Ramayana Ayodhya Kanda Sarga 58
Ayodhya KandaSarga 5836 Verses

Sarga 58

अष्टपञ्चाशः सर्गः (Sarga 58) — Daśaratha Questions Sumantra; Messages from the Forest Threshold

अयोध्याकाण्ड

Revenu à lui, le roi Daśaratha fait appeler Sumantra afin d’obtenir des nouvelles exactes de Rāma. Ses questions s’attachent à des détails matériels—où Rāma s’est assis, où il a dormi, ce qu’il a mangé—car la peine réclame un récit concret pour remplacer la présence perdue. Sumantra s’avance les mains jointes et dépeint le souverain vieilli, couvert de poussière, soupirant comme un éléphant fraîchement capturé, signe d’un effondrement politique inscrit dans le corps. Sumantra rapporte la conduite dharmique de Rāma au seuil de la forêt : la tête inclinée, en añjali, il ordonne que salutations et nouvelles de santé soient portées au gynécée, surtout à Kausalyā. Il recommande la régularité des rites, le service rendu à Daśaratha « comme à un dieu », l’humilité entre coépouses et le maintien prudent des liens avec Kaikeyī. Il expose aussi le rājadharma concernant Bharata : le traiter comme roi, transmettre des nouvelles, et lui conseiller d’honorer également toutes les mères et d’obéir au monarque âgé. Le récit se tourne ensuite vers la colère de Lakṣmaṇa et sa protestation morale contre l’exil, tandis que Sītā, d’abord saisie de stupeur, éclate en sanglots au départ de Sumantra. Le sarga s’achève sur le tableau de Rāma pleurant les mains jointes, soutenu par Lakṣmaṇa, et de Sītā fixant le char royal—image de séparation où la douleur personnelle se fond dans l’éthique du devoir.

Shlokas

Verse 1

प्रत्याश्वस्तो यदा राजा मोहात्प्रत्यागतं पुनः।अथाऽजुहाव तं सूतं रामवृत्तान्तकारणात्।।।।

Lorsque le roi, revenu de l’évanouissement de son trouble, reprit ses esprits, il fit appeler ce cocher afin d’apprendre le récit véridique au sujet de Rāma.

Verse 2

अथ सूतो महाराजं कृताञ्जलिरुपस्थितः।राममेवानुशोचन्तं दुःखशोकसमन्वितम्।।।।वृद्धं परमसन्तप्तं नवग्रहमिव द्विपम्।विनिश्वसन्तं ध्यायन्तमस्वस्थ मिव कुङञरम्।।।।

Alors le cocher s’approcha du grand roi, les mains jointes en prière. Daśaratha—vieilli, accablé de peine et de chagrin, ne songeant qu’à Rāma—poussait de profonds soupirs, tel un éléphant tout juste capturé, malade et tourmenté.

Verse 3

अथ सूतो महाराजं कृताञ्जलिरुपस्थितः।राममेवानुशोचन्तं दुःखशोकसमन्वितम्।।2.58.2।।वृद्धं परमसन्तप्तं नवग्रहमिव द्विपम्।विनिश्वसन्तं ध्यायन्तमस्वस्थ मिव कुङञरम्।।2.58.3।।

Alors le cocher s’approcha du grand roi, les mains jointes en hommage. Le vieux monarque, accablé de peine et de chagrin, ne pleurait que Rāma ; il méditait et soupirait profondément, tel un éléphant nouvellement capturé, souffrant et abattu.

Verse 4

राजा तु रजसा सूतं ध्वस्ताङ्गं समुपस्थितम्।अश्रुपूर्णमुखं दीनमुवाच परमार्तवत्।।।।

Voyant le cocher tout proche — le corps couvert de poussière, le visage noyé de larmes et l’âme brisée — le roi lui parla dans une détresse accablante.

Verse 5

क्वनु वत्स्यति धर्मात्मा वृक्षमूलमुपाश्रितः।सोऽत्यन्तसुखित स्सूत किमशिष्यति राघवः।।।।

«Où donc demeurera ce juste, abrité au pied d’un arbre ? Lui qui n’a connu que les plus grands conforts—ô cocher—que mangera Rāghava ?»

