
The Story of Sudevā and Śivaśarman (within the Sukalā Narrative): Pride, Neglect, and Household Discipline
Le chapitre s’ouvre sur l’étonnement : une truie, Śūkarī, parle un sanskrit d’une grande pureté. Interrogée sur l’origine de ce savoir et sur son passé, elle laisse paraître la voix de Sudevā, qui raconte son existence antérieure. Sudevā naquit à Śrīpura, en Kaliṅga, fille du brāhmane Vasudatta. Renommée pour sa beauté, elle fut gagnée par l’orgueil et épousa le brāhmane Śivaśarman, savant, orphelin, loué pour sa retenue. Elle avoue pourtant que, par vanité et fréquentations dissolues, elle devint négligente et cruelle, causa la peine de sa famille et poussa Śivaśarman à quitter la maison. Le récit se tourne ensuite vers un enseignement moral sur la conduite du foyer : l’affection sans éducation perd les enfants et nuit aux personnes à charge. Il est aussi dit qu’il ne convient pas de laisser les filles sans mariage, et que la discipline juste au sein de la maisonnée relève du dharma, préparant la suite de l’histoire.
Verse 1
सप्तचत्वारिंशोऽध्यायः । सुकलोवाच । सुदेवा चारुसर्वांगी तामुवाचाथ सूकरीम् । पशुयोनिं गता त्वं हि कथं वदसि संस्कृतम्
Sukala dit : «Sudevā, belle et harmonieusement formée, s’adressa alors à la truie : “Tu es entrée dans une matrice animale ; comment se fait-il que tu parles un sanskrit si pur ?”»
Verse 2
एवंविधं महाज्ञानं कस्माद्भूतं वदस्व मे । कथं जानासि वै भर्तुश्चरित्रमात्मनः शुभे
Dis-moi : d’où est née une si grande connaissance ? Et comment connais-tu, ô bienheureuse, le récit de la vie et des actes de ton époux ?
Verse 3
शूकर्युवाच । पशोर्भावेन मोहेन मुष्टाहं वरवर्णिनि । निहता खड्गबाणैश्च पतिता रणमूर्धनि
Śūkarī dit : «Ô dame au teint clair, égarée par l’illusion de l’état bestial, je me ruai les poings serrés ; frappée par les épées et les flèches, je tombai au cœur du champ de bataille.»
Verse 4
मूर्च्छयाभिपरिक्लिन्ना ज्ञानहीना वरानने । त्वयाभिषिक्ता येनाहं पुण्यहस्तेन सुंदरि
Accablée et trempée par l’évanouissement, privée de conscience, ô visage charmant ; pourtant, toi, ô belle, tu m’aspergeas de ta main sacrée, et je revins à moi.
Verse 5
पुण्योदकेन शीतेन तव हस्तगतेन वै । अभिषिक्ते हि मे काये मोहो नष्टो विहाय माम्
Quand mon corps fut aspergé de l’eau sacrée et fraîche tenue dans ta main, mon égarement fut détruit et m’abandonna.
Verse 6
यथा विनाशं तेजोभिरंधकारः प्रयाति सः । तथा तवाभिषेकेण मम पापं गतं शुभे
De même que l’obscurité est anéantie par les rayons de la lumière, ainsi, ô bienheureuse, par ton abhiṣeka mon péché a été dissipé.
Verse 7
प्रसादात्तव चार्वंगि लब्धं ज्ञानं पुरातनम् । पुण्यां गतिं प्रयास्यामि इति ज्ञातं मया शुभे
Par ta grâce, ô toi aux membres gracieux, j’ai प्राप्त la connaissance antique; et, ô bienheureuse, j’ai compris que je marcherai vers une destinée bénie.
Verse 8
श्रूयतामभिधास्यामि पूर्वं वृत्तांतमात्मनः । यत्कृतं तु मया भद्रे पापया दुष्कृतं बहु
Écoute : je vais maintenant raconter l’ancien récit de ma propre vie ; ce que j’ai fait, ô noble dame—bien que pécheur—tant de mauvaises actions, en vérité.
