
Mahālakṣmī’s Forms, Brahmā’s Fourfold Origin, Vāyu’s Names and Soteriology, and Bhāratī’s Manifestations
Kṛṣṇa ouvre en définissant Mahālakṣmī comme inséparable de Hari, puis énumère ses manifestations fonctionnelles dans la création cosmique et les descentes divines, reliant Śrī/Māyā/Prakṛti à des parèdres et déesses précises (Śrī, Durgā/Kanyā, Bhūdevī, Annapūrṇā, Dakṣiṇā, Sītā, Rukmiṇī, Satyabhāmā). L’exposé se tourne ensuite vers l’émergence de Brahmā sous plusieurs registres—Viriñca/Viriñci/Vidhi/Caturmukha—ancrés dans le schéma des Vyūha (Vāsudeva, Saṅkarṣaṇa, Pradyumna, Aniruddha) et les images de l’œuf cosmique et du lotus. Kṛṣṇa détaille alors les nombreux noms de Vāyu comme puissances intérieures (Pradhāna, Sūtra, Dhṛti, Smṛti, Mukti/Mukta, Citta, Bala, Sukha), présentant Vāyu comme l’agent demeurant dans le cœur, source de mémoire, de stabilité et de délivrance. Une section éthique et épistémique critique le yoga « tordu » (vakra) et le culte mû par le désir, affirmant que la bhakti kāmya procure des fruits mondains mais entrave le mokṣa; la vraie prajñā/vijñāna naît de l’éveil par le guru et du détachement (virāga). Le chapitre s’achève en situant Bhāratī/Vāṇī/Sarasvatī comme parole triple et comme épouse de Vāyu à travers les naissances (liens avec Hanumān/Bhīma et Draupadī), préparant la suite sur la taxinomie des fonctions divines, des incarnations et de la discipline dévotionnelle orientée vers la libération.
Verse 1
नाम पञ्चदशो ऽध्यायः श्रीकृष्ण उवाच / महालक्ष्म्याः स्वरूपं च अवतारान्खगेश्वर / शृणु सम्यङ् महाभाग तज्ज्ञानस्य विनिर्णयम्
Śrī Kṛṣṇa dit : Ô seigneur des oiseaux (Garuda), ô toi le très fortuné, écoute avec une attention parfaite cet enseignement décisif : je décrirai la forme véritable de Mahālakṣmī et ses incarnations.
Verse 2
ईशादन्यस्य जगतो ह्यात्मो लोचन एव तु / विषयीकुरुते तत्स्याज्ज्ञानं लक्ष्म्याः प्रकीर्तितम्
Pour le monde autre que le Seigneur, le Soi n’est qu’un témoin—tel un œil ; lorsqu’il prend les objets pour son affaire et s’y identifie, cela est proclamé comme la « connaissance de Lakṣmī ».
Verse 3
नित्यावियोगिनी देवी हरिपादैकसंश्रया / नित्यमुक्ता नित्यबुद्धा महालक्ष्मीः प्रकीर्तिता
La Déesse, à jamais inséparable (du Seigneur) et ne prenant refuge qu’aux pieds de Hari, est célébrée comme Mahālakṣmī—éternellement libre et éternellement éveillée en sagesse.
Verse 4
मूलस्य च हरेर्भार्या लक्ष्मीः संप्रकीर्तिता / पुंसो हिभार्या प्रकृतिः प्रकृतेश्चा भिमानिनी
Lakṣmī est proclamée l’épouse de Hari, la racine (source) de tout. En vérité, pour le Puruṣa suprême, Prakṛti est appelée « épouse » ; et elle est l’abhimāninī, le principe qui préside l’auto-identification de Prakṛti elle-même.
Verse 5
सृष्टिं कर्तुं गुणान्वीन्द्र पुरुषेण सह प्रभो / तमः पानं तथा कर्तुं प्रकृत्याख्या तदाभवत्
Ô Seigneur, afin d’accomplir la création avec Puruṣa—pourvu des guṇa—advint alors ce que l’on nomme Prakṛti ; et cela aussi dans le but d’absorber (d’accueillir) le tamas.
Verse 6
वासुदेवस्य भार्या तु माया नाम्नी प्रकीर्तिता / संकर्षणस्य भार्या तु जयेति परिकीर्तिता
L’épouse de Vāsudeva est proclamée sous le nom de Māyā ; et l’épouse de Saṅkarṣaṇa est pareillement célébrée comme Jaya.
Verse 7
अनिरुद्धस्य भार्या तु शान्ता नाम्नीति कीर्तिता / कृतिः प्रद्युम्नभार्यापिं सृष्टिं कर्तुं बभूवह
L’épouse d’Aniruddha est célébrée sous le nom de Śāntā ; et Kṛti, l’épouse de Pradyumna, advint elle aussi afin d’accomplir l’œuvre de la création.
Verse 8
विष्णुपत्नी कीर्तिता च श्रीदेवी सत्त्वमानिनी / तमोभिमानिनी दुर्गा कन्यकेति प्रकीर्तिता
Elle est louée comme l’épouse de Viṣṇu—Śrī Devī, qui s’identifie au sattva ; et, comme Durgā, qui s’identifie au tamas, elle est aussi célébrée comme la Vierge (Kanyā).
Verse 9
कृष्णावतारे कन्येव नन्दपुत्रानुजा हि सा / रजोभिमानिभूदेवी भार्या सा सूकरस्य च
Dans l’avatāra de Kṛṣṇa, elle naquit comme une jeune fille—vraiment comme la sœur cadette du fils de Nanda. Cette même Bhūdevī, identifiée au rajas, devint aussi l’épouse du Sanglier divin, Varāha.
