Adhyaya 29
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Adhyaya 29

Yuga-Vibhāga and Kāla-Pramāṇa (Measures of Time and the Four Yugas)

Cet adhyāya s’ouvre sur la demande d’un ṛṣi d’entendre en détail les cycles de caturyuga dans le cadre du manvantara de Svāyambhuva, notamment leur schéma d’origine (nisarga) et leur principe fondamental (tattva). Sūta rattache le sujet à une discussion cosmologique antérieure et annonce un exposé méthodique. Le chapitre se poursuit par une énumération technique : il définit et dénombre le temps depuis la plus petite unité perceptible (nimeṣa, kāṣṭhā, kalā, muhūrta), puis l’ancre dans la division humaine (mānuṣa/laukika) du jour et de la nuit réglée par le soleil. Il introduit ensuite des changements d’échelle : le temps des pitṛ, où le mois humain sert d’unité jour-nuit (kṛṣṇapakṣa comme « jour » et śuklapakṣa comme « nuit »), et le temps divin, où udagayana et dakṣiṇāyana deviennent le jour et la nuit des devas. Ces conversions préparent l’objectif central : exposer avec clarté numérique les yuga, leurs distinctions, le yuga-dharma et les jonctions (yuga-sandhyā, sandhyāṃśa, sandhi), afin d’établir une chronologie purānique calculable.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुषङ्गपादे अमावस्याश्राद्धे पितृविचयोनामाष्टाविंशति तमो ऽध्यायः ऋषिरुवाच चतुर्युगानि यान्यासन्पूर्वं स्वायंभुवे ऽन्तरे / तेषां निसर्गं तत्त्वं च श्रोतुमिच्छामि विस्तरात्

Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la première partie enseignée par Vāyu, au second Anuṣaṅga-pāda, au sujet du śrāddha d’Amāvasyā, le vingt-huitième chapitre nommé « Pitṛvicaya ». Le ṛṣi dit : Les caturyuga qui furent jadis dans le manvantara de Svāyambhuva—je souhaite entendre en détail leur origine et leur vérité essentielle.

Verse 2

सूत उवाच पृथिव्यादिप्रसंगेन यन्मया प्रागुदीरितम् / तेषां चतुर्युगं ह्येतत्तद्वक्ष्यामि निबोधत

Sūta dit : Ce que j’ai auparavant énoncé à propos de la terre et d’autres sujets—c’est précisément leur caturyuga ; à présent je vais l’exposer, écoutez avec attention.

Verse 3

संख्ययेह प्रसंख्याय विस्तराच्चैव सर्वशः / युगं च युगभेदश्च युगधर्मस्तथैव च

Ici, selon la mesure des nombres et avec un ample développement, j’exposerai en tout détail le yuga, ses distinctions et le dharma de chaque yuga.

Verse 4

युगसंध्यांशकश्चैव युगसंधानमेव च / षट्प्रकाशयुगाख्यैषा ता प्रवक्ष्यामि तत्त्वतः

Ainsi la part de la sandhyā du yuga et la jonction (sandhāna) du yuga; ces six catégories dites « ṣaṭ-prakāśa », je les exposerai selon la vérité.

Verse 5

लौकिकेन प्रमाणेन निष्पाद्याब्दं तु मानुषम् / तेनाब्देन प्रसंख्यायै वक्ष्यामीह वतुर्युगम् / निमेषकाल तुल्यं हि विद्याल्लघ्वक्षरं च यत्

Selon la mesure ordinaire, on fixe l’année humaine; avec cette année pour base de calcul, j’exposerai ici le caturyuga. Et le « laghvakṣara », sache-le, est égal à la durée d’un nimeṣa.

Verse 6

काष्ठा निमेषा दश पञ्च चैव त्रिशच्च काष्ठा गणयेत्कलां तु / त्रिंशत्कलाश्चापि भवेन्मुहूर्त्तस्तै स्त्रिंशता रात्र्यहनी समे ते

Quinze nimeṣa font une kāṣṭhā; trente kāṣṭhā comptent pour une kalā; trente kalā font un muhūrta; et par trente muhūrta se constituent, égaux, la nuit et le jour.

Verse 7

अहोरात्रौ विभजते सूर्यो मानुषलौकिकौ

C’est le Soleil qui, pour les hommes, partage le jour et la nuit dans l’ordre du monde.

