
Svāyambhuva Lineage to Dakṣa; Pṛthu’s Devotion; Pāśupata Saṃnyāsa; Dakṣa–Satī Episode
À la suite du chapitre précédent, Sūta poursuit la lignée créatrice de Svāyambhuva-Manu : Uttānapāda engendre Dhruva, et les descendants aboutissent au roi Pṛthu (Vainya), célèbre pour avoir « trait » la Terre au profit de tous les êtres. Le narrateur affirme aussi son origine purāṇique — Hari se manifestant comme le Sūta paurāṇika —, légitimant ainsi la récitation des Purāṇa comme vocation conforme au dharma. Le récit passe ensuite de la royauté au renoncement : un descendant royal (Śikhaṇḍana/Suśīla) s’oriente vers le saṃnyāsa, atteint les lieux sacrés de l’Himalaya (Mandākinī, Dharmapada), adore Śiva par des hymnes nés du Veda, et reçoit de Śvetāśvatara, maître pāśupata, l’initiation au saṃnyāsa-vidhi et au mantra menant à la délivrance. La narration revient à la descendance (Havirdhāna → Prācīnabarhiṣ → les dix Pracetas → Dakṣa) et s’achève sur le conflit de Dakṣa avec Rudra, l’auto-immolation de Satī, l’union de Pārvatī avec Śiva et la malédiction de Rudra — reliant cosmologie généalogique et réconciliation des voies dans la synthèse du Purāṇa (unité śaiva–vaiṣṇava). Cela prépare la suite de l’histoire manvantarique et les conséquences de la bhakti, de l’offense et de l’austérité.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे द्वादशो ऽध्यायः सूत उवाच प्रियव्रतोत्तानपादौ मनोः स्वायंभुवस्य तु / धर्मज्ञौ सुमहावीर्यौ शतरूपा व्यजीजनत्
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Ṣaṭsāhasrī Saṃhitā, dans le Pūrvabhāga, s’achève le douzième chapitre. Sūta dit : De Svāyambhuva Manu, Śatarūpā enfanta Priyavrata et Uttānapāda—tous deux connaisseurs du dharma et doués d’une grande vaillance.
Verse 2
ततस्तूत्तानपादस्य ध्रुवो नाम सुतो ऽभवत् / भक्तो नारायणे देवे प्राप्तवान् स्थानमुत्तमम्
Alors, à Uttānapāda naquit un fils nommé Dhruva. Par sa bhakti envers le Seigneur Nārāyaṇa, il atteignit la demeure la plus haute.
Verse 3
ध्रुवात् श्लिष्टिञ्च भव्यं च भार्या शम्भुर्व्यजायत / श्लिष्टेराधत्त सुच्छाया पञ्च पुत्रानकल्पषान्
De Dhruva, son épouse Śambhu enfanta Śliṣṭi et Bhavya. Et de Śliṣṭi, Succhāyā conçut cinq fils, tous purs et sans tache dans leur conduite.
Verse 4
वसिष्ठवचनाद् देवी तपस्तप्त्वा सुदुश्चरम् / आराध्य पुरुषं विष्णुं शालग्रामे जनार्दनम्
Sur l’injonction de Vasiṣṭha, la Déesse accomplit des austérités extrêmement difficiles; puis, adorant Viṣṇu—le Purusha suprême—comme Janārdana à Śālagrāma, elle l’apaisa.
Verse 5
रिपुं रिपुञ्जयं विप्रं वृकलं वृषतेजसम् / नारायणपरान् शुद्धान् स्वधर्मपरिपालकान्
Il est le vainqueur des ennemis; un brahmane-ṛṣi qui terrasse des cohortes adverses; farouche comme le loup et rayonnant d’une vigueur de taureau. Pourtant, au-dedans il demeure pur: voué à Nārāyaṇa et ferme à protéger son propre dharma.
