
Right Conduct, Offenses Against Brāhmaṇas, Truthfulness, and the Greatness of the Cow (Go-Māhātmya)
L’Adhyāya 48 s’ouvre sur un deux-fois-né déchu, tombé au rang de caṇḍāla, qui vient trouver Kaśyapa. Le sage lui prescrit une voie d’expiation : récitation de la Gāyatrī, japa et homa, vœux tels que le Cāndrāyaṇa, jeûnes aux jours sacrés de Hari, bains dans les tīrtha et souvenir constant de Hari ; par cette discipline, il recouvre l’état de brāhmaṇa et obtient la demeure céleste. Ensuite, dans le dialogue entre Nārada et Brahmā, sont exposées les conséquences karmiques du mépris ou du tort fait aux brāhmaṇas : chutes dans les enfers Raurava, Mahāraurava, Tāpana et Kumbhīpāka, maladies — avec des classifications de lèpre — et règles d’impureté. Le texte précise aussi la brahmahatyā et ses exceptions, notamment le cas de l’ātatāyin. Vient une longue section de dharma sur les moyens de subsistance : uñcha (glanage), enseignement et service rituel, commerce en temps de détresse ; la vérité y est proclamée vertu suprême, et des limites éthiques sont posées pour le négoce et l’agriculture. Le chapitre s’achève par le Go-Māhātmya : la grandeur cosmique de la vache aux côtés du Veda et d’Agni, les usages du pañcagavya et des mantras, le mérite de la toucher chaque jour, et les fruits détaillés du don de vaches et de taureaux.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । अतः परं तु विप्रर्षे चांडालपतितो द्विजः । प्रलप्य च बहून्शोकान्जगाम कश्यपं मुनिम्
Brahmā dit : Ensuite, ô le meilleur des brāhmaṇas, ce deux-fois-né—tombé dans l’état d’un caṇḍāla—se lamenta longuement en de multiples chagrins et alla vers le sage Kaśyapa.
Verse 2
गत्वोवाच मुनिश्रेष्ठ वदास्माकं हितं वचः । यथा पापाद्विमुच्येहं मुनिश्रेष्ठ तथा कुरु
S’étant approché, il dit : «Ô le meilleur des sages, adresse-nous une parole salutaire. Ô le meilleur des sages, agis de telle sorte qu’ici même, en cette vie, je sois délivré du péché.»
Verse 3
तमुवाच महातेजा ईषद्धास्यः समंततः । कश्यप उवाच । संदर्शनाच्च म्लेच्छानामुपशांतोसि वै स्वयम्
Alors le sage, grand et rayonnant, avec un léger sourire, s’adressa à lui : Kaśyapa dit : «En vérité, rien qu’à la vue des mlecchas, tu t’es toi-même apaisé et calmé.»
Verse 4
गायत्र्याश्च जपैर्होमैर्व्रतैश्चांद्रायणदिभिः । स्मर नित्यं हरेः पादमुपोष्य हरिवासरम्
Par la récitation de la Gāyatrī, par le japa, par les offrandes au feu et par des vœux tels que le Cāndrāyaṇa, souviens-toi sans cesse des pieds de Hari, en jeûnant au jour sacré de Hari.
Verse 5
अहर्निशं हरेर्ध्यानं प्रणामं कुरु तं प्रभुम् । तीर्थस्नानेन मंत्रेण पंकस्यांतं गमिष्यसि
Jour et nuit, médite sur Hari et prosterne-toi devant ce Seigneur. Par le bain dans un tīrtha, accompagné du mantra, tu atteindras la fin du bourbier du péché et de la souffrance.
Verse 6
ततः पापक्षयादेव ब्राह्मणत्वं च लप्स्यसे । व्रतैर्वृषाधिकैर्मोक्षं नाशयन्कल्मषं द्विज
Alors, par l’anéantissement même du péché, tu obtiendras l’état de brāhmane. Par des vœux abondants en droiture, tu détruiras l’impureté et atteindras la délivrance, ô deux-fois-né.
Verse 7
मुनेस्तस्य वचः श्रुत्वा कृतकृत्योऽभवत्तदा । पुण्यं स विविधं कृत्वापुनर्ब्रह्मत्वमाप्तवान्
Ayant entendu les paroles du sage, il se sentit alors l’œuvre accomplie. Ayant accompli diverses actions méritoires, il recouvra de nouveau l’état de brāhmane.
Verse 8
ततस्तप्त्वा तपस्तीव्रंस्वर्लोकं चिरमभ्यगात् । सद्वृत्तस्याखिलं पापं क्षयं याति दिने दिने
Puis, après avoir pratiqué de rudes austérités, il atteignit Svarga et y demeura longtemps. Pour l’homme de bonne conduite, tout péché s’éteint de jour en jour.
Verse 9
असद्वृत्तस्य पुण्यं हि क्षयं यात्यंजनोपमम् । अनाचाराद्धतो विप्र आचारात्सुरतां व्रजेत्
En vérité, le mérite de celui qui vit dans une conduite mauvaise s’épuise, tel l’añjana (collyre) qui se consume à l’usage. Par l’absence de bonne conduite, le brāhmaṇa est perdu ; par la bonne conduite, il peut atteindre l’état des devas.
Verse 10
ततः कंठगतैः प्राणैराचारं कुरुते द्विजः । कर्मणा मनसांगेन सदाचारं सदा कुरु
Ainsi, même lorsque le souffle vital lui monte à la gorge, le dvija s’efforce de garder la juste conduite. Par l’acte, par l’esprit et par les membres du corps : pratique toujours la bonne conduite.
Verse 11
कश्यपस्योपदेशेन स विनीतोऽभवद्द्विजः । आचारं तु पुनः कृत्वा तपस्तप्तत्वा दिवं गतः
Par l’enseignement de Kaśyapa, ce dvija devint discipliné. Ayant repris la juste conduite et accompli des austérités (tapas), il s’en alla au ciel.
Verse 12
अनाचारी हतो विप्रः स्वर्गलोकेषु गर्हितः । आचारं तु पुनः कृत्वा सुरलोके महीयते
Le brāhmaṇa dépourvu de juste conduite est perdu et blâmé même dans les mondes célestes. Mais lorsqu’il reprend la conduite correcte, il est honoré dans le royaume des devas.
Verse 13
नारद उवाच । प्राप्नुवंति गतिं लोकाः पूजयित्वा द्विजोत्तमान् । द्विजानां पीडनं कृत्वा गतिं गच्छति कां प्रभो
Nārada dit : Les hommes obtiennent une destinée favorable en honorant les meilleurs des dvijas (brahmanes). Mais, ô Seigneur, celui qui a fait souffrir les dvijas, vers quelle destinée s’en va-t-il ?
Verse 14
ब्रह्मोवाच । क्षुधा संतप्तदेहानां ब्राह्मणानां महात्मनाम् । नार्चयेच्छक्तितो भक्त्या स याति नरकं नरः
Brahmā dit : Celui qui, bien qu’ayant les moyens, n’honore pas avec dévotion les brāhmaṇas au grand cœur dont le corps est tourmenté par la faim, cet homme va en enfer.
Verse 15
परुषेण क्रोशयित्वा क्रोधाद्यस्तु विसर्जयेत् । स याति नरकं घोरं महारौरवकृच्छ्रकम्
Celui qui, par colère et passions semblables, fait pleurer autrui par des paroles dures, va au terrible enfer, subissant l’âpre supplice de Mahāraurava.
Verse 16
सन्निवृत्तस्ततः कीटाद्यन्त्यजातिषु जायते । ततो रोगी दरिद्रस्तु क्षुधया परिपीडितः
S’étant détourné de la juste conduite, il renaît ensuite parmi les vers et d’autres naissances viles; puis il devient malade et pauvre, accablé par la faim.
Verse 17
नावमन्येत्ततो विप्रं क्षुधया गृहमागतम् । न ददामीति यो ब्रूयाद्देवाग्निब्राह्मणेषु सः
Ainsi, qu’on ne méprise pas le brāhmaṇa venu à la maison, affligé par la faim. Celui qui dit : « Je ne donnerai pas », offense les dieux, le feu sacré et les brāhmaṇas.
Verse 18
तिर्यग्योनिशतं गत्वा चांडाल्यमुपगच्छति । पादमुद्यम्य यो विप्रं हंति गां पितरौ गुरुम्
Celui qui, levant le pied, frappe un brāhmaṇa—ou tue une vache, ou ses parents, ou son maître—après avoir traversé des centaines de naissances dans des matrices animales, tombe dans l’état de caṇḍāla, l’exclu.
Verse 19
रौरवे नियतो वासस्तस्य नास्तीह निष्कृतिः । यदि पुण्याद्भवेज्जन्म स एव पंगुतां व्रजेत्
Dans l’enfer de Raurava, sa demeure est arrêtée; pour lui, il n’est point d’expiation ici. Et même si, par quelque mérite, il renaissait, il parviendrait encore à la claudication.
Verse 20
अतिदीनो विषादी च दुःखशोकाभिपीडितः । एवं जन्मत्रयं प्राप्य भवेत्तस्य च निष्कृतिः
Très misérable, accablé et tourmenté par la souffrance et le chagrin; ayant ainsi traversé trois naissances, alors s’accomplit son expiation.
Verse 21
मुष्टिचपेटकीलैश्च हन्याद्विप्रं तु यः पुमान् । तापने रौरवे घोरे कल्पांतं सोपि तिष्ठति
L’homme qui frappe un brāhmane de ses poings, de gifles ou d’armes acérées demeure, jusqu’à la fin du kalpa, dans les terribles enfers nommés Tāpana et Raurava.
