Adhyaya 60
Srishti KhandaAdhyaya 60142 Verses

Adhyaya 60

The Glory of Dhātrī (Āmalakī) and Tulasī: Ekādaśī Observance and Protection from Preta States

Skanda interroge Śiva sur la pureté sanctifiante des fruits et plantes sacrés. Le chapitre exalte d’abord Dhātrī/Āmalakī comme purificatrice suprême : la planter, la voir, la toucher, prononcer son nom, la manger, se baigner avec son jus et l’offrir à Viṣṇu détruit les péchés, apporte la prospérité et mène à la délivrance. Sont aussi mises en avant des disciplines de bain et de jeûne liées à l’Ekādaśī, avec des interdictions pour certains jours et tithi (notamment le dimanche/Saptamī et d’autres indiqués). Un récit enchâssé montre un chasseur/intouchable qui mange de l’āmalakī, meurt et devient intouchable même pour les serviteurs de Yama, attestant la puissance salvatrice du fruit. S’ensuit un enseignement listant les karmas menant aux états de preta/piśāca et les remèdes : récitation védique, culte, vœux et recours à l’āmalakī. Le chapitre se tourne ensuite vers Tulasī, feuille et fleur suprêmes pour le culte de Hari : sa présence repousse les êtres néfastes, détruit les péchés et accorde à la fois bhukti et mokṣa.

Shlokas

Verse 1

स्कंदौवाच । अपरस्यापि पृच्छामि फलस्य पूततां तरोः । सर्वलोकहितार्थाय वद नो जगदीश्वर

Skanda dit : Je demande encore une autre chose — la pureté sanctifiante du fruit d’un arbre. Pour le bien de tous les mondes, dis-le-nous, ô Seigneur de l’univers.

Verse 2

ईश्वर उवाच । धात्रीफलं परं पूतं सर्वलोकेषु विश्रुतम् । यस्य रोपान्नरो नारी मुच्यते जन्मबंधनात्

Īśvara dit : Le fruit de la dhātrī (āmalakī) est souverainement purifiant et renommé dans tous les mondes. En le plantant, homme ou femme, on est délivré du lien des renaissances.

Verse 3

पावनं वासुदेवस्य फलं प्रीतिकरं शुभम् । अस्य भक्षणमात्रेण मुच्यते सर्वकल्मषात्

Sacré est ce fruit de Vāsudeva — agréable, de bon augure, source de joie. En le mangeant seulement, on est délivré de toute souillure et de tout péché.

Verse 4

भक्षणे च भवेदायुः पाने वै धर्मसंचयः । अलक्ष्मीनाशनं स्नाने सर्वैश्वर्यमवाप्नुयात्

En le mangeant, on obtient la longévité ; en le buvant, on amasse le mérite (dharma). En s’y baignant, Alakṣmī, la malchance, est détruite, et l’on obtient toute prospérité.

Verse 5

यस्मिन्गृहे महासेन धात्री तिष्ठति सर्वदा । तस्मिन्गृहे न गच्छंति प्रेता दैतेय राक्षसाः

Ô Mahāsena, dans la demeure où Dhātrī réside constamment, ni les fantômes, ni les Daityas, ni les Rākṣasas ne s’y rendent jamais.

Verse 6

न गंगा न गया चैव न काशी न च पुष्करम् । एकैव हि नृणां धात्री संप्राप्ते हरिवासरे

Ni la Gaṅgā, ni Gayā, ni Kāśī, ni Puṣkara : au jour consacré à Hari, une seule observance devient pour les hommes la véritable nourricière et le ferme soutien.

Verse 7

एकादश्यां पक्षयुगे धात्रीस्नानं करोति यः । सर्वपापक्षयं यांति विष्णुलोके महीयते

Celui qui accomplit le bain rituel de Dhātrī (āmalakī) à l’Ekādaśī survenant à la jonction des deux quinzaines obtient l’anéantissement de tous les péchés et est honoré dans le monde de Viṣṇu.

Verse 8

धात्रीफलं सदा सेव्यं भक्षणे स्नान एव च । नियतं पारणे विष्णोः स्नानमात्रे हरेर्दिने

Le fruit de dhātrī (āmalakī) doit être honoré en tout temps, pour la nourriture comme pour le bain. Lors du parāṇa prescrit pour Viṣṇu et au jour de Hari, qu’au moins le bain soit observé selon la règle.

Verse 9

संयते पारणे चैव धात्र्येकस्पर्शने नरः । भुक्त्वा तु लंघयेद्यस्तु एकादश्यां सितासिते

L’homme qui se tient dans la retenue au moment du parāṇa et, alors, ne touche qu’un seul fruit de dhātrī : s’il venait, après avoir mangé, à enfreindre l’observance d’Ekādaśī, en quinzaine claire ou sombre, il encourt une faute.

Verse 10

एकेनैवोपवासेन कृतेन तु षडानन । सप्तजन्मकृतात्पापान्मुच्यते नात्र संशयः

Ô Ṣaḍānana, par l’accomplissement d’un seul jeûne, on est délivré des péchés amassés durant sept naissances ; il n’y a là aucun doute.

Verse 11

अक्षयं लभते स्वर्गं विष्णुसायुज्यमाव्रजेत् । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन धात्रीव्रतं समाचर

On obtient un ciel impérissable et l’on parvient à l’union avec Viṣṇu. C’est pourquoi, avec tous ses efforts, qu’on accomplisse le saint Dhātrī-vrata.

Verse 12

धात्रीद्रवेण सततं यस्य केशाः सुरंजिताः । न पिबेत्स पुनर्मातुः स्तनं कश्चित्षडानन

Ô Ṣaḍānana, celui dont les cheveux sont sans cesse teints par le liquide cosmétique d’une nourrice ne doit plus jamais boire le lait du sein de sa mère.

Verse 13

धात्रीदर्शनसंस्पर्शान्नाम्न उच्चारणेपि वा । वरदः संमुखो विष्णुः संतुष्टो भवति प्रियः

Rien qu’en voyant ou en touchant l’arbre Dhātrī (Āmalakī), ou même en prononçant son nom, le Seigneur Viṣṇu, dispensateur de grâces, se tient face à nous et s’en réjouit avec amour.

Verse 14

धात्रीफलं च यत्रास्ते तत्र तिष्ठति केशवः । तत्र ब्रह्मा स्थिरा पद्मा तस्मात्तां तु गृहे न्यसेत्

Là où l’on conserve un fruit d’āmalakī, Keśava y demeure. Là se tiennent aussi Brahmā et la constante Padmā (Lakṣmī) ; c’est pourquoi on doit le placer dans sa maison.

Verse 15

अलक्ष्मीर्नश्यते तत्र यत्र धात्री प्रतिष्ठति । संतुष्टास्सर्वदेवाश्च न त्यजंति क्षणं मुदा

L’Alakṣmī, la malchance, est détruite là où la Dhātrī est solidement établie ; et tous les dieux, satisfaits, n’abandonnent pas ce lieu ne fût-ce qu’un instant, y demeurant dans la joie.