Verse 6
रिपोराधत्त बृहती चक्षुषं सर्वतेजसम् / सो ऽजीजनत् पुष्करिण्यां वैरण्यां चाक्षुषं मनुम् / प्रजापतेरात्मजायां वीरणस्य महात्मनः
De Ripu, Bṛhatī enfanta Cākṣuṣa, doté d’une splendeur universelle. Puis il engendra Cākṣuṣa Manu de Puṣkariṇī, la noble Vairaṇyā, fille de Prajāpati, née du grand d’âme Vīraṇa.
Verse 7
मनोरजायन्त दश नड्वलायां महौजसः / कन्यायां सुमहावीर्या वैराजस्य प्रजापतेः
De Naḍvalā naquirent dix fils, hommes d’un éclat majestueux. Et de la fille de Vairāja Prajāpati naquit une descendance douée d’une vaillance puissante.
Verse 8
ऊरुः पूरुः शतद्युम्नस्तपस्वी सत्यवाक् शुचिः / अग्निष्टुदतिरात्रश्च सुद्युम्नश्चाभिमन्युकः
Ūru, Pūru, Śatadyumna—ascète, véridique en sa parole et pur—Agniṣṭut, Atirātra et Sudyumna, avec Abhimanyu : tels sont les noms énumérés dans cette lignée.
Verse 9
ऊरोरजनयत् पुत्रान् षडाग्नेयी महाबलान् / अङ्गं सुमनसं स्वातिं क्रतुमङ्गिरसं शिवम्
De sa cuisse, Agneyī—l’épouse rattachée à Agni—enfanta six fils d’une grande puissance : Aṅga, Sumanas, Svāti, Kratu, Aṅgirasa et Śiva.
Verse 10
अङ्गाद् वेनो ऽभवत् पश्चाद् बैन्यो वेनादजायत / यो ऽसौ पृथुरिति ख्यातः प्रजापालो महाबलः
D’Aṅga naquit ensuite Vena ; et de Vena naquit Bainya, connu sous le nom de Pṛthu, puissant protecteur et souverain des peuples.
Verse 11
येन दुग्धा मही पूर्वं प्राजानां हितकारणात् / नियोगाद् ब्रह्मणः सार्धं देवेन्द्रेण महौजसा
Par lui, jadis, la Terre fut « traitée » pour le bien des créatures—sur l’ordre de Brahmā—avec Indra, puissant et rayonnant, seigneur des dieux.
Verse 12
वेनपुत्रस्य वितते पुरा पैतामहे मखे / सूतः पौराणिको जज्ञे मायारूपः स्वयं हरिः
Autrefois, lorsque le fils de Vena accomplissait le sacrifice Paitāmaha, Hari Lui-même—revêtant une forme façonnée par Sa māyā—naquit comme le Sūta Paurāṇika, le récitant de la sagesse des Purāṇa.
Verse 13
प्रवक्ता सर्वशास्त्राणां धर्मज्ञो गुणवत्सलः / तं मां नित्त मुनिश्रेष्ठाः पूर्वोद्भूतं सनातनम्
Je suis l’exégète de tous les śāstra, le connaisseur du Dharma et Celui qui chérit la vertu. Sachez-Moi toujours, ô meilleurs des sages, comme l’Être primordial et éternel, antérieur à toute manifestation.
Verse 14
अस्मिन् मन्वन्तरे व्यासः कृष्णद्वैपायनः स्वयम् / श्रावयामास मां प्रीत्या पुराणं पुरुषो हरिः
En ce Manvantara, Vyāsa—Kṛṣṇa-Dvaipāyana lui-même—m’a fait entendre avec amour ce Purāṇa ; car Hari est le Purusha suprême.
Verse 15
मदन्वये तु ये सूताः संभूता वेदवर्जिताः / तेषां पुराणवक्तृत्वं वृत्तिरासीदजाज्ञया
Mais les Sūta nés de ma lignée, exclus de l’étude védique—par l’ordre de Brahmā (Ajā)—eurent pour subsistance la récitation et l’enseignement des Purāṇa.
