Mahabharata Adhyaya 19
Virata ParvaAdhyaya 1947 Verses

Adhyaya 19

द्रौपदी-भीमसेनसंवादः (Draupadī–Bhīmasena Dialogue on Suffering, Kāla, and Daiva)

Upa-parva: Kīcaka-vadha Upākhyāna (Virāṭa-darbāra-saṃvāda-prasaṅga)

This chapter presents Draupadī’s lament and ethical reasoning while living in disguise as Sairandhrī in Queen Sudeṣṇā’s household. She frames her degradation as a consequence of the dice-game’s fallout and describes physical signs of servitude (abrasions on her hands), contrasting former sovereignty with present fear before Virāṭa’s authority. Interwoven is a reflective discourse on impermanence: success and defeat are unstable, and the same causes may yield victory or loss depending on circumstance. Draupadī articulates a theory of daiva (contingency/fate) that cannot be overruled by sheer will, yet still requires intelligent effort aligned with its “arrival,” emphasizing patience and cyclical reversal (kāla-paryāya). The narration shifts briefly to Vaiśaṃpāyana, who notes her showing her injured hands; Draupadī continues, confessing fear and humiliation. The chapter closes with Bhīma’s empathetic grief—he takes her hands, weeps, and prepares to respond—marking a transition from sorrowful testimony to protective resolve while maintaining concealment.

Chapter Arc: विराट-नगर में अज्ञातवास की कठोरता के बीच द्रौपदी भीमसेन के सम्मुख फूट पड़ती है—पाण्डवों के दुःख से दुःखित होकर वह अपने भीतर का विषाद शब्दों में ढालती है। → द्रौपदी भीम को स्मरण कराती है कि जिनके बाहुबल का कोई सम नहीं, वे आज ‘बल्लव’ बनकर रसोई का नीच-सा काम कर रहे हैं; अर्जुन स्त्री-वेष में आभूषण धारण कर कन्याओं के बीच गाते-बजाते हैं; यह उलट-पुलट पहचान उसे भीतर से तोड़ती है। वह एक-एक करके भाइयों की दशा, वनवास के कष्ट, और वर्तमान अपमान को जोड़ती जाती है, जिससे पीड़ा का भार बढ़ता जाता है। → द्रौपदी का तीखा प्रश्न—‘क्या तुम समझते हो कि मैं सुखी हूँ?’—युधिष्ठिर के कारण सहते हुए ‘दुःख-शत’ का विस्फोट बन जाता है; वह कहती है कि इनसे भी भारी दुःख उस पर आ पड़े हैं और वह उन्हें भी सुनाने को उद्यत है। → भीम के सामने द्रौपदी अपने शोक का विस्तार करती है—पाण्डवों के प्रिय होते हुए भी विविध दुःख शरीर को शोषित कर रहे हैं; अध्याय का अंत समाधान से अधिक ‘दुःख-गणना’ और भीतर की आग को स्पष्ट करता है। → द्रौपदी संकेत देती है कि ‘इनसे भी भारी’ अन्य दुःख वह आगे बताएगी—अगले प्रसंग में उसके अपमान/पीड़ा का विस्तृत कारण और भीम की प्रतिक्रिया उभरने की भूमिका बनती है।

Shlokas

Verse 1

(दाक्षिणात्य अधिक पाठके १३ ३ श्लोक मिलाकर कुल ४६६ “लोक हैं।) “+(>9) #2:# #2 5-7 एकोनविशो< ध्याय: पाण्डवोंके दुःखसे दु:खित द्रौपदीका भीमसेनके सम्मुख विलाप द्रौपहयुवाच इदं तु ते महद्‌ दुःखं यत्‌ प्रवक्ष्यामि भारत । न मे< भ्यसूया कर्तव्या दुःखादेतद्‌ ब्रवीम्पहम्‌

Draupadī dit : «Ô Bhārata, le chagrin que je vais te confier est pour moi d’autant plus immense. Ne m’en fais pas grief ; c’est parce que la douleur m’accable que je parle ainsi.»

Verse 2

सूदकर्मणि हीने त्वमसमे भरतर्षभ । ब्रुवन्‌ बललवजातीय: कस्य शोकं न वर्धये:

Vaiśampāyana dit : «Ô taureau parmi les Bhārata ! Tu t’es abaissé au métier de cuisinier, tâche indigne de toi, et tu vas jusqu’à te dire du peuple des Ballava. En te voyant dans un tel état, qui ne verrait pas sa peine grandir ?»

Verse 3

सूपकारं विराटस्य बल्‍लवं त्वां विदुर्जना: । प्रेष्यत्वं समनुप्राप्तं ततो दुःखतरं नु किम्‌

Vaiśampāyana dit : «On te connaît, dans la maison du roi Virāṭa, comme le cuisinier nommé Ballava. Toi qui es maître par nature et par rang, te voilà réduit à l’état de serviteur. Quel chagrin pourrait être plus grand que celui-là ?»

Verse 4

यदा महानसे सिद्धे विराटमुपतिष्ठसि । ब्रुवाणो बल्‍लव: सूदस्तदा सीदति मे मन:

Vaiśampāyana dit : Lorsque, la cuisine royale achevée, tu vas te tenir auprès du roi Virāṭa en annonçant : « Ô roi, Ballava, le cuisinier, est venu te convier au repas », alors, à ces mots, mon cœur s’abîme dans la douleur. La scène met en lumière la contrainte du déguisement et du service : des êtres nobles, poussés par le destin, endossent des rôles humbles, et le témoin ressent tout le poids de ce renversement.

Verse 5

यदा प्रह्ृष्ट: सम्राट्‌ त्वां संयोधयति कुण्जरै: । हसन्त्यन्त:पुरे नार्यो मम तूद्धिजते मनः

Vaiśampāyana dit : «Quand le roi, tout réjoui, te fait engager un simulacre de combat contre des éléphants, et que les femmes du gynécée rient de plaisir, mon esprit s’émeut et se dresse dans l’indignation.»

Verse 6

जब विराटनरेश प्रसन्न होकर तुम्हें हाथियोंसे लड़ाते हैं, उस समय रनिवासकी दूसरी स्त्रियाँ तो हँसती हैं और मेरा हृदय शोकसे व्याकुल हो उठता है ।।

Vaiśampāyana dit : Chaque fois qu’on te fait combattre, dans la cour du palais, contre des tigres, des buffles et des lions—tandis que la reine (Kaikeyī/Sudeṣṇā) est assise à regarder—mon cœur est saisi d’angoisse et de trouble. Quand bien même les autres femmes des appartements intérieurs rient du spectacle, je suis submergé de chagrin : un tel jeu périlleux est indigne de celui qui devrait être protégé, et il change le courage en divertissement cruel.

Verse 7

तत उत्थाय कैकेयी सर्वास्ता: प्रत्यभाषत । प्रेष्या: समुत्थिता श्वापि कैकेयीं ता: स्त्रियो5ब्रुवन्‌

Alors Kaikeyī se leva et leur répondit à toutes. Les servantes se levèrent elles aussi, et ces femmes parlèrent à Kaikeyī.

Verse 8

प्रेक््य मामनवद्यार्ड़ी कश्मलोपहतामिव । एक दिन उक्त पशुओंसे तुम्हारा युद्ध देखकर उठनेके बाद मुझ निर्दोष अंगोंवाली अबलाको इसी कारण शोकपीड़ित-सी देख केकयराजकुमारी सुदेष्णा अपने साथ आयी हुई सम्पूर्ण दासियोंसे और वे खड़ी हुई दासियाँ रानी कैकेयीसे इस प्रकार कहने लगीं-- ।।

Vaiśampāyana dit : Me voyant—sans défaut dans mes membres—comme frappée de trouble et de chagrin, après que j’eus une fois assisté à ton combat contre les bêtes puis me fus levée, la princesse des Kekaya, Sudeshna, s’avança avec toutes les servantes qui l’accompagnaient. Ces servantes, debout là, dirent à la reine Kaikeyī : « Cette Sairandhrī, au sourire pur, est émue soit par l’affection née d’avoir jadis vécu ensemble en un même lieu, soit par le devoir du dharma ; ayant vu ce puissant cuisinier lutter contre les animaux, elle le pleure sans cesse. »

Verse 9

योद्धयमानं महावीर्यमियं समनुशोचति । कल्याणरूपा सैरन्ध्री बललवश्वापि सुन्दर:

Vaiśampāyana dit : Voyant le cuisinier, puissant et héroïque, engagé dans le combat, la belle et de bon augure Sairandhrī le pleurait sans cesse—mue soit par l’affection née d’une ancienne vie commune (dans la maison de Yudhiṣṭhira), soit par le sentiment du dharma. Sairandhrī était d’une beauté bénie ; Ballava aussi était beau, et les chevaux l’étaient pareillement.

Verse 10

स्त्रीणां चित्तं च दुर्ज्ञेयं युक्तरूपौ च मे मतौ । सैरन्ध्री प्रियसंवासान्नित्यं ककणवादिनी

Vaiśampāyana dit : « Le cœur des femmes est, en vérité, difficile à pénétrer. Pourtant, à mon sens, ce couple paraît bien assorti. La servante Sairandhrī, par attachement à son cher compagnon, ne cesse de parler d’une voix douce et plaintive. »

Verse 11

अस्मिन्‌ राजकुले चेमौ तुल्यकालनिवासिनौ । इति ब्रुवाणा वाक्यानि सा मां नित्यमतर्जयत्‌

Vaiśampāyana dit : « Dans cette maison royale, ces deux-là demeurent ici depuis le même temps. » Répétant sans cesse de telles paroles, elle ne cessait de me presser et de me réprimander—se prévalant de cette prétendue égalité pour justifier son insistance et me mettre au pied du mur dans l’affaire.

Verse 12

क्यों न हो, इस राजपरिवारमें भी तो ये दोनों एक ही समयसे निवास करते हैं?” इस तरहकी बातें कहकर रानी सुदेष्णा प्राय: नित्य मुझे झिड़का करती हैं ।।

Me voyant troublé, la reine se mit à me soupçonner à ton sujet, s’imaginant un attachement secret. Et chaque fois qu’elle parlait ainsi, une grande douleur m’envahissait—pris entre le devoir au palais et la peine d’être méconnu.

Verse 13

त्वय्येवं निरयं प्राप्ते भीमे भीमपराक्रमे । शोके यौधिष्ठिरे मग्ना नाहं जीवितुमुत्सहे

Vaiśampāyana dit : « Ô Bhīma à la vaillance redoutable ! Bien que tu sois si formidable, te voilà tombé dans une condition de souffrance pareille à l’enfer. Et, de l’autre côté, Yudhiṣṭhira est lui aussi englouti par le chagrin. Ainsi je me noie dans un océan de douleur ; je n’ai plus la moindre volonté de continuer à vivre. »

Verse 14

यः सदेवान्‌ मनुष्यांश्व सर्वाश्लैकरथो5जयत्‌ । सो<थयं राज्ञो विराटस्य कन्यानां नर्तको युवा

Vaiśampāyana dit : Celui qui, seul sur un seul char, triompha de tous—des hommes et même de ceux que les dieux soutenaient—est devenu ici un jeune danseur au service des filles du roi Virāṭa.

Verse 15

वह तरुण वीर अर्जुन, जो अकेले ही रथमें बैठकर सम्पूर्ण मनुष्यों तथा देवताओंपर भी विजय पा चुका है, आज राजा विराटकी कन्याओंको नाचना सिखाता है ।।

Vaiśampāyana dit : Ce jeune héros Arjuna—qui, assis seul sur son char, avait vaincu tous les hommes et même les dieux—enseigne aujourd’hui la danse aux filles du roi Virāṭa. Celui dont l’âme est sans mesure, qui dans la forêt de Khāṇḍava rassasia Jātavedas (Agni), ce même Pārtha, fils de Kuntī, demeure à présent caché dans les appartements intérieurs, tel un feu enfermé au fond d’un puits.

Verse 16

यस्माद्‌ भयममित्राणां सदैव पुरुषर्षभात्‌ । स लोकपरिभूतेन वेषेणास्ते धनंजय:,जो पुरुषोंमें श्रेष्ठ है, जिससे शत्रुओंको सदा ही भय प्राप्त होता आया है, वही धनंजय आज लोकनिन्दित नपुंसकवेषमें रह रहा है

Vaiśampāyana dit : Celui qui est le taureau parmi les hommes—Arjuna, devant qui les ennemis ont toujours tremblé—demeure à présent sous un déguisement que le monde méprise.

Verse 17

यस्य ज्याक्षेपकठिनौ बाहू परिघसंनिभौ । स शड्खपरिपूर्णाभ्यां शोचन्नास्ते धनंजय:

Vaiśampāyana dit : Arjuna—dont les bras, durcis par la tension de la corde de l’arc, sont pareils à des massues de fer—est maintenant assis dans le chagrin, les mains chargées de bracelets de conque.

Verse 18

जिसकी परिघ (लोहदण्ड)-के समान मोटी भुजाएँ प्रत्यण्जा खींचते-खींचते कठोर हो गयी थीं, वही धनंजय आज हाथोंमें शंखकी चूड़ियाँ पहनकर दु:ख भोग रहा है ।।

Vaiśampāyana dit : Celui dont la corde d’arc, tonnant comme l’orage, faisait trembler tous les ennemis—aujourd’hui les femmes des appartements intérieurs écoutent avec joie le son de son chant. Ainsi Dhanañjaya, illustre par sa puissance guerrière, endure la peine de la dissimulation et le renversement du sort, portant l’humiliation pour le dharma et pour les conditions jurées de l’exil.

Verse 19

किरीटं सूर्यसंकाशं यस्य मूर्द्धन्यशोभत । वेणीविकृतकेशान्त: सोडयमद्य धनंजय:

Vaiśampāyana dit : «Celui dont le diadème, éclatant comme le soleil, resplendissait jadis sur le front—aujourd’hui, ce même Dhanañjaya (Arjuna) voit l’extrémité de ses cheveux défigurée, car il les porte noués en tresse/chignon.» Le vers fait sentir la morsure morale de l’exil et du déguisement : un héros aux insignes royaux rayonnants consent à l’abaissement des apparences pour tenir son vœu et sauvegarder le dharma plus vaste de la cause de ses frères.

Verse 20

त॑ वेणीकृतकेशान्तं भीमधन्वानमर्जुनम्‌ कन्यापरिवृतं दृष्टवा भीम सीदति मे मन:

Vaiśampāyana dit : Voyant Arjuna—puissant comme Bhīma par la force et le port des armes—les cheveux rassemblés et apprêtés à la manière des femmes, entouré de jeunes filles, le cœur de Bhīma se serra. La vue d’un grand guerrier contraint de vivre sous déguisement éveille chagrin et malaise moral, révélant le prix de l’exil et la pression exercée sur la dignité, même lorsque le dharma commande la retenue.

Verse 21

भीम! भयंकर गाण्डीव धनुष धारण करनेवाले वीर अर्जुनको अपने सिरपर केशोंकी चोटी धारण किये कन्याओंसे घिरा देख मेरा हृदय विषादसे भर जाता है ।।

Vaiśampāyana dit : «Ô Bhīma, quand je vois le vaillant Arjuna—lui qui porte l’effrayant arc Gāṇḍīva—les cheveux noués en chignon et entouré de jeunes filles, mon cœur se remplit de chagrin. En ce grand être sont établies toutes les armes divines, et il est l’appui de tous les arts et de toutes les disciplines—et pourtant, aujourd’hui, il porte des boucles d’oreilles comme une femme.»

Verse 22

स्प्रष्ट रा जसहस्राणि तेजसाप्रतिमानि वै | समरे नाभ्यवर्तन्त वेलामिव महार्णव:

Vaiśampāyana dit : Au combat, des milliers de rois d’un éclat sans égal ne purent s’avancer contre ce héros—comme le grand océan ne peut franchir sa rive. Et pourtant, ce même Arjuna, encore jeune, enseigne à présent la danse aux filles du roi Virāṭa, caché sous le déguisement d’un eunuque et servant ces princesses.

Verse 23

सो<थयं राज्ञो विराटस्य कन्यानां नर्तको युवा । आस्ते वेषप्रतिच्छन्न: कन्यानां परिचारक:

Vaiśampāyana dit : Ce même jeune héros—que jadis des milliers de rois, flamboyants d’une puissance sans égale, ne purent dompter—demeure à présent au palais du roi Virāṭa comme maître de danse des princesses, caché sous un déguisement et les servant comme un attendant. Le vers souligne que la vraie force sait accepter l’humilité et le voilement afin de soutenir un devoir plus vaste et de garder un vœu intact.

Verse 24

यस्य सम रथघोषेण समकम्पत मेदिनी । सपर्वतवना भीम सहस्थावरजड्मा

Vaiśampāyana dit : «Ô Bhīma ! Celui dont le char, par son fracas, faisait jadis trembler la terre—avec ses montagnes et ses forêts, avec tout ce qui est immobile et tout ce qui se meut—celui dont la naissance de bon augure dissipa toute la douleur de la mère Kuntī : ce même cadet, Arjuna, aujourd’hui, par l’affligeante détresse où il est tombé, me plonge dans le chagrin.»

Verse 25

यस्मिन्‌ जाते महाभागे कुन्त्या: शोको व्यनश्यत । स शोचयति मामद्य भीमसेन तवानुज:

Vaiśampāyana dit : «Quand naquit ce grandement fortuné, la douleur de Kuntī fut effacée. Et pourtant, aujourd’hui, ce même cadet—Arjuna—par la misère où il est tombé, me fait souffrir.»

Verse 26

भूषितं तमलंकारै: कुण्डलै: परिहाटकै: । कम्बुपाणिनमायान्तं दृष्टवा सीदति मे मन:

Vaiśampāyana dit : «Le voyant s’avancer—paré d’ornements, portant des boucles d’oreilles et des parures d’or, et des bracelets de conque aux mains—mon cœur s’abîme dans la douleur.»

Verse 27

यस्य नास्ति समो वीर्ये कश्रिदुर्व्या धनुर्धर: । सोड्द्य कन्यापरिवृतो गायन्नास्ते धनंजय:

Vaiśampāyana dit : «Sur cette terre, nul héros porteur d’arc n’égale sa force et sa prouesse ; et pourtant, aujourd’hui, ce même Dhanañjaya est assis, entouré de princesses, à chanter.»

Verse 28

धर्मे शौर्ये च सत्ये च जीवलोकस्य सम्मतम्‌ | स्त्रीवेषविकृतं पार्थ दृष्टया सीदति मे मन:

Vaiśampāyana dit : «Arjuna—reconnu par tout le monde des êtres vivants pour sa constance dans le dharma, sa vaillance et sa parole véridique—apparaît maintenant comme altéré sous un déguisement de femme. Voyant Pārtha ainsi, mon cœur s’enfonce dans le chagrin.»

Verse 29

यदा होन॑ परिवृतं कन्याभिदेदेवरूपिणम्‌ । प्रभिन्नमिव मातडूं परिकीर्ण करेणुनि:

Vaiśampāyana dit : Chaque fois que je vois Arjuna, fils de Kuntī—ayant pris une apparence quasi divine—assis au milieu des sons des instruments et entouré de jeunes filles dans la salle de danse, au service de Virāṭa, seigneur des richesses du royaume des Matsyas, il me semble tel un grand éléphant en rut, encerclé de femelles, des flots s’écoulant de ses tempes. À ce spectacle, ma vue chancelle ; l’obscurité paraît tomber sur mes yeux et je perds tout sens des directions.

Verse 30

मत्स्यमर्थपतिं पार्थ विराट समुपस्थितम्‌ । पश्यामि तूर्यमध्यस्थं दिशो नश्यन्ति मे तदा

Vaiśampāyana dit : «Quand je vois le roi Virāṭa des Matsyas—seigneur des richesses—servi par Pārtha (Arjuna), assis au milieu de la musique et des instruments, alors, à l’instant même, mes sens chancellent : les directions s’effacent pour moi.»

Verse 31

नूनमार्या न जानाति कृच्छू प्राप्त धनंजयम्‌ । अजातशत्रुं कौरव्यं मग्नं दुर्यृतदेविनम्‌

Assurément la noble Kuntī, ma belle-mère, ignore que mon fils Dhanañjaya (Arjuna) est tombé dans une telle détresse ; et que Yudhiṣṭhira Ajātaśatru, fleuron de la lignée des Kuru, pris au piège du funeste jeu de dés, est lui aussi englouti dans le chagrin.

Verse 32

(ऐन्द्रवारुणवायव्यब्राद्याग्नेयैश्व वैष्णवै: । अग्नीन्‌ संतर्पयन्‌ पार्थ: सर्वाश्ैकरथो5जयत्‌ ।।

Vaiśampāyana dit : «Ce même Pārtha—à la vaillance inconcevable, fléau de tous les ennemis—jadis rassasia Agni en employant les armes d’Indra, de Varuṇa, de Vāyu, de Brahmā, d’Agni et de Viṣṇu, et, monté sur un seul char, triompha même des dieux. Déployant l’arme divine Gāndharva, ainsi que les traits Vāyavya, Vaiṣṇava, Brāhma, Pāśupata et Sthūṇākarṇa, il vainquit les redoutables Paulomas et Kālakeyas—grands Asuras ennemis d’Indra—avec les Nivātakavacas, tout cela seul sur un unique char. Et ce même Arjuna, aujourd’hui, demeure caché dans les appartements des femmes, tel un feu flamboyant recouvert au fond d’un puits. Voyant Pārtha, altéré par le déguisement féminin, dans les chambres intérieures des jeunes filles—comme un taureau puissant enfermé dans les étables—mon esprit se tourne sans cesse vers Kuntī. Et de même, voyant ton plus jeune frère Sahadeva, fait gardien des troupeaux, venir parmi les vaches sous l’habit d’un bouvier, je pâlis, ô Bhārata.»

Verse 33

सहदेवस्य वृत्तानि चिन्तयन्ती पुनः पुन: । न निद्रामभिगच्छामि भीमसेन कुतो रतिम्‌,भीमसेन! सहदेवकी दुर्दशाका बार-बार चिन्तन करनेके कारण मुझे कभी नींदतक नहीं आती; फिर सुख कहाँसे मिल सकता है?

Ô Bhīmasena, à force de penser sans cesse à ce qui est advenu de Sahadeva, je ne parviens même pas à trouver le sommeil. Si le sommeil lui-même ne vient pas à moi, comment pourrait-il y avoir plaisir ou apaisement du cœur, ô Bhīmasena ?

Verse 34

न विन्दामि महाबाहो सहदेवस्य दुष्कृतम्‌ । यस्मिन्नेवंविध॑ दु:खं प्राप्तुयात्‌ सत्यविक्रम:

Vaiśampāyana dit : « Ô toi aux bras puissants, je ne vois en Sahadeva aucune faute qui puisse faire que ce héros, ferme dans la vérité, ait à subir une telle affliction. »

Verse 35

दूयामि भरतमश्रेष्ठ दृष्ट॒वा ते भ्रातरं प्रियम्‌ । गोषु गोवृषसंकाशं मत्स्येनाभिनिवेशितम्‌

Vaiśampāyana dit : « Ô le meilleur des Bharata, je souffre de voir ton frère bien-aimé—rayonnant et robuste comme un taureau noble au milieu des vaches—réduit par le roi des Matsya au service du bétail. Un tel renversement de condition m’attriste profondément. »

Verse 36

संरब्धं रक्तनेपथ्यं गोपालानां पुरोगमम्‌ । विराटमभिनन्दन्तमथ मे भवति ज्वर:

Vaiśampāyana dit : « Quand je vois Sahadeva—vêtu de rouge, fardé de rouge, l’allure farouche, marchant à la tête des bouviers—saluer et honorer Virāṭa, bien qu’il soit intérieurement troublé, alors une fièvre semble me saisir. Ce spectacle m’emplit d’un sombre pressentiment : sous la courtoisie apparente, le déguisement et l’hommage contraint cachent une tension dangereuse. »

Verse 37

सहदेवं हि मे वीर नित्यमार्या प्रशंसति । महाभिजनसम्पन्न: शीलवान्‌ वृत्तवानिति,वीर! आर्या कुन्ती मुझसे सहदेवकी सदा प्रशंसा किया करती थीं कि यह महान्‌ कुलमें उत्पन्न, शीलवान्‌ और सदाचारी है

Vaiśampāyana dit : « Ô héros, la noble Kuntī ne cessait de me louer Sahadeva, disant : “Il est né d’une grande lignée, doté d’un bon caractère, et ferme dans la conduite droite.” »

Verse 38

ह्वीनिषेवो मधुरवाग्धार्मिकश्न प्रियश्न मे । स ते<रण्येषु वोढव्यो याज्ञसेनि क्षपास्वपि

Vaiśampāyana dit : « Sahadeva est modeste dans sa conduite, doux dans sa parole et voué au dharma ; il m’est infiniment cher. C’est pourquoi, ô Yājñasenī, même durant les nuits dans la forêt, tu devras toi-même le guider et le soutenir, comme on mène quelqu’un par la main. »

Verse 39

सुकुमारश्न शूरश्न राजानं चाप्यनुव्रतः । ज्येष्ठापचायिनं वीरं स्वयं पाउ्चालि भोजये:

Vaiśaṃpāyana dit : «Il est délicat, et pourtant héroïque ; dévoué au roi (Yudhiṣṭhira) et fidèle à ses ordres ; un brave qui honore et sert son frère aîné. Ô Pāñcālī, c’est toi-même qui dois le nourrir.»

Verse 40

इत्युवाच हि मां कुन्ती रुदती पुत्रगृद्धिनी । प्रत्रजन्तं महारण्यं तं परिष्वज्य तिषछतती

Vaiśaṃpāyana dit : «Ainsi me parla Kuntī : elle pleurait, le cœur attaché à ses fils. L’ayant enlacé tandis qu’il partait vers la grande forêt, elle demeura là, debout, et parla.»

Verse 41

त॑ दृष्टवा व्यापृतं गोषु वत्सचर्मक्षपाशयम्‌ । सहदेवं युधां श्रेष्ठ कि नु जीवामि पाण्डव

Voyant Sahadeva —fils de Pāṇḍu, le premier parmi les guerriers— absorbé à garder les vaches et dormant la nuit sur des peaux de veau, elle se lamente : «À quoi bon continuer de vivre ?»

Verse 42

यस्त्रिभिननित्यसम्पन्नो रूपेणास्त्रेण मेधया । सो<श्चबन्धो विराटस्य पश्य कालस्य पर्ययम्‌ ४२ ।।

«Nakula, toujours pourvu de trois dons —beauté, maîtrise des armes et intelligence—, attache aujourd’hui les chevaux chez Virāṭa. Voyez comme le temps renverse les destinées !»

Verse 43

अभ्यकीर्यन्त वृन्दानि दामग्रन्थिमुदीक्ष्य तम्‌ । विनयन्तं जवेनाश्वान्‌ महाराजस्य पश्यत:

En le voyant, lui dont la seule vue dispersait les troupes ennemies, on le trouve désormais palefrenier : il défait et noue les rênes et, devant le grand roi, dresse les chevaux à courir avec vitesse.

Verse 44

अपश्यमेनं श्रीमन्तं मत्स्यं भ्राजिष्णुमुत्तमम्‌ । विराटमुपतिष्ठ न्तं दर्शयन्तं च वाजिन:

Vaiśampāyana dit : «Je l’ai vu—splendide et rayonnant, le plus éminent parmi les Matsya—se tenir au service du roi Virāṭa et lui montrer les chevaux de mille façons.»

Verse 45

कि नु मां मन्यसे पार्थ सुखिनीति परंतप । एवं दुःखशताविष्टा युधिष्ठिरनिमित्तत:

«Ô Pārtha, fléau des ennemis, crois-tu vraiment que je sois heureux ? À cause de Yudhiṣṭhira, je suis sans cesse assailli par des centaines de chagrins.»

Verse 46

अतः: प्रतिविशिष्टानि दुःखान्यन्यानि भारत । वर्तन्ते मयि कौन्तेय वक्ष्यामि शृणु तान्यपि

Vaiśampāyana dit : «Ainsi, ô Bhārata, d’autres peines—différentes et plus accablantes encore—demeurent en moi. Ô fils de Kuntī, je te les dirai aussi ; écoute.»

Verse 47

भारत! कुन्तीकुमार! इनसे भी भारी दूसरे दुःख मुझपर आ पड़े हैं, उनका भी वर्णन करती हूँ, सुनो ।।

«Alors même que vous—mes bien-aimés—êtes encore en vie, des peines multiples dessèchent mon propre corps. Quel chagrin pourrait être plus grand que celui-là ?»

Frequently Asked Questions

Whether immediate protective retaliation is justified when it risks exposing the Pandavas’ identities; Draupadī argues for restraint guided by kāla (right timing) despite acute injustice and personal danger.

Human effort should be intelligent and persistent, yet coordinated with circumstance: victory and defeat are impermanent, and ethical action often requires patience, accurate situational reading, and commitment to a larger dharmic objective.

No explicit phalaśruti appears here; the meta-function is narrative-ethical—Vaiśaṃpāyana’s brief interjection (showing her injured hands) anchors the discourse in embodied evidence, reinforcing the chapter’s role as testimony that motivates later action.

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