Verse 8

तत्राहः कर्मचेष्टायां रात्रिः स्वप्नाय कल्पते / पित्र्ये रात्र्यहनी मासः प्रविभागस्तयोः पुनः

Là, le jour est destiné à l’effort des actes (karma) et la nuit au sommeil et aux songes. Dans le monde des Pitṛ, la nuit et le jour forment un mois; puis leur répartition est encore exposée.

Verse 9

कृष्णपक्षस्त्वहस्तेषां शुक्लः स्वप्नाय शर्वरी / त्रिंशद्ये मानुषा मासाः पित्र्यो मासस्तु सः स्मृतः

Pour eux, la quinzaine sombre (kṛṣṇa-pakṣa) est comme le jour, et la quinzaine claire (śukla-pakṣa) comme la nuit des songes. Trente mois humains sont tenus pour un mois des Pitṛ, selon la tradition.

Verse 10

शतानि त्रीणि मासानां षष्ट्या चाप्यधिकानि वै / पित्र्यः संवत्सरो ह्येष मानुषेण विभाव्यते

Trois cents mois et soixante de plus —soit 360 mois—, selon le calcul humain, sont compris comme une année des Pitṛ.

Verse 11

मानुषे णैव मानेन वर्षाणां यच्छतं भवेत् / पितॄणां त्रीणि वर्षाणि संख्यातानीह तानि वै

Cent années selon la mesure humaine sont ici comptées comme trois années des Pitṛ.

Verse 12

दश चैवाधिका मासाः पितृसंख्येह संज्ञिताः / लौकिकेनैव मानेन हृब्दो यो मानुषः स्मृतः

Dans le décompte des Pitṛ, on mentionne dix mois et des mois supplémentaires; et le temps dit « humain », connu, n’est compris que selon la mesure du monde.

Verse 13

एतद्दिव्यमहोरात्रं शास्त्रे स्यान्निश्चयो गतः / दिव्ये रात्र्यहनी वर्ष प्रविभागस्तयोः पुनः

Dans les śāstra, il est établi avec certitude ce jour-et-nuit divins. Selon cette nuit et ce jour divins, la répartition des années est de nouveau déterminée.

Verse 14

अहस्तत्रोदगयनं रात्रिः स्याद्दक्षिणायनम् / ये ते रात्र्यहनी दिव्ये प्रसंख्यानं तयोः पुनः

Là, le jour est nommé Uttarāyaṇa et la nuit Dakṣiṇāyaṇa. Quant à ces nuits et jours divins, leur dénombrement est de nouveau exposé.

Verse 15

त्रिंशद्यानि तु वर्षाणि दिप्यो मासस्तु स स्मृतः / यन्मानुषं शतं विद्धि दिव्या मासास्त्रयस्तु ते

Trente années sont tenues pour un mois divin. Sache que cent années humaines équivalent à trois mois divins.

Verse 16

दश चैव तथाहानि दिव्यो ह्येष विधिः स्मृतः / त्रीणि वर्षशतान्येव षष्टिवर्षाणि यानि तु / दिव्यः संवत्सरो ह्येष मानुषेण प्रकीर्त्तितः

Ainsi, dix (jours) divins : telle est la règle divine transmise. Et trois cent soixante années humaines sont proclamées comme une année divine (saṃvatsara).

Verse 17

त्रीणि वर्ष सहस्राणि मानुषाणि प्रमाणतः / त्रिंशदन्यानि वर्षाणि मतः सप्तर्षिवत्सरः

Selon la mesure, trois mille années humaines, auxquelles s’ajoutent encore trente années, sont tenues pour l’année des Saptarṣi.

Verse 18

नव यानि सहस्राणि वर्षाणां मानुषाणि तु / अन्यानि नवतिश्चैव ध्रुवः संवत्सरः स्मृतः

Neuf mille années humaines, et encore quatre-vingt-dix années : tel est, dit-on, le « saṃvatsara Dhruva ».

Verse 19

षड्विंशतिसहस्राणि वर्षाणि मानुषाणि तु / वर्षाणां तु शतं ज्ञेयं दिव्यो ह्येष विधिः स्मृतः

Vingt-six mille années humaines ; et cent années doivent être connues comme mesure divine : tel est l’ordonnancement céleste transmis.

Verse 20

त्रीण्येव नियुतान्याहुर्वर्षाणां मानुषाणि तु

En années humaines, on dit qu’il y a précisément trois niyuta, soit trois cent mille ans.