Verse 6

दुःखस्यानुचितो दुःखं सुमन्त्र शयनोचितः।भूमिपालात्मजो भूमौ शेते कथमनाथवत्।।।।

«Ô Sumantra, il n’est pas fait pour la souffrance et il est habitué à une couche convenable. Comment le fils du protecteur de la terre pourrait-il dormir à même le sol, tel un sans-appui ?»

Verse 7

यं यान्तमनुयान्ति स्म पदातिरथकुञ्जराः।स वत्स्यति कथं रामो विजनं वन माश्रितः।।।।

Partout où allait Rāma, le suivaient jadis les fantassins, les chars et les éléphants. Comment ce même Rāma vivra-t-il désormais, ayant pris refuge dans une forêt déserte et sans hommes ?

Verse 8

व्यालैर्मृगैराचरितं कृष्णसर्पनिषेवितम्।कथं कुमारौ वैदेह्या सार्धं वन मुपस्थितौ।।।।

Comment les deux princes, avec Vaidehī, pourront-ils demeurer dans une forêt parcourue par les bêtes sauvages et les animaux, et hantée par de noirs serpents ?

Verse 9

सुकुमार्या तपस्विन्या सुमन्त्र सह सीतया।राजपुत्रौ कथं पादैरवरुह्य रथाद्गतौ।।।।

Ô Sumantra, comment les deux princes ont-ils pu aller à pied, après être descendus du char, avec Sītā, si délicate et désormais vivant comme une ascète dans l’épreuve ?

Verse 10

सिद्धार्थः खलु सूत त्वं येन दृष्टौ ममाऽत्मजौ।वनान्तं प्रविशन्तौ तावश्विनाविवमन्दरम्।।।।

«Vraiment, ô cocher, tu es comblé de grâce, puisque tu as vu mes deux fils entrant aux lisières de la forêt, tels les Aśvins s’approchant de Mandara.»

Verse 11

किमुवाच वचो रामः किमुवाच च लक्ष्मणः।सुमन्त्र वनमासाद्य किमुवाच च मैथिली।।।।

«Quelles paroles Rāma a-t-il prononcées ? Qu’a dit Lakṣmaṇa ? Et toi, ô Sumantra, une fois parvenus à la forêt, qu’a dit Maithilī (Sītā) ?»

Verse 12

आसितं शयितं भुक्तं सूत रामस्य कीर्तय।जीविष्यामहमेतेन ययातिरिव साधुषु।।।।

Dis-moi, ô cocher, où Rāma s’est assis, où il s’est couché et ce qu’il a mangé. En l’entendant, je continuerai de vivre, tel Yayāti soutenu par la compagnie des vertueux.

Verse 13

इति सूतो नरेन्द्रेण बोधित स्सज्जमानया।उवाच वाचा राजानं स बाष्पपरिबद्धया।।।।

Ainsi questionné par le roi, le cocher lui répondit ; ses paroles hésitaient et sa voix était étranglée par les larmes.

Verse 14

अब्रवीन्मां महाराज धर्ममेवानुपालयन्।अञ्जलिं राघवः कृत्वा शिरसाऽभिप्रणम्य च।।।।

Il dit : «Ô grand roi, Rāghava, fidèle au Dharma, m’a parlé après avoir joint les mains en añjali et incliné la tête avec respect».

Verse 15

सूत मद्वचनात्तस्य तातस्य विदितात्मनः।शिरसा वन्दनीयस्य वन्द्यौ पादौ महात्मनः।।।।

«Ô cocher, transmets de ma part à mon père—noble, maître de lui-même et digne de vénération—que j’incline la tête devant ses pieds, eux-mêmes dignes d’hommage».

Verse 16

सर्वमन्तःपुरं वाच्यं सूत मद्वचनात्त्वया।आरोग्यमविशेषेण यथार्हं चाभिवादनम्।।।।

Ô cocher, de ma part, fais savoir à tout l’appartement intérieur—sans aucune distinction—que je m’enquiers de leur santé, et présente mes salutations selon le rang de chacun.