Verse 22
अथ जन्म समासाद्य कुक्कुरः क्रूरचंडकः । अंत्यजातिषु जातोपि दरिद्रः कुक्षिशूलवान्
Puis, obtenant une telle naissance, il devint un chien, cruel et farouche; et même né parmi les castes les plus basses, il demeura pauvre et tourmenté par des coliques.
Verse 23
पादमुद्यच्छते वा यस्तस्य पादे शिलीपदः । खंजो वा मंदजंघो वा खण्डपादो भवेन्नरः
Celui qui lève le pied pour frapper, son pied est atteint d’éléphantiasis; l’homme devient boiteux, ou faible des jambes, voire le pied mutilé.
Verse 24
पक्षवातेन चांगानि प्रकंपंते सदैव हि । मातरं पितरं विप्रं स्नातकं च तपस्विनम्
Par la paralysie, ses membres tremblent sans cesse. Tel est le sort de celui qui blesse ou méprise sa mère et son père, un brāhmaṇa, un snātaka —consacré après l’étude et le bain sacré— et un ascète.
Verse 25
हत्वा गुरुगणं क्रोधात्कुंभीपाके चिरं भवेत् । उषित्वा चैव जायेत कीटजातिषु तत्परम्
Celui qui, dans la colère, tue une multitude de maîtres demeure longtemps dans l’enfer Kumbhīpāka ; puis, après y avoir séjourné, il renaît parmi les espèces d’insectes, voué à cet état misérable.
Verse 26
विरुद्धं परुषं वाक्यं यो वदेद्धि द्विजातिषु । अष्टौ कुष्ठाः प्रजायंते तस्य देहे दृढं सुत
Celui qui, parmi les dvija, profère des paroles contraires et dures, voit naître fermement dans son corps huit sortes de lèpre, ô fils inébranlable.
Verse 27
विचर्चिकाथ दद्रूश्च मंडलः शुक्ति सिध्मकौ । कालकुष्ठस्तथा शुक्लस्तरुणश्चातिदारुणः
Il y a aussi vicarcikā, dadru, maṇḍala, śukti et sidhmaka ; de même kālakuṣṭha, śukla et taruṇa — des affections cutanées d’une extrême épouvante.
Verse 28
ततो भिषक्प्रयोगे च पापात्पुण्यं पलायते । अपुण्याज्जलरेखेव तेनैव निधनं व्रजेत्
Alors, lorsqu’en un tel péché on recourt au traitement d’un médecin, le mérite (puṇya) s’enfuit à cause de cette faute, tel un trait sur l’eau qui s’efface ; et par cela même on va à la perdition.
Verse 29
एषां मध्ये महाकुष्ठास्त्रय एव प्रकीर्तिताः । कालकुष्ठस्तथा शुक्लस्तरुणश्चातिदारुणः
Parmi celles-ci, trois sont proclamées comme les grandes formes de lèpre : la lèpre noire, la lèpre blanche, et le type « taruṇa », d’une effroyable gravité.
Verse 30
महापातकभावानां ज्ञानात्संसर्गतोपि वा । अतिपातकिनामेव त्रयो देहे भवंति वै
Même en s’associant sciemment à ceux qui penchent vers les grands péchés —ou même par simple contact—, trois souillures naissent assurément dans le corps de l’extrêmement pécheur.
Verse 31
संसर्गात्सहसंबंधाद्रोगः संचरते नृणाम् । दूरात्परित्यजेद्धीरः स्पृष्ट्वा स्नानं समाचरेत्
Par le contact et la fréquentation étroite, la maladie se répand parmi les hommes. Aussi le sage doit-il s’en tenir à distance ; et s’il a touché, qu’il accomplisse le bain prescrit.
Verse 32
पतितं कुष्ठसंयुक्तं चांडालं च गवाशिनम् । श्वानं रजस्वलां भिल्लं स्पृष्ट्वा स्नानं समाचरेत्
Après avoir touché un patita (déchu), un lépreux, un caṇḍāla, un mangeur de vache, un chien, une femme en menstruation ou un Bhilla, qu’on accomplisse le bain purificatoire prescrit.
Verse 33
दुरितस्यानुरूपेण देहे कुष्ठा व्यवस्थिताः । इहलोके परत्रैवाप्यत्र नास्ति तु संशयः
Selon la nature du péché, la lèpre s’établit dans le corps, en ce monde et même dans l’autre ; là-dessus, il n’y a point de doute.
Verse 34
न्यायेनोपार्जितां वृत्तिं ब्रह्मस्वं हरते तु यः । अक्षयं नरकं प्राप्य पुनर्जन्म न विद्यते
Celui qui s’empare du gagne-pain acquis selon la justice—bien appartenant aux brāhmaṇas—atteint un enfer impérissable, et pour lui il n’y a plus de renaissance ensuite.
Verse 35
पिशुनो यस्तु विप्राणां रंध्रान्वेषणतत्परः । तं दृष्ट्वाप्यथवा स्पृष्ट्वा सचेलो जलमाविशेत्
Le calomniateur, tout entier occupé à traquer les défauts des brāhmaṇas—en le voyant, ou même après l’avoir touché—doit entrer dans l’eau tout habillé, pour se purifier.
Verse 36
ब्रह्मस्वं प्रणयाद्भुक्तं दहत्यासप्तमं कुलम् । विक्रमेण तु भुंजानो दशपूर्वान्दशापरान्
Le bien appartenant à un brāhmaṇa, s’il est consommé par affection mal placée ou favoritisme, brûle la lignée jusqu’à la septième génération. Mais celui qui le consomme par la force détruit dix générations avant et dix après.
Verse 37
न विषं विषमित्याहुर्ब्रह्मस्वं विषमुच्यते । विषमेकाकिनं हंति ब्रह्मस्वं पुत्रपौत्रकम्
On dit que le poison n’est pas le véritable « poison » ; c’est la richesse d’un brāhmaṇa, lorsqu’elle est usurpée, qu’on appelle « poison ». Le poison ne tue qu’un seul homme, mais l’appropriation du bien du brāhmaṇa détruit l’homme avec ses fils et ses petits-fils.
Verse 38
मोहाच्च मातरं गत्वा ब्राह्मणीं च गुरोस्त्रियम् । पतित्वा रौरवे घोरे पुनरुत्पत्तिदुर्लभः
Poussé par l’illusion, celui qui s’approche de sa propre mère et aussi de la brāhmaṇī, l’épouse de son maître—tombé dans l’effroyable enfer de Raurava—trouve la renaissance extrêmement difficile à obtenir.
Verse 39
पतंति पितरस्तस्य कुंभीपाकेथ तापने । अवीचिकालसूत्रे च महारौरवरौरवे
Ses ancêtres tombent dans les enfers de Kumbhīpāka et de Tāpana, et aussi dans Avīcī, Kālasūtra, Mahāraurava et Raurava.
Verse 40
कदाचिदपि वा तेषां निष्कृतिं नानुमेनिरे । प्राणं हत्वा द्विजातीनां स्वयं यात्यपुनर्भवम्
Jamais ils n’admirent d’expiation pour un tel acte. Ayant ôté la vie aux dvija, les « deux fois nés », on va de soi-même vers un état sans retour, une ruine irrévocable.
Verse 41
पतंति पुरुषास्तस्य रौरवे च सहस्रशः । नारद उवाच । सर्वेषामेव विप्राणां वधे च पातकं समम्
Des milliers de partisans de cet homme tombent dans l’enfer Raurava. Nārada dit : « Pour tous les brāhmaṇas sans distinction, le péché encouru en les tuant est le même ».
Verse 42
विषमं वा कुतस्तिष्ठेत्तत्त्वतो वक्तुमर्हसि । ब्रह्मोवाच । हत्वा विप्रं ध्रुवं पुत्र पातकं यदुदाहृतम्
«Alors, où se tient réellement l’inégalité des conséquences karmiques ? Tu dois l’expliquer selon la vérité». Brahmā dit : «Mon fils, il est assurément proclamé que tuer un brāhmaṇa est un péché certain».
Verse 43
लभते ब्रह्महा घोरं वक्तव्यं चापरं शृणु । लक्षकोटिसहस्राणां ब्राह्मणानां वधं भजेत्
Le meurtrier d’un brāhmaṇa encourt un péché terrible ; écoute encore ce qu’il faut dire : il devient coupable comme s’il avait tué des centaines de milliers de crores de brāhmaṇas.
Verse 44
वेदशास्त्रयुतं हत्वा श्रोत्रियं विजितेंद्रियम् । विप्रं च वैष्णवं हत्वा तस्माद्दशगुणोत्तरम्
Celui qui tue un śrotriya—pourvu du Veda et des śāstra, maître de ses sens—et celui qui tue un brāhmane vaiṣṇava, contracte un péché que l’on dit dix fois plus grand que celui-là.
Verse 45
स्ववंशान्पातयित्वा तु पुनर्जन्म न विंदते । त्रिवेदं स्नातकं हत्वा वधस्यांतं न विन्दते
Mais celui qui fait choir sa propre lignée n’obtient pas de nouvelle naissance; et celui qui tue un snātaka instruit des trois Veda ne trouve pas de terme à ce meurtre, car sa faute ne s’éteint point.