Verse 16

धात्रीफलेन नैवेद्यं यो ददाति महाधनम् । तस्य तुष्टो भवेद्विष्णुर्नान्यैः क्रतुशतैरपि

Celui qui offre en naivedya le fruit de dhātrī (āmalakī) est tenu pour immensément riche ; Viṣṇu s’en trouve satisfait, ce que même des centaines de sacrifices védiques ne sauraient obtenir.

Verse 17

स्नात्वा धात्रीद्रवेणैव पूजयेद्यस्तु माधवम् । सोभीष्टफलमाप्नोति यद्वा मनसि वर्तते

Celui qui, s’étant baigné avec le suc de dhātrī (āmalakī), adore Mādhava, obtient le fruit désiré : tout vœu demeurant en son esprit.

Verse 18

तथैव लक्षणं स्मृत्वा पूजयित्वा फलेन तु । सुवर्णशतसाहस्रं फलमेति नरोत्तमः

De même, se souvenant des signes prescrits et rendant un culte dû avec un fruit, le meilleur des hommes obtient le mérite de cent mille pièces d’or.

Verse 19

या गतिर्ज्ञानिनां स्कंद मुनीनां योगसेविनाम् । गतिं तां समवाप्नोति धात्रीसेवा रतो नरः

Ô Skanda, l’état que parviennent à atteindre les sages—les munis voués à la pratique du yoga—cet état même est obtenu par l’homme qui se consacre au service de l’arbre Dhātrī (Āmalakī).

Verse 20

तीर्थसेवाभिगमने व्रतैश्च विविधैस्तथा । सा गतिर्लभ्यते पुंसां धात्रीफलसुसेवया

Par la visite et le service des tīrthas, et par l’observance de vœux variés, les hommes obtiennent ce but sublime ; ce même but s’obtient par la pieuse pratique liée au fruit de dhātrī (āmalakī).

Verse 21

प्रीतिश्च सर्वदेवानां देवीनां नो गणस्य च । संमुखा वरदा स्नाने धात्रीफलनिषेवणे

Au temps du bain sacré et de la prise du fruit de dhātrī (āmalakī), la joie de tous les dieux, des déesses et de nos gaṇa se tient présente, face à face, et devient dispensatrice de grâces.

Verse 22

ग्रहा दुष्टाश्च ये केचिदुग्राश्च दैत्यराक्षसाः । सर्वे न दुष्टतां यांतिधात्रीफल सुसेवनात्

Même les graha malfaisants, et tous les démons farouches, daitya et rākṣasa, nul ne demeure nuisible lorsque le fruit de dhātrī (āmalakī) est pris correctement et régulièrement.

Verse 23

सर्वयज्ञेषु कार्येषु शस्तं चामलकीफलम् । सर्वदेवस्य पूजायां वर्जयित्वा रविं सुत

Dans tous les yajña et les actes rituels, le fruit d’āmalakī est tenu pour excellent. Dans le culte de tous les dieux—à l’exception du Soleil—il convient de l’employer, ô fils de Ravi.

Verse 24

तस्माद्रविदिने तात सप्तम्यां च विशेषतः । धात्रीफलानि सततं दूरतः परिवर्जयेत्

C’est pourquoi, cher enfant, le jour de Ravi (dimanche)—et tout particulièrement au septième tithi, Saptamī—il faut toujours éviter les fruits de dhātrī et s’en tenir éloigné.

Verse 25

यस्तु स्नाति तथाश्नाति धात्रीं च रविवासरे । आयुर्वित्तं कलत्रं च सर्वं तस्य विनश्यति

Mais celui qui s’y baigne et y mange aussi, et qui de plus consomme dhātrī (āmalakī) un dimanche—sa durée de vie, sa richesse, son épouse, oui, tout ce qui est à lui, s’anéantit.

Verse 26

संक्रान्तौ च भृगोर्वारे षष्ठ्यां प्रतिपिदि ध्रुवम् । नवम्यां चाप्यमायां च धात्रीं दूरात्परित्यजेत्

Au jour de saṅkrānti, le vendredi, au sixième tithi, à la pratipadā, et assurément au neuvième tithi ainsi qu’à la nouvelle lune—qu’on évite, même de loin, la dhātrī (āmalakī).

Verse 27

नासिकाकर्णतुंडेषु मृतस्य चिकुरेषु वा । तिष्ठेद्धात्रीफलं यस्य स याति विष्णुमंदिरम्

Si, à l’instant de la mort, on place un fruit de dhātrī (āmalakī) aux narines, aux oreilles, à la bouche, ou même sur les cheveux du défunt, celui-là atteint la demeure de Viṣṇu.

Verse 28

धात्रीसंपर्कमात्रेण मृतो यात्यच्युतालयम् । सर्वपापक्षयस्तस्य स्वर्गं याति रथेन तु

Par le seul contact avec Dhātrī, même celui qui meurt atteint la demeure d’Acyuta (Viṣṇu). Tous ses péchés sont anéantis, et il gagne le ciel porté sur un char.

Verse 29

धात्रीद्रवं नरो लिप्त्वा यस्तु स्नानं समाचरेत् । पदेपदेश्वमेधस्य फलं प्राप्नोति धार्मिकः

Le juste qui s’enduit du suc de dhātrī puis accomplit le bain obtient, à chaque pas, le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha.

Verse 30

अस्य दर्शनमात्रेण ये वै पापिष्ठजंतवः । सर्वे ते प्रपलायंते ग्रहा दुष्टाश्च दारुणाः

Par la seule vision de ceci, les êtres les plus pécheurs—tous sans exception—s’enfuient; et s’enfuient aussi les grahas, maléfiques et terribles, qui tourmentent.

Verse 31

पुरैकः पुल्कसः स्कंद मृगयार्थं वनं गतः । मृगपक्षिगणान्हत्वा तृषया परिपीडितः

Ô Skanda, jadis un homme Pulkaśa entra dans la forêt pour chasser. Après avoir abattu des hardes de cerfs et des volées d’oiseaux, il fut tourmenté par la soif.

Verse 32

क्षुधयामलकीवृक्षं पुरः पीनफलान्वितम् । दृष्ट्वा संरुह्य सहसा चखाद फलमुत्तमम्

Tourmenté par la faim, il vit devant lui un āmalakī chargé de fruits pleins. Il y grimpa aussitôt et mangea sur-le-champ un fruit exquis.

Verse 33

ततो दैवात्सवृक्षाग्रान्निपपात महीतले । वेदनागाढसंविद्धः पंचत्वमगमत्तदा

Puis, par le décret du destin, il tomba du faîte de l’arbre sur la terre. Transpercé d’une douleur aiguë, il atteignit alors sa fin, retournant aux cinq éléments.

