
L’Adhyāya 36 présente un conseil de délibération dans le domaine d’Himālaya après l’instruction de Vasiṣṭha. Brahmā raconte qu’Himālaya, saisi d’étonnement, s’adresse aux seigneurs des montagnes assemblés (Meru, Sahya, Gandhamādana, Mandara, Maināka, Vindhya, etc.) et demande quelle conduite adopter à la lumière des paroles de Vasiṣṭha. Les montagnes répondent avec décision : il n’y a plus lieu d’hésiter ; l’affaire est déjà fixée par un dessein supérieur—Pārvatī (Girijā) est apparue pour le devakārya et doit être donnée à Śiva, porteur de la volonté de Śiva. Leur avis situe la décision dans le dharma et l’ordre cosmique, plutôt que dans une simple affaire familiale. À ces mots, Himālaya est comblé de joie ; et une allégresse intérieure est notée dans le cœur de Girijā. Ensuite Arundhatī conseille Menā par de multiples arguments et récits exemplaires (itihāsa), dissipant le doute et accordant la maison au verdict des sages. Menā, l’esprit éclairci, honore Arundhatī et les hôtes par une hospitalité respectueuse et accepte la voie, préparant ainsi les étapes rituelles et sociales menant au mariage divin.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । वसिष्ठस्य वचः श्रुत्वा सगणोपि हिमालयः । विस्मितो भार्य्यया शैलानुवाच स गिरीश्वरः
Brahmā dit : Ayant entendu les paroles de Vasiṣṭha, Himālaya —avec ses compagnons— fut saisi d’étonnement. Alors ce seigneur des montagnes s’adressa à son épouse, Menā.
Verse 2
हिमालय उवाच । हे मेरो गिरिराट् सह्य गन्धमादन मन्दर । मैनाक विन्ध्य शैलेन्द्रास्सर्वे शृणुत मद्वचः
Himālaya dit : «Ô Meru, roi des montagnes ; ô Sahya, Gandhamādana et Mandara ; ô Maināka et Vindhya — ô montagnes les plus nobles, écoutez tous mes paroles !»
Verse 3
वसिष्ठो हि वदत्येवं किं मे कार्य्यं विचार्य्यते । यथा तथा च शंसध्वं निर्णीय मनसाखिलम्
Ainsi parla Vasiṣṭha : «Pourquoi délibérer sur mon devoir ? Décidez de tout pleinement en vos cœurs, puis instruisez-moi—selon ce que vous jugerez juste.»
Verse 4
ब्रह्मोवाच । तच्छुत्वा वचनं तस्य सुमेरुप्रमुखाश्च ते । प्रोचुर्हिमालयं प्रीत्या सुनिर्णीय महीधराः
Brahmā dit : Ayant entendu ses paroles, ces grandes montagnes —menées par Sumeru— après mûre délibération et décision, s’adressèrent avec joie à Himālaya.
Verse 5
शैला ऊचुः । अधुना किं विमर्शेन कृतं कार्य्यं तथैव हि । उत्पन्नेयं महाभाग देवकार्यार्थमेव हि
Les seigneurs des montagnes dirent : «À quoi bon délibérer maintenant ? L’acte est déjà accompli. Ô très fortunée, cette fille est née en vérité uniquement pour l’œuvre des dieux.»
Verse 6
प्रदातव्या शिवायेति शिवस्यार्थेवतारिणी । अनयाराधितो रुद्रो रुद्रेण यदि भाषिता
«Qu’on la donne avec le mantra “(Om) Śivāya”, car elle est l’incarnation même qui porte l’intention de Śiva. Si Rudra est adoré par son intermédiaire, c’est comme si Rudra Lui‑même avait parlé et scellé cette vérité.»
Verse 7
ब्रह्मोवाच । एतच्छ्रुत्वा वचस्तेषाम्मेर्वादीनां हिमाचलः । सुप्रसन्नतरोभूद्वै जहास गिरिजा हृदि
Brahmā dit : Ayant entendu ces paroles de Meru et des autres, Himācala (l’Himalaya) devint encore plus réjoui ; et dans son cœur, Girijā (Pārvatī) sourit.