Verse 21

षष्टिश्चैव सहस्राणि संख्यातानि तु संख्याया / दिव्यवर्षसहस्र तु प्राहुः संख्याविदो जनाः

Selon le calcul, on compte soixante mille ; et les connaisseurs des nombres disent que cela fait mille années divines.

Verse 22

इत्येवमृषिभिर्गीतं दिव्यया संख्याया त्विह / दिव्येनैव प्रमाणेन युगसंख्याप्रकल्पनम्

Ainsi les ṛṣi l’ont chanté ici selon le nombre divin ; et c’est par cette même mesure céleste qu’a été établi le décompte des yuga.

Verse 23

चत्वारि भारते वर्षे युगानि कवयो ऽबुवन् / कृतं त्रेता द्वापरं च कलिश्चेति चतुष्टयम्

Dans Bharata-varsha, les sages poètes ont énoncé quatre yuga : Krita, Tréta, Dvâpara et Kali ; tel est le quadruple cycle.

Verse 24

पूर्व कृतयुकं नाम ततस्त्रेती विधीयते / द्वापरं च कलिश्चैव युगान्येतानि कल्पयेत्

D’abord vient le Yuga Krita ; ensuite est établi Tréta ; puis suivent Dvâpara et Kali : ainsi sont conçus ces yuga.

Verse 25

चत्वार्याहुः सहस्राणि वर्षाणां च कृत युगम् / तस्य तावच्छती संध्या संध्यांशः संध्याया समः

On dit que le Yuga Krita dure quatre mille ans ; son crépuscule (sandhyā) est de cent ans, et le sandhyāṃśa est égal au sandhyā.

Verse 26

इतरेषु ससंध्येषु ससंध्यांशेषु च त्रिषु / एकन्यायेन वर्तन्ते सहस्राणि शतानि च

Dans les trois autres yuga aussi, avec leurs sandhyā et sandhyāṃśa, les milliers et les centaines suivent une même règle.

Verse 27

त्रीणि द्वे च सहस्राणि त्रेताद्वापरयोः क्रमात् / त्रिशती द्विशती संध्ये संध्यांशौ चापि तत्समौ

Dans l’ordre, le Yuga Tréta est de trois mille ans et le Yuga Dvâpara de deux mille ; leurs sandhyā sont de trois cents et deux cents ans, et les sandhyāṃśa sont identiques.

Verse 28

कलिं वर्षसरस्रं तु युगमाहुर्द्विजोत्तमाः / तस्यैकशतिका संध्या संध्यांशः संध्यया समः

Les plus éminents brahmanes déclarent que le Kali‑yuga dure mille ans. Son crépuscule est de cent ans, et la part crépusculaire est égale au crépuscule.

Verse 29

तेषां द्वादशसाहस्री युगसंख्या प्रकीर्त्तिता / कृतं त्रेता द्वापरं च कलिश्चैव चतुष्टयम्

Le nombre de ces yuga est proclamé comme douze mille. Kṛta, Tretā, Dvāpara et Kali : ces quatre forment le quaternaire des âges.

Verse 30

अत्र संवत्सरा दृष्टा मानुषेण प्रमाणतः / कृतस्य तावद्वक्ष्यामि वर्षाणि च निबोधत

Ici, les années sont envisagées selon la mesure humaine. À présent, je dirai les années du Kṛta‑yuga ; écoutez et retenez bien.

Verse 31

सहस्राणां शतान्याहुश्चतुर्दश हि संख्याया / चत्वारिंशत्सहस्राणि तथान्यानि कृतं युगम्

Dans les centaines de milliers, on dit que le nombre est quatorze ; et quarante mille, avec d’autres années, constituent le Kṛta‑yuga.

Verse 32

तथा शतसहस्राणि वर्षाणि दशसंख्याया / अशीतिश्च सहस्राणि कालस्त्रेतायुगस्य सः

De même, dix centaines de mille ans et quatre‑vingt mille ans : telle est la durée du Tretā‑yuga.

Verse 33

सप्तैव नियुतान्याहुर्वर्षाणां मानुषेण तु / विंशतिश्च सहस्रामि कालः स द्वापरस्य च

Selon le calcul en années humaines, la durée du Dvāpara-yuga est dite de sept niyuta et vingt mille ans.

Verse 34

तथा शतसहस्राणि वर्षाणां त्रीणि संख्यया / षष्टिश्चैव सहस्राणि कालः कलियुगस्य तु

De même, la durée du Kali-yuga est rappelée comme trois cent mille ans et soixante mille ans, soit 360 000 ans.

