Adhyaya 3
Purva BhagaFirst QuarterAdhyaya 384 Verses

Sṛṣṭi-varṇana, Bhārata-khaṇḍa-mahātmya, and Jagad-bhūgola (Creation, Glory of Bhārata, and World Geography)

Nārada demande à Sanaka comment le Seigneur primordial, omniprésent, fit surgir Brahmā et les dieux. Sanaka répond par une théologie non-duelle centrée sur Viṣṇu : Nārāyaṇa pénètre tout ; la triade (Prajāpati/Brahmā, Rudra et Viṣṇu) se manifeste pour la création, la dissolution et la protection. Māyā/Śakti est dite à la fois vidyā et avidyā : elle enchaîne lorsqu’on la croit séparée, elle libère lorsqu’on la connaît comme non différente. Le chapitre expose ensuite une cosmogonie de type sāṃkhya (prakṛti–puruṣa–kāla ; mahat, buddhi, ahaṃkāra ; tanmātras et mahābhūtas) et les créations ultérieures de Brahmā. Il décrit le cosmos vertical (sept lokas supérieurs et régions souterraines), Meru, Lokāloka, les sept dvīpas et les océans qui les entourent, et définit Bhārata-varṣa comme karmabhūmi. La conclusion exalte la bhakti et le niṣkāma-karma : offrir tous les actes à Hari/Vāsudeva, honorer les dévots, voir Nārāyaṇa et Śiva comme non différents, et proclamer que rien n’existe en dehors de Vāsudeva.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । कथं ससर्ज ब्रह्मादीनादिदेवः पुरा विभुः । तन्ममाख्याहि सनक सर्वज्ञोऽस्ति यतो भवान् ॥ १ ॥

Nārada dit : « Comment, jadis, le Seigneur primordial, tout-puissant et omniprésent, engendra-t-il Brahmā et les autres dieux ? Ô Sanaka, révèle-le-moi, car tu es véritablement omniscient. »

Verse 2

श्रीसनक उवाचा । नारायणोऽक्षरोऽनन्तः सर्वव्यापी निरञ्जनः । तेनेदमखिलं व्याप्तं जगत्स्थावरजङ्गमम् ॥ २ ॥

Śrī Sanaka dit : « Nārāyaṇa est l’Immuable, l’Infini : omniprésent et sans souillure. Par Lui, cet univers tout entier—l’immobile comme le mobile—est entièrement pénétré. »

Verse 3

आदिसर्गे महाविष्णुः स्वप्रकाशो जगन्मयः । गुणभेदमधिष्ठाय मूर्त्तित्रिकमवासृजत् ॥ ३ ॥

Au commencement de la création, Mahāviṣṇu—resplendissant de sa propre lumière et pénétrant l’univers—présida aux distinctions des guṇa et fit surgir la triade des formes divines.

Verse 4

सृष्ट्यर्थं तु पुरा देवो दक्षिणाङ्गात्प्रजापतिम् । मध्येरुद्राख्यमीथानं जगदन्तकरं मुने ॥ ४ ॥

Dans les temps anciens, pour l’œuvre de la création, le Seigneur fit naître Prajāpati de son côté droit; et du milieu de son corps il manifesta celui qu’on nomme Rudra—farouche, artisan de la dissolution du monde—ô sage.

Verse 5

पालनायास्य जगतो वामाङ्गाद्विष्णुमव्ययम् । तमादिदेवमजरं केचिदाहुः शिवाभिधम् । केचिद्विष्णुं सदा सत्यं ब्रह्माणं केचिदूचिरे ॥ ५ ॥

Pour la sauvegarde de cet univers, de son côté gauche se manifesta l’impérissable Viṣṇu. Ce Seigneur primordial, sans vieillesse—les uns le nomment « Śiva »; d’autres l’affirment Viṣṇu, éternellement vrai; et d’autres encore le disent Brahmā.

Verse 6

तस्य शक्तिः परा विष्णोर्जगत्कार्यप्रवर्तिनी । भावाभावस्वरुपा सा विद्याविद्येति गीयते ॥ ६ ॥

Sa Puissance suprême—celle de Viṣṇu—met en branle l’œuvre de l’univers. Ayant la nature de l’être et du non-être, cette Puissance est chantée comme Connaissance (vidyā) et Ignorance (avidyā).

Verse 7

यदा विश्वं महाविष्णोर्भिन्नत्वेन प्रतीयते । तदा ह्यविद्या संसिद्धा भवेद्दुःखस्य साधनम् ॥ ७ ॥

Lorsque l’univers est perçu comme séparé de Mahāviṣṇu, alors l’ignorance s’établit pleinement, et devient le moyen même qui engendre la souffrance.