Verse 8
अरुन्धती च तां मेनां बोधयामास कारणात् । नानावाक्यसमूहेनेतिहासैर्विविधैरपि
Pour une juste raison, Arundhatī instruisit alors Menā, éveillant son intelligence—par de nombreuses paroles et aussi par divers récits exemplaires tirés de l’histoire sacrée.
Verse 9
अथ सा मेनका शैलपत्नी बुद्ध्वा प्रसन्नधीः । मुनीनरुन्धतीं शैलं भोजयित्वा बुभोज च
Alors Menakā, l’épouse de l’Himalaya, comprenant la situation avec un esprit paisible et réjoui, nourrit d’abord les sages—avec Arundhatī et Śaila (l’Himalaya)—puis elle-même prit le repas.
Verse 10
अथ शैलवरो ज्ञानी सुसंसेव्य मुनींश्च ताम् । उवाच साञ्जलिः प्रीत्या प्रसन्नात्मागतभ्रमः
Alors Śailavara, le sage, après avoir dûment servi ces munis et elle, parla les mains jointes, dans une joie aimante—l’esprit apaisé, l’illusion dissipée.
Verse 11
हिमाचल उवाच । सप्तर्षयो महाभागा वचः शृणुत मामकम् । विस्मयो मे गतस्सर्वश्शिवयोश्चरितं श्रुतम्
Himācala dit : «Ô nobles Saptarṣis, écoutez mes paroles. Toute ma stupeur s’est éveillée en entendant le récit sacré de Śiva et de son Épouse».
Verse 12
मदीयं च शरीरम्वै पत्नी मेना सुतास्सुता । ऋद्धिस्सिद्धिश्च चान्यद्वै शिवस्यैव न चान्यथा
«En vérité, même mon propre corps est, pour ainsi dire, à Lui ; mon épouse Menā et ma petite-fille aussi. La prospérité (Ṛddhi), l’accomplissement (Siddhi) et tout ce qui existe appartiennent réellement à Śiva seul—jamais autrement.»
Verse 13
ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा स तदा पुत्रीं दृष्ट्वा तत्सादरं च ताम् । भूषयित्वा तदङ्गानि ऋष्युत्संगे न्यवेशयेत्
Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, il regarda alors sa fille avec une affection respectueuse. Après avoir paré ses membres, il la plaça sur les genoux du sage.
Verse 14
उवाच च पुनः प्रीत्या शैलराज ऋषींस्तदा । अयं भागो मया तस्मै दातव्य इति निश्चितम्
Alors le roi des montagnes (Himālaya), comblé de joie, s’adressa de nouveau aux sages : «J’ai arrêté que cette part doit Lui être donnée».
Verse 15
ऋषय ऊचुः । शंकरो भिक्षुकस्तेथ स्वयं दाता भवान् गिरे । भैक्ष्यञ्च पार्वती देवी किमतः परमुत्तमम्
Les sages dirent : «Ô Roi des Montagnes, là, Śaṅkara lui-même est le mendiant, et toi tu es le donateur de tes propres mains. Et la Devī Pārvatī est aussi celle qui reçoit l’aumône : qu’y a-t-il de plus souverainement auspice que cela ?»
Verse 16
हिमवन् शिखराणान्ते यद्धेतोस्सदृशी गतिः । धन्यस्त्वं सर्वशैलानामधिपस्सर्वतो वरः
Ô Himavān, au terme de tes cimes tu as atteint une destinée conforme à ta cause et à ton dessein. Béni sois-tu—souverain de toutes les montagnes—le plus excellent en tout lieu.
