
Pilgrimage Sequence on Sacred Fords (Narmadā Region): Bhṛgu-tīrtha, Śiva-vratas, and Merit Amplification
Dans le PP.3.20, Pulastya enseigne à Bhīṣma une suite de pèlerinages (tīrtha-yātrā) dans la région de la Narmadā. Les bains rituels aux gués sacrés—Naraka, Go-tīrtha, Kapilā, Gaṇeśvara, Bhṛgu-tīrtha, Gautameśvara, Eraṇḍī, Kanakhala, Īśa-tīrtha, Varāha-tīrtha, Soma-tīrtha, Rudrakanyā, Devatīrtha et Śikhitīrtha—sont associés à des observances de calendrier : Jyeṣṭha caturdaśī, conjonctions d’Aṅgāraka, Śrāvaṇa kṛṣṇa-caturdaśī, Bhādrapada amāvasyā, Dvādaśī et Pūrṇimā. Le texte détaille les actes qui accroissent le mérite (puṇya) : don d’une vache kapilā, repas offerts aux brāhmaṇas, tarpaṇa pour les ancêtres, aumônes lors des éclipses. Un récit enchâssé met en scène Bhṛgu avec Śiva et Pārvatī : le sage chante l’hymne « Karuṇābhyudaya », et Mahādeva lui accorde la grâce de la Rudra-vedī, consacrant Bhṛgu-tīrtha comme lieu qui détruit les péchés, où même la mort devient voie de délivrance. Le chapitre assimile sans cesse ces rites locaux aux grands sacrifices tels que l’Aśvamedha et promet, à ceux qui les accomplissent avec foi, l’accès sans retour au séjour de Rudra ou au monde de Viṣṇu.
Verse 1
नारद उवाच । ततस्तु नरकं गच्छेत्स्नानं तत्र समाचरेत् । स्नातमात्रो नरस्तत्र नरकं तत्र पश्यति
Nārada dit : «Ensuite, qu’il aille à Naraka et y accomplisse le bain rituel. Dès qu’il s’est baigné, l’homme voit ce Naraka même».
Verse 2
अस्यतीर्थस्य माहात्म्यं शृणु त्वं पांडुनंदन । तस्मिंस्तीर्थे तु राजेंद्र यान्यस्थीनि विनिक्षिपेत्
Ô fils de Pāṇḍu, écoute la grandeur de ce tīrtha. Ô roi des rois, quels que soient les os que l’on y dépose—
Verse 3
विलयं यांति सर्वाणि रूपवान्जायते नरः । गोतीर्थं तु ततो गच्छेद्दृष्ट्वा पापात्प्रमुच्यते
Tout s’évanouit et se résorbe, et l’homme renaît d’une forme rayonnante. Ensuite qu’il aille à Go-tīrtha ; rien qu’en le voyant, il est délivré du péché.
Verse 4
ततो गच्छेत राजेंद्र कपिलातीर्थमुत्तमम् । तत्र स्नात्वा नरो राजन्गोसहस्रफलं लभेत्
Ensuite, ô meilleur des rois, qu’on se rende au très excellent gué sacré nommé Kapilā-tīrtha. S’y étant baigné, ô roi, l’homme obtient un mérite égal au don de mille vaches.
Verse 5
ज्येष्ठमासे तु संप्राप्ते चतुर्दश्यां विशेषतः । तत्रोपोष्य नरो भक्त्या कपिलां यः प्रयच्छति
Lorsque vient le mois de Jyeṣṭha, surtout au quatorzième jour lunaire, celui qui jeûne en cette occasion et, avec dévotion, offre une vache kapilā (fauve),
Verse 6
घृतेन दीपं प्रज्वाल्य घृतेन स्नापयेच्छिवम् । सघृतं श्रीफलं दत्वा कृत्वा चांते प्रदक्षिणम्
Après avoir allumé une lampe avec du ghee, qu’on baigne Śiva avec du ghee; puis, offrant une noix de coco avec du ghee, qu’on accomplisse enfin la pradakṣiṇā (circumambulation).