Verse 9
कलिंगाख्ये महादेशे श्रीपुरंनाम पत्तनम् । सर्वसिद्धिसमाकीर्णं चतुर्वर्णनिषेवितम्
Dans le grand pays nommé Kaliṅga se trouve une cité appelée Śrīpura, ville comblée de toutes les perfections et fréquentée par les quatre varṇa.
Verse 10
वसति स्म द्विजः कोपि वसुदत्त इति श्रुतः । ब्रह्माचारपरोनित्यं सत्यधर्मपरायणः
Là demeurait un certain dvija, connu sous le nom de Vasudatta. Toujours voué au brahmacarya, il était inébranlable dans la vérité et le dharma.
Verse 11
वेदवेत्ता ज्ञानवेत्ता शुचिमान्गुणवान्धनी । धनधान्यसमाकीर्णः पुत्रपौत्रैरलंकृतः
Il devient connaisseur des Veda et détenteur de la vraie sagesse—pur, vertueux et prospère; comblé de richesses et de grains, et paré de fils et de petits-fils.
Verse 12
तस्याहं तनया भद्रे सोदरैः स्वजनबांधवैः । अलंकारैस्तु शृंगारैर्भूषितास्मि वरानने
Ô dame noble, je suis sa fille; et avec mes frères, mes proches et mes parents, j’ai été parée d’ornements et d’atours nuptiaux, ô toi au beau visage.
Verse 13
सुदेवानाम मे तातश्चकार स महामतिः । तस्याहं दयिता नित्यं पितुश्चापि महामते
Mon père, à la haute intelligence, me donna le nom de Sudevā. Et j’ai toujours été chère à son cœur, ô grand sage.
Verse 14
रूपेणाप्रतिमा जाता संसारे नास्ति तादृशी । रूपयौवनगर्वेण मत्ताहं चारुहासिनी
Par la beauté je suis devenue sans égale; en ce monde nul n’est tel que moi. Enivrée d’orgueil de ma beauté et de ma jeunesse, je souris avec grâce.
Verse 15
अहं कन्या सुरूपा वै सर्वालंकारशोभिता । मां च दृष्ट्वा ततो लोकाः सर्वे स्वजनवर्गकाः
«Je suis une jeune fille, vraiment belle de forme, parée de tous les ornements; et en me voyant, tous les gens de là—avec leurs proches—tournèrent vers moi leurs regards, le cœur saisi.»
Verse 16
मामेवं याचमानास्ते विवाहार्थे वरानने । याचिताहं द्विजैः सर्वैर्न ददाति पिता मम
Ô toi au visage gracieux, bien que ces hommes me supplient ainsi pour le mariage, et bien que tous les brāhmaṇas m’aient demandée, mon père ne me donne pas en mariage.
Verse 17
स्नेहाच्चैव महाभागे मुमोह स महामतिः । न दत्ताहं तदा तेन पित्रा चैव महात्मना
Par attachement, ô dame fortunée, cet homme au grand esprit fut troublé. Alors il ne me donna pas—mon père, cette grande âme.
Verse 18
संप्राप्तं यौवनं बाले मयि भावसमन्वितम् । रूपं मे तादृशं दृष्ट्वा मम माता सुदुःखिता
«Ô jeune fille, la jeunesse m’est venue avec un élan de sentiments; et voyant mon apparence telle qu’elle était, ma mère fut profondément affligée.»
Verse 19
पितरं मे उवाचाथ कस्मात्कन्या न दीयते । त्वं कस्मै सुद्विजायैव ब्राह्मणाय महात्मने
Alors je dis à mon père : «Pourquoi ne donne-t-on pas la jeune fille en mariage ? À quel noble dvija—à quel brāhmaṇa magnanime, en vérité—veux-tu la donner ?»
Verse 20
देहि कन्यां महाभाग संप्राप्ता यौवनं त्वियम् । वसुदत्तो द्विजश्रेष्ठः प्रत्युवाच द्विजोत्तमः
«Donne-moi ta fille, ô très fortuné : elle a déjà atteint la jeunesse.» Ainsi parla Vasudatta, le plus éminent des dvijas, s’adressant au meilleur des brāhmaṇas.