Verse 46
श्रोत्रियं च सदाचारं तीर्थमंत्रप्रपूतकम् । ईदृशं ब्राह्मणं हन्तुः पापस्यांतो न विद्यते
Pour le meurtrier d’un tel brāhmane—śrotriya de bonne conduite, purifié par les rites sacrés et les mantras—il n’est point de fin au péché.
Verse 47
अपकारं समुद्दिश्य द्विजः प्राणान्परित्यजेत् । दृश्यते येन चान्येन ब्रह्महा स भवेन्नरः
Si un deux-fois-né (dvija) abandonne sa vie avec l’intention de nuire, et qu’un autre en soit témoin, cet homme devient brahmahā, meurtrier d’un brāhmane.
Verse 48
वचोभिः परुषैर्वृत्तैः पीडितस्ताडितो द्विजः । यमुद्दिश्य त्यजेत्प्राणांस्तमाहुर्ब्रह्मघातिनम्
Si un dvija, tourmenté et frappé par des paroles dures et une conduite cruelle, quitte la vie en ayant quelqu’un en vue, celui-là est appelé brahma-hantā, meurtrier d’un brāhmane.
Verse 49
ऋषयो मुनयो देवाः सर्वे ब्रह्मविदस्तथा । देशानां पार्थिवानां च स च वध्यो भवेदिह
Les ṛṣi, les muni et même les dieux—tous connaisseurs de Brahman—déclarent que, parmi les souverains des contrées et les rois, un tel homme devient ici même passible d’exécution.
Verse 50
अतो ब्रह्मवधं प्राप्य पितृभिः सह पच्यते । प्रायोपवेशकं विप्रं बुधः संमानयेद्ध्रुवम्
Ainsi, ayant encouru le péché du meurtre d’un brāhmaṇa, il est tourmenté (en enfer) avec ses ancêtres. Le sage doit assurément honorer le brāhmaṇa qui a entrepris le prāyopaveśa, le jeûne jusqu’à la mort.
Verse 51
दोषैश्चापि विनिर्मुक्तमुद्दिश्य प्राणमुत्सृजेत् । स प्रलिप्तो वधैर्घोरैर्न तु यं परिकीर्तयेत्
Même s’il abandonnait sa vie dans l’intention d’être délivré de ses fautes, un tel homme—souillé par d’horribles meurtres—ne doit pas être chanté en louange.
Verse 52
आत्मघातं द्रुमारोहं कोटरै रूपजीविनं । यः कुर्यादात्मनोघातं स्ववंशे ब्रह्महा भवेत्
Quiconque se livre à l’autodestruction—par violence contre soi, en grimpant à un arbre pour mourir, ou en entrant dans un creux pour périr tout en vivant sous une autre forme—devient, dans sa propre lignée, meurtrier d’un brāhmaṇa.
Verse 53
भ्रूणं च घातयेद्यस्तु शिशुं वा आतुरं गुरुम् । ब्रह्महा स्वयमेव स्यान्न तु यं परिकीर्तयेत्
Quiconque tue un embryon, ou un enfant, ou un maître souffrant, devient de lui-même meurtrier d’un brāhmaṇa; il ne doit pas être évoqué avec honneur ni loué.
Verse 54
मारयेच्च सगोत्रं वा ब्राह्मणं ब्राह्मणाधमः । तस्यैव तद्भवेत्पापं न तु यं परिकीर्त्तयेत्
Même si un brāhmaṇa vil tuait un brāhmaṇa de sa propre lignée, le péché de cet acte retomberait uniquement sur le meurtrier, et non sur celui dont il prononce ou invoque le nom.
Verse 55
पीडयित्वा द्विजं शूद्रः स्वकार्यं चापि साधयेत् । तत्रापापे च शूद्रस्य पातकं नान्यथा भवेत्
Si un śūdra, après avoir tourmenté un deux-fois-né, accomplit ainsi son propre dessein, alors—lorsque cet acte n’est pas tenu pour péché chez le śūdra—aucune faute ne naît autrement.
Verse 56
तात्कालिक वधं हत्वा हंतारमाततायिनं । न च हंता च तत्पापैर्लिप्यते द्विजसत्तम
Ayant abattu sur-le-champ un agresseur meurtrier (ātatāyin), celui qui le tue n’est pas souillé par le péché issu de cet acte, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 57
आततायिनमायांतमपि वेदांतगं रणे । जिघांसंतं जिघांसेच्च न तेन ब्रह्महा भवेत्
Même si un agresseur vient attaquer—fût-il connaisseur du Vedānta—au combat on peut tuer celui qui veut tuer; par cet acte on ne devient pas meurtrier d’un brāhmaṇa.
Verse 58
अग्निदो गरदश्चैव धनहारी च सुप्तघः । क्षेत्रदारापहारी च षडेते ह्याततायिनः
L’incendiaire, l’empoisonneur, le voleur de richesses, celui qui tue un homme endormi, l’usurpateur de terres et l’enleveur de l’épouse : ces six-là sont véritablement appelés ātatāyins, agresseurs violents.
Verse 59
खलो राजवधोद्योगी पितॄणां च वधे रतः । अनुयायी नृपो राज्ञश्चत्वारश्चाततायिनः
Le scélérat résolu à tuer le roi, celui qui se complaît à tuer ses aînés (pères/ancêtres), le partisan du roi, et le roi lui-même : ces quatre-là doivent être tenus pour des agresseurs (ātatāyin).
Verse 60
तत्क्षणान्न मृतं विप्रं पुनर्हंतुं न युज्यते । पुर्नहत्वा वधं घोरं ज्ञानात्प्राप्नोति निश्चितं
Si, à cet instant même, le brāhmane n’est pas mort, il n’est pas juste de le frapper encore. Mais si l’on tue de nouveau, on encourt à coup sûr un effroyable acte de meurtre, ainsi que l’enseigne avec certitude la connaissance sacrée.
Verse 61
लोके विप्रसमो नास्ति पूजनीयो जगद्गुरुः । हत्वा तं यद्भवेत्पापं तत्परं च न विद्यते
Dans le monde, nul n’est l’égal d’un brāhmane ; il doit être vénéré comme le maître du monde. Le péché qui naît de le tuer—il n’en est point de plus grand.
Verse 62
देववत्पूजनीयोसौ देवासुरगणैर्नरैः । ब्राह्मणस्य समो नास्ति त्रिषु लोकेषु निश्चितं
Il doit être honoré comme un dieu par les troupes de devas et d’asuras, ainsi que par les hommes ; assurément, dans les trois mondes nul n’est l’égal d’un brāhmane.
Verse 63
नारद उवाच । कां वृत्तिं समुपाश्रित्य जीवितव्यं द्विजेन हि । अपानेन सुरश्रेष्ठ तत्वतो वक्तुमर्हसि
Nārada dit : «Sur quel moyen d’existence un deux-fois-né (brāhmane) doit-il vraiment s’appuyer pour vivre ? Ô meilleur des dieux, daigne l’exposer avec vérité, selon la réalité».
Verse 64
ब्रह्मोवाच । अयाचिता च या भिक्षा प्रशस्ता सा प्रकीर्तिता । उञ्छवृत्तिस्ततो भद्रा सुभद्रा सर्ववृत्तिषु
Brahmā dit : L’aumône reçue sans l’avoir demandée est déclarée louable. Ainsi, la subsistance par le glanage (uñcha) est de bon augure—oui, la plus bénie de toutes les manières de vivre.
Verse 65
यामाश्रित्य मुनिश्रेष्ठा गच्छंति ब्रह्मणः पदम् । दक्षिणा यज्ञशेषाणां ग्राह्या यज्ञगतेन हि
S’appuyant sur cette observance sacrée, les meilleurs des sages atteignent la demeure de Brahmā. En vérité, la dakṣiṇā (rétribution rituelle) doit être acceptée des restes du yajña, car le rite lui-même l’autorise.
Verse 66
पाठनं याजनं कृत्वा ग्रहीतव्यं धनं द्विजैः । पाठयित्वा पठित्वा च कृत्वा स्वस्त्ययनं शुभं
Après avoir accompli l’enseignement et l’office des sacrifices, les deux-fois-nés doivent accepter la rétribution. Ayant instruit autrui et récité eux-mêmes le Veda, qu’ils accomplissent aussi l’auspicieux rite de svastyayana.
Verse 67
ब्राह्मणानामिदं जीव्यं शिष्टा वृत्तिः प्रतिग्रहः । शास्त्रोपजीविनो धन्या धन्या वृक्षोपजीविनः
Pour les brāhmaṇas, voici une subsistance convenable : la vocation approuvée de recevoir des dons. Bienheureux ceux qui vivent des śāstra ; bienheureux aussi ceux qui vivent du fruit des arbres.
Verse 68
धन्या वृक्षलताजीव्या वाटीसस्योपजीविनः । अन्न जंतु वधे पापं तस्य दोषोपशांतये
Bienheureux ceux qui vivent des arbres et des lianes, et ceux qui se nourrissent des produits du jardin ; car tuer des êtres pour se nourrir est péché—et une telle nourriture apaise cette faute.
Verse 69
नवधान्यानि शस्तानि विप्रेभ्यः संप्रदापयेत् । न चेत्प्राणिवधे ह्यत्र क्षीयंते चायुषो ध्रुवं
Qu’on offre dûment aux brāhmaṇas les neuf sortes de grains et les provisions appropriées ; sinon, par l’atteinte portée aux êtres vivants, la durée de la vie décroît assurément.
