेनाति च र्चिताम् । क्वणन्मंजीरपादां च रक्तांघ्रितलराजिताम्
Elle fut honorée avec raffinement par la pâte de santal, l’agaru, le musc et le kuṅkuma. Ses pieds, ornés de grelots tintants, brillaient de la beauté de leurs plantes rougies.
Verse 31
प्रणेमुश्शिरसा देवीं भक्तियुक्ताः समेनकाम् । सर्वे सुरादयो दृष्ट्वा जगदाद्यां जगत्प्रसूम्
En voyant la Déesse—la Primordiale, la Mère qui enfante les mondes—tous les dieux et les autres êtres célestes s’inclinèrent, la tête baissée, remplis de dévotion ; et leurs désirs furent mis en parfaite harmonie et dûment exaucés.
Verse 32
त्रिनेत्रो नेत्रकोणेन तां ददर्श मुदान्वितः । शिवः सत्याकृतिं दृष्ट्वा विजहौ विरहज्वरम्
Le Seigneur aux Trois Yeux la contempla du coin de l’œil, le cœur empli de joie. Voyant cette forme véridique, Satyā—l’incarnation même de Satī—, Śiva rejeta la fièvre de la séparation.
Verse 33
शिवस्सर्वं विसस्मार शिवासंन्यस्तलोचनः । पुलकांचितसर्वाङ्गो हर्षाद्गौरीविलोचनः
Fixant son regard sur Śivā (Pārvatī), le Seigneur Śiva oublia tout le reste. Tout son corps frissonna de chair de poule et, transporté de joie, il contempla Gaurī avec des yeux d’amour.
Verse 34
अथ कालीबहिः पुर्य्यां गत्वा पूज्य कुलाम्बिकाम् । विवेश भवनं रम्यं स्वपितुस्सद्विजाङ्गना
Alors la noble jeune fille sortit vers la cité nommée Kālībahi, y vénéra Kulāmbikā, la Déesse-Mère du clan, puis entra dans la demeure charmante de son propre père.
Verse 35
शङ्करोपि सुरैस्सार्द्धं हरिणा ब्राह्मणा तथा । हिमाचलसमुद्दिष्टं स्वस्थानमगमन्मुदा
Śaṅkara aussi, avec les dieux—ainsi qu’avec Hari et les brāhmaṇas—se rendit joyeusement en Sa propre demeure, au lieu indiqué par Himācala.
Verse 36
तत्र सर्वे सुखं तस्थुस्सेवन्तश्शङ्करं यथा । सम्मानिता गिरीशेन नानाविधसुसम्पदा
Là, tous demeurèrent dans le bien-être, servant Śaṅkara comme il convenait. Honorés par Girīśa, le Seigneur de la Montagne, ils furent comblés de maintes prospérités de bon augure.
Verse 46
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखण्डे वरागमादिवर्णनं नाम षट्चत्शरिंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quarante-sixième chapitre, intitulé « La description commençant par Varāgama », dans le Pārvatī-khaṇḍa (troisième section) de la Rudra-saṃhitā (deuxième division) du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.
Śiva (Maheśvara/Śaṅkara) arrives with his attendants at Himācala’s residence, where Menā and Satī/Pārvatī prepare and perform an auspicious welcome, including nīrājana at the doorway.
Nīrājana ritualizes recognition of divinity: the circling light marks protection, auspiciousness, and surrender, turning a social act of hospitality into a liturgical affirmation of Śiva’s grace-bearing presence.
Śiva is presented as Maheśāna with trilocana (three eyes), serene smile, youthful radiance, and lavish ornaments/garlands/fragrant unguents—iconic markers that encode sovereignty, purity, and auspicious presence for devotees.