Verse 10
वेदाभिमानिनी वीन्द्र अन्नपूर्णा प्रकीर्तिता / नारायणस्य भार्या तु लक्ष्मीरूपा त्वजा स्मृता
Ô Indra, elle est célébrée comme Annapūrṇā, la déesse qui préside aux Veda ; et par toi elle est rappelée à la mémoire sous la forme de Lakṣmī, l’épouse de Nārāyaṇa.
Verse 11
यज्ञाख्यस्य हरेर्भार्या दक्षिणा संप्रकीर्तिता
Dakṣiṇā (l’offrande, le don du sacrifice) est célébrée comme l’épouse de Hari, appelé Yajña, le Seigneur incarné en sacrifice.
Verse 12
जयन्ती वृषभस्यैव पत्नी संपरिकीर्तिता / विदेहपुत्री सीता तु रामभार्या प्रकीर्तिता
Jayantī est bien connue comme l’épouse de Vṛṣabha. Et Sītā, fille de Videha, est renommée comme l’épouse de Rāma.
Verse 13
रुक्मिणीसत्यभामा च भार्ये कृष्णस्य कीर्तिते / इत्यादिका ह्यनन्ताश्चाप्यावताराः पृथग्विधाः
Rukmiṇī et Satyabhāmā sont proclamées épouses de Kṛṣṇa. Ainsi, il existe en vérité d’innombrables incarnations, se manifestant en des formes diverses et distinctes.
Verse 14
रमायाः संति विप्रेन्द्र भेदहीनाः परस्परम् / अनन्तानन्तगुणकाद्विष्णोर्न्यूनाः प्रकीर्तिताः
Ô le meilleur des brahmanes, ceux qui appartiennent à Ramā (Śrī) sont sans différence les uns des autres ; pourtant, on les dit inférieurs à Viṣṇu, dont les qualités sont infinies et sans fin.
Verse 15
वक्ष्ये च ब्रह्मणो रूपं शृणु पक्षीन्द्रसत्तम
Je décrirai la forme de Brahmā ; écoute, ô le plus noble des rois parmi les oiseaux.
Verse 16
वासुदेवात्समुत्पन्नो मायायां च खगेश्वर / स एव पुरुषोनाम विरिञ्च इति कीर्तितः
Ô seigneur des oiseaux ! Né de Vāsudeva au sein de la Māyā, ce même Puruṣa cosmique est célébré sous le nom de ‘Viriñca’ — Brahmā.
Verse 17
अनिरुद्धात्तु शान्तायां महत्तत्त्वतनुस्त्वभूत् / तदा महान्विरिञ्चेति संज्ञामाप खगेश्वर
Ô seigneur des oiseaux ! D’Aniruddha, dans l’état primordial de quiétude, surgit le corps constitué du Mahat-tattva. Alors ce Grand Principe prit le nom de ‘Viriñci’ (Brahmā).
Verse 18
रजसात्र समुत्पन्नो मायायां वासुदेवतः / विधिसंज्ञो विरिञ्चः स ज्ञातव्यः पक्षिसत्तम
Ô le plus excellent des oiseaux ! De Vāsudeva, au sein de la Māyā, par le principe du rajas, surgit le Créateur ; il est Viriñca, connu aussi sous le nom de ‘Vidhi’. Sache-le ainsi.
Verse 19
ब्रह्माण्डान्तः पद्मनाभो यो जातः कमलासनः / स चर्तुमुखसंज्ञां चाप्यवाप खगसत्तम
Ô le meilleur des oiseaux ! À l’intérieur de l’œuf cosmique, de Padmanābha naquit Celui qui siège sur le lotus ; et il reçut aussi le nom de ‘Caturmukha’ (aux quatre visages).
Verse 20
एवं चत्वारिरूपाणि ब्रह्मणः कीर्तितानि च / वायोर्नामानि वक्ष्येहं शृणु पक्षीन्द्रसत्तम
Ainsi ont été décrites les quatre formes de Brahmā. À présent, je vais énoncer les noms de Vāyu — écoute, ô le plus noble des rois parmi les oiseaux (Garuda).
Verse 21
संकर्षणाच्च गरुड जयायां यो वभूव ह / स वायुः प्रथमो ज्ञेयो प्रधान इति कीर्तितः
Ô Garuḍa, de Saṅkarṣaṇa surgit celui qui se manifesta au temps de la victoire ; qu’on le reconnaisse comme le premier Vāyu, et qu’on le célèbre comme Pradhāna, le principe premier.
Verse 22
लोकचेष्टाप्रदत्वात्स सूत्रनाम्नापि कीर्तितः / बदरीस्थस्य विष्णोश्च धैर्येण स्तवनाय सः
Parce qu’il confère au monde la juste conduite, il est aussi célébré sous le nom de « Sūtra » ; et c’est avec constance qu’il convient de le louer comme Viṣṇu demeurant à Badarī.
Verse 23
धृतिरूपं ययौ वायुस्तस्माद्धृतिरिति स्मृतः / योग्यानां हरिभक्तानां धृतिरूपेण संस्थितः
Vāyu prit la forme de la constance ; c’est pourquoi on se souvient de lui comme « Dhṛti ». Établi dans cette même fermeté, il demeure au cœur des yogins et des dévots de Hari.