Verse 7
घंटाभरणसंयुक्तां कपिलां यः प्रयच्छति । शिवतुल्यो नरो भूत्वा न चेह जायते पुनः
Celui qui donne une vache kapilā parée de clochettes et d’ornements devient semblable à Śiva; devenu tel, il ne renaît plus en ce monde.
Verse 8
अंगारकदिने प्राप्ते चतुर्थ्यां तु विशेषतः । स्नापयित्वा शिवं भक्त्या ब्राह्मणेभ्यस्तु भोजनम्
Lorsque vient le jour d’Aṅgāraka (mardi), surtout s’il coïncide avec la Caturthī, qu’on baigne (vénère) Śiva avec dévotion, puis qu’on offre un repas aux brāhmaṇas.
Verse 9
अंगारकनवम्यां तु अमावस्यां तथैव च । स्नापयेत्तत्र यत्नेन रूपवान्सुभगो भवेत्
Mais à Aṅgāraka-navamī, et de même au jour d’Amāvasyā (nouvelle lune), qu’on y baigne la divinité avec soin ; par cela, on devient beau et comblé de bonne fortune.
Verse 10
घृतेन स्नापयेल्लिंगं पूजयेद्भक्तितो द्विजान् । पुष्पकेण विमानेन सहस्रैः परिवारितः
Qu’on baigne le liṅga avec du ghee et qu’avec dévotion on honore les dvija (brāhmaṇas). Entouré de milliers, il est transporté dans le char céleste Puṣpaka.
Verse 11
शैवं पदमवाप्नोति नात्र चाभिगतं भवेत् । अक्षयं मोदते कालं यथा रुद्रस्तथैव च
Il atteint le séjour de Śiva ; de là, nul retour. Il se réjouit dans le temps impérissable, tout comme Rudra lui-même.
Verse 12
यदा तु कर्मसंयोगान्मर्त्यलोकमुपागतः । राजा भवति धर्मिष्ठो रूपवान्जायते बली
Mais lorsque, par la conjonction de ses actes (karma), il parvient au monde des mortels, il devient un roi très juste, né beau et pourvu de force.
Verse 13
ततो गच्छेत राजेंद्र ऋषितीर्थमनुत्तमम् । तृणबिंदुऋषिर्नाम शापदग्धो व्यवस्थितः
Alors, ô meilleur des rois, qu’il se rende au Tīrtha incomparable du sage. Là demeure le Ṛṣi nommé Tṛṇabindu, consumé par une malédiction.
Verse 14
तस्यतीर्थप्रभावेण पापमुक्तोऽभवद्द्विजः । ततो गच्छेत राजेंद्र गणेश्वरमनुत्तमम्
Par la puissance de ce gué sacré, le deux-fois-né fut délivré du péché. Ensuite, ô meilleur des rois, qu’on se rende au sanctuaire incomparable de Gaṇeśvara.
Verse 15
श्रावणेमासि संप्राप्ते कृष्णपक्षे चतुर्दशीम् । स्नातमात्रो नरस्तत्र रुद्रलोके महीयते
Quand vient le mois de Śrāvaṇa, au quatorzième jour lunaire de la quinzaine sombre, l’homme qui s’y baigne seulement est honoré dans le monde de Rudra.
Verse 16
पितॄणां तर्पणं कृत्वा मुच्यते च ऋणत्रयात् । गणेश्वरसमीपे तु गंगावदनमुत्तमम्
Après avoir accompli le tarpaṇa, l’offrande de libation aux ancêtres, on est délivré de la triple dette. Et près de Gaṇeśvara, le lieu sacré nommé « Gaṅgā-vadana » est vraiment excellent.
Verse 17
अकामो वा सकामो वा तत्र स्नात्वा तु मानवः । आजन्मजनितैः पापैर्मुच्यते नात्र संशयः
Qu’il soit sans désir ou animé de désirs, l’homme qui s’y baigne est délivré des péchés accumulés depuis la naissance ; là-dessus, point de doute.