Verse 34

ततः प्रेतगणाः सर्वे रक्षोभूतगणास्तथा । तनुं वोढुं मुदा सर्वे ये वै शमनसेवकाः

Alors toutes les troupes de pretas, ainsi que les groupes de rākṣasas et de bhūtas—véritables serviteurs de Śamana (Yama)—se mirent joyeusement à porter le corps.

Verse 35

न शक्नुवंति चांडालं मृतं द्रष्टुं महाबलाः । अन्योन्यं विग्रहस्तेषां ममायमिति भाषताम्

Mais ces puissants êtres ne purent contempler le Caṇḍāla mort. Entre eux naquirent des querelles, chacun disant : «Il est à moi».

Verse 36

ग्रहीतुं चापि नेतुं च न शक्तास्ते परस्परम् । ततस्ते तु समालोक्य गता मुनिगणान्प्रति

Ils ne purent ni se saisir l’un l’autre, ni s’entraîner l’un l’autre. Alors, après avoir regardé alentour, ils allèrent vers l’assemblée des sages.

Verse 37

प्रेता ऊचुः । किमर्थं मुनयो धीराश्चांडालं पापकारिणम् । प्रेक्षितुं न वयं शक्ता न चापि यमसेवकाः

Les pretas dirent : «Pour quelle raison les sages, fermes et courageux, veulent-ils contempler ce caṇḍāla pécheur ? Ni nous, ni même les serviteurs de Yama, ne pouvons le regarder.»

Verse 38

म्रियंते पातिता ये च स्थिरैर्युद्धपराङ्मुखाः । साहसैः पातिता भीता वज्राग्निकाष्ठपीडिताः

Ceux qui sont terrassés périssent : ceux qui, bien que fermes, se détournent du combat ; ceux que des assauts téméraires abattent, saisis d’effroi, tourmentés par la foudre, le feu et les coups de bois.

Verse 39

सिंहव्याघ्रहता मर्त्या व्याघ्रैर्वा जलजंतुभिः । जलस्थलस्थिताः प्रेताः वृक्षपर्वतपातिताः

Ces mortels tués par des lions ou des tigres, ou par des tigres ou des êtres aquatiques ; ces pretas demeurant dans l’eau ou sur la terre, et ceux tombés des arbres ou des montagnes : c’est d’eux qu’il est question.

Verse 40

पशुपक्षिहता ये च कारागारे गरे मृताः । आत्मघातमृता ये च श्राद्धादिकर्मवर्जिताः

Ceux qui furent tués par des bêtes ou des oiseaux, ceux qui moururent en prison, ceux qui moururent par poison ; ceux qui moururent par leur propre main, et ceux privés de rites tels que le śrāddha : c’est d’eux qu’il est question.

Verse 41

गूढकर्ममृता धूर्ता गुरुविप्रनृपद्विषः । पाषंडाः कौलिकाः क्रूरा गरदाः कूटसाक्षिणः

Les fourbes—enlisés dans des actes secrets de faute—rusés, ennemis des gurus, des brahmanes et des rois; hérétiques et sectaires imposteurs; cruels, empoisonneurs et faux témoins.

Verse 42

आशौचान्नस्य भोक्तारः प्रेतभोग्या न संशयः । ममायमिति भाषंतो नेतुं तं च न शक्नुमः

Ceux qui mangent une nourriture acquise dans l’impureté deviennent, sans doute, objet de jouissance pour les pretas (esprits des défunts). Même en disant : « Ceci est à moi », ils ne peuvent l’emporter avec eux.

Verse 43

आदित्य इव दुष्प्रेक्ष्यः किंवा कस्य प्रभावतः । मुनय ऊचुः । अनेन भक्षितं प्रेताः पक्वं चामलकीफलम्

Il est difficile à regarder, tel le soleil ; par la puissance de qui, ou sous l’influence de qui, cela est-il ainsi ? Les sages dirent : « Par lui, les pretas ont mangé un fruit mûr d’āmalakī ».

Verse 44

तत्संगं यांति तस्यैव फलानि प्रचुराणि च । तेनैव कारणेनायं दुष्प्रेक्ष्यो भवतां ध्रुवम्

Ils parviennent à cette même compagnie, et de là viennent des fruits en abondance. Pour cette raison même, assurément, cet être est difficile à regarder pour vous.

Verse 45

वृक्षाग्रपतितस्याथ प्राणः स्नेहान्न च त्यजेत् । नायं चारेण सूर्यस्य न चान्ये पापकारिणः

Même si l’on tombe du faîte d’un arbre, qu’on n’abandonne pas la vie par attachement affectueux. Cela ne vient pas de la course du Soleil, ni n’est causé par d’autres fauteurs de péché.

Verse 46

धात्रीभक्षणमात्रेण पापात्पूतो व्रजेद्दिवम् । प्रेता ऊचुः । पृच्छामो वो ह्यविज्ञानान्न वयं निंदकाः क्वचित्

Par le seul fait de manger la dhātrī (le fruit āmalakī), on est purifié du péché et l’on gagne le ciel. Les pretas dirent : «Nous interrogeons, car nous ne comprenons pas ; jamais nous ne sommes des blasphémateurs».

Verse 47

विष्णुलोकाद्विमानं तु यावन्नैवात्र गच्छति । उच्यतां मुनिशार्दूला वो द्रुतं मनसि स्थितम्

Tant que le vimāna venu du séjour de Viṣṇu n’est pas arrivé ici, ô sages pareils au tigre, dites vite ce qui demeure arrêté dans votre esprit.

Verse 48

यावद्द्विजा न घोषंति वेदमंत्रादिकल्पितम् । घोष्यंते यत्र वेदाश्च मंत्राणि विविधानि च

Tant que les deux-fois-nés ne font pas retentir le Veda—avec les rites et les mantras façonnés de lui—ce lieu demeure dénué. Mais là où les Vedas sont chantés à haute voix, ainsi que des mantras variés, ce lieu devient sanctifié.

Verse 49

पुराणस्मृतयो यत्र क्षणं स्थातुं न शक्नुमः । यज्ञहोमजपस्थानदेवतार्चनकर्मणाम्

Là où les Purāṇas et les Smṛtis ne peuvent demeurer ne fût-ce qu’un instant—telle y est la déchéance—quant aux devoirs du yajña, du homa, du japa, des lieux saints et de l’adoration des divinités.

Verse 50

पुरतो वै न तिष्ठामस्तस्माद्वृत्तं समुच्यताम् । किं वै कृत्वा प्रेतयोनिं लभंते हि नरा द्विजाः

«Nous ne pouvons rester debout devant vous ; dites donc ce qui s’est passé. Par quels actes, ô brāhmaṇa, les hommes obtiennent-ils l’état de preta ?»

Verse 51

श्रोतुमिच्छामहे सम्यक्कथं वै विकृतं वपुः । द्विजा ऊचुः । शीतवातातपक्लेशैः क्षुत्पिपासाविशेषकैः

«Nous désirons entendre clairement comment, en vérité, le corps fut déformé.» Les brāhmanes dirent : «Par les tourments du froid, du vent et de la chaleur, et par les épreuves particulières de la faim et de la soif.»