Verse 24
यतो हृदि स्थितो वायुस्ततो वै धृतिसंज्ञकः / सर्वेषां च दृदि स्थित्वा स्मरते सर्वदा हरिम्
Parce que le souffle vital (vāyu) demeure dans le cœur, il est donc appelé dhṛti, la puissance de soutien et de fermeté. Résidant dans le cœur de tous, il se souvient sans cesse de Hari (le Seigneur Viṣṇu).
Verse 25
अतो वायुःस्थितिर्नाम बभूव खगसत्तम / अथवा वायुरेवैकः श्वेतद्वीपगतं हरिम्
Ainsi, ô le plus noble des oiseaux, advint un état nommé « la demeure de Vāyu ». Ou plutôt, Vāyu seul parvint jusqu’à Hari (Viṣṇu) qui réside en Śvetadvīpa.
Verse 26
सदा स्मरति वै वीन्द्र अतोसौ स्मृतिसंज्ञकः / सर्वेषां च हृदिस्थित्वा ज्ञातो विष्णोरुदीरणात्
Ô Garuḍa, le plus noble des oiseaux, il se souvient sans cesse ; c’est pourquoi on le nomme « Smṛti » (la puissance du souvenir). Demeurant dans le cœur de tous les êtres, il est réalisé par l’énonciation et la remémoration du Nom du Seigneur Viṣṇu.
Verse 27
अतो मे मुक्तिनामाभूद्वायुरेव न संशयः / ज्ञानद्वारेण भक्तानां मुक्तिदो मदनुज्ञया
Ainsi mon nom devint « Mukta » ; en vérité, c’est Vāyu, sans aucun doute. Par la porte de la connaissance authentique, il accorde la délivrance aux dévots, avec ma permission.
Verse 28
यतो सौ वायुरेवैको मुक्तिनामा भूवह / विष्णौ भक्तिं वर्ध्यति भक्तानां हृदि संस्थितः
Ainsi ce Vāyu unique—connu sous le nom de « Mukti »—demeure. Résidant dans le cœur des dévots, il accroît leur bhakti envers Viṣṇu.
Verse 29
अतोसौ विष्णुभक्तश्च कीर्तितो नात्र संशयः / एषोसौ सर्वजीवानां चित्तसंज्ञानमेव च
Ainsi est-il proclamé dévot du Seigneur Viṣṇu ; il n’y a là aucun doute. En vérité, il est la conscience même et la lucidité intérieure de tous les êtres vivants.
Verse 30
चित्तरूपो यतो वायुरतश्चित्तमिति स्मृतः / प्रभुः प्रभूणां गरुड सोदराणां च सर्वशः
Parce que le vāyu (prāṇa) prend la forme de la conscience, on s’en souvient donc comme de « citta » (la substance mentale). Ô Garuḍa, il est le seigneur des seigneurs et, de toute manière, le souverain de ses facultés associées.
Verse 31
अतस्तु वायुरेवैको महाप्रभुरिति स्मृतः / सर्वेषां च हृहि स्थित्वा बलं पश्यति सत्तम
Ainsi, Vāyu, le souffle de vie, est seul tenu en mémoire comme le Grand Souverain ; demeurant dans le cœur de tous, ô le meilleur des êtres, il observe leur force, leur puissance vitale.
Verse 32
अतो बलमिति ह्याख्यामवाप विनतासुत / सर्वेषां च हृदि स्थित्वा पुत्रपौत्रादिकैर्जनैः
Ainsi, ô fils de Vinatā (Garuḍa), il en vint à être connu sous le nom de « Bala » ; et, demeurant dans le cœur de tous, il est soutenu et fortifié par les hommes au moyen des fils, des petits-fils et des lignées semblables.
Verse 33
याजनं कुरुते नित्यमतोसौ यष्टृसंज्ञकः / अनन्तकल्पमारभ्य वायुपर्यन्तमेव च
Ainsi, celui qui fait accomplir sans cesse les sacrifices (yajña) est nommé « yaṣṭṛ », le patron du sacrifice. Depuis l’aube des kalpa sans fin, cette appellation demeure — jusque dans le domaine de Vāyu également.
Verse 34
वक्रत्वं नास्ति योगस्य ऋजुर्योग्य इति स्मृतः / योगस्य वक्रता नाम काम्यता हरिपूजने / ईशरुद्रादिकानां च काम्येन हरिपूजनम्
Dans le yoga, il n’y a point de tortuosité ; celui qui est apte au yoga est tenu en mémoire comme droit. Ce qu’on appelle la « tortuosité » du yoga, c’est l’intention intéressée (kāmya) dans l’adoration de Hari : adorer Hari avec des motifs, tels que rechercher la faveur d’Īśa (Śiva), de Rudra et d’autres divinités.
Verse 35
कस्यचित्त्वथ पक्षीन्द्र ह्यतस्त्वनृजवः स्मृताः
Mais pour certains, ô Seigneur des oiseaux, c’est pour cette raison même qu’ils sont tenus en mémoire comme « non droits » : tortueux ou trompeurs dans leur conduite.
Verse 36
ऋष्यादीनां च मध्येपि काम्येन हरिपूजनम् / अतो न ऋजवो ज्ञेया मनुष्याणां च का कथा
Même parmi les rishis et les sages, l’adoration de Hari est parfois accomplie avec le désir d’un gain personnel. On ne doit donc pas les tenir pour entièrement droits; que dire alors des hommes ordinaires ?
Verse 37
यावत्काम्यसपर्यां वै न जहाति नरोत्तमः / तथा ऋष्यादयश्चैव मोक्षस्य परिपन्थिनीम्
Ô meilleur des hommes, tant qu’un être n’abandonne pas l’adoration et le service rituel inspirés par le désir, même les rishis et les autres demeurent sur la voie qui fait obstacle à la délivrance (moksha).