Verse 18
सर्वदा पर्वदिवसे स्नानं तत्र समाचरेत् । पितॄणां तर्पणं कृत्वा मुच्यते च ऋणत्रयात्
Toujours, aux jours de fête ou d’observance sacrée, qu’on accomplisse le bain en ce lieu. Après avoir offert le tarpaṇa aux ancêtres, on est aussi délivré de la triple dette.
Verse 19
प्रयागे यत्फलं दृष्टं शंकरेण महात्मना । तदेव निखिलं पुण्यं गंगाराह्वर्कसंगमे
Quel que soit le fruit spirituel que le magnanime Śaṅkara contempla à Prayāga, ce même mérite, dans sa plénitude, se trouve au confluent de la Gaṅgā avec Rāhu et Arka (le Soleil).
Verse 20
इति श्रीपाद्मे महापुराणे स्वर्गखंडे विंशतितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le vingtième chapitre du Svarga-khaṇḍa du sacré Padma Mahāpurāṇa.
Verse 21
उपोष्य रजनीमेकां मासि भाद्रपदे तथा । अमावस्यां नरः स्नात्वा व्रजेद्वै यत्र शंकरः
Après avoir jeûné une seule nuit au mois de Bhādrapada, puis s’être baigné le jour d’amāvasyā (nouvelle lune), l’homme doit assurément se rendre au lieu où demeure Śaṅkara (Śiva).
Verse 22
सर्वदा पर्वदिवसे स्नानं तत्र समाचरेत् । पितॄणां तर्पणं कृत्वा अश्वमेधफलं लभेत्
À chaque jour sacré de fête, qu’on s’y baigne selon le rite; puis, après avoir offert le tarpaṇa (libations) aux ancêtres, on obtient un mérite égal à celui du sacrifice de l’Aśvamedha.
Verse 23
दशाश्वमेधात्पश्चिमतो भृगुर्ब्राह्मणसत्तमः । दिव्यं वर्षसहस्रं तु ईश्वरं पर्युपासत
À l’ouest de Daśāśvamedha, Bhṛgu—le plus éminent des brāhmaṇas—adora le Seigneur durant mille années divines.
Verse 24
वल्मीकावस्थितश्चासौ दक्षिणं च निकेतनम् । आश्चर्यं च महज्जातमुमायाः शंकरस्य च
Il demeurait près de la termitière, et sa demeure se trouvait au sud ; et un grand prodige s’éleva pour Umā et pour Śaṅkara.
Verse 25
गौरी तु पृच्छते देवं कोयमत्र तु संस्थितः । देवो वा दानवो वाथ कथयस्व महेश्वर
Alors Gaurī interrogea le Dieu : « Qui est celui qui se tient ici ? Est-ce un deva ou un Dānava ? Dis-le-moi, ô Maheśvara. »
Verse 26
ईश्वर उवाच । भृगुर्नाम द्विजश्रेष्ठ ऋषीणां प्रवरो मुनिः । ध्यायते मां समाधिस्थो वरं प्रार्थयते प्रिये
Le Seigneur dit : « Il est un sage nommé Bhṛgu, le meilleur des deux-fois-nés et le plus éminent parmi les ṛṣi. Établi en samādhi, il médite sur Moi et sollicite une grâce, ô bien-aimée. »
Verse 27
तत्र प्रहसिता देवी ईश्वरं प्रत्यभाषत । धूमावर्तशिखा जाता ततोऽद्यापि न तुष्यसि । दुराराध्योऽसि तेन त्वं नात्र कार्या विचारणा
Là, la Déesse sourit et dit à Īśvara : « Depuis lors s’est levée la flamme aux tourbillons de fumée, et même aujourd’hui tu n’es pas apaisé. Ainsi es-tu difficile à contenter ; il n’y a plus lieu d’en délibérer. »
Verse 28
देव उवाच । न ज्ञायसे महादेवि अयं क्रोधेन चेष्टितः । दर्शयामि यथातथ्यं प्रियं ते च करोम्यहम्
Le Seigneur dit : « Ô Mahādevī, tu ne comprends pas : cela a été accompli sous l’élan de la colère. Je te montrerai la vérité telle qu’elle est, et je ferai aussi ce qui t’est cher. »
Verse 29
स्मारितो देवदेवेन धर्मरूपो वृषस्तदा । स्मरणादेव देवस्य वृषः शीघ्रमुपस्थितः
Alors le Taureau—Dharma incarné—fut appelé par le Dieu des dieux ; et par le seul souvenir de cette Divinité, le Taureau apparut aussitôt.