Verse 52

अन्यैरपि च दुःखैर्ये पीडिताः कूटसाक्षिणः । वधबंधप्रमीताश्च प्रेतास्ते निरयं गताः

Ces faux témoins, accablés aussi d’autres souffrances—ceux qui périrent par l’exécution ou par l’emprisonnement—ces âmes, devenues pretas, sont allées en enfer.

Verse 53

छिद्रान्वेषपरा ये च द्विजानां कर्मघातिनः । तथैव च गुरूणां च ते प्रेताश्चापुनर्भवाः

Ceux qui s’acharnent à chercher des fautes, qui entravent les devoirs des brāhmanes, et de même ceux qui nuisent à leurs maîtres : de tels êtres deviennent pretas et n’obtiennent pas la renaissance.

Verse 54

दीयमाने द्विजाग्र्ये तु दातारं प्रतिविध्यति । चिरं प्रेतत्वमाश्रित्य नरकान्न निवर्तते

Mais si, tandis qu’un don est offert à un brāhmane éminent, quelqu’un blesse le donateur, il assume longtemps l’état de preta et ne revient pas de l’enfer.

Verse 55

परस्य वाऽत्मनो वा गां कृत्वा पीडनवाहने । न पालयंति ये मूढास्ते प्रेताः कर्मजा भुवि

Ces insensés qui, qu’elle appartienne à autrui ou à eux-mêmes, attellent la vache comme bête de somme pour de pénibles charrois et ne la protègent pas : de tels êtres deviennent pretas sur terre, nés de leurs propres actes.

Verse 56

हीनप्रतिज्ञाश्चासत्यास्तथा भग्नव्रता नराः । नलिनीदलभुक्ताश्च ते प्रेताः कर्मजा भुवि

Les hommes mensongers, qui manquent à la parole donnée et brisent leurs vœux : ceux-là, se nourrissant de feuilles de lotus, deviennent des pretas errants sur la terre, engendrés par leurs propres actes.

Verse 57

विक्रीणन्ति सुतां शुद्धां स्त्रियं साध्वीमकंटकाम् । पितृव्यमातुलादेश्च ते प्रेताः कर्मजा भुवि

Ceux qui vendent leur propre fille, pure—femme chaste, sans tache et sans faute—ces gens, avec les oncles paternels, les oncles maternels et autres semblables, deviennent des pretas errants sur la terre, nés de leurs propres actes.

Verse 58

एते चान्ये च बहवः प्रेता जाताः स्वकर्मभिः । प्रेता ऊचुः । न भवंति कथं प्रेताः कर्मणा केन वा द्विजाः

«Ceux-ci, et bien d’autres encore, sont devenus pretas par leurs propres actes.» Les pretas dirent : «Ô deux-fois-nés, comment devient-on preta ? Par quel karma cela advient-il ?»

Verse 59

हिताय वदनस्तूर्णं सर्वलोकहितं परम् । द्विजा ऊचुः । येन चैव कृतं स्नानं जले तीर्थस्य धीमता

Parlant sans tarder pour le bien de tous, il énonça l’enseignement suprême, salutaire à tous les mondes. Les dvijas dirent : «Par quel sage fut accompli le bain dans l’eau de ce tīrtha sacré ?»

Verse 60

इति श्रीपाद्मपुराणे प्रथमे सृष्टिखंडे तुलसीमाहात्म्यं नाम षष्टितमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le soixantième chapitre, intitulé «La Gloire de Tulasī», dans la première section, le Sṛṣṭikhaṇḍa, du saint Padma Purāṇa.

Verse 61

पूजयित्वा हरिं मर्त्याः प्रेतत्वं न व्रजंति वै । वेदाक्षरप्रसूतैश्च स्तोत्रमंत्रादिभिस्तथा

Après avoir adoré Hari, les mortels ne tombent vraiment pas dans l’état de preta, surtout lorsque le culte est accompli avec des hymnes, des mantras et autres formules issues des syllabes du Veda.

Verse 62

देवानां पूजने रक्ता न वै प्रेता भवंति ते । श्रुत्वा पौराणिकं वाक्यं दिव्यं च धर्मसंहितम्

Ceux qui se vouent au culte des devas ne deviennent certes pas des pretas. Ayant entendu l’enseignement purānique, divin et rassemblé comme un compendium du dharma, ils sont délivrés d’un tel sort.

Verse 63

पाठयित्वा पठित्वा च पिशाचत्वं न गच्छति । व्रतैश्च विविधैः पूताः पद्माक्षधारणैस्तथा

En faisant réciter (ce texte) et en le récitant soi-même, on ne tombe pas dans l’état de piśāca. Purifiés par des vœux variés, et portant aussi les emblèmes du Seigneur aux yeux de lotus, on demeure à l’abri.

Verse 64

जप्त्वा पद्माक्षमालायां प्रेतत्वं नैव गच्छति । धात्रीफलद्रवैः स्नात्वा नित्यं तद्भक्षणे रताः

Ayant accompli le japa sur un chapelet de graines de lotus, on ne va nullement à l’état de preta. En se baignant avec le suc du fruit d’āmalakī et en s’appliquant constamment à en manger, on obtient des fruits propices.

Verse 65

तेन विष्णुं सुसंपूज्य न गछंति पिशाचताम् । प्रेता ऊचुः । सतां संदर्शनात्पुण्यमिति पौराणिका विदुः

Par cet acte, ayant dûment honoré Viṣṇu, ils ne tombent pas dans l’état de piśāca. Les esprits des défunts dirent : «Les autorités purāniques savent que la seule vue des vertueux confère du mérite (puṇya).»

Verse 66

तस्माद्वो दर्शनं जातं हितं नः कर्तुमर्हथ । प्रेतभावाद्यथामुक्तिः सर्वेषां नो भविष्यति

Ainsi, puisque nous avons obtenu votre sainte audience, daignez accomplir ce qui nous est salutaire, afin que tous nous soyons délivrés de l’état de preta et parvenions à la délivrance.

Verse 67

व्रतोपदेशकं धीरा युष्माकं शरणागताः । ततो दयालवः सर्वे तानूचुर्द्विजसत्तमाः

«Ô vous, fermes et sages, nous sommes venus à vous en refuge, demandant l’enseignement des vœux sacrés.» Alors, saisis de compassion, tous ces meilleurs des brāhmaṇas leur adressèrent la parole.

Verse 68

धात्रीणां भक्षणं शीघ्रं कुर्वतां मुक्तिहेतवे । प्रेता ऊचुः । धात्रीणां दर्शने विप्रा वयं स्थातुं न शक्नुमः

«Que ceux qui aspirent à la délivrance mangent sans tarder le fruit de dhātrī, cause d’émancipation.» Les pretas dirent : «Ô brāhmaṇas, à la seule vue de la dhātrī, nous ne pouvons demeurer».