Verse 70
तस्माद्दद्यात्सुबहूनि पितृदेवद्विजातिषु । अभावात्क्षत्त्रियावृत्तिर्ब्राह्मणैरूपजीव्यते
C’est pourquoi l’on doit donner abondamment aux ancêtres, aux dieux et aux deux-fois-nés ; car, faute de soutien convenable, le mode de vie des kṣatriyas en vient à être entretenu par les brāhmaṇas.
Verse 71
न्याययुद्धेषु योद्धव्यं चरेद्वीरव्रतं शुभम् । स तया च द्विजो वृत्या यद्धनं लभते नृपात्
Qu’on ne combatte que dans des guerres justes et qu’on observe le vœu auspiceux du héros. Et la richesse qu’un deux-fois-né reçoit du roi par une telle profession et conduite—cela est tenu pour légitime.
Verse 72
पितृयज्ञादिदानेषु मेध्यं तद्धनमुच्यते । समभ्यसेद्धनुर्विद्यां वेदयुक्तां सदानघः
La richesse utilisée pour le pitṛyajña, les sacrifices et les autres dons est dite « pure ». Et l’homme toujours sans faute doit aussi s’exercer avec assiduité à la science de l’arc, guidée par le Veda.
Verse 73
शक्तिकुंतगदाखड्ग परिघाणां समंततः । अश्वारोहं गजारोहमैंद्रजालममानकं
De toutes parts se tenaient des guerriers portant lances, masses, épées et barres de fer ; cavaliers et cornacs sur éléphants : un spectacle stupéfiant, tel l’illusion d’Indra.
Verse 74
रथभूमिगतं युद्धं युक्तं सर्वत्र कारयेत् । द्विज देव ध्रुवाणां च स्त्रीणां वृत्तं तपस्विनाम्
Il faut veiller à ce que la guerre—menée du char ou à pied—soit conduite avec droiture en tout; et il faut aussi préserver la juste conduite des brahmanes, des dieux, des justes inébranlables, des femmes et des ascètes.
Verse 75
साधु साध्वी गुरूणां च नृपाणां रक्षणाद्ध्रुवम् । यत्पुण्यं लभ्यते शूरैः कथं तद्ब्रह्मवादिभिः
Assurément, en protégeant les vertueux, les femmes chastes et les maîtres spirituels, les rois acquièrent du mérite. Mais comment ce même mérite serait-il obtenu par ceux qui exposent le Brahman, les contemplatifs?
Verse 76
सर्वपापक्षयं कृत्वा सोक्षयं स्वर्गमश्नुते । सम्मुखे न्याययुद्धे च पतंति ब्राह्मणा रणे
Après avoir anéanti tous les péchés, il atteint le ciel, exempt de déclin. Et dans une guerre juste, menée face à face, les brahmanes aussi peuvent tomber sur le champ de bataille.
Verse 77
ते व्रजंति परं स्थानं न गम्यं ब्रह्मवादिनां । धर्मयुद्धस्य यद्वृत्तं शृणु पुण्यं यथार्थतः
Ils gagnent la demeure suprême, inaccessible même aux docteurs qui exposent le Brahman. Écoute maintenant, en vérité et pleinement, le récit sacré de ce qui advint dans cette guerre juste.
Verse 78
संमुखेन प्रयुध्यंते न च गच्छंति कातरं । न भग्नं पृष्ठतो घ्नंति निःशस्त्रं प्रपलायितम्
Ils combattent face à face et ne cèdent pas à la lâcheté. Ils ne frappent pas celui qui, vaincu, tourne le dos, ni celui qui fuit sans armes.
Verse 79
अयुध्यमानं भीरुं च पतितं गतकल्मषं । असच्छूद्रं स्तुतिप्रीतमाहवे शरणागतम्
Même celui qui ne combat pas, le craintif, le déchu dont les souillures sont éteintes—fût-il un śūdra vil, que la louange réjouit—s’il vient au combat chercher refuge, qu’on l’accueille et qu’on le protège.
Verse 80
हत्वा च नरकं यांति दुर्वृत्ता जयकांक्षिणः । एषा च क्षत्त्रिया वृत्तिः सदाचारैस्तु गीयते
Ceux dont la conduite est mauvaise, avides de victoire, tuent puis vont en enfer. Telle est la fonction des kṣatriyas, ainsi que la chantent ceux qui sont voués à la bonne conduite.
Verse 81
यामाश्रित्य दिवं यांति सर्वक्षत्रियकुंजराः । धर्मयुद्धे शुभो मृत्युः संमुखे क्षत्त्रियस्य च
S’appuyant sur ce principe, tous les héros, tels des éléphants parmi les kṣatriyas, gagnent le ciel. Dans la guerre du dharma, la mort est de bon augure, surtout lorsque le kṣatriya la reçoit face à face.
Verse 82
अत्र पूतो भवेत्सोपि सर्वपापैः प्रमुच्यते । स तिष्ठेत्स्वर्गलोके च प्रासादे रत्नभूषिते
Ici, même cet homme devient pur et se trouve délivré de tous les péchés; puis il demeure au monde céleste, dans un palais orné de joyaux.
Verse 83
जांबूनदमयस्तंभे रत्नभूषितभूतले । इष्टद्रव्यैः सुसंपूर्णे दिव्यवस्त्रोपशोभिते
Avec des colonnes d’or de Jāmbūnada et un sol paré de gemmes—plein d’offrandes chéries, resplendissant de vêtements divins.
Verse 84
पुरतः कल्पवृक्षाश्च तिष्ठंति सर्वदायिनः । वापीकूपतटाकाद्यैरुद्यानैरुपशोभिते
Devant lui se dressent les arbres kalpavṛkṣa, exauçant les vœux et dispensant tout; et ce lieu resplendit, embelli de jardins et de réservoirs d’eau—puits à degrés, puits, étangs et autres.
Verse 85
यौवनाढ्याश्च सेवंते तं देवपुरकन्यकाः । तस्याग्रतो मुदा नित्यं नृत्यंत्यप्सरसां गणाः
Les jeunes filles de la cité divine, riches de beauté juvénile, le servent; et devant lui, dans la joie, les troupes d’Apsaras dansent sans relâche.
Verse 86
गीतं गायंति गंधर्वा देवाश्च स्तुतिपाठकाः । एवं क्रमेण कल्पांते सार्वभौमो भवेन्नृपः
Les Gandharvas chantent des mélodies, et les dieux récitent des hymnes de louange. Ainsi, selon l’ordre établi, à la fin du kalpa, un roi devient souverain universel.
Verse 87
सर्वभोगैककर्ता च नीरुङ्मन्मथविग्रहः । तस्य पत्न्यः प्ररूपाढ्याः सदैव यौवनान्विताः
Lui seul dispense toute jouissance, et sa forme est exempte de maladie—Manmatha incarné. Ses épouses, richement dotées de beauté, demeurent à jamais parées de jeunesse.
Verse 88
धर्मशीलाः सुताः शुभ्राः समृद्धाः पितृसंमताः । एवं क्रमेण भुंजंति सप्तजन्मसु क्षत्रियाः
Leurs fils sont établis dans le dharma, purs, prospères et agréés des ancêtres. Ainsi, selon l’ordre, les kshatriyas jouissent de la prospérité durant sept naissances.
Verse 89
अन्यायेन तु योद्धारस्तिष्ठंति नरके चिरम् । एवं च क्षत्रिया वृत्तिर्ब्राह्मणैरुपजीव्यते
Les guerriers qui combattent injustement demeurent longtemps en enfer. Ainsi, la subsistance et la conduite des kṣatriyas sont soutenues et guidées par les brāhmaṇas.
Verse 90
वैश्यैः शूद्रैस्तथान्यैश्च अंत्यजैर्म्लेच्छजातिभिः । ये च योधाः प्रयुध्यंते न्याययुद्धेन सर्वदा
Et parmi les vaiśyas, les śūdras et d’autres encore—parmi ceux dits antyaja et ceux nés dans des communautés mleccha—il est des guerriers qui combattent toujours selon les règles justes de la guerre.
Verse 91
तेपि यांति परं स्थानं सर्वे वर्णा द्विजातयः । न शूरो यो द्विजो भीरुरस्त्रशस्त्रविवर्जितः
Eux aussi atteignent la demeure suprême : tous les deux-fois-nés de chaque varṇa. Mais le dvija qui n’est pas vaillant, qui est craintif et dépourvu d’armes, est tenu pour indigne du devoir du guerrier.
Verse 92
विपत्तौ वैश्यवृतिं च कारयेद्द्विजसत्तमः । वैश्यवृत्तिं वणिग्भावं कृषिं चैव तथापरैः
En temps de calamité, le meilleur des dvijas peut adopter le moyen de subsistance d’un vaiśya. Et cette occupation vaiśya consiste dans le négoce et aussi dans l’agriculture, comme l’enseignent d’autres.
Verse 94
कारयेत्कृषिवाणिज्यं विप्रकर्म न च त्यजेत् । वणिग्भावान्मृषात्युक्तौ दुर्गतिं प्राप्नुयाद्द्विजः । आर्द्रद्रव्यं परित्यज्य ब्राह्मणो लभते शिवम् । समुत्पाद्य ततो वृत्तिं दद्याद्विप्राय सर्वशः
Il peut faire exercer l’agriculture et le commerce, mais il ne doit pas abandonner les devoirs propres à un brāhmaṇa. Si un dvija, par esprit de marchand, profère le mensonge, il tombe dans une condition misérable. En renonçant aux richesses acquises par des moyens impropres, le brāhmaṇa obtient l’auspice. Puis, ayant assuré sa subsistance, qu’il en fasse don entièrement à un brāhmaṇa.