Verse 30
प्राहासौ मानुषीं वाचमादेशो दीयतां प्रभो । वल्मीकैश्छादितो विप्र एनं भूमौ निपातय
Il parla d’une voix humaine : «Ô Seigneur, donne l’ordre. Ce brāhmane est couvert de fourmilières ; jette-le à terre».
Verse 31
योगस्थस्तु ततो ध्यायंस्ततस्तेन निपातितः । तत्क्षणात्क्रोधसंतप्तो हस्तमुत्क्षिप्तवान्वृषम्
Puis, tandis qu’il demeurait établi dans le yoga et absorbé en méditation, il fut renversé par lui. À l’instant même, brûlant de colère, il leva la main contre le taureau.
Verse 32
एवं संभाषमाणस्तु कुत्र गच्छसि भो वृष । अद्य त्वामथ पाप्मानं प्रत्यक्षं हन्म्यहं वृष
Et parlant ainsi, il dit : «Où vas-tu, ô taureau ? Aujourd’hui, sous mes yeux, je te frapperai ici même, toi qui es le péché incarné, ô taureau».
Verse 33
धर्षितस्तु तदा विप्रो ह्यंतरिक्षं गतं वृषम् । आकाशे प्रेक्षते भूय एतदद्भुतमुत्तमम्
Alors le brāhmane, saisi de stupeur, regarda de nouveau le taureau monté dans les airs, et vit au ciel ce prodige des plus sublimes.
Verse 34
ततः प्रहसिते रुद्रे ऋषिरग्रे व्यवस्थितः । तृतीयं लोचनं दृष्ट्वा वैलक्ष्यात्पतितो भुवि
Alors, lorsque Rudra éclata de rire, le sage qui se tenait devant Lui—ayant vu le troisième œil—tomba à terre, saisi de honte et de trouble.
Verse 35
प्रणम्य दंडवद्भूमौ स्तुवते परमेश्वरम् । प्रणिपत्य भूतनाथं भवोद्भवं त्वामहं दिव्यरूपम् । भवभीतो भुवनपते भूतं विज्ञापये किंचित्
M’étant prosterné à terre tel un bâton, je loue le Seigneur Suprême. Me jetant à Tes pieds, ô Seigneur des êtres, source de tout devenir, de forme divine, moi qui tremble devant le samsara, ô Maître des mondes, je soumets une humble requête.
Verse 36
त्वद्गुणनिकरान्वक्तुं कः शक्तो भवति मानुषो नाथ । वासुकिरयं हि कदाचिद्वदनसहस्रं भवेद्यस्य
Ô Seigneur, quel mortel serait capable d’énoncer l’amas de Tes vertus ? Même Vāsuki—qui parfois a mille bouches—peinerait à le faire.
Verse 37
भक्त्या तवापि शंकरभुवनपते त्वत्स्तुतौ तु मुखरस्य । वंद्य क्षमस्व भवन्प्रसीद मे तव चरणपतितस्य
Ô Seigneur de la demeure de Śaṅkara, si, par dévotion, j’ai été trop prolixe dans Ta louange—ô Vénérable—pardonne-moi. Sois gracieux envers moi, car je suis tombé à Tes pieds.
Verse 38
सत्वं रजस्तमस्त्वं स्थित्युत्पत्तौ विनाशने देव । त्वां मुक्त्वा भुवनपते भुवनेश्वर नैव दैवतं किंचित्
Tu es sattva, rajas et tamas—la puissance divine de la conservation, de la création et de la dissolution, ô Seigneur. En dehors de Toi, ô maître des mondes, ô souverain de l’univers, il n’est vraiment aucune autre divinité.