Verse 38
अनादिकालमारभ्य कर्मजन्या च वासना / मोक्षाधिकारिणः सर्वे कुर्वते कस्य पूजनम्
Depuis un temps sans commencement, demeurent les tendances latentes (vāsanās) nées des actes. Ainsi, tous ceux qui sont qualifiés pour la délivrance, qui donc adorent-ils ?
Verse 39
नष्टप्रायं च तत्सर्वं गुरोः संज्ञानबोधकात् / प्राप्ययोगं समाचर्य अन्ते मोक्षमवाप्नुयात्
Par l’enseignement éveillant du Guru, qui confère la juste reconnaissance (la connaissance vraie), presque toute l’ignorance et ses effets sont détruits. Ayant obtenu le yoga et le pratiquant correctement, on atteint finalement la délivrance.
Verse 40
काम्येन पूजनं विष्णोरैश्वर्यं प्रददाति च / ज्ञानं च विपरीतं स्यात्तेन यात्यधरं तमः
L’adoration du Seigneur Viṣṇu accomplie avec le désir de gains mondains accorde certes prospérité et puissance; mais elle fausse la connaissance, et l’on descend ainsi dans une obscurité plus basse, celle de l’illusion spirituelle.
Verse 41
तदेव विपरीतं चेज्ज्ञानाय परिकीर्तितम् / शिलायां विष्णुबुद्धिस्तु विष्णुबुद्धिर्द्विजे तथा
Mais si l’on proclame l’exact contraire comme « connaissance », c’est une perversion de l’intelligence : tenir une simple pierre pour Viṣṇu est une chose ; et de même, nourrir une telle « conscience de Viṣṇu » envers un brāhmaṇa est aussi prescrit.
Verse 42
सलिले तीर्थबुद्धिस्तु रोणुकायां तथैव च / शिवे सूर्ये पण्मुखे च विष्णुबुद्धिः खगेश्वर
Ô Khageśvara (Garuda), dans l’eau il faut garder l’intelligence d’un tīrtha, un gué sacré ; de même pour la vache (roṇukā). Et en Śiva, dans le Soleil et en Ṣaṇmukha (Kārttikeya), il convient de maintenir la reconnaissance dévotionnelle de Viṣṇu.
Verse 43
इत्याद्यमखिलं ज्ञानं विपरीतमिति स्मृतम् / शिलाद्येषु च सर्वेषु ऐक्येनव विचिन्तनम्
Toute cette « connaissance », à commencer par ces notions, est tenue en mémoire comme inversée (compréhension erronée). De même, ne contempler que l’unité en toutes choses — à partir des pierres et autres — est aussi compté ainsi.
Verse 44
विष्णुबुद्धिरिति प्रोक्तं न तु तत्रस्थवेदनम् / अनाद्यनन्तकालेपि काम्येन हरिपूजनम्
Ce qu’on appelle « Viṣṇu-buddhi » est l’orientation de l’intellect vers Viṣṇu, et non la simple conscience d’être présent en ce lieu. Même à travers un temps sans commencement ni fin, le culte rendu à Hari avec le désir d’un résultat particulier demeure un culte kāmya (motivé par le désir).
Verse 45
यतो नास्ति ततो वायुरृजुर्योग्यः प्रकीर्तितः / अन्येषां सर्वदा नास्ति अतो न ऋजवः स्मृताः
Là où il n’y a pas d’obstacle, le vent est déclaré droit et apte (à se mouvoir correctement). Mais pour les autres, l’obstruction est toujours présente ; c’est pourquoi on ne les tient pas pour droits.
Verse 46
हरिं दर्शयते वापि अपरोक्षेण सर्वदा / मोक्षाधिकारिणां काले अतः प्रज्ञेति कथ्यते
Elle révèle Hari (le Seigneur Suprême) directement—toujours, sans intermédiaire. Ainsi, au moment où l’on devient apte à la délivrance, on l’appelle « prajñā », la sagesse véritable et éveillée.
Verse 47
परोक्षेणापि सर्वेषां हरिं दर्शयते सदा / अतो वायुः सदा वीन्द्र ज्ञानमित्येव कीर्तितः
Même indirectement, Vāyu fait que tous les êtres contemplent sans cesse Hari (le Seigneur). Ainsi, ô seigneur des oiseaux (Garuda), Vāyu est toujours célébré comme la « connaissance » elle-même.
Verse 48
हिताहितोपदेष्टृत्वाद्भक्तानां हृदये स्थितः / ततश्च गुरुसंज्ञां चाप्यवाप स च मारुतः
Parce qu’il enseigne aux dévots ce qui est salutaire et ce qui est nuisible, il demeure dans leur cœur ; ainsi, ce Maruta (Vāyu) obtint aussi le titre de « Guru ».
Verse 49
योगिनां हृदये स्थित्वा सध्यायति हरिं परम् / पार्थक्येनापि तं ध्यायन्महाध्यातेति स स्मृतः
Demeurant dans le cœur des yogins, il contemple sans cesse Hari, le Suprême. Même en conservant le sens de la distinction, celui qui médite sur Lui est reconnu comme « mahādhyātā », le grand méditant.
Verse 50
यद्योग्यतानुसारेण विजानाति परं हरिम् / रुद्रादौ विद्यमानांश्च गुणाञ्जानाति सर्वदा
Selon l’aptitude et la capacité de chacun, on parvient à connaître Hari, le Suprême ; et l’on reconnaît aussi sans cesse les qualités présentes en Rudra et dans les autres divinités.