Verse 35

एवं चतुर्युगे काल ऋतैः संध्यांशकैः स्मृतः / नियुतान्येव षडिंशान्निरसानि युगानि वै

Ainsi, la durée du caturyuga est rappelée avec les sandhyā et les sandhyāṃśa du Kṛta et des autres yuga ; et la mesure des yuga est de seize niyuta, entière.

Verse 36

चत्वारिंशत्तथा त्रीणि नियुता नीह संख्यया / विंशतिश्च सहस्राणि स संध्यांशश्चतुर्युगः

Ici, selon le nombre, il y a quarante-trois niyuta et vingt mille ans ; c’est le sandhyāṃśa du caturyuga.

Verse 37

एवं चतुर्युगाख्यानां साधिका ह्येकसप्ततिः / कृतत्रेतादियुक्तानां मनोरन्तरमुच्यते

Ainsi, le nombre de caturyuga comprenant le Kṛta, le Tretā et les autres, supérieur à soixante et onze, est appelé un Manvantara.

Verse 38

मन्वन्तरस्य संख्यां तु वर्षाग्रेण निबोधत / त्रिंशत्कोट्यस्तु वर्षाणां मानुषेण प्रकीर्त्तिताः

Sachez le compte du Manvantara selon la mesure des années ; dans le calcul humain, il est proclamé comme trente crores d’années.

Verse 39

सप्त षष्टिस्तथान्यानि नियुतान्यधिकानि तु / विशतिश्च सहस्राणि कालो ऽयं साधिकं विना

De plus, s’y ajoutent soixante-sept niyutas et vingt mille ; tel est ce temps, sans surplus ni reste.

Verse 40

मन्वन्तरस्य संख्यैषा संख्या विद्भिर्द्विजैः स्मृता / मन्वन्तरस्य कालो ऽयं युगैः सार्द्धं च कीर्त्तितः

Telle est la mesure du Manvantara, mémorisée par les dvijas savants ; ce temps du Manvantara est aussi chanté avec les yugas.

Verse 41

चतुः साहस्रयुक्तं वै प्राकृतं तत्कृतं युगम् / त्रेताशिष्टं प्रवक्ष्यामि द्वापरं कलिमेव च

Le Kṛta-yuga primordial est assorti de quatre mille ; maintenant j’exposerai aussi le reste : Tretā, Dvāpara et Kali.

Verse 42

युगपत्समयेनार्थो द्विधा वक्तुं न शक्यते / क्रमागतं मया ह्येतत्तुभ्यं नोक्त युग द्वयम्

On ne peut dire le sens de deux manières au même moment ; ainsi, ce qui est venu selon l’ordre, je ne te l’ai pas énoncé comme deux yugas à la fois.

Verse 43

ऋषिवंशप्रसंगेन व्याकुलत्वात्तथैव च / अत्र त्रेतायुगस्यादौ मनुः सप्तर्षयश्च ये

À cause de l’évocation de la lignée des ṛṣi, l’esprit en fut troublé; ici, au commencement du Tretā-yuga, sont mentionnés Manu et les Sept Ṛṣi présents.

Verse 44

श्रौत स्मार्त्त च ते धर्म ब्रह्मणानुप्रचौदितम् / दाराग्निहोत्रसंबन्धमृग्यजुः सामसंहितम्

Leurs dharmas, śrauta et smārta, furent inspirés par Brahmā : le lien de la vie conjugale et de l’agnihotra, avec les saṃhitā du Ṛg, du Yajus et du Sāma.

Verse 45

इत्यादिलक्षणं श्रौतं धर्म सप्तर्षयो ऽब्रुवन् / परंपरागतं धर्म स्मार्त्तं चाचारलक्षणम्

Ainsi, les Sept Ṛṣi énoncèrent le dharma śrauta aux signes tels; et aussi le dharma smārta, reçu par la lignée de la tradition et caractérisé par l’ācāra (la conduite).

Verse 46

वर्णाश्रमाचारयुतं मनुः स्वायंभुवो ऽब्रवीत् / सत्येन ब्रह्मचर्येण श्रुतेन तपसा च वै

Manu Svāyambhuva énonça le dharma uni à l’ācāra des varṇa et des āśrama : par la vérité, le brahmacarya, la śruti (les Veda) et l’austérité (tapas).