Verse 95
पितृयज्ञे तथा चाग्नौ जुहुयाद्विधिवद्द्विजः । तुलेऽसत्यं न कर्त्तव्यं तुलाधर्मप्रतिष्ठिता
Que le deux-fois-né offre, selon le rite prescrit, les oblations au sacrifice des Ancêtres et dans le feu sacré; et qu’il ne commette point de mensonge dans le pesage, car la balance est établie sur le dharma.
Verse 96
छलभावं तुले कृत्वा नरकं प्रतिपद्यते । अतुलं चापि यद्द्रव्यं तत्र मिथ्या परित्यजेत्
Celui qui use de tromperie dans le pesage tombe en enfer. Et si quelque bien n’est pas destiné à être pesé, qu’on ne le traite pas mensongèrement comme s’il l’était; qu’on renonce à cette fausseté.
Verse 97
एवं मिथ्या न कर्त्तव्या मृषा पापप्रसूतिका । नास्ति सत्यात्परोधर्मो नानृतात्पातकं परम्
Ainsi, qu’on ne profère point de mensonge; le mensonge enfante le péché. Il n’est pas de devoir plus élevé que la vérité, ni de faute plus grande que l’imposture.
Verse 98
अतः सर्वेषु कार्येषु सत्यमेव विशिष्यते । अश्वमेधसहस्रं तु सत्यं च तुलया धृतम्
Ainsi, en toute action, la vérité seule l’emporte. Mille sacrifices d’Aśvamedha et la vérité furent posés sur une balance, et la vérité pesa davantage qu’eux.
Verse 99
अश्वमेधसहस्राद्धि सत्यमेव विशिष्यते । यो वदेत्सर्वकार्येषु सत्यं मिथ्या परित्यजेत्
La vérité seule surpasse même mille sacrifices d’Aśvamedha. Qu’on dise la vérité en toutes choses et qu’on renonce au mensonge.
Verse 100
स निस्तरति दुर्गाणि स्वर्गमक्षयमश्नुते । वाणिज्यं कारयेद्विप्रो मिथ्याऽवश्यं परित्यजेत्
Il franchit les périls redoutables et atteint un ciel impérissable. Un brāhmaṇa peut exercer le commerce, mais il doit assurément renoncer au mensonge.
Verse 101
वृद्धिं च निक्षिपेत्तीर्थे स्वयं शेषं तु भोजयेत् । देहक्लेशात्तत्सहस्रगुणं भवति सर्वदा
Que l’on dépose le surplus en offrande dans un tīrtha sacré, et que l’on ne consomme soi-même que ce qui reste. En raison de la peine du corps, le mérite de cet acte devient mille fois plus grand, toujours.
Verse 102
अर्थार्जनविधौ मर्त्या विशंति विषमे जले । कांतारमटवीं चैव श्वापदैः सेवितां तथा
Dans la quête des richesses, les mortels s’avancent dans des eaux perfides; et de même ils s’enfoncent dans des forêts et des solitudes, hantées par les bêtes sauvages.
Verse 103
गिरिं गिरिगुहां दुर्गां म्लेच्छानां शस्त्रपातिनाम् । गृहं प्रतिभयं स्थानं धनलोभात्समंततः
Une montagne, une caverne de montagne ou une forteresse devient—par la convoitise des richesses—une demeure périlleuse, un repaire effrayant de mlecchas qui frappent de leurs armes de toutes parts.
Verse 104
सुतदारान्परित्यज्य दूरं गच्छंति लोभिनः । स्कंधे भारं वहंत्यन्ये तर्यां चक्रे निपातनैः
Les cupides abandonnent fils et épouses et s’en vont au loin. Les uns portent des fardeaux sur l’épaule; les autres, sous les coups, sont jetés dans une barque de passage ou sur une roue.
Verse 105
क्षेपणीभिर्महादुःखैस्सदा प्राणव्ययेन च । अर्थस्य संचयः पुत्र प्राणात्प्रियतरो महान्
Au milieu de grandes souffrances constantes et de l’épuisement même de la vie, l’amassement des richesses, mon fils, devient plus cher—oui, plus chéri—que la vie elle-même.
Verse 106
एभिर्न्यायार्जितं वित्तं वणिग्भावेन यत्नतः । पितृदेवद्विजातिभ्यो दत्तं चाक्षयमश्नुते
La richesse acquise justement par ces moyens, avec effort assidu et esprit de marchand—lorsqu’elle est donnée aux ancêtres, aux dieux et aux deux-fois-nés—devient un mérite inépuisable.
Verse 107
एतौ दोषौ महांतौ च वाणिज्ये लाभकर्मणि । लोभानामपरित्यागो मृषा ग्राह्यश्च विक्रयः
Deux sont les grandes fautes dans le négoce poursuivi pour le profit : ne pas renoncer à la convoitise, et acheter comme vendre par le mensonge (la tromperie).
Verse 108
एतौ दोषो परित्यज्य कुर्यादर्थार्जनं बुधः । अक्षयं लभते दानाद्वणिग्दोषैर्न लिप्यते
Ayant renoncé à ces deux fautes, le sage doit poursuivre l’acquisition des richesses. Par le don, il obtient un mérite impérissable et ne se trouve pas souillé par les défauts du marchand.
Verse 109
पुण्यकर्मरतो विप्रः कृषिं हि परिकारयेत् । वाहयेद्दिवसस्यार्धं बलीवर्दचतुष्टयम्
Un brahmane voué aux actes méritoires doit faire accomplir les travaux des champs ; qu’un attelage de quatre bœufs œuvre durant la moitié du jour.
Verse 110
अभावात्त्रितयं चैव अविश्रामं न कारयेत् । चारयेच्च तृणेऽच्छिन्नै चोरव्याघ्रविवर्जिते
Quand ces trois choses font défaut, qu’on ne fasse pas avancer le bétail sans répit ; qu’on le laisse plutôt paître là où l’herbe n’est pas coupée, en un lieu exempt de voleurs et de tigres.
Verse 111
दद्याद्घासं यथेष्टं च नित्यमातर्पयेत्स्वयम् । गोष्ठं च कारयेत्तस्य किंचिद्विघ्नविवर्जितम्
Qu’il donne du fourrage à satiété et qu’il s’en occupe lui-même chaque jour. Qu’il fasse aussi bâtir pour elle une étable, exempte de tout obstacle et de toute nuisance.
Verse 112
सदा गोमयमूत्राभ्यां विघसैश्च विवर्जितम् । न मलं निक्षिपेद्गोष्ठे सर्वदेवनिकेतने
Qu’on garde toujours l’étable—considérée comme la demeure de tous les dieux—exempte de bouse, d’urine de vache et de restes ; qu’on n’y jette aucune saleté.
Verse 113
आत्मनः शयनीयस्य सदृशं कारयेद्बुधः । समं निर्वापयेद्यत्नाच्छीतवातरजस्तथा
Que le sage le fasse semblable à sa propre couche, et qu’avec soin il l’aplanisse et le rafraîchisse uniformément, afin que le froid, le vent et la poussière soient pareillement écartés.
Verse 114
प्राणस्य सदृशं पश्येद्गां च सामान्यविग्रहम् । अस्य देहे सुखंदुःखं तथा तस्यैव कल्पते
Qu’on voie la vache comme semblable à son propre souffle de vie, partageant une même nature incarnée ; le plaisir et la douleur qui naissent dans ce corps doivent être compris comme naissant aussi pour elle.
Verse 115
अनेन विधिना यस्तु कृषिकर्माणि कारयेत् । स च गोवाहनैर्दोषैर्न लिप्येत धनी भवेत्
Mais celui qui fait accomplir les travaux des champs selon cette règle prescrite n’est pas souillé par les fautes liées aux bœufs et aux attelages, et il devient riche.
Verse 116
दुर्बलं पीडयेद्यस्तु तथैव गदसंयुतम् । अतिबालातिवृद्धं च स गोहत्यां समालभेत्
Celui qui opprime le faible, de même que le malade, ainsi que le tout jeune et le très âgé, encourt le péché du meurtre d’une vache.
Verse 117
विषमं वाहयेद्यस्तु दुर्बलं सबलं तथा । स गोहत्यासमं पापं प्राप्नोतीह न संशयः
Celui qui fait porter à une bête faible une charge inégale ou trop lourde, traitant le faible comme s’il était fort, acquiert un péché égal au meurtre d’une vache ; il n’y a là aucun doute.
Verse 118
यो वाहयेद्विना सस्यं खादंतं गां निवारयेत् । मोहात्तृणं जलं वापि स गोहत्यासमं लभेत्
Celui qui fait travailler une vache sans nécessité de récolte, ou empêche une vache qui mange, ou—par égarement—lui refuse même l’herbe ou l’eau, encourt un péché égal au meurtre d’une vache.
Verse 119
संक्रांत्यां पौर्णमास्यां चामावास्यायां तथैव च । हलस्य वाहनात्पापं गवामयुतहत्यया
Au jour de Saṅkrānti, à la pleine lune et de même à la nouvelle lune, on dit que le péché d’utiliser la charrue comme véhicule est égal au péché de tuer dix mille vaches.