Verse 17
ब्रह्मोवाच । एवमुक्त्वा तु कन्यायै मुनयो विमलाशयाः । आशिषं दत्तवन्तस्ते शिवाय सुखदा भव
Brahmā dit : Après avoir ainsi parlé à la jeune fille, ces sages au dessein pur lui accordèrent une bénédiction : « Sois celle qui apporte la joie à Śiva. »
Verse 18
स्पृष्ट्वा करेण तां तत्र कल्याणं ते भविष्यति । शुक्लपक्षे यथा चन्द्रो वर्द्धन्तां त्वद्गुणास्तथा
L’ayant touchée là de ta main, l’auspice viendra à toi à coup sûr. Comme la lune croît durant la quinzaine claire, que tes vertus croissent de même.
Verse 19
इत्युक्त्वा मुनयस्सर्वे दत्त्वा ते गिरये मुदा । पुष्पाणि फलयुक्तानि प्रत्ययं चक्रिरे तदा
Après avoir ainsi parlé, tous les sages, dans la joie, offrirent à cette montagne des fleurs accompagnées de fruits ; et alors ils établirent un signe certain, gage de confiance et d’assentiment, confirmant leur résolution.
Verse 20
अरुन्धती तदा तत्र मेनां सा सुसुखी मुदा । गुणैश्च लोभयामास शिवस्य परमा सती
Alors, en ce lieu, Arundhatī—joyeuse et paisible—réjouit Menā; et, en évoquant les vertus de Śiva, elle attira le cœur de Menā vers Lui, car Arundhatī était une femme d’une chasteté et d’une dévotion suprêmes.
Verse 21
हरिद्राकुंकुमैश्शैलश्मश्रूणि प्रत्यमार्जयत् । लौकिकाचारमाधाय मंगलायनमुत्तमम्
Avec du curcuma et du vermillon, elle essuya et purifia doucement les surfaces rocheuses chargées de poussière; puis, suivant la juste observance du monde, elle accomplit le rite le plus auspiceux, qui mène à la bénédiction.
Verse 22
ततश्च ते चतुर्थेह्नि संधार्य्य लग्नमुत्तमम् । परस्परं च सन्तुष्य संजग्मुश्शिवसन्निधिम्
Puis, le quatrième jour, après avoir fixé l’instant le plus favorable, et dans une joie réciproque et l’harmonie, ils se rendirent en la présence du Seigneur Śiva.
Verse 23
तत्र गत्वा शिवं नत्वा स्तुत्वा विवि धसूक्तिभिः । ऊचुः सर्वे वसिष्ठाद्या मुनयः परमेश्वरम्
S’y étant rendus, ils se prosternèrent devant Śiva et Le louèrent par de nombreux hymnes harmonieusement composés; puis tous les sages—à commencer par Vasiṣṭha—s’adressèrent au Seigneur Suprême.
Verse 24
ऋषय ऊचुः । देवदेव महादेव परमेश महाप्रभो । शृण्वस्मद्वचनं प्रीत्या यत्कृतं सेवकैस्तव
Les sages dirent : «Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, ô Seigneur Suprême, ô Grand Maître, écoute avec bienveillante joie nos paroles au sujet de ce qu’ont accompli tes serviteurs.»
Verse 25
बोधितो गिरिराजश्च मेना विविधसूक्तिभिः । सेतिहासं महेशान प्रबुद्धोसौ न संशयः
Ô Maheśāna, Girirāja et Menā furent instruits par maintes paroles bien choisies, avec l’histoire sacrée transmise par la tradition ; assurément, il s’est éveillé à la compréhension—il n’y a nul doute.
Verse 26
वाक्यदत्ता गिरीन्द्रेण पार्वती ते हि नान्यथा । उद्वाहाय प्रगच्छ त्वं गणैर्देवैश्च संयुतः
«Pārvatī t’a été promise par Girīndra (l’Himālaya) par sa parole donnée—il n’en est point autrement. Va donc au mariage, accompagné de tes gaṇas et rejoint par les dieux.»
Verse 27
गच्छ शीघ्रं महादेव हिमाचलगृहं प्रभो । विवाहय यथा रीतिः पार्वतीमात्मजन्मने
«Va sans tarder, ô Mahādeva, ô Seigneur, à la demeure d’Himācala. Selon le rite convenable, célèbre l’union avec Pārvatī pour l’avènement de ta propre manifestation divine (incarnation).»