Verse 39
यमनियमयज्ञदानैर्वेदाभ्यासावधारणोद्योगात् । त्वद्भक्तेः सर्वमिदं नार्हति कलासहस्रांशेन
Tout cela—par les yama et les niyama, les sacrifices, les dons, l’étude des Veda et l’effort discipliné de la concentration—n’égale pas même le millième de la dévotion envers Toi.
Verse 40
उत्कृष्टरसरसायनखड्गांजनपादुकादि सिद्धिर्वा । चिह्नानि भवत्प्रणतानां दृश्यंत इह जन्मनि प्रकटम्
Ou bien l’obtention d’extraordinaires rasāyana et préparations alchimiques, d’une épée mystique, de collyre, de sandales miraculeuses et d’autres siddhi : de tels signes de ceux qui se prosternent devant Toi se voient ici, manifestes en cette même vie.
Verse 41
शाठ्येन नमति यद्यपि ददासि त्वं धर्ममिच्छतां देव । भक्तिर्भवच्छेदकरी मोक्षाय विनिर्मिता नाथ
Ô Seigneur : même si l’on se prosterne avec ruse, Tu accordes le dharma à ceux qui le recherchent, ô Deva. Mais la bhakti est établie pour la délivrance (mokṣa), car elle tranche le devenir du saṃsāra, ô Maître.
Verse 42
परदारपरस्वरतं परिभवपरिदुःखशोकसंतप्तम् । परवदनवीक्षणपरं परमेश्वर मां परित्राहि
Ô Seigneur Suprême, protège-moi : moi qui suis attaché à l’épouse d’autrui et aux biens d’autrui, brûlé par l’affront, la peine et le chagrin, et porté à fixer le visage des autres.
Verse 43
अलीकाभिमानदग्धं क्षणभंगुरविभवविलसितं देव । क्रूरं कुपथाभिमुखं पतितं मां त्राहि देवेश
Ô Deva, je suis brûlé par l’orgueil mensonger, ébloui par le jeu d’une prospérité fugace et périssable ; je suis cruel, tourné vers la mauvaise voie et déchu. Ô Seigneur des dieux, sauve-moi.
Verse 44
दीनेंद्रियगणसार्थैर्बंधुजनैरेव पूरिता आशा । तुच्छा तथापि शंकर किं मूढं मां विडंबयसि
Mes espérances n’ont été remplies que par de misérables parents, foule de sens affaiblis et de buts dérisoires. Bien qu’ils soient vains, ô Śaṅkara, pourquoi te moques-tu de moi, l’insensé ?
Verse 45
तृष्णां हरस्व शीघ्रं लक्ष्मीं मां देहि हृदयवासिनीं नित्याम् । छिंधि मदमोहपाशानुत्तारय मां महादेव
Ôte vite ma soif de désir ; accorde-moi la Lakṣmī durable qui demeure au cœur. Tranche les liens de l’orgueil et de l’illusion, et fais-moi passer au-delà, ô Mahādeva.
Verse 46
करुणाभ्युदयं नाम स्तोत्रमिदं सिद्धिदं दिव्यम् । यः पठति भक्तियुक्तस्तस्य तु तुष्येद्भृगोर्यथाहि शिवः
Cet hymne divin, nommé « Karuṇābhyudaya » (L’Essor de la Compassion), confère des siddhi et des accomplissements spirituels. Celui qui le récite avec dévotion—Śiva s’en trouve réellement satisfait, comme il le fut de Bhṛgu.
Verse 47
ईश्वर उवाच । अहं तुष्टोस्मि ते विप्र वरं प्रार्थय स्वेप्सितम् । उमया सहितो देवो वरं तस्य हि दापयेत्
Īśvara dit : «Ô brāhmane, je suis satisfait de toi. Demande la grâce que tu désires. Le Seigneur—avec Umā—lui accordera assurément cette grâce».
Verse 48
भृगुरुवाच । यदि तुष्टोसि देवेश यदि देयो वरो मम । रुद्रवेदी भवेदेवमेतत्संपादयस्व मे
Bhṛgu dit : «Si tu es satisfait, ô Devēśa, et si une grâce doit m’être accordée, qu’il y ait une Rudra-vedī, un autel de Rudra. Fais que cela s’accomplisse pour moi».