Verse 69

कथं तेषां फलानां च शक्ता वै भक्षणेधुना । द्विजा ऊचुः । अस्माकं वचनेनात्र धात्रीणां भक्षणं शिवम्

«Comment pouvez-vous, même à présent, manger ces fruits ?» Les brāhmaṇas dirent : «Par notre parole en ce lieu, manger la dhātrī (āmalakī) devient chose auspicious».

Verse 70

फलिष्यति परं लोकं तस्माद्गंतुं समर्हथ । अथ तेभ्यो वरं लब्ध्वा धात्रीवृक्षं पिशाचकैः

Cela donnera le monde suprême ; aussi devez-vous vous mettre en route vers lui. Puis, ayant obtenu d’eux une grâce, il se rendit vers l’arbre de dhātrī, au milieu des piśācas.

Verse 71

समारुह्य फलं प्राप्य भक्षितं लीलया तदा । ततो देवालयात्तूर्णं रथं पीनसुशोभनम्

Étant monté, il obtint le fruit et le mangea alors avec enjouement. Puis, du sanctuaire, surgit promptement un char splendide, magnifiquement orné.

Verse 72

आगतं तं समारुह्य सचांडालपिशाचकाः । गतास्ते त्रिदिवं पुत्र व्रतैर्यज्ञैः सुदुर्लभम्

Montant sur celui qui était venu, ces êtres—avec les parias et les piśācas—s’en allèrent au ciel, mon fils, séjour extrêmement difficile à obtenir même par vœux et sacrifices.

Verse 73

स्कंद उवाच । धात्रीभक्षणमात्रेण पुण्यं लब्ध्वा दिवं गताः । तद्भक्षिणः कथं स्वर्गं न गच्छंति नरादयः

Skanda dit : «Par le seul fait de manger la dhātrī (āmala), ils ont acquis du mérite et sont allés au ciel. Pourquoi donc les hommes et les autres qui en mangent ne vont-ils pas au ciel ?»

Verse 74

ईश्वर उवाच । पूर्वं ते ज्ञानलोपाच्च न जानंति हिताहितम् । उच्छिष्टं श्वभिरुत्स्पृष्टं श्लेष्ममूत्रं शकृत्तु वा

Īśvara dit : Jadis, leur connaissance étant voilée, ils ne distinguaient pas le salutaire du nuisible, tenant pour acceptable même des restes touchés par des chiens, du flegme, de l’urine, voire des excréments.

Verse 75

मत्वा च मोहिताः श्रेष्ठं प्रेतादंति सदैव हि । शकृच्छौचजलं वांतं बलिसूकरकुक्कुटैः

Dans leur égarement, ils le tiennent pour le meilleur et mangent sans cesse comme des pretas : excréments, l’eau de purification après cela, et vomissure, tels des porcs et des volailles qui se repaissent des offrandes.

Verse 76

मृतके सूतके जप्यं न त्यक्तं येन केनचित् । तस्यान्नं च जलं प्रेताः खादंति तु सदैव हि

Si, durant l'impureté mortuaire ou natale, on ne cesse pas la récitation qui doit être suspendue, les esprits défunts consomment assurément sa nourriture et son eau.

Verse 77

दुर्दांता गृहिणी यस्य शुचिसंयमवर्जिता । गुरुनिःसारिता दुष्टा संति प्रेताश्च तत्र वै

Dans la maison où l'épouse est sans retenue, dépourvue de pureté et de maîtrise de soi, méchante et a chassé les aînés, là résident assurément les esprits errants.

Verse 78

अपुङ्गवाः कुलैर्जात्या बलोत्साहविवर्जिताः । बधिराश्च कृशा दीनाः पिशाचाः कर्मजातयः

Nés de lignées viles, manquant de force et d'entrain, sourds, émaciés et misérables, tels sont les Piśācas, êtres produits par le karma.

Verse 79

क्षणं च मंगलं नास्ति दुःखैर्देहयुता भृशम् । तेनैव विकृताकाराः सर्वभोगविवर्जिताः

Il n'y a pas un instant de bon augure ; les êtres incarnés sont lourdement accablés de souffrance. De par cette misère même, ils sont défigurés et privés de toute jouissance.

Verse 80

नग्नका रोगसंतप्ता मृता रूक्षा मलीमसाः । एते चान्ये च दुःखार्ताः सदैव प्रेतजातयः

Nus, tourmentés par la maladie, pareils à des morts, desséchés et crasseux, ceux-ci et d'autres affligés par la douleur sont à jamais de la classe des pretas.

Verse 81

तेन कर्मविपाकेन जायंते काममीदृशाः । पितृमातृगुरूणां च देवनिंदापराश्च ये

Par la maturation de ce karma, de tels êtres naissent selon l’élan du désir : ceux qui s’acharnent à blasphémer les devas et qui méprisent aussi leur père, leur mère et leurs maîtres.

Verse 82

पाषंडाः कौलिकाः पापास्ते प्रेताः कर्मजा भुवि । गलपाशैर्जलैः शस्त्रैर्गरलैरात्मघातकाः

Les hérétiques et les pratiquants Kāpālika/Kaula—êtres pécheurs—naissent sur terre comme esprits errants (pretas) du fait de leurs actes ; ils se détruisent par pendaison, noyade, armes ou poison.

Verse 83

इहलोके च ते प्रेताश्चांडालादिषु संभवाः । अंत्यजाः पतिताश्चैव पापरोगमृताश्च ये

Et dans ce monde même, ces pretas qui renaissent parmi les Caṇḍālas et autres groupes rejetés—ceux dits « intouchables », ceux déchus de la juste conduite, et ceux qui meurent de maladies issues du péché—sont ici visés.

Verse 84

अंत्यजैर्घातिता युद्धे ते प्रेता निश्चिता भुवि । महापातकसंयुक्ता विवाहे च बहिष्कृताः

Ceux qui sont tués au combat par des proscrits sont assurément tenus pour des esprits errants (pretas) sur la terre ; ils sont souillés de grands péchés et se voient aussi exclus des rites du mariage.

Verse 85

शौर्यात्साहसिका ये च ते प्रेताः कर्मजा भुवि । राजद्रोहकरा ये च पितॄणां द्रोहचिंतकाः

Ceux qui, par un prétendu courage, commettent des actes téméraires et violents deviennent des pretas sur la terre par leur karma ; de même ceux qui trahissent le roi et ceux qui nourrissent des pensées de trahison envers les ancêtres.

Verse 86

ध्यानाध्ययनहीनाश्च व्रतैर्देवार्चनादिभिः । अमंत्राः स्नानहीनाश्च गुरुस्त्रीगमने रताः

Privés de méditation et d’étude des Écritures, ils accomplissent des vœux, l’adoration des dieux et autres pratiques; sans mantras, sans les rites du bain, et adonnés à l’union avec l’épouse de leur maître spirituel.