Verse 28
ब्रह्मोवाच । तच्छ्रुत्वा वचनं तेषां लौकिकाचारतत्परः । प्रहृष्टात्मा महेशानः प्रहस्येदमुवाच सः
Brahmā dit : Ayant entendu leurs paroles, Maheśāna—attaché à la juste conduite du monde—fut comblé d’allégresse au-dedans ; puis, souriant, il prononça ces mots.
Verse 29
महेश उवाच । विवाहो हि महाभागा न दृष्टो न श्रुतो मया । यथा पुरा भवद्भिस्तद्विधिः प्रोच्यो विशेषतः
Maheśa dit : «Ô toi le plus fortuné, je n’ai ni vu ni même entendu parler d’un tel mariage. Décris-m’en donc en détail le rite particulier, tel que vous l’aviez jadis établi.»
Verse 30
ब्रह्मोवाच । तदाकर्ण्य महेशस्य लौकिकं वचनं शुभम् । प्रत्यूचुः प्रहसन्तस्ते देवदेवं सदाशिवम्
Brahmā dit : Ayant entendu les paroles auspiciées, d’allure mondaine, de Mahēśa, ils répondirent—en souriant—à Sadāśiva, le Dieu des dieux.
Verse 31
ऋषय ऊचुः । विष्णुमाहूय वै शीघ्रं ससमाजं विशेषतः । ब्रह्माणं ससुतं प्रीत्या तथा देवं शतक्रतुम्
Les sages dirent : « Ils mandèrent promptement le Seigneur Viṣṇu—tout particulièrement avec l’ensemble de son auguste assemblée—et, dans la joie, appelèrent aussi Brahmā avec son fils, ainsi que le dieu Śatakratu (Indra). »
Verse 32
तथा ऋषिगणान्सर्वान् यक्षगन्धर्वकिन्नरान् । सिद्धान् विद्याधरांश्चैव तथा चैवाप्सरोगणान्
De même, il rassembla toutes les troupes de ṛṣi, les Yakṣa, les Gandharva et les Kinnara, les Siddha et les Vidyādhara, ainsi que les multitudes d’Apsarā.
Verse 33
एतांश्चान्यान्प्रभो सर्वानानय स्वेह सादरम् । सर्वं संसाधयिष्यन्ति त्वत्कार्य्यं ते न संशयः
Ô Seigneur, fais venir ici tous ceux-ci et les autres, en ta propre présence, avec les honneurs qui conviennent. Ils accompliront entièrement ton dessein ; il n’y a là aucun doute.
Verse 34
ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा सप्त ऋषयस्तदाज्ञां प्राप्य ते मुदा । स्वधाम प्रययुस्सर्वे शंसन्तः शङ्करीं गतिम्
Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, les sept sages, après avoir reçu avec joie son ordre, s’en allèrent tous vers leurs propres demeures, proclamant la voie bénie qui mène à Śaṅkarī (la Mère divine).
Verse 36
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखंडे सप्तऋषिवचनं नाम षट्त्रिंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le trente-sixième chapitre, intitulé «La Parole des Sept Ṛṣi», dans le Pārvatī-khaṇḍa (troisième section) de la Rudra-saṃhitā (deuxième division) du glorieux Śiva Mahāpurāṇa.
A council and resolution: Himālaya, after hearing Vasiṣṭha, consults the mountain-kings and receives a firm directive that Pārvatī should be given to Śiva as part of devakārya; Menā’s hesitation is then resolved by Arundhatī’s instruction.
The episode encodes Śiva–Śakti teleology: Pārvatī’s life is read as purposeful manifestation for cosmic restoration, and the family’s consent becomes a dharmic ratification of a metaphysical necessity.
Rudra/Śiva is invoked as the cosmic beneficiary and telos of the event, while Girijā/Pārvatī is presented as the divinely purposed embodiment of śakti; sage-authority (Vasiṣṭha, Arundhatī) functions as the manifest channel of dharma.