Verse 21
मातरं मे महाभागे श्रूयतां वचनं मम । महामोहेनमुग्धोऽस्मि सुताया वरवर्णिनि
Ô mère très fortunée, daigne écouter mes paroles. Ô toi au teint gracieux, je suis entièrement égaré par une grande passion pour ta fille.
Verse 22
यो मे गृहस्थो विप्रो वै भविष्यति शुभे शृणु । तस्मै कन्यां प्रदास्यामि जामात्रे तु न संशयः
Écoute, ô dame de bon augure : quiconque deviendra pour moi un brāhmaṇa chef de maison, sans aucun doute, à lui je donnerai ma fille en épouse, comme gendre.
Verse 23
मम प्राणप्रिया चैषा सुदेवा नात्र संशयः । एवमूचे मदर्थे स वसुदत्तः पिता मम
«Cette Sudevā m’est chère comme ma propre vie ; là-dessus il n’y a point de doute.» Ainsi parla mon père Vasudatta en ma faveur.
Verse 24
कौशिकस्य कुले जातः सर्वविद्याविशारदः । ब्राह्मणानां गुणैर्युक्तः शीलवान्गुणवाञ्छुचिः
Né dans la lignée de Kauśika, il était versé dans toutes les disciplines du savoir. Pourvu des vertus des brāhmaṇas, il avait une conduite noble, l’excellence et la pureté.
Verse 25
वेदाध्ययनसंपन्नं पठमानं हि सुस्वरम् । भिक्षार्थं द्वारमायांतं पितृमातृविवर्जितम्
Un jeune homme accompli dans l’étude des Veda, récitant d’une voix mélodieuse, vint à la porte demander l’aumône, privé de père et de mère.
Verse 26
तं दृष्ट्वासमनुप्राप्तं रूपं वीक्ष्य महामतिः । तं प्रोवाच पिता एवं को भवान्वै भविष्यति
Le voyant s’approcher et considérant sa forme, le sage—son père—lui dit ainsi : «Qui es-tu donc, et que deviendras-tu vraiment ?»
Verse 27
किं ते नाम कुलं गोत्रमाचारं वद सांप्रतम् । समाकर्ण्य पितुर्वाक्यं वसुदत्तमुवाच सः
«Quel est ton nom, ta famille, ton gotra et ta conduite ? Dis-le-moi à présent.» Ayant entendu les paroles de son père, il s’adressa alors à Vasudatta.
Verse 28
कौशिकस्यान्वये जातो वेदवेदांगपारगः । शिवशर्मेति मे नाम पितृमातृविवर्जितः
Je suis né dans la lignée de Kauśika, versé dans les Veda et les Vedāṅga. Mon nom est Śivaśarman, et je suis privé de père et de mère.
Verse 29
संति मे भ्रातरश्चान्ये चत्वारो वेदपारगाः । एवं कुलं समाख्यातमाचारः कुलसंभवः
«J’ai encore quatre autres frères, tous versés dans les Veda. Ainsi ai-je exposé ma lignée ; car la conduite reçue naît de la tradition de la famille.»
Verse 30
एवं सर्वं समाख्यातं पितरं शिवशर्मणा । शुभे लग्ने तिथौ प्राप्ते नक्षत्रे भगदैवते
Ainsi Śivaśarman exposa tout entièrement à son père, lorsque survinrent le lagna et la tithi propices, et lorsque prévalait le nakṣatra présidé par Bhaga.
Verse 31
पित्रा दत्तास्मि सुभगे तस्मै विप्राय वै तदा । पितृगेहे वसाम्येका तेन सार्धं महात्मना
Ô bienheureuse, alors mon père me donna en mariage à ce brāhmaṇa. Pourtant je demeure seule dans la maison de mon père, avec cet homme à la grande âme.