Verse 120
अमूषु पूजयेद्यस्तु सितैश्चित्रादिभिर्नरः । कज्जलैः कुसुमैस्तैलैः सोक्षयं स्वर्गमश्नुते
Mais l’homme qui adore ces formes sacrées avec des offrandes blanches, avec des peintures et autres choses—avec khôl, fleurs et huiles—atteint un ciel impérissable.
Verse 121
घासमुष्टिं परगवे यो ददाति सदाह्निकम् । सर्वपापक्षयस्यस्य स्वर्गं चाक्षयमश्नुते
Quiconque, chaque jour, donne une poignée d’herbe à la vache d’autrui obtient l’anéantissement de tous ses péchés et jouit aussi d’un ciel impérissable.
Verse 122
यथा विप्रस्तथा गौश्च द्वयोः पूजाफलं समम् । विचारे ब्राह्मणो मुख्यो नृणां गावः पशौ तथा
De même qu’un brāhmane est vénéré, de même la vache l’est aussi ; le fruit du culte rendu à l’un et à l’autre est égal. Toutefois, dans l’examen, le brāhmane est le premier parmi les hommes, et parmi les bêtes la vache est la première.
Verse 123
नारद उवाच । विप्रो ब्रह्ममुखे जातः कथितो मे त्वयानघ । कथं गोभिः समो नाथ विस्मयो मे विधे ध्रुवम्
Nārada dit : «Ô toi sans faute, tu m’as dit que le brāhmane naît de la bouche de Brahmā. Alors comment serait-il l’égal des vaches, ô Seigneur ? Vraiment, ô Créateur, cela m’étonne grandement.»
Verse 124
ब्रह्मोवाच । शृणु चात्र यथातथ्यं ब्राह्मणानां गवां यथा । एकपिंडक्रियैक्यं तु पुरुषैर्निर्मितं पुरा
Brahmā dit : «Écoute ici la vérité de la chose, telle qu’elle est, au sujet des brāhmanes et des vaches. Jadis, les hommes établirent ce principe d’unité : qu’une seule offrande de piṇḍa (boule de riz funéraire) et un seul ensemble de rites constituent une même union.»
Verse 125
पुरा ब्रह्ममुखोद्भूतं कूटं तेजोमयं महत् । चतुर्भागप्रजातं तद्वेदोग्निर्गौर्द्विजस्तथा
Dans les temps anciens, de la bouche de Brahmā jaillit une grande masse d’éclat, concentrée et toute de tejas. Partagée en quatre parts, elle engendra le Veda, Agni le Feu, la Vache et le deux-fois-né (le Brāhmaṇa).
Verse 126
प्राक्तेजः संभवो वेदो वह्निरेव तथैव च । परतो गौस्तथा विप्रो जातश्चैव पृथक्पृथक्
Du rayonnement primordial (tejas) naquit le Veda, et de même Agni. Puis naquirent aussi la Vache et le Brāhmaṇa, chacun séparément, chacun distinct.
Verse 127
तत्र सृष्टा मया चादौ वेदाश्चत्वार एकशः । स्थित्यर्थं सर्वलोकानां भुवनानां समंततः
Là, au commencement, je créai les quatre Vedas comme un seul tout, afin de soutenir tous les mondes et tous les domaines de toutes parts.
Verse 128
अग्निर्हव्यानि भुंजीत देवहेतोस्तथा द्विजः । आज्यं गोप्रभवं विद्धि तस्मादेते प्रसूतकाः
Agni consume les offrandes sacrificielles pour les devas, et de même le deux-fois-né (brāhmaṇa) prend part à ce qui est offert. Sache que le ghee provient de la vache; c’est pourquoi on les nomme «prasūtaka», issus d’elle.
Verse 129
न संति यदि लोकेषु चत्वारोमी महत्तराः । तदाखिलं च भुवनं नष्टं स्थावरजंगमम्
Si, dans les mondes, ces quatre grands n’existaient pas, alors l’univers tout entier—l’immobile comme le mobile—serait détruit.
Verse 130
एभिर्धृताः सदा लोकाः प्रतिष्ठंति स्वभावतः । स्वभावो ब्रह्मरूपोसावेते ब्रह्ममयाः स्मृताः
Par ceux-ci, les mondes sont à jamais soutenus et demeurent établis selon leur nature propre. Cette nature est de la forme de Brahman ; c’est pourquoi on se souvient d’eux comme pénétrés de Brahman.
Verse 131
तस्माद्गौः पूजनीयोसौ विप्र देवासुरैरपि । उदारः सर्वकार्येषु जातस्तथ्यो गुणाकरः
Ainsi, ô brāhmaṇa, cette vache est digne de vénération, même de la part des devas et des asuras. Elle est généreuse en toute action, née en vérité comme bienfaitrice, et trésor de vertus.
Verse 132
सर्वदेवमयः साक्षात्सर्वसत्वानुकंपकः । अस्य कार्यं मया सृष्टं पुरैव पोषणं प्रति
Il est, en vérité, l’incarnation directe de tous les dieux et plein de compassion envers tous les êtres. Jadis, j’ai créé cette fonction même pour lui, afin d’assurer la nourriture et le soutien du monde.
Verse 133
अतएव मया दत्तं वरं चातिसुशोभनम् । एकजन्मनि ते मोक्षस्तवास्त्विति विनिश्चितम्
C’est pourquoi je t’ai accordé ce vœu d’une beauté suprême : il est fermement arrêté que la délivrance (mokṣa) sera tienne en une seule existence.
Verse 134
अत्रैव ये मृता गावस्त्वागच्छंति ममालयम् । पापस्य कणमात्रं तु तेषां देहेन तिष्ठति
Les vaches qui meurent ici même parviennent à ma demeure ; pas la moindre parcelle de péché ne demeure attachée à leur corps.
Verse 135
देवी गौर्धेनुका देवाश्चादिदेवी त्रिशक्तिका । प्रसादाद्यस्य यज्ञानां प्रभवो हि विनिश्चितः
Elle est la Déesse — la Dhenu qui exauce les vœux, l’assemblée même des devas, la Déesse primordiale aux trois puissances ; par sa seule grâce, l’avènement des yajñas est assuré.
Verse 136
गवां सर्वपवित्राणि पुनंति सकलं जगत् । मूत्रं गोर्गोमयं क्षीरं दधिसर्पिस्तथैव च
Toutes les substances de la vache, souverainement purifiantes, purifient le monde entier : l’urine de vache, la bouse de vache, le lait, le caillé (yaourt) et le ghee également.
Verse 137
अमीषां भक्षणे पापं न तिष्ठति कलेवरे । तस्माद्घृतं दधि क्षीरं नित्यं खादंति धार्मिकाः
En les consommant, le péché ne demeure pas dans le corps. C’est pourquoi les justes prennent régulièrement le ghee, le caillé et le lait.
Verse 138
विशिष्टं सर्वद्रव्येषु गव्यमिष्टं परं शुभम् । यस्यास्ये भोजनं नास्ति तस्य मूर्तिस्तु पूतिका
Parmi toutes les substances, ce qui vient de la vache est tenu pour le plus éminent, le plus désiré et le plus auspiceux. Mais celui qui n’a pas de nourriture en sa bouche, sa forme même n’est que puanteur.
Verse 139
अन्नाद्यं पंचरात्रेण सप्तरात्रेण वै पयः । दधि विंशतिरात्रेण घृतं स्यान्मासमेककम्
La nourriture cuite demeure propre pendant cinq nuits ; le lait, en vérité, pendant sept nuits. Le caillé demeure propre pendant vingt nuits, tandis que le ghee peut durer un mois entier.
Verse 140
अगव्यैर्यस्तु भुंक्ते वै मासमेकं निरंतरम् । भोजने तस्य मर्त्यस्य प्रेताः खादंति चैव हि
Mais celui qui, durant un mois entier sans relâche, mange des mets préparés avec des substances qui ne viennent pas de la vache : au repas de ce mortel, les preta, esprits des défunts, prennent part et se nourrissent réellement.
Verse 141
परमान्नं परं शुद्धं स्विन्नं चातपतण्डुलैः । भुक्त्वा तु यत्कृतं पुण्यं कोटिकोटिगुणं भवेत्
Si l’on mange le mets suprêmement pur nommé paramānna, cuit à la vapeur avec du riz séché au soleil, le mérite ainsi produit se trouve multiplié par des dizaines de millions de fois.
Verse 142
अन्यच्चापि च यद्द्रव्यं हविष्यं शास्त्रनिर्मितम् । तद्भुक्तवा यत्कृतं कर्म सर्वं लक्षगुणं भवेत्
Et de plus, toute autre substance que les śāstra prescrivent comme haviṣya, offrande rituelle établie par l’Écriture : lorsqu’on la consomme, toute action accomplie alors se trouve multipliée au cent-milleuple.
Verse 143
निरामिषं च यत्किंचित्तस्माद्यद्यत्फलं लभेत् । तस्माद्गौः सर्वकार्येषु शस्त एको युगेयुगे
Quel que soit le fruit que l’on obtienne d’une observance non violente, c’est-à-dire sans chair : c’est pourquoi la vache seule est louée dans toutes les entreprises, en tout temps, d’âge en âge.
Verse 144
सर्वदा सर्वकामेषु धर्मकामार्थमोक्षदः । नारद उवाच । केषु किं वा प्रयोगेण परं पुण्यं प्रकीर्तितं
En tout temps, pour tous les buts désirés, cela accorde dharma, kāma, artha et mokṣa. Nārada dit : «En quelles choses, ou par quel mode d’application, le mérite suprême est-il proclamé ?»