Verse 47

तेषां तु तप्ततपसा आर्षेणोपक्रमेण तु / सप्तर्षीणां मनोश्चैव ह्याद्ये त्रेतायुगे तथा

Selon leur tapas ardent et l’ouverture conforme à la voie des ṛṣi, ainsi, au début du Tretā-yuga, pour les Sept Ṛṣi et pour Manu aussi (il en fut de même).

Verse 48

अबुद्धिपूर्वकं तेषामक्रियापूर्वमेव च / अभिव्यक्तास्तु ते मन्त्रास्तारकाद्यैर्निदर्शनैः

Leurs mantras ne furent ni conçus d’avance par l’intellect, ni précédés d’un acte; ils se révélèrent par des signes tels que les étoiles et autres indices.

Verse 49

आदिकल्पे तु देवानां प्रादुर्भूतास्तु याः स्वयम् / प्राणाशेष्वथ सिद्धीनामन्यासां च प्रवर्त्तनम्

Dans le kalpa originel, les siddhi des dieux surgirent d’elles-mêmes; et lorsque le souffle vital déclinait, d’autres siddhi entraient aussi en activité.

Verse 50

आसन्मन्त्रा व्यतीतेषु ये कल्पेषु सहस्रशः / ते मन्त्रा वै पुनस्तेषां प्रतिभायामुपस्थिताः

Les mantras qui avaient existé au cours de milliers de kalpas révolus, ces mêmes mantras revinrent se tenir dans leur inspiration lumineuse.

Verse 51

ऋचो यजूंषि सामानि मन्त्रश्चाथर्वणानि तु / सप्तर्षिभिस्तु ते प्रोक्ताः स्मार्त्तं धर्मं मनुर्जगौ

Les Ṛc, les Yajus, les Sāman et les mantras de l’Atharva furent énoncés par les Sept Ṛṣi; et Manu proclama le dharma smārta.

Verse 52

त्रेतादौ संहिता वेदाः केवला धर्मसेतवः / संरोधादायुषश्चैव वर्त्स्यन्ते द्वापरेषु वै

Au début du Tretā, les Veda n’étaient que des saṃhitā, de simples ponts du dharma; par le raccourcissement de la vie, ils se maintiendront au Dvāpara (sous forme divisée).

Verse 53

ऋषयस्तपसा वेदान्द्वापरादिष्वधीयते / अनादिनिधिना दिव्याः पूर्वं सृष्टाः स्वयंभुवा

Les ṛṣi, par l’ascèse, étudient les Veda dans le Dvāpara et les autres yuga. Le Svayambhū, trésor sans commencement, créa d’abord les ṛṣi divins.

Verse 54

सधर्माः सव्रताः सांगा यथाधर्मं युगेयुगे / विक्रियन्ते समानार्था वेदवादा यथायुगम्

Les paroles védiques, avec le dharma, les vœux et les Vedāṅga, se déploient d’âge en âge selon la Loi. Le sens demeure identique, mais la forme varie selon le yuga.

Verse 55

आरंभयज्ञाः क्षत्राश्च हविर्यज्ञा विशस्तथा / परिचारयज्ञाः शूद्रास्तु जपयज्ञा द्विजोत्तमाः

Les kṣatriya accomplissent l’ārambha-yajña, et les vaiśya l’havir-yajña. Les śūdra se vouent au paricāra-yajña (service), et les dvija les plus éminents au japa-yajña.

Verse 56

तदा प्रमुदिता वर्णास्त्रेतायां धर्मपालिताः / क्रियावन्तः प्रजावन्तः समृद्धाः सुखिनस्तथा

Alors, dans le Tretā-yuga, les varṇa gardés par le dharma étaient dans la joie : assidus aux rites, riches en descendance, prospères et heureux.

Verse 57

ब्राह्मणाननुर्त्तन्ते क्षत्रियाः क्षत्रियान्विशः / वैश्यानुवर्त्तिनः शुद्राः परस्परमनुव्रताः

Les kṣatriya suivent les brāhmaṇa ; les vaiśya suivent les kṣatriya. Les śūdra suivent les vaiśya : tous, réciproquement, observent les devoirs les uns envers les autres.

Verse 58

शुभाः प्रवृत्तयस्तेषां धर्मा वर्णाश्रमास्तथा / संकल्पितेन मनसा वाचोक्तेन स्वकर्मणा

Leurs élans étaient propices; de même le dharma des varṇa et des āśrama—par l’intention du mental, par la parole proférée et par l’acte propre à chacun.