Verse 32
नैव शुश्रूषितो भर्ता मया स पापया तदा । पितृमातृसुद्रव्येण गर्वेणापि प्रमोहिता
Alors moi, pécheresse, je ne servis nullement mon époux ; et je fus encore égarée par l’orgueil né des richesses de mon père et de ma mère.
Verse 33
अंगसंवाहनं तस्य न कृतं हि मया कदा । रतिभावेन स्नेहेन वचनेन मया शुभे
Jamais, à aucun moment, je ne massai ses membres : ni par désir amoureux, ni par affection, ni même par de douces paroles, ô bienheureuse.
Verse 34
क्रूरबुद्ध्या हि दृष्टोसौ सर्वदा पापया मया । पुंश्चलीनां प्रसंगेन तद्भावं हि गता शुभे
Avec une pensée cruelle, moi, pécheresse, je le considérai toujours ainsi. Ô bienheureuse, par la fréquentation de femmes débauchées, j’en vins vraiment à partager leur nature.
Verse 35
मातापित्रोश्च भर्तुश्च भ्रातॄणां हितमेव च । न करोम्यहमेवापि यत्रयत्र व्रजाम्यहम्
Où que j’aille, je ne fais même pas ce qui est bénéfique à ma mère et à mon père, à mon époux et à mes frères.
Verse 36
एवं मे दुष्कृतं दृष्ट्वा शिवशर्मा पतिर्मम । स्नेहाच्छ्वशुरवर्गस्य मम भर्त्ता महामतिः
Voyant ainsi la faute que j’ai commise, mon époux Śivaśarmā—mon seigneur à l’âme magnanime—par affection pour la famille de mon beau-père et ses proches, agit en conséquence.
Verse 37
न किंचिद्वक्ति मां सोपि क्षमते दुष्कृतं मम । वार्यमाणा कुटुंबेन अहमेवं सुपापिनी
Lui non plus ne me dit rien, et pourtant il supporte ma faute. Même lorsque la famille me retient et me reprend, je demeure ainsi, la plus pécheresse.
Verse 38
तस्य शीलं विदित्वा ते साधुत्वं शिवशर्मणः । पितामाता च मे सर्वे मम पापेन दुःखिताः
Ayant reconnu sa conduite et la sainteté de Śivaśarmā, toute ma famille—mon père et ma mère aussi—fut attristée par mon péché.
Verse 39
भर्त्ता मे दुष्कृतं दृष्ट्वा स्वगृहान्निर्गतो बहिः । तं देशं ग्राममेनं च परित्यज्य गतस्ततः
Voyant ma faute, mon époux quitta notre demeure et sortit au dehors ; abandonnant cette contrée et ce village même, il s’en alla de là.
Verse 40
गते भर्तरि मे तातः संजातश्चिंतयान्वितः । मम दुःखेन दुःखात्मा यथा रोगेण पीडितः
Lorsque mon époux fut parti, mon père fut saisi d’une inquiétude angoissée ; le cœur meurtri par ma peine, il souffrait comme s’il était atteint d’une maladie.
Verse 41
मम माता उवाचैनं भर्तारं दुःखपीडितम् । कस्माच्चिंतयसे कांत वद दुःखं ममाग्रतः
Ma mère dit à cet époux accablé de chagrin : « Pourquoi t’inquiètes-tu, bien-aimé ? Dis-moi ici, devant moi, ta peine. »
Verse 42
वसुदत्त उवाचैनां मातरं मम नंदने । सुतां त्यक्त्वा गतो विप्रो जामाता शृणु वल्लभे
Vasudatta dit : « Dans mon bosquet de délices se tient cette mère. Le brāhmane, mon gendre, a quitté son épouse et s’en est allé. Écoute, ô bien-aimée. »
Verse 43
इयं पापसमाचारा निर्घृणा पापचारिणी । अनया हि परित्यक्तः शिवशर्मा महामतिः
Cette femme a une conduite fautive, sans pitié et portée au mal. À cause d’elle, le grand d’esprit Śivaśarmā a été délaissé.