Verse 17

माता च मम कौसल्या कुशलं चाभिवादनम्।अप्रमादं च वक्तव्या ब्रूयाश्चैनामिदं वचः।।।।

Et à ma mère Kauśalyā, transmets mon bien-être et mes salutations. Dis-lui aussi de demeurer sans négligence, et rapporte-lui ces paroles.

Verse 18

धर्मनित्या यथाकालमग्न्यगारपरा भव।देवि देवस्य पादौ च देववत्परिपालय।।।।

Ô noble dame, demeure toujours constante dans le Dharma; aux heures prescrites veille aux rites dans la chambre du feu; et sers les pieds de ton seigneur comme on sert un dieu.

Verse 19

अभिमानं च मानं च त्यक्त्वा वर्तस्व मातृषु।अनु राजानमार्यां च कैकेयीमम्ब कारय।।।।

Renonçant à l’orgueil et à la vanité, vis en concorde avec les autres reines comme avec des mères. Et, ô mère, amène la vénérable Kaikeyī à demeurer bien disposée envers le roi.

Verse 20

कुमारे भरते वृत्तिर्वर्तितव्या च राजवत्।अर्थज्येष्ठा हि राजानो राजधर्ममनुस्मर।।।।

Et envers le jeune Bharata, conduis-toi comme envers un roi. Car les rois sont « aînés » par la royauté même; souviens-toi du dharma royal.

Verse 21

भरतः कुशलं वाच्यो वाच्यो मद्वचनेन च।सर्वास्वेव यथान्यायं वृत्तिं वर्तस्व मातृषु।।।।

Fais connaître à Bharata que je vais bien; et dis-lui aussi, en mon nom, qu’il se comporte avec équité et droiture envers toutes nos mères, conformément au dharma.

Verse 22

वक्तव्यश्च महाबाहुरिक्ष्वाकुकुलनन्दनः।पितरं यौवराज्यस्थो राज्यस्थमनुपालय।।2.58.22।।

Dis encore à ce héros aux grands bras, joie de la lignée d’Ikṣvāku : établi comme prince régent, qu’il protège le royaume en soutenant avec obéissance son père demeuré sur le trône.

Verse 23

अतिक्रान्तवया राजा मास्मैनं व्यवरोरुधः।कुमार राज्ये जीव त्वं तस्यैवाज्ञाप्रवर्तनात्।।।।

Le roi est avancé en âge ; ne lui oppose aucun empêchement. Vis comme prince régent en n’accomplissant que ses ordres.

Verse 24

अब्रवीच्चापि मां भूयो भृशमश्रूणि वर्तयन्।मातेव मम माता ते द्रष्टव्या पुत्रगर्धिनी।।।।

Et de nouveau, versant d’abondantes larmes, il me dit : «Ma mère, qui languit de son fils, veille sur elle et prends-en soin comme si elle était ta propre mère».

Verse 25

इत्येवं मां महराज ब्रुवन्नेव महायशाः।रामो राजीवताम्राक्षो भृशमश्रूण्यवर्तयत्।।।।

Ainsi me parlant, ô grand roi, l’illustre Rāma, aux yeux rougis comme le lotus, laissa couler des larmes en abondance.

Verse 26

लक्ष्मणस्तु सुसङ्कृद्धो निश्श्वसन्वाक्यमब्रवीत्।केनायमपराधेन राजपुत्रो विवासितः।।।।

Mais Lakṣmaṇa, violemment courroucé et haletant, prononça ces paroles : «Pour quelle faute ce prince a-t-il été relégué en exil ?»

Verse 28

यदि प्रव्राजितो रामो लोभकारणकारितम्।वरदाननिमित्तं वा सर्वथा दुष्कृतं कृतम्।।।।

Si Rāma a été chassé en exil — que ce soit par convoitise du royaume ou sous le prétexte de dons accordés — en toute manière, une lourde faute a été commise.