Verse 59

त्रेतायुगे च विफलः कर्मारंभः प्रसिद्ध्यति / आयुर्मेधा बलं रूपमारोग्यं धर्मशीलता

Dans le Tretāyuga, même l’entreprise d’actes sans fruit devint renommée; longévité, intelligence, force, beauté, santé et conduite selon le dharma s’accrurent.

Verse 60

सर्वसाधारणा ह्येते त्रेतायां वै भवं त्युत / वर्णाश्रमव्यवस्थानं तेषां ब्रह्मा तदाकरोत्

Ô Bhava ! Dans le Tretāyuga, tout cela était commun à tous; alors Brahmā institua pour eux l’ordonnance des varṇa et des āśrama.

Verse 61

पुनः प्रजास्तु ता मोहाद्धर्मा स्तानप्यपालयन् / परस्परविरोधेन मनुं ताः पुनरभ्ययुः

Puis ces créatures, par égarement, ne préservèrent pas ces dharmas; par leurs oppositions réciproques, elles retournèrent encore vers Manu.

Verse 62

पुनः स्वायंभुवो दृष्ट्वा याथातथ्यं प्रजापतिः / ध्यात्वा तु शतरूपायां पुत्रौ स उदपादयत्

Alors Svāyaṃbhuva Prajāpati, voyant la réalité telle qu’elle est, médita en Śatarūpā et engendra deux fils.

Verse 63

प्रियव्रतो त्तानपादौ प्रथमौ तौ मोहीक्षितौ / ततः प्रभृति राजान उत्पन्ना दण्डधारिणः

Priyavrata et Uttanapada furent tenus pour les deux premiers rois; dès lors naquirent les souverains porteurs du daṇḍa, sceptre de la Loi sacrée.

Verse 64

प्रजानां रञ्जनाच्चैव राजानस्ते ऽभवन्नृपाः / प्रच्छन्न पापास्तैर्ये च न शक्यास्तु नराधिपैः

Parce qu’ils réjouissaient les peuples, ces rois furent appelés nṛpa; et ils réprimèrent même les fautes cachées que d’autres seigneurs ne pouvaient maîtriser.

Verse 65

धर्मराजः स्मृतस्तेषां शास्ता वैवस्वतो यमः / वर्णानां प्रविभागाश्च त्रेतायां संप्रकीर्त्तिताः

Pour eux, Yama Vaivasvata fut rappelé comme Dharmaraja, le Juge; et, au temps de Tretā, la répartition des varṇa fut également proclamée.

Verse 66

संभृताच्च तदा मन्त्रा ऋषिभिर्ब्रह्मणः सुतैः / यज्ञाः प्रवर्त्तिताश्चैव तदा ह्येव तु दैवतैः

Alors les ṛṣi, fils de Brahmā, rassemblèrent les mantras; et, en ce même temps, les dieux mirent en œuvre les yajñas, sacrifices sacrés.

Verse 67

यामशुक्रार्जितैश्चैव सर्वसाधन संभृतैः / सार्द्धं विश्वभुजा चैव देवेन्द्रेण महौजसा

Avec ce que Yama et Śukra avaient acquis, pourvus de tous les moyens, avec Viśvabhuja et le très puissant Devendra (ils s’unirent).

Verse 68

स्वायंभुवेंऽतरे देवैर्यज्ञस्तैः प्राक्प्रवर्त्तितः / सत्यं जपस्तपो दानं त्रेताया धर्म उच्यते

Dans le Manvantara de Svāyambhuva, les dieux instituèrent jadis le yajña; en l’âge Tretā, la vérité, la récitation sacrée, l’ascèse et le don sont dits être le dharma.

Verse 69

तदा धर्म्मसहस्रान्ते ऽहिंसाधर्मः प्रवर्त्तते / जायन्ते च तदा शूरा आयुष्मन्तो महाबलाः

Alors, au terme de mille âges du dharma, s’établit le dharma de la non‑violence; et naissent des héros, longévifs et d’une grande puissance.

Verse 70

व्यस्तदण्डा महाभागा धर्मिष्ठा ब्रह्मवादिनः / पद्मपत्रायताक्षाश्च पृथूरस्काः सुसंहताः

Ils déposent le bâton du châtiment; bienheureux, fermes dans le dharma et proclamateurs de Brahman; aux yeux longs comme la feuille de lotus, à la poitrine large et au corps robuste.