Verse 44
समस्तस्य कुटुंबस्य दाक्षिण्येन महामतिः । ममायं स द्विजः कांते सुदेवां नैव भाषते
« Bien qu’il soit hautement honoré pour sa générosité envers toute la maisonnée, ô bien-aimée, ce deux-fois-né, qui est mien, ne dit pas un mot à Sudevā. »
Verse 45
वसते सौम्यभावेन नैव निंदति कुत्सति । सुदेवां पापसंचारां स वै पंडितबुद्धिमान्
Il demeure d’un naturel doux ; il ne blâme ni n’insulte. Qu’il soit parmi les vertueux ou au milieu de ceux qui cheminent dans le péché, il est vraiment un sage à l’intelligence pénétrante.
Verse 46
भविष्यति त्वियं दुष्टा सुदेवा कुलनाशिनी । अहमेनां परित्यज्य व्रजामि गृहवासिनि
Cette Sudēvā deviendra mauvaise; elle sera la ruine de la lignée. Aussi, l’abandonnant, je m’en vais, ô maîtresse du foyer.
Verse 47
इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने सुकलाचरित्रे । सप्तचत्वारिंशोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Padma Purāṇa, au sein du Bhūmi-khaṇḍa, dans le récit de Vena—plus précisément l’histoire de Sukalā—s’achève le quarante-septième chapitre.
Verse 48
तावद्विलाडयेत्पुत्रं यावत्स्यात्पंचवार्षिकः । शिक्षाबुद्ध्या सदा कांत पुनर्मोहेन पोषयेत्
Qu’on cajole et qu’on joue avec son fils jusqu’à l’âge de cinq ans. Mais ensuite, ô bien-aimé, qu’on l’élève avec l’intention de le former et de l’instruire, sans le nourrir de nouveau par attachement illusoire.
Verse 49
स्नानाच्छादनकैर्भक्ष्यैर्भोज्यैः पेयैर्न संशयः । गुणेषु योजयेत्कांत सद्विद्यासु च तं सुतम्
En lui procurant bain, vêtements, nourritures, mets et boissons—sans nul doute—qu’on guide aussi ce fils chéri vers les bonnes qualités et les véritables disciplines du savoir.
Verse 50
गुणशिक्षार्थंनिर्मोहः पिता भवति सर्वदा । पालने पोषणे कांत संमोहः परिजायते
Pour instruire à la vertu, le père doit demeurer toujours sans illusion; mais dans l’acte de protéger et de nourrir, ô bien-aimé, naissent souvent l’attachement et le trouble.
Verse 51
सगुणं न वदेत्पुत्रं कुत्सयेच्च दिनेदिने । काठिन्यं च वदेन्नित्यं वचनैः परिपीडयेत्
Qu’on ne s’adresse pas au fils en proclamant ses bonnes qualités; qu’on le reprenne jour après jour, qu’on lui parle avec dureté sans cesse et qu’on le tourmente par des paroles.
Verse 52
यथाहि साधयेन्नित्यं सुविद्यां ज्ञानतत्परः । अभिमानेच्छलेनापि पापं त्यक्त्वा प्रदूरतः
De même que l’âme vouée au savoir doit sans cesse cultiver la vraie science, de même doit-elle rejeter le péché au loin, fût-ce sous le prétexte de l’orgueil.
Verse 53
नैपुण्यं जायते नित्यं विद्यासु च गुणेषु च । माता च ताडयेत्कन्यां स्नुषां श्वश्रूर्विताडयेत्
L’habileté et le raffinement se forment peu à peu par l’étude et par les vertus. Ainsi la mère doit corriger sa fille, et la belle-mère, de même, sa bru.
Verse 54
गुरुश्च ताडयेच्छिष्यं ततः सिध्यंति नान्यथा । भार्यां च ताडयेत्कांत अमात्यं नृपतिस्तथा
Le maître doit corriger le disciple; alors seulement, dit-on, la réussite est obtenue, autrement non. De même, l’époux doit corriger son épouse, et le roi aussi son ministre.