Verse 49
ईश्वर उवाच । एवं भवतु विप्रेंद्र क्रोधस्थानं भविष्यति । न पिता पुत्रयोश्चैव एकवाक्यं भविष्यति
Īśvara dit : « Qu’il en soit ainsi, ô le meilleur des brāhmanes : ceci deviendra un siège de colère. Et entre le père et les deux fils, il n’y aura pas une seule harmonie de parole. »
Verse 50
तदाप्रभृति ब्रह्माद्याः सर्वे देवाः सकिन्नराः । उपासंतो भृगोस्तीर्थं तुष्टो यत्र महेश्वरः
Dès lors, Brahmā et tous les dieux—avec les Kinnaras—ont vénéré le tīrtha sacré de Bhṛgu, le lieu où Maheśvara (Śiva) se réjouit.
Verse 51
दर्शनात्तस्य तीर्थस्य सद्यः पापात्प्रमुच्यते । अवशाः स्ववशाश्चापि म्रियंते तत्र जंतवः
Rien qu’en contemplant ce tīrtha, on est aussitôt délivré du péché. Les êtres qui y meurent—qu’ils y soient contraints ou de leur plein gré—obtiennent pareillement ce fruit purificateur.
Verse 52
गुह्यातिगुह्यस्य गतिस्तेषां निःसंशया भवेत् । एतत्क्षेत्रं सुविपुलं सर्वपापप्रणाशनम्
Pour eux, sans aucun doute, cela devient la voie vers le plus secret des secrets. Ce kṣetra sacré est immense et anéantit tous les péchés.
Verse 53
तत्र स्नात्वा दिवं यांति ये मृतास्तेऽपुनर्भवाः । औपानहं तदा छत्रं देयमन्नं च कांचनम्
S’étant baignés là, ceux qui y meurent vont au ciel ; ils ne reviennent plus (libérés de la renaissance). Alors, qu’on offre en dāna des sandales, une ombrelle, de la nourriture et de l’or.
Verse 54
भोजनं च यथाशक्त्या अक्षयं तस्य तद्भवेत् । सूर्योपरागे यो दद्याद्दानं चैव यथेच्छया
La nourriture donnée selon sa capacité devient pour le donateur un mérite impérissable. Et celui qui fait le dāna lors d’une éclipse solaire, selon son vœu, reçoit pareillement un fruit infaillible.
Verse 55
तीर्थस्नानं तु यद्दानमक्षयं तस्य तद्भवेत् । चंद्रसूर्योपरागेषु वृषोत्सर्गमनुत्तमम्
Tout don fait après le bain dans un tīrtha devient inépuisable en mérite. Et lors des éclipses de lune ou de soleil, l’offrande par lâcher d’un taureau (vṛṣotsarga) est tenue pour sans égale.
Verse 56
न जानंति नरा मूढा विष्णुमायाविमोहिताः । नर्मदायां स्थितं दिव्यं वृषतीर्थं नराधिप
Ô roi, les hommes insensés, égarés par la māyā de Viṣṇu, ne reconnaissent pas le divin Vṛṣa-tīrtha établi sur la Narmadā.
Verse 57
भृगुतीर्थस्य माहात्म्यं यः शृणोति नरः सकृत् । विमुक्तः सर्वपापेभ्यो रुद्रलोकं स गच्छति
Celui qui entend ne fût-ce qu’une seule fois la sainte grandeur de Bhṛgu-tīrtha est délivré de tous les péchés et gagne le séjour de Rudra.
Verse 58
ततो गच्छेत राजेंद्र गौतमेश्वरमुत्तमम् । तत्र स्नात्वा नरो राजन्नुपवासपरायणः
Ensuite, ô meilleur des rois, qu’il se rende au très excellent Gautameśvara. Après s’y être baigné, ô roi, qu’un homme se consacre à l’observance du jeûne.
Verse 59
कांचनेन विमानेन ब्रह्मलोके महीयते । धौतपापं ततो गच्छेद्धौतं यत्र वृषेण तु
Dans un char céleste d’or, on est honoré dans le monde de Brahmā. De là, l’on se rend à Dhauta-pāpa, au saint lieu nommé « Dhauta », où le Taureau du Dharma lave les fautes.