Verse 87

तथैव चांत्यजस्त्रीषु दुर्गतासु च संगताः । मृताः क्रूरोपवासेन म्लेच्छदेशस्थिता मृताः

De même, ceux qui se sont liés à des femmes hors caste et à des femmes tombées dans la misère; ceux qui sont morts par un jeûne cruel, et ceux qui demeurent en pays mleccha, sont dits morts en un état douloureux.

Verse 88

म्लेच्छभाषायुताशुद्धास्तथाम्लेच्छोपजीविनः । अनुवर्तंति ये म्लेच्छान्स्त्रीधनैरुपजीवकाः

Sont impurs ceux qui prennent la langue des mlecchas; impurs aussi ceux qui vivent des mlecchas, ceux qui suivent les mlecchas et subsistent grâce aux biens des femmes.

Verse 89

स्त्रियो यैश्च न रक्ष्यंते ते प्रेता नात्र संशयः । क्षुधासंतप्तदेहं तु श्रांतं विप्रं गृहागतम्

Ceux qui ne protègent pas les femmes deviennent des pretas (esprits errants) — il n’y a là aucun doute. De même, un brāhmane qui arrive à la maison, le corps brûlé par la faim et brisé de fatigue…

Verse 90

गुणपुण्यातिथिं त्यक्त्वा पिशाचत्वं व्रजंति ते । विक्रीणंति च वै गाश्च म्लेच्छेषु च गवाशिषु

Délaissant le devoir vertueux et méritoire d’honorer l’hôte, ils tombent dans l’état de piśācas (êtres démoniaques). Ils vont jusqu’à vendre des vaches, les vendant aux mlecchas et à ceux qui vivent du bétail.

Verse 91

प्रेतलोके सुखं स्थित्वा ते च यांत्यपुनर्भवम् । अशौचाभ्यंतरे ये च जाताश्च पशवो मृताः

Après avoir demeuré dans la joie au royaume des défunts (Preta-loka), eux aussi atteignent l’état de non-retour (apunarbhava). Cela vaut également pour les animaux nés et morts durant la période d’impureté rituelle (aśauca).

Verse 92

चिरं प्रेताः पिशाचाश्च मृता जाताः पुनः पुनः । जातकर्ममुखैश्चैव संस्कारैर्ये विविर्जिताः

Ceux qui sont privés des sacrements commençant par le rite de naissance (jātakarma) meurent encore et encore, et longtemps demeurent comme des pretas et des piśācas.

Verse 93

एकैकस्मिश्च संस्कारे प्रेतत्वं परिहीयते । स्नानसंध्यासुरार्चाभिर्वेदयज्ञव्रताक्षरैः

À chaque saṃskāra accompli, l’état de preta s’amenuise : par le bain, les prières du crépuscule (saṃdhyā), le culte des dieux, la récitation védique, les sacrifices (yajña), les vœux et les syllabes sacrées.

Verse 94

आजन्मवर्जिताः पापास्ते प्रेताश्चापुनर्भवाः । भोजनोच्छिष्टपात्राणि यानि देहमलानि च

Ces pécheurs, privés des rites convenables dès la naissance, deviennent des pretas, retranchés de la renaissance ; et ils se nourrissent de récipients souillés de restes de nourriture, ainsi que des immondices impures des corps.

Verse 95

निपातयंति ये तीर्थे ते प्रेता नात्र संशयः । दानमानार्चनैर्नैव यैर्विप्रा भुवि तर्पिताः

Ceux qui jettent le défunt dans un tīrtha (gué sacré) sans avoir, sur terre, comblé les brāhmaṇas par des dons (dāna), des honneurs et le culte, deviennent des pretas ; là-dessus, nul doute.

Verse 96

पितरो गुरवश्चैव प्रेतास्ते कर्मजा भृशम् । पतिं त्यक्त्वा च या नार्यो वसंति चेतरैर्जनैः

Les Pitṛs, les Pères ancestraux, et les maîtres aussi deviennent des pretas, esprits errants, douloureusement engendrés par leur propre karma, à cause des femmes qui délaissent leur époux et vivent avec d’autres hommes.

Verse 97

प्रेतलोके चिरं स्थित्वा जायंते चांत्ययोनिषु । पतिं च वंचयित्वा या विषयेंद्रियमोहिताः

Après avoir longtemps demeuré en Preta-loka, le monde des défunts, ces femmes, séduites par les objets des sens et leurs plaisirs, qui trompent leur époux, renaissent dans les matrices les plus basses, en naissances dégradées.

Verse 98

मिष्टं चादंति याः पापास्तास्तु प्रेताश्चिरं भुवि । विण्मूत्रभक्षका ये च ब्रह्मस्व भक्षणे रताः

Ces femmes pécheresses qui mangent des mets sucrés deviennent longtemps des pretas sur la terre ; et celles qui se nourrissent d’excréments et d’urine sont celles qui se complaisent à dévorer les biens des brahmanes.

Verse 99

अभक्ष्यभक्षकाश्चान्ये ते प्रेताश्चापुनर्भवाः । बलाद्ये परवस्तूनि गृह्णंति न ददत्यपि

D’autres, qui mangent ce qui est interdit, deviennent des pretas et se voient refuser la renaissance. Ceux qui, par la force, s’emparent des biens d’autrui sans rien donner en retour subissent le même sort.

Verse 100

अतिथीनवमन्यंते प्रेता निरयमास्थिताः । तस्मादामलकीं भुक्त्वा स्नात्वा तस्य द्रवेण च

Ceux qui méprisent les hôtes deviennent des pretas et demeurent en enfer. C’est pourquoi il faut manger l’āmalakī et se baigner aussi avec son suc exprimé.

Verse 101

सर्वपापाद्विनिर्मुक्तो विष्णुलोके महीयते । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन सेवयामलकीं शिवाम्

Délivré de tous les péchés, on est honoré dans le monde de Viṣṇu. C’est pourquoi, de tout effort, qu’on vénère l’auspicieuse āmalakī.

Verse 102

य इदं शृणुयान्नित्यं पुण्याख्यानमिदं शुभम् । सर्वपाप प्रपूतात्मा विष्णुलोके महीयते

Quiconque écoute chaque jour ce récit sacré, auspiceux et méritoire, est entièrement purifié de tout péché et honoré dans le royaume de Viṣṇu.

Verse 103

श्रावयेत्सततं लोके वैष्णवेषु विशेषतः । स याति विष्णुसायुज्यमिति पौराणिका विदुः

Qu’on le fasse réciter sans cesse dans le monde, surtout parmi les Vaiṣṇavas. Un tel être atteint l’union avec Viṣṇu : ainsi le savent les autorités purāṇiques.

Verse 104

स्कंद उवाच । महीरुह फलं ज्ञातं प्रपूतं द्विविधं प्रभो । इदानीं श्रोतुमिच्छामि पत्रं पुष्पं सुमोक्षदम्

Skanda dit : «Ô Seigneur, j’ai compris le fruit de l’arbre sacré, qui est de deux sortes. À présent je souhaite entendre au sujet de la feuille et de la fleur, qui accordent une libération excellente».