Verse 51
अतो वै विज्ञनामासौ प्रोक्तो हि खगसत्तम / काम्यानां कर्मणां त्यागाद्विराग इति स स्मृतः
Ainsi, ô Garuḍa, le plus noble des oiseaux, ceci est véritablement nommé « vijñāna » (connaissance réalisée). Et parce qu’il naît du renoncement aux actes inspirés par le désir, on s’en souvient comme « virāga » (détachement, absence de passion).
Verse 52
वैराग्यं संजनयति विराग इति स स्मृतः
Ce qui fait naître le détachement est retenu sous le nom de « virāga » (désaffection, non-attachement).
Verse 53
देवानां पुण्यपापाभ्यां सुखमेवोत्तरोत्तरम् / तत्सुखं तूत्तरेषां च वायुपर्यन्तमेव च
Parmi les Devas, selon les degrés variés de mérite et de démérite, le bonheur croît pas à pas dans des rangs toujours plus élevés. Ce même bonheur s’accroît encore chez les divinités supérieures successives, jusqu’à s’étendre à (la sphère de) Vāyu.
Verse 54
देवानां च ऋषीणां च उत्तमानां नृणां तथा / सुखांशं जनयेद्वायुर्यतोतः सुखसंज्ञकः
Parmi les Devas, les Ṛṣis, et de même parmi les meilleurs des hommes, Vāyu engendre une part de bonheur ; c’est pourquoi il est appelé « Sukha » (celui qui donne l’aisance et la douceur).
Verse 55
भुनक्ति सर्वदा वीद्रं तत्र मुख्यस्तु मारुतः / दुः खशोकादिकं किञ्चिद्देवानां भवति प्रभो
Là, le « vīdra » est sans cesse consommé ; parmi ces facteurs, le Vent (Maruta) est le principal. De là naît, ô Seigneur, une certaine part de douleur, de chagrin et d’affections semblables, même chez les Devas.
Verse 56
तच्चासुरावेशवशादित्यवेहि न संशयः / तज्जीवस्य भवेत्किञ्चिद्दैत्यानां क्रमशो भवेत्
Sache-le avec certitude, sans aucun doute : cela advient sous la force de la possession des asuras. Dans cette âme incarnée, quelque chose de la nature des Daityas se manifeste peu à peu, étape par étape.
Verse 57
यतः कलिश्चाधिकः स्यादतो दुः खीति स स्मृतः / दैत्यानां पुण्यपापाभ्यां दुः ख मेवोत्तरोत्तरम्
Parce que l’âge de Kali devient prédominant, on s’en souvient comme d’un âge de souffrance. Pour les Daityas, par l’entrelacement du mérite et du péché, la souffrance seule croît toujours davantage, étape par étape.
Verse 58
तद्दुः खमुत्तरेषां च कलिपर्यन्तमेव च / भुनक्ति सर्वदा वीन्द्र ततः कलिरिति स्मृतः
Cette souffrance même est sans cesse éprouvée par ceux qui viennent après, jusqu’à la fin de l’âge de Kali. C’est pourquoi, ô Vīndra—ô Garuda, le meilleur des oiseaux—on s’en souvient sous le nom de « Kali », l’âge qui fait endurer aux êtres une telle misère.
Verse 59
सुखहर्षादिकं किं चिद्दैत्यानां भवति प्रभो / देवावेशो भवेत्तस्य नात्र कार्या विचारणा
Ô Seigneur, si chez les Daityas naît ne serait-ce qu’un peu de bonheur, d’allégresse ou semblable, c’est dû à l’influence (possession) d’un Deva ; il n’y a là rien à examiner davantage.
Verse 60
देवानां निरयो नास्ति दैत्यानां विनतासुत / सुखस्वरूपं तन्नास्ति विषयोत्थमपि द्विज
Pour les Devas, il n’y a pas d’enfer ; et pour les Daityas non plus, ô fils de Vinatā. Là n’existe pas cette félicité pure, bonheur par sa propre nature : il n’y a que le plaisir né des objets des sens, ô deux-fois-né.
Verse 61
विषयोत्थं किञ्चिदपि देवावेशादुदीरितम् / तमो नास्त्येव देवानां दुः खं नास्ति स्वरूपतः
Même si quelque chose né des objets des sens est proféré sous une impulsion divine (comme en état de possession), pour les Deva l’obscurité n’existe pas réellement ; par leur nature même, la souffrance ne leur est pas intrinsèque.
Verse 62
विषयोत्थं महादुः खं देवानां नास्ति सर्वदा / दुः खशोकादिकं किं चिदसुरावेशतो भवेत्
Chez les Deva, la grande souffrance née des objets des sens n’existe jamais ; toutefois, un peu de chagrin, de peine et autres semblables peuvent survenir seulement par possession ou intrusion des Asura.
Verse 63
अतः कलिः सदा दुः खी सुखी वायुस्तु सर्वदा / मनुष्याणा मृषीणां च सुखं दुः खं खगेश्वर
Ainsi, ô Khageśvara, Kali est toujours dans la peine, tandis que Vāyu est toujours dans la félicité ; quant aux humains comme aux ṛṣi, ils font l’expérience à la fois du bonheur et de la souffrance.
Verse 64
भवेत्तत्पुण्यिपापाभ्यां पुण्यभोगी च मारुतः / कष्टभङ्गः कलिलयो नात्र कार्या विचारणा
De ces mérites et fautes accumulés, le vāyu, souffle vital, devient celui qui jouit du mérite et en goûte les fruits doux ; il devient aussi celui qui brise les épreuves au milieu de la confusion et de la détresse — sur cela, nul besoin de douter ni de délibérer davantage.