Verse 71

सिंहातङ्का महासत्त्वा मत्तमातङ्गगमिनः / महाधनुर्द्धराश्चैव त्रेतायां चक्रवर्त्तिनः

Ils sont intrépides comme le lion, d’une grande vaillance, marchant comme l’éléphant en rut; ils portent de grands arcs et, en l’âge Tretā, sont des cakravartin, souverains universels.

Verse 72

सर्वलक्षणसम्पूर्मा न्यग्रोधपरिमण्डलाः / न्यग्रोधौ तु स्मृतौ बाहू व्यामो न्यग्रोध उच्यते

Ils sont parfaits en tous les signes auspicieux, de mesure ‘nyagrodha‑parimaṇḍala’ (comme le pourtour du banian); on se souvient que les deux bras sont ‘nyagrodha’, et qu’un vyāma aussi est appelé ‘nyagrodha’.

Verse 73

व्यामे नैवोछ्रयो यस्य सम ऊर्द्धं तु देहिनः / समोछ्रयपरीणाहो ज्ञेयो न्यग्रोधमण्डलः

Ce dont l’étendue et la hauteur au-dessus du corps sont égales, et dont la hauteur et la circonférence se répondent, doit être reconnu comme le « maṇḍala du nyagrodha ».

Verse 74

चक्रं रथो मणिर्भार्या निधिरश्वो गजस्तथा / सप्तैतानि च रत्नानि सर्वेषां चक्रवर्तिनाम

La roue, le char, le joyau, l’épouse, le trésor, le cheval et l’éléphant : tels sont les sept ratna de tous les cakravartin.

Verse 75

चक्रं रथो मणिः खड्गश्चर्मरत्नं च पञ्चमम् / केतुर्निधिश्च सप्तैव प्राणहीनानि चक्षते

La roue, le char, le joyau, l’épée, comme cinquième le ratna du bouclier, l’étendard (ketu) et le trésor : ces sept-là sont dits sans vie.

Verse 76

भार्या पुरोहितश्चैव सेनानी रथकृच्च यः / मन्त्र्यश्वः कलभश्चैव प्राणिनः सप्त कीर्त्तिताः

L’épouse, le purohita, le chef des armées, le constructeur de char, le ministre, le cheval et le jeune éléphant (kalabha) : ces sept-là sont dits vivants.

Verse 77

रत्नान्येतानि दिव्यानि संसिद्धानि महात्मनाम् / चतुर्दश विधेयानि सर्वेषां चक्रवर्त्तिनाम्

Ces ratna divins sont pleinement accomplis pour les grandes âmes ; pour tous les cakravartin, ils sont tenus pour quatorze éléments à observer et posséder.

Verse 78

विष्णोरंशेन जायन्ते पृथिव्यां चक्रवर्त्तिनः / मन्वन्तरेषु सर्वेषु अतीतानागतेष्विह

D’une parcelle de Viṣṇu naissent sur la terre les rois cakravartin; en tous les manvantaras, passés comme à venir, il en est ainsi ici.

Verse 79

भूतभव्यानि यानीह वर्त्तमानानि यानि च / त्रेतायुगे च तान्यत्र जायन्ते चक्रवर्त्तिनः

Tout ce qui est ici passé et futur, et tout ce qui est présent, là, dans l’âge Tretā, naît en tant que cakravartin.

Verse 80

भद्राणीमानि तेषां वै भवन्तीह महीक्षिताम् / अत्यद्भुतानि चत्वारि बलं धर्मः सुखं धनम्

Pour ces rois gardiens de la terre, voici les biens de bon augure; quatre merveilles: force, dharma, bonheur et richesse.

Verse 81

अन्योन्यस्याविरोधेन प्राप्यन्ते तु नृपैः समम् / अर्थो धर्मश्च कामश्च यशो विजय एव च

Sans se contredire, les rois obtiennent tout ensemble : artha, dharma, kāma, renommée et victoire.

Verse 82

ऐश्वर्येणाणिमाद्येन प्रभुशक्त्या तथैव च / श्रुतेन तपसा चैव मुनीनभिभवन्ति वै

Par leur aiśvarya—des siddhi telles qu’aṇimā et autres—et par leur puissance souveraine, ainsi que par la connaissance de la śruti et l’ascèse, ils surpassent vraiment même les munis.

Verse 83

बलेन तपसा चैव देवदानवमानवान् / लक्षणैश्चैव जायन्ते शरीरस्थैरमानुषैः

Par la force et l’ascèse naissent dieux, dānavas et humains, avec des marques surhumaines demeurant dans le corps.