Verse 145
वद तत्सर्वलोकेश यथा जानामि तत्वतः । ब्रह्मोवाच । सकृत्प्रदक्षिणं कृत्वा गोधनं चाभिवंदयेत्
«Dis-le-moi, ô Seigneur de tous les mondes, afin que je le connaisse en vérité.» Brahmā dit : «Après avoir accompli une pradakṣiṇā une seule fois, qu’on se prosterne aussi avec révérence devant le troupeau des vaches.»
Verse 146
सर्वपापैर्विनिर्मुक्तः स्वर्गं चाक्षयमश्नुते । सुराचार्यो यथा वंद्यः पूज्योसौ माधवो यथा
Délivré de tous les péchés, il atteint le ciel impérissable. De même que le précepteur des dieux est digne de vénération, de même lui aussi est digne d’adoration, tel Mādhava (Viṣṇu) Lui-même.
Verse 147
सप्तप्रदक्षिणं कृत्वा चैश्वर्यात्पाकशासनः । कल्य उत्थाय गोमध्ये पात्रं गृह्य सहोदकम्
Après avoir accompli sept pradakṣiṇās, Pākaśāsana (Indra), pourvu de souveraineté, se leva à l’aurore ; et, se tenant au milieu des vaches, il prit un vase avec de l’eau.
Verse 148
निषिंचेद्यो गवां शृंगं मस्तकेनैव तज्जलम् । प्रतीच्छेत निराहारस्तस्य पुण्यं निबोधत
Sache le mérite de ceci : si quelqu’un verse de l’eau depuis la corne d’une vache et reçoit cette eau sur sa propre tête, tout en jeûnant, écoute le puṇya (mérite spirituel) qui lui échoit.
Verse 149
श्रूयंते यानि तीर्थानि त्रिषु लोकेषु नारद । सिद्धचारणयुक्तानि सेवितानि महर्षिभिः
Ô Nārada, les tīrthas, lieux sacrés de pèlerinage dont on entend parler dans les trois mondes—fréquentés par les Siddhas et les Cāraṇas—sont aussi visités et vénérés par les grands ṛṣis.
Verse 150
अभिषेकस्समस्तेषां गवां शृंगोदकस्य च । प्रातरुत्थाय यो मर्त्यः स्पृशेद्गां च घृतं मधु
Il est prescrit d’accomplir l’abhiṣeka de toutes les vaches, ainsi que d’employer l’eau recueillie dans la corne de la vache. Le mortel qui, se levant à l’aube, touche une vache et (prend/emploie) le ghee et le miel, acquiert du mérite.
Verse 151
सर्षपांश्च प्रियंगूंश्च कल्मषात्प्रतिमुच्यते । घृतक्षीरप्रदा गावो घृतयोन्यो घृतोद्भवाः
On est délivré de l’impureté en offrant des graines de moutarde et du priyaṅgu (millet parfumé). Les vaches qui donnent le ghee et le lait naissent du ghee, ont le ghee pour source et du ghee procèdent.
Verse 152
घृतनद्यो घृतावर्तास्ता मे संतु सदा गृहे । घृतं मे सर्वगात्रेषु घृतं मे मनसि स्थितम्
Que des rivières de ghee et des tourbillons de ghee soient à jamais présents dans ma demeure. Que le ghee pénètre tous mes membres ; que le ghee demeure établi dans mon esprit.
Verse 153
गावो ममाग्रतो नित्यं गावः पृष्ठत एव च । गावश्च सर्वगात्रेषु गवांमध्ये वसाम्यहम्
Les vaches sont toujours devant moi ; les vaches sont aussi derrière moi. Les vaches sont dans tous mes membres ; j’habite au milieu des vaches.
Verse 154
इत्याचम्य जपेन्मंत्रं सायंप्रातरिदं शुचिः । सर्वपापक्षयस्तस्य स्वर्लोके पूजितो भवेत्
Ayant ainsi accompli l’ācamana, la personne pure doit réciter ce mantra le soir et le matin. Pour elle, tous les péchés sont détruits, et elle est honorée dans le Svarga-loka.
Verse 155
यथा गौश्च तथा विप्रो यथाविप्रस्तथा हरिः । हरिर्यथा तथा गंगा एतेन ह्यवृषाः स्मृताः
Telle est la vache, tel est le brāhmane; tel est le brāhmane, tel est Hari. Tel est Hari, telle est la Gaṅgā : par cet enseignement, on se souvient d’eux comme des « avṛṣāḥ », ceux qu’il ne faut jamais blesser.
Verse 156
गावो बंधुर्मनुष्याणां मनुष्या बांधवा गवाम् । गौश्च यस्मिन्गृहे नास्ति तद्बंधुरहितं गृहम्
Les vaches sont la parenté des hommes, et les hommes sont la parenté des vaches. La maison où il n’y a pas de vache est une demeure privée de proches.
Verse 157
गोमुखे चाश्रिता वेदाः सषडंगपदक्रमाः । शृंगयोश्च स्थितौ नित्यं सहैव हरिकेशवौ
Dans la bouche de la vache demeurent les Védas, avec les six auxiliaires et l’enchaînement ordonné de leurs mots; et sur ses deux cornes se tiennent à jamais, ensemble, Hari et Keśava.
Verse 158
उदरेऽवस्थितः स्कंदः शीर्षे ब्रह्मा स्थितः सदा । वृषद्ध्वजो ललाटे च शृंगाग्र इंद्र एव च
Dans son ventre demeure Skanda; sur sa tête réside toujours Brahmā. Le Seigneur au drapeau du taureau (Śiva) est sur son front, et Indra, en vérité, à l’extrémité même de sa corne.
Verse 159
कर्णयोरश्विनौ देवौ चक्षुषोश्शशिभास्करौ । दंतेषु गरुडो देवो जिह्वायां च सरस्वती
Dans les oreilles sont les deux dieux Aśvin; dans les yeux, la Lune et le Soleil. Dans les dents est le divin Garuḍa, et sur la langue, Sarasvatī.
Verse 160
अपाने सर्वतीर्थानि प्रस्रावे चैव जाह्नवी । ऋषयो रोमकूपेषु मुखतः पृष्ठतो यमः
Dans le passage inférieur du corps se trouvent tous les tīrthas; dans l’écoulement séminal demeure la rivière Jāhnavī (Gaṅgā). Dans les pores de la peau résident les ṛṣi; devant est la bouche, et derrière se tient Yama, seigneur de la mort.
Verse 161
धनदो वरुणश्चैव दक्षिणं पार्श्वमाश्रितौ । वामपार्श्वे स्थिता यक्षास्तेजस्वंतो महाबलाः
Kubera, seigneur des richesses, et Varuṇa se tenaient postés sur le flanc droit; sur le flanc gauche se tenaient les Yakṣas, resplendissants et d’une grande puissance.
Verse 162
मुखमध्ये च गंधर्वा नासाग्रे पन्नगास्तथा । खुराणां पश्चिमे पार्श्वेऽप्सरसश्च समाश्रिताः
Au milieu de la bouche résident les Gandharvas; de même, à la pointe du nez demeurent les Nāgas; et sur la face arrière des sabots se tiennent les Apsaras.
Verse 163
गोमये वसते लक्ष्मीर्गोमूत्रे सर्वमंगला । पादाग्रे खेचरा वेद्या हंभाशब्दे प्रजापतिः
Dans la bouse de vache demeure Lakṣmī; dans l’urine de vache réside toute auspiciosité. À l’extrémité du sabot, il faut reconnaître les êtres célestes (khecara) ; et dans le son « haṃbhā » se tient Prajāpati.
Verse 164
चत्वारः सागराः पूर्णा धेनूनां च स्तनेषु वै । गां च स्पृशति यो नित्यं स्नातो भवति नित्यशः
En vérité, les pis des vaches sont remplis des quatre océans. Ainsi, celui qui touche une vache chaque jour est, en effet, comme baigné et purifié chaque jour.
Verse 165
अतो मर्त्यः प्रपुष्टैस्तु सर्वपापैः प्रमुच्यते । गवां रजः खुरोद्धूतं शिरसा यस्तु धारयेत्
Ainsi, un mortel est délivré de tous les péchés —même de ceux devenus puissants— s’il porte sur sa tête la poussière des vaches soulevée par leurs sabots.
Verse 166
स च तीर्थजले स्नातः सर्वपापैः प्रमुच्यते । नारद उवाच । गवां च दशवर्णानां कस्य दाने च किंफलम्
Et de même, après s’être baigné dans l’eau d’un gué sacré (tīrtha), il est délivré de tous les péchés. Nārada dit : «Parmi les vaches aux dix couleurs, en donnant laquelle, quel fruit spirituel obtient-on ?»
Verse 167
ब्रूहि तत्त्वं गुरुश्रेष्ठ परमेष्ठिन्प्रियं यदि । ब्रह्मोवाच । श्वेतां गां ब्राह्मणे दत्वा मानवश्चेश्वरो भवेत्
«Dis-moi la vérité, ô meilleur des gurus, si tu es cher au Seigneur Suprême.» Brahmā répondit : «En offrant une vache blanche à un brāhmaṇa, l’homme peut devenir seigneur, prospère et puissant.»
Verse 168
प्रासादे वसते नित्यं भोगी च सुखमेधते । धूम्रा तु स्वर्गकांतार संसारे पापमोक्षिणी
Elle demeure sans cesse dans un palais élevé, et celui qui jouit prospère dans la félicité. Mais la Dhūmrā est comme une lande même au ciel ; dans l’existence mondaine, elle devient libératrice du péché.