Verse 65
प्राणादिसुखपर्यन्ता अंशा एकोनविंशतिः / प्रविष्टाः संति लोकेषु पृथक्संति खगेश्वर
Ô Seigneur des oiseaux (Garuda), les parts qui commencent par prāṇa et s’achèvent en sukha sont au nombre de dix-neuf ; elles pénètrent dans les mondes et y demeurent comme des principes distincts, séparés les uns des autres.
Verse 66
मारुतरेवतारांश्च शृणु पक्षीन्द्रसत्तम / चतुर्दशसु चन्द्रेषु द्वितीयौयो विरोचनः
Ô le plus noble des oiseaux, écoute encore les incarnations nommées Māruta et Revata. Parmi les quatorze manifestations lunaires, la seconde est appelée Virocana.
Verse 67
स वायुरिति संप्रोक्त इन्द्रादीनां खगेश्वर / हरितत्त्वेषु सर्वेषु स विष्वग्याव्यतेक्षणः
Ô Seigneur des oiseaux (Garuda), il est déclaré être Vāyu, le souffle de vie, pour Indra et les autres dieux. Dans tous les tattva et toutes les réalités, il pénètre partout ; son regard s’étend à l’univers entier.
Verse 68
अतो रोचननामासौ मरुदंशः प्रकीर्तितः रामावतारे हनुमान्रामकार्यार्थसाधकः / स एव भीमसेनस्तु जातो भूम्यां महाबलः
C’est pourquoi il est célébré sous le nom de Rocana, comme une part des Maruts. Dans l’avatāra de Rāma, il devint Hanumān, l’accomplisseur de l’œuvre de Rāma ; et ce même être naquit sur la terre comme le très puissant Bhīmasena.
Verse 69
कृष्णावतारे विज्ञेयो मरुदंशः प्रकीर्तितः
Dans l’avatāra de Kṛṣṇa, il doit être reconnu comme un aṁśa (manifestation partielle) des Maruts ; ainsi est-il proclamé.
Verse 70
मणिमान्नाम दैत्यस्तु संराख्यो भविष्यति / सर्वेषां संकरं यस्तु करिष्यति न संशयः
Un Daitya nommé Maṇimān surgira assurément, connu sous le nom de Saṃrākhya. Il engendrera la confusion et le mélange parmi tous ; il n’y a là aucun doute.
Verse 71
तेन संकरनामासौ भविष्यति खगेश्वर / धर्मान्भागवतान्सर्वान्विनाशयति सर्वथा
Ainsi, ô seigneur des oiseaux (Garuda), il sera connu sous le nom de « Saṅkara », et il détruira totalement, de toutes les manières, tous les dharmas des Bhāgavata (dévots du Seigneur).
Verse 72
तदा भूमौ वासुदेवो भविष्यति न संशयः / यज्ञार्थैः सदृशो यस्य नास्ति लोके चतुर्दशे
Alors, sur la terre, Vāsudeva se manifestera — sans aucun doute. Dans les quatorze mondes, rien n’est comparable au but et aux fruits du yajña (sacrifice) qui Lui sont associés.
Verse 73
अतः स प्रज्ञया पूर्णो भविष्यति न संशयः / अवतारास्त्रयो वायोर्मतं भागवताभिधम्
Ainsi, il deviendra accompli en sagesse — sans aucun doute. Les trois incarnations de Vāyu sont tenues pour la doctrine appelée Bhāgavata (enseignement de la dévotion).
Verse 74
स्थापनं दुष्टदमनं द्वयमेव प्रयोजनम् / नान्यत्प्रयोजनं वायोस्तथा वैरोचनात्मके
Établir (l’ordre) et réprimer les méchants : tels sont les deux seuls desseins. Pour Vāyu, il n’est pas d’autre dessein ; de même dans l’aspect Vairocanātmaka.
Verse 75
अवतारत्रये वीन्द्र दुः खं गर्भादिसंभवम् / नास्ति नास्त्येव वायोस्तु तथा वैरोचनादिके
Ô seigneur des oiseaux (Garuda), dans les trois incarnations divines il n’est point de souffrance née de l’entrée dans le sein maternel et autres choses semblables ; en vérité, une telle misère issue du ventre n’existe ni pour Vāyu, ni pour Virocana et les autres de cette lignée.
Verse 76
शुक्रशोणितसंबन्धो ह्यवतारचतुष्टये / नास्ति नास्त्येव पक्षीन्द्र यतो नास्त्यशुभं ततः
Dans la quadruple descente (avatāra) du Seigneur, il n’y a nul lien avec le sperme ni le sang, c’est‑à‑dire point de naissance biologique ordinaire. En vérité, ô roi des oiseaux, il en est ainsi : là où une telle cause matérielle est absente, nulle impureté ni mauvais présage ne peut en naître.
Verse 77
पूर्वं गर्भं समाशोष्य समये प्रभवस्य च / प्रादुर्भवति देवेशी ह्यवतारचतुष्टये
D’abord, ayant résorbé l’embryon, puis—au moment propice de la manifestation—la Souveraine divine, la Déesse maîtresse, apparaît en vérité pour le quatuor des incarnations.
Verse 78
त्रयोविंशतिरूपाणां वायोश्चैव खगेश्वर / रूपैरृजुस्वरूपैश्च ब्रह्मणः परमेष्ठिनः
Ô seigneur des oiseaux, Vāyu (le Vent) possède vingt‑trois formes ; et Brahmā, le Parameṣṭhin, l’Ordonnateur suprême, est lui aussi évoqué par des formes, tant selon sa nature directe que selon ses aspects manifestés.