Verse 84

केशाःस्निग्धा ललाटोच्चा जिह्वा चास्य प्रमार्जिनी / ताम्रप्रभोष्टनेत्राश्च श्रीवत्साश्चैद्ध्वरोमशाः

Ses cheveux sont lustrés, son front élevé, sa langue purificatrice; lèvres et yeux d’éclat cuivré, le signe Śrīvatsa sur la poitrine et une pilosité dense.

Verse 85

आजानुबाहवस्छैव तदाम्रहस्ताः कटौ कृशाः / न्यग्रोधपरिणाहाश्च सिंहस्कन्धास्तु मेहनाः

Ses bras descendent jusqu’aux genoux, ses mains ont une teinte cuivrée, sa taille est fine; sa poitrine est vaste comme le banyan, ses épaules comme celles d’un lion, et sa force est immense.

Verse 86

गजेद्रगतयश्चैव महाहनव एव च / पादयोश्चक्रमत्स्योन्तु शङ्खपद्मौ तुहस्तयोः

Sa démarche est celle d’un éléphant royal et sa mâchoire est vaste; aux pieds se trouvent les signes du cakra et du poisson, et aux mains ceux de la conque (śaṅkha) et du lotus (padma).

Verse 87

पञ्चाशीतिसहस्राणि ते राजन्त्यजरा नृपाः / असंगगतयस्तेषां चतस्रश्चक्रवर्त्तिनाम्

Ces rois sans vieillesse règnent quatre-vingt-cinq mille ans; et, pour les cakravartin, on énonce quatre démarches « sans entrave ».

Verse 88

अन्तरिक्षे समुद्रि च पाताले पर्वतेषु च / इज्या दानं तपः सत्यं त्रेतायां धर्म उच्यते

Dans l’espace, dans l’océan, au Pātāla et sur les montagnes, on dit que le dharma du yuga Tretā est : yajña, don, austérité et vérité.

Verse 89

तदा प्रवर्त्तते धर्मो वर्णाश्रमविभागशः / मर्यादास्थापनार्थं च दण्डनीतिः प्रवर्त्तते

Alors le dharma s’exerce selon la répartition des varṇa et des āśrama; et pour établir la juste mesure, la daṇḍanīti, loi du châtiment, entre aussi en vigueur.

Verse 90

त्दृष्टपुष्टाः प्रजाः सर्वा अरोगाः पूर्णमानसाः / एको वेदश्चतुष्पादस्त्रेतायुगविधौस्मृतः

Alors tous les êtres sont vigoureux et prospères, sans maladie et l’esprit accompli; et, selon l’ordre du yuga Tretā, le Veda est un, mais on s’en souvient comme ayant quatre « pieds » (quatre parties).

Verse 91

त्रीणि वर्षसहस्राणि तदा जीवन्ति मानवाः / पुत्रपौत्रसमाकीर्णा म्रियन्ते च क्रमेण तु

En ce temps-là, les humains vivent trois mille ans; et, entourés de fils et de petits-fils, ils meurent peu à peu, selon l’ordre du temps.

Verse 92

एष त्रेतायुगे धर्मस्त्रेतासंध्यां निबोधत / त्रेतायुगस्वभावानां संध्या पादेन वर्त्तते / संध्यापादः स्वभावस्तु सोंऽशपदेन तिष्ठति

Tel est le dharma du yuga Tretā; comprends maintenant la « Tretā-saṃdhyā », le temps de transition. La transition des natures du Tretā progresse d’un seul « pied »; et ce « pied du crépuscule » demeure comme une part (aṃśa).

Frequently Asked Questions

It is a technical chapter on kāla-pramāṇa (time units) and yuga-vibhāga: defining measurable units from nimeṣa upward and using them to express caturyuga structure, yuga-dharma, and transitional junctions (sandhyā/sandhi).

It presents conversion models: for pitṛs, a human month functions as their day-night (kṛṣṇapakṣa as ‘day’ and śuklapakṣa as ‘night’); for devas, udagayana and dakṣiṇāyana function as day and night, enabling yuga-scale durations to be expressed across different ontological timelines.

No; the sampled verses indicate a cosmological-chronological focus rather than lineage cataloging. Its purpose is to establish the numerical and conceptual infrastructure needed before genealogies and dynastic histories can be chronologically situated.