Verse 169
अक्षयं कपिलादानं कृष्णां दत्वा न सीदति । पांडुरा दुर्लभा लोके गौरी च कुलनंदिनी
Inépuisable est le mérite du don d’une vache fauve (kapilā) ; et en offrant une vache noire, on ne tombe pas dans la détresse. Rare est dans le monde la vache pâle, et rare aussi Gaurī, joie de sa lignée.
Verse 170
रक्ताक्षी रूपकामस्य धनकामस्य नीलिका । एकां च कपिलां दत्वा सर्वपापैः प्रमुच्यते
Raktākṣī, la vache aux yeux rouges, accomplit le désir de beauté, et Nīlikā accomplit le désir de richesse. En offrant ne fût-ce qu’une seule vache kapilā, fauve, on est délivré de tous les péchés.
Verse 171
यत्तु बाल्यकृतं पापं यौवने वार्धके कृतम् । वाचाकृतं कर्मकृतं मनसा यत्प्रचिंतितं
Tout péché commis dans l’enfance, accompli dans la jeunesse ou dans la vieillesse — qu’il ait été fait par la parole, par l’acte, ou même seulement conçu dans l’esprit —
Verse 172
अगम्यागमनं चैव मित्रद्रोहे च पातकम् । मानकूटं तुलाकूटं कन्यानृतं गवानृतम्
L’union charnelle avec celle qu’il ne faut pas approcher, et le péché de trahir un ami ; la fraude dans les mesures, la fraude dans les poids, la tromperie au sujet d’une jeune fille, et la tromperie au sujet des vaches —
Verse 173
सर्वं च नाशयेत्क्षिप्रं कपिलां यः प्रयच्छति । दशयोजनविस्तीर्णा महापारा महानदी
Tout cela est promptement anéanti par celui qui, sans tarder, donne une vache kapilā. Il est un grand fleuve, large de dix yojanas, aux rives immenses.
Verse 174
नारा च जलकांतारे प्रसृते चोदकार्णवे । यावद्वत्सस्य द्वौ पादौ मुखं यावन्न जायते
Dans la solitude des eaux, lorsque l’océan des eaux s’était répandu — cela demeura ainsi jusqu’à ce que paraissent les deux pattes du veau, et jusqu’à ce que sa bouche ne fût pas encore née.
Verse 175
तावद्गौः पृथिवी ज्ञेया यावद्गर्भं न मुंचति । सुवर्णशृंगीं वस्त्राढ्यां सर्वालंकारभूषिताम्
Tant qu’elle n’a pas encore mis bas son veau, la vache doit être tenue pour l’égale de la Terre : aux cornes d’or, richement vêtue, parée de tous les ornements.
Verse 176
ताम्रपृष्ठीं रौप्यखुरां तथा कांस्योपदोहनाम् । शोभितां गंधपुष्पैश्च सर्वालंकारभूषितां
Une vache au dos couleur de cuivre, aux sabots d’argent, avec un récipient de traite en bronze, ornée de fleurs parfumées et parée de tous les ornements.
Verse 177
ईदृशीं कपिलां दद्याद्द्विजातौ वेदपारगे । सर्वपापक्षयस्तस्य विष्णुलोकेऽच्युतो भवेत्
Celui qui donne une telle vache kapilā, fauve, à un deux-fois-né (brāhmane) versé dans les Veda, voit tous ses péchés anéantis et, dans le monde de Viṣṇu, devient impérissable.
Verse 178
तस्यां तु दुह्यमानायां भूमौ पतंति बिंदवः । आरामादि विजायंते बहुपुष्पफलोत्तमाः
Et tandis que cette Terre était traitée, des gouttes tombèrent sur le sol ; d’elles naquirent des jardins et autres lieux, riches des plus belles fleurs et des meilleurs fruits.
Verse 179
यत्र कामफला वृक्षा नद्यः पायसकर्दमाः । प्रासादाश्चापि सौवर्णास्तत्र गच्छंति गोप्रदाः
Là où les arbres portent tous les fruits désirés, où les rivières coulent de riz au lait et de limon de lait doux, et où même les palais sont d’or, là vont ceux qui ont fait don de vaches.
Verse 180
दशधेनूश्च यो दद्यादेकं चैव धुरंधरं । समानं तु फलं प्रोक्तं ब्रह्मणा समुदाहृतम्
Quiconque donne dix vaches laitières, ou même un seul taureau puissant, porteur de fardeau—Brahmā a proclamé que le mérite spirituel est identique.
Verse 181
एकं च दशभिर्दद्यात्सहस्राणां शतं फलम् । तस्यानुसारतो वेद्यं फलं नारद यत्नतः
Si, au lieu d’un, on en donne dix, le fruit devient cent fois des milliers. Selon cette mesure, ô Nārada, que le mérite soit compris avec soin.
Verse 182
पितॄनुद्दिश्य यः पुत्रो वृषं च मोक्षयेद्भुवि । पितरो विष्णुलोकेषु महीयंते यथेप्सितम्
Ce fils qui, se souvenant de ses ancêtres, relâche un taureau sur la terre—ses pères sont honorés dans les mondes de Viṣṇu, selon leur désir.
Verse 183
चतस्रो वत्सतर्यश्च एकस्यैव वृषस्य च । मोक्ष्यंते सर्वतः पुत्र विधिरेष सनातनः
Quatre génisses et un seul taureau doivent être relâchés de tous côtés, ô fils—tel est l’ordonnance éternelle.
Verse 184
यावंति चैव रोमाणि तस्य तासां च सर्वशः । तावद्वर्षसहस्राणि स्वर्गं भुजंति मानवाः
Autant il y a de poils sur son corps—tous ensemble—autant de milliers d’années les humains jouissent du ciel.
Verse 185
लांगूलेन वृषो यच्च जलं चोत्क्षिपति ध्रुवं । तत्तोयं तु सहस्राब्दं पितॄणाममृतं भवेत्
Toute eau que le taureau, assurément, projette de sa queue : cette eau devient amṛta, nectar pour les Pitṛs durant mille ans.
Verse 186
खुरेण कर्षयेद्भूमिं ततो लोष्ठं च कर्दमः । पितृभ्यश्च स्वधा तत्र लक्षकोटिगुणं भवेत्
Si l’on laboure la terre avec un sabot, des mottes et de la boue surgissent ; et là, l’offrande nommée svadhā aux Pitṛs se multiplie cent mille crores de fois.
Verse 187
विद्यमाने च जनके यदि माता विनश्यति । चंदनेनांकिता धेनुस्तस्याः स्वर्गाय दीयते
Si, tandis que le père est encore vivant, la mère vient à périr, qu’on donne en aumône une vache marquée de pâte de santal, pour son accès au ciel.
Verse 188
दाता चैव पितॄणां च ऋणं चैव प्रमुंचति । अक्षयं लभते स्वर्गं पूजितो मघवा यथा
Le donateur délie aussi la dette due aux Pitṛs ; et il obtient un ciel impérissable, honoré tel Maghavā (Indra).
Verse 189
सर्वलक्षणसंयुक्ता तरुणा गौः पयस्विनी । समाप्रसूतिका भद्रा सा च गौः पृथिवी स्मृता
Pourvue de tous les signes auspicieux, jeune et riche en lait—ayant vêlé au moment convenable et étant благословed—une telle vache est tenue pour la Terre elle-même.
Verse 190
तस्य दानेन मंत्रस्य पृथ्वीदानसमं फलं । शतक्रतुसमो मर्त्यः कुलमुद्धरते शतं
En faisant don de ce mantra, on obtient un mérite égal à celui du don de la terre entière. Un tel mortel devient semblable à Śatakratu (Indra) et relève cent membres de sa lignée.
Verse 191
गवां च हरणं कृत्वा मृते गोरथवत्सके । क्रिमिपूर्णे स कूपे च तिष्ठेदाभूतसंप्लवं
Celui qui a volé des vaches, lorsque la vache, le char et le veau ont péri, doit demeurer dans un puits rempli de vers jusqu’à la dissolution cosmique des êtres.
Verse 192
गवां चैव वधं कृत्वा पितृभिः सह पच्यते । रौरवे नरके घोरे तावत्कालं प्रतिक्रिया
Celui qui tue des vaches est cuit avec ses ancêtres dans l’effroyable enfer de Raurava ; telle est la rétribution pour une telle durée.
Verse 193
गोप्रचारप्रभग्नश्च षंडवाहनबंधनः । अक्षयं नरकं प्रायान्पुनर्जन्मनि जन्मनि
Celui qui entrave le pâturage des vaches, et celui qui attache le taureau porteur de charge, va vers un enfer impérissable, encore et encore, naissance après naissance.
Verse 194
सकृच्च श्रावयेद्यस्तु कथां पुण्यतमामिमां । सर्वपापक्षयस्तस्य देवैश्च सह मोदते
Mais quiconque fait entendre ne fût-ce qu’une seule fois ce récit suprêmement saint : tous ses péchés sont détruits, et il se réjouit avec les dieux.
Verse 195
य इदं शृणुयाद्वापि परं पुण्यतमं महत् । सप्तजन्मकृतात्पापान्मुच्यते तत्क्षणेन हि
Quiconque écoute ne fût-ce que cet enseignement suprême, très saint et grand, est aussitôt délivré des péchés amassés au cours de sept existences.