Verse 8

ज्ञातृज्ञेयाद्युपाधिस्ते यदा नश्यति नारद । सर्वैकभावना बुद्धिः सा विद्येत्यभिधीयते ॥ ८ ॥

Ô Nārada, lorsque les upādhis limitants, tels que le « connaissant » et le « connu », sont anéantis, l’intellect qui contemple tout comme Un—cela est proclamé être la vraie vidyā (connaissance).

Verse 9

एषं माया महाविष्णोर्भिन्ना संसारदायिनी । अभेदबुद्ध्या दृष्टा चेत्संसारक्षयकारिणी ॥ ९ ॥

Cette Māyā de Mahāviṣṇu, si on la considère comme séparée de Lui, devient dispensatrice de l’enchaînement du saṃsāra; mais si on la voit avec l’intelligence de non-différence (abheda), elle devient destructrice du saṃsāra.

Verse 10

विष्णुशक्तिसमुद्भूतमेतत्सर्वं चराचरम् । यस्माद्भिन्नमिदं सर्वं यच्चेङ्गेद्यच्चनेङ्गति ॥ १० ॥

Tout cet univers—le mobile et l’immobile—est né de la Śakti de Viṣṇu. De Lui, ce monde entier n’est pas séparé, qu’il se meuve ou qu’il demeure immobile.

Verse 11

उपाधिभिर्यथाकाशो भिन्नत्वेन प्रतीयते । अविद्योपाधियोगेनतथेदमखिलं जगत् ॥ ११ ॥

De même que l’espace paraît divisé à cause des upādhis limitants, ainsi cet univers tout entier paraît différencié par son association avec l’upādhi de l’ignorance (avidyā).

Verse 12

यथा हरिर्जगद्यापी तस्य शक्तिस्तथा मुने । दाहशक्तिर्यथांगारे स्वाश्रयं व्याप्य तिष्टति ॥ १२ ॥

De même que Hari (Viṣṇu) pénètre tout l’univers, de même, ô sage, Sa Śakti pénètre tout. Comme la puissance de brûler demeure dans la braise ardente, envahissant son propre support, ainsi cette Śakti demeure, emplissant son propre siège.

Verse 13

उमेति केचिदाहुस्तां शक्तिं लक्ष्मीं तथा परे । भारतीत्यपरे चैनां गिरिजेत्यम्बिकेति च ॥ १३ ॥

Les uns la nomment Umā; d’autres la nomment Śakti, et d’autres encore Lakṣmī. Certains l’appellent Bhāratī, et d’autres aussi Girijā et Ambikā.

Verse 14

दुर्गेति भद्रकालीति चण्डी माहेश्वरीत्यपि । कौमारी वैष्णवी चेति वाराह्येन्द्री च शाम्भवी ॥ १४ ॥

Elle est louée comme Durgā, comme Bhadrakālī, comme Caṇḍī, et aussi comme Māheśvarī; comme Kaumārī et Vaiṣṇavī; et de même comme Vārāhī, Indrī et Śāmbhavī.

Verse 15

ब्राह्मीति विद्याविद्येति मायेति च तथा परे । प्रकृतिश्च परा चेति वदन्ति परमर्षस्यः ॥ १५ ॥

Certains la nomment « Brāhmī »; d’autres la disent « connaissance et non-connaissance »; d’autres encore l’appellent « Māyā ». Les sages suprêmes la décrivent aussi comme « Prakṛti » et comme « la Puissance supérieure (Parā) ».

Verse 16

शेषशक्तिः परा विष्णोर्जगत्सर्गादिकारिणी । व्यक्ताव्यक्तस्वरुपेण जगह्याप्य व्यवस्थिता ॥ १६ ॥

Cette puissance suprême, résiduelle de Viṣṇu—qui accomplit la création et les autres processus de l’univers—demeure partout dans le monde, prenant la forme du manifesté comme du non-manifesté.

Verse 17

प्रकृतिश्चपुमांश्चैव कालश्चेति विधिस्थितिः । सृष्टिस्थितिविनाशानामेकः कारणतां गतः ॥ १७ ॥

Prakṛti (la Nature primordiale), Puruṣa (le principe conscient) et le Temps : telle est la doctrine établie. L’Unique Réalité devient l’unique cause de la création, du maintien et de la dissolution.

Verse 18

येनेदमखिलं जातं ब्रह्मरुपधरेण वै । तस्मात्परतरो देवो नित्यइत्यभिधीयते ॥ १८ ॥

Celui par qui cet univers tout entier est venu à l’existence—en assumant la forme de Brahmā—c’est pourquoi cette Divinité est dite « Nitya », l’Éternel; nul n’est au-dessus de Lui.

Verse 19

रक्षां करोति यो देवो नित्य इत्यभिधीयते । रक्षां करोति यो देवो जगतां परतः पुमान् ॥ १९ ॥

La Divinité qui accorde la protection est appelée « Nitya » (l’Éternel). Et la Divinité qui protège les mondes est la Personne Suprême, au-delà de tout.