Verse 16
स तु वैन्यः पृथुर्धोमान् सत्यसंधो जितेन्द्रियः / सार्वभौमो महातेजाः स्वधर्मपरिपालकः
Ce Vainya—Prithu—fut vaste en renommée et en splendeur, ferme dans la vérité et maître de ses sens ; souverain universel au grand éclat, il maintint et protégea son propre dharma.
Verse 17
तस्य बाल्यात् प्रभृत्येव भक्तिर्नारायणे ऽभवत् / गोवर्धनगिरिं प्राप्य तपस्तेपे जितेन्द्रियः
Dès l’enfance, il porta une bhakti inébranlable envers Nārāyaṇa. Parvenu au mont Govardhana, le maître de lui-même accomplit des austérités, après avoir dompté ses sens.
Verse 18
तपसा भगवान् प्रीतः शङ्खचक्रगदाधरः / आगत्य देवो राजानं प्राह दामोदरः स्वयम्
Satisfait des austérités du roi, le Bhagavān—porteur de la conque, du disque et de la massue—vint en personne; et le divin Dāmodara lui-même s’adressa au roi.
Verse 19
ध्रमिकौ रूपसंपन्नौ सर्वशस्त्रभृतां वरौ / मत्प्रसादादसंदिग्धं पुत्रौ तव भविष्यतः / एकमुक्त्वा हृषीकेशः स्वकीयां प्रकृतिं गतः
«Par Ma grâce, tu auras assurément deux fils : justes de conduite, beaux de forme, et les plus éminents parmi tous les porteurs d’armes.» Ayant parlé ainsi, Hṛṣīkeśa retourna à Sa propre nature et demeure divines.
Verse 20
वैन्यो ऽपि वेदविधिना निश्चलां भक्तिमुद्वहन् / अपालयत् स्वकं राज्यं न्यायेन मधुसूदने
Même le roi Vainya, portant une bhakti immuable selon les prescriptions védiques, protégea son royaume avec justice, ô Madhusūdana (vainqueur de Madhu).
Verse 21
अचिरादेव तन्वङ्गो भार्या तस्य सुचिस्मिता / खिखण्डनं हविर्धानमन्तर्धाना व्यजायत
Peu après, Sucismitā, l’épouse de Tanvaṅga au sourire pur et gracieux, enfanta Khikhaṇḍana et Havirdhāna, ainsi qu’une fille nommée Antardhānā.
Verse 22
शिखण्डनो ऽभवत् पुत्रः सुशील इति विश्रुतः / धार्मिको रूपसंपन्नो वेदवेदाङ्गपारगः
Il eut un fils nommé Śikhaṇḍana, renommé sous le nom de « Suśīla » (au noble maintien). Il était juste, beau de forme, et parfaitement accompli dans les Veda et leurs sciences auxiliaires (Vedāṅga).
Verse 23
सो ऽधीत्य विधिवद् वेदान् धर्मेण तपसि स्थितः / मतिं चक्रे भाग्ययोगात् संन्यां प्रति धर्मवित्
Après avoir étudié les Veda selon la règle, demeurant établi dans le dharma et la discipline ascétique, ce connaisseur de la justice—par la conjonction d’une heureuse destinée—tourna son esprit vers le saṃnyāsa, la renonciation.
Verse 24
स कृत्वा तीर्थसंसेवां स्वाध्याये तपसि स्थितः / जगाम हिमवत्पृष्ठं कदाचित् सिद्धसेवितम्
Après avoir dûment fréquenté et servi les tīrtha, les gués sacrés, demeurant ferme dans le svādhyāya et l’austérité, il se rendit un jour sur les hauteurs de l’Himavat, contrée visitée et honorée par les siddha, les sages accomplis.
Verse 25
तत्र धर्मपदं नाम धर्मसिद्धिप्रदं वनम् / अपश्यद् योगिनां गम्यमगम्यं ब्रह्मविद्विषाम्
Là, il aperçut une forêt nommée Dharmapada, qui confère l’accomplissement du Dharma : accessible aux yogin, mais inaccessible à ceux qui sont hostiles aux connaisseurs de Brahman.
Verse 26
तत्र मन्दाकिनी नाम सुपुण्या विमला नदी / पद्मोत्पलवनोपेता सिद्धाश्रमविभूषिता
Là coule la rivière nommée Mandākinī, très méritoire et d’une pureté limpide, ornée de bosquets de lotus et de nénuphars, et embellie par les āśrama des siddha, les sages accomplis.
Verse 27
स तस्या दक्षिणे तीरे मुनीन्द्रैर्योगिभिर्वृतम् / सुपुण्यमाश्रमं रम्यमपश्यत् प्रीतिसंयुतः
Alors, sur la rive méridionale de ce fleuve, le cœur empli de joie, il aperçut un āśrama beau et souverainement sacré, entouré de sages éminents et de yogins.
Verse 28
मन्दाकिनीजले स्त्रात्वा संतर्प्य पितृदेवताः / अर्चयित्वा महादेवं पुष्पैः पद्मोत्पलादिभिः
Après s’être baigné dans les eaux de la Mandākinī et avoir offert les libations (tarpana) aux Pitṛs et aux divinités tutélaires, qu’on adore ensuite Mahādeva avec des fleurs telles que le lotus, le lotus bleu (utpala) et autres.
Verse 29
ध्यात्वार्कंसंस्थमीशानं शिरस्याधाय चाञ्जलिम् / संप्रेक्षमाणो भास्वन्तं तुष्टाव परमेश्वरम्
Après avoir médité sur Īśāna, le Seigneur demeurant dans le soleil, et posé ses paumes jointes sur sa tête en signe de révérence, il fixa le Resplendissant et loua le Seigneur suprême, Parameśvara.
Verse 30
रुद्राध्यायेन गिरिशं रुद्रस्य चरितेन च / अन्यैश्च विविधैः स्तोत्रैः शांभवैर्वेदसंभवैः
Il vénéra Girīśa (Śiva) en récitant le Rudrādhyāya, en racontant les hauts faits de Rudra, et par bien d’autres hymnes variés — des louanges śaiva issues des Veda.
Verse 31
अथास्मिन्नन्तरे ऽपश्यत् तमायान्तं महामुनिम् / श्वेताश्वतरनामानं महापाशुपतोत्तमम्
Alors, dans cet intervalle, il vit s’avancer un grand sage, nommé Śvetāśvatara, le plus éminent parmi les nobles adeptes de la voie Pāśupata (dévots de Śiva).
Verse 32
भस्मसंदिग्धसवाङ्गं कौपीनाच्छादनान्वितम् / तपसा कर्षितात्मानं शुक्लयज्ञोपवीतिनम्
Tout son corps était enduit de cendre sacrée; il n’était vêtu que d’un pagne; son être, affiné et amaigri par l’austérité; et il portait le fil sacré, blanc et pur (yajñopavīta).
Verse 33
समाप्य संस्तवं शंभोरानन्दास्त्राविलेक्षणः / ववन्दे शिरसा पादौ प्राञ्जलिर्वाक्यमब्रवीत्
Ayant achevé son hymne de louange à Śambhu, les yeux brouillés de larmes de béatitude, il se prosterna et posa sa tête aux pieds du Seigneur; puis, les mains jointes, il prononça ces paroles.
Verse 34
धन्यो ऽस्म्यनुगृहीतो ऽस्मि यन्मे साक्षान्मुनीश्वरः / योगीश्वरो ऽद्य भगवान् दृष्टो योगविदां वरः
Je suis béni; oui, j’ai reçu la grâce—car aujourd’hui j’ai contemplé de mes propres yeux le Seigneur vénérable des sages, le Bienheureux Seigneur des yogins, le plus éminent de tous les connaisseurs du Yoga.
Verse 35
अहो मे सुमहद्भाग्यं तपांसि सफलानि मे / किं करिष्यामि शिष्यो ऽहं तव मां पालयानघ
Ah, quelle immense fortune est la mienne—mes austérités ont vraiment porté fruit. Que dois-je faire à présent ? Je suis ton disciple; protège-moi, ô Toi sans faute, sans péché.
Verse 36
सो ऽनुगृह्याथ राजानं सुशीलं शीलसंयुतम् / शिष्यत्वे परिजग्राह तपसा क्षीणकल्पषम्
Alors, lui accordant sa grâce, il accepta comme disciple le roi, doux et doté d’une conduite noble, car ses fautes avaient été usées par l’austérité.
Verse 37
सांन्यासिकं विधिं कृत्स्नं कारयित्वा विचक्षणः / ददौ तदैश्वरं ज्ञानं स्वशाखाविहितं व्रतम्
Après avoir fait accomplir en totalité, selon la règle, la discipline du saṃnyāsa, le sage transmit alors l’aiśvara-jñāna, la connaissance du Seigneur, ainsi que le vœu (vrata) prescrit par sa propre śākhā védique.
Verse 38
अशेषवेदसारं तत् पशुपाशविमोचनम् / अन्त्याश्रममिति ख्यातं ब्रह्मादिभिरनुष्ठितम्
Cette discipline est l’essence de tous les Veda ; elle délivre l’âme liée de ses entraves. Elle est renommée comme l’āśrama ultime, et fut pratiquée même par Brahmā et les autres êtres divins.
Verse 39
उवाच शिष्यान् संप्रेक्ष्य ये तदाश्रमवासिनः / ब्राह्मणान् क्षत्रियान् वैश्यान् ब्रह्मचर्यपरायणान्
Portant son regard sur les disciples qui demeuraient dans cet āśrama—brāhmaṇa, kṣatriya et vaiśya, voués au vœu de brahmacarya—il s’adressa à eux.
Verse 40
मया प्रवर्तितां शाखामधीत्यैवेह योगिनः / समासते महादेवं ध्यायन्तो निष्कलं शिवम्
Ayant étudié ici la śākhā sacrée que j’ai mise en mouvement, les yogins demeurent en contemplation, vénérant Mahādeva et méditant Śiva comme le Niṣkala, l’Absolu sans parts et sans attributs.
Verse 41
इह देवो महादेवो रममाणः सहोमया / अध्यास्ते भगवानीशो भक्तानामनुकम्पया
Ici demeure Mahādeva, se réjouissant avec Umā ; le Seigneur bienheureux, Īśa, réside en ce lieu par compassion pour Ses dévots.
Verse 42
इहाशेषजगद्धाता पुरा नारायणः स्वयम् / आराधयन्महादेवं लोकानां हितकाम्यया
Ici même, dans les temps anciens, Nārāyaṇa en personne—soutien de l’univers tout entier—adora Mahādeva, désirant le bien et la prospérité de tous les mondes.
Verse 43
इहैव देवमीशानं देवानामपि दैवतम् / आराध्य महतीं सिद्धिं लेभिरे देवदानवाः
Ici même, les dieux et les Dānavas obtinrent une grande siddhi en adorant Īśāna—le Seigneur, la Divinité même des dieux.
Verse 44
इहैव मुनयः पूर्वं मरीच्याद्या महेश्वरम् / दृष्ट्वा तपोबलाज्ज्ञानं लेभिरे सार्वकालिकम्
Ici même, jadis, les sages—Marīci et les autres—ayant contemplé Maheśvara, obtinrent, par la puissance de l’austérité, une connaissance hors du temps.
Verse 45
तस्मात् त्वमपि राजेन्द्र तपोयोगसमन्वितः / तिष्ठ नित्यं मया सार्धं ततः सिद्धिमवाप्स्यसि
Ainsi donc, ô meilleur des rois, pourvu d’austérité et de discipline du yoga, demeure sans cesse uni à moi ; alors tu atteindras la perfection spirituelle (siddhi).
Verse 46
एवमाभाष्य विप्रेन्द्रो देवं ध्यात्वा पिनाकिनम् / आचचक्षे महामन्त्रं यथावत् स्वार्थसिद्धये
Ayant ainsi parlé, le plus éminent des brāhmaṇas, après avoir médité sur Pinākin (Śiva, porteur de l’arc Pināka), transmit comme il se doit le grand mantra, pour l’accomplissement de son dessein.
Verse 47
सर्वपापोपशमनं वेदसारं विमुक्तिदम् / अग्निरित्यादिकं पुण्यमृषिभिः संप्रवर्तितम्
La récitation sacrée commençant par « Agni… », instaurée par les ṛṣi, est un rite saint qui apaise tous les péchés, renferme l’essence du Veda et accorde la délivrance (mokṣa).
Verse 48
सो ऽपि तद्वचनाद् राजा सुशीलः श्रद्धयान्वितः / साक्षात् पाशुपतो भूत्वा वेदाभ्यासरतो ऽभवत्
Ayant entendu ces paroles, le roi vertueux, empli de foi, devint en vérité un adepte de Pāśupati (Śiva) et, dès lors, se voua à l’étude et à la pratique disciplinée des Veda.
Verse 49
भस्मोद्धूलितसर्वाङ्गः कन्दमूलफलाशनः / शान्तो दान्तो जितक्रोधः संन्यासविधिमाश्रितः
Le corps tout entier poudré de bhasma, se nourrissant de bulbes, de racines et de fruits, paisible, maître de lui et vainqueur de la colère, il s’établit dans la discipline prescrite du saṃnyāsa (renoncement).
Verse 50
हविर्धानस्तथाग्नेय्यां जनयामास सत्सुतम् / प्राचीनबर्हिषं नाम्ना धनुर्वेदस्य पारगम्
Havirdhāna, de même, engendra d’Agneyī un noble fils nommé Prācīnabarhiṣ, parfaitement accompli dans le Dhanurveda, la science de l’arc.
Verse 51
प्राचीनबर्हिर्भागवान् सर्वशस्त्रभृतां वरः / समुद्रतनयायां वै दश पुत्रानजीजनत्
L’illustre Prācīnabarhiṣ, le meilleur parmi ceux qui portent toutes sortes d’armes, engendra dix fils de la fille de l’Océan.
Verse 52
प्रचेतसस्ते विख्याता राजानः प्रथितैजसः / अधीतवन्तः स्वं वेदं नारायणपरायणाः
Ces Pracetas étaient des rois illustres, célébrés pour leur éclat. Ayant étudié avec justesse leur propre tradition védique, ils se vouèrent entièrement, prenant Nārāyaṇa pour refuge et but suprême.
Verse 53
दशभ्यस्तु प्रचेतोभ्यो मारिषायां प्रजापतिः / दक्षो जज्ञे महाभागो यः पूर्वं ब्रह्मणः सुतः
Des dix Pracetas, par Māriṣā, naquit le Prajāpati Dakṣa, le très fortuné, qui jadis avait été un fils de Brahmā.
Verse 54
स तु दक्षो महेशेन रुद्रेण सह धीमता / कृत्वा विवादं रुद्रेण शप्तः प्राचेतसो ऽभवत्
Mais Dakṣa, étant entré en querelle avec le sage Mahādeva—Rudra—fut maudit par Rudra, et dès lors devint (connu comme) Prācetasa.
Verse 55
समायान्तं महादेवो दक्षं देव्या गृहं हरः / दृष्ट्वा यथोचितां पूजां दक्षाय प्रददौ स्वयम्
Lorsque Dakṣa arriva à la demeure de la Déesse, Mahādeva—Hara lui-même—voyant les honneurs offerts comme il se doit, rendit personnellement à Dakṣa la révérence convenable.
Verse 56
तदा वै तमसाविष्टः सो ऽदिकां ब्रह्मणः सुतः / पूजामनर्हामन्विच्छन् जगाम कुपितो गृहम्
Alors, envahi par tamas—l’obscurité de l’illusion—ce fils de Brahmā, recherchant un culte qui ne lui était pas dû, s’en retourna chez lui, courroucé.
Verse 57
कदाचित् स्वगृहं प्राप्तां सतीं दक्षः सुदुर्मनाः / भर्त्रा सह विनिन्द्यैनां भर्त्सयामसा वै रुषा
Un jour, lorsque Satī parvint à la demeure paternelle, Dakṣa—le cœur accablé—l’insulta avec son époux et, dans sa colère, la réprimanda durement.
Verse 58
अन्ये जामातरः श्रेष्ठा भर्तुस्तव पिनाकिनः / त्वमप्यसत्सुतास्माकं गृहाद् गच्छ यथागतम्
«Il est d’autres gendres plus dignes; et ton époux est Pinākin (Śiva) lui-même. Toi aussi, fille qui nous couvre de honte, quitte notre maison et retourne par le chemin d’où tu es venue.»
Verse 59
तस्य तद्वाक्यमाकर्ण्य सा देवी शङ्करप्रिया / विनिन्द्य पितरं दक्षं ददाहात्मानमात्मना
Entendant ces paroles, la Déesse—bien-aimée de Śaṅkara—réprimanda son père Dakṣa et, par sa propre puissance intérieure, embrasa son propre corps.
Verse 60
प्रणम्य पशुभर्तारं भर्तारं कृत्तिवाससम् / हिमवद्दुहिता साभूत् तपसा तस्य तोषिता
Après s’être prosternée devant Paśupati, Seigneur des êtres—Śiva, le Maître vêtu de peau—la fille de Himavat (Pārvatī) devint son épouse, l’ayant satisfait par l’austérité (tapas).
Verse 61
ज्ञात्वा तद्भागवान् रुद्रः प्रपन्नार्तिहरो हरः / शशाप दक्षं कुपितः समागत्याथ तद्गृहम्
L’ayant su, le bienheureux Rudra—Hara, qui ôte la détresse de ceux qui se réfugient—vint, courroucé, à la maison de Dakṣa et maudit Dakṣa.
Verse 62
त्यक्त्वा देहमिमं ब्रह्मन् क्षत्रियाणां कुलोद्भवः / स्वस्यां सुतायां मूढात्मा पुत्रमुत्पादयिष्यसि
Ô brahmane, après avoir quitté ce corps, bien que né d’une noble lignée de kṣatriya, toi—l’esprit égaré—tu engendreras un fils de ta propre fille.
Verse 63
एवमुक्त्वा महादेवो ययौ कालासपर्वतम् / स्वायंभुवो ऽपि कालेन दक्षः प्राचेतसो ऽभवत्
Après avoir ainsi parlé, Mahādeva (Śiva) se rendit au mont Kālāsa. Et, avec le cours du temps, Dakṣa—bien que né comme Svāyambhuva—se manifesta de nouveau en tant que Prācetasa.
Verse 64
एतद् वः कथितं सर्वं मनोः स्वायंभुवस्य तु / विसर्गं दक्षपर्यन्तं शृण्वतां पापनाशनम्
Ainsi vous ai-je exposé en entier l’émanation de la création liée à Svāyambhuva Manu, la lignée jusqu’à Dakṣa ; pour ceux qui l’écoutent, elle devient destructrice des péchés.
It models rājarṣi kingship as a cosmic service: the king, under Brahmā’s mandate and with deva-support, draws prosperity from Earth for all beings—an emblem of dharma-protection and ordered creation rather than mere conquest.
The chapter presents Śiva-worship (Rudrādhyāya, ash-bearing asceticism, mantra, saṃnyāsa) as a valid liberating discipline while repeatedly affirming Nārāyaṇa as the supreme goal/refuge for devotees, expressing Kurma Purana’s samanvaya framework.
He appears as a foremost Pāśupata sage who accepts the king as disciple, performs the saṃnyāsa-vidhi, and transmits aiśvara-jñāna and a great mantra—linking Vedic authority with Śaiva yogic liberation.