Verse 79
सत्यमेव न संदेहो नित्यानन्दसुखादिषु / एवमेव विजानीयान्नान्यथा तु कथञ्चन
C’est la vérité même, sans aucun doute, au sujet de la béatitude et de la joie éternelles (du Soi). Il faut le comprendre ainsi, et jamais autrement, d’aucune manière.
Verse 80
एतस्य श्रवणादेव मोक्षं यान्ति न संशयः / तदनन्तरजान्वक्ष्ये शृणु पक्षीन्द्रसत्तम
Par la seule écoute de ceci, on atteint la délivrance (mokṣa), sans aucun doute. À présent je dirai ce qui vient aussitôt après ; écoute, ô le meilleur des rois des oiseaux.
Verse 81
कृतौ प्रद्युम्नतश्चैव समुत्पन्ने खगेश्वर / स्त्रियौ द्वे यमले चैव तयोर्मध्ये तु यद्यिका
Ô seigneur des oiseaux, lorsque naquirent Kṛtā et Pradyumnatā, deux femmes jumelles surgirent aussi ; et entre elles naquit Yadyikā.
Verse 82
वाणीतिसंज्ञकां वीन्द्र ब्रह्माणीसंज्ञकां विदुः / पुरुषाख्यविरिञ्चस्य भार्या सावित्रिका मता / चतुर्मुखस्य भार्या तु कीर्तिता सा सरस्वती
Ô Vīndra, celle qu’on nomme Vāṇīti est aussi comprise sous le nom de Brahmāṇī. L’épouse de Viriñca, appelé Puruṣa, est tenue pour Sāvitrikā ; et la compagne du Brahmā aux quatre visages est célébrée comme Sarasvatī.
Verse 83
एवं त्रिरूपं विज्ञेयं वाण्याश्च खगसत्तम / वक्ष्ये ऽवतारान् भारत्याः समाहितमनाः शृणु
Ainsi, ô le plus noble des oiseaux, sache que Vāṇī (la Parole sacrée) est de triple forme. À présent je décrirai les manifestations de Bhāratī ; écoute l’esprit recueilli.
Verse 84
सर्ववेदाभिमानित्वात्सर्ववेदात्मिका स्मृता / महाध्यातुश्च वायोस्तु भार्यासा परिकीर्तिता
Parce qu’elle préside à tous les Veda et s’y identifie, on se souvient d’elle comme de l’essence de tous les Veda. On la proclame aussi épouse de Vāyu, le grand principe qui soutient.
Verse 85
ज्ञानरूपस्य वायोस्तु भार्या सा परिकीर्तिता / सदा सुखस्वरूपत्वाद्भारती तु सुखात्मिका
On proclame que Bhāratī est l’épouse de Vāyu, dont la nature est connaissance ; et parce qu’elle est à jamais la forme même de la béatitude, Bhāratī est véritablement d’âme bienheureuse.
Verse 86
सुखस्वरूप वायोस्तु भार्या सा परिकीर्तिता / गुरुस्तु वायुरेवोक्तस्तस्मिन् भक्तियुता सती
Elle est proclamée l’épouse de Vāyu, de nature de félicité; et Vāyu lui-même est déclaré être son guru—ainsi cette femme vertueuse demeure vouée à lui par la bhakti.
Verse 87
ततस्तु भारती नित्या गुरुभक्तिरिति स्मृता / महागुरोर्हि वायोश्च भार्या वै परिकीर्तिता
Alors Bhāratī est tenue en mémoire comme la bhakti éternelle envers le Guru; en vérité, elle est aussi célébrée comme l’épouse de Vāyu, le grand Guru.
Verse 88
हरौ स्नेहयुतत्वाच्च हरिप्रीतिरिति स्मृता / धृतिरूपस्य वायोश्च भार्या सा परिकीर्तिता
Parce qu’elle est empreinte d’affection envers Hari, on se souvient d’elle comme de « Hariprīti » (la joie de Hari). Elle est aussi proclamée l’épouse de Vāyu, dont la nature est Dhṛti, la constance.
Verse 89
सर्वमन्त्राभिमानित्वात्सर्वमन्त्रात्मिका स्मृता / महाप्रभोश्च वायोश्च भार्या वै सा प्रकीर्तिता
Parce qu’elle préside à tous les mantras, on se souvient d’elle comme de l’essence même de tous les mantras. En vérité, elle est proclamée l’épouse du Grand Seigneur, et aussi de Vāyu.
Verse 90
भुज्यन्ते सर्वभोगास्तु विष्णुप्रीत्यर्थमेवच / अतस्तु भारती ज्ञेया भुजिनाम्ना प्रकीर्तिता
Toutes les jouissances ne doivent être goûtées que pour plaire à Viṣṇu; ainsi cela doit être compris comme « Bhāratī », et l’on le célèbre sous le nom de « Bhujinā » (la doctrine de la jouissance réglée).
Verse 91
चित्ररूपस्य वायोस्तु भार्या सा परिकीर्तिता / रोचनेन्द्रस्य भार्या च श्रद्धाख्या परिकीर्तिता
On proclame qu’elle est l’épouse de Vāyu dans sa forme nommée Citrarūpa ; et Śraddhā, de son nom, est proclamée l’épouse du roi Rocanendra.