Verse 55
हयं च ताडयेद्धीरो गजं मात्रो दिनेदिने । शिक्षाबुद्ध्या प्रसिध्यंति ताडनात्पालनाद्विभो
Ô Puissant, l’homme ferme et clairvoyant doit discipliner le cheval et l’éléphant avec mesure, jour après jour. Dans l’esprit de l’instruction, ils deviennent bien dressés par la correction et par le juste soin.
Verse 56
त्वयेयं नाशिता नाथ सर्वदैव न संशयः । सार्धं सुब्राह्मणेनापि भवता शिवशर्मणा
Ô Seigneur, c’est toi qui l’as détruite ; il n’y a jamais le moindre doute. Toi, Śivaśarman, tu l’as fait aussi avec ce brāhmane vertueux.
Verse 57
निरंकुशा कृता गेहे तेन नष्टा महामते । तावद्धि धारयेत्कन्यां गृहे कांतवचः शृणु
Ô grand d’esprit, laissée sans frein dans la maison, elle s’est ainsi perdue. C’est pourquoi il faut garder une jeune fille sous retenue au foyer ; écoute ces paroles avisées.
Verse 58
अष्टवर्षान्विता यावत्प्रबलां नैव धारयेत् । पितुर्गेहस्थिता पुत्री यत्पापं हि प्रकुर्वती
Tant qu’elle n’a pas encore atteint l’âge de huit ans, qu’on ne lui impose pas de disciplines trop rigoureuses. Car une fille demeurant dans la maison de son père peut, au fil des choses, en venir à commettre quelque faute.
Verse 59
उभाभ्यामपि तत्पापं पितृभ्यामपि विंदति । तस्मान्न धार्यते कन्या समर्था निजमंदिरे
Ce péché est encouru par les deux (parties) et il retombe aussi sur les parents. C’est pourquoi, même si une jeune fille est capable, on ne doit pas la garder (sans mariage) dans sa propre maison.
Verse 60
यस्य दत्ता भवेत्सा च तस्य गेहे प्रपोषयेत् । तत्रस्था साधयेत्कांतं सगुणं भक्तिपूर्वकम्
Celle qui a été donnée (en mariage) doit être protégée et entretenue dans la maison de celui à qui elle a été remise ; demeurant là, qu’elle adore avec dévotion son Seigneur bien-aimé, en sa forme personnelle et manifeste, riche de qualités.
Verse 61
कुलस्य जायते कीर्तिः पिता सुखेन जीवति । तत्रस्था कुरुते पापं तत्पापं भुंजते पतिः
Par elle, la lignée obtient une noble renommée et le père vit dans la quiétude ; mais si la femme, demeurant là, commet une faute, c’est l’époux qui en partage le péché.
Verse 62
तत्रस्था वर्द्धते नित्यं पुत्रैः पौत्रैः सदैव सा । पिता कीर्तिमवाप्नोति सुतायाः सुगुणैः प्रिय
Demeurant là, elle prospère sans cesse par ses fils et ses petits-fils. Et le père, ô bien-aimé, obtient la renommée grâce aux nobles vertus de sa fille.
Verse 63
तस्मान्न धारयेत्कांत गेहे पुत्रीं सभर्तृकाम् । इत्यर्थे श्रूयते कांत इतिहासो भविष्यति
C’est pourquoi, ô bien-aimé, on ne doit pas garder dans sa maison une fille désireuse d’un époux. En ce sens, ô bien-aimé, on entend un récit ; et voici qu’une histoire va suivre.
Verse 64
अष्टविंशतिके प्राप्ते युगे द्वापरके महान् । उग्रसेनस्य वीरस्य यदुज्येष्ठस्य यत्प्रभो
Lorsque advint le vingt-huitième âge de Dvāpara, parut le Grand, ô seigneur, né du vaillant Ugrasena, le premier parmi les Yadus.
Verse 65
चरित्रं ते प्रवक्ष्यमि शृणुष्वैकमना द्विज
Je vais te dire ce récit ; écoute d’un esprit unifié, ô deux-fois-né.