Verse 60
नर्मदायां स्थितं राजन्सर्वपातकनाशनम् । तत्र तीर्थे नरः स्नात्वा ब्रह्महत्यां व्यपोहति
Ô Roi, sur la Narmadā se trouve un gué sacré qui anéantit tous les péchés. En se baignant à ce tīrtha, l’homme rejette même la faute de brahma-hatyā, le meurtre d’un brāhmane.
Verse 61
तस्मिन्तीर्थे महाराज प्राणत्यागं करोति यः । चतुर्भुजस्त्रिनेत्रस्तु रुद्रतुल्यबलो भवेत्
Ô grand roi, celui qui abandonne sa vie en ce gué sacré devient pourvu de quatre bras et de trois yeux, et reçoit une force égale à celle de Rudra.
Verse 62
वसेत्कल्पायुतं साग्रं रुद्रतुल्यपराक्रमः । कालेन महता प्राप्तः पृथिव्यामेकराड्भवेत्
Pourvu d’une vaillance égale à celle de Rudra, il vivrait un peu plus de dix mille kalpas; puis, lorsqu’un grand temps se sera écoulé, il deviendrait l’unique souverain de la terre.
Verse 63
ततो गच्छेत राजेंद्र एरंडीतीर्थमुत्तमम् । प्रयागे यत्फलं दृष्टं मार्कंडेयेन भाषितम्
Ensuite, ô roi des rois, qu’il se rende au gué sacré excellent nommé Eraṇḍī-tīrtha, dont le mérite est égal à celui de Prayāga, ainsi que l’a vu et enseigné Mārkaṇḍeya.
Verse 64
तत्फलं लभते राजन्स्नातमात्रस्तु मानवः । मासि भाद्रपदे चैव शुक्लपक्षस्य चाष्टमीम्
Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari !
Verse 65
उपोष्य रजनीमेकां तत्र स्नानं समाचरेत् । यमदूतैर्न बाध्येत इंद्रलोकं स गच्छति
Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari !
Verse 66
ततो गच्छेत राजेंद्र सिद्धो यत्र जनार्दनः । हिरण्यद्वीपविख्यातं सर्वपापप्रणाशनम्
Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari !
Verse 67
तत्र स्नात्वा नरो राजन्धनवान्रूपवान्भवेत् । ततो गच्छेत राजेंद्र तीर्थं कनखलं महत्
Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari !
Verse 68
गरुडेन तपस्तप्तं तस्मिंस्तीर्थे नराधिप । विख्यातं सर्वलोकेषु योगिनी तत्र तिष्ठति
Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari, ô Hari ! Ô Hari !
Verse 69
क्रीडते योगिभिः सार्धं शिवेन सह नृत्यति । तत्र स्नात्वा नरो राजन्रुद्रलोके महीयते
Il se divertit en compagnie des yogin et danse avec Śiva. Ô Roi, après s’y être baigné, l’homme est honoré dans le monde de Rudra (Rudraloka).
Verse 70
ततो गच्छेत राजेंद्र ईशतीर्थमनुत्तमम् । ईशस्तत्र विनिर्मुक्तो गत ऊर्ध्वं न संशयः
Ensuite, ô roi des rois, qu’on se rende au gué sacré sans égal nommé Īśa-tīrtha. Là, Īśa fut entièrement délivré et s’éleva vers les hauteurs — sans aucun doute.
Verse 71
ततो गच्छेत राजेंद्र सिद्धो यत्र जनार्दनः । वाराहं रूपमास्थाय अचिंत्यः परमेश्वरः
Puis, ô meilleur des rois, qu’on se rende au lieu sacré où demeure Janārdana, où l’inconcevable Seigneur suprême, ayant pris la forme du Sanglier (Varāha), est présent.