Verse 20

तस्मात्परतरं यत्तदव्ययं परमं पदम् ॥ २० ॥

Ainsi, au-delà de cela se tient Cela : l’état suprême, impérissable, la demeure la plus haute.

Verse 21

अक्षरो निर्गुणः शुद्धः परिपूर्णः सनातनः । यः परः कालपुपाख्यो योगिध्येयः परात्परः ॥ २१ ॥

Il est l’Impérissable (Akṣara) : sans attributs (nirguṇa), pur, pleinement accompli et éternel. Il est le Suprême, aussi nommé Kālapu; celui que les yogins doivent méditer; au-delà même du transcendant.

Verse 22

परमात्मा परानन्दः सर्वोपाधिविवर्जितः । ज्ञानैकवेद्यः परमः सञ्चिदानन्दविग्रहः ॥ २२ ॥

Le Paramātmā, le Soi suprême, est la béatitude la plus haute (parānanda), affranchi de tout upādhi, de toute limitation. Il est le Suprême, connaissable seulement par la vraie connaissance; et sa forme est Sat–Cit–Ānanda : Être, Conscience et Félicité.

Verse 23

योऽसौ शुद्धोऽपि परमो ह्यहंकारेण संयुतः । देहीति प्रोच्यते मूढैरहोऽज्ञानविडम्बनम् ॥ २३ ॥

Bien que le Soi suprême soit à jamais pur et transcendant, lorsqu’il est associé à l’ahaṃkāra (l’ego), les insensés le désignent comme « l’être incarné » (dehī). Hélas — quelle dérision enfantée par l’ignorance !

Verse 24

स देवः परमः शुद्धः सत्त्वदिगुणभेदतः । मूर्तित्रयं समापन्नः सृष्टिस्थित्यन्तकारणम् ॥ २४ ॥

Ce Deva suprême est parfaitement pur ; et, par les distinctions des guṇa, à commencer par sattva, Il revêt la triple forme et devient la cause de la création, du maintien et de la dissolution.

Verse 25

योऽसौ ब्रह्मा जगत्कर्ता यन्नाभिकमलोद्भवः । स एवानन्दरुपात्मा तस्मान्नास्त्यपरो मुने ॥ २५ ॥

Ce Brahmā même — créateur de l’univers, né du lotus issu de Son nombril — est en vérité le Soi dont la nature est ānanda (béatitude). Ainsi, ô sage, nul autre n’est au-dessus de Lui.

Verse 26

अन्तर्यामी जगद्यापी सर्वसाक्षी निरञ्जनः । भिन्नाभिन्नस्वरुपेण स्थितो वै परमेश्वरः ॥ २६ ॥

Le Seigneur suprême est l’Antaryāmī (le Régent intérieur), Il pénètre l’univers, Il est le témoin de tout et demeure sans tache. En vérité, Il subsiste dans une forme à la fois distincte et non distincte — transcendant, et pourtant présent en tous.

Verse 27

यस्य शक्तिर्महामाया जगद्विश्त्रम्भधारिणी । विश्वोत्पत्तेर्निदानत्वात्प्रकृतिः प्रोच्यते बुधैः ॥ २७ ॥

Sa grande puissance — Mahāmāyā, qui soutient l’immense étendue de l’univers — parce qu’elle est la cause de l’apparition du monde, est appelée Prakṛti par les sages.

Verse 28

आदिसर्गे महाविष्णोर्लोकान्कर्त्तुं समुद्यतः । प्रकृतिः पुरुषश्चेति कालश्चेति त्रिधा भवेत् ॥ २८ ॥

Au commencement de la création, lorsque Mahāviṣṇu s’apprête à faire surgir les mondes, le processus est compris comme triple : Prakṛti (Nature primordiale), Puruṣa (Principe conscient) et Kāla (Temps).

Verse 29

पश्यन्ति भावितात्मानो यं ब्रह्मत्यभिसंज्ञितम् । शुद्धं यत्परमं धाम तद्विष्णोः परमं पदम् ॥ २९ ॥

Ceux dont l’âme est purifiée et mûrie contemplent Celui qu’on désigne comme Brahman. Cette demeure suprême, sans tache : tel est, en vérité, le plus haut séjour de Viṣṇu.

Verse 30

एवं शुद्धोऽक्षरोऽनन्तः कालरुपी महेश्वरः । गुणरुपीगुणाधारोजगतामादिकृद्विभुः ॥ ३० ॥

Ainsi, Il est pur, impérissable et infini : le Grand Seigneur qui prend la forme du Temps ; Il est la forme même des guṇas et aussi leur support, l’Omniprésent, l’Originateur des mondes.