Verse 92
हनुमांश्च तदा जज्ञे त्रेतायां पक्षिसत्तम / तदा शिवाख्यविप्राच्च जज्ञे सा भारती स्मृता
Ô le meilleur des oiseaux, à l’âge de Tretā naquit Hanumān ; et en ce temps-là, d’un brāhmane nommé Śiva, naquit aussi celle dont on se souvient comme Bhāratī.
Verse 93
न केवलं भारती साशच्याद्यैश्चैव संयुता / तस्मिन्संजनिताः सर्वाः प्रापुर्योगं स्वभर्तृभिः
Ce ne fut pas seulement Bhāratī qui fut unie à Śacī et aux autres ; toutes les femmes nées en ce lieu obtinrent pareillement l’union avec leurs propres époux.
Verse 94
अन्यगेति च विज्ञेया कन्या तन्मतिसंज्ञिका / त्रेतान्ते सैव पक्षीन्द्र शच्याद्यैश्चैव संयुता
Sachez qu’elle est la jeune fille nommée Anyagetī, également connue sous l’épithète « Tan-mati ». À la fin de l’âge de Tretā, ô seigneur des oiseaux, elle fut elle aussi unie à Śacī et aux autres.
Verse 95
दमयन्त्यनलाज्जाता इन्द्रसेनेति चोच्यते / नलं नन्दयते यस्मात्तस्माच्च नलनन्दिनी
Née de Damayantī et du roi Nala, on l’appelle Indrasenā. Et puisqu’elle réjouit le roi Nala, elle est aussi connue comme Nalanandinī, « celle qui apporte la joie à Nala ».
Verse 96
तत्र स्वभर्तृसंयोगं नैव चाप खगेश्वर / तत्रान्यगात्वं विज्ञेयं पुरुषस्थेन वायुना
Là, ô seigneur des oiseaux, il n’est nullement d’union avec l’époux (d’autrefois). Là, l’état de « partir ailleurs » doit être compris comme l’effet du souffle vital demeurant dans l’être, qui emporte la créature plus avant.
Verse 97
किञ्चित्कालं तथा स्थित्वा कन्यैव मृति माप सा / शच्यादिसंयुता सैव द्रुपदस्य महात्मनः
Après être demeurée ainsi quelque temps, elle rencontra la mort tout en étant encore vierge ; et elle—accompagnée de Śacī et des autres dames divines—parvint auprès du noble Drupada, l’âme magnanime.
Verse 98
वेदिमध्यात्समुद्भूता भीमसेनार्थमेव च / तत्रान्यगात्वं नास्त्येव योगश्च सह भर्तृभिः
Née du milieu même de l’autel sacrificiel, uniquement pour Bhīmasena, elle n’eut aucune possibilité d’aller vers un autre ; et son union ne fut qu’avec ses époux.
Verse 99
केवला भारती ज्ञेया काशिराजस्य कन्यका / काली नाम्ना तु सा ज्ञेया भीमसेनप्रिया सदा
Sachez qu’elle est Kevalā Bhāratī, fille du roi de Kāśī. Elle est aussi connue sous le nom de Kālī, toujours chère à Bhīmasena.
Verse 100
वाच्यादिभिः संयुतैवद्रौपदी द्रुपदात्मजा / देहं त्यक्त्वाविशिष्टैव कारटीग्रामसंज्ञकै
Draupadī, fille de Drupada, bien qu’ornée de qualités nobles telles qu’une parole raffinée, quitta son corps et devint sans distinction, n’étant plus connue que sous l’appellation du village nommé Kāraṭī.
Verse 101
संकरस्य गृहे वीन्द्र भविष्यति कलौ युगे / वायोस्तृतीयरूपार्थं सा कन्यैव मृतिं गता
Ô Indra, dans l’âge de Kali elle naîtra dans la demeure de Śaṅkara ; et afin de manifester la troisième forme de Vāyu, cette jeune fille elle-même alla vers la mort.
Verse 102
इत्याद्या वायुभार्याश्च ब्रह्मभार्याश्च सतम / स्वभर्तृभ्यां च पक्षीन्द्र गुणैश्चैव शताधमाः
Ainsi, ô le meilleur des oiseaux, des femmes telles que l’épouse de Vāyu, l’épouse de Brahmā et d’autres—par leur conduite envers leurs propres époux et par leurs qualités—sont comptées parmi les plus abjectes des méchants.
It identifies Prakṛti as the ‘wife’ of the Supreme Person and presents Lakṣmī as the presiding abhimāninī (self-identifying principle) of Prakṛti; in the Vyūha scheme, the consort of Vāsudeva is named Māyā, linking Śakti to cosmic manifestation while maintaining Lakṣmī’s inseparability from Hari.
Brahmā is described through four designations/origin-modes: Viriñca/Viriñci (arising via cosmic principles such as Mahat), Vidhi (arising from rajas within Māyā from Vāsudeva), and Caturmukha (lotus-born within the cosmic egg from Padmanābha).
Crookedness is defined as motive-based worship of Hari—approaching Viṣṇu with self-serving desires and instrumental aims. Such intent is said to obstruct liberation, whereas straightforward practice is characterized by unobstructed orientation toward Hari and renunciation of kāmya aims.
Vāyu is portrayed as the heart-abiding power of remembrance and knowledge that reveals Hari. Through the ‘gateway of true knowledge’ he grants liberation to devotees (by divine permission), hence names like Mukta/Mukti and the identification with prajñā and vijñāna.
Bhāratī is presented as sacred speech/devotional intelligence that presides over mantras and the Vedas, and as the consort of Vāyu (who is knowledge). She is also framed as guru-bhakti and Hariprīti (delight in Hari), expressing a theology where right speech and devotion are energized by Vāyu’s inner guidance.