Verse 29

इदं तावद्यथाकाममीश्वरस्य कृते कृतम्।रामस्य तु परित्यागे न हेतु मुपलक्षये।।।।

Ceci, du moins, a été accompli comme par pur arbitraire — peut-être même sous le voile d’un devoir envers le Seigneur —; mais pour l’abandon de Rāma, je ne discerne aucune raison légitime.

Verse 30

असमीक्षय समारब्धं विरुद्धं बुध्दिलाघवात्।जनयिष्यति सङ्क्रोशं राघवस्य विवासनम्।।।।

L’exil de Rāghava, entrepris sans juste examen, contraire à la droiture et né d’un jugement défaillant, fera assurément naître les lamentations et les cris du peuple.

Verse 31

अहं तावन्महाराजे पितृत्वं नोपलक्ष्ये।भ्राता भर्ता च बन्धुश्च पिता च मम राघवः।।।।

«Quant à moi, je ne reconnais plus de paternité chez le grand roi. Pour moi, Rāghava seul est frère, protecteur, parent—et père.»

Verse 32

सर्वर्लोकप्रियं त्यक्त्वा सर्वलोकहिते रतम्।सर्वलोकोऽनुरज्येत कथं त्वाऽनेनकर्मणा।।।।

«Après avoir abandonné Rāma—aimé de tous et voué au bien de tous—comment le monde pourrait-il encore se réjouir de toi pour un tel acte ?»

Verse 33

सर्वप्रजाभिरामं हि रामं प्रव्राज्य धार्मिकम्।सर्वलोकं विरुध्येमं कथं राजा भविष्यसि।।।।

Après avoir exilé le juste Rāma, joie de tous les sujets, et t’être ainsi dressé contre le monde entier, comment pourras-tu encore être roi ?

Verse 34

जानकी तु महाराज निश्श्वसन्ती मनस्विनी।भूतोपहतचित्तेव विष्ठिता विस्मृता स्मिता।।।।

Mais Jānakī, ô grand roi, l’âme résolue, demeurait là en soupirs profonds, comme si quelque esprit avait frappé son esprit : saisie de stupeur, oublieuse d’elle-même, et pourtant avec un faible sourire.

Verse 35

अदृष्टपूर्वव्यसना राज्यपुत्री यशस्विनी।तेन दुःखेन रुदती नैव मां किञ्चिदब्रवीत्।।।।

Cette princesse illustre, qui n’avait jamais connu l’épreuve auparavant, pleurait dans cette douleur et ne put me dire un seul mot.

Verse 36

उद्वीक्षमाणा भर्तारं मुखेन परिशुष्यता।मुमोच सहसा बाष्पं मां प्रयान्तमुदीक्ष्य सा।।।।

Me voyant sur le point de partir, elle tourna les yeux vers son époux, le visage desséché et pâle, et soudain laissa jaillir un flot de larmes.

Verse 37

तथैव रामोऽश्रुमुखः कृताञ्जलिः स्थितोऽभवल्लक्ष्मणबाहुपालितः।तथैव सीता रुदती तपस्विनी निरीक्षते राजरथं तथैव माम्।।।।

De même Rāma, le visage en larmes, les mains jointes en hommage, demeurait debout, soutenu par les bras de Lakshmana ; de même Sītā, pleurant dans sa détresse, ne cessait de regarder le char royal, et moi aussi.

Frequently Asked Questions

The sarga presents the ethical tension between enforced exile and rightful governance: Daśaratha seeks sustaining detail about Rāma’s hardship, while Rāma responds through disciplined dharma—sending salutations, prescribing household conduct, and affirming rājadharma toward Bharata despite personal loss.

Dharma is shown as performative and communicative: even at the moment of separation, Rāma prioritizes respectful speech, ritual order, care for elders, and social equilibrium; Lakṣmaṇa’s anger simultaneously illustrates the moral intuition that unjust action destabilizes legitimacy.

The narrative emphasizes the forest threshold (वनान्त) as a liminal space where royal life converts to ascetic exile; culturally, the अग्न्यागार (fire-ritual chamber), अन्तःपुर (inner apartments), and राजरथ (royal chariot) mark palace order now receding, framed by similes of the Ashvins, Mandara, and Yayati.

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