Verse 31

प्रकृतिः क्षोभमापन्ना पुरुषाख्ये जगद्गुरौ । महान्प्रादुरभूद्धुद्धिस्ततोऽहं समवर्त्तत ॥ ३१ ॥

Lorsque Prakṛti fut mise en mouvement en présence du Maître du monde nommé Puruṣa, Mahat (le Grand Principe) se manifesta ; de lui naquit Buddhi (l’intellect), et de Buddhi naquis-je : ahaṃkāra, le sentiment du « moi ».

Verse 32

अहंकाराश्च सूक्ष्माणि तन्मात्राणीन्द्रियाणि च । तन्मात्रेभ्यो हि जातानि भूतानि जगतः कृते ॥ ३२ ॥

De l’ahaṃkāra naissent les principes subtils : les tanmātras et les facultés sensorielles ; et de ces tanmātras naissent, en vérité, les grands éléments pour la formation du monde.

Verse 33

आकाशवाय्वग्रिजलभूमयोऽब्जभवात्मज । यथाक्रमं कारणतामेकैकस्योपयान्ति च ॥ ३३ ॥

Ô fils du Né-du-Lotus (Brahmā), l’éther, l’air, le feu, l’eau et la terre—selon l’ordre—deviennent chacun la cause de ce qui suit.

Verse 34

ततो ब्रह्या जगद्धाता तामसानसृजत्प्रभुः । तिर्यग्योनिगताञ्जन्तून्पशुपक्षिमृगादिकान् ॥ ३४ ॥

Puis Brahmā, le Seigneur qui soutient l’univers, créa les êtres de nature tāmasique : ceux nés des matrices animales, tels que bétail, oiseaux, cerfs et autres.

Verse 35

तमप्यसाधकं मत्वा देवसर्गं सनातनात् । ततोवैमानुषं सर्गं कल्पयामास पव्मजः ॥ ३५ ॥

Jugeant insuffisante, pour son dessein, même l’antique création des dieux, Padmaja (Brahmā) entreprit alors d’ordonner la création des êtres humains.

Verse 36

ततो दक्षादिकान्पुत्रान्सृष्टिसाधनतत्परान् । एभिः पुत्रैरिदं व्याप्तं सदेवासुरमानुषम् ॥ ३६ ॥

Puis il engendra des fils tels que Dakṣa et d’autres, voués à poursuivre l’œuvre de la création. Par ces fils, ce monde entier fut répandu et rempli—avec les dieux, les asuras et les humains.

Verse 37

भुर्भुवश्च तथा स्वश्च महश्वैव जनस्तथा । तपश्च सत्यमित्येवं लोकाः सत्योपरि स्थिताः ॥ ३७ ॥

Ainsi les mondes sont : Bhūḥ, Bhuvaḥ, Svaḥ, Mahas, Jana, Tapas et Satya ; selon cet ordre, ces lokas se tiennent l’un au-dessus de l’autre, culminant en Satya-loka, tout en haut.

Verse 38

अतलं वितलं चैव सुतलं च तलातलम् । महातलं च विप्रेन्द्र ततोऽधच्च रसातलम् ॥ ३८ ॥

Atala et Vitala, Sutala et Talātala, et aussi Mahātala—ô le meilleur des brāhmaṇas—et au-dessous de ceux-ci se trouve Rasātala.

Verse 39

पातालं चेति सप्तैव पातालानि क्रमादधः । एष सर्वेषु लोकेषु लोकनाथांश्च सृष्टवान् ॥ ३९ ॥

Et plus bas encore, selon l’ordre, se trouvent les sept régions infernales commençant par Pātāla. Dans tous ces mondes, Il a aussi créé leurs souverains respectifs, les seigneurs de chaque domaine.

Verse 40

कुलाचलान्नदीश्चासौ तत्तल्लोकनिवासिनाम् । वर्त्तनादीनि सर्वाणि यथायोग्यंमकल्पयत् ॥ ४० ॥

Il ordonna aussi les chaînes de montagnes et les fleuves; et pour les habitants de chaque monde, Il institua convenablement toutes les règles de conduite et les modes de vie, selon ce qui convenait.

Verse 41

भूतले मध्यगो मेरुः सर्वदेवसमाश्रयः । लोकालोकश्च भूम्यन्ते तन्मध्ये सत्प सागराः ॥ ४१ ॥

Au centre de la terre se dresse le mont Meru, soutien et refuge commun de tous les devas. À la limite extérieure de la terre se trouve le Lokāloka; et dans la région qu’il enclôt se tiennent les sept océans.

Verse 42

द्वीपाश्च सप्त विप्रेन्द्र द्वीपे कुलाचलाः । बाह्या नद्यश्च विख्याता जनाश्चामरसन्निभाः ॥ ४२ ॥

Ô le meilleur des brāhmaṇas, il existe sept dvīpas (continents) ; et dans chaque dvīpa se trouvent ses propres chaînes de montagnes principales. Il y a aussi des fleuves extérieurs renommés, et l’on dit que les hommes y sont semblables aux amara, resplendissants et excellents.