Verse 72
वराहतीर्थे नरः स्नात्वा द्वादश्यां तु विशेषतः । विष्णुलोकमवाप्नोति नरकं तु न गच्छति
L’homme qui se baigne à Varāha-tīrtha —tout particulièrement le douzième jour lunaire (Dvādaśī)— atteint le monde de Viṣṇu et ne va pas en enfer.
Verse 73
ततो गच्छेत राजेंद्र सोमतीर्थमनुत्तमम् । पौर्णिमास्यां विशेषेण तत्र स्नानं समाचरेत्
Ensuite, ô roi des rois, qu’on se rende au Soma-tīrtha sans égal; et, surtout le jour de pleine lune, qu’on y accomplisse comme il se doit le bain sacré.
Verse 74
प्रणिपत्य च ईशानं बलिस्तस्य प्रसीदति । हरिश्चन्द्रपुरं दिव्यमंतरिक्षे तु दृश्यते
S’étant prosterné devant Īśāna, Bali devient l’objet de Sa grâce ; et, au milieu du firmament, l’on voit la cité radieuse et divine de Hariścandra.
Verse 75
चक्रध्वजे समावृत्ते सुप्ते नागारिकेतने । नर्मदातोयवेगेन रुरुकच्छोपसेवितम्
Lorsque Cakradhvaja fut revenu et qu’il dormait dans la demeure de Nāgāri, ce lieu, fréquenté par le marécage de Rurukaccha, était balayé par l’élan des eaux de la Narmadā.
Verse 76
तस्मिन्स्थाने निवासं च विष्णुः शंकरमब्रवीत् । द्वीपेश्वरे नरः स्नात्वा लभेद्बहुसुवर्णकम्
En ce lieu, Viṣṇu parla à Śaṅkara d’y demeurer : l’homme qui se baigne à Dvīpeśvara obtient un or abondant, c’est-à-dire un grand mérite porteur de prospérité.
Verse 77
ततो गच्छेत राजेंद्र रुद्रकन्यां तु संगमे । स्नातमात्रो नरस्तत्र देव्याः स्थानमवाप्नुयात्
Ensuite, ô roi des rois, qu’on se rende au confluent nommé Rudrakanyā. Par le seul fait de s’y baigner, l’homme atteint la demeure de la Déesse (Devī).
Verse 78
देवतीर्थं ततो गच्छेत्सर्वदेवनमस्कृतम् । तत्र स्नात्वा तु राजेंद्र दैवतैः सह मोदते
Ensuite, qu’on aille à Devatīrtha, honoré par tous les dieux. Ô le meilleur des rois, après s’y être baigné, on se réjouit en compagnie des divinités.
Verse 79
ततो गच्छेत राजेंद्र शिखितीर्थमनुत्तमम् । तत्र वै दीयते दानं सर्वं कोटिगुणं भवेत्
Alors, ô roi des rois, qu’on se rende au gué sacré sans égal nommé Śikhitīrtha. Là, en vérité, tout don offert—toute dāna—devient multiplié par un koṭi.
Verse 80
अपरपक्षे अमावास्यां स्नानं तत्र समाचरेत् । ब्राह्मणं भोजयेदेकं कोटिर्भवति भोजिता
À l’amāvasyā de la quinzaine sombre, qu’on s’y baigne selon le rite; et si l’on nourrit ne fût-ce qu’un seul brāhmaṇa, c’est comme en avoir nourri un koṭi.
Verse 81
भृगुतीर्थे तु राजेंद्र तीर्थकोटिर्व्यवस्थिता । अकामो वा सकामो वा तत्र स्नायीत मानवः
Ô roi des rois, à Bhṛgu-tīrtha est établie une koṭi de gués sacrés. Qu’il soit sans désir ou plein de désir, l’homme doit s’y baigner.
Verse 82
अश्वमेधमवाप्नोति दैवतैः सह मोदते । तत्र सिद्धमवाप्नोति भृगुस्तु मुनिपुंगवः । अवतारः कृतस्तेन शंकरेण महात्मना
Il obtient le mérite d’un Aśvamedha et se réjouit avec les dieux. Là, Bhṛgu—taureau parmi les sages—atteint la siddhi. Par ce magnanime Śaṅkara, une incarnation (avatāra) fut manifestée.