Verse 105

ईश्वर उवाच । सर्वेभ्यः पत्रपुष्पेभ्यः सत्तमा तुलसी शिवा । सर्वकामप्रदा शुद्धा वैष्णवी विष्णुसुप्रिया

Īśvara dit : Parmi toutes les feuilles et les fleurs, la plus excellente est l’auspicieuse Tulasi. Elle accorde tous les désirs, elle est pure, vaiṣṇavī, et très chère à Viṣṇu.

Verse 106

भुक्तिमुक्तिप्रदा मुख्या सर्वलोकपरा शुभा । यामाश्रित्य गताः स्वर्गमक्षयं मुनिसत्तमाः

Elle est la première : dispensatrice à la fois des jouissances du monde et de la délivrance; elle est de bon augure et vouée au bien de tous les mondes. En prenant refuge en elle, les plus grands sages ont atteint le ciel impérissable.

Verse 107

हितार्थं सर्वलोकानां विष्णुनारोपिता पुरा । तुलसीपत्रपुष्पं च सर्वधर्मप्रतिष्ठितम्

Pour le bien de tous les mondes, Viṣṇu l’a jadis plantée; et la feuille ainsi que la fleur de Tulasī sont établies comme le fondement même de tout dharma.

Verse 108

यथा विष्णोः प्रियालक्ष्मीर्यथाहं प्रिय एव च । तथेयं तुलसीदेवी चतुर्थो नोपपद्यते

De même que Lakṣmī est chère à Viṣṇu, et de même que moi aussi je lui suis cher, ainsi la déesse Tulasī lui est chère; il n’y a pas place pour une quatrième (bien-aimée).

Verse 109

तुलसीपत्रमेकं तु शतहेमफलप्रदम् । नान्यैः पुष्पैस्तथापत्रैर्नान्यैर्गंधानुलेपनैः

Une seule feuille de tulasī accorde le fruit de cent offrandes d’or; un tel mérite ne s’obtient ni par d’autres fleurs, ni par d’autres feuilles, ni par d’autres onguents parfumés.

Verse 110

तुष्यते दैत्यहा विष्णुस्तुलस्याश्च दलैर्विना । अनेन पूजितो येन हरिर्नित्यं पराशया

Viṣṇu, le pourfendeur des démons, ne se réjouit pas sans les feuilles de tulasī. Par cette offrande, Hari est honoré sans cesse avec une dévotion suprême.

Verse 111

तेन दत्तं हुतं ज्ञातं कृतं यज्ञव्रतादिकम् । जन्मजन्मनि भासित्वं सुखं भाग्यं यशः श्रियं

Par ce mérite, tout ce qui fut donné en aumône, offert en sacrifice, appris et accompli—tels les yajña, les vœux sacrés et autres—resplendit de naissance en naissance, apportant bonheur, bonne fortune, renommée et prospérité.

Verse 112

कुलं शीलं कलत्रं च पुत्रं दुहितरं तथा । धनं राज्यमरोगत्वं ज्ञानं विज्ञानमेव च

Lignée familiale, bonne conduite, époux ou épouse, fils et de même fille; richesse, souveraineté, santé sans maladie, et aussi connaissance et sagesse réalisée—tout cela est évoqué.

Verse 113

वेदवेदांगशास्त्रं च पुराणागमसंहिताः । सर्वं करगतं मन्ये तुलस्याभ्यर्चने हरेः

Je tiens les Veda, les Vedāṅga, les śāstra, ainsi que les recueils des Purāṇa et des Āgama, pour déjà tenus en main, lorsque l’on vénère Hari avec la Tulasī.

Verse 114

यथा गंगा पवित्रांगी सुरलोके विमोक्षदा । यथा भागीरथी पुण्या तथैवं तुलसी शिवा

De même que la Gaṅgā, aux membres purs, accorde la délivrance dans le monde des dieux, et de même que la Bhāgīrathī est sainte, ainsi la Tulasī est-elle aussi propice et sacrée.

Verse 115

किं च गंगाजले नैव किंच पुष्करसेवया । तुलसीदलमिश्रेण जलेनैव प्रमोद्यते

Il ne se réjouit ni de la seule eau de la Gaṅgā, ni du service rendu à Puṣkara; il se complaît vraiment seulement dans l’eau mêlée de feuilles de Tulasī.

Verse 116

माधवः संमुखो यस्य जन्मजन्मसुधीमतः । तस्य श्रद्धा भवेछ्रुत्वा तुलस्या हरिमर्चितुम्

Pour ce sage, de naissance en naissance, pour qui Mādhava est toujours présent et favorable, à l’écoute de cet enseignement la foi s’éveille afin d’adorer Hari avec la tulasī.

Verse 117

यो मंजरीदलैरेव तुलस्या विष्णुमर्चयेत् । तस्य पुण्यफलं स्कन्द कथितुं नैव शक्यते

Ô Skanda, le fruit de mérite acquis par celui qui adore Viṣṇu ne fût-ce qu’avec les bourgeons et les feuilles de tulasī ne peut vraiment être décrit.

Verse 118

तत्र केशवसान्निध्यं यत्रास्ति तुलसीवनम् । तत्र ब्रह्मा च कमला सर्वदेवगणैः सह

Là où se trouve un bosquet de tulasī, là réside la proche présence de Keśava (Viṣṇu). Là se tiennent aussi Brahmā et Kamalā (Lakṣmī), avec toutes les cohortes des dieux.

Verse 119

तस्मात्तां संनिकृष्टे तु सदा देवीं प्रपूजयेत् । स्तोत्रमंत्रादिकं यद्वा सर्वमानंत्यमश्नुते

Ainsi, lorsque cette Déesse est tout près, qu’on la vénère toujours ; par des hymnes, des mantras ou d’autres moyens, on obtient la plénitude d’un mérite sans fin, la béatitude éternelle.

Verse 120

ये च प्रेताश्च कूश्मांडाः पिशाचा ब्रह्मराक्षसाः । भूतदैत्यादयस्तत्र पलायंते सदैव हि

Et là, les pretas, les kūṣmāṇḍas, les piśācas, les brahma-rākṣasas, ainsi que les bhūtas, les daityas et autres, prennent toujours la fuite.

Verse 121

अलक्ष्मीर्नाशिनी घूर्णा या डाकिन्यादि मातरः । सर्वाः संकोचितां यांति दृष्ट्वा तु तुलसीदलं

Alakṣmī (la malchance), la destructrice Nāśinī, Ghūrṇā, et les mères-esprits telles que les ḍākinīs : toutes se contractent et se retirent à la seule vue d’une feuille de tulasī.

Verse 122

ब्रह्महत्यादयः पापव्याधयः पापसंभवाः । कुमंत्रिणा कृता ये च सर्वे नश्यंति तत्र वै

Les péchés tels que le brahma-hatyā et d’autres maux nés de la faute, ainsi que ceux causés par un conseiller mauvais : tous, en vérité, y sont détruits.

Verse 123

भूतले वापि तं येन हर्यर्थं तुलसीवनम् । कृतं क्रतुशतं तेन विधिवत्प्रियदक्षिणम्

Quiconque, même sur cette terre, établit un bosquet de tulasī pour Hari—par lui, cent sacrifices ont été accomplis selon le rite, avec la chère dakṣiṇā (don rituel).

Verse 124

हरिलिंगेषु चान्येषु सालग्रामशिलासु च । तुलसीग्रहणं कृत्वा विष्णोः सायुज्यमाव्रजेत्

En offrant la tulasī dans le culte des Hari-liṅga, d’autres emblèmes sacrés, et aussi des pierres śālagrāma, on parvient au sāyujya : l’union avec Viṣṇu.

Verse 125

नंदंति पुरुषास्तस्य माधवार्थे क्षितौ तु यः । तुलसीं रोपयेद्धीरः स याति माधवालयम्

Les hommes se réjouissent du mérite de celui qui, avec constance, plante la tulasī en terre pour Mādhava ; un tel dévot avisé parvient à la demeure de Mādhava.

Verse 126

पूजयित्वा हरिं देवं निर्माल्यं तुलसीदलम् । धारयेद्यः स्वशीर्षे तु पापात्पूतो दिवं व्रजेत्

Après avoir adoré le Seigneur Hari, quiconque pose sur sa propre tête une feuille de Tulasī consacrée, offerte comme prasāda, est purifié du péché et s’en va au ciel.

Verse 127

पूजने कीर्त्तने ध्याने रोपणे धारणे कलौ । तुलसी दहते पापं र्स्वर्गं मोक्षं ददाति च

À l’âge de Kali, par l’adoration, le chant dévotionnel, la méditation, la plantation et le fait de la porter, la Tulasī brûle le péché et accorde le ciel ainsi que la délivrance (mokṣa).

Verse 128

उपदेशं दिशेदस्याः स्वयमाचरते पुनः

Qu’il donne des enseignements à son sujet, puis qu’il mette lui-même en pratique, de nouveau, ce qu’il enseigne.

Verse 129

स याति परमं स्थानं माधवस्य निकेतनम् । हरेः प्रियकरं यच्च तन्मे प्रियतरं भवेत्

Il atteint la demeure suprême, la résidence de Mādhava. Et ce qui est cher à Hari, puisse cela devenir encore plus cher pour moi.

Verse 130

सर्वेषामपि देवानां देवीनां च समंततः । श्राद्धेषु यज्ञकार्येषु पर्णमेकं षडानन

Ô toi aux six visages, pour tous les dieux et déesses sans distinction, dans les śrāddha pour les ancêtres et dans les actes de yajña, une seule feuille est prescrite (comme offrande et requis rituel).

Verse 131

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन तुलसीसेवनं कुरु । तुलसी सेविता येन तेन सर्वं तु सेवितम्

Ainsi, de tout ton effort, rends service à Tulasī. Celui qui sert Tulasī, en vérité, a servi le Tout.

Verse 132

गुरुं विप्रं देवतीर्थं तस्मात्सेवय षण्मुख । शिखायां तुलसीं कृत्वा यस्तु प्राणान्परित्यजेत्

Ainsi, ô Ṣaṇmukha, sers le guru, le brāhmane savant et le tīrtha divin. Celui qui, ayant placé Tulasī sur la śikhā, abandonne ensuite ses souffles vitaux—

Verse 133

दुष्कृतौघाद्विनिर्मुक्तः स्वर्गमेति निरामयम् । राजसूयादिभिर्यज्ञैर्व्रतैश्च विविधैर्यमैः

Délivré de l’amas des fautes, il atteint le ciel sans souffrance—par des sacrifices tels que le Rājasūya, par des vœux et par diverses disciplines de maîtrise de soi.

Verse 134

या गतिः प्राप्यते धीरैः तुलसीसेविनां भवेत् । तुलसीदलेन चैकेन पूजयित्वा हरिं नरः

L’état sublime que les sages obtiennent—tel est le destin de ceux qui servent Tulasī. En vérité, l’homme qui adore Hari ne fût-ce qu’avec une seule feuille de Tulasī atteint ce but.

Verse 135

वैष्णवत्वमवाप्नोति किमन्यैः शास्त्रविस्तरैः । न पिबेत्स पयो मातुस्तुलस्याः कोटिसंख्यकैः

Il obtient l’état de Vaiṣṇava; à quoi bon d’autres longs développements des śāstra ? Une telle personne ne boirait pas le lait de Mère Tulasī, fût-ce en quantités de crores.

Verse 136

अर्चितः केशवो येन शाखामृदुलपल्लवैः । भावयेत्पुरुषान्मर्त्यः शतशोथ सहस्रशः

Le mortel qui vénère Keśava avec de tendres pousses et de douces feuilles des branches peut élever les êtres en esprit — par centaines, et même par milliers.

Verse 137

पूजयित्वा हरिं नित्यं कोमलैस्तुलसीदलैः । प्रधानतो गुणास्तात तुलस्या गदिता मया

Après avoir vénéré Hari chaque jour avec de tendres feuilles de tulasī, je t’ai maintenant exposé, cher enfant, les principales vertus de la tulasī.

Verse 138

निखिलं पुरुकालेन गुणं वक्तुं न शक्नुमः । यस्त्विदं शृणुयान्नित्यमाख्यानं पुण्यसंचयम्

Même avec un temps très long, nous ne pouvons en dire la totalité des mérites. Mais celui qui écoute régulièrement ce récit sacré devient un réservoir de mérite accumulé (puṇya).

Verse 139

पूर्वजन्मकृतात्पापान्मुच्यते जन्मबंधनात् । सकृत्पठनमात्रेण वह्निष्टोमफलं लभेत्

Par cela, on est délivré des péchés commis dans une naissance antérieure et libéré du lien des renaissances ; par la seule lecture, une seule fois, on obtient un mérite égal à celui du sacrifice Agniṣṭoma.

Verse 140

न तस्य व्याधयः पुत्र मूर्खत्वं न कदाचन । सर्वदा जयमाप्नोति न गच्छेत्स पराजयं

Ô mon fils, aucune maladie ne l’afflige, et la sottise ne l’atteint jamais. Il obtient toujours la victoire et ne rencontre pas la défaite.

Verse 141

लेखस्तिष्ठेद्गृहे यस्य तस्य लक्ष्मीः प्रवर्तते । न चाधयो न च प्रेता न शोको नावमानना

Dans la demeure où l’on conserve un écrit sacré, Lakṣmī—prospérité et bonne fortune—s’établit. Là, point d’angoisse, point de hantise d’esprits, point de chagrin, ni d’humiliation.

Verse 142

न तिष्ठंति क्षणं तत्र यत्रेयं वर्तते लिपिः

Ils n’y demeurent pas même un instant, là où se trouve cette écriture sacrée.