Verse 43

जम्बूप्लक्षाभिधानौ च शाल्मलश्च कुशस्तथा । क्रौञ्चशाकौ पुष्करश्च ते सर्वे देवभूमयः ॥ ४३ ॥

Jambū et celui qu’on nomme Plakṣa, ainsi que Śālmala et Kuśa; de même Krauñca et Śāka, et Puṣkara : tous sont des terres des devas, des domaines divins.

Verse 44

एते द्वीपाः समुद्रैस्तु सत्पसत्पभिरावृताः । लवणेक्षुसुरासर्पिर्दधिक्षीरजलैः समम् ॥ ४४ ॥

Tous ces dvīpas sont entourés d’océans; et chaque océan, l’un après l’autre, est d’une substance différente : eau salée, jus de canne, surā (liqueur), ghee, caillé et lait, ceignant les terres selon l’ordre prescrit.

Verse 45

एते द्वीपाः समुद्राश्च पूर्वस्मादुत्तशेत्तराः । ज्ञेया द्विगुणविस्तरा लोकालोकाञ्च पर्वतात् ॥ ४५ ॥

Ces dvīpas et ces océans sont, successivement, plus vastes que le précédent ; sachez que leur étendue double à chaque fois, s’étirant jusqu’au mont Lokāloka.

Verse 46

क्षारोदधेरुपत्तरं यद्धि माद्रेश्चैव दक्षिणाम् । ज्ञेयं तद्भारतं वर्षं सर्वकर्मफलप्रदम् ॥ ४६ ॥

La contrée située au nord de l’océan Kṣāra et au sud du mont Mādr(a) doit être connue comme Bhārata-varṣa ; c’est la terre qui dispense les fruits de tout karma.

Verse 47

अत्र कर्माणि कुर्वन्ति त्रिविधानि तु नारद । तत्फलं भुज्यते चैव भोगभूमिष्वनुक्रमात् ॥ ४७ ॥

Ici, ô Nārada, les êtres accomplissent des actes de trois sortes ; et le fruit de ces actes est réellement goûté, selon l’ordre, dans les divers bhoga-bhūmis, domaines de jouissance.

Verse 48

भारते तु कृतं कर्म शुभं वाशुभमेव च । तत्फलं क्षयि विप्रेन्द्र भुज्यतेऽन्यत्रजन्तुभिः ॥ ४८ ॥

Ô le meilleur des brāhmaṇas, l’acte accompli en Bhārata, qu’il soit propice ou néfaste, donne un fruit périssable ; et ce fruit, les êtres le goûtent dans d’autres mondes après la mort.

Verse 49

अद्यापि देवा इच्छन्ति जन्म भारतभूतले । संचितं सुमहत्पुण्यमक्षय्यममलं शुभम् ॥ ४९ ॥

Même aujourd’hui, les dieux désirent naître sur la terre de Bhārata, car on y amasse un mérite très grand, impérissable, sans tache et de bon augure.

Verse 50

कदा लभामहे जन्म वर्षभारतभूमिषु । कदा पुण्येन महता यास्याम परमं पदम् ॥ ५० ॥

Quand obtiendrons-nous la naissance dans les contrées de Bhārata-varṣa ? Quand, grâce à un grand mérite, atteindrons-nous la demeure suprême ?

Verse 51

दानैर्वाविविधैर्यज्ञैस्तपोभिर्वाथवा हरिम् । जगदीशंसमेष्यामो नित्यानन्दमनामयम् ॥ ५१ ॥

Par des dons variés, par des sacrifices (yajña) ou par des austérités (tapas), ainsi atteindrons-nous Hari, le Seigneur de l’univers, félicité éternelle et sans aucune souffrance.

Verse 52

यो भारतभुवं प्राप्य विष्णुपूजापरो भवेत् । न तस्य सदृशोऽन्योऽस्ति त्रिषु लोकेषु नारद ॥ ५२ ॥

Ô Nārada, celui qui, ayant obtenu naissance sur la terre de Bhārata, se voue au culte de Viṣṇu, n’a nul égal dans les trois mondes.

Verse 53

हरिकीर्तनशीलो वा तद्भक्तानां प्रियोऽपि वा । शुक्षषुर्वापि महतः सवेद्यो दिविजैरपि ॥ ५३ ॥

Qu’on soit voué au kīrtana des Noms et des gloires de Hari, ou qu’on soit cher à Ses bhaktas—même si l’on paraît extérieurement usé et amaigri—on est véritablement une grande âme, digne d’être connue et honorée jusque par les dieux.

Verse 54

हरिपूजारतो नित्यं भक्तः पूजास्तोऽषि वा । भक्तोच्छिष्टान्नसेवी च याति विष्णोः परं पदम् ॥ ५४ ॥

Le bhakta toujours absorbé dans le culte de Hari—ou même celui qui demeure avec dévotion présent à la pūjā—et celui qui reçoit les restes sacrés de nourriture (prasāda) des bhaktas, atteint la demeure suprême de Viṣṇu.

Verse 55

नारायणेति कृष्णेति वासुदेवेति यो वदेत् । अहिंसादिपरः शन्तः सोऽपि वन्द्यः सुरोत्तमैः ॥ ५५ ॥

Celui qui prononce les Noms « Nārāyaṇa », « Kṛṣṇa » et « Vāsudeva », voué à l’ahiṃsā et aux autres vertus, demeurant paisible, est lui aussi digne de vénération, même de la part des plus grands dieux.

Verse 56

शिवेति नीलकण्ठेति शङ्करेतिच यः स्मरेत् । सर्वभूतहितो नित्यं सोऽभ्यर्च्यो दिविजैः स्मृतः ॥ ५६ ॥

Quiconque se souvient (du Seigneur) comme « Śiva », comme « Nīlakaṇṭha » et comme « Śaṅkara » devient constamment voué au bien de tous les êtres ; une telle personne est tenue pour digne d’adoration, même par les dieux.

Verse 57

गुरुभक्तः शिवध्यानी स्वाश्रमाचारतत्परः । अनसूयुःशुचिर्दक्षो यः सोऽप्यर्च्यःसुरेश्वरैः ॥ ५७ ॥

Celui qui est dévoué au guru, qui médite sur Śiva, qui s’attache à la juste conduite de son propre āśrama, sans jalousie, pur et compétent, est lui aussi digne d’adoration, même de la part des seigneurs des dieux.

Verse 58

ब्राह्यणानां हितकरः श्रध्दावान्वर्णधर्मयोः । वेदवादरतो नित्यं स ज्ञेयः पङ्किपावनः ॥ ५८ ॥

Celui qui œuvre pour le bien des brāhmaṇa, qui est doté de foi dans les devoirs du varṇa et du dharma, et qui demeure sans cesse voué à l’enseignement et à l’étude du Veda—qu’on le reconnaisse comme le purificateur de la rangée du repas (paṅkti-pāvana).

Verse 59

अभेददर्शी देवेशे नारायणशिवात्मके । सर्वं यो ब्रह्मण नित्यमस्मदादिषु का कथा ॥ ५९ ॥

Celui qui, sans cesse, ne voit aucune différence dans le Seigneur des dieux—de nature Nārāyaṇa et Śiva—et qui contemple toujours toute chose comme Brahman : à quoi bon parler de distinctions chez des êtres tels que nous ?

Verse 60

गोषु क्षान्तो ब्रह्मचारी परनिंदाविवर्जितः । अपरिग्रहशी लश्च देवपूज्यः स नारद ॥ ६० ॥

Ô Nārada, celui qui est patient—surtout en ce qui concerne les vaches—vit dans la discipline du brahmacarya, s’abstient de médire d’autrui, demeure sans esprit de possession et se voue au culte des devas—celui-là est vraiment digne de révérence.

Verse 61

स्तेयादिदोषविमुखः कृतज्ञः सत्यवाक् शुचिः । परोपकारनिरतः पूजनीयः सुरासुरैः ॥ ६१ ॥

Délivré de fautes telles que le vol, reconnaissant, véridique dans sa parole et pur, et voué au bien d’autrui—un tel homme devient digne de révérence, même des devas et des asuras.

Verse 62

वेदार्थश्रवणे बुद्धिः पुराणश्रवणे तथा । सत्संगेऽपि च यस्यास्ति सोऽपि वन्द्यः सुरोत्तमैः ॥ ६२ ॥

Même celui qui a le discernement pour écouter le sens des Vedas, de même pour écouter les Purāṇa, et qui possède aussi la fermeté dans la compagnie des vertueux (sat-saṅga)—celui-là aussi est digne de révérence de la part des plus éminents des devas.

Verse 63

एवमादीन्यनेकानि कर्माणि श्रद्धयान्वितः । करोति भारते वर्षे संबन्धोऽस्माभिरेव च ॥ ६३ ॥

Ainsi, pourvu de śraddhā, l’homme accomplit en Bhārata-varṣa de nombreux rites et devoirs; et c’est avec nous seuls—la tradition sacrée et les maîtres—que s’établit son lien véritable.

Verse 64

एतेष्वन्यतमो विप्रमात्मानं नारभेत्तु यः । स एव दुष्कृतिर्मूढो नास्त्यन्योऽस्मादचेतनः ॥ ६४ ॥

Ô brāhmaṇa, celui qui, parmi ces enseignements ou voies, ne se met pas à en pratiquer ne serait-ce qu’un seul—lui seul est vraiment auteur de mal, égaré; nul n’est plus dépourvu de discernement que lui.

Verse 65

संप्राप्य भारते जन्म सत्कर्म सुपराङ्मुखः । पीयूषकलशं सुक्त्वा विषभाण्डमुपाश्रितः ॥ ६५ ॥

Ayant obtenu la naissance en Bhārata, celui qui se détourne du satkarma, des actes justes, est tel un homme qui délaisse une cruche de nectar et se réfugie plutôt dans un vase de poison.

Verse 66

श्रुतिस्मृत्युदितैर्द्धर्मैर्नात्मानं पावयेत्तु यः । स एवात्मविधाती स्यात्पापिनामग्रणीर्मुने ॥ ६६ ॥

Mais celui qui ne se purifie pas par les dharmas enseignés dans la Śruti et la Smṛti—celui-là devient le destructeur de lui-même, ô sage, et le premier parmi les pécheurs.

Verse 67

कर्मभूमिं समासाद्य यो न धर्मं समाचरेत् । स च सर्वाधमः प्रोक्तो वेदविद्भिर्मुनीश्वर ॥ ६७ ॥

Ô seigneur des sages, celui qui parvient à la karmabhūmi, le domaine de l’action humaine, et pourtant ne pratique pas le dharma, est proclamé par les voyants connaisseurs du Veda comme le plus bas de tous.

Verse 68

शुभं कर्म समुत्सृज्य दुष्कर्माणि करोति यः । कामधेनुं परित्यज्य अर्कक्षीरं सं मार्गति ॥ ६८ ॥

Celui qui délaisse les actes propices et commet des fautes est semblable à l’homme qui abandonne Kāmadhenu, la vache exauçant les vœux, pour aller chercher la sève laiteuse de la plante arka.

Verse 69

एवं भारतभूभागं प्रशंसन्ति दिवौकसः । ब्रह्माद्या अपि विप्रेन्द्र स्वभोगक्षयभीरवः ॥ ६९ ॥

Ainsi les habitants du ciel louent la terre sacrée de Bhārata. Ô le meilleur des brāhmaṇas, même Brahmā et les autres dieux l’exaltent, craignant que leurs propres jouissances célestes ne s’épuisent.

Verse 70

तस्मात्पुण्यतमं ज्ञेयं भारतं वर्षमुत्तमम् । देवानां दुर्लभं वापि सर्वकर्मफलप्रदम् ॥ ७० ॥

Sache donc que Bhārata-varṣa est la terre la plus sainte et la plus élevée—difficile à obtenir même pour les dieux—car elle accorde les fruits de toutes les actions (karma).

Verse 71

अस्मिन्पुण्ये च भूभागे यस्तु सत्कर्मसूद्यतः । न तस्य सदृशं कश्चित्रिषु लोकेषु विद्यते ॥ ७१ ॥

En cette terre méritoire, celui qui s’applique avec ardeur aux actes justes—nul ne lui est égal dans les trois mondes.

Verse 72

अस्मिञ्जातो नरो यस्तु स्वंकर्मक्षपणोद्यतः । नररुपपरिच्छन्नः स हरिर्नात्र संशयः ॥ ७२ ॥

Celui qui naît ici en homme et s’emploie à épuiser les fruits de son propre karma—fût-il voilé sous une forme humaine—est assurément Hari; il n’y a là aucun doute.

Verse 73

परं लोकफलं प्रेप्सुः किर्यात्कर्माण्यतन्द्रितः । निवेद्य हरये भक्त्या तत्फलं ह्यक्षयं स्मृतम् ॥ ७३ ॥

Celui qui aspire au fruit suprême dans l’au-delà doit accomplir ses devoirs sans négligence; car, lorsque leurs fruits sont offerts à Hari avec bhakti, ce mérite est tenu pour impérissable.

Verse 74

विरागी चेत्कर्मफलेष्वपि किंचित्र कारयेत् । अर्पयेत्सुकृतं कर्म प्रीयतामितिं मे हरिः ॥ ७४ ॥

Même si l’on est détaché, si l’on en vient à faire accomplir quelque action en visant ses fruits, qu’on offre cette œuvre méritoire au Seigneur en disant : «Que Hari se réjouisse de moi».

Verse 75

आब्रह्यभुवनाल्लोकाः पुनरुत्पत्तिदायकाः । फलागृध्नुः कर्मणां तत्प्रात्प्रोति परमं पदम् ॥ ७५ ॥

Tous les mondes, jusqu’au séjour de Brahmā, sont causes de renaissances répétées. Mais celui qui agit sans convoiter les fruits de l’action atteint l’état suprême.

Verse 76

वेदोदितानि कर्माणि कुर्यादीश्वरतुष्टये । यथाश्रमं त्यक्तुकामः प्रान्पोति पदमव्ययम् ॥ ७६ ॥

Qu’on accomplisse les actes prescrits par le Veda pour la satisfaction du Seigneur; et, selon son propre āśrama, lorsque naît le désir de renoncement, on atteint l’état impérissable.

Verse 77

निष्कामो वा सकामो वा कुर्यात्कर्म यथाविधि । स्वाश्रमाचारशून्यश्च पतितः प्रोच्यते बुधैः ॥ ७७ ॥

Qu’on agisse sans désir ou avec désir, il faut accomplir l’action selon la règle prescrite. Mais celui qui est dépourvu de la conduite propre à son āśrama est déclaré par les sages « déchu ».

Verse 78

सदाचारपरो विप्रो वर्द्धते ब्रह्मतेजसा । तस्य विष्णुश्च तुष्टः स्याद्भक्तियुक्तस्य नारद ॥ ७८ ॥

Le brāhmane voué à la juste conduite s’épanouit par la splendeur de Brahman ; et pour celui qui est pourvu de bhakti, Viṣṇu se réjouit, ô Nārada.

Verse 79

भारते जन्म संप्राप्य नात्मानं तारयेतु यः । पच्यते निरये धोरे स त्वाचन्द्रार्कतारकम् ॥ ७९ ॥

Ayant obtenu la naissance en Bhārata, celui qui ne s’efforce pas de se faire traverser lui-même le saṃsāra est « cuit » dans un enfer effroyable aussi longtemps que durent la lune, le soleil et les étoiles.

Verse 80

वासदेवपरो धर्मो वासुदेवपरं तपः । वासुदेवपरं ज्ञानं वासुदेवपरा गतिः ॥ ८० ॥

Le dharma est tourné vers Vāsudeva ; l’ascèse est tournée vers Vāsudeva. La connaissance est tournée vers Vāsudeva ; et la destination suprême n’est que Vāsudeva.

Verse 81

वासुदेवात्मकं सर्वं जगत्स्थावरजङ्गमम् । आब्रह्मस्तम्बपर्यन्तं तस्मादन्यन्न विद्यते ॥ ८१ ॥

Cet univers tout entier—le mobile et l’immobile—est de la nature même de Vāsudeva. De Brahmā jusqu’à un brin d’herbe, rien n’existe en dehors de Lui.

Verse 82

स एव धाता त्रिपुरान्तकश्च स एव देवासुरयज्ञरुपः । स एवब्रह्माण्डमिदं ततोऽन्यन्न किंचिदस्ति व्यतिरिक्तरुपम् ॥ ८२ ॥

Lui seul est le Créateur ; Lui seul est le destructeur de Tripura ; Lui seul est la forme même des yajñas des dieux et des asuras. Lui seul est cet entier brahmāṇḍa ; en dehors de Lui, rien n’existe sous une forme séparée.

Verse 83

यस्मात्परं नापरमस्ति किंचिद्यस्मादणीयान्नतथा महीयान् । व्यात्पं हि तेनेदमिदं विचित्रं तं देवदेवं प्रणमेत्समीङ्यम् ॥ ८३ ॥

Au-delà de Lui, rien n’est plus élevé, et rien n’existe en dehors de Lui ; plus subtil que le plus subtil, et pourtant non pas seulement le plus grand par la taille. Par Lui, cet univers merveilleux est entièrement pénétré. Qu’on se prosterne devant le Deva-deva, le Dieu des dieux, digne d’être recherché et approché avec vénération.

Verse 84

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे प्रथमपादे सृष्टिभरतखण्डप्राशस्त्यभूगोलानां वर्णनं नाम तृतीयोऽध्यायः ॥ ३ ॥

Ainsi s’achève le Troisième Chapitre, intitulé « Description de la Création, Gloire du Bhārata-khaṇḍa et Géographie du Monde », dans le Premier Pāda du Pūrva-bhāga du Śrī Bṛhan-Nāradīya Purāṇa.

Frequently Asked Questions

Because the text treats māyā/śakti as the Lord’s power: when apprehended as separate from Mahāviṣṇu it functions as avidyā producing duality and sorrow; when apprehended through non-difference (abheda-buddhi) it is reinterpreted as vidyā that dissolves the knower-known split and thus ends saṃsāra.

Bhārata is presented as karmabhūmi—the arena where actions, śruti–smṛti duties, charity, austerity, and Viṣṇu-bhakti can be intentionally performed and dedicated to Hari, yielding imperishable spiritual gain; hence even devas desire birth there to accumulate merit and attain the supreme abode.

No. While framed as Viṣṇu-centric, it explicitly praises non-difference in the Lord of gods—recognizing Nārāyaṇa and Śiva as one reality—so that devotion and right conduct culminate in Brahman-